Méditation du jeudi 11 juin. Nous prions pour nos envoyés à Madagascar et nos Églises partenaires. Nous poursuivons notre lecture du livre de l’Ecclésiaste.

« Qui est comme le sage, et qui connaît l’explication des choses ? La sagesse d’un homme fait briller son visage, et la sévérité de sa face est changée.
Je te dis : Observe les ordres du roi, et cela à cause du serment fait à Dieu. Ne te hâte pas de t’éloigner de lui, et ne persiste pas dans une chose mauvaise : car il peut faire tout ce qui lui plaît, parce que la parole du roi est puissante ; et qui lui dira : Que fais-tu ?

Celui qui observe le commandement ne connaît point de chose mauvaise, et le cœur du sage connaît le temps et le jugement. Car il y a pour toute chose un temps et un jugement, quand le malheur accable l’homme. Mais il ne sait point ce qui arrivera, et qui lui dira comment cela arrivera ? L’homme n’est pas maître de son souffle pour pouvoir le retenir, et il n’a aucune puissance sur le jour de la mort ; il n’y a point de délivrance dans ce combat, et la méchanceté ne saurait sauver les méchants. J’ai vu tout cela, et j’ai appliqué mon coeur à tout ce qui se fait sous le soleil. Il y a un temps où l’homme domine sur l’homme pour le rendre malheureux.

Alors j’ai vu des méchants recevoir la sépulture et entrer dans leur repos, et ceux qui avaient agi avec droiture s’en aller loin du lieu saint et être oubliés dans la ville. C’est encore là une vanité. Parce qu’une sentence contre les mauvaises actions ne s’exécute pas promptement, le cœur des fils de l’homme se remplit en eux du désir de faire le mal. Cependant, quoique le pécheur fasse cent fois le mal et qu’il y persévère longtemps, je sais aussi que le bonheur est pour ceux qui craignent Dieu, parce qu’ils ont de la crainte devant lui. Mais le bonheur n’est pas pour le méchant, et il ne prolongera point ses jours, pas plus que l’ombre, parce qu’il n’a pas de la crainte devant Dieu.

Il est une vanité qui a lieu sur la terre : c’est qu’il y a des justes auxquels il arrive selon l’œuvre des méchants, et des méchants auxquels il arrive selon l’œuvre des justes. Je dis que c’est encore là une vanité. J’ai donc loué la joie, parce qu’il n’y a de bonheur pour l’homme sous le soleil qu’à manger et à boire et à se réjouir; c’est là ce qui doit l’accompagner au milieu de son travail, pendant les jours de vie que Dieu lui donne sous le soleil.

Lorsque j’ai appliqué mon cœur à connaître la sagesse et à considérer les choses qui se passent sur la terre, -car les yeux de l’homme ne goûtent le sommeil ni jour ni nuit, j’ai vu toute l’œuvre de Dieu, j’ai vu que l’homme ne peut pas trouver ce qui se fait sous le soleil; il a beau se fatiguer à chercher, il ne trouve pas; et même si le sage veut connaître, il ne peut pas trouver.« 

Ecclesiaste 8

Sans se lasser, l’ecclésiaste nous invite à la sagesse ; il montre toutefois qu’elle porte en elle une lucidité douloureuse sur l’humain et la marche du monde, et qu’elle reste in fine inaccessible à l’homme. Alors on appellera sage celui qui désire, de tout son cœur, connaître la sagesse mais en même temps accepte, avec le même cœur, que le sens du monde lui échappe car il relève de l’action mystérieuse de Dieu. Mais le fils de David exprime un autre paradoxe : le sage doit être capable d’obéir aux autorités, car elles sont instituées par Dieu, en même temps qu’il garde au fond de lui sa révolte contre ce qui lui semble injuste, ainsi quand le méchant est glorifié et le juste oublié. La sagesse ne signifie ni une soumission à l’ordre du monde ni un fatalisme philosophique ni un repli sur soi. Mais une acceptation du temps, que personne ne maitrise sinon Dieu, et qui remettra le monde à l’endroit, distribuant finalement récompenses et châtiments en bonne justice. Ceci nous encourage à la patience, à la confiance et à l’espérance.

Et c’est possible parce que la crainte de Dieu éclaire le présent, crainte qui n’a rien à voir avec la peur, mais qui correspond plutôt au respect, à la considération, à un amour plein d’admiration et de reconnaissance. C’est dans ce sentiment que se reçoit et s’enracine la joie comme don de Dieu. Cette joie se manifeste dans toutes les dimensions de la vie, aussi bien matérielles et spirituelles : le travail, le manger et le boire, tout ce que qui fait le quotidien de nos existences humaines.

 

Nous nous joignons à cette prière proposée par la Société luthérienne

Puisque voici venu le temps de perdre le temps
Je voudrais que disparaisse de ma vie l’habitude ou la distraction
Ce pli qui m’empêche de voir le vrai visage
Des hommes et des choses.

Ouvre mes yeux Seigneur
Prends ce cœur plus usé que la corde à la margelle du puits
Ce cœur qu’ont durci les déceptions et les échecs.
Ouvre mes yeux sur tous ces gestes d’amitié, de solidarité,
Ces fleurs merveilleuses jetées sur notre route.
Ouvre mes yeux, Seigneur, quand la fatigue me surprend
Et que je me traîne sur les chemins

Fais-moi comprendre la grandeur des petites choses
Que je recommence chaque jour.
Montre-moi la place unique où tu m’as placé pour bâtir ton royaume
Et donne-moi le goût de la tenir avec assurance.

Cardinal Roger Etchegaray