Pour joindre le geste à la parole, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, président du Défap, se rend à Bangui entre le 23 et le 26 décembre pour les célébrations de Noël.

 

« Quel était donc le vrai courage du pape François ? Venir à Bangui en pleine période de troubles intercommunautaires ? Même si d’aucuns, pour n’avoir pas à le protéger, ont beaucoup insisté sur les risques qu’il courait, il semblerait bien que nul n’ait eu l’intention de s’attaquer à lui. Les Casques bleus des Nations unies, appuyés par la force française Sangaris, lui ont assuré un rempart efficace. Le danger principal était-il de se rendre à ma mosquée centrale ? Les militaires postés sur les minarets ont permis que les musulmans du quartier PK 5 puissent enfin sortir de leur isolement contraint en toute sécurité. Était-ce dans le stade dit « des 20 000 places » ? Là, ce sont 2 500 scouts qui ont été mobilisés pour s’assurer que tout aille bien.

Non, son vrai courage a été d’espérer, de croire en l’homme centrafricain, en sa capacité à dépasser les haines d’aujourd’hui pour reconstruire une nation unie.

C’était un courage nécessaire tant il semble faiblir chez ceux-là même qui en faisaient preuve jusque-là. Depuis fin septembre, la population centrafricaine a le sentiment d’être livrée à elle-même. Les forces internationales, après avoir été débordées les 26 et 27 septembre dernier, lors des événements qui ont fait plus de soixante-dix morts, paraissent désormais se désintéresser des milices armées qui continuent à endeuiller villes et campagnes. Les instances politiques ne montrent guère davantage de volonté de sortir de la crise et les élections sont maintenant prévues pour la fin décembre. Quant aux chefs rebelles, ils paradent impunément au milieu des représentants officiels des Nations unies, déclarant leur opposition aux élections et leur souhait d’une nouvelle transition… dont ils tireraient de nouveaux profits, à n’en pas douter.

Le pape François a eu du courage pour redonner un peu d’espérance. Pour que des mots simples comme « nous sommes frères », « pardon », « vivre ensemble » et « aimer » soient à nouveau prononcés. Pour que les jeunes musulmans enfermés dans le « ghetto » du quartier PK 5 sortent pour la première fois depuis des semaines vêtus de t-shirts à l’effigie du pape et viennent rejoindre les chrétiens dans le stade, pour la célébration finale.

Du courage pour espérer. Il en faudra encore beaucoup et les Centrafricains devront s’inspirer du pape François pour résister.

Du courage pour reconstruire. Il en faudra au futur président de la république et à son gouvernement, mais il sait déjà que tous ceux qui ont préparé, accompagné, prié pour la visite du pape seront prêts à accompagner cette nouvelle étape dans la reconstruction du pays.

Du courage pour espérer, il en faudra pour convaincre les anciens amis de la Centrafrique de ne pas s’en détourner, une fois la paix revenue.

Mais si la paix est fragile, l’espérance est forte, comme celle que le pape François vient de montrer. Et elle est communicative. Pendant deux jours, les Centrafricains se sont dit les uns aux autres, toutes confessions confondues : « Oui, nous pouvons vivre ensemble ».

Jean-Arnold de Clermont
Président du Défap.
»

 

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