Invité de l’émission Courrier de mission produite par le Défap, Cyrille Payot, pasteur de l’Église Protestante Unie de France, a partagé son expérience comme accompagnateur œcuménique en Cisjordanie d’août à novembre 2025, dans le cadre du programme EAPPI (Ecumenical Accompaniment Programme in Palestine and Israel).

Lancé en 2002 à la demande des Églises de Jérusalem, ce programme international vise à assurer une présence protectrice et à documenter les atteintes aux droits humains dans les territoires palestiniens occupés. Plus de 2 000 volontaires s’y sont déjà engagés pour des missions de trois mois.

Pour Cyrille Payot, cet engagement s’inscrit dans un parcours déjà marqué par l’international et l’interculturel. Mais c’est un appel entendu lors d’un synode qui a déclenché la décision : répondre concrètement à une demande d’Églises locales, en assumant une présence sur le terrain.

Courrier de mission - regard d'un accompagnateur œcuménique en cisjordanie

Avant leur départ, les volontaires de l’EAPPI suivent une formation approfondie portant sur le contexte politique, les règles de sécurité et la méthodologie de rédaction des rapports. Ils partent toutefois dans un environnement instable, avec l’incertitude même de pouvoir entrer sur le territoire, les ONG faisant face à des restrictions croissantes. Depuis le 7 octobre 2023, la situation en Cisjordanie s’est nettement durcie, avec une intensification des opérations militaires, des arrestations et des pressions sur les civils.

Sur place, la mission repose sur l’observation et la documentation. Les équipes rencontrent quotidiennement familles, étudiants et acteurs locaux, puis rédigent des rapports transmis aux réseaux internationaux. En trois mois, 844 incidents ont ainsi été signalés. Si leur présence se veut non violente et attentive, elle est aujourd’hui plus discrète qu’auparavant et son effet dissuasif demeure limité. Certaines actions concrètes ont néanmoins permis d’apporter un soutien ponctuel, notamment à des familles déplacées ou à des étudiants confrontés à des violences.

Au-delà des situations individuelles, Cyrille Payot souligne les conséquences profondes du contexte : restrictions de circulation, pertes d’emplois, accès limité à l’eau, démolitions et arrestations administratives, générant insécurité et traumatismes durables. De retour en France, la mission se prolonge par le témoignage, adressé aux Églises, à la société civile et aux responsables politiques. Il appelle à tenir ensemble justice et paix, convaincu qu’aucune solution durable ne peut émerger sans conjuguer exigence de vérité, responsabilité éthique et refus de la violence.