Deux des bâtiments du siège camerounais du Cercle International pour la Promotion de la Création, situé à Bafoussam, ont été détruits par les flammes au cours du dimanche 7 mars. Le Défap fait part de son soutien au CIPCRE, qui mène depuis trois décennies un travail exemplaire et irremplaçable pour promouvoir le développement durable dans une perspective chrétienne.

Le siège du CIPCRE, avant et après l’incendie : deux bâtiments ont été ravagés © CIPCRE

Les dégâts auxquels fait face le CIPCRE (Cercle International pour la Promotion de la Création) ne sont pas seulement matériels : derrière les deux bâtiments de son siège de Bafoussam, au Cameroun, qui ont été ravagés par les flammes, il y a des années de travail… et une partie de l’histoire de cette ONG qui, depuis 30 ans, marie foi et développement durable dans l’Afrique francophone. Le feu a touché notamment le Centre de Documentation pour le Développement (la mémoire du CIPCRE), dont le premier étage a été ravagé.

L’incendie a eu lieu le dimanche 7 mars, à la mi-journée. Parti d’un champ voisin, où il avait été allumé par un cultivateur pratiquant la culture sur brûlis, il s’est propagé rapidement aux arbres proches du siège du CIPCRE. Puis aux bâtiments. «Les braises, transportées par le vent, sont allées attaquer le toit de la cantine près de 60 mètres plus loin», raconte le pasteur Jean-Blaise Kenmogné, Directeur général du CIPCRE. Avant de gagner le Centre de Documentation pour le Développement, à 15 m de distance. Deux bâtiments aux toits de chaume, «pour des raisons d’esthétique et culturelles», note encore le pasteur Jean-Blaise Kenmogné, «d’où la facilité d’expansion des flammes qui ont trouvé ici et là un terrain d’autant plus propice que la température ambiante ce jour-là dépassait les 30 degrés.» Par une cruelle ironie, «le CIPCRE, qui lutte contre les feux de brousse, a été victime de cette calamité d’ailleurs interdite par la loi.»

Inventer une «écologie globale» où l’humain ait sa juste place

À l’origine du CIPCRE, il y a un contexte : celui de la «vague de démocratisation» (selon l’expression de Samuel Huntington) que connaissent au début des années 90 nombre de pays africains, avec la multiplication des conférences nationales ; une effervescence qui va de concert avec une profonde crise qui touche alors tous les aspects des sociétés des pays concernés : crise sociale, morale, économique, culturelle, spirituelle et environnementale. Jean-Blaise Kenmogné, alors de retour au Cameroun après des études de théologie en France, assiste à la fois à cette montée des revendications pour plus de liberté, de justice sociale, et à la désorganisation qui touche parallèlement les services publics… à commencer par celui du ramassage des ordures, qui s’accumulent partout dans les rues. Comment réconcilier ces aspirations avec un développement respectueux de la création, comment inventer une «écologie globale» où l’humain puisse trouver sa juste place ? Ces interrogations, il les partage tout d’abord avec des amis enseignants et théologiens à travers un Cercle de lecture écologique de la Bible, avant que les réflexions ne fassent place à l’action avec la création du CIPCRE à Bafoussam, chef-lieu du département de la Mifi et de la région de l’Ouest du Cameroun. Avec très tôt des actions très concrètes : mise en place d’un programme de compostage des ordures, soutien à la fertilisation des sols victimes de la surexploitation, reboisement communautaire… Ce sont bientôt des centaines d’artisans mobilisés dans le domaine de la récupération, des milliers de paysans qui se retrouvent engagés avec le CIPCRE.

Parallèlement, des associations baptisées «Cercles des amis du CIPCRE» se créent dans plusieurs pays africains dont le Bénin. Le CIPCRE-Bénin sera officiellement créé en 1995, avec un programme de recyclage de déchets métalliques grâce à l’appui de forgerons et ferblantiers locaux, puis un programme d’éducation à l’environnement et un projet de Promotion de la Gouvernance Environnementale Locale qui vise à développer l’écocitoyenneté.

Mais pour vaincre les pesanteurs et les réticences des institutions locales, le soutien des partenaires étrangers aura été bien souvent décisif : celui des coopérations protestantes suisse, allemande et néerlandaise, celui du Défap… Jean-Blaise Kenmogné est ainsi un ami de longue date du Service protestant de mission, avec lequel il a également entretenu des liens à travers le Secaar, réseau d’Églises et d’ONG qui poursuit le même but de développement durable dans une perspective chrétienne. Face aux graves destructions qu’a subi le siège du CIPCRE à Bafoussam, l’appui de ces partenaires sera une nouvelle fois crucial ; et le Défap veut témoigner de son soutien et de sa solidarité, et souligner l’aspect nécessaire et irremplaçable de l’œuvre accomplie depuis 30 ans par le CIPCRE.

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