Méditation du jeudi 4 juin. Nous prions pour notre envoyé au Brésil et sa famille. Nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Une bonne réputation vaut mieux que le bon parfum, et le jour de la mort que le jour de la naissance.
Mieux vaut aller dans une maison de deuil que d’aller dans une maison de festin; car c’est là la fin de tout homme, et celui qui vit prend la chose à cœur.
Mieux vaut le chagrin que le rire; car avec un visage triste le cœur peut être content.
Le cœur des sages est dans la maison de deuil, et le cœur des insensés dans la maison de joie.
Mieux vaut entendre la réprimande du sage que d’entendre le chant des insensés.
Car comme le bruit des épines sous la chaudière, ainsi est le rire des insensés. C’est encore là une vanité.
L’oppression rend insensé le sage, et les présents corrompent le cœur.
Mieux vaut la fin d’une chose que son commencement ; mieux vaut un esprit patient qu’un esprit hautain.
Ne te hâte pas en ton esprit de t’irriter, car l’irritation repose dans le sein des insensés.
Ne dis pas : D’où vient que les jours passés étaient meilleurs que ceux-ci ? Car ce n’est point par sagesse que tu demandes cela.
La sagesse vaut autant qu’un héritage, et même plus pour ceux qui voient le soleil.
Car à l’ombre de la sagesse on est abrité comme à l’ombre de l’argent ; mais un avantage de la science, c’est que la sagesse fait vivre ceux qui la possèdent.
Regarde l’œuvre de Dieu : qui pourra redresser ce qu’il a courbé ?

Au jour du bonheur, sois heureux, et au jour du malheur, réfléchis : Dieu a fait l’un comme l’autre, afin que l’homme ne découvre en rien ce qui sera après lui.
J’ai vu tout cela pendant les jours de ma vanité. Il y a tel juste qui périt dans sa justice, et il y a tel méchant qui prolonge son existence dans sa méchanceté. Ne sois pas juste à l’excès, et ne te montre pas trop sage : pourquoi te détruirais-tu ? Ne sois pas méchant à l’excès, et ne sois pas insensé : pourquoi mourrais-tu avant ton temps ? Il est bon que tu retiennes ceci, et que tu ne négliges point cela ; car celui qui craint Dieu échappe à toutes ces choses.
La sagesse rend le sage plus fort que dix chefs qui sont dans une ville. Non, il n’y a sur la terre point d’homme juste qui fasse le bien et qui ne pèche jamais. Ne fais donc pas attention à toutes les paroles qu’on dit, de peur que tu n’entendes ton serviteur te maudire ; car ton cœur a senti bien des fois que tu as toi-même maudit les autres.
J’ai éprouvé tout cela par la sagesse. J’ai dit : Je serai sage. Et la sagesse est restée loin de moi. Ce qui est loin, ce qui est profond, profond, qui peut l’atteindre ? Je me suis appliqué dans mon cœur à connaître, à sonder, et à chercher la sagesse et la raison des choses, et à connaître la folie de la méchanceté et la stupidité de la sottise. Et j’ai trouvé plus amère que la mort la femme dont le cœur est un piège et un filet, et dont les mains sont des liens ; celui qui est agréable à Dieu lui échappe, mais le pécheur est pris par elle.
Voici ce que j’ai trouvé, dit l’Ecclésiaste, en examinant les choses une à une pour en saisir la raison ; voici ce que mon âme cherche encore, et que je n’ai point trouvé. J’ai trouvé un homme entre mille ; mais je n’ai pas trouvé une femme entre elles toutes. Seulement, voici ce que j’ai trouvé, c’est que Dieu a fait les hommes droits ; mais ils ont cherché beaucoup de détours.« 

Ecclesiaste 7

Derrière les maximes, proverbes, réflexions émises et transmises au nom de la sagesse, qui parle ? Est-ce l’humain, est-ce Dieu ? Comment se répartissent la part de l’objectif et celle du subjectif ? Comment distinguer ce qui relève de la recherche de la vérité et du goût du pouvoir ?

Me revient en mémoire une scène où une militante pacifiste, à bout d’arguments face à un contradicteur, finit par lui envoyer une gifle retentissante. Le désir de paix, si sincère et noble fût – il, n’avait pas résisté à la volonté d’avoir raison à tout prix. Ce qui vaut pour la paix vaut pour d’autres causes, et la quête de la sagesse est elle aussi susceptible de ce même retournement. Car nous sommes et restons des êtres de passion, et porter l’habit du sage ne protège pas toujours des sursauts de l’amour propre.

Ne faut-il pas que le sage lui-même se mette en cause pour que nous soyons touchés en notre âme et conscience ? Ainsi du fils de David, roi de Jérusalem, confiant qu’« il n’y a pas d’homme juste sur terre qui fasse le bien et qui ne pèche jamais », et que lui-même ayant dit : « Je serai sage », la sagesse est néanmoins restée loin de lui. O combien nous sentons que cette attitude est pertinente !

A l’inverse, la « gifle retentissante » envoyée aux femmes à travers ses propos misogynes nous scandalise. Et l’argument du contexte et de la culture ne convaincra que si l’on ne veut pas chercher plus loin la raison d’une telle haine. Est-ce d’avoir trop aimé les femmes ou trop de femmes, que le roi se venge par ses sentences sans appel ? A-t-il peur d’elles au point de vouloir détruire leur réputation ? Une telle « subjectivité », donnant lieu à une telle généralisation, est dangereuse pour la bonne entente des sexes, et stérilise à jamais la recherche de la sagesse, qui dans la tradition biblique et juive, est souvent considérée comme la part féminine de Dieu.

Nous partageons cette prière de Pentecôte

Le tam-tam dit : Pentecôte !
Pentecôte ! Pentecôte ! répond le balafon
Le tambour, Pentecôte !
L’arc de vibration sur ma lèvre de silence, Pentecôte !
O mes grelots, Pentecôte !
O mes clochettes, dans mes pieds de cadence, Pentecôte !
Dans mes mains, dans les jubilations de mes doigts, Pentecôte de jouvence !
Et bondissant par myriades, des tribus décochées dans la fureur matutinale de l’Esprit (…)
Dis seulement sur ma lèvre ta parole, mon Seigneur
Et je serai Kotoko, Mousgoum, je serai Moungala,
Je serai Moukongo, Moulouba
Je serai Zoulou et Swazi, je serai Namaqua
Je serai Foulbé du Fouta, je serai Sérère,
Dis et voici sur ma lèvre fleurir le bambara
Je dirai au Dogon, au Mossi,
Je dirai au Baganda, au Masaï, je dirai au Blanc, je dirai au Peau-Rouge
Je dirai ta parole aux flots du « Fleuve Jaune »
Et tous à ma voix répondront. (…)
Oh parle seulement
Habille-nous de ta parole
Et nous serons ta voix de collines en collines
D’océans en océans, de continents en continents,
D’une terre à l’autre terre, d’une race à l’autre race,
D’un cœur à l’autre, d’une âme à une autre âme :
N’être, dans la tempête de ce matin de Pentecôte
Que la respiration de ta voix Seigneur !
Oh parle seulement
Dans la nuit de nos cœurs voici que s’est levée la rumeur des tams-tams…

Engelbert MVENG, prêtre catholique camerounais (1930-1995)

 

 

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