Bienvenue au Centre Évangélique 2021 !

Les stands sont installés, on n’attend plus que vous ! Ces 22 et 23 novembre, l’équipe du Défap vous accueille sur son stand à l’Espace Charenton, dans le XIIème arrondissement de Paris, à l’occasion de l’édition 2021 du Centre Évangélique. Suivez en direct l’événement sur la webradio dédiée au CE 2021, créée par un partenariat entre Radio Omega, Phare FM et Radio Arc-en-Ciel. Vous pourrez y entendre Manior interviewé en direct le mardi 23 novembre pour présenter son ouvrage, « Les deux pieds en Afrique », publié en partenariat avec les éditions Scriptura à l’occasion des 50 ans du Défap. Une séance de dédicaces est également prévue dans l’espace librairie.

Vue du stand du Défap peu avant l’ouverture du Centre Évangélique 2021 © Défap

Tout est prêt, et l’Espace Charenton fourmille d’activité. En ce matin du 22 novembre, tous les stands du Centre Évangélique sont installés, pour une édition 2021 qui marque le retour des rencontres « en présentiel », après une année 2020 au cours de laquelle les contraintes sanitaires avaient nécessité un changement de format et des conférences exclusivement en visio. Le Défap aussi est présent, et les permanents vont se relayer pour vous y accueillir tout au long de ces deux jours : venez nous rencontrer et vous entretenir avec les membres de l’équipe ; et venez découvrir l’album de Manior, Les deux pieds en Afrique, publié en partenariat avec les éditions Scriptura à l’occasion des 50 ans du Défap.

Les innovations rendues nécessaires par le contexte particulier de l’année 2020 ne sont pas oubliées, loin de là : le CE 2021, placé sous le thème « Annoncer et vivre l’Évangile, une vocation commune ? », a ainsi lieu à la fois sous forme de rencontres physiques, et simultanément sous forme de webinaires. Les organisations présentes ont également une présence sur le site du Centre Évangélique sous la forme d’e-stands (venez visiter celui du Défap !). Avec en outre une nouveauté pour cette année : une webradio s’installe dans les coulisses. Radio Omega, Phare FM et Radio Arc-en-Ciel se sont associées pour vous faire vivre 10 heures de direct à l’occasion de l’événement et vous proposer une immersion et un zoom sur les participants, leurs activités et leurs projets. Pour découvrir un peu comment fonctionne cette « radio temporaire » dédiée au Centre Évangélique, quelques explications ici  :

 

 

Pour suivre la webradio en direct tout au long de ces deux jours, rendez-vous sur sa chaîne YouTube :

 

Manior (Romain Choisnet), l’auteur des Deux pieds en Afrique, sera interviewé sur la webradio du Centre Évangélique pour présenter sa BD le 23 novembre vers 17h. Auparavant, il aura participé à une séance de dédicaces organisée dans l’espace librairie en début d’après-midi, vers 13 h.

On vous attend !




Méditation du jeudi : Les fondamentaux de la foi

Méditation du jeudi 18 novembre. Nous revenons sur l’épisode d’une rencontre inattendue : celle de Philippe et de l’eunuque. Qu’est-ce que notre foi ? C’est une question que nous ne cessons jamais de nous poser. Parce qu’on ne possède pas notre foi, elle nous est donnée, chaque jour, comme ce qui nous anime et nous fait vivre de souffle et de liberté.

« Le baptême de l’eunuque », attribué à Brueghel le jeune © Wikimedia Commons

L’ange du Seigneur dit à Philippe : Va vers le sud, sur le chemin qui descend de Jérusalem à Gaza, dans le désert. Il se leva et partit. Or un Éthiopien, un eunuque, haut fonctionnaire de Candace, la reine des Éthiopiens, et responsable de tous ses trésors, était venu à Jérusalem pour adorer, et il s’en retournait, assis sur son char, en lisant à haute voix le Prophète Ésaïe. L’Esprit dit à Philippe : Avance et rejoins ce char. Philippe accourut et entendit l’Éthiopien qui lisait le Prophète Ésaïe. Il lui dit : Comprends-tu ce que tu lis ? Il répondit : Comment le pourrais-je, si personne ne me guide ? Et il invita Philippe à monter s’asseoir avec lui. Le passage de l’Écriture qu’il lisait était celui-ci :

Il a été mené comme un mouton à l’abattoir ;
et, comme un agneau muet devant celui qui le tond,
il n’ouvre pas la bouche.
Dans son abaissement, son droit a été enlevé ;
et sa génération, qui la racontera ?
Car sa vie est enlevée de la terre.

L’eunuque demanda à Philippe : Je te prie, de qui le prophète dit-il cela ? De lui-même ou de quelqu’un d’autre ? Alors Philippe prit la parole et, commençant par cette Écriture, il lui annonça la bonne nouvelle de Jésus. Comme ils continuaient leur chemin, ils arrivèrent à un point d’eau. L’eunuque dit : Voici de l’eau ; qu’est-ce qui m’empêche de recevoir le baptême ? […] Il ordonna d’arrêter le char ; tous deux descendirent dans l’eau, Philippe ainsi que l’eunuque, et il le baptisa. Quand ils furent remontés de l’eau, l’Esprit du Seigneur enleva Philippe. L’eunuque ne le vit plus : il poursuivait son chemin, tout joyeux. Quant à Philippe, il se retrouva à Azoth ; il annonçait la bonne nouvelle dans toutes les villes où il passait, jusqu’à son arrivée à Césarée.
(Actes 8,26-40)

Qu’est-ce que notre foi ? C’est une question que nous ne cessons jamais de nous poser. Parce qu’on ne possède pas notre foi, elle nous est donnée, chaque jour, comme ce qui nous anime et nous fait vivre de souffle et de liberté. C’est ce que la Réforme a affirmé, obstinément.

Je vous propose aujourd’hui de redécouvrir les grands principes de la foi protestante, cette foi qui nous est donnée et que nous ne possédons pas, à travers ce texte du livre des Actes, la rencontre de Philippe et de l’eunuque.

« L’ange du Seigneur dit à Philippe… va, va dans le désert. » L’appel qui nous est adressé, le souffle qui nous anime, nous pousse dans le désert. Pas vers ce que nous connaissons, mais justement là où nous n’avons aucun repère. Aucune certitude. Là où nous n’attendons que la solitude et peut-être le danger. Se lancer ainsi, c’est prendre un risque. Hors de nos chemins bien balisés, de nos habitudes. La foi n’est pas d’abord certitude, mais risque…

❝ Pour comprendre notre foi, nous n’avons que l’Écriture

Et pourtant, nous ne sommes pas seuls sur ce chemin. Lorsque l’eunuque approche, Philippe l’entend qui lit à haute voix. Assis sur son char, il est plongé dans un texte. Aujourd’hui encore, la foi naît de la confrontation à ces témoignages de foi qui nous ont été transmis : les auteurs bibliques ont raconté, chacun à leur façon, ce que signifie être en relation avec Dieu. La Bible est une collection de livres multiples, aux multiples styles. Ces livres viennent tous nous interpeler, nous questionner. Et comme le souligne ce texte des Actes, ils viennent d’autant plus nous interpeler que nous ne les comprenons pas. Non, cet homme ne comprend pas ce qu’il lit. Et c’est une bonne nouvelle ! parce qu’il lit vraiment. Parce qu’il se frotte aux Écritures sans prétendre les posséder. Parce qu’il cherche une clé, un moyen d’entrer dans ce qui lui est annoncé. S’il comprenait, s’il était sûr de comprendre, il resterait à la porte… Pour comprendre notre foi, nous n’avons que l’Écriture. C’est le premier des grands principes de la Réforme : ce que Luther a résumé par la formule « sola scriptura » , l’Écriture seule. Aucune institution, même la plus prestigieuse, aucun professeur de théologie, aucun prédicateur, ne peut prétendre détenir pour vous ce que signifie l’Écriture. C’est à vous, c’est à chacun de nous d’être cueillis dans nos habitudes, dans nos vies, par ce qui vient nous interpeller ainsi. Nous bousculer, aussi. Comment pourrais-je comprendre, dit l’eunuque ? Et cette question devient une invitation, une invitation à d’autres que nous-mêmes : nous accueillons comme un cadeau une présence qui vient nous aider à cheminer avec le texte. Et qui, surtout, ne prétend jamais en détenir la vérité ultime. L’auteur des Actes en témoigne avec une certaine malice. Vous l’avez sans doute remarqué, il ne donne pas la clé du texte d’Ésaïe. Il nous laisse, comme l’eunuque, nous poser la question. Car il se contente de dire « alors Philippe prit la parole et, commençant par cette Écriture, il lui annonça la Bonne nouvelle de Jésus. » La bonne nouvelle de Jésus… il nous reste, à tous, la liberté incroyable de comprendre pour nous-mêmes ce que cela signifie. La bonne nouvelle de Jésus : le cœur de notre foi. Et pourtant, un cœur qui ne se dit pas dans des dogmes, ni dans des phrases bien coupées, bien nettes. C’est une vérité qui n’appartient qu’à chacun d’entre nous. Qu’est-ce qui est la bonne nouvelle pour moi ? Qu’est-ce qui, dans votre vie, est une bonne nouvelle ? Qu’est-ce qui vient bousculer vos habitudes, qu’est-ce qui vient vous lancer sur un chemin désert pour vous envoyer vers un avenir ? Ce désir-là, c’est « la bonne nouvelle de Jésus ». Et c’est une autre des affirmations de la Réforme : le Christ seul, « solus Christus » . Notre foi, c’est ce qui vient nous interroger sur ce visage de Dieu révélé dans la personne de Jésus-Christ.

❝ Quel Dieu étrange se révèle ainsi !

Un Christ né comme le plus faible de toutes les créatures : un bébé humain, né dans un monde où il n’y avait pas de place pour lui. Un Christ mort comme le plus faible de tous les humains, abandonné par les siens, traversant les ténèbres de la mort, abaissé, comme un agneau muet devant ceux qui vont le tuer. Quel Dieu étrange se révèle ainsi ! Un Dieu faible et dépendant, mourant et abaissé. Non, ce n’est pas le Dieu dont nous rêvons. Et pourtant notre foi nous oblige à regarder en face cette réalité : nous croyons en un Dieu qui sort des cieux pour nous rejoindre dans notre humanité la plus faible, la plus souffrante. Nous sommes confrontés à une autre image de Dieu. Pas celle dont nous rêvons. Nous avons une tendance fâcheuse à imaginer un Dieu qui est tout ce que nous ne sommes pas : tout-puissant, qui sait tout, qui peut tout, qui exige tout. Et Jésus nous force à voir un autre Dieu : solidaire, jusqu’au bout, de notre humanité. Aujourd’hui encore, cette bonne nouvelle révolte le monde. Aujourd’hui encore, rappeler ce visage de Dieu fait de nous des prophètes, des résistants. C’est ça qui nous permet de dire que Dieu n’est pas un bourreau, qu’il n’exige pas, jamais, de sacrifice, qu’il n’est pas complice du mal. Mais qu’il nous aime, jusqu’au bout, comme il a aimé son fils, jusqu’au bout de son humanité, de notre humanité.

❝ Cette grâce, il nous est donné de pouvoir y répondre. Cette réponse, c’est la foi.

C’est Dieu seul qui a l’initiative de cet amour qu’il nous porte. Dieu, et pas nous. C’est lui qui vient nous chercher, nous inviter. C’est ce qu’on appelle la grâce. La grâce : ce qui nous est donné et qui nous fait vivre. Ce qui nous permet d’être libres de toute culpabilité : ce n’est pas par nos propres forces que nous sommes libérés, mais par grâce. Gratuitement. Pour rien. Pour nous. Pour nous donner une vie véritable. La grâce seule ! C’est le troisième fondement de la Réforme : « sola gratia », la grâce seule. Cette grâce, il nous est donné de pouvoir y répondre. Cette réponse, c’est la foi. C’est le mouvement qui nous pousse vers Dieu, dans la gratitude pour ce qu’il nous offre. Dans l’incroyable certitude, difficilement explicable par des mots, que la grâce que Dieu nous offre vient nous rejoindre là où nous sommes. C’est le mouvement qui pousse l’eunuque à dire, très simplement : « voici de l’eau, qu’est-ce qui empêche que je sois baptisé ? » Rien ! Rien n’empêche qu’il soit baptisé ! Rien n’empêche que sa foi soit ainsi rendue évidente, pour lui comme pour les autres ! La foi seule… « sola fide » : c’est la quatrième formulation des fondements de la foi selon les Réformateurs. La foi seule… pas nos propres efforts, ni notre argent, ni nos convictions, ni un catéchisme bien appris, ni rien qui puisse se laisser enfermer dans des mots. Rien n’empêche notre foi. Aucune question morale, aucun empêchement humain. Et très simplement, comme l’eunuque est simplement baptisé par Philippe, c’est chaque jour que notre baptême vient redonner un sens à notre vie. Il vient nous rappeler que notre foi est une réponse au don de Dieu, que c’est une liberté offerte. Car Dieu n’est visible que dans la foi…

❝ La seule réponse qu’il ait eue, mais qui nourrit toute sa vie désormais, c’est que Dieu est présent

Une dernière remarque sur ce texte : la joie de l’eunuque. Lorsqu’il a été baptisé, aussitôt l’Esprit du Seigneur vient emporter Philippe. On pourrait croire que l’eunuque, ainsi abandonné au milieu du désert, sans personne pour le guider dans sa foi nouvelle, en aurait de l’angoisse. Mais c’est tout le contraire ! Sa foi lui est donnée, vraiment : ce n’est pas temporaire. C’est quelque chose qui vient habiter en lui et lui donner cette joie profonde qui vient de la certitude de la présence de Dieu dans sa vie. Un Dieu qui l’a rejoint, là où il était. Confronté à ses questions, la seule réponse qu’il ait eue, mais qui nourrit toute sa vie désormais, c’est que Dieu est présent. C’est qu’il est libéré de toutes les fausses images de Dieu qui encombraient sa vie.

C’est ce que la Réforme a résumé ainsi : « soli Deo gloria » , à Dieu seul la gloire. Nous n’avons plus à nous courber devant aucune idole, quelle qu’elle soit. Ni image, ni statue, ni institution, ni personne, même pas nous-mêmes : nous ne reconnaissons la gloire qu’à Dieu. Car il est le seul qui nous libère de toutes ces idoles.

C’est une vérité pour hier comme pour aujourd’hui. Comment dire ça aujourd’hui ? Comment inventer de nouvelles façons de dire ce nouveau rapport à Dieu, au monde et à nous-mêmes ?

❝ Au fond, la Réforme nous rend tous théologiens

On peut inventer de nouvelles façons de le formuler. C’est tout l’effort de la théologie : aller jusqu’au bout de notre liberté de penser notre rapport à Dieu, au monde et à nous-mêmes. Mais ce serait une erreur de croire que seuls les théologiens ont droit à la parole sur ce sujet. Au fond, la Réforme nous rend tous théologiens. Sur les petites comme sur les grandes choses.

Cet effort nous oblige à réviser sans cesse les formes de l’institution dont nous avons hérité et que nous habitons, cette Église qui est un des visages de l’Église de Dieu : c’est le dernier des grands principes de la Réforme : « Semper reformanda » . Le rappeler, c’est dire que les formes et les structures auxquelles nous sommes habitués ne nous viennent pas directement de Dieu et ne sont pas sacrées : elles sont au service de notre mission, nous n’en sommes pas prisonniers.

Qu’il nous soit donné, aujourd’hui, demain et pour tous les demains à venir, d’entendre l’appel à retourner au désert, dans la joie d’une rencontre inattendue.




Le Défap au Centre Évangélique 2021, avec Manior

Les lundi 22 et mardi 23 novembre, venez nous rencontrer sur le stand du Défap à l’Espace Charenton, dans le XIIème arrondissement de Paris, à l’occasion de l’édition 2021 du Centre Évangélique. Vous pourrez aussi y découvrir le livre de Manior, « Les deux pieds en Afrique », publié en partenariat avec les éditions Scriptura à l’occasion des 50 ans du Défap. Une séance de dédicaces sera organisée le mardi dans l’espace librairie.

© Centre Évangélique 2021

L’édition 2020 était celle de l’année du Covid : comme nombre de rassemblements, le Centre Évangélique avait dû s’adapter et s’était tenu par visioconférence. Une expérience dont le CE 2021 a décidé de tirer parti : en ce mois de novembre, la rencontre, placée sous le thème « Annoncer et vivre l’Évangile, une vocation commune ? », a donc lieu à la fois en « présentiel », à l’Espace Charenton, dans le XIIème arrondissement de Paris, mais également sous forme de webinaires. Comme l’année précédente, le Défap participe à ce Centre Évangélique, qui va se tenir les lundi 22 et mardi 23 novembre ; avec comme invité Manior, dont vous pourrez découvrir et acheter le livre, « Les deux pieds en Afrique », publié en partenariat avec les éditions Scriptura à l’occasion des 50 ans du Défap. À noter : le mardi 23 novembre, à 13 heures, une séance de dédicaces sera organisée dans l’espace librairie.

En participant à ce Centre évangélique « des retrouvailles », après une année 2020 limitée au distanciel, vous aurez l’occasion :

  • d’aller à la rencontre de 116 œuvres évangéliques francophones à l’Espace Charenton mais également via la page web du CE 2021 (venez visiter l’e-stand du Défap !)
  • d’assister à des conférences, tables rondes et ateliers au sujet de la thématique de l’évangélisation, avec une trentaine d’intervenants
  • de profiter d’espaces de convivialité confortables prévus pour ces retrouvailles !

Fondé en 1948 à l’Institut biblique de Nogent, le Centre évangélique vise depuis plus de 70 ans à favoriser les rencontres et les relations entres structures protestantes évangéliques, de manière à accroître leur visibilité. L’historien et sociologue Sébastien Fath parle d’ « un réseau évangélique majeur » qui « a densifié une mouvance [évangélique] jusque-là passablement émiettée ». Quant au théologien Henri Blocher, il pense que ces rencontres ont permis aux évangéliques, en se connaissant mieux, d’envisager la création du Conseil national des évangéliques de France, qui s’est concrétisée en 2010.

Retrouvez ici le programme complet du Centre Évangélique 2021, et ci-dessous la présentation de l’événement en vidéo :
 

 
Et pour vous donner envie de venir découvrir le livre de Manior… et de participer à la dédicace du mardi à l’espace librairie, petit aperçu de la création d’une planche de la BD « Les deux pieds en Afrique » :
 




Tour des Synodes régionaux de l’EPUdF

À l’automne, chaque région de l’Église Protestante Unie de France, l’une des trois unions d’Églises constitutives du Défap, organise son synode, avec pour question principale : « La mission de l’Église et les ministères ». Un thème qui est au cœur même des activités du Défap, dont les représentants sont, comme chaque année, présents pour participer à chacun de ces synodes.

© EPUdF

Le thème abordé en cette année 2021 lors des synodes régionaux de l’EPUdF, « La mission de l’Église et les ministères », va se déployer sur 3 ans :

  • 2022 : discerner une vision globale et ses grandes orientations
  • 2023 : réformer l’Église en vue de sa mission (par exemple élaboration d’outils missionnaires, création de ministères et de formations adaptées)
  • 2024 : mettre en application nos décisions

Les questions sur la mission, tous les organismes missionnaires y sont aujourd’hui confrontés, dans un temps qui connaît des évolutions de plus en plus rapides et de grande ampleur. Et ce qui est vrai des organismes missionnaires l’est tout autant des Églises elles-mêmes – et au sein du monde protestant, c’est tout particulièrement vrai des Églises dites « historiques ». En témoigne le dernier numéro de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, qui s’attache précisément aux questionnements auxquelles la mission fait face dans le contexte européen.

Comme chaque année, le Défap est présent à ces divers synodes régionaux, dont voici le calendrier :

 

Région Date et lieu du synode Suivre ce Synode
Centre-Alpes-Rhône 12-14 novembre à Annecy
Cévennes-Languedoc-Roussillon 29-31 octobre au centre du Lazaret à Sète
Est-Montbéliard 19-21 novembre à Besançon
Inspection luthérienne de Paris 19-21 novembre à Noisy-le-Grand
Nord-Normandie 12-14 novembre à Merville – Franceville 
Ouest 19-21 novembre à Nantes
Provence-Alpes-Corse- Côte d’Azur 19-21 novembre à Saint-Raphaël
Région parisienne 19-21 novembre à Dourdan
Sud-Ouest 19-21 novembre à Libourne

Une réflexion au long cours

Au Défap, la réflexion est engagée depuis mars 2018, lorsque son président, Joël Dautheville, avait lancé un appel en faveur d’une dynamique refondatrice dans son message à l’ouverture de l’Assemblée générale. Une réflexion qui ne peut bien sûr être indépendante de celle des Églises constituant le Service Protestant de Mission. Mais en la matière, chacune avance en fonction de son propre contexte, de sa propre histoire et au rythme de ses propres instances. En octobre 2019, le colloque organisé au 102 boulevard Arago «Vers une nouvelle économie de la mission : parole aux Églises» avait permis de réunir les présidents des trois Églises constitutives du Défap : l’EPUdF, l’UEPAL et l’Unepref. Il s’était traduit par des échanges très riches au cours desquels s’étaient exprimées les diverses conceptions de la mission, et les diverses attentes vis-à-vis du Défap.

Cette réflexion sur la mission, l’EPUdF a désormais décidé d’en faire un des thèmes centraux de ses synodes régionaux et nationaux. Un dossier destiné aux Églises locales est disponible pour la préparation des synodes régionaux 2021 et du synode national 2022.

La mission en débat à l’EPUdF : le dossier
 
L’avancée des réflexions au Défap



Méditation du jeudi : Dans la poussière de notre humanité

Méditation du jeudi 11 novembre. Nous revenons sur l’épisode de la femme adultère. Un texte miraculeusement lumineux et plein d’espoir, à cause de cette petite trace, là, tracée par Jésus dans la poussière, une petite trace de rien du tout dont on ne sait même pas ce qu’elle dit. Cette petite trace, elle est inscrite, non pas dans la pierre de toutes les lois qui nous accablent et nous culpabilisent, mais dans la poussière de notre humanité.

Nicolas Poussin – « Le Christ et la femme adultère » © Wikimedia Commons

« Jésus était allé au Mont des Oliviers.

À l’aube il revint au temple et tout le peuple venait à lui. S’étant assis, il les instruisait.

Mais voilà que les scribes et les pharisiens amenèrent vers lui une femme qui avait été surprise en plein adultère et ils la poussèrent au milieu.

Ils dirent à Jésus : « Maître, cette femme a été saisie en plein acte d’adultère, or dans la loi, Moïse nous ordonne que de telles femmes soient lapidées. Et alors, toi, qu’est-ce que tu dis ? »

Cela, ils le disaient pour le tenter, pour avoir de quoi l’accuser. Mais Jésus se baisse et il écrit avec le doigt dans la terre sans leur prêter attention.

Mais comme ils persistaient, l’interrogeant encore, il se mit debout et leur dit : « Que celui qui n’a pas péché jette, le premier, une pierre ! »

Et se baissant à nouveau, il écrivait sur la terre.

Entendant cela, ils partirent un par un, le plus âgé d’abord puis tous les autres, et laissèrent Jésus tout seul et la femme au milieu.

S’étant relevé, Jésus lui dit : « Femme, où sont-ils ? Personne ne t’accuse ? »

Elle dit : « Personne, Seigneur. » Jésus lui dit : « Je ne te condamne pas non plus. Va, et maintenant, détourne-toi du péché. »
(Jean 8, 1-11)

De la pierre, de la poussière. Voilà les deux éléments autour desquels s’organise cette scène.

Les scribes et les pharisiens font irruption dans la cour du temple, où Jésus enseigne à la foule, et ils l’interpellent : « Dans la loi, Moïse ordonne de jeter des pierres sur les femmes adultères ! »

Jésus pourrait répondre beaucoup de choses. Il pourrait demander où est l’homme surpris avec cette femme, par exemple. Mais il ne répond pas. Il aurait pu dire, par exemple : « Vous prétendez m’apprendre la loi, celle que Dieu puis Moïse ont gravée sur les tablettes de pierre ? Mais je vous montre, moi, que la loi bonne ne peut s’écrire que dans la poussière de l’humanité. Celui qui se tient debout et regarde de haut son prochain, celui-là n’a plus pour trancher que la pierre dure et intransigeante d’une loi lointaine. La pierre des tables de la loi, la pierre qu’on jette sur les pécheurs. » Mais Jésus ne parle pas. Il s’accroupit. Et il se contente de tracer des signes dans la poussière.

Il n’aura qu’une phrase, par laquelle il interpelle à son tour les scribes et les pharisiens : « Que celui qui n’a pas péché jette, le premier, une pierre ! »

❝ Bien sûr qu’ils ont péché, tous, car ils sont tous humains.

Les pharisiens et les scribes pourraient répondre beaucoup de choses. Ils pourraient dire par exemple qu’il est injuste de se faire piéger par les mots. Mais ils ne disent rien et ils s’en vont. Le premier qui part, c’est le plus âgé, celui qui a le plus péché, car il est humain, il n’est ni de pierre ni de loi, il est pure humanité pétrie par le péché… et tous les autres suivent. Bien sûr qu’ils ont péché, tous, car ils sont tous humains.

Dans l’Écriture, le sens de l’adultère n’est pas seulement celui que l’on trouve dans le Décalogue : « Tu ne commettras pas l’adultère ». L’adultère, surtout dans les textes prophétiques, c’est le refus de l’alliance qui lie Dieu à son peuple. Si ce peuple va vers d’autres dieux, il se prostitue et commet l’adultère en donnant sa foi à un autre que Dieu. Dans ce texte qu’on appelle souvent « la femme adultère », il n’y a pas d’homme amené avec cette femme. Peut-être parce qu’il ne s’agit pas d’un adultère de ce type.

Se perdre hors de la relation avec Dieu, c’est s’égarer dans un monde où il n’y a plus que la loi qui compte. Les lois du monde, les lois du plus grand nombre, les lois du dedans et les lois du dehors, les lois qui font mourir… Quand les pharisiens et les scribes disent « Moïse ordonne que de telles femmes soient lapidées », ils ne voient pas que cette femme est déjà lapidée dans la vie où elle s’est égarée. Elle est déjà sous le coup des pierres de la loi, loi aveugle, sourde, loi inhumaine, loi de pierre, loi intime, la pire peut-être.

Et pourtant ce texte est miraculeusement lumineux et plein d’espoir. À cause de cette petite trace, là, dans la poussière, une petite trace de rien du tout dont on ne sait même pas ce qu’elle dit. Cette petite trace, elle est inscrite, non pas dans la pierre de toutes les lois qui nous accablent et nous culpabilisent, mais dans la poussière de notre humanité.

❝ Quel est ce signe, discret et mystérieux, tracé dans la poussière de nos existences ?

Comment le Christ inscrit-il sa trace dans nos vies ? Quel est ce signe, discret et mystérieux, tracé dans la poussière de nos existences ? C’est un signe inutile, pour rien, au sens où il ne surgit pas comme un coup de tonnerre qui viendrait tout régler dans nos existences. C’est infime, presque inexistant. C’est une promesse. Une promesse qui nous dit : la grâce qui t’est destinée est inscrite, non pas dans la loi, mais dans la poussière de ton humanité. Cette promesse est écrite dans la poussière, mais elle est écrite pour toujours. Maintenant ne t’occupe plus de tout ce qui te jugeait, des murs de pierre autour de toi et en toi. Tu es fragile, tu es poussière… mais tu es debout. Debout, face à ton Dieu, comme cette femme. Maintenant, va.

Le pas de la foi, c’est d’avoir confiance en celui qui a ce geste étonnant, qui trace un simple signe dans la poussière de notre humanité. Le pas de la foi, c’est d’y aller, d’oser ce premier pas dans la poussière, hors de tout jugement, d’aller de l’avant ! « Va ! » Tout cela, je crois que Dieu pourrait nous le murmurer à l’oreille, et je crois qu’il le murmure vraiment aux temps difficiles. Mais la plupart du temps, c’est comme s’il se contentait de tracer ces quelques signes dans la poussière, en silence. C’est tellement infime… et pourtant c’est vital. C’est ça qui nous permet d’entendre : « Va, et détourne-toi du péché ». Ça veut dire : « Va, tu peux te lancer dans cette vie-là qui est la tienne, imparfaite, difficile, douloureuse, mais pleine de la promesse inscrite dans l’humanité ». Pleine de la joie de cette grâce.

Amen




Méditation du jeudi : Chercher le bien, qu’est-ce que ça veut dire ?

Méditation du jeudi 4 novembre. Posons-nous la question : de quoi est-ce que je suis sûr dans ma vie ? Qu’est-ce qui fait le socle de mon existence ? Quand je dis « bien », qu’est-ce que ça veut dire ? Quand je dis « aimer », qu’est-ce que ça veut dire ? De quoi suis-je sûr ?

Lucas Cranach : « Martin Luther prêchant Jésus-Christ crucifié » (retable de l’église de Wittenberg) © Wikimedia Commons

« Soyez tous dans de mêmes dispositions, compatissants, animés d’un amour fraternel, miséricordieux, humbles. Ne rendez pas le mal pour le mal, ou l’insulte pour l’insulte ; au contraire, bénissez, car c’est à cela que vous avez été appelés, afin d’hériter la bénédiction. En effet – qui veut aimer la vie et voir des jours heureux doit garder sa langue du mal et ses lèvres des paroles trompeuses, se détourner du mal et faire le bien, rechercher la paix et la poursuivre. Car les yeux du Seigneur sont sur les justes, et ses oreilles sont attentives à leur prière ; mais la face du Seigneur se tourne contre ceux qui font le mal.

Et qui vous fera du mal, si vous vous montrez zélés pour le bien ? Bien plus, au cas où vous auriez à souffrir pour la justice, heureux êtes-vous. N’ayez d’eux aucune crainte et ne soyez pas troublés ; mais sanctifiez dans vos cœurs le Christ qui est le Seigneur. Soyez toujours prêts à justifier votre espérance devant ceux qui vous en demandent compte. Mais que ce soit avec douceur et respect, en ayant une bonne conscience, afin que, sur le point même où l’on vous calomnie, ceux qui décrient votre bonne conduite en Christ soient confondus. Car mieux vaut souffrir en faisant le bien, si telle est la volonté de Dieu, qu’en faisant le mal. En effet, le Christ lui-même a souffert pour les péchés, une fois pour toutes, lui juste pour les injustes, afin de vous présenter à Dieu, lui mis à mort en sa chair, mais rendu à la vie par l’Esprit. »
(1 Pierre 3,8-18)

Chercher le bien – est-ce que ce n’est pas le souci de tout être humain ? Quand nous arrivons sur cette terre, quand nous naissons, quand nous sommes accueillis par ceux qui vont nous protéger, nous nourrir, nous élever, est-ce que nous ne sommes pas déjà en recherche de bonheur, de vie, de bien ? Depuis le premier instant, nous nous accrochons à la vie, nous combattons pour respirer, pour survivre.

Mais vivre, c’est autre chose. Aimer la vie, c’est autre chose. Savoir où est le bien, le rechercher, le poursuivre même, c’est autre chose. Ce n’est pas survivre. C’est vouloir vivre pleinement. C’est vouloir être heureux. Et notre monde a beaucoup de choses à dire sur ce que ça veut dire, être heureux. Être heureux, c’est ne pas avoir de soucis. C’est échapper au malheur. C’est avoir une vie à l’abri du manque, de la détresse, de l’angoisse. C’est être bien accompagné, c’est être reconnu, c’est valoir quelque chose pour les autres. C’est ce que nous dit le monde.

Ce n’est pas ce que nous dit notre Bible. Pour les auteurs de la Bible, vivre c’est bien autre chose. Pour l’auteur de l’épître que nous avons lue ce matin, vivre c’est bien autre chose. Vivre, c’est arriver à distinguer le vrai du faux, à ne pas se laisser mener par le bout du nez par nous-mêmes ou par les autres, par les impératifs du monde ou par nos envies soudaines. Vivre, pour les auteurs de la Bible, c’est pouvoir se tenir debout, avec une seule certitude. Mais laquelle ?

❝ Il a fallu qu’un innocent meure, pour que les coupables puissent vivre ?

Posons-nous la question : de quoi est-ce que je suis sûr dans ma vie ? Qu’est-ce qui fait le socle de mon existence ? Quand je dis « bien », qu’est-ce que ça veut dire ? Quand je dis « aimer », qu’est-ce que ça veut dire ? De quoi suis-je sûr ?

Et bien la bonne nouvelle de l’Évangile, c’est que nous pouvons cesser de nous poser ces questions. Parce qu’il s’est passé dans le monde quelque chose que personne n’avait prévu. Quelque chose qui a renversé toutes nos idées du bien, de l’amour, de la certitude. Dieu a décidé de pardonner. De nous pardonner. De tout nous pardonner. D’effacer l’ardoise, de recommencer à zéro. De ne plus tenir compte de nos bonnes actions, de notre bonne humeur, de nos bonnes dispositions, ou de nos mauvaises actions, notre mauvaise humeur ou nos mauvaises dispositions. De ne pas choisir la vengeance face à la vengeance, la violence face à la violence. Une fois pour toutes.

« En effet, le Christ lui-même a souffert pour les péchés, une fois pour toutes, lui juste pour les injustes, afin de vous présenter à Dieu, lui mis à mort en sa chair, mais rendu à la vie par l’Esprit. »

C’est très difficile, d’entendre ça. Et même, ça nous révolte. Il a fallu qu’un innocent meure, pour que les coupables puissent vivre ? Il a fallu qu’un juste meure pour que les injustes puissent se présenter devant Dieu ? En quoi c’est une bonne nouvelle ? En quoi ça nous libère ? En quoi ça nous permet d’aimer, de vivre, et même de vivre heureux ?

Mais là, voyez-vous, en lisant les choses comme ça, on se laisse mener par le bout du nez. On se laisse embarquer dans nos propres certitudes, plutôt que de faire de la place pour autre chose. On préfère croire à un Dieu qu’on peut amadouer, en faisant le bien, en se mettant en règle avec lui, en lui obéissant sans trop réfléchir. En cherchant à être bon, mais en gardant toujours un petit regard vers le ciel pour dire, tu as vu, je me débrouille bien, hein ? Maintenant je suis en règle avec toi… Au fond, nous n’arrivons pas à croire à un Dieu qui nous aime pour rien. Nous préférons essayer les bonnes actions, les bons sentiments, par nous-mêmes. Nous préférons notre propre justice à la justice de Dieu. Le problème, c’est que notre propre justice en réclame toujours plus, pour être sûrs que nous sommes bien justifiés. Ca ne s’arrête jamais… On n’en fait jamais assez, on n’aime jamais comme il faut, on ne fait pas les vraies bonnes actions… On n’est jamais sûr qu’on en a fait assez. Le poids de la culpabilité est écrasant.

❝ La justice de Dieu, ce n’est pas ce qui nous juge – c’est ce qui nous rend justes.

Mais vivre, vivre vraiment, c’est autre chose. La justice de Dieu, c’est autre chose. La justice de Dieu, ce n’est pas la nôtre. La justice de Dieu, ce n’est pas ce qui nous juge – c’est ce qui nous rend justes. C’est ce que Luther a découvert. C’est ce qui fait que nous sommes là aujourd’hui, parce qu’un homme, un jour, il y a 500 ans, a découvert ce que signifiait pour lui la justice de Dieu. Et que cette nouvelle était une vraie bonne nouvelle – pas juste pour lui, mais pour le monde.

Luther écrivait : « Moi qui, vivant comme un moine irréprochable, me sentais pécheur devant Dieu avec la conscience la plus troublée et ne pouvais trouver la paix par mes bonnes actions, je haïssais d’autant plus le Dieu juste qui punit les pécheurs, et je m’indignais contre ce Dieu, nourrissant secrètement sinon un blasphème, du moins un violent murmure… Enfin, Dieu me prit en pitié. Pendant que je méditais jours et nuits, je remarquais l’enchaînement des mots, à savoir la justice de Dieu est révélée en Christ (Rm 1,17). Alors je commençai à comprendre que la justice de Dieu est celle par laquelle le juste vit du don de Dieu, à savoir de la foi, et que la signification était celle-ci : par l’Évangile est révélée la justice de Dieu, à savoir la justice qui se reçoit (sans qu’on ait à y faire quelque chose), et par laquelle le Dieu miséricordieux nous justifie, par la foi… Alors je me sentis un homme né de nouveau et entré, les portes grandes ouvertes, dans le paradis même. »

Luther venait de comprendre que la justice de Dieu, c’est ce qui nous est donné – pas ce qui nous juge. La justice de Dieu, c’est ce qui fait que nous sommes justes à ces yeux. Qu’il n’y a plus à s’en soucier. La justice de Dieu, c’est le Christ venu sur la terre. La justice de Dieu, c’est le Christ qui nous promet son Esprit, pour que nous puissions continuer à vivre avec lui même s’il n’est plus parmi nous. La justice de Dieu, c’est que nous pouvons cesser de nous agiter en tout sens pour nous sauver nous-mêmes, parce que c’est Dieu qui nous sauve. La justice de Dieu, c’est que nous n’avons plus à nous préoccuper de notre salut. Il nous est donné, parce que nous avons fait confiance à Dieu. Il ne peut pas nous aimer davantage. Nous n’avons pas à gagner son amour. Il nous aime déjà pleinement, tels que nous sommes.

Alors, nous pouvons chercher le bien. Nous pouvons être délivrés de l’inquiétude et nous tourner vers les autres, apaisés. Pas pour y gagner quelque chose, mais pour témoigner de l’amour qui nous est porté par Dieu. Nous pouvons témoigner de cette certitude : Dieu a tant aimé le monde qu’il est venu jusqu’à nous, pour nous aimer jusqu’au bout, là où nous sommes, tels que nous sommes.

Nous le savons, parce que le Christ nous a laissé une preuve de cet amour : il nous a laissé l’esprit, l’esprit de vérité, l’esprit qui nous dit et nous redit, aussi souvent que nécessaire, n’oublie pas que Dieu t’a déjà sauvé, n’oublie pas qu’il t’aime tel que tu es, n’oublie pas que tu es libre d’aller vers les autres et de leur murmurer ce secret… Alors, nous pouvons lire ces textes de nos Bibles qui nous semblent si difficiles, et nous pouvons reprendre espoir et espérance. Nous pouvons les lire comme le signe, la trace, de cet amour infini de Dieu pour ses enfants. Nous pouvons les lire comme des pistes à suivre pour aimer les autres à la mesure de l’amour que Dieu nous porte, avec joie, dans la liberté. Nous pouvons bénir, nous pouvons aimer, nous pouvons chercher toujours à dire le bien, à être compatissants, animés d’un amour fraternel… Nous le pouvons parce que nous ne lisons pas le texte de la Bible comme une nouvelle loi, mais comme un signe de notre liberté : c’est possible ! Oui, c’est possible d’aimer l’autre à la mesure de l’amour que Dieu nous porte ! C’est possible de chercher tranquillement à faire le bien. L’auteur de l’épître nous donne une clé pour cela : « sanctifiez dans vos cœurs le Christ qui est le Seigneur ».

C’est au fond de nos cœurs que le Christ se tient désormais. L’espérance témoigne d’une source de vie que le mal ne saurait atteindre. Pour qu’elle réussisse à passer les lèvres, il faut qu’elle puise au plus profond de l’être. Dans notre cœur, le lieu sacré où le Christ peut être reconnu comme Seigneur.

Ainsi, l’Évangile traverse les générations. L’auteur de l’épître témoignait de sa foi en Christ ; Luther à son tour s’est laissé transformer par la Parole, et nous aujourd’hui, nous pouvons témoigner aussi de ce que nous sommes rendus libres par Dieu, libres d’agir et d’aimer dans le monde. C’est une parole incisive, corrosive, qui ne se laisse pas égarer. C’est notre espérance. C’est ce que nous avons à offrir au monde.

Et nous pouvons rappeler, avec l’auteur de l’épître : « Qui veut aimer la vie et voir des jours heureux a la liberté de garder sa langue du mal et ses lèvres des paroles trompeuses, se détourner du mal et faire le bien, rechercher la paix et la poursuivre. Car les yeux du Seigneur sont sur les justes, et ses oreilles sont attentives à leur prière. »

Vivre, pour les auteurs de la Bible, c’est pouvoir se tenir debout, avec une seule certitude. Cette certitude, c’est que nous avons vocation à être heureux dans ce monde, parce que, quelle que soit notre vie, Dieu nous aime tels que nous sommes. Que l’Esprit nous en assure chaque jour un peu plus !

Amen




Sacha : premières impressions du Sénégal

Les frontières se rouvrent, partiellement du moins, après l’épisode de fermeture dû à la situation sanitaire, et les missions à l’étranger reprennent. Après nos chroniques « Éloigné, en confinement » qui ont rendu compte de ce que vivaient les envoyés et boursiers du Défap pendant les périodes de restriction des déplacements, voici le témoignage de Sacha : après avoir participé à la session de formation des envoyés de juillet 2021, le voilà au Sénégal, comme volontaire du Défap. Sa mission s’inscrit dans un projet d’appui à la santé communautaire au centre de santé Darvari de l’ELS (l’Église Luthérienne du Sénégal) à Fatick. Sacha travaille aux côtés d’une sage-femme, Monique Bakkhoum.

Vue de Fatick, au Sénégal © Sacha pour Défap

Quelles impressions gardes-tu de ton premier contact avec le Sénégal ?

Sacha : Mes premières impressions sont liées à la solidarité, au respect et à l’accueil très chaleureux qu’on m’a fait. Je me suis tout de suite adapté au différentes conditions et coutumes qui ont cours ici. Toutes les choses que je connaissais et mes habitudes que j’avais en France, j’ai dû tout laisser là-bas.

Qu’est-ce qui t’a le plus frappé en arrivant sur ton lieu de mission ? Une anecdote, un souvenir, une image ?

Sacha : Au début, le manque de matériel, surtout pour les accouchements. J’étais complètement dépaysé. Et puis il n’y a pas d’électricité, seulement pour alimenter le frigo qui sert au stockage des médicaments. Il n’y a ni clim ni ventilateur. La chaleur est le plus dur à supporter pendant le travail.

Comment s’est passée la rencontre avec les personnes avec lesquelles tu vas travailler ?

Sacha : Très bien, je travaille avec une infirmière du nom de Monique : on s’est tout de suite bien entendu. Elle m’explique et me traduit les choses que je ne comprends pas.

Comment vois-tu ta mission ? Quelle image en avais-tu à ton départ de France, et quelle image en as-tu aujourd’hui ?

Sacha : Je lui apporte une aide pour les soins et les consultations car elle gère seule un poste de santé dont dépendent 6300 personnes. J’ai été mis en contact avec une ancienne envoyée qui avait occupé le même poste que moi : elle m’a expliqué un peu la mission, ce qui m’a permis de me faire une idée très vite de la situation avant même d’arriver au Sénégal. Maintenant j’ai mon rythme de travail, mes habitudes et je sais quels sont les soins requis pour chaque consultation.

Quelles sont les principales difficultés d’adaptation auxquelles tu as dû faire face depuis ton arrivée ?

Sacha : La chaleur, c’est ce qui me marque le plus : il fait très chaud, et chaque effort sous le soleil est épuisant. Au niveau du matériel médical, je fais avec ce qu’il y a sur place : quoi qu’il arrive, je n’ai pas le choix. L’apprentissage de la langue est aussi compliqué pour moi car il y a le Sérère et le Wolof. Même si j’arrive à me faire comprendre en parlant français avec les personnes qui habitent en ville, dans les villages et pendant les consultations c’est tout de même difficile. La nourriture est principalement composée de riz, ce qui est dur à accepter au début ; mais je me suis bien habitué avec le temps.

Peux-tu nous parler de ce qui se vit avec l’Église locale ?

Sacha : J’ai beaucoup sympathisé avec le président de l’Église, on s’entend vraiment très bien. Je vais au culte le dimanche de temps en temps et on me fait découvrir les différents actions et activités auxquelles l’Église locale participe, et qu’elle finance.




Les Églises se mobilisent avant la COP26

Alors que la COP26, la 26ème conférence internationale sur le climat qui réunit chaque année les pays signataires de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique, se tient ce week-end à Glasgow, les initiatives se multiplient au sein des Églises pour appeler à la sauvegarde de la création.

Dans notre perception du monde, les faits matériels et objectifs tiennent une place somme toute assez réduite. Ils sont toujours passés au crible de notre expérience, de nos convictions, de notre foi. Ils peuvent être niés ou réinterprétés. Devant un tribunal, des preuves matérielles pourront être utilisées dans des sens très différents par l’accusation et par la défense. Dans la Bible même, Jésus, mis au défi par des pharisiens de fournir un miracle en guise de preuve, refuse purement et simplement : « Une génération méchante et adultère demande un miracle ; il ne lui sera donné d’autre miracle que celui du prophète Jonas » (Matthieu 12, verset 39).

Non seulement les preuves du réchauffement climatique sont légion, non seulement un consensus international d’experts écrasant affirme sans l’ombre d’un doute que ce réchauffement est d’origine humaine, mais nous assistons déjà à l’emballement du processus, avec des effets inédits dans l’histoire de l’humanité : des tempêtes tropicales violentes dont la fréquence et l’intensité s’accroissent, des épisodes caniculaires au-delà du cercle polaire, des inondations catastrophiques en Europe, des effets dramatiques d’une mousson inédite en Inde… Soyons honnêtes : pour celles et ceux qui sont nés avant les années 80, qui aurait pu imaginer qu’un jour – et surtout de leur vivant – seraient enregistrées des températures frôlant les 50°C au Canada, au-delà du 50° de latitude nord ? Qui aurait pu imaginer qu’en Sibérie, une ville entière de 300.000 habitants bâtie sur le permafrost, Iakoutsk, fondée en 1632, puisse voir ses bâtiments se fissurer et menacer de s’effondrer du fait de la fonte du sous-sol ? Mais si les faits sont têtus, l’être humain l’est plus encore.

En août dernier, le GIEC, groupe composé de scientifiques indépendants de tous les pays, a sorti son dernier rapport. Ses conclusions sont sans appel. Tous les scénarios prévoient que la planète connaîtra un réchauffement de minimum 1,5°C. Et sans des décisions drastiques, bien au-delà des engagements pris jusqu’alors par les principaux pays représentés lors des diverses Conférences des Parties, l’hypothèse plausible est celle d’un réchauffement de 2,7°C. Avec des effets prévisibles qui iraient de la fonte d’une portion comprise entre un tiers et une moitié du permafrost, libérant dans l’atmosphère des quantités monstrueuses de méthane, gaz à effet de serre doté d’un potentiel de réchauffement 30 à 40 fois plus important que le CO2 ; des événements climatiques extrêmes, des incendies de forêt à répétition, un effondrement de la biodiversité, une montée des océans provoquant l’exode de centaines de millions de réfugiés climatiques… Face à ces prévisions et surtout aux recommandations du GIEC, divers États ont avant tout tenté de minimiser : le ministère saoudien du Pétrole a tenté de faire disparaître l’appel à des actions « urgentes et accélérées » en faveur de l’abandon des énergies fossiles. L’Australie, exportatrice de houille, a contesté que « la fermeture des centrales à charbon (soit) nécessaire ». Argentine et Brésil, gros producteurs de viande, voulaient enlever un passage soulignant qu’un régime végétarien pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de moitié.

L’engagement œcuménique en faveur de la création

Il n’est pas trop tard pour agir. Mais l’urgence climatique appelle chacun de nous à l’action. Politiques, ONG, mais aussi Églises et théologiens : il existe aujourd’hui toute une théologie de la sauvegarde de la création, et la thématique de l’écologie est bien présente parmi les protestants. Cette implication des Églises a connu un développement spectaculaire à partir de la COP 21, organisée à Paris. Aujourd’hui, c’est devenu l’un des principaux engagements œcuméniques.

Ce vendredi 29 octobre, le pape François a appelé les dirigeants mondiaux qui se réuniront à la COP26 d’apporter « d’urgence » des « réponses efficaces à la crise écologique ». Avant cela, et pour la première fois, les dirigeants de l’Église catholique romaine, de l’Église orthodoxe orientale et de la Communion anglicane (le pape François, le patriarche œcuménique Bartholomée et l’archevêque Justin Welby) avaient signé une déclaration commune estimant que le changement climatique n’est pas seulement un défi futur, mais « une question immédiate et urgente de survie ». Le Conseil d’Églises chrétiennes en France (CECEF), se disant « profondément préoccupé pour l’avenir de notre maison commune, la biosphère, dans laquelle vivent plus de 7 milliards d’êtres humains et 8 millions d’espèces d’êtres vivants », a lancé « un appel aux dirigeants du monde entier et à la France en particulier » pour qu’ils prennent des mesures urgentes. Dans le même esprit, Église verte propose un temps de prière en ligne, afin de soutenir spirituellement l’engagement des personnes de bonne volonté et de prier ensemble pour des engagements forts et justes, à la hauteur des enjeux climatiques. Quant à l’Église protestante unie de France, elle a placé son Synode national 2021 sous le thème : « Écologie : quelle(s) conversions » et a diffusé, à la suite de la rencontre de ses 230 délégués à Sète, un communiqué marquant une prise de parole publique adressée non seulement aux paroisses, mais aussi à la société dans son ensemble et notamment aux décideurs, « sur la lenteur, l’insuffisance voire les contradictions délibérées des discours et des actions mises en oeuvre face à l’urgence du dérèglement climatique et du recul grandissant de la biodiversité de la planète ».




Méditation du jeudi : Servir ?

Méditation du jeudi 28 octobre. La guérison pour elle-même n’a pas de sens. Elle n’a de sens que parce qu’elle ouvre un avenir possible, nouveau, différent. Le service découle immédiatement du don que nous avons reçu. Mais que dirai-je de ce que j’ai reçu ? Comment dirai-je à mon frère humain ce que signifie avoir été relevé par le Christ ?

Guérison de la belle-mère de Pierre par John Bridges (en), XIXe siècle. © Wikimedia Commons

« Ils quittèrent la synagogue et allèrent aussitôt à la maison de Simon et André, en compagnie de Jacques et Jean. La belle-mère de Simon était au lit, avec de la fièvre ; aussitôt on parla d’elle à Jésus. Il s’approcha d’elle, lui prit la main et la fit lever. La fièvre la quitta et elle se mit à les servir.

Le soir venu, après le coucher du soleil, les gens amenèrent à Jésus tous les malades et ceux qui étaient possédés par des démons. La ville entière se pressait à la porte de la maison. Jésus guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies et il chassa aussi beaucoup de démons. Il ne laissait pas parler les démons, parce qu’eux savaient qui il était. »
(Marc 1,29-34)

Qui, parmi nous, peut dire qu’il n’a jamais espéré un miracle ? Nous pouvons tous connaître le désespoir. Il est arrivé un moment, pour chacun de nous, où nous n’avons plus cru possible de recevoir quelque chose. Et pourtant… pourtant nous avons reçu, encore, quelque chose. La Bible nous parle de ces guérisons qui font irruption alors qu’on n’attendait plus rien. C’est rassurant ! On aime les récits de guérison, on y revient, comme un réconfort, comme à quelque chose qui nous dit qu’il y a toujours de l’espoir…

« Aussitôt, ils lui parlent d’elle »

La belle-mère de Simon a été relevée de sa fièvre. Elle a été guérie, relevée par le Christ. On pourrait simplement s’en réjouir avec l’évangéliste Marc et, rassurés, passer à autre chose. Mais je vous invite à relire le texte attentivement avec moi, et plus particulièrement ces trois premiers versets :

« En sortant de la synagogue, ils se rendirent, avec Jacques et Jean, chez Simon et André. La belle-mère de Simon était alitée, elle avait de la fièvre ; aussitôt ils lui parlent d’elle. Il s’approcha et la fit lever en lui saisissant la main ; la fièvre la quitta, et elle se mit à les servir. »

C’est le début du ministère de Jésus. Jacques, Jean, Simon et André sont les quatre premiers disciples, quatre pêcheurs de poissons. Ces quatre hommes écoutent Jésus, ébahis, et le suivent. Ils ont déjà assisté à un premier miracle, une première guérison.

Et que font ces quatre disciples tout nouvellement recrutés ? Ils l’emmènent chez eux, pratiquant l’hospitalité sans hésitation avec ce Maître qui les surprend, qui bouleverse leurs représentations, leurs attentes et leurs croyances. Eux qui avaient tout quitté pour le suivre, c’est… chez eux qu’ils l’emmènent. Et « aussitôt, ils lui parlent d’elle ». Ces hommes qui suivent Jésus et qui accueillent cet homme extraordinaire dans leur maison, leur première pensée est de faire appel à lui pour guérir cette femme qui souffre. Pour que Jésus s’approche de cette femme et la guérisse, il a fallu que d’autres s’en mêlent.

« Aussitôt, ils lui parlent d’elle ». C’est par ces quelques mots que l’avenir s’est ouvert, pour tous ceux qui étaient présents dans la maison ce jour-là. Parler de celui qui souffre. C’est le premier acte des disciples, les premières paroles qu’ils prononcent dans l’évangile de Marc, le premier service rendu. Et c’est bien là le premier service que nous aussi, nous sommes appelés à rendre. Ne pas oublier celui qui souffre en silence, le sans-voix à nos côtés, celui, ou celle, qui est bien incapable de se relever seule. Le premier service, ce n’est pas d’abord de le relever nous-mêmes ! C’est en appeler à un autre, ce Christ que nous ne comprenons pas, qui fait irruption, que nous ne pouvons que suivre. Le premier service, c’est de savoir qu’on ne peut rien par nous-mêmes, mais en agissant par lui. Qui a le pouvoir de relever, sinon lui ?

Être relevé – un don

Le premier service que nous puissions rendre, c’est de nous en remettre à un autre que nous-mêmes. Ce que nous avons reçu, c’est le don gratuit, illimité, pour rien, de la vie en Christ. Lorsqu’il est venu nous rejoindre dans notre humanité, c’est chacun de nous qu’il a pris par la main, qu’il n’a pas hésité à toucher, avec douceur, avec un amour infini pour nos faiblesses, nos maladies, nos hésitations, nos échecs, nos refus. Il a tendu la main, il a pris notre main dans la sienne, alors que nous ne le connaissions même pas. Et sans que nous fassions le moindre effort, sans que nous fassions nous-même le moindre geste, c’est lui qui nous a relevés. Nous avons été relevés : en grec, c’est le même mot pour dire la résurrection. La rencontre avec lui ne dépend pas de nous, elle n’exige de nous aucun effort, elle nous rejoint là où nous sommes. Et elle nous ressuscite. Elle nous redonne goût à la vie.

C’est un cadeau. C’est donné. Et c’est d’une extrême exigence.

Servir ?

Finalement, que signifie « servir » ? C’est rendre l’autre capable de servir à son tour… Mais pas un service servile et décérébré, pas un esclavage. Servir… à quelque chose, à quelqu’un, au sens profond et joyeux du service. La belle-mère de Simon peut enfin se lever, et se mettre à servir. C’est une vie nouvelle qui s’ouvre. On abandonne tout pour aller se risquer dans le monde. Les chrétiens ne sont pas appelés à annoncer l’Évangile pour un salaire. Ce qui les fait vivre, d’une vraie vie imprenable, c’est d’avoir déjà reçu la vie. Nous n’avons pas signé de contrat avec Dieu, nous ne sommes pas ses salariés : nous avons été appelés à servir. Cette charge nous est confiée. Aussitôt relevés, nous voici chargés d’une mission : servir. À quelque chose, à quelqu’un.

Que dirai-je à mon frère humain ?

Le service découle immédiatement du don que nous avons reçu. Mais que dirai-je de ce que j’ai reçu ? Comment dirai-je à mon frère humain ce que signifie avoir été relevé par le Christ ?

Souvenons-nous du temps où nous étions encore à terre, où nous n’étions pas encore relevés. Le poids d’être en vie, simplement d’être en vie, est parfois si lourd qu’on croit être rassasiés de malheur. On voit passer les jours et on ne peut croire que l’avenir apportera autre chose que la douleur, l’épuisement, la peine. Et puis un jour, en un instant ou sur un long temps, une rencontre change tout. C’est au creux de ta solitude et de ton impuissance que le Seigneur vient t’appeler et te relever. Regarde ! Il est à tes côtés, il prend ta main, et sans que tu saches comment, ta crainte, ta peine et ton impuissance sont tombées comme un vieux manteau. Tu es debout, face à lui.

Une fois relevés, avons-nous le choix ? Un avenir nous est donné. Nous ne l’imaginions même pas, nous croyions peut-être même que la mort valait mieux que nos souffrances, et tout à coup une brèche s’ouvre dans le quotidien, un rayon de soleil perce au travers des nuages, et l’espérance est là. Cet avenir qui nous est donné, il est inattendu, inouï, à la fois exaltant et effrayant… Mais c’est cet avenir qui nous est donné qui donne sens à notre guérison. La guérison pour elle-même n’a pas de sens. Elle n’a de sens que parce qu’elle ouvre un avenir possible, nouveau, différent.

Servir, maintenant

C’est cela que nous avons à dire à nos frères humains. Et ça ne se dissocie pas du service auquel nous sommes appelés.

Le service, c’est la pratique de l’amour du prochain. C’est difficile ? Oui – et non. Oui, c’est difficile, si nous comptons sur nos propres forces, si nous croyons ne jamais en faire assez, si nous croyons qu’il faut en faire encore plus, tout le temps. Mais non, si nous avons la certitude que nous servons déjà, quoi qu’il arrive, et que c’est le Christ qui agit à travers nous. Déjà, maintenant, nous sommes au service… dans nos vies telles qu’elles sont. Dans ce temple. Dans notre œuvre diaconale. Dans nos vies. Dans des détails ou de grands projets.

Le service, la diaconie, c’est le même mot en grec. Les services de diaconie de nos Églises sont une façon de servir, de façon communautaire.

Nous avons tous de bonnes raisons de nous engager dans la lutte pour un monde meilleur. Il y a au moins une bonne raison : nous savons que tout le monde, chaque être humain sans exception, est sous le regard bienveillant de Dieu, que personne n’est indigne du regard de Dieu. Nous pouvons nous engager sans crainte par amour pour les autres, en sachant que c’est vers chaque être humain, quel qu’il soit, que nous sommes envoyés. Mais la seule vraie raison à nos engagements, au fond, c’est l’appel que nous avons reçu et le don qui nous a été fait.

Ce don nous ouvre aux autres. Et finalement, c’est peut-être ça, le véritable miracle…

Amen




À Beyrouth, des réfugiés dont nul ne veut

Dans un pays, le Liban, qui fait naufrage, les réfugiés venus d’Irak et surtout de Syrie voient leur condition devenir dramatique : 9 sur 10 survivent sous le seuil d’extrême pauvreté, sans statut (le Liban n’étant pas signataire de la Convention de Genève sur les réfugiés), et en butte à des marques d’hostilité croissante. C’est pour permettre aux plus vulnérables d’entre eux d’être accueillis en France que vient d’être renouvelé le dispositif des « couloirs humanitaires ».

Vue du camp de réfugiés palestiniens de Chatila, en place depuis 1948 : l’un des lieux où intervient Soledad André © Soledad André pour Défap

 

Après 10 ans de crise, la vie est plus difficile que jamais pour les Syriens déracinés. L’onde de choc mondiale générée par la photo du petit Alan Kurdi, 3 ans, retrouvé noyé sur une plage de Turquie le 2 septembre 2015, a certes provoqué une prise de conscience de la nécessité d’éviter les « voyages de la mort » à travers la Méditerranée ; elle a été notamment à l’origine du projet des « couloirs humanitaires », né en Italie d’une initiative œcuménique avant d’être étendue en France… Mais qu’en est-il aujourd’hui ?

Depuis 2011, des millions de Syriens ont dû fuir les combats, soit à travers leur propre pays, soit en tentant d’atteindre les pays voisins comme la Turquie, le Liban ou la Jordanie. On estime qu’ils sont environ 5,6 millions répartis aujourd’hui dans ces trois pays, dont 1,5 million pour le seul Liban, petit pays de 6 millions d’habitants. En Syrie même, Bachar al-Assad, après avoir repris le contrôle de la majorité du territoire, réclame leur retour – ce que la plupart d’entre eux redoutent, craignant d’être enrôlés dans l’armée ou arrêtés par les services de renseignement. Les autorités libanaises ont officiellement soutenu cette position et affirmé que les conditions en Syrie étaient propices à ce retour, allant à l’encontre de la position du HCR, le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’Onu.

L’impossible retour en Syrie

Dans un pays en déroute, le Liban, les réfugiés syriens font ainsi partie des plus fragiles parmi les fragiles. Sans statut officiel, sans structure pour les accueillir, sans moyen de subsistance, ils se retrouvent au centre de tensions politiques croissantes après avoir fui la guerre dans leur pays. Il faut dire que le Liban lui-même connaît une crise considérée comme sans équivalent depuis 1850, selon la Banque Mondiale : entre la crise du Covid-19, l’explosion du port de Beyrouth, une crise économico-politique qui a mis en lumière la corruption de l’ensemble de la classe dirigeante et a fait basculer les trois-quarts des Libanais dans la pauvreté, la plupart des habitants du pays survivent aujourd’hui au jour le jour, entre coupures d’électricité (les centrales n’étant plus alimentées en hydrocarbures), impossibilité de se procurer des biens de première nécessité (devenus inaccessibles du fait de l’inflation, qui a atteint 131,9% au cours des six premiers mois de 2021) ou d’obtenir de l’essence pour se déplacer ou du fioul pour leurs générateurs. Près d’un quart des Libanais vivent même sous le seuil d’extrême pauvreté, avec moins de 2 dollars par jour. Le PIB du Liban a chuté d’environ 55 milliards de dollars en 2018 à 20,5 milliards de dollars prévus en 2021, tandis que le PIB réel par habitant a chuté de 37,1%. Une baisse aussi brutale, note la Banque Mondiale, est généralement associée à une situation de guerre.

Face à la violence de cette crise, la réponse des autorités publiques a été molle et inefficace ; la Banque Mondiale elle-même souligne la toxicité du « consensus politique de préserver un système économique en faillite qui a profité à quelques-uns pendant très longtemps ». En revanche, la question des réfugiés syriens devient de plus en plus facilement un exutoire. Il leur a notamment été reproché d’avoir accès à des aides d’ONG internationales, voire de constituer une main d’œuvre à bas coût et de faire baisser le salaire des Libanais – un ressentiment exploité sans vergogne par certains politiques libanais. La crise sanitaire a renforcé ces tensions, certaines municipalités en profitant pour mettre en place des mesures applicables aux seuls réfugiés syriens, comme des couvre-feux. Et les discours politiques réveillent parfois le spectre des « réfugiés palestiniens » arrivés entre 1948 et 1967, un épisode qui avait fortement déstabilisé le Liban.

Comment vivent donc les réfugiés syriens dans un pays qui fait naufrage ? Près de 9 sur 10, selon les estimations du HCR, survivent sous le seuil d’extrême pauvreté. Un foyer sur deux est en insécurité alimentaire et certains en situation de famine et sans accès aux soins. En outre, ils ne bénéficient pas du statut de réfugié au Liban, pays qui n’est pas signataire de la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés. Le gouvernement libanais les considère comme des « personnes temporairement déplacées ». Faute de solutions durables sur le territoire libanais et à défaut de pouvoir rentrer en Syrie, un grand nombre de ressortissants syriens font des demandes d’asile auprès des consulats de pays membres de la Convention de 1951. Mais obtenir un visa humanitaire est souvent une épreuve hors de portée pour ces réfugiés, même s’ils remplissent toutes les conditions requises. C’est précisément là qu’intervient Soledad André, chargée de mission pour la FEP et présente à Beyrouth en tant qu’envoyée du Défap, sous statut VSI : elle aide à constituer les dossiers, et pour cela doit recueillir des témoignages, reconstituer comme des puzzles des parcours jalonnés de violences et de traumatismes ; il lui faut ensuite prévoir les conditions d’accueil des familles en France, et les accompagner dans l’avion jusqu’à Paris… Une tâche qui prend de plus en plus d’ampleur, et face à laquelle la Fédération des Églises évangéliques italiennes, l’un des partenaires d’origine du projet, peine à maintenir son engagement. Voilà pourquoi le Défap a envoyé récemment une autre volontaire au Liban.




Méditation du jeudi : Toi, de quel droit tu juges ton frère ?

Méditation du jeudi 21 octobre. Nous prions cette semaine avec nos envoyés en Tunisie.

Diego Vélasquez : « Christ dans la maison de Marthe et Marie » (1618) – National Gallery de Londres © Wikimedia Commons

Dans le monde gréco-romain, il y avait beaucoup de gens de cultures différentes : des romains, des juifs ; des barbares (tous les autres). Les relations entre les religions n’étaient pas simples : dans les années 40 de notre ère par exemple, les juifs ont été expulsés de la ville de Rome par l’empereur Claude qui voulait installer plus solidement les rites romains : plus de lieu de culte juif, plus non plus de boucheries spécialisées dans les règles alimentaires juives (kashrout). Il reste le marché, mais sur le marché on vend surtout de la viande qui a été sacrifiée aux idoles dans la religion romaine, mais cela ne respecte pas les règles alimentaires juives. Donc, les juifs qui restent ou qui reviennent à Rome ne peuvent plus manger de viande et deviennent végétariens.

Les nouvelles communautés chrétiennes sont composées de juifs, beaucoup, mais aussi de païens : la prédication de Jésus, puis de Paul, a ouvert le salut donné par Dieu à tous les peuples. Lorsque l’apôtre Paul écrit à la jeune Église de Rome entre 55 et 60 de notre ère, il répond à une question à propos des différences culturelles dans la communauté.

« Vous aurez l’impression que certains ont une foi moins intense que la vôtre ; montrez-vous accueillants pour eux, ne vous mêlez pas de juger la façon dont ils réfléchissent à leur foi.
Il y en a dont la foi les pousse à manger de tout ; il y en a, des plus faibles, dont la foi les pousse à ne manger que des légumes. C’est tentant, pour celui qui mange de tout, de mépriser celui qui ne mange que des légumes ; et c’est tentant, pour celui qui ne mange que des légumes, de juger celui qui mange de tout ! Ne faites pas ça. En effet, Dieu l’a accueilli, lui aussi.
Imaginez un esclave qui n’est pas à vous et qui trébuche, de quel droit allez-vous le juger ? Il n’est pas à vous : c’est l’affaire de son maître, s’il trébuche ou s’il reste debout ; vous, ça ne vous concerne pas. Voyez-vous, si le maître c’est Dieu, il fera en sorte que cet homme reste debout. »

« Alors, toi, de quel droit tu juges ton frère ? Ou bien toi, de quel droit tu méprises ton frère ? Ce n’est pas seulement les autres qui vont comparaître devant le tribunal de Dieu, c’est nous tous.
Dans les Écritures, on peut lire ceci : Le Seigneur dit : Aussi vrai que je suis vivant, tout genou fléchira devant moi, et toute langue reconnaîtra que je suis Dieu.
Ainsi donc, chacun rendra des comptes à Dieu pour lui-même. »

(Rm 14,1-4 et 10-12)

Méditation

Qui a raison : ceux qui mangent de tout, ou ceux qui restent végétariens ? Paul répond à la question en disant qu’au fond, la question n’est pas là, mais que cette dispute révèle que la communion de la communauté, le sentiment d’appartenance, la fraternité, sont en danger. Et ça, ça pose vraiment problème.

La foi, ça n’est pas une histoire privée. Ça nous fait agir, et du coup, ça risque de nous faire faire du mal, même sans le savoir, aux autres. Alors, nous dit Paul, c’est important de réfléchir à ce qu’on fait, aux motivations qui se cachent derrière nos actes.

Imaginez.

Voici un chrétien de Rome. Il est d’origine païenne, c’est-à-dire qu’il vient d’un milieu où l’on rend un culte aux nombreux dieux de la cité, et à l’empereur. Ce culte consiste essentiellement en offrandes, soit de viande (on tue des animaux pour les offrir aux idoles), soit de vin (qu’on répand sur les autels). Il a écouté la prédication des premiers chrétiens à Rome et il a rencontré le Christ à travers cette prédication. Pour lui, cette rencontre signifie que toutes les pratiques du culte des idoles peuvent être abandonnées, parce qu’elles n’ont plus aucun sens. Le seul Dieu, c’est le Dieu de Jésus-Christ, et Dieu n’a pas besoin de toutes ces offrandes, de ces sacrifices.

En d’autres termes, Dieu n’a pas besoin qu’on lui achète ce qu’il nous donne déjà gratuitement : son salut. Pour cet homme, le péché ce serait de revenir aux idoles alors qu’il a connu Dieu ; se serait de se soumettre à nouveau à ces idoles, de faire comme si elles comptaient encore pour lui. Pour lui, la foi c’est de remercier Dieu pour la liberté. Une liberté qui libère des faux dieux. Mais aussi une liberté qui libère de tous les esclavages et du péché. La rencontre avec le Dieu de Jésus-Christ lui ouvre un avenir débarrassé de tout ce qui écrasait sa vie, avant. C’est l’expérience de ce croyant-là, dans la culture qui est la sienne, à l’époque qui est la sienne.
Voici un autre chrétien de Rome. Lui est d’origine juive. Jusqu’à une génération en arrière, il y avait beaucoup de juifs à Rome, mais ils ont été largement expulsés par l’empereur Claude et il n’y a plus qu’une minorité de juifs à Rome. Ce chrétien-là appartient donc à un milieu où vivre la foi du peuple d’Israël signifie trouver des moyens de respecter la loi de Dieu malgré les difficultés.

❝ Comment respecter l’autre dans son désir profond d’accueillir Dieu ?

Les protestants comprennent bien ça : lorsqu’on est minoritaire, on s’attache à son identité, à sa culture, au groupe dont on fait partie, et souvent c’est bien ça qui permet de survivre. Ne pas lâcher la façon dont on vit sa foi, c’est s’enraciner en Dieu. C’est se tourner vers lui, dans les grandes et les petites choses. Or pour un juif à Rome dans ces années-là, une chose pose problème : le respect des lois alimentaires, ces lois prescrites par Dieu au peuple de Moïse. On ne peut pas consommer de viande qui ait été sacrifiée pour le culte des idoles. Mais la communauté juive est trop peu nombreuse pour que les boucheries cacher aient été rouvertes, et acheter de la viande sur le marché est trop risqué, elle risquerait d’être impure (sacrifiée à une idole). Vivre à Rome pour un juif de ces années-là, c’est donc souvent devenir végétarien, pour respecter Dieu et sa loi. Mais cet homme dont je vous parle, lui aussi, a entendu la prédication et il a cru à la bonne nouvelle (l’Évangile) de Jésus-Christ ressuscité. Il a rencontré le Christ, lui aussi, et il a accueilli dans sa vie la promesse que Dieu, en son fils, offre au monde entier. Il est placé devant un dilemme : s’il est toujours juif, il doit toujours se conformer à la loi de Dieu, et les lois alimentaires en font partie. Mais sa foi lui ouvre d’autres horizons. Sa foi lui dicte la confiance dans un homme venu sur terre pour témoigner d’un visage de Dieu que personne, jusqu’à présent, n’avait imaginé. Un Dieu qui aime tant ses créatures qu’il va jusqu’au bout de son amour pour eux. Un Dieu qui désire tant l’amour de ses créatures qu’il ne leur demande rien en échange de sa grâce… C’est l’expérience de ce croyant-là, dans la culture qui est la sienne, à l’époque qui est la sienne.

Deux chrétiens. Deux vies différentes. Deux chemins qui se rejoignent. Deux hommes qui, chacun pour lui-même, doit décider ce que signifie la grâce qui survient dans sa vie. Deux hommes qui se côtoient lorsqu’ils sont réunis pour rendre grâce à Dieu pour cette grâce qui survient. Deux hommes qui ont changé de vie, radicalement, pour accueillir le Christ. Deux hommes qui partagent le repas du Seigneur. Mais justement… c’est une question de nourriture qui les sépare.

Pour le premier, le chrétien d’origine païenne, sa foi le pousse à manger de tout. Puisqu’il n’y a plus d’idole, alors les sacrifices n’ont aucun sens et les viandes sacrifiées aux idoles sont comme toutes les autres viandes. Il mange donc de tout, parce que sa foi le lui dicte.

Pour le second, le chrétien d’origine juive, sa foi le pousse à ne pas manger de viande. C’est ainsi qu’il respecte Dieu, le Dieu d’Israël qui est aussi le Dieu de Jésus-Christ. Il ne mange pas de tout, parce que sa foi le lui dicte.

Comment vivre ensemble ? Comment respecter l’autre dans son désir profond d’accueillir Dieu ?

❝ Dieu nous accueille tels que nous sommes

C’est toute la question, et vous l’entendez bien, nous n’avons jamais fini de nous la poser… Confronté à cette question très réelle, très concrète, Paul écrit donc aux chrétiens de Rome. Et plutôt que de leur donner des ordres, il fait confiance à leur intelligence. Plutôt que de trancher en disant, celui-là a raison et celui-là a tort, il leur rappelle pourquoi ils sont là, pourquoi ils sont ensemble, et en quoi c’est solide.

Il leur rappelle que vivre ensemble, ce n’est pas un but en soi. Ce n’est pas une obligation morale. C’est une liberté donnée. La liberté d’accueillir l’autre, quels que soient ses scrupules religieux… et nous en avons tous. « Accueillez celui qui est faible dans la foi, sans critiquer ses scrupules. Que celui qui mange ne méprise pas celui qui ne mange pas et que celui qui ne mange pas ne juge pas celui qui mange, car Dieu l’a accueilli. » Voilà le cœur de l’Evangile, bien plus profond, bien plus important que toutes les considérations morales ! Il ne s’agit pas d’être gentils, d’être tolérants, d’être ouverts ou progressistes ! Il s’agit d’entendre une bonne nouvelle ! Accueillez, nous dit Paul… accueillez l’autre, parce que Dieu l’a accueilli. Il n’y a pas d’autre règle que ça. Ailleurs dans le NT, ça se dit « aime ton prochain comme toi-même ». Mais aime-le vraiment. Accueille-le vraiment. Pas pour être gentil, pour être meilleur que les autres. Mais parce que tu le peux.

Dieu nous accueille tels que nous sommes. Avec nos histoires, nos cultures, nos habitudes. Avec notre façon de vivre notre foi. Avec nos façons de bricoler avec notre foi. Avec notre soif d’Évangile, grande ou petite. Il nous accueille tels que nous sommes. Et il nous appelle tous, pas juste quelques-uns, mais tous, devant son tribunal. J’allais dire : il nous accueille dans son tribunal. Parce que c’est un lieu d’accueil, un lieu où Dieu nous accueille tels que nous sommes, là où nous n’avons pas besoin de nous cacher. C’est un lieu de vérité.

C’est aussi le seul lieu, absolument le seul, où nous ne pouvons pas juger. Dans ce lieux-là nous ne pouvons être des juges ni de nous-mêmes, ni de l’autre. C’est le seul lieu où nous échappons au jugement perpétuel qui nous fait mourir, qui nous écrase… le jugement de nos vies quotidiennes : pas assez vite ! Pas assez grand ! Pas assez productif ! Pas assez ceci, pas assez cela ! parce que nous sommes pour les autres, mais surtout pour nous-mêmes, des juges impitoyables. Heureux, dit Paul, celui qui ne se juge pas lui-même, et qui laisse ce soin à Dieu ! En ce sens, le tribunal de Dieu, c’est le lieu où nous sommes rendus libres. C’est le lieu où nous pouvons rendre compte à Dieu de nous-mêmes. Rendre compte, honnêtement, de tout ce qui fait notre vie, des poids et des blessures, des joies et des élans. C’est le lieu d’une vie renouvelée. Le lieu où la grâce nous est donnée, en abondance. La grâce, on peut aussi appeler ça une force de vie, un cadeau.

D’une certaine façon, c’est parce que ce lieu existe que nous nous accueillons mutuellement. C’est parce que mon prochain est accueilli, comme moi, dans ce lieu-là, que je peux le côtoyer comme un frère, comme une sœur. Alors il devient plus facile d’accueillir celui que je suis toujours tentée de voir comme « celui qui est faible dans la foi ». Qui suis-je pour connaître quelque chose de sa foi ? Seul Dieu entend sa foi. Et moi-même, quand je me sens faiblir, je sais que Dieu m’a donné des frères et des sœurs avec qui partager cette étonnante nouvelle : Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné sa vie pour nous sauver de nos dieux de morts, de tout ce qui nous écrase et nous fait mourir. C’est ce qu’on appelle le jugement de Dieu sur nos vies. Nous jugeons à la manière des hommes. Seul Dieu juge à la manière de Dieu.

S’il n’y a que ça à retenir du texte d’aujourd’hui, c’est ça : Ne juge pas à la place de Dieu.

Prière

C’est Dieu seul qui nous dit :
Va leur dire ! Va leur dire que je les attends, que je suis déjà en chemin.
Va leur dire que mon amour les accompagne, à chaque instant de leur vie.
Va leur dire que dans un regard échangé, dans une parole vraie, je suis.
Va leur dire que ma parole est une promesse.
Va leur dire que mon secours leur est acquis, que ma main soutient chacun de leurs pas.
Va leur dire que j’attends que, au creux de ton silence, tu entendes la liberté qui résonne pour toi comme pour ton prochain.
Va leur dire que vous êtes une communauté, parce que vous vivez librement de cette liberté.
Ainsi nous parle, à tous et à chacun, notre Seigneur.
Qu’il nous soit donné, aujourd’hui, demain, toujours, d’entendre cette voix, personnellement et ensemble, en communauté, dans le partage de nos différences, unis par un appel commun.
Amen




Méditation du jeudi : Force-les à entrer !

Méditation du jeudi 14 octobre. Nous prions cette semaine avec nos envoyés en Tunisie.

Pieter Brueghel l’Ancien : « Le Repas de noce » ou « La Noce paysanne » (1567/68) © Wikimedia Commons

Peut-on forcer quelqu’un à écouter ? Peut-on forcer quelqu’un à se convertir ? Un texte du Nouveau Testament, chez l’évangéliste Luc, pourrait le laisser croire. C’est ainsi, en tout cas, que Saint Augustin en a interprété une phrase énigmatique.

« Un de ceux qui étaient allongés à table avec Jésus, l’ayant entendu parler, lui dit : Heureux celui qui mangera du pain dans le Royaume de Dieu ! Jésus lui dit alors : Un homme offrait un grand dîner où il avait invité beaucoup de gens. Il envoya donc son serviteur chercher les invités à l’heure du dîner pour leur dire : Venez, car tout est prêt. Et tous, un par un, comme un seul homme, se mirent à s’excuser. Le premier lui dit : J’ai acheté un champ et je suis obligé d’aller le voir ; je t’en prie, compte-moi parmi les excusés. Un autre lui dit : J’ai acheté cinq paires de bœufs et je vais les examiner ; je t’en prie, compte-moi parmi les excusés. Un autre encore lui dit : J’ai épousé une femme et à cause de ça, je ne peux pas venir.

Alors, de retour auprès de son maître, le serviteur lui rapporta tout cela. Le maître de maison se mit alors en colère et dit à son serviteur : Dépêche-toi, va par les places et les rues de la ville et fais entrer les pauvres et les estropiés, les aveugles et les boiteux. Le serviteur lui dit : Maître, ce que tu demandais a été fait, mais il reste de la place. Alors le maître dit au serviteur : Va par les chemins et les venelles et oblige-les à entrer, pour que ma maison soit pleine.

En effet, je vous le dis : aucun de ceux qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner. »
(Luc 14, 15-24)

« Oblige-les à entrer » : une certaine interprétation du texte voit dans ce geste violent de contrainte la justification de la conversion forcée, ou du moins d’une insistance très vive pour être écouté. Pourquoi pas : après tout, c’est une lecture possible. Il fallait remplir la maison, la maison est remplie à la fin, tout le monde est content.

Sauf que… pas tout le monde, justement : les invités au festin sont restés à l’écart et n’ont pas participé à la joie de la fête. Ils ne sont pas heureux. Mais ils ne le savent pas. Il y a une façon de rester à l’écart de la fête, de refuser de participer aux festivités à la table commune, qui est une façon de ne pas vivre, de ne pas vouloir se mêler à l’agitation.

❝ Les portes sont ouvertes, le dîner est prêt

Et donc, il reste de la place. Tant mieux ! Tant mieux s’il reste de la place, parce que ça nous promet, à nous qui sommes invités aussi, des fraternités nouvelles : des fraternités étonnantes, avec ceux qui n’avaient pas encore mis un pied au festin, qui viennent de tous les horizons, chargés d’histoires de vie, d’expériences, de malheurs parfois, de douleur souvent. Ce sont nos frères, nos sœurs, qui arrivent ainsi de partout, des places et des chemins, des sentiers et des jardins. Les portes sont ouvertes, le dîner est prêt.

Il faut juste se souvenir que ce dîner, ce n’est pas nous qui le donnons : c’est Dieu lui-même. Ce n’est pas nous qui avons imprimé et envoyé l’invitation : c’est le Christ lui-même. Si au moins nous sommes présents, affamés de la grâce, si au moins nous sommes accueillants, curieux de rencontrer ceux qui arrivent, alors nous sommes au bénéfice du cadeau de Dieu. Nous sommes « heureux de manger le pain dans le Royaume de Dieu ». Mais ce n’est ni automatique, ni un dû, ni une invitation à recevoir à la légère.

Et surtout : nous n’avons pas reçu comme mission de faire entrer autrui dans notre club privé. Nous avons reçu la mission d’aimer ceux qui sont entrés, invités comme nous, dans une communauté bien plus vaste que nous-mêmes, qui est la famille boiteuse, mais si vivante, des enfants de Dieu.

Nous prions cette semaine avec nos envoyés en Tunisie.

Seigneur Jésus-Christ,
J’ai souvent été impatient.

Je voulais tout abandonner, je voulais céder à la souffrance.
Je voulais choisir le chemin le plus facile : le désespoir.
Toi, tu n’as jamais perdu patience.
Tu as supporté toute une vie et tu as souffert
Pour me sauver aussi.

Je t’apporte ma peine : met en moi ta joie.
Je t’apporte ma solitude : mets en moi ta présence.
Je t’apporte mes conflits : mets en moi ta paix.
Je t’apporte mes échecs : fais germer en moi ton avenir.

Amen

Sören Kierkegaard