Le grand rassemblement organisé par la Fédération protestante de France et l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine a donné pendant trois jours une visibilité exceptionnelle au protestantisme français et à sa diversité. Une diversité qui ne va pas sans défis, alors que le paysage protestant se transforme depuis plusieurs décennies. C’est précisément sur le thème de l’interculturel que le Défap, représenté pendant trois jours au «Village des fraternités», a organisé sa table ronde.

 

Peinture participative au « Village des Fraternités » © Défap

Les stands démontés, les tentes repliées, le Zénith de Strasbourg vidé, que reste-t-il de «Protestants en fête» ? Tout d’abord l’image, rare, d’un protestantisme s’affichant au grand jour dans toute sa diversité pour fêter les 500 ans de la Réforme. Les occasions d’aborder les questions de foi dans l’espace public ne sont pas si nombreuses. Surtout quand elles ont la bénédiction des politiques. Lors de la cérémonie d’ouverture au Conseil de l’Europe, le président du Bundestag allemand, Wolfgang Schäuble, a évoqué dans son discours les célébrations de ce cinq-centenaire, également fêté dans son pays, comme une occasion de renforcer le sentiment d’appartenance européen. Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a cité pour sa part le théologien luthérien André Birmelé.

Le mot d’ordre choisi pour ce grand rassemblement (la Fraternité) pouvait trouver écho aussi bien dans la devise de la République que dans les Évangiles ou les épîtres de Paul. Il a permis, pendant trois jours, de réunir à Strasbourg des protestants de tous les lieux de France et de toutes origines : luthériens, réformés, pentecôtistes, baptistes… Français d’origine ou plus récemment installés, témoignant tous à leur manière des mutations qui traversent les Églises. Car si la diversité est inhérente au protestantisme, le paysage des paroisses françaises connaît depuis une trentaine d’années des mutations profondes. Il est désormais plus mélangé, plus coloré ; l’interculturel s’y présente à la fois comme une richesse et un défi. C’est d’ailleurs sur ce thème de l’interculturel que le Défap, présent pendant trois jours au «Village des fraternités», qui réunissait place Kléber les stands des œuvres et mouvements protestants, a organisé une table ronde. Vous pourrez en retrouver  prochainement des extraits sur le site du Défap.

«Dépasser les différences»

Animation sur le stand du Défap © Défap

Bien sûr, cette diversité ne va pas sans tensions. Et un rassemblement de l’ampleur de «Protestants en fête» échappe difficilement aux fausses notes. Il y en a eu, notamment autour de la programmation d’un culte « inclusif » accueillant les personnes homosexuelles, et de la tenue d’un stand consacré aux questions LGBT. Deux points qui ont poussé le Conseil national des évangéliques de France (Cnef) à se mettre en retrait des festivités. Le Cnef n’en était pas moins représenté à la soirée d’inauguration au Conseil de l’Europe, et si son président, Étienne Lhermenault, était absent, son directeur Clément Diedrichs a bien participé à la cérémonie. Et si le stand du Cnef national au «Village des fraternités» a été supprimé, les membres du Cnef local, qui avait pris part à l’organisation de «Protestants en fête», ont participé durant les trois jours aux ateliers et conférences prévus. Les crispations institutionnelles n’ont pas empêché les rencontres entre protestants de diverses tendances et de diverses Églises, aussi bien au «Village des fraternités» qu’au Zénith de Strasbourg, lors des concerts ou du culte «XXL».

Point culminant et conclusion des célébrations, ce culte se voulait un reflet de la diversité protestante. C’est ce qu’a rappelé devant les 8000 participants Joël Dahan, pasteur réformé à la Fondation John Bost, pendant qu’à ses côtés Christiane Enamé, vice-présidente de la Fédération protestante de France, évangélique et membre de l’Église Martin Luther King de Créteil, appelait à «dépasser les différences». Dans sa prédication, le pasteur François Clavairoly, président de la FPF, a souligné que «la foi est avant tout confiance et appel à la fraternité», en appelant tous les protestants à jouer «le rôle de vigie dans la société». Ils doivent, a-t-il insisté, «entendre les colères du monde, sans être complices», mais aussi «réfléchir et ouvrir leur intelligence». Avant cela, dans une série de messages diffusés sur grand écran, des responsables catholique, orthodoxe, juif, musulman, bouddhiste avaient évoqué ce qui les rapproche des protestants.

«Qui es-tu, toi mon frère ?»

La foule réunie au Zénith pour le « culte XXL » © Défap

Un protestantisme divers, multicolore, non dénué de tensions mais riche de débats ; un protestantisme au nom duquel Alexia Rabé, chanteuse révélée au grand public par «The Voice» et étudiante en théologie à la faculté de Genève, a entraîné les participants du culte «XXL» qui se sont aussi tous levés lorsque la fanfare de l’Armée du Salut a joué les premières notes du cantique «À toi la gloire» : voilà ce que les trois jours de «Protestants en fête» ont montré à Strasbourg. Un protestantisme les yeux grand ouverts sur les défis du monde, sans perdre sa foi, à l’image du chant composé pour l’occasion par Françoise et Daniel Priss «Qui es-tu, toi mon frère ?». Repris par les mille choristes réunis dimanche au Zénith, ce chant parlait de tourments et d’espérance, de souffrance et de fraternité : «À Christ j’adresse cette prière, Lui qui a marché sur la terre, A prié guéri et souffert, Par sa parole il libère (…) Que la parole se fasse chair, Dans le quotidien des misères, Nous sommes un peuple de frères».

Retrouvez ci-dessous deux extraits du culte XXL : le chant d’ouverture…

 

… et le chant composé pour Protestants en fête : Qui es-tu, toi mon frère