Cinq projets solidaires à soutenir en 2025

Chaque année, le Défap soutient des projets divers à l’international, permettant de répondre aux besoins locaux des communautés des Églises sœurs. Voici cinq projets qui s’inscrivent dans le cadre de cet engagement : renforcer les liens avec les partenaires et lutter pour la justice climatique et le respect de la dignité humaine. De l’acquisition d’un minibus pour le transport sécurisé des enfants, au renforcement de la formation théologique, en passant par le soutien à l’agroécologie, ces projets témoignent de l’importance ces actions de solidarité. Vous aussi vous pouvez soutenir ces initiatives pour contribuer à leur succès et à la transformation des vies dans ces communautés.

5 projets à soutenir en 2025 - Défap

1. Sénégal : soutien à la paroisse de Mbettite, un projet pour un avenir durable

Soutien à la paroisse de Mbetitte au Sénégal - Défap
Un champ au Sénégal © Photo de José Carlos Alexandre

Au cœur du Sénégal rural, la paroisse de Mbettite fait face à des défis économiques et environnementaux majeurs. Dans ce pays où l’agriculture dépend de trois mois de pluies annuelles, les rendements sont limités, fragilisant les conditions de vie des habitants.

Pour répondre à ces enjeux, la paroisse a initié un projet ambitieux visant à renforcer l’autosuffisance alimentaire et à générer des revenus durables. Concrètement, il s’agit de sécuriser un champ communautaire, d’y développer des pratiques agricoles durables (agroforesterie, maraîchage, élevage) et d’installer un mini-forage.

Ce projet ne se limite pas à l’agriculture : il contribue aussi à la cohésion sociale en rassemblant différentes confessions autour d’un objectif commun. Il lutte contre l’exode rural et l’immigration clandestine en offrant aux jeunes des perspectives locales. Grâce à l’engagement des agriculteurs et éleveurs de la région et à l’ouverture de la population aux initiatives de développement, ce projet pourrait bénéficier à environ 1100 habitants, soit toute la population du village.

En soutenant la paroisse de Mbettite, vous participez à un projet porteur d’espoir, d’autonomie et de résilience pour toute une communauté.

 

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2. RDC : préserver l’environnement et créer des opportunités, un projet pour les jeunes de Goma

RDC : Formation des jeunes à la création d'activités génératrices de revenus - Défap
Parc National des Virunga © Wikimedia Commons

Aux portes du Parc National des Virunga, la ville de Goma et ses environs sont confrontés à une déforestation massive. Face au chômage, de nombreux jeunes n’ont d’autre choix que de couper du bois dans le parc pour en faire du charbon destiné à la vente, mettant en péril cet écosystème unique. Cette surexploitation accentue les dérèglements climatiques, bouleverse les saisons agricoles et fragilise encore plus les populations locales.

Pour répondre à cette urgence, la Communauté Baptiste au Centre de l’Afrique (CBCA) – paroisse Ndosho a lancé un projet innovant alliant formation et entrepreneuriat. L’objectif est double : sensibiliser les jeunes aux enjeux environnementaux et leur offrir des alternatives économiques durables. À travers des formations à la fabrication de foyers à cuisson améliorés (qui réduisent la consommation de bois), en pâtisserie et en entrepreneuriat, le projet permet à ces jeunes de développer des compétences et de créer leurs propres entreprises.

Grâce à un système de crédits rotatifs, les bénéficiaires reçoivent un soutien matériel et financier pour démarrer leur activité, avec un impact positif qui se propage bien au-delà des seuls participants : réduction de la pression sur les forêts, économie de bois pour les familles, et création d’emplois locaux.

Ce projet est une véritable solution d’avenir : il protège l’environnement tout en luttant contre la pauvreté et le chômage. Soutenir cette initiative, c’est contribuer à préserver l’un des joyaux naturels de l’Afrique et à offrir de nouvelles perspectives aux jeunes de Goma.

 

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3. RDC : achat d’un minibus pour le transport sécurisé des enfants de la crèche « La Graine »

Soutien à l'achat d'un minibus pour le transport sécurisé des enfants
La crèche « La Graine » © Paroisse Ndosho – ECC Nord-Kivu

À Goma, en RDC, l’insécurité croissante et la criminalité mettent en péril le quotidien des familles, en particulier celui des jeunes enfants. Le kidnapping est devenu une menace constante, obligeant les parents à redoubler de vigilance. Dans ce contexte, la crèche « La Graine » s’impose comme un refuge sûr, offrant un accueil sécurisé et éducatif aux enfants de 2 mois à 5 ans, tout en permettant aux mères de conserver leur emploi.

Mais un problème majeur subsiste : le transport des enfants. De nombreux parents doivent parcourir de longues distances pour amener leurs enfants à la crèche, souvent à pied ou sur des taxis-motos, exposant les plus petits à des risques d’accidents ou d’enlèvements. Face à cette réalité, l’acquisition d’un minibus devient une solution essentielle.

Ce projet vise à financer l’achat d’un minibus sécurisé pour :

  • protéger les enfants en leur évitant des trajets dangereux
  • faciliter la vie des parents, qui arriveront à l’heure au travail
  • faciliter l’accès à la crèche aux familles éloignées
  • renforcer la visibilité de la crèche, encourageant ainsi plus de parents à y inscrire leurs enfants.

Grâce à ce transport scolaire, les enfants pourront se rendre en toute sécurité à « La Graine » chaque jour, bénéficiant d’un cadre bienveillant et éducatif.

Soutenir ce projet, c’est offrir un avenir plus sûr aux enfants et soulager les familles de Goma.

 

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4. Togo : agroécologie et séchage solaire, une initiative durable du Secaar

 Togo : Compensation carbone - Promotion de pratiques agroécologiques durables - Défap
© Secaar

Le Secaar (Service Chrétien d’Appui à l’Animation Rurale), acteur majeur du développement rural, met en œuvre des solutions innovantes pour encourager une agriculture durable en Afrique. Face à l’usage intensif d’engrais chimiques et de pesticides, le Secaar lance un projet innovant à destination des agriculteurs et agricultrices pour :

  • Remplacer les produits chimiques de synthèse par des alternatives naturelles (biopesticides et compost)
  • Former les agriculteurs et agricultrices aux pratiques agroécologiques et au séchage solaire de légumes produits localement
  • Réduire l’empreinte écologique des exploitations agricoles en diminuant leurs émissions de gaz à effet de serre.

Grâce à cette initiative, le Secaar ne se contente pas de sensibiliser : il offre des solutions concrètes aux agriculteurs pour une production plus responsable et plus durable !

 

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5. RDC : renforcer l’enseignement théologique à l’UAC de Boma grâce à l’échange de professeurs

© UAC

L’Université de l’Alliance Chrétienne (UAC) de Boma, leader dans la formation des théologiens au Kongo Central (RDC), s’engage à offrir une éducation de qualité, alliant excellence académique et profondeur spirituelle.

Dans cette optique, un programme d’échange de professeurs avec l’Université Protestante au Congo (UPC) de Kinshasa a été mis en place. Depuis plusieurs années, huit enseignants de l’UPC viennent dispenser des cours essentiels en Théologie Systématique, Ancien Testament, Nouveau Testament, Théologie Pratique, Histoire et Missiologie.

Ce projet vise à renforcer ces échanges, en garantissant aux étudiants :

  • un enseignement de qualité
  • un accès aux dernières recherches et publications théologiques
  • une formation plus complète et plus rigoureuse, préparant efficacement les futurs pasteurs et théologiens.

S’inscrivant dans la dynamique des associations ASTHEOL (Association de formation théologique d’Afrique Centrale) dont I’UAC fait partie, ATIEA (Association des Institutions de formation théologique d’Afrique orientale) et ATISCA (Association des Institutions de formation d’Afrique australe et centrale), ce projet contribue également à la coopération entre les institutions théologiques africaines pour améliorer la qualité de la formation et favoriser le développement des enseignants et chercheurs.

Soutenir ce projet, c’est investir dans l’avenir de la formation théologique en RDC !

 

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RDC : l’Université Évangélique en Afrique face à la crise, un appel urgent à la solidarité

La République Démocratique du Congo (RDC) est de plus en plus confrontée à une situation sécuritaire préoccupante, notamment dans l’est du pays. Les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ont intensifié leurs attaques, menaçant des villes clés telles que Goma et Sake. Le Défap soutien plusieurs projets en RDC, il y est en relation l’Église du Christ au Congo et différentes universités. Le Professeur Benoît Amina Lwikitcha, doyen de la Faculté de Théologie protestante de l’Université Evangélique en Afrique, nous partage les inquiétudes des étudiants depuis l’aggravation des conflits et appelle à la solidarité internationale.

Vue d’une rue à Kinshasa © Défap

« L’Université Evangélique en Afrique (UEA), située à Bukavu, province du Sud-Kivu en République Démocratique du Congo, sous la direction de la Rectrice, Professeure Ngongo Kilongo Fatuma, est aujourd’hui confrontée à une crise sans précédent, conséquence de la situation politique et sécuritaire dramatique qui secoue l’est du pays. La prise de la ville de Goma par les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, et leur avancée vers Bukavu ont plongé notre institution et nos étudiants dans une situation de détresse extrême.

Un impact désastreux sur les étudiants en théologie 

Avant même le début de cette crise, les étudiants et étudiantes de la Faculté de Théologie protestante à Bukavu faisaient déjà face à des difficultés socio-économiques importantes. Aujourd’hui, la situation s’est aggravée de manière alarmante. Nombre d’entre eux ont laissé leurs familles à Goma et dans d’autres villages sous occupation rebelle. Leurs paroisses, leurs champs et leurs bétails, qui constituaient leur principale source de revenus pour financer leurs études, sont aujourd’hui inaccessibles. Non seulement ils se retrouvent dans l’impossibilité de poursuivre normalement leurs études, mais aussi dans l’angoisse permanente de ne plus revoir leurs proches et leurs communautés ecclésiales.

Un soutien local mais insuffisant

Face à cette urgence, les enseignants de la Faculté de Théologie de l’UEA, sous l’initiative de son Doyen, le Révérend Professeur Benoît Amina Lwikitcha, s’efforcent, avec leurs propres moyens, de venir en aide aux familles de ces étudiants. Ils consacrent une partie de leurs salaires à cette assistance. Par ailleurs, plusieurs églises et paroisses protestantes locales à Bukavu ont également manifesté leur solidarité. Cependant, cette aide demeure largement insuffisante face à l’ampleur des besoins.

Une faculté unique dans la sous-région

Il est important de rappeler que la Faculté de Théologie protestante de l’UEA est la seule institution de formation théologique protestante dans la sous-région, accueillant des étudiants de RDC, du Rwanda et du Burundi. Elle forme des cadres ecclésiaux issus des Églises protestantes, pentecôtistes, évangéliques et réformées, qui jouent un rôle crucial dans la formation spirituelle et la stabilité communautaire dans ces pays. Aujourd’hui, avec la progression annoncée des rebelles du M23 vers Bukavu, l’enseignement au sein de la faculté est gravement perturbé par une psychose généralisée parmi la population.

Appel à la solidarité internationale

Face à cette situation critique, nous lançons un appel pressant à la communauté protestante, évangélique et pentecôtiste, ainsi qu’aux partenaires internationaux engagés dans la formation théologique dans les pays du Sud. Nous sollicitons également les institutions théologiques sœurs à travers le monde pour qu’elles nous aident à soutenir ces pasteurs étudiants et leurs familles en cette période de guerre.

Voyage en France pour mobiliser du soutien

Dans le cadre de cette mobilisation, grâce à l’appui du Défap et de ses partenaires, le Doyen de la Faculté de Théologie de l’UEA effectuera un voyage en France au mois de mars. Ce voyage aura un double objectif :

  1. Sensibiliser et mobiliser les Églises, institutions théologiques, organisations protestantes et autres partenaires pour soutenir notre Faculté et ses étudiants en détresse.
  2. Poursuivre ses recherches postdoctorales au sein de l’Institut Protestant de Paris.

Nous encourageons toute institution ou individu souhaitant apporter un soutien à contacter la Fondation du Protestantisme qui a lancé un appel à don d’urgence pour cela.

La situation en RDC, et particulièrement dans l’est du pays, est critique. La guerre imposée par le M23 et ses partenaires étrangers a des conséquences dramatiques sur les populations civiles et sur les étudiants en théologie. Pourtant, la mission de formation de leaders ecclésiaux et communautaires ne peut pas s’arrêter. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer notre mission. »

 

Le Défap en RDC

Le Défap entretient des relations avec plusieurs partenaires en République démocratique du Congo parmi lesquelles une Église soeur, plusieurs universités protestantes (l’Université protestante au Congo à Kinshasa ; l’Université libre des Pays des grands lacs à Goma et à Bukavu ; l’Université évangélique en Afrique à Bukavu ; l’Université de l’Alliance chrétienne à Boma ; l’Université presbytérienne du Congo à Kananga). Il y envoie des professeurs et accueille des chercheurs, finance des bourses pour des étudiantes dans le but d’aider à promouvoir la place de la femme, etc. Le Défap y soutient également différents projets tels que le projet de santé communautaire autour de la culture de plantes médicinales à Bukavu, des micro-crédits pour aider des femmes dans leurs petits commerces, l’électrification de bâtiments universitaires, etc. En 2023, pour venir en aide aux déplacés fuyant les violences des rebelles du M23, le Défap a pu apporter son soutien, avec Solidarité protestante, pour des distributions de vivres et de produits d’hygiène dans le camp de Kanyaruchinya.

Nous appelons à la prière et au soutien spirituel des Églises et institutions ecclésiales du Nord Kivu.

 

 




Alexis de retour de Madagascar : « rentrer en France avec un tout nouvel état d’esprit »

Après une première en mission en Equateur qui lui a donné l’envie d’en réaliser une autre à Madagascar, Alexis est de retour et nous partage son expérience en tant qu’éducateur dans un orphelinat.

Retour d'Alexis de Madagascar

Alexis de retour de Madagascar : « rentrer en France avec un tout nouvel état d’esprit »

 

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La Lettre du Défap : dix ans déjà

Mai 2014 – juin 2024 : depuis dix ans, la Lettre du Défap vient apporter à chaque paroisse des nouvelles des envoyés, des projets, et plus largement des relations entretenues par-delà les frontières avec des Églises-sœurs présentes sur plusieurs continents. Créée à l’origine pour remplacer le magazine Mission, cette Lettre est aujourd’hui intégrée dans tout un écosystème d’outils de communication : site internet, réseaux sociaux, chaîne de podcasts, émissions radio… Le point sur ces évolutions avec ce numéro 38, déjà disponible au téléchargement, et très bientôt dans votre paroisse.
La Lettre du Défap, numéro 38 © Défap

 

Téléchargez la Lettre du Défap

 

Le pasteur B. Vergniol, secrétaire général du Défap (2014-2017) écrivait dans son édito en 2014 : « La Lettre du Défap que vous avez entre les mains est un tout premier numéro. […] Elle a pour ambition d’être complémentaire de notre site internet, www.defap.fr, tout en reprenant quelques-uns de ses thèmes majeurs afin de satisfaire à la fois les internautes et ceux qui ne le sont pas. Nous avons conçu pour vous un bulletin essentiellement axé sur les actions que nous menons en France et à l’étranger, au nom des Églises protestantes de France. »

Depuis lors, l’espace de notre communication s’est élargi et ce numéro 38 de La lettre du Défap en fait ici un éventail : Facebook, YouTube, LinkedIn, Instagram, X (ex. Twitter), newsletter, une chaîne de podcasts… Tout cela indique une volonté d’adaptation en vue de toucher le plus grand nombre quel que soit l’âge et d’informer de la tâche que le Défap accomplit pour le compte de ses Églises membres ; une tâche dans laquelle Dieu s’incarne en « relation » et en « solidarité inter-ecclésiale transfrontalière ».

Aujourd’hui encore comme il y a dix ans, vous y trouverez l’essentiel des nouvelles des pays dans lesquels le Défap est engagé. Elle montre comment il continue et revisite sans cesse une fraternité qui dure depuis plus d’un demi-siècle. Elle révèle dans ses lignes comment le Défap permet la rencontre, facilite la relation et invite à la réflexion sur la place et la responsabilité sociales et ecclésiales des Églises membres et des partenaires ; une plate-forme de réflexion et d’action au nom de l’évangile du Christ. L’action (Défap) et la communion (Cevaa) y sont déployées comme une épître adressée aux paroissien.nes.

Le Défap vous prie de l’accueillir comme une reconnaissance de vos soutiens tant spirituels que matériels.

Pasteur Basile ZOUMA
secrétaire général du Défap




S’engager, c’est bien ; sans se tromper, c’est mieux

À l’occasion de la présentation de la prochaine session de formation au départ des envoyés du Défap, retour sur une campagne tout juste lancée par France Volontaires, la plateforme de l’engagement international dont fait partie le Défap : elle cible le « volontourisme », pendant mercantile du volontariat international. Il se caractérise par des offres de « voyage solidaire » présentées par des organisations à but lucratif dans une logique purement commerciale, bien souvent au détriment de l’intérêt général et des populations. Pour lutter contre ces dérives, France Volontaires avait lancé un cycle d’ateliers dès fin 2020. La campagne de sensibilisation en cours a été mise en place avec l’organisation Friends-International.


De l’engagement solidaire, le « volontourisme » reprend généralement tous les codes. À ceci près qu’il est organisé par des entreprises, qui utilisent les méthodes commerciales du tourisme de masse sous couvert de l’image du volontariat international, afin de pouvoir faire du profit sur la misère et la détresse, mais aussi sur la bonne volonté de jeunes désireux de s’engager. Ces agences de voyage d’un genre particulier organisent leurs séjours, non pas en fonction des besoins des populations locales, mais plutôt de la loi de l’offre et de la demande. Les coûts des séjours de «volontourisme» sont généralement élevés, en moyenne 2000 euros / personne pour 2 semaines (vols non compris).

Alors que le rôle positif du volontariat international en faveur d’un monde plus solidaire a été souligné par le Secrétaire général des Nations unies, qui dans son rapport de synthèse de décembre 2014 notait que les volontaires constituent « un levier puissant et transversal de la mise en œuvre des Objectifs de développement durable », le « volontourisme », au mieux, n’apporte rien aux populations locales, et au pire, déséquilibre l’économie locale, entretient la pauvreté voire crée des inégalités nouvelles, tout en empêchant une vraie rencontre entre les volontaires et les populations locales, et en perpétuant les stéréotypes chez les uns comme chez les autres.

Les bonnes questions à se poser

Les acteurs du volontariat se mobilisent contre ces pratiques. En 2021, une loi a été adoptée pour encadrer les pratiques du volontourisme. Depuis, l’organisation Friends-International et France Volontaires travaillent pour alerter conjointement de ces effets néfastes sur toutes les parties prenantes, et font la promotion d’un volontariat respectueux dont l’impact sur les communautés locales se doit d’être bénéfique.

Afin de vivre une expérience de volontariat utile pour les communautés d’accueil comme pour soi, et qui ne porte pas préjudice à l’écosystème local, il faut bien préparer et se laisser le temps de mûrir son projet d’engagement. La recherche d’une mission de volontariat de qualité nécessite de se renseigner, se questionner, interroger, et bien souvent déconstruire des idées préconçues ou qu’on aurait fantasmées.

Pour vous y aider, voici une série de questions à vous poser (ou à poser) avant de vous engager :

  • Vos motivations : Questionnez votre projet de volontariat à l’international, mûrissez-le : Pourquoi voulez-vous partir ? Pourquoi à l’étranger ? Quelles sont vos aspirations ?
  • Les partenaires du projet : Quel est le statut de la structure qui propose une mission à l’étranger (entreprise, association…) ? Quels sont ses objectifs et ses valeurs ? Vous correspondent-ils ? La mission a-t-elle été construite en concertation avec la structure locale ? La mission se substitue-t-elle à un emploi local ? Fait-t-elle concurrence à une organisation locale ?
  • L’accompagnement : Une formation au départ est-elle prévue ? Un accompagnement durant la mission ? Et au retour ? Pouvez-vous être mis en contact avec des anciens volontaires/bénévoles ?
  • Les impacts : Quels sont les impacts (positifs, négatifs) de la mission en termes de contribution à l’intérêt général ? Et sur les communautés locales ? Ces impacts sont-ils mesurés ?
  • Les responsabilités : Quelle est la plus-value que vous pouvez apporter ? Quelles sont les compétences et qualifications nécessaires à la réalisation de la mission ? Pourriez-vous les exercer en France ?
  • La prise en charge de la mission : Les contributions financières demandées sont-elles raisonnables au regard du coût de la vie dans le pays ? Comment sont utilisées ces contributions et à qui sont-elles reversées ?
  • La protection des personnes vulnérables : La protection des personnes vulnérables (enfants, personnes en situation de précarité, malades…) est-elle prise en compte ? Des mesures de protection sont-elles mises en œuvre pour éviter toute forme d’abus ?



Dix jours pour se former au départ

En cette année 2024, la « session départ » du Défap est prévue du 1er au 11 juillet. Une période dense de formation pour les candidats au départ, avec des modules abordant aussi bien les questions de sécurité que d’interculturalité, la présentation des contextes dans lesquels s’effectueront les missions, les questions de santé… Mais aussi un moment privilégié d’échanges avec l’équipe du Défap, et entre futurs envoyés eux-mêmes, leur donnant l’opportunité d’interroger leurs motivations et de réfléchir à la manière dont ils se projettent dans leur future mission. Dix jours qui annoncent un changement radical, sachant qu’on revient toujours changé de l’expérience du volontariat…
Photo prise lors de la session 2023 de la formation des envoyés du Défap © Défap

 

Les témoignages d’anciens envoyés du Défap regorgent de tranches de vie savoureuses, de remises en question et de découvertes. Découvertes sur des pays et des cultures où l’on s’immerge pour plusieurs mois ou plusieurs années, mais aussi découvertes sur soi-même. Et bien souvent, pour celles et ceux qui la vivent, l’expérience du volontariat international a un aspect décapant. Elle entraîne des prises de conscience, elle infléchit les choix de vie… « Je repartirai, c’est sûr. Et j’espère que vous partirez tous. Parce que ça change tout » : ces quelques mots d’Aurélie, ancienne envoyée du Défap au Cameroun, quelques mois après son retour, donnent une idée de l’impact que peut avoir l’expérience de l’engagement à l’étranger dans une vie. Elle y est retournée depuis lors, en mission courte, également avec le Défap. Samy, pour sa part, était parti à Madagascar pour une mission d’enseignement en 2017. Aujourd’hui, il y est toujours, et s’est spécialisé dans la formation des enseignants… Sans aller jusqu’à de tels changements de vie, tous les volontaires partis en mission ont pu expérimenter cette réalité qui est devenue l’un des slogans du Défap : « les échanges, ça vous change »…

Et c’est aussi pour cette raison que la session de formation au départ, organisée tous les ans au début du mois de juillet, est un moment si important dans la vie du Défap. Important pour les futurs envoyés : on ne part pas dans une telle aventure à l’improviste. Important pour l’équipe du Défap : une bonne partie de ses membres est mobilisée pour ces dix jours, outre les intervenants extérieurs. Une telle formation au départ est d’abord une obligation légale ; mais celle que dispense le Défap est reconnue comme l’une des plus fournies et des plus solides. C’est aussi une période charnière : pour les candidats au départ, elle intervient au bout d’un parcours de plusieurs mois rythmé par les rencontres avec la Commission Échanges de Personnes, la CEP, chargée de les sélectionner. Ces dix jours de formation représentent, pour les futurs volontaires, l’occasion de rencontrer enfin toute l’équipe du Défap et d’apprendre à mieux la connaître ; de découvrir aussi un peu plus le Défap lui-même, en étant logés sur place tout au long de la formation au départ ; et enfin, de se découvrir les uns et les autres, avant de partir, à l’automne, pour leurs divers lieux de mission… Ainsi, au-delà des thématiques abordées lors des présentations ou des ateliers, il y a dans cette période de formation brève, mais dense, un aspect d’échange et de rencontres indispensable. C’est au cours de ces quelques jours que se font les ultimes arbitrages, et que les candidats ont une dernière fois l’occasion d’interroger leurs motivations au départ…

Qui part ? Pour vivre quoi ? Dans quel contexte ? Qui rentre ?

Ouverture de la session 2021 de la formation des envoyés du Défap © Défap

Pour cette année 2024, cette « session départ » a lieu du lundi 1er au jeudi 11 juillet. En tout, une quinzaine de participants – la majorité étant des participantes – dont un couple. Ils et elles se destinent à partir pour des pays aussi divers que l’Égypte, la Tunisie, Djibouti, le Burundi, le Sénégal, Madagascar, l’île Maurice, le Bangladesh, l’Indonésie, le Cambodge, ou encore le Brésil. Et pour des missions aussi variées que de l’accompagnement scolaire ou de l’enseignement du français langue étrangère (FLE), des projets de santé, d’architecture, de la gestion de projets agricoles… Parmi ces futurs envoyés, certains partent sur des postes ouverts au sein d’institutions directement partenaires du Défap, d’autres bénéficient du mécanisme dit « d’intermédiation » qui permet à des organismes envoyant leurs propres volontaires de le faire via le Défap.

Au menu de ces dix jours de formation : des thèmes d’ordre pratique, comme les aspects administratifs de l’envoi ou les questions de santé ; d’autres davantage consacrés à l’interculturel et à la rencontre de l’autre, au contexte de la mission (contexte culturel, géopolitique ou ecclésial), à la prévention et à la gestion des crises et conflits… De manière générale, cette formation vise à répondre à quatre questions : qui part ? Pour vivre quoi ? Dans quel contexte ? Qui rentre ? Ce qui inscrit déjà la mission dans un temps plus long, et dans un contexte plus large. Si la question du « choc culturel » est largement abordée lors des « sessions départ », à travers plusieurs modules sur l’interculturel, il ne faut pas négliger pour autant le risque d’un « choc du retour » – un aspect qui est, pour sa part, plutôt abordé lors des « sessions retour » organisées chaque année en octobre avec les volontaires ayant achevé leur mission.

Et comme chaque année, cette session de formation des envoyés se clôturera par un culte d’envoi, célébré dans la chapelle du Défap, et ouvert à tous. Il aura lieu le jeudi en début d’après-midi, avec la participation des pasteurs Basile Zouma, Secrétaire général du Défap, et Jean-Pierre Anzala, Responsable du service Échange théologique.

Un aperçu d’une session de formation des envoyés du Défap © Défap

 




De l’Alsace à Tananarive, l’odyssée des jeunes de la paroisse de Goxwiller

Entre Goxwiller et les villages d’Andranovelona et d’Ilafy, il y a près de 8500 km de distance. Mais déjà une histoire commune, celle qui unit un groupe de jeunes d’une paroisse du Bas-Rhin, entre la plaine rhénane et les forêts vosgiennes, et des enfants de la grande banlieue de Tananarive, la capitale malgache. Ils ne se sont jamais rencontrés. Et pourtant, les jeunes de la paroisse UEPAL de Goxwiller ont récolté des fonds, monté des dossiers afin de trouver des soutiens institutionnels pour se rendre à Madagascar, et ils ont déjà aidé à créer sur place une cantine et à mettre en chantier un dispensaire. De leur côté, les habitants d’Andranovelona et d’Ilafy ont lancé eux-mêmes les travaux pour créer les fondations et les murs du bâtiment, se sont groupés pour porter le sable destiné au mortier depuis la rivière la plus proche : c’est toute la population qui s’est mobilisée et qui se prépare à accueillir les jeunes Alsaciens. Le voyage aura lieu en juillet prochain, avec le soutien du Défap. Présentation par Lalie Robson-Randrianarisoa, pasteure de la paroisse de Goxwiller.

Les jeunes de la paroisse de Goxwiller lors d’une de leurs opérations destinées à financer leur projet © UEPAL, paroisse de Goxwiller

Comment est né ce projet ?

Lalie Robson-Randrianarisoa : À l’origine, on trouve une association créée dans la banlieue de Tananarive par des membres de la FJKM, l’Église réformée malgache : Akany Tia Zaza, « le foyer qui aime les enfants ». C’était en 2018 : la nouvelle équipe de moniteurs de l’école du dimanche de la paroisse d’Andranovelona-Ilafy constatait depuis quelque temps des absences inexpliquées parmi les enfants fréquentant l’école du dimanche. Leur groupe était passé de près de 300 à environ 200, ce qui était très inhabituel. Les moniteurs décidaient de lancer une enquête auprès de leurs familles. Et que leur disaient alors les parents ? « On ne peut plus vous envoyer nos enfants. Ils ont trop faim, ils n’ont pas d’habits, ils sont malades ».

Très touchée par cette situation qu’elle découvrait, l’équipe des moniteurs de l’école du dimanche décidait de constituer une association pour aider ces familles. Avec une idée simple, qui est aussi d’origine biblique : pas la peine d’essayer d’inculquer quoi que ce soit aux enfants si on ne les nourrit pas ; la foi sans les œuvres, ça n’a pas de sens. Et sitôt l’association créée, ses membres ont commencé à chercher des soutiens à Madagascar, mais aussi auprès d’Églises sœurs à l’étranger, jusqu’en Europe.

Comment s’est fait le contact avec la paroisse de Goxwiller ?

Par l’intermédiaire d’une de mes connaissances, qui m’a contactée en 2018 : je viens moi-même de Madagascar, et je connais une ancienne professeure de français très engagée dans de nombreux projets humanitaires, qui s’est déjà investie auprès d’enfants dans le Sud de Madagascar, et qui habite dans ce village. Elle a fait partie de l’équipe des moniteurs de l’école du dimanche d’Andranovelona-Ilafy. Comme elle fait de fréquents voyages en France, elle a pu venir nous présenter l’action de l’association Akany Tia Zaza. Et les jeunes de la paroisse ont décidé de s’impliquer. Ils ont voulu s’appeler « Les Baobabs » (1), avec l’idée d’aider, mais aussi d’aller sur place pour se rendre compte par eux-mêmes.

Le premier but d’Akany Tia Zaza était de fournir une meilleure alimentation aux enfants. Puis, l’association s’est mise à faire du soutien scolaire, a mis en place une mutuelle pour les familles : car dans les hôpitaux malgaches, les patients doivent tout payer de leur poche, depuis les analyses jusqu’aux médicaments. Mais bientôt, il y a eu un drame : une mort dans le village, par manque d’infrastructures de santé. Quand il y a besoin de soins, il faut se rendre à Tananarive même. Le village n’est qu’à 18 km de la capitale, mais l’état des routes est tel, et les embouteillages si importants, qu’il faut parfois plus de 3 heures pour rejoindre l’hôpital le plus proche. C’est ainsi qu’est née l’idée de construire un dispensaire. Pendant que, parallèlement, le besoin de s’organiser pour nourrir les enfants débouchait sur l’idée d’une véritable cantine scolaire.

Où en est le projet des « Baobabs » ?

Les jeunes de Goxwiller se sont très tôt impliqués pour chercher des subventions, organiser leur voyage : ils avaient prévu de récolter des fonds pour pouvoir se rendre à Madagascar à l’été 2021. Entretemps, il y a eu la pandémie de Covid-19 qui a tout retardé. Mais ils sont très motivés et ne se sont pas découragés. Ils ont multiplié les opérations : organisation de repas, ventes sur les marchés de Noël… Par leurs propres initiatives, ils ont récolté 14.000 euros pour leur voyage. Ils ont trouvé des soutiens. Dont celui du Défap, que je tiens à remercier pour sa confiance. Entretemps, ils ont continué à soutenir Akany Tia Zaza, qui a aujourd’hui l’appui de trois associations en Europe. Et le travail sur place commence à porter ses fruits : il y a désormais une cantine scolaire provisoire qui nourrit 360 enfants à raison de trois jours par semaine. Pour la plupart des enfants qui la fréquentent, c’est leur seul repas de la journée. Il y a aussi un soutien scolaire le samedi pour les enfants qui ont des examens. Mieux pris en charge et mieux nourris, les enfants sont plus concentrés en classe et apprennent mieux.

De leur côté, les habitants des villages ont été très touchés de cet intérêt que leur portaient des jeunes Européens, si loin de leur propre pays. Ils se sont impliqués collectivement pour aider à concrétiser le projet de dispensaire, qui sera la seule structure de santé pour tous les villages environnants. Ils ont uni leurs efforts pour couler les fondations, construire les murs… Grâce aux dons qui leur sont envoyés, ils ont pu commencer à s’équiper en matériel.

Le chantier du dispensaire © UEPAL, paroisse de Goxwiller

Quand est prévu le voyage ?

Du 7 au 22 juillet. Le principal objectif sera d’achever la création du dispensaire. Il s’agira aussi d’améliorer la cantine, qui est encore provisoire et qui a besoin de meubles. Mais au-delà, les jeunes de Goxwiller espèrent beaucoup apprendre de ce voyage. Échanger avec les Malgaches. Vivre avec eux. Ils comptent par exemple animer sur place un centre aéré éphémère, qui servira pour des moments ludiques mais aussi pour des formations, et dont le but sera surtout de créer du lien. Je les accompagnerai sur place et je ne leur ai rien caché de l’inconfort d’un tel séjour, mais ça ne les effraie pas : ils sont passés par l’étape du scoutisme et ils savent se débrouiller ! Ils ont déjà prévu de se partager en équipes entre le dispensaire, la cantine, le centre aéré…

Quand ils se sont lancés dans ce projet en créant « Les Baobabs », ces jeunes avaient pour la plupart autour de 14-15 ans. Aujourd’hui, ils sont adultes, ils ont pris des chemins différents : certains sont en fac ou dans une grande école, d’autres sont en apprentissage… Ils se préparent à devenir ingénieur, préparatrice en pharmacie, assistante sociale… Et pourtant, ce projet les unit toujours. Chacun s’y implique avec ses propres compétences. C’est un engagement fort pour eux tous qui va se concrétiser cet été. Ils espèrent, et j’espère avec eux, que ce projet ne s’arrêtera pas là, qu’il en sortira quelque chose de pérenne.

Quelles pourraient être les suites ?

Continuer à financer le projet, et revenir, peut-être d’ici deux ans, pour voir les résultats. Et au-delà de l’école, aider aussi à former les jeunes adultes. Akany Tia Zaza a déjà financé les études d’une jeune Malgache qui se destine à devenir sage-femme/infirmière. Elle achève sa formation l’année prochaine et a signé un contrat de 5 ans avec l’association pour travailler dans le dispensaire. Il y a aussi d’autres besoins sur lesquels nous voudrions intervenir. Par exemple, il y a des enfants du village qui sont obligés de travailler dans des carrières de pierres. Et leurs familles aussi… C’est un travail pénible et ces familles manquent de tout, de matériel, de vêtements, elles grelottent l’hiver… On ne peut pas forcément mettre fin à toutes les misères, mais on voudrait alléger leur fardeau : on a déjà prévu de leur apporter des vêtements lors de notre voyage de juillet.

Mais l’idée centrale, c’est vraiment de créer du lien, et notamment autour de ce qui nous rapproche le plus : l’évangile. Grâce au lien qui nous unit en Christ, la distance physique qui nous sépare est considérablement réduite. Il ne s’agit pas simplement d’aller faire de l’humanitaire, mais de vivre quelque chose ensemble. Comme il est dit dans Matthieu 25 : « toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites ». Nous voulons, à notre échelle, être des témoins de l’Église universelle. Je me souviens encore, en tant que pasteure, de ce qui m’a été dit le jour de mon ordination : « Vous aurez la tête dans le ciel, mais les pieds dans la boue ». Il y a une connexion directe entre le ciel et la terre. On ne peut pas se cantonner à la théologie en négligeant l’action ; et l’action sans la foi n’a plus de fondement.

Les habitants d’Andranovelona allant chercher du sable à la rivière pour le mortier destiné aux fondations du dispensaire © UEPAL, paroisse de Goxwiller

(1) Pourquoi ce nom ? « C’est parce que nous souhaitons nous rendre utiles à autrui que nous avons choisi de nous appeler les Baobabs », expliquent les jeunes de Goxwiller : « cet arbre à la silhouette très reconnaissable est aussi appelé « arbre de vie », car ses fruits comme ses feuilles sont comestibles et connus pour leurs propriétés médicinales, et son tronc absorbe l’eau et lui sert de réservoir ; un symbole de durabilité pour les humains et la biodiversité qui nous plaisait particulièrement ! »




26 juin : une nuit de prière pour les victimes de la torture

Chaque année, l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT) propose aux chrétiens de toutes confessions de devenir veilleurs, au cours d’une nuit de prières à l’intention de ceux qui, partout dans le monde, sont torturés. Cette chaîne de prière mondiale est un événement œcuménique unique, une action tout à la fois individuelle et collective. Depuis 2006, plus de 180 victimes ont été soutenues au cours de cet événement.

Illustration pour la nuit des veilleurs 2024

L’Assemblée générale des Nations unies a proclamé la date du 26 juin Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, afin d’assurer l’application de la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Il s’agit donc d’une date clé pour le mouvement international de l’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture). L’idée de la Nuit des Veilleurs, lancée en 2006, est de créer une chaîne internationale de personnes se recueillant pour les victimes. Lors d’événements organisés près de chez eux, ou seuls en tout autre lieu, ils accompagnent les actions de plaidoyer et les relaient jusqu’au cœur de Dieu, dans une nuit où la prière se fait cri. Un cri mobilisateur.

Cette 19ème édition, qui marque également l’anniversaire des 50 ans de l’ACAT, rassemble chrétiens du monde entier et sympathisants de toutes générations, engagés dans la défense des droits humains. Pour cette nouvelle Nuit des Veilleurs, l’ACAT propose le thème suivant : « Grâce au Christ, la vie a vaincu la mort » en s’appuyant sur le message de l’apôtre Paul « ô mort, où est ta victoire ? » (I Corinthiens 15. 55)

Depuis 2006, ce sont plus de 180 défenseurs et défenseures des droits qui ont été mis en valeur et soutenus par les membres ou des sympathisants de l’ACAT-France. Plusieurs types d’actions sont possibles, mais les plus fréquentes consistent à organiser ou participer à des veillées le 26 juin dans des lieux de cultes, ou en plein air, à toute heure de la journée, à le faire savoir en inscrivant cette action dans un formulaire disponible sur le site www.nuitdesveilleurs.fr ; à allumer une bougie virtuelle avec votre prénom et la ville où vous habitez ; à écrire un message de soutien sur carte postale qui parviendra aux défenseurs et défenseures des droits soutenus.

La torture fait partie des pires manifestations du mal

Celui qui est engagé dans le combat contre la pratique de la torture se sent parfois dans le doute et déboussolé. Une force en lui le pousse cependant à persévérer : il sait que Dieu sera avec lui dans le combat difficile qu’il doit mener contre les puissants, afin d’arracher la victime injustement condamnée à ses bourreaux et lui rendre le plein respect de sa dignité.

Quelques-unes des victimes de torture soutenues par l’ACAT

Pour cette année, les victimes d’injustices et de tortures que l’ACAT-France soutient sont Floriane Irangabiye, Jean-Rémy Yama, Kenia Hernandez, Yonny Ronay, Prageeth Eknaligoda, Nguy Thi Khanh, Jalal,Abdullah, Yousef, Hassan, Ali Jaffar,Jawad, Ali Hassan, Mahdi, Mohamed Ramadan et Hussein Ali Moosa.

Elles sont menacées, battues, emprisonnées, mises au secret, pour leurs engagements politiques, leurs convictions, leur volonté de défendre les plus démunis, au péril de leur vie.

Le 26 juin, soutenez les, dites-leur qu’on ne les oublie pas, priez pour elles et pour eux, et écrivez-leur.




Haïti : l’espérance face au chaos

Après des semaines marquées par une violence croissante de la part des gangs, un conseil présidentiel de transition espère rétablir le calme en Haïti. Il doit nommer un nouveau Premier ministre par intérim et ouvrir la voie à des élections, ce qui serait une première depuis 2016. La crise humanitaire a explosé, avec plus de 15 000 personnes contraintes de quitter leur domicile à Port-au-Prince depuis fin février, rejoignant les plus de 300 000 personnes déplacées dans tout le pays ces dernières années.
Dans une rue de Port-au-Prince © Philippe Verseils pour Défap

C’est une scène devenue courante dans les rues de Port-au-Prince. Une scène de guerre : des centaines d’habitants en train de courir pour échapper aux combats. Ce lundi 18 mars, plus d’une quinzaine de personnes ont été abattues et Le Nouvelliste, quotidien haïtien référence, évoquait des attaques de gangs contre les quartiers de Laboule et Thomassin. Mardi, ce sont ceux de Diègue, Doco, Métivier, Pégu-Ville, qui ont été attaqués à leur tour. Beaucoup d’habitants se sont retrouvés assiégés chez eux, piégés par les échanges de tirs ; d’autres ont pu prendre la fuite et se réfugier sur des places publiques à Pétion-Ville.
 

Fuite devant les combats – Port-au-Prince, quartier de Carrefour-Feuilles, août 2023 © FEPH pour Défap

Les gangs contrôlent désormais la quasi-totalité du territoire de la capitale haïtienne. Ils n’hésitent pas à s’en prendre à des institutions, des hôpitaux, des commissariats où les policiers restent terrés devant des forces supérieures en nombre et mieux armées. La crise humanitaire a explosé, avec plus de 15 000 personnes contraintes de quitter leur domicile à Port-au-Prince depuis fin février, rejoignant les plus de 300 000 personnes déplacées dans tout le pays ces dernières années. Les difficultés pour accéder aux biens de première nécessité, et notamment pour se nourrir, atteignent des niveaux critiques, et elles pourraient s’aggraver, selon le Programme alimentaire mondial (PAM), qui estime que plus d’un million de personnes sont menacées par la famine. Dans les régions les plus pauvres, la nourriture et l’eau sont rares depuis des jours, tandis que les hôpitaux et les cliniques ont été contraints de fermer, alors même que le nombre de cas nécessitant des soins médicaux urgents augmente.

Vue d’un camp de déplacés à la frontière dominicaine © Philippe Verseils pour Défap

Il s’agit de la pire situation d’urgence humanitaire qu’ait connue Haïti depuis de nombreuses années. Pourtant, l’aide n’arrive qu’au compte-goutte. Entrer dans un pays en pleine guerre civile, dont le principal aéroport international et les points de passage terrestres restent fermés, présente d’énormes défis. À la frontière avec la République dominicaine se pressent d’énormes files de commerçants qui peuvent passer la journée dans le pays voisin pour acheter des produits de première nécessité. De nombreux déplacés s’y sont aussi regroupés dans des camps de fortune, sans pouvoir passer la frontière.

Vue d’un camp de déplacés à la frontière dominicaine © Philippe Verseils pour Défap

La violence des groupes armés, qui gangrène Haïti depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021, a atteint un niveau inédit le 29 février, lorsque le chef de gang Jimmy Chérizier a appelé d’autres gangs à unir leurs forces dans une coalition Viv Ansanm (Vivre ensemble) pour renverser le Premier ministre par intérim Ariel Henry. Alors que ce dernier était à l’étranger pour tenter de renforcer le leadership du Kenya dans la mission multinationale de soutien à la sécurité (MSS) autorisée par l’ONU, les gangs ont lancé des attaques coordonnées contre des bâtiments gouvernementaux et des infrastructures clés, attaquant l’aéroport et prenant le contrôle du port. Ils ont également libéré environ 4 000 détenus de deux prisons. Ariel Henry, qui reste bloqué à Porto Rico et ne peut pas rentrer en raison de la situation sécuritaire, s’est engagé à démissionner dès qu’un conseil présidentiel serait formé.

Vue de Port-au-Prince © Philippe Verseils pour Défap

Ce conseil présidentiel de transition espère désormais rétablir le calme. Il est censé nommer un nouveau Premier ministre par intérim et ouvrir la voie à des élections, qui n’ont pas eu lieu depuis 2016. Face à l’opposition de la justice kenyane et de certains Haïtiens, le déploiement de la mission d’assistance à la sécurité autorisée par l’ONU reste incertain. Mais alors que les gangs menacent de s’emparer de la présidence, nombreux sont ceux qui estiment qu’il n’y a pas d’alternative.

Comment aider ?

Depuis longtemps, ce sont les Églises qui tentent de pallier les carences de l’État en matière d’action sociale, d’éducation, de protection de l’environnement : autant d’actions cruciales pour Haïti où la profonde crise que traverse le pays frappe d’autant plus durement les plus fragiles. Et c’est en soutenant les institutions liées à ces Églises qu’il est possible d’aider malgré tout. Elles-mêmes ne sont pas à l’abri des pénuries et de la violence, mais elles se consacrent avec dévouement à semer des graines d’espérance. Le soutien de partenaires étrangers est pour elles nécessaire. Ainsi, la Mission Biblique développe sur place des projets sociaux, d’enseignement et de santé en partenariat avec l’UEBH (l’Union Évangélique Baptiste d’Haïti). Avec le soutien du Défap, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (la FEPH), à travers son réseau de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation de 300.000 enfants – un enjeu majeur pour la formation des futurs citoyens, alors que du fait de la mauvaise qualité de l’enseignement public, l’analphabétisme concerne près de 4 Haïtiens sur 10.

La scolarisation des enfants se poursuit, dans des conditions précaires © FEPH pour Défap

Ce qui relie ces acteurs, c’est la Plateforme Haïti, mise en place par la Fédération protestante de France en lien avec celle d’Haïti, et coordonnée par le Défap. Elle permet un partage d’informations, des actions en commun, des récoltes de fonds pour les projets en cours sur place… La Mission biblique en est membre, mais aussi la Fondation La Cause pour les orphelinats, ou encore le SEL.

Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




Six projets solidaires à soutenir en 2024

Aider au dialogue des cultures et des religions, soutenir la lutte contre la désertification en Tunisie, favoriser l’insertion socio-professionnelle de jeunes sans emploi à à Djibouti, fournir de l’énergie verte à une ferme-école ou favoriser l’autonomie alimentaire de Bangui : tels sont quelques-uns des projets du Défap que vous pouvez choisir de soutenir à travers l’édition 2024 du carnet de solidarité de l’UEPAL.

Vue du carnet de solidarité 2024 de l’UEPAL © UEPAL

Chaque année, l’UEPAL (Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine), l’une des trois Églises membres du Défap, diffuse son « carnet de solidarité » : une publication mettant en avant des projets humanitaires portés par des partenaires chrétiens, que vous pouvez consulter ici ou en cliquant sur l’image d’ouverture de cet article. Grâce au formulaire de dons accompagnant ce carnet, il est possible d’apporter son soutien à l’un ou l’autre projet. Cette année, ce sont six projets du Défap qui sont ainsi présentés par l’UEPAL :

République Démocratique du Congo : renforcer la place de la femme dans les Églises

Remise de diplômes à l’ULPGL© ULPGL

Bien que très impliquées dans les Églises en RDC, les femmes y restent pour l’essentiel cantonnées à des postes subalternes. Or les Églises ne peuvent être crédibles comme acteurs de changement au sein de la société congolaise, sans se transformer elles-mêmes. L’un des facteurs de cette sous-reconnaissance du rôle des femmes dans leurs communautés ecclésiales tient à leur difficulté d’accéder à une formation théologique.

Le Défap propose donc des bourses pour permettre à des jeunes femmes de poursuivre des études supérieures en théologie à l’Université Libre du Pays des Grands Lacs de Bukavu, de manière à former de futurs cadres de l’Église du Christ au Congo (ECC), principale dénomination protestante en RDC. Il s’agit d’un accompagnement durable qui vise à faire évoluer les mentalités non seulement dans les Églises, mais au-delà, dans la société congolaise de cette région du Kivu.

Plus d’informations sur ce projet ici.

République centrafricaine : des jardins pour nourrir Bangui

Rodolphe Gozegba dans un lopin de terre cultivé à Bangui grâce à l’association A9. © Rodolphe Gozegba

En République centrafricaine, la guerre et les défaillances de l’État entretiennent pauvreté et famine. La situation est particulièrement difficile à Bangui, qui dépend pour son approvisionnement de quelques routes, dont la principale a été coupée plusieurs semaines début 2021 par une offensive rebelle. Si le gouvernement centrafricain a réussi à reprendre depuis 2 ans le contrôle d’une grande partie du territoire, c’est un succès qui reste fragile.

Pour favoriser l’autonomie alimentaire de Bangui, l’association A9, portée par un ancien boursier du Défap, Rodolphe Gozegba, a lancé un projet de culture de lopins de terre inexploités dans la capitale. Pour cela, A9 distribue graines, outils, et assure un suivi des participants : 400 familles du 6ème arrondissement, avec des résultats déjà très encourageants.

Plus d’informations ici.

Djibouti : favoriser l’insertion sociale de jeunes sans emploi

Bénéficiaires des formations fournies par l’Église protestante évangélique de Djibouti © EPED

À Djibouti, l’islam est religion d’État. La liberté religieuse est garantie par la constitution, mais le prosélytisme est découragé par les autorités. Officiellement, le protestantisme est exclusivement représenté par l’Eped (Église protestante de Djibouti). Une petite Église qui bénéficie néanmoins d’une très bonne image au sein de la société djiboutienne : elle la doit notamment à son centre de formation.

Son rôle social et d’aide à l’intégration sur le marché du travail a su acquérir au fil des années une très bonne reconnaissance de la part des autorités. Il fournit des formations à de jeunes adultes handicapés, à des jeunes sans emploi, dans des domaines comme la couture, le secrétariat, les techniques liées à l’énergie solaire… Les postes de l’administrateur et du directeur de ce centre sont tous deux financés directement par le Défap.

Plus d’informations ici, ici et .

Tunisie : Promouvoir l’agriculture environnementale

Un exemple des actions de l’ATAE en Tunisie : l’accompagnement de cinq familles d’agriculteurs dans la région de Bizerte sur la tenue de leurs oliveraies © ATAE

La Tunisie est l’un des pays les plus exposés au risque de désertification, le réchauffement climatique étant aggravé par des techniques agricoles inadaptées, avec une perte de 15 000 ha/an de terres cultivables. Pour rendre leur fertilité à des terres apparemment perdues, l’Association Tunisienne d’Agriculture Environnementale (ATAE) propose à un réseau d’agriculteurs des formations pratiques sur des procédés écologiques de fertilisation et de culture.

Elle est directement issue de l’expérience de l’association Abel Granier, pionnière en la matière : le pasteur Abel Granier avait été le premier à réhabiliter entièrement une ferme en zone semi-aride. Aujourd’hui, l’ATAE a mis en place un programme de ferme pédagogique, pour permettre aux agriculteurs de son réseau et ayant suivi ses formations de vivre et travailler selon ces principes. Elle bénéficie d’un soutien direct du Défap et de l’envoi de volontaires.

Plus d’informations sur ce projet ici.

Maroc : Al Mowafaqa : faire dialoguer les cultures et les religions

Étudiants de la 4ème promotion de licence/DUET à l’Institut Al Mowafaqa (mai 2023) © Al Mowafaqa

La montée des tensions sur fond de radicalisations religieuses illustre chaque jour la nécessité d’entretenir le dialogue interreligieux. Mais comment dialoguer sans connaître l’autre, ce qui fonde sa foi ? Les questions fondamentales sont les mêmes de l’Afrique à l’Europe, même si les enjeux géopolitiques diffèrent.

Un organisme unique, l’institut œcuménique de théologie Al Mowafaqa (mot qui signifie «l’accord»), centre de formation religieuse installé à Rabat, au Maroc, se consacre entièrement à cette problématique du dialogue interculturel et interreligieux. C’est à la fois un lieu d’enseignement, de réflexion et de brassage interculturel, avec des étudiants dont beaucoup viennent d’Afrique subsaharienne, mais qui peuvent venir aussi d’Europe : il est soutenu par le Défap, à la fois par un financement direct et par l’envoi de boursiers. Pour cette année 2024, ce sont deux étudiantes venues d’Alsace qui en bénéficient.

Plus d’informations ici.

Togo : de l’énergie verte pour une ferme-école

Photo de cultures soutenues par le Secaar © Secaar

Engagé depuis des années dans des projets visant à la sauvegarde de la création, le Défap s’est aussi lancé dans une démarche de réduction de son empreinte écologique. Avec deux volets : un objectif de diminution de ses émissions de gaz à effet de serre de -60% d’ici 2050 (par rapport à 2021) ; et une « compensation » des émissions restantes par le soutien à des activités contribuant à réduire les gaz à effet de serre. Pour cela, le Défap soutient chaque année un projet labellisé « compensation carbone ».

Pour 2024, il s’agit d’équiper une des fermes-écoles du Secaar (Service chrétien d’appui à l’animation rurale, partenaire du Défap) d’un système de pompage solaire, pour remplacer l’actuelle motopompe qui pourvoit à ses besoins en eau, notamment en période de sécheresse. Cette ferme-école pourra ainsi compter sur une source d’énergie propre, responsable et moins coûteuse.




Journée internationale du volontariat : le pouvoir de l’action collective

La Journée internationale des Volontaires (JIV), organisée chaque 5 décembre, est placée en cette année 2023 sous le thème : #IfEveryoneDid. Si tout le monde s’engageait… le monde serait meilleur. Une utopie ? Depuis des années, le rôle crucial des volontaires internationaux en faveur de la paix, en faveur d’une meilleure compréhension entre les peuples, pour améliorer la résilience des sociétés face aux crises, est mis en avant par l’Onu. Ainsi que par les plateformes et collectifs avec lesquels le Défap est en lien, et qui œuvrent dans le domaine du volontariat, comme France Volontaires ou le CLONG Volontariat. À partir de ce 5 décembre et jusqu’à Noël, vous pourrez retrouver sur le site du Défap une série de témoignages de nos volontaires qui, chacune et chacun à sa manière, contribuent à construire un monde plus solidaire. Et ne manquez pas, le 17 décembre sur Fréquence protestante, l’émission « Courrier de mission », qui vous présentera les regards croisés de trois envoyés du Défap sur l’Égypte.

#IfEveryoneDid, thème de la Journée internationale des Volontaires 2023 © unv.org

Chaque année, le 5 décembre est l’occasion de rendre hommage aux volontaires du monde entier et de reconnaître la valeur du volontariat dans la promotion de la paix et du développement. Cette date est celle de la Journée internationale des Volontaires : elle a été choisie par les Nations Unies en 1985, avec l’idée de sensibiliser le public dans tous les pays, et de susciter les engagements. Cet intérêt affiché par l’Onu ne s’est jamais démenti : en 1997, l’Assemblée générale avait ainsi proclamé 2001 « Année internationale des volontaires ». Et à partir de 2011, les célébrations du dixième anniversaire de cette année spéciale ont donné lieu à des opérations de communication à grande échelle coordonnées par l’Onu, poursuivies les années suivantes et déclinées dès lors sous des thématiques mettant en avant l’impact positif du volontariat dans le monde. Pour 2012, c’était « Célébrer le volontariat » ; 2013 a permis de rendre un hommage particulier à la contribution des jeunes volontaires à la paix mondiale et au développement humain ; la Journée internationale du volontariat 2018 a mis en avant le rôle du volontariat pour améliorer la résilience des communautés face aux catastrophes naturelles, aux tensions économiques et aux chocs politiques…

L’année 2023 met en avant le pouvoir de l’action collective, à travers ce mot d’ordre : « If everyone did »… Les inégalités croissantes dans le monde incitent à coopérer pour trouver des solutions communes. Les volontaires, réunis par la solidarité, par leur action au quotidien, élaborent des solutions aux défis du développement et pour le bien commun. La manière dont ils et elles contribuent à un monde plus solidaire a été soulignée dès décembre 2014 par le Secrétaire général des Nations unies, qui dans son rapport de synthèse évoquait leur action comme « un levier puissant et transversal de la mise en œuvre des Objectifs de développement durable ». Le volontariat de solidarité internationale (VSI) est une force à ne pas négliger : chaque année, ce sont ainsi 2000 volontaires qui partent sous statut VSI par le biais d’une trentaine d’associations agréées. Si l’on y ajoute d’autres statuts que celui de VSI, ce sont 10.000 personnes qui partent à l’étranger pour agir dans le domaine de la solidarité internationale. Et le développement de la réciprocité dans le volontariat international permet aussi de nourrir des relations plus équilibrées, des liens de coopération et de solidarité entre les pays plus solides et harmonieux.

Un travail en réseau

Session 2023 de la formation des envoyés du Défap © Défap

 

Des valeurs que le Défap porte aussi à travers ses envoyés et à travers sa participation à la plateforme France Volontaires, ou au CLONG Volontariat (Comité de Liaison des ONG de Volontariat). Le travail du Défap est un travail en réseau : qu’il ait lieu en France ou à l’étranger, il ne peut exister que grâce aux liens noués et entretenus avec de nombreux partenaires. Des Églises, tout d’abord, puisqu’entretenir des relations entre communautés protestantes au près comme au loin est la vocation première du Service protestant de mission ; un riche milieu associatif, ensuite, puisque ces relations ne peuvent exister sans que se développent des actions et des projets en commun – et que ces projets relèvent souvent de l’éducation, du développement ou de la santé ; les pouvoirs publics, enfin, qui fixent le cadre nécessaire à ces relations et ces partenariats, et définissent les statuts des personnes amenées à travailler à l’étranger. Dans ce cadre, le Défap est un acteur à part entière de la solidarité internationale, à l’expertise reconnue, et membre de diverses plateformes au sein desquelles il travaille en commun avec des ONG dont les problématiques recoupent les siennes.

À partir de ce 5 décembre, vous pourrez donc écouter régulièrement sur le site du Défap des témoignages de nos volontaires. Vous pouvez déjà retrouver ci-dessous ceux de Nicolas, volontaire en Afrique du Sud ; de Pierre, à Djibouti ; de Stefanie et de « Ben », en Tunisie… Prochain épisode : rendez-vous avec Magda, service civique venue d’Égypte et accueillie en France, qui a effectué une mission de service civique chez les Diaconesses de Strasbourg.

Et pour aller plus loin, réécoutez cette émission du Défap diffusée sur Fréquence protestante, et consacrée au recrutement et au suivi des volontaires : Anne-Sophie Macor, responsable du service RSI (Relations et Solidarité internationale) y évoque, au micro de Guylène Dubois, le parcours des « envoyés » du Défap, depuis le premier contact jusqu’à la fin de leur mission.
 

Gros plan sur les volontaires du Défap : rencontre avec Anne-Sophie Macor, émission présentée par Guylène Dubois

Courrier de Mission
Émission du 17 septembre 2023 sur Fréquence Protestante



L’Église luthérienne de Centrafrique : 100 ans, et un rôle social toujours essentiel

L’Église évangélique luthérienne de République centrafricaine a célébré en novembre 2023 les 100 ans de l’arrivée des premiers missionnaires de la Sudan Mission. Cette Église, premier partenaire du Défap dans ce pays, regroupe aujourd’hui 125.000 membres répartis dans sept régions. Surtout, elle a un rôle essentiel dans un pays qui peine à se relever de décennies de conflits, où l’insécurité reste persistante, et où les services de base sont quasi-inexistants en-dehors de Bangui.

Photo prise lors des célébrations du centenaire de l’EELRCA © DR

Si des évêques de l’Église luthérienne du Cameroun figurent sur cette photo de famille, ce n’est pas un hasard : longtemps, l’Église luthérienne de Centrafrique et celle du Cameroun ont été une seule et même Église. Une histoire commune qui remonte à l’arrivée des premiers missionnaires américains de la Sudan Mission (aujourd’hui ELCA) en 1923 à Ngaoundéré. Et c’est encore à Ngaoundéré qu’est née officiellement, le 20 décembre 1960, l’Église évangélique luthérienne du Cameroun et de la République centrafricaine (EELCRCA). Ce n’est qu’au cours de l’année 1973 que la partie centrafricaine de l’EELCRCA est devenue une Église nationale, la partie camerounaise conservant le nom d’Église évangélique luthérienne du Cameroun (EELC).

Ce cliché a été pris au mois de novembre 2023, en pleine célébration du centenaire de l’EEL-RCA ; au premier plan, portant des lunettes de soleil, on peut reconnaître Annelise Deiss, qui représentait le Défap. L’Église évangélique luthérienne de République centrafricaine est en effet le premier partenaire du Défap dans ce pays, où se trouve aussi une Église membre de la Cevaa, l’Église protestante Christ-Roi de Centrafrique, qui a bénéficié plusieurs années d’un accompagnement pastoral. Le thème des célébrations de ce centenaire, qui se sont tenues du 6 au 12 novembre, était : « 100 ans d’évangélisation en paroles et en actes », tiré de Matthieu 28 : 19-20. Les festivités ont été marquées par une conférence sur l’histoire de l’Église, par des visites de sites, des cultes à Bouar, Abba et Baboua ; ainsi que par une exposition et une caravane organisées dans la ville de Bouar… Mais le fait le plus significatif est peut-être, en prélude à l’arrivée de la délégation camerounaise, la mise à la disposition de la population présente à Gallo et Bohong d’une équipe médicale venue du Cameroun. Les besoins sont en effet criants, et l’EEL-RCA y consacre une grande partie de ses activités. Quand on interroge le Révérend Joseph Ngoé, président de l’Église, sur ses priorités, il évoque « la réconciliation, la fourniture de soins de santé et d’éducation à la population, et le soutien particulier à ceux qui vivent dans les zones rurales pour faire face à la pauvreté ».

Écoles, centres de santé, projets générateurs de revenus…

Photo prise lors des célébrations du centenaire de l’EELRCA © DR

La République centrafricaine fait partie des pays les plus pauvres du monde. Elle se classe tout en bas des indices mondiaux du capital humain et de développement humain, à la 188ème place sur 191. Environ 71% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté international (c’est-à-dire avec moins de 1,90 dollar par jour). Le sous-sol est riche en ressources naturelles, mais ce qui pourrait être une opportunité est plutôt devenu une malédiction pour ce pays. La RCA a connu dernièrement plus de deux décennies de crises, les oppositions politiques ayant des répercussions sur les relations entre communautés et entre religions, au point que la prise de pouvoir par la Séléka en 2013 a laissé craindre un affrontement généralisé entre chrétiens (largement majoritaires dans le pays) et musulmans, plutôt présents dans le Nord-Est, près de la frontière avec le Tchad et le Soudan voisins. Des responsables religieux ont dû longtemps œuvrer à l’apaisement, à l’instar des trois « saints de Bangui » : le révérend Nicolas Guerekoyame-Gbangou, pasteur de l’Église évangélique Elim Bangui-M’Poko et représentant du protestantisme, Mgr Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui et représentant du catholicisme, et l’imam Omar Kobine Layama, président de la conférence islamique. Mais la paix est loin d’être revenue et la dernière crise a été déclenchée par une coalition de rebelles en décembre 2020. Longtemps, le gouvernement de Bangui n’a contrôlé de fait qu’une infime partie du pays, le reste étant mis en coupe réglée par des groupes insurgés. Aujourd’hui, il est largement dépendant pour assurer la sécurité de soutiens militaires étrangers, venus de la Russie (le groupe Wagner) et du Rwanda ; les forces françaises se sont retirées depuis 2016. Le pays compte aussi sur son sol une Force de maintien de la paix de l’Onu, la MINUSCA, présente depuis avril 2014 et qui mobilise plus de 17.000 personnes.

Photo prise lors des célébrations du centenaire de l’EELRCA © DR

Après des décennies de guerres et de crises, l’insécurité reste le premier problème de la population, et il n’est pas rare que des attaques de groupes rebelles entraînent de nouveau des exodes d’habitants fuyant les violences en abandonnant leurs habitations et leurs champs. Les infrastructures sont détruites, les services de base à peu près inexistants en-dehors de la capitale, et les Églises font partie des rares institutions à rester debout et à faire fonctionner des écoles, des dispensaires, ou à venir en aide aux plus démunis. C’est le cas de l’EELRCA, présente surtout dans la partie Ouest du pays, où elle regroupe 125.000 membres répartis dans sept régions, à travers 544 « congrégations » (paroisses) ; elle compte 74 pasteurs et 540 « catéchistes diplômés ». Elle est en lien plutôt avec des partenaires américains (ELCA) mais a entretenu aussi pendant de longues années des relations avec les protestants de France via la Colureum (Commission luthérienne des relations avec les Églises d’outre-mer), aujourd’hui intégrée au Défap.

Ce rôle social essentiel, le Révérend Joseph Ngoé a tenu à le rappeler dans un entretien publié par la Fédération luthérienne mondiale à l’occasion du centenaire de l’EEL-RCA. L’Église luthérienne de Centrafrique, a-t-il souligné, « contribue énormément au développement du pays dans les domaines de l’éducation, de la santé, des infrastructures pour l’approvisionnement en eau, des projets générateurs de revenus et dans le domaine agricole. Par exemple, nous avons mis 30 écoles primaires à la disposition des populations de certains villages des sous-préfectures d’Abba, Baboua, Bouar et Bocaranga, dans des zones où le gouvernement n’est pas en mesure d’intervenir. Nous comptons au total près de 5700 élèves pour l’année scolaire 2022-2023 (…) Dans le domaine de la santé, il existe deux centres de santé : à Bohong (à 70 km de Bouar sur la route de Bocaranga) et au Centre de Santé Emmanuel (à 60 km de Bouar sur la route de Baboua). »

Retrouvez ci-dessous une présentation en vidéo de l’EEL-RCA :