À travers ce livre, publié aux éditions Amalthée, Cécile Millot, envoyée du Défap à Madagascar entre 2010 et 2013, pose un regard à la fois lucide et bienveillant sur la société malgache. Un témoignage qui s’inspire d’un vécu et d’un blog, celui qu’elle a tenu régulièrement durant les trois ans de sa mission sur place. Consciente de ne pas pouvoir expliquer un pays qu’elle ne connaît que si superficiellement, elle y raconte, par petites touches, au quotidien, les surprises et les malentendus dus à la différence de niveau de vie et de culture.

Les aventures de Madame Cécile à Madagascar © éditions Amalthée

Tous les envoyés du Défap ont un roman à raconter. Partir voir ce qu’il y a de l’autre côté de la planète, et en revenir, c’est un sacré déplacement. Ça oblige à considérer d’un regard neuf tout ce que l’on a vécu auparavant, et à interroger tout ce que l’on peut avoir de certitudes sur le monde. Nul n’en revient indemne : les échanges, ça vous change. Et c’est valable aussi pour les boursiers, les enseignants engagés dans un échange entre universités du Nord et du Sud ; et même encore pour tous les groupes qui peuvent avoir l’occasion de se croiser au Défap, un lieu carrefour que Gilles Vidal, doyen de la faculté de théologie de Montpellier (IPT Montpellier) décrivait ainsi en mars 2019 lors d’une rencontre consacrée aux « fruits du Défap » : « Où puis-je, dans la même journée, croiser la Ministre de l’Éducation du Togo, le fils d’un ancien missionnaire de Nouvelle-Calédonie, un pasteur du Sud-Ouest (dont la mère est née au Lesotho), une femme pasteur hongroise, un professeur d’histoire cévenol ? Au 102 Bd Arago ! »

Oui, tous les envoyés du Défap ont un roman à raconter… mais tous ne le font pas. Et c’est ce qui fait l’intérêt d’un tel témoignage lorsqu’il sort en librairie. À travers les aventures et mésaventures de Madame Cécile, ce sont des moments clés de la vie de tout envoyé au cours de sa mission qui sont mis en mots et en images. D’une plume alerte, parfois incisive, jamais cruelle, qui pointe les joies et les déceptions, les promesses et les difficultés de la rencontre par-delà les barrières des cultures, les méfiances et les murs érigés par l’histoire et les inégalités économiques… Tous ceux qui ont vécu à Madagascar reconnaîtront certaines de ces anecdotes, entre humour, entraide, débrouille et fatalisme. Comme ce moment où, prenant son poste d’enseignante de français, Madame Cécile découvre la salle informatique et le labo de langues. Il y a donc de l’électricité pour alimenter tout ça ? Bien sûr, il y en a… mais pas de manière continue. Alors que fait-on en cas de coupure – cas fréquent, et qui dure des heures ? Il y a des générateurs… mais entre absence du personnel et prix du gazole, rien ne garantit qu’ils seront lancés au bon moment. D’où l’on conclut qu’en cas d’utilisation de la salle informatique, il y aura de l’électricité, oui… mais on ne sait pas vraiment quand.

Cécile Millot présentant son récit de voyage lors des journées Portes Ouvertes du Cinquantenaire du Défap © Défap

Madame Cécile, c’est elle : la voici présentant son récit de voyage lors des journées Portes Ouvertes du Cinquantenaire du Défap. L’ouvrage était alors à peu près achevé, mais pas encore édité. Madame Cécile avait partagé la vedette avec Manior, alias Romain Choisnet, lui aussi ancien envoyé du Défap, et venu présenter la bande dessinée qu’il avait réalisée sur son aventure camerounaise. Là encore, il s’agissait d’une manière décalée de présenter une odyssée individuelle révélatrice de ce que vivent les envoyés du Défap, lorsqu’ils se retrouvent en immersion dans un contexte complètement différent de celui qu’ils connaissaient en France : pour le vivre, il vaut mieux être bien préparé – d’où l’importance de la formation avant le départ dispensée par le Défap…

Avant son odyssée malgache, Cécile Millot, de son nom complet, était plus familière de Goethe que de l’enseignement du français. Si elle avait découvert d’autres pays à l’occasion de voyages, c’était bien des années auparavant, et sur un autre continent : en Inde, pour être précis. Madagascar était pour elle une expérience totalement nouvelle. « J’ai vécu une aventure que peu de gens ont la chance de vivre, raconte-t-elle : j’ai passé trois ans à Madagascar, pour enseigner le français langue étrangère dans une école de formation des instituteurs. Ce travail était passionnant. Je vivais seule dans une petite ville, où il n’y a pas eu d’électricité pendant un an, et où il n’y avait pas d’autres étrangers que moi. Je n’avais pas le choix, je me suis glissée dans la vie quotidienne des Malgaches. Je suis allée à leur rencontre avec bienveillance, et je me suis fait accepter. »

Dans le cas de Madame Cécile, comme dans le cas de Manior, avant le livre, il y a eu un journal de bord : un blog, qu’elle a tenu régulièrement pendant ses trois ans passés sur la Grande Île. C’est ce journal de bord qui a donné à Cécile Millot la matière, retravaillée, du livre publié aujourd’hui aux éditions Amalthée. Et pour aller plus loin dans la découverte des richesses et des difficultés des échanges, vous pouvez aussi retrouver les témoignages d’envoyés et de boursiers publiés sur le site du Défap à l’occasion du Cinquantenaire du Service protestant de mission.

Cécile Millot
Les aventures de madame Cécile à Madagascar
Éditions Amalthée
À partir de 9,99€