Robert Louinor, ancien boursier du Défap, est venu d’Haïti pour faire un master 2 Recherche à l’Institut Protestant de Théologie, qu’il a achevé en 2017. Au moment de l’assassinat du président Jovenel Moïse, il était sur le sol français, et s’est retrouvé dans l’incapacité de rejoindre sa famille.

Robert Louinor – DR

Quelles sont les nouvelles que vous avez reçues d’Haïti depuis la mort du président ?

Robert Louinor : La situation y est très compliquée, avec beaucoup d’inquiétudes et beaucoup de tensions chez les Haïtiens. Les troubles sont allés croissant depuis le 7 février, date qui aurait dû marquer la fin du mandat de Jovenel Moïse, selon ses opposants qui le jugeaient depuis lors illégitime. Il y a eu de plus en plus d’assassinats, de plus en plus d’enlèvements, une très grave insécurité… Aujourd’hui, on ne sait pas vraiment ce qu’on pourrait faire.

Avez-vous des nouvelles de votre famille ?

Robert Louinor : Ma famille est dans le Nord, et pour le moment, tout va bien. Mais je m’inquiète beaucoup pour mon épouse, qui est seule, et mon fils de 7 mois, que je n’ai toujours pas pu voir. D’après ce que m’a dit mon épouse au téléphone, dans la région où elle se trouve, tout fonctionne au ralenti, les gens redoutent de sortir dans la rue et d’y tomber dans un guet-apens. Ils restent chez eux, ne vont plus au marché, redoutent les réactions de l’armée, de possibles représailles après l’assassinat du président.

Depuis combien de temps êtes-vous séparé de votre famille ?

Robert Louinor : Je n’ai pas pu être présent à la naissance de mon fils, en novembre, pour cause de restrictions dues au Covid-19, et depuis, il m’a été impossible de me rendre en Haïti. J’ai tenté de programmer un voyage en février, mais j’ai dû le reporter une première fois car Haïti connaissait alors une période de très grave insécurité, avec de très nombreux cas d’enlèvements contre rançon. Il y a quelques jours à peine, je devais enfin partir rejoindre ma famille, mais un pasteur avec lequel je suis en contact en Haïti m’en a dissuadé : il m’a raconté qu’un groupe armé avait fait irruption en plein culte pour contraindre les fidèles à rentrer chez eux. Il m’avait conseillé d’attendre encore avant de venir, m’assurant qu’il me donnerait des nouvelles lorsque la situation serait quelque peu stabilisée. Et depuis, le président Moïse a été tué, les frontières avec la République dominicaine ont été fermées… Je n’ai pas pu voir ma famille depuis des mois et je ne sais pas quand je pourrai retrouver mon épouse et mon fils.

Face à la situation d’Haïti, que peut-on faire ?

Robert Louinor : Je pense que la première chose, c’est de rester en prière avec les Églises haïtiennes, pour qu’elles puissent retrouver la paix de l’esprit et du cœur. En ce qui concerne la société haïtienne, elle est remplie de peurs, et elle a besoin d’un message de paix. Il faut maintenir le contact, rester solidaire avec le protestantisme haïtien qui est en train de traverser une période très difficile.