Le nouveau coup qui frappe Haïti ne risque-t-il pas de décourager ceux qui soutiennent ce pays ? Pour le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, les efforts sur le long terme sont utiles et ne doivent pas être abandonnés. Le pasteur Valentin préside la Plateforme Haïti, mise en place par la Fédération Protestante de France et dont la coordination administrative est assurée par le Défap, qui rassemble divers acteurs du monde protestant engagés en faveur d’Haïti.

 

Quelle est votre réaction après l’annonce de la mort du président Jovenel Moïse ?

Rodrigue Valentin : Nous sommes tous choqués. On parle là de l’assassinat d’un président. Et qu’on soit ou non d’accord avec lui, la mort d’un homme, c’est toujours la mort d’un homme. En tant que chrétien, et en tant que pasteur, j’ai toujours considéré que j’avais pour mission de prier pour mon pays, de même que pour le reste du monde ; et c’est en tant que chrétien et pasteur que j’appelle aujourd’hui à prier pour ce pays qui s’enfonce toujours plus dans une situation des plus difficiles.

Car cette mort survient dans un contexte précis : un président qui était accusé par l’opposition politique de continuer à diriger le pays alors même que son mandat aurait dû s’achever le 7 février dernier ; une société haïtienne divisée, de même que l’opposition… Des kidnappings, des gangs faisant la loi, des quartiers entiers rendus inaccessibles, des gens déplacés obligés de vivre à ciel ouvert… Personne ne pouvait se prétendre à l’abri. Pas même le président.

Que peut-on faire pour soutenir les protestants d’Haïti ? Face à une situation aussi incertaine, le risque n’est-il pas de se décourager et de baisser les bras ?

Rodrigue Valentin : On peut toujours faire quelque chose. Ce que les protestants de France ont fait au fil des années, et continuent à faire à travers la Plateforme Haïti, à travers les actions de la Fédération Protestante de France, du Défap, ce n’est pas un coup d’épée dans l’eau. Je préside cette Plateforme depuis 2008 ; mais bien avant cela, j’avais déjà appris à travailler pour trouver des solutions afin d’aider mon pays natal. Comme je suis également coordinateur international de la FPH (la Fédération Protestante d’Haïti), je suis en contact permanent à la fois avec le protestantisme français et avec les instances représentatives du protestantisme haïtien ; et je peux voir toutes les actions qui sont lancées ces jours-ci par la Plateforme et par ses membres. Nous avons eu il y a peu plusieurs rencontres en distanciel, parfois présidées par le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération Protestante de France.

Quelles sont les pistes pour aider ?

Rodrigue Valentin : Pour être à la fois témoin de ce que vit Haïti, et acteur aux côtés de la FPF et de la FPH, je dirais : Haïti a d’abord besoin d’un accompagnement spirituel. Ensuite, au-delà du spirituel, il y a des besoins profonds auxquels il faut pourvoir : l’homme ne vivra pas de pain seulement… mais du pain, il en faut aussi. Récemment, nous étions justement en train de voir avec le pasteur Clavairoly comment accompagner Haïti dans sa traversée du désert. Des pistes sont déjà sur la table ; une demande a été faite officiellement par la FPH, et une assistance financière vient juste d’être débloquée. Il ne s’agit pas seulement d’une assistance ponctuelle ; c’est un soutien qui tient compte des besoins et de la conjoncture que connaît actuellement le pays. Tout cela, ce sont des efforts qui ne sont pas vains.