Jacques Toureille, envoyé EAPPI, écrivait le 11 octobre, une semaine après son arrivée sur le terrain :

 

 

« Comme vous pouvez sans doute le voir dans la presse, les incidents quotidiens se sont multipliés ces dernières semaines, à la suite d’incursions répétées de juifs orthodoxes sur l’esplanade des mosquées (le Temple des Monts) à l’occasion des fêtes juives, alors qu’ils ne peuvent venir y prier en principe qu’à des heures bien précises, ce qui a suscité des réactions violentes de la communauté musulmane.

 

La situation s’est beaucoup tendue à Jérusalem, et des incidents répétés ont eu lieu, incidents qui ont conduit au bouclage de la vieille ville, et à un accès restreint à l’esplanade des mosquées (les hommes musulmans de moins de 50 ans n’ont pour l’instant plus le droit de venir y prier). La tension est montée un peu partout, sans que l’on pense pour l’instant qu’un mouvement de plus grande ampleur se dessine. De nombreux incidents ont eu lieu dans diverses villes, Bethléem, Hébron, Naplouse en particulier, et sur la ligne de séparation avec la bande de Gaza.

 

Carte Israël/Palestine

Carte de la région DR

 

Pour notre zone de placement (Yatta), la situation a été plus calme et s’est limitée principalement à des affrontements ponctuels entre colons et population palestinienne. (…)

 

Des demandes d’accompagnement de plus en plus fréquentes proviennent des paysans ou bédouins craignant des incursions nocturnes depuis les colonies israéliennes ou « outposts » voisins de leurs campements. En revanche, les demandes d’accompagnement de bergers sont moins fréquentes. De nouvelles demandes d’accompagnement sont attendues lorsque la cueillette des olives va commencer (dans deux ou trois semaines), car il est fréquent que les colons viennent perturber la cueillette. Au cours de cette première semaine de présence, j’ai d’ailleurs passé avec un autre EA deux nuits chez des bédouins semi-sédentarisés*. »

 

« La plupart des bédouins de la région de Yatta viennent du Néguev et ont été déplacés par la force vers la Cisjordanie en 1948.  Ils vivent dans des campements de fortune établis dans la zone C, et sont susceptibles d’être déplacés de nouveau à tout moment. »

 

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Panneaux solaires endommagés par les colons, 6 octobre 2015 DR

 

Début octobre, Claude Smith, présente à Jérusalem, partage aussi ses impressions :

 

« (…) En ce moment comme vous le savez, il y a des « incidents », ou « clashes » comme on dit ici, partout dans la Cisjordanie et Jérusalem-Est où je me trouve. Mais, en même temps, d’un quartier à l’autre, c’est très différent.

Nous sommes juste hors des murs, près de la Porte d’Hérode, et c’est plutôt calme. Mais ce matin, Via dolorosa, dans la vieille ville, il y a eu une tentative de meurtre pendant que nous étions en réunion et, de nouveau, on ne pouvait plus sortir, pour quelques heures seulement. Les Palestiniens ont l’habitude…
Dimanche, nous étions à Bethlehem où deux palestiniens ont été tués, dont un enfant de 13 ans du camp de Aida (…). Depuis dimanche soir, on envoie des gaz lacrymogènes dans les rues, et, depuis lundi, ce sont des tirs.

Nous avons parlé avec un archevêque arménien, responsable des relations œcuméniques, un vieux monsieur digne et plein d’humour, lui-même réfugié palestinien de 1948, et il évoquait la possibilité d’une 3ème intifada. (…)

 

Nous avons rendu visite à des familles palestiniennes qui vivent sous les remparts, dans une zone qu’Israël veut transformer en jardin appelé « natural reserve » et, donc, les maisons de ces gens doivent être détruites…

Ils nous ont montré l’ordre de démolition pour la semaine prochaine. (…)

Ces gens nous ont accueillies si amicalement, nous exprimant leurs remerciements parce que notre présence compte beaucoup pour eux. Ils espèrent qu’on va répercuter leur histoire sur nos blogs et dans la presse. (…)

 

Les juifs Israéliens qui militent pour la paix et avec qui nous travaillons sont très clairs dans leur position.

Ils disent que raisonnablement il n’y a aucune raison d’espérer, d’entrevoir une résolution du conflit, mais qu’en même temps, ils ont un espoir (fou !), comme nous d’ailleurs, que quelque chose pourrait changer, c’est pour ça qu’ils continuent. Et c’est aussi pour ça que nous sommes là (sans prétention aucune). »

 

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