Comment décide-t-on de partir en mission avec le Défap ? Les motivations peuvent être nombreuses, les facteurs déclencheurs multiples… Une chose est sûre : c’est une aventure dont les envoyés du Défap sortent transformés. Et qui aura des implications à long terme dans leur vie personnelle, professionnelle, ou spirituelle. Rencontre avec Mahieu Ramanitra, envoyé en tant que VSI durant l’année 2017-2018. Il a travaillé au sein du département Éducation de la direction nationale des écoles de la FJKM ; et il est parti à la recherche des racines de la famille de son grand-père à Madagascar.

Mahieu Ramanitra dans le jardin du Défap, à Paris, après son retour de mission © Défap

 

Quelles étaient vos motivations pour partir en mission à Madagascar ?

Mahieu Ramanitra : Les motivations pour partir, ce n’est jamais simple ; c’est un ensemble… Je faisais une pause dans mes études. J’ai fait trois ans de prépa littéraire avant d’intégrer l’École Normale Supérieure (ENS) de Lyon en Master Lettres Modernes. J’étais en année de césure entre M1 et M2. Pendant mon année de Master 1, j’avais été sensibilisé à la situation de réfugiés arrivés en France : j’avais donné des cours de FLE (Français Langue Étrangère) via une association étudiante, Itinerens, qui s’était montée suite à l’arrivée de migrants, pratiquement au moment où j’intégrais l’ENS. Je m’étais aussi rapproché d’une autre association, Terre d’ancrages, qui apporte un soutien matériel et scolaire à des migrants.

Outre cette ouverture, j’avais ce vieux rêve d’aller à Madagascar. Mes parents m’avaient toujours promis de m’y emmener. Finalement, j’ai pris les devants… J’ai toute une partie de ma famille, du côté d’un de mes grands-pères, qui vit encore là-bas. C’est de lui que je tiens mon nom, «Ramanitra», typiquement malgache. Ce grand-père avait une dizaine de sœurs qui ont eu des enfants : j’ai donc aujourd’hui une nombreuse famille à Madagascar. Ça représente dans les 70 personnes auxquelles je suis directement apparenté. Ce voyage a été pour moi l’occasion de renouer des liens, de participer à tout un rassemblement familial… Mon séjour s’est articulé entre ma mission pour le Défap, la découverte de ma famille malgache que je ne connaissais pas, et la découverte de l’île.

Pour aller plus loin :


Comment s’est déroulée votre mission ?

Mahieu Ramanitra : Avant de prendre contact avec le Défap, j’avais envisagé de débarquer directement à Madagascar ; et une fois là-bas, de travailler comme bénévole dans une association. J’avais déjà à cœur d’aider mon prochain… Puis, un cousin m’a parlé des missions que proposait le Défap à Madagascar. J’ai pu partir en ayant le statut de VSI (Volontaire de Solidarité Internationale) au cours de l’année 2017-2018. J’ai travaillé au sein du département «Éducation» de la direction nationale des écoles de la FJKM (l’Église de Jésus-Christ à Madagascar).

Ma fiche de poste me laissait une grande latitude ; j’ai vraiment défini les contours de ma mission une fois sur place. C’est une liberté qui peut parfois désarçonner, mais qui me convenait très bien. Dans un premier temps, j’ai travaillé surtout en renforcement de l’équipe de la direction des écoles de la FJKM. Je m’occupais principalement de la coordination de projets, de réunions ; j’assistais souvent la directrice, par exemple lors de formations ponctuelles ; j’ai aussi participé au lancement d’une revue et d’un site internet… J’ai même eu l’occasion de travailler sur un discours pour le président de la FJKM.

Dans un deuxième temps, j’ai travaillé davantage sur la formation des enseignants. Ce qui m’a donné l’occasion de sillonner tous les pourtours de l’île à l’occasion de diverses sessions… J’ai travaillé notamment avec le pôle «Formation continue», qui est financé par DM-échange et mission, l’équivalent suisse du Défap. Ces sessions étaient préparées à chaque fois par les directeurs régionaux, qui rassemblaient tous les enseignants disponibles sur deux journées, l’une consacrée aux écoles primaires, l’autre au secondaire.


Que retirez-vous de votre séjour à Madagascar ?

Mahieu Ramanitra : J’en ai retiré beaucoup de choses pour mes études : en matière de pédagogie, dans mon travail sur la langue, l’interculturel ; et aussi sur la communication non-violente. Sur le plan personnel : je sais comment prononcer mon nom à la manière malgache ; je me suis découvert une nouvelle famille, que je ne connaissais pas… J’ai découvert toute la richesse de ce socle culturel que partagent tous les Malgaches, notamment dans le domaine de la musique et des chants. Ma vision du monde et mes réflexions personnelles aussi ont évolué : sur la question de la pauvreté, par exemple… Je me suis souvent fait la réflexion que le contraire de la pauvreté n’est pas la richesse, mais la dignité. Même chose sur les questions de non-violence, de démocratie, ou encore d’écologie.

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez

 


Retrouvez dans la vidéo ci-dessous une présentation de Madagascar, des liens existant aujourd’hui avec les Églises protestantes de France, et des actions du Défap.