Vue des travaux des ERM lors de la réunion du 15 mars © Défap

La Mission implique l’idée de mouvement. À plusieurs titres : il s’agit d’aller vers les autres, mais aussi d’accepter de se décentrer pour permettre la rencontre, voire de se laisser bousculer dans ses convictions… Dès lors, que doit-on garder ou laisser pour répondre à cet appel ? La question était au cœur du travail sur la dynamique de la Mission proposé le jeudi 15 mars par le pasteur Florence Taubmann, chargée des relations avec les paroisses au sein du Défap, lors de la réunion des ERM. Tout au long de l’année, les Équipes Régionales Mission, composées à la fois de pasteurs et de laïcs, travaillent avec les régions et les Églises locales pour soutenir leur dynamique missionnaire ; les rencontres organisées à intervalles réguliers au siège du Défap, à Paris, sont l’occasion à la fois d’échanger des nouvelles et d’initier des réflexions sur la Mission. Pour susciter les débats en ce 15 mars, divers textes bibliques illustrant l’envoi… et une conférence filmée de Clair Michalon de janvier 2012 intitulée «Les Roms, derniers porteurs de notre culture d’origine». Ce sociologue, ancien envoyé au Gabon, spécialiste de l’interculturel, a participé il y a un certain nombre d’années aux formations des envoyés du Défap. Aujourd’hui c’est une de ses collègues, Évelyne Engel, qui a pris le relais.

Quel rapport entre les Roms et la Mission ? En fait, à travers cette intervention d’un peu plus d’un quart d’heure, Clair Michalon revisite avec humour et pertinence l’histoire humaine depuis ses plus lointaines origines, décrivant le passage de l’état de nomades à celui de sédentaires et toutes les «inventions» qui l’ont entouré : celle de l’agriculture, du travail, de la propriété… Avec tout ce qui en découle comme rapport à l’espace et aux ressources naturelles, comme mythes fondateurs et comme visions du monde antagonistes.

Vous pouvez voir cette intervention ci-dessous :

La Mission implique-t-elle, pour celles et ceux qui la portent, de redevenir nomades ? Le pasteur Dina Radafiarijaona (ERM Centre-Alpes-Rhône) a plutôt mis en avant la notion d’interdépendance. En soulignant tout d’abord la persistance «d’une part de nomade en nous», même au sein d’une société de sédentaires : une telle dimension est nécessaire chez les pasteurs amenés à passer d’un poste à l’autre, mais aussi dans d’autres métiers (les militaires par exemple). Et en soulevant cette question plus spécifique à la Mission : «entre ceux qui partent en voyage et reviennent ensuite pour donner des nouvelles, raconter une forme de liberté ; et ceux qui ont peur de partir mais sont prêts à accueillir, comment cultiver la reconnaissance, et surtout l’interdépendance ?» À ses yeux, «dans le ministère pastoral, on est amené à dire profondément l’interdépendance».

«Dieu sait prendre l’être humain dans toute sa complexité»

Pour aller plus loin :

Outre le film de Clair Michalon, les textes bibliques choisis pour stimuler les réflexions, qui ont été menées lors de travaux de groupes, tournaient autour de l’envoi d’Abraham, et de celui des Douze par Jésus. Avec à chaque fois une remise en contexte et des questions entrant en résonance avec ce que peuvent être aujourd’hui nos propres conceptions de la Mission. Ainsi pour Abraham, dont l’apparition dans le texte biblique est précédée par le récit de la dispersion par Dieu des constructeurs de la tour de Babel, étaient d’abord présentés sa famille, ses épreuves, ses projets en repartant de la généalogie décrite au chapitre 11 de Genèse (versets 26 à 32). Une histoire marquée par la stérilité de la femme d’Abram, la mort de son frère Haran, le départ de la famille pour Canaan… D’où cette première série de questions : «Et nous-mêmes, quelles histoires de ceux qui nous ont précédés, quelles joies, quelles réussites, quelles souffrances portons-nous en nous-mêmes ?» Étaient ensuite repris l’appel de Dieu à Abram (Genèse 12, 1 à 6) et son arrivée en Égypte, avec ces questions : «Pouvons-nous actualiser l’appel d’Abram et la question de la place de sa famille, de ses relations ? Interpréter ses épreuves ? Contextualiser les dangers qu’il court et fait courir aux siens ? La suite du récit nous montrera la fécondité d’Abram et sa transformation intérieure, symbolisée par son nouveau nom : Abraham.»

De même pour l’envoi des Douze, tel que décrit dans l’évangile de Marc (chapitre 6, 7-13 : «pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie…»), les questions tournaient autour de leurs origines, du contexte de leur vocation, de ce qu’ils avaient déjà vécu avec Jésus, du contenu de leur mission et des épreuves à traverser. «Nous sommes toujours héritiers d’un contexte, d’un milieu familial, d’un parcours personnel, a souligné Florence Taubmann à l’issue des travaux de groupes ; et en même temps, il y a toujours la possibilité d’une rencontre, d’un événement qui nous déconnecte totalement. Il y a toujours une part de liberté irréductible. C’est intéressant à prendre en compte dans notre mission, dans le message que nous annonçons. Intéressant aussi de voir que Dieu sait prendre l’être humain dans toute sa complexité.»

Comment valoriser l’expérience des envoyés ?

Déjeuner partagé avec la délégation de l’EELRCA © Défap

Invitée à participer à cette journée de rencontre des ERM, Laura Casorio, chargée notamment des envoyés au sein du Défap, a présenté un projet de parrainage d’envoyés. L’idée étant de créer du lien entre les Églises, les paroisses, et les envoyés du Défap, en s’appuyant pour cela sur les membres des Équipes Régionales Mission. À l’origine de ce projet, un double constat : les Églises sont demandeuses de plus de nouvelles… et les envoyés de retour seraient souvent disponibles pour témoigner en paroisse de ce qu’ils ont vécu au sein d’Églises sœurs à l’étranger, mais sont trop peu sollicités. Dès lors, comment créer, grâce aux ERM, des échanges pendant la mission, qui perdurent une fois celle-ci terminée, et permettent de valoriser l’expérience de l’envoyé ? Quelques pistes ont été évoquées comme la mise en relation des envoyés avec les ERM avant leur départ, l’échange de nouvelles entre paroisses et volontaires durant la mission, la participation des volontaires à des animations missionnaires en paroisse après la fin de leur mission…

Et comme cette réunion intervenait deux jours avant l’Assemblée Générale du Défap, à laquelle a été invitée à participer une délégation de l’Église Évangélique Luthérienne de République centrafricaine (l’EELRCA), une rencontre a été organisée à la mi-journée entre les délégués de Centrafrique déjà arrivés en France, et les membres des Équipes Régionales Mission. Les relations du Défap avec la RCA se sont surtout concentrées ces dernières années autour de Bangui, et des projets liés à l’Église Protestante Christ-Roi de Centrafrique. L’invitation de cette délégation devrait permettre de resserrer les liens avec l’EELRCA, qui regroupe aujourd’hui 120.000 membres à travers 540 congrégations (paroisses).

Ci-dessous, retrouvez un diaporama reprenant quelques images des travaux de cette journée :