Méditation du jeudi 23 avril 2020. Pendant plusieurs semaines nous allons méditer sur les paroles de l’Ecclésiaste. En ce temps de pandémie mondiale, où la sagesse semble plus que jamais souhaitable, nous prions particulièrement pour tous ceux qui exercent des responsabilités et doivent prendre des décisions graves, au niveau sanitaire, politique, économique, social, spirituel. …

«Paroles de l’Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem. Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil ?

Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours. Le soleil se lève, le soleil se couche; il soupire après le lieu d’où il se lève de nouveau. Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord; puis il tourne encore, et reprend les mêmes circuits. Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est point remplie; ils continuent à aller vers le lieu où ils se dirigent. Toutes choses sont en travail au-delà de ce qu’on peut dire; l’oeil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre. Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil. S’il est une chose dont on dise: Vois ceci, c’est nouveau! cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés. On ne se souvient pas de ce qui est ancien; et ce qui arrivera dans la suite ne laissera pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard.

Moi, l’Ecclésiaste, j’ai été roi d’Israël à Jérusalem. J’ai appliqué mon cœur à rechercher et à sonder par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux: c’est là une occupation pénible, à laquelle Dieu soumet les fils de l’homme. J’ai vu tout ce qui se fait sous le soleil; et voici, tout est vanité et poursuite du vent. Ce qui est courbé ne peut se redresser, et ce qui manque ne peut être compté. J’ai dit en mon cœur : Voici, j’ai grandi et surpassé en sagesse tous ceux qui ont dominé avant moi sur Jérusalem, et mon cœur a vu beaucoup de sagesse et de science. J’ai appliqué mon cœur à connaître la sagesse, et à connaître la sottise et la folie; j’ai compris que cela aussi c’est la poursuite du vent. Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur. »

 

Cette confession aux accents très personnels est attribuée par la tradition à Salomon, fils de David, grand roi qui désira la sagesse (1 Rois 3,7-9), réalisa d’immenses projets, mais se perdit dans la démesure, au point de tomber parfois dans l’idolâtrie (1 Rois 11,1-12). Cette ambivalence est riche de deux enseignements : On peut demander la sagesse mais non la posséder, en témoigner parfois, mais non l’accomplir, car seul Dieu est sage. Ceci est vrai pour tout humain : seule l’humilité, aidée par l’humour peut nous permettre d’accepter que tous nos efforts pour atteindre la sagesse sont vains. A moins que, couronnés de succès illusoires, ils ne nous conduisent à la dangereuse vanité d’une supériorité despotique sur les autres. « Qui veut faire l’ange fait la bête !».

D’un autre côté, cette ambivalence nous invite à regarder les gens de pouvoir avec plus de justesse. Ont-ils plus de folie, ont-ils plus de sagesse, que nous ? Ne soyons ni idolâtres ni juges implacables vis-à-vis des puissants ! Critiquons ou louons leurs actes et leurs efforts selon leurs qualités propres. La plume méditative « du fils de David, roi de Jérusalem » nous invite à prendre de la hauteur, à la mesure du souffle de la création, qui induit rythme et répétition inlassable des manifestations du vivant. Alors ce qui semble désoler peut devenir ce qui console, et non de moindre façon. Que tout se refasse sous le soleil, que rien ne soit nouveau : tristesse ou réjouissance ? Pénible sentiment de la vanité des choses ou conscience heureuse de la légèreté poétique de ce qui est, comme don et grâce de vivre ? Beauté, écriture, musicalité, communion des esprits et des cœurs, voilà qui éclaire la difficile condition humaine. Ce qui est dangereux est la volonté de puissance et de domination, a fortiori s’il s’agit de biens immatériels comme le savoir, l’intelligence, et même la spiritualité. « Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur. ». Ceci, mené à sa logique extrême, peut aboutir à un désespoir sans rémission et un nihilisme destructeur. Alors que Dieu nous invite au simple bonheur de vivre, en priant que tous ses enfants puissent le connaître et le partager

Nous prions avec ces mots de Suzanne de Dietrich.

Seigneur notre Dieu, quelle nation est juste devant toi ?

De toute la surface de la terre, le sang des peuples crie vers toi.

Nous préférons nos sécurités humaines à ta justice.

Nous disons : Paix ! là où il n’y a que mensonges et coalitions d’intérêts.

Seigneur, pardonne et sauve.

Ne nous laisse pas nous consumer nous-mêmes par notre iniquité.

Il n’est pas de limite à la puissance du désir des hommes.

Et nous sommes perdus si tu nous abandonnes.

Seigneur, garde-nous de toute fausse paix qui serait évasion de la réalité.

Garde-nous des silences complices.

Ne permets jamais que nous nous résignions au mal

Et que nous abandonnions le monde aux puissances de mensonge et de haine qui le déchirent.

Donne-nous un esprit de sagesse, de prudence et de courage

Chaque fois qu’il s’agit de prendre parti

Pour ce que nous croyons être la justice et la vérité.

Toi qui, dans les temps anciens, t’es suscité des prophètes

Donne aujourd’hui à ton Eglise les témoins courageux dont elle a besoin.

Pour l’amour et la gloire de ton nom. Amen !