Une année avec les Actes des apôtres : méditation du jeudi 29 avril 2021. Cette semaine, nous prions avec notre envoyée en Tunisie.

La conversion de Saint-Paul, Michel-Ange, chapelle Pauline au Vatican © Wikimedia Commons

Nous sommes dans un tribunal en compagnie de l’apôtre Paul (l’accusé), de Festus (le gouverneur) et du roi Agrippa, accompagné de sa sœur Bérénice. Paul, citoyen romain, a refusé d’être emmené pour être jugé à Jérusalem et il a fait appel à l’empereur. Il va donc être transféré à Rome mais pour l’instant, le roi étant en déplacement à Césarée, il vient écouter Paul au tribunal.

Ce n’est pas la première fois que Paul raconte son histoire, on la trouve déjà au chapitre 9 du livre des Actes, puis racontée au chapitre 22 à la foule de Jérusalem. Après tout, c’est son histoire qui donne tout son sens à sa mission : c’est dans son histoire à lui, Paul, que Jésus est intervenu et a prononcé les paroles qui ont tout changé. Il rappelle donc son « background » comme on dirait aujourd’hui, ses expériences personnelles qui lui donnaient un rang social important et une mission claire, une origine culturelle et des repères qui devaient diriger sa vie. Tout cela a volé en éclats lorsqu’il a posé la question « Qui es-tu, Seigneur ? » à celui qui lui a répondu en hébreu :

« “Je suis Jésus, celui que toi tu persécutes. Mais relève-toi, tiens-toi debout. Je te suis apparu pour faire de toi mon serviteur ; tu seras mon témoin pour annoncer comment tu m’as vu aujourd’hui et pour proclamer ce que je te révélerai encore. Je te délivrerai du peuple juif et des autres peuples vers lesquels je t’enverrai. Je t’envoie pour que tu leur ouvres les yeux, pour que tu les ramènes de l’obscurité à la lumière et du pouvoir de Satan à Dieu. S’ils croient en moi, ils recevront le pardon de leurs péchés et une place parmi ceux qui appartiennent à Dieu.”

Et ainsi, roi Agrippa, je n’ai pas désobéi à la vision qui m’est venue du ciel. Mais j’ai annoncé la bonne nouvelle d’abord aux habitants de Damas et de Jérusalem, puis à ceux de toute la Judée et à ceux des autres pays ; je les ai appelés à changer de vie, à se tourner vers Dieu et à manifester par des actes ce changement. C’est pour cette raison que des Juifs m’ont saisi alors que j’étais dans le temple et qu’ils ont essayé de me tuer. Mais Dieu m’a accordé sa protection jusqu’à ce jour et je suis encore là pour apporter mon témoignage à tous, aux petits comme aux grands. Je n’affirme rien d’autre que ce que les prophètes et Moïse ont annoncé : à savoir que le Christ aurait à souffrir, qu’il serait le premier à ressusciter d’entre les morts et qu’il annoncerait la lumière du salut à notre peuple et à tous les autres. », répondit Festus. Actes 26,15b-23

 

En faisant le récit de cette rencontre fondatrice, Paul récapitule toute sa mission : envoyé par le Christ, il a ouvert à toutes les nations la promesse qui avait été faite au peuple élu. Il a obéi à cette mission sans jamais s’en détourner, annonçant sans relâche que Dieu invitait à « se convertir et se tourner vers Dieu » et à vivre en conséquence. Est-ce là autre chose que ce Paul lui-même a fait à l’instant où il a entendu la voix venue du ciel : converti (littéralement « retourné ») par une parole venue d’ailleurs et tourné vers un Dieu qui s’est annoncé à lui radicalement différent de ce qu’il en avait compris jusqu’alors, pour vivre de façon totalement nouvelle, dans un lien nouveau avec Dieu. D’un seul coup, les promesses des prophètes et de Moïse prenaient un autre sens, avec la Passion, la mort et la résurrection qui se révélaient comme la vérité et comme le cœur de la foi au Dieu d’Israël.

En disant la vérité de son histoire, Paul dit aussi la vérité de l’histoire. Le Christ a souffert, a été ressuscité, et doit annoncer la lumière à tous, juifs et païens, et Paul a mis ses pas dans les siens. Cette vérité-là ne lui appartient pas en propre, elle reste du domaine de Dieu et ce qui vient résonner dans le monde sont des échos de cette vérité première.

Le gouverneur Festus, peu au fait des coutumes juives comme des textes, ne l’entend pas de cette oreille et s’exclame : « Tu es fou, Paul ! Avec tout ton savoir tu tournes à la folie ! »

Peut-on lui en vouloir ? Qu’est-ce qui différencie ce récit de Paul d’un récit délirant ? Ce savoir est-il vraiment autre chose qu’une conviction intime mais folle ? Paul connaît ce danger et il ne se démonte pas : ce qu’il raconte ne relève pas seulement de son expérience personnelle, il peut témoigner que ce qu’il dit a des effets libérateurs dans l’histoire, que la promesse vient du fond des âges et se tend vers un à-venir où tous ceux qui auront reçu cette parole qui une vérité pour eux-mêmes auront part à l’héritage.

La parole que nous avons à porter dans le monde nous relie à tous ceux qui, depuis Paul, nous ont précédés. C’est dans le temps qui passe que s’inscrira notre parole, comme toutes celles qui nous ont précédées. Nous ne pouvons plus parler aux gens du passé, nous ne pouvons pas encore parler aux gens du futur, mais il nous est donné de nous adresser à nos contemporains. Nous avons encore à dire la vérité de notre histoire, qui prend racine dans un récit collectif bien plus vaste, soutenu par la parole d’un autre que nous.

 

Questions pour nous :

  • Comme dire aujourd’hui la vérité de mon histoire, à ceux qui ne connaissent rien du grand récit de l’histoire de Dieu parmi les humains ?
  • Quel langage commun avons-nous à notre disposition ?
  • Peut-on dégager des critères pour juger de la vérité de ce que nous disons ?

 

Prions :

Dieu du temps et de l’histoire,
des commencements et des résurrections,
Dieu de la mémoire et de la promesse,
enseigne-nous à vivre avec le temps,
à l’accueillir comme un cadeau de toi ;
donne-nous de l’aimer
dans ses dimensions d’instant et d’éternité.

Donne-nous d’aimer le temps passé :
qu’il soit pour nous mémoire, plutôt que nostalgie,
sève et sagesse de vie, plutôt que relique idolâtrée.

Donne-nous d’aimer le temps à venir :
qu’il soit pour nous destination choisie,
plutôt que destin redouté ;
promesse qui rassemble,
plutôt que rétribution qui divise.

Donne-nous d’aimer surtout le temps présent :
qu’il soit dans nos mains comme pâte à pétrir
plutôt que sable fuyant entre nos doigts,
qu’il soit signe de ton Royaume à suivre sur nos chemins d’humanité
plutôt qu’empire à préserver.

Merci ! pour hier et pour les temps passés,
Oui, et que ton Règne vienne !
pour demain et pour les temps à venir,
Me voici ! Nous voici ! pour aujourd’hui
et le temps présent de l’humain.

Ion Karakash