Méditation du jeudi 09 juillet. Nous prions pour notre envoyé à La Réunion. Nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Mais souviens-toi de ton créateur pendant les jours de ta jeunesse, avant que les jours mauvais arrivent et que les années s’approchent où tu diras : Je n’y prends point de plaisir ; avant que s’obscurcissent le soleil et la lumière, la lune et les étoiles, et que les nuages reviennent après la pluie, temps où les gardiens de la maison tremblent, où les hommes forts se courbent, où celles qui moulent s’arrêtent parce qu’elles sont diminuées, où ceux qui regardent par les fenêtres sont obscurcis, où les deux battants de la porte se ferment sur la rue quand s’abaisse le bruit de la meule, où l’on se lève au chant de l’oiseau, où s’affaiblissent toutes les filles du chant, où l’on redoute ce qui est élevé, où l’on a des terreurs en chemin, où l’amandier fleurit, où la sauterelle devient pesante, et où la câpre n’a plus d’effet, car l’homme s’en va vers sa demeure éternelle, et les pleureurs parcourent les rues ; avant que le cordon d’argent se détache, que le vase d’or se brise, que le seau se rompe sur la source, et que la roue se casse sur la citerne ; avant que la poussière retourne à la terre, comme elle y était, et que l’esprit retourne à Dieu qui l’a donné. Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, tout est vanité.

Outre que l’Ecclésiaste fut un sage, il a encore enseigné la science au peuple, et il a examiné, sondé, mis en ordre un grand nombre de sentences. L’Ecclésiaste s’est efforcé de trouver des paroles agréables ; et ce qui a été écrit avec droiture, ce sont des paroles de vérité.

Les paroles des sages sont comme des aiguillons ; et, rassemblées en un recueil, elles sont comme des clous plantés, données par un seul maître. Du reste, mon fils, tire instruction de ces choses ; on ne finirait pas, si l’on voulait faire un grand nombre de livres, et beaucoup d’étude est une fatigue pour le corps.

Écoutons la fin du discours : Crains Dieu et observe ses commandements. C’est là ce que doit faire tout homme. Car Dieu amènera toute œuvre en jugement, au sujet de tout ce qui est caché, soit bien, soit mal. »

Ecclesiaste 12

« Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait ! »

A qui prononce ce dicton bien connu on préfèrera prêter un indulgent sourire plutôt qu’un rictus amer. Car bonne et généreuse peut être la tristesse de quiconque aime passionnément vivre, au moment où il sent et voit ses forces décliner et la vie le quitter, avant que lui-même ne soit prêt à cette séparation. Bonne et généreuse cette tristesse quand elle cherche les mots les plus doux et les plus justes pour avertir et toucher au cœur la jeune génération en l’orientant vers l’essentiel. Tout au long de son livre, le roi de Jérusalem, fils de David, a évoqué, exprimé cet essentiel : jouir de la vie sous toutes ses formes, en tous ses instants, dans toute sa beauté, mais en reliant sans cesse cette jouissance à la joie reconnaissante envers le Créateur, le Donateur de tous ces biens.

Et c’est là le point d’insistance, en ces ultimes propos : « Souviens-toi de ton créateur pendant les jours de ta jeunesse, avant que les jours mauvais arrivent … » Cela ne saurait signifier que ce souvenir s’éteint en la vieillesse. Mais si le cœur n’a pas connu jeune la joie de la gratitude, comment pourrait-il la découvrir quand les choses de la vie sont devenues plus difficiles ? Alors il y a danger, à l’heure où la prière se charge de plainte, que celle-ci envahisse complètement l’espace et le temps du dialogue avec Dieu.

Or l’ecclésiaste n’est pas un jaloux, qui voudrait que lui mort personne ne lui survive. Le « vanité des vanités » ne se veut pas une parole de découragement universel, mais d’encouragement en Dieu. « Ce qui a été écrit avec droiture, ce sont des paroles de vérité ! » Ce qui a valu pour nous vaudra pour ceux qui nous suivront, et c’est un merveilleux sujet de réjouissance qui suppose que nous acceptions notre propre mortalité. Sachant ce que nous perdons avec la vie, confions-le à nos enfants, petits-enfants et aux générations à venir. C’est le secret de toute transmission.

« Mon peuple, écoute mes instructions ! Prêtez l’oreille aux paroles de ma bouche !
J’ouvre la bouche par des sentences, Je publie la sagesse des temps anciens.
Ce que nous avons entendu, ce que nous savons, ce que nos pères nous ont raconté,
Nous ne le cacherons point à leurs enfants ; nous dirons à la génération future les louanges de l’Éternel, et sa puissance, et les prodiges qu’il a opérés. » Ps 78, 1-4

 

Nous prions avec ces mots de Jacques Maréchal

Nous prions
Seigneur
Ils vont leur chemin, ces garçons et ces filles,
Comme tes disciples vers Emmaüs.
Tu m’as mis sur leur route.
Donne-moi de les rejoindre comme tu m’as rejoint dans mon histoire,
Respectant les méandres, les déviances de ma vie.
Apprends-moi, non seulement à les voir, mai à les regarder :
Ces visages chiffonnés, lisses, ou ceux dont le sourire dit le cœur
Ces yeux vides, fuyants, ou ce regard pétillant d’étoiles.

Apprends-moi, Seigneur, à rejoindre ton désir pour eux
En embrassant toute l’étendue de leurs propres désirs.
A ne pas me figer sur ce qu’ils sont,
Mais à me fixer sur ce qu’ils ne sont pas encore.
Comme toi avec tes deux disciples, donne-moi de les aider à apprendre
Que l’essentiel est de goûter les choses intérieurement.

Apprends-moi, envers eux, l’infinie patience que tu nous portes déjà.
Que je sache leur dire, comme toi si souvent :
« Lève-toi et marche ! »
Que je puisse les inviter à incliner leur cœur
Vers cet autre qui les habite déjà.

Livre de prières de la société luthérienne