« La mission de l’Église est de monter franchement dans la barque »

Dans son message d’ouverture du dixième Synode national de l’Église protestante unie de France, la pasteure Emmanuelle Seyboldt, revenant sur les défis auxquels les Églises et la société dans son ensemble sont confrontés – sécularisation, perte de crédibilité des institutions, érosion des structures sociales par la mondialisation – a voulu transmettre un message d’espérance. Une perspective qui devrait se retrouver dans les deux documents qui seront proposés au débat, puis au vote : la Charte pour une Église de témoins, et les objectifs stratégiques.

Emmanuelle Seyboldt au synode national de l’EPUdF à Mazamet © EPUdF

Les protestants en France, entend-on parfois du côté des sociologues, c’est, en gros, 3% de la population ; soit environ 2 millions de personnes. Une minorité, donc. Qui plus est, traversée de nombreuses lignes de failles, qu’elles soient sociologiques ou théologiques ; avec des préoccupations très diverses, des manières de prier, d’exprimer leur foi, de concevoir leur rapport à la société, qui diffèrent beaucoup d’une Église à une autre. Certaines sont de très petites communautés ; d’autres comptent des centaines de milliers de fidèles. À ce titre, l’Église protestante unie de France, née en 2012 de l’union de l’Église réformée de France et de l’Église évangélique luthérienne de France, est numériquement la plus importante, avec environ un millier d’Églises locales et 250.000 membres. Son synode national, qui se tient à Mazamet jusqu’au dimanche 29 mai, suscite l’intérêt au-delà du milieu de protestantisme ; La Croix lui a consacré un article et la radio RCF une émission spéciale – et elle couvre l’événement en direct. Il faut dire que les enjeux des débats sont cruciaux : « Mission de l’Église et ministères ». Un titre qui entre en forte résonance avec les préoccupations du Défap ; d’autant que le thème de la mission est aussi présent, au même moment, bien que de manière peut-être moins appuyée, au synode d’une autre Église membre du Service protestant de mission : l’Unepref.

Si le thème est aussi fondamental, c’est parce que la société évolue à marche forcée, poussant dans leurs retranchements des protestants luthéro-réformés traditionnellement discrets dans leur manière de témoigner de leur foi. Et qui peuvent se sentir bousculés par la croissance d’Églises évangéliques plus confessantes. Dans une société française fortement sécularisée, où les Églises sont globalement en perte d’influence, les sociologues notent une érosion du nombre de ceux qui se revendiquent d’une appartenance ecclésiale, avec l’apparition de phénomènes opposés. Il y a d’un côté ceux que ces mêmes sociologues baptisent les « non-vertis » : des personnes qui ont été socialisées dans une religion, et qui la quittent (par opposition au terme de convertis). Ainsi en France, seuls 26% des jeunes adultes se déclarent chrétiens. Mais parallèlement à cet affaiblissement de l’appartenance institutionnelle, à cette baisse d’influence de la régulation institutionnelle, sociale par la religion, on note une explosion de la religiosité. Conséquence paradoxale : se dire chrétien aujourd’hui, en Europe et en France, c’est une posture qui se fait plus rare… mais qui est plus assumée. Une tendance que le sociologue Jean-Paul Willaime décrit comme une forme « d’évangélicalisation sociologique du christianisme »… et partiellement détachée des institutions, puisqu’il note parallèlement « une certaine transconfessionnalisation du christianisme : des hybridations réciproques, l’émergence d’un christianisme transconfessionnel, qui cherche à dépasser le christianisme institutionnel à travers un christianisme plus personnel ».

« En tous temps et en tous lieux, les chrétiens se demandent comment vivre et témoigner de Jésus-Christ »

Le synode national de l’EPUdF à Mazamet © EPUdF

Comment peut se positionner une Église comme l’EPUdF ? Comme n’a pas manqué de souligner la présidente du Conseil national de l’EPUdF, Emmanuelle Seyboldt, dans son message d’ouverture à Mazamet, les défis ne sont pas forcément aussi nouveaux qu’ils le paraissent. Revenant sur un autre synode national qui s’était tenu également à Mazamet, celui de l’Église réformée de France, en 1947, elle a cité Marc Boegner qui évoquait alors le manque de pasteurs, l’inégalité de répartition des paroisses vacantes « au risque d’une rupture de solidarité entre les régions », la « désertion du culte, en particulier dans de nombreuses paroisses de campagne ». Et le même Marc Boegner soulignait :  » Notre Église souffre d’une hémorragie à quoi nous n’avons pas encore trouvé le remède. Cependant, Messieurs, d’autres signes, non moins visibles, parlent d’une vie qui résiste à l’assaut des forces de mort, d’une Église qui reprend peu à peu conscience de sa vraie vocation et de la seule force qui peut l’aider à y être fidèle ».

Un peu plus loin dans son message d’ouverture, Emmanuelle Seyboldt poursuit : « En tous temps et en tous lieux, les chrétiens se demandent comment vivre et témoigner de Jésus-Christ. Chaque époque présente des défis particuliers, des dangers, des risques, des tentations aussi (…) Aujourd’hui, nous pouvons ajouter aussi quelques défis auxquels les Églises et finalement tous nos contemporains sont confrontés : la sécularisation, la perte de crédibilité des institutions et de la parole d’une manière générale, la fin de la transmission familiale, l’éclatement de la société en microbulles sous la pression de la mondialisation, la méfiance généralisée et bien sûr le défi écologique et les conversions qu’il suppose dans notre manière de vivre, et ses conséquences, notamment les déplacements de population à venir. Alors, quelle est la mission de l’Église aujourd’hui ? » Et citant la traversée du lac de Tibériade par Jésus et ses disciples relatée au chapitre 4 de l’Évangile de Marc, Emmanuelle Seyboldt conclut : « Peut-être qu’aujourd’hui la mission de l’Église est de monter franchement dans la barque et de passer sur l’autre rive, dans le chaos du monde. Et comme ministres, on chercherait des hommes et des femmes de toutes sortes, venus de partout, qui n’ont pas le mal de mer et ne craignent pas la compagnie des vociférants. Je ne sais pas comment on pourrait appeler ces nouvelles formes de ministères, des colporteurs ou des témoins ? Pourtant je sais que c’est là que le Seigneur nous attend. »

Une perspective qui devrait se retrouver dans les deux documents qui seront proposés au débat, puis au vote : la Charte pour une Église de témoins, texte d’encouragement et de partage de convictions sur la mission de l’Église et les ministères ; et les objectifs stratégiques, définissant de grands domaines de travail et d’orientations, à partir desquels des propositions concrètes feront l’objet de la suite de la consultation synodale (en 2023-2024). La Charte devrait s’organiser autour de quatre points : affirmer la vocation de témoins de celles et ceux qui vivent l’Église, dans la lignée de « l’Église de témoins » qu’appelait de ses voeux Laurent Schlumberger ; réaffirmer le besoin de la rencontre et du partage face aux risques de repli ; insister sur la joie de la vie en Christ ; rappeler que la mission est d’abord un projet de Dieu, dans lequel viennent s’inscrire les chrétiens. Quant aux objectifs stratégiques, ils devraient tourner également autour de quatre axes : l’approfondissement de la foi, la connaissance des besoins dans notre société, des projets de vie des paroisses plus centrés sur la mission, et une réflexion sur les ministères utiles pour atteindre de tels objectifs.

 
La mission en débat à l’EPUdF : le dossier
 – le PDF «Mission de l’Église et Ministères»
la lettre d’accompagnement d’Emmanuelle Seyboldt
 
L’avancée des réflexions au Défap
 – Le Défap et les «jeudis de la mission»
Colloque du Défap : un moment charnière sur le chemin de la refondation
Refonder la mission
Vivre et Partager l’Évangile
«La mission de partout vers partout : les temps sont-ils mûrs ?»
Un défi à relever…
«L’interculturalité est un voyage, et souvent, on ne voit pas le chemin»
Une réflexion sur «les fruits du Défap»
Les fruits de la mission
«Être en mission est une grâce»
«Une réflexion refondatrice» pour «une vision et une action renouvelées»



Une nouvelle saison pour l’Unepref

Le synode national de l’Union des Églises protestantes réformées évangéliques de France (Unepref), l’une des trois Églises constitutives du Défap, se tient les 26 et 27 mai à Alès, dans le Gard ; il verra la fin de la présidence assurée depuis 10 ans par le pasteur Jean-Raymond Stauffacher, futur Secrétaire général de la Fédération Protestante de France, ainsi que le renouvellement de l’administrateur, Gérard Kurz. Le vote de renouvellement des équipes des commissions et coordinations occupera une place importante dans ce synode dit à « élections ».

Le temple d’Alès, où se tiendra le synode national de l’Unepref © Unepref

Le synode national de l’Unepref, qui se tient en cette année 2022 au temple d’Alès, les 26 et 27 mai, est placé sous le thème : « Nous avons vu les œuvres de Dieu » (Éphésiens 2:10). Il s’agira de retracer et de mettre en récit le chemin parcouru durant ces dix dernières années qui correspondent à une saison de réforme du fonctionnement de l’Union d’Églises. La journée du 26 mai tournera ainsi largement autour du rapport de synthèse sur ces dix ans donné par le pasteur Jean-Raymond Stauffacher, actuel président de l’Unepref. En effet, l’Union des Églises protestantes réformées évangéliques a considérablement fait évoluer sa structure en abandonnant une structuration en région pour une structuration nationale. L’objectif étant de favoriser le développement d’une dynamique allant du bas vers le haut plutôt que l’inverse. L’Union d’Églises est actuellement administrée par trois Commissions : Commission Permanente (exécutif de l’Union), Commission des Finances (gestion des charges communes et salaires) et Commission des Ministères (recrutement et accompagnement des pasteurs et diacres nationaux). Le synode se réunit désormais une fois par an et chaque Église y est représentée, ce qui favorise un processus décisionnel plus direct.

Ont également été mis en place trois coordinations qui ont pour but d’animer les Églises autour de trois dynamiques perçues comme essentielles : le soutien de la vie des Églises locales, la formation et l’engagement missionnel. Ainsi, la Coordination Vocation aide les Églises à discerner, formuler et vivre leurs engagements dans la société, la Coordination Édification les assiste dans l’enseignement biblique et la formation de disciple et la Coordination Mission soutient les actions de témoignage. Les Coordinations ont pour but de mettre en place un accompagnement responsabilisant les Églises et encourageant les initiatives locales, avec le soutien des visiteurs fraternels et de groupes de travails. Ce « pas en avant » a permis des avancées mais a aussi ouvert à certains effets qu’il convient d’évaluer et d’analyser.

L’organisation de l’Unepref © Unepref

Changement de cycle

Enfin, ce synode équivaut à la fin d’un cycle avec la fin de la présidence assumée depuis 2012 par le pasteur Jean-Raymond Stauffacher, qui prendra ses fonctions de nouveau secrétaire général de la Fédération protestante de France le 1er juillet, succédant à à Georges Michel, et le renouvellement de l’administrateur, Gérard Kurz. Le vote de renouvellement des équipes des commissions et coordinations occupera une place importante dans ce synode dit à « élections ». Ces deux jours seront aussi marqués par la reconnaissance de ministère de deux pasteurs et par les prises de parole d’invités internationaux.

Ce synode se tiendra juste avant la 4ème convention nationale de l’Unepref : un événement qui aura lieu les 28 et 29 mai au centre chrétien de Gagnières, avec l’installation d’un « village missionnaire » avec de nombreuses animations et des invités comme le Suisse Alain Auderset, artiste chrétien engagé dans ses albums de BD comme sur la scène, ou le collectif de louange Tehillah :
 




Mission de l’Église et ministères au menu du synode national de l’EPUdF

Le dixième Synode national de l’Église protestante unie de France se tiendra du Jeudi 26 mai au dimanche 29 mai 2022 à Mazamet. Il verra la poursuite des réflexions engagées sur le thème « Mission de l’Église et ministères ». Avec des enjeux cruciaux : quelle mission pour l’Église de demain ? Sous quelle forme ? Quelles relations entre mission au près et au loin ?

Le synode national de l’EPUdF à Sète en 2021 © Défap

Neuf ans après la création de l’Église protestante unie de France, la paroisse protestante de Mazamet, dans le Tarn, reçoit du 26 au 29 mai le Synode national. Sylvie Franchet d’Espérey, modératrice de cette session synodale 2022, accueillera les 200 délégués des neuf régions de l’EPUdF et des invités de France et d’Europe. Elle conduira leurs travaux, nourris par les divers rapports sur la vie matérielle et spirituelle de l’Église protestante unie de France. La présidente du Conseil national, la pasteure Emmanuelle Seyboldt, donnera son message au Synode le jeudi 26 mai à 18h45. Le culte final le dimanche 29 mai à 11 heures accueillera les nouveaux pasteurs reconnus dans leur ministère durant l’année.

Le Conseil national de l’Église a initié un processus synodal sur plusieurs années (2021-2024) intitulé « Mission de l’Église et ministères ». Pour cette session 2022, le Synode national devra discerner une vision globale et de grandes orientations à partir des contributions des synodes régionaux et des travaux des Églises locales en 2021. Pour cela, deux documents sont proposés au débat, puis au vote : la Charte pour une Église de témoins, texte d’encouragement et de partage de convictions sur la mission de l’Église et les ministères ; et les objectifs stratégiques, définissant de grands domaines de travail et d’orientations, à partir desquels des propositions concrètes feront l’objet de la suite de la consultation synodale (en 2023-2024).

Au Défap, une réflexion engagée depuis mars 2018

Les questions sur la mission, tous les organismes missionnaires y sont aujourd’hui confrontés, dans un temps qui connaît des évolutions de plus en plus rapides et de grande ampleur. Et ce qui est vrai des organismes missionnaires l’est tout autant des Églises elles-mêmes – et au sein du monde protestant, c’est tout particulièrement vrai des Églises dites «historiques». En témoignait l’an dernier le numéro 80 de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, qui s’est associée depuis à la revue Foi & Vie : ce numéro de PM s’attachait précisément aux questionnements auxquelles la mission fait face dans le contexte européen.

Au Défap, la réflexion est engagée depuis mars 2018, lorsque son président, Joël Dautheville, avait lancé un appel en faveur d’une dynamique refondatrice dans son message à l’ouverture de l’Assemblée générale. Une réflexion qui ne peut bien sûr être indépendante de celle des Églises constituant le Service Protestant de Mission. Mais en la matière, chacune avance en fonction de son propre contexte, de sa propre histoire et au rythme de ses propres instances. En octobre 2019, le colloque organisé au 102 boulevard Arago «Vers une nouvelle économie de la mission : parole aux Églises» avait permis de réunir les présidents des trois Églises constitutives du Défap : l’EPUdF, l’UEPAL et l’Unepref. Il s’était traduit par des échanges très riches au cours desquels s’étaient exprimées les diverses conceptions de la mission, et les diverses attentes vis-à-vis du Défap.

La mission en débat à l’EPUdF : le dossier
 – le PDF «Mission de l’Église et Ministères»
 – la lettre d’accompagnement d’Emmanuelle Seyboldt
L’avancée des réflexions au Défap
 – Le Défap et les «jeudis de la mission»
 – Colloque du Défap : un moment charnière sur le chemin de la refondation
 – Refonder la mission
 – Vivre et Partager l’Évangile
 – «La mission de partout vers partout : les temps sont-ils mûrs ?»
 – Un défi à relever…
 – «L’interculturalité est un voyage, et souvent, on ne voit pas le chemin»
 – Une réflexion sur «les fruits du Défap»
 – Les fruits de la mission
 – «Être en mission est une grâce»
 – «Une réflexion refondatrice» pour «une vision et une action renouvelées»



Sauvegarde de la création : inventer de nouveaux modèles

Innover face aux défis tant humains qu’écologiques que posent les grands enjeux actuels, c’est ce que fait le Secaar, organisation au service du développement holistique, qui regroupe aujourd’hui 19 Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, et dont le Défap est membre fondateur.

Visite du Défap à la mairie d’Agbelouvé, que le Secaar accompagne pour des projets locaux

Entre le Défap et le Secaar (Service chrétien d’appui à l’animation rurale), les relations sont déjà anciennes : elles datent de 1988, année de la création du Secaar, à laquelle le Défap a pris part. Depuis lors, le Défap participe régulièrement à l’action de ce réseau d’Églises (19 Églises) et d’organisations engagées dans le développement et la sauvegarde de la création, à travers ses envoyés. Un constat qu’a permis de vérifier la mission organisée en mars 2022 au Togo et au Bénin par la responsable des envoyés du Défap. Actuellement, la collaboration avec le Secaar se renforce à travers le suivi de ces envois de volontaires qui ont repris depuis la rentrée 2021.

Présent dans une douzaine de pays, ayant son siège à Lausanne, en Suisse, et son secrétariat exécutif à Lomé, au Togo, le Secaar cherche à promouvoir l’être humain dans toutes ses dimensions : spirituelle, sociale et matérielle. Ses actions se déploient selon cinq axes de travail : le développement intégral (considérer l’être humain comme une créature avec des besoins matériels mais également relationnels et spirituels), l’agroécologie (maintenir les équilibres des écosystèmes), le climat et l’environnement (système alimentaire mondial plus juste, avec respect de l’environnement), les droits humains (promotion de la dignité humaine et accès équitable aux ressources), et la gestion de projet (accompagnement et/ou suivi).

Développement rural et compensation carbone

Au centre Dangbo, au Bénin (une structure également accompagnée par le Secaar), plus de 2000 acacias ont été plantés et sont suivis dans le cadre d’un projet de compensation carbone

Lieu d’expérimentation, de formation et accompagnement de structures et de communautés locales, le Secaar ambitionne d’être un réseau qui contribue au développement local. Il est de plus en plus reconnu pour ses compétences et la qualité de son accompagnement. Un rôle qui a trouvé de nouveaux lieux pour s’exprimer au Togo avec la loi « Décentralisation et libertés locales » du 26 juin 2019. Cette loi a mis en place des « collectivités territoriales dotées de la personnalité morale et de l’autonomie financière », qui ont reçu « pour mission la conception, la programmation et l’exécution des actions de développement d’intérêt local de leur ressort territorial, en particulier dans les domaines économique, social et culturel ». Or ces nouvelles collectivités ne sont pas nécessairement encore dotées des compétences nécessaires pour exercer ces nouvelles responsabilités, d’où le besoin de faire appel à des partenaires extérieurs ; et au Togo, comme dans de nombreux pays d’Afrique, les questions de laïcité ne se posent pas dans les mêmes termes qu’en France. C’est ainsi que les Églises peuvent y avoir un rôle reconnu dans le domaine social, dans l’enseignement, la santé, ou le développement rural. Voilà comment le Secaar, organisme chargé du développement et regroupant à la fois des Églises et des ONG, a pu être sollicité pour apporter ses compétences aux nouvelles collectivités…

C’est par exemple le cas à la mairie d’Agbelouvé, dans la préfecture de Zio, à quelques dizaines de kilomètres de la capitale Lomé, où le Secaar participe désormais à la définition de projets locaux, en mettant en avant son approche réconciliant développement, prise en compte des besoins humains dans toutes leurs dimensions et respect de l’environnement. Une collaboration à laquelle a pu participer une envoyée du Défap.

D’autres projets (comme celui d’une ferme-école) pourraient voir d’autres formes de rapprochements – par exemple en lien avec la démarche de compensation carbone dans laquelle s’est engagé le Conseil du Défap. Suivant en cela des initiatives comme celle du centre Dangbo : à un peu moins de 200 km de Lomé, le centre Dangbo est situé, non plus au Togo, mais dans le pays qui le jouxte à l’est, le Bénin. Installé sur un terrain de 7 hectares à une douzaine de kilomètres de Porto Novo, la capitale administrative béninoise, et dirigé depuis 2013 par le pasteur Mathieu Agossou, le centre Dangbo est aujourd’hui reconnu pour ses activités dans les domaines de l’agroécologie et de l’agriculture durable. Sa collaboration avec le Secaar se manifeste entre autres par un échange de pratiques qui permet aujourd’hui à Dangbo de se prévaloir des compétences de centre de formation. Un peu plus de 2000 acacias y ont déjà été plantés suite à un projet de compensation carbone présenté dans le cadre d’une journée missionnaire organisée en 2018 à Aix-en-Provence. Une initiative que les collaborations entre Défap et Secaar pourraient étendre à d’autres partenaires du Secaar.




Rencontre avec Brigitte Djessou, boursière du Défap

Pasteure et enseignante de Nouveau Testament à l’Université Protestante d’Afrique Centrale, Brigitte Djessou est présente pour quelques mois à Paris en tant que boursière du Défap, afin de suivre des cours à l’Institut Protestant de Théologie.

Brigitte Djessou photographiée dans le jardin du Défap © Défap

Quel est votre parcours, et quel est le but de la formation que vous suivez à Paris ?

Brigitte Djessou : Je suis pasteure de l’Église méthodiste unie Côte d’Ivoire (EMU-CI) ; j’ai été consacrée le 30 novembre 2003, et j’ai été affectée à divers postes jusqu’à 2010 et à mon entrée à l’UPAC (Université Protestante d’Afrique Centrale) en 2010, où j’ai fait un Master 2 en Nouveau Testament. En 2011, j’ai intégré l’école doctorale ; et j’ai eu mon doctorat en 2015. Depuis septembre 2017 et jusqu’à aujourd’hui, j’enseigne le Nouveau Testament à l’UPAC. Je suis à Paris dans le cadre d’études post-doctorales – c’est une sorte de formation continue : les méthodes pour enseigner évoluent, de nouveaux outils apparaissent, et en tant qu’enseignant, il est nécessaire de s’adapter. Je suis donc des cours de grec et de théologie à l’IPT (l’Institut Protestant de Théologie) pour me perfectionner. Tünde Lamboley (chargée du suivi des boursiers au Défap) m’a mise en relation avec Valérie Nicolet, Doyenne de la Faculté de Paris de l’IPT, pour établir mon programme.

Qu’est-ce qui caractérise vos cours à l’UPAC ?

La diversité. Nous avons des étudiants de niveaux très différents, venus d’horizons très divers, de pays différents, d’Églises différentes… Certains suivent un cursus à l’UPAC avant d’arriver en Master 2, mais d’autres viennent d’autres institutions… La première chose que je dois faire, c’est mettre tout le monde dans le même bain, vérifier les méthodes ; et rapidement, je demande à chacun de préparer une exégèse à partir de quelques versets en grec tirés du Nouveau Testament, puis de présenter son travail, à tour de rôle, devant tout le groupe. C’est une manière très efficace de confronter les diverses approches, de mettre en parallèle les diverses formations. Et c’est particulièrement enrichissant quand on en arrive à l’herméneutique (l’interprétation des textes bibliques), car c’est dans ce domaine que le poids du contexte dont chacun est issu apparaît le plus.

Quelle est la place des femmes dans l’enseignement à l’UPAC ?

Je suis la seule femme pasteure et théologienne parmi une douzaine d’enseignants. C’est dire s’il y a besoin d’une meilleure reconnaissance du rôle des femmes dans ce domaine ! Et la formation que je suis ici, en France, peut bien sûr y aider. Ce sera d’autant plus vrai si je parviens à en tirer une publication. Cela me permettra de donner plus de visibilité à mon travail, plus de crédibilité auprès des enseignants de l’UPAC, qui pourront ainsi se rendre compte que ça n’est absolument pas du tourisme… Et ça pourra motiver d’autres enseignantes à suivre.




Rencontre avec le président de l’Église Évangélique du Congo

Le pasteur Juste Alain Gonard Bakoua préside depuis fin 2020 l’Église Évangélique du Congo, après quatre années de présidence d’Édouard Moukala qui ont laissé l’EEC en crise. En ce mois de mars 2022, il est en visite en France et de passage au Défap.

Le président de l’Église Évangélique du Congo, le pasteur Juste Alain Gonard Bakoua © Défap

C’est votre première visite officielle en France depuis que vous présidez l’EEC : quel est le principal but de votre venue et qui avez-vous eu l’occasion de rencontrer ?

Pasteur Juste Alain Gonard Bakoua  : Il s’agit de renouer avec les partenaires de l’EEC, après plusieurs années qui ont vu les relations se distendre. J’ai pu m’entretenir avec le Secrétaire général du Défap Basile Zouma, et échanger, en sa compagnie, avec la présidente de l’Église protestante unie de France, Emmanuelle Seyboldt. Nous étions accompagnés par Godefroy Tchoubou, président de la plateforme « Ensemble pour le Congo » qui est à la fois membre de l’EPUdF et de la communauté congolaise en France : il joue un rôle important de trait d’union.

Quelles sont vos attentes ?

Elles sont très importantes pour notre Église qui est en plein « relèvement » après des années difficiles. Elles concernent aussi bien la formation que les questions de santé, de jeunesse, de genre… En matière de formation par exemple, nous ambitionnons de relancer le cycle doctoral de la Faculté de Théologie Protestante de Brazzaville, mais pour cela, il nous faut former des enseignants et qu’ils puissent être accompagnés lors de leur cursus et de leurs recherches en France. Nous voudrions aussi mettre en place une gestion collégiale de l’université en y incluant d’autres partenaires : d’autres Églises ou d’autres centres universitaires, comme l’Université Protestante d’Afrique Centrale (Upac).

Et en France même ?

Il y a de grands besoins d’accompagnement de la diaspora congolaise, qui est très importante mais un peu dispersée. Il s’agit de favoriser le rapprochement avec les protestants de France mais aussi entre Églises congolaises implantées en France, pour aider au développement de communautés qui puissent être ouvertes sans perdre de leur identité.

Comment votre Église s’exprime-t-elle sur les principaux sujets politiques et sociaux du Congo-Brazzaville ?

L’EEC ne s’exprime pas de manière isolée. Il existe dans notre pays un Conseil œcuménique – dont j’assume en ce moment la présidence tournante, à la suite de Mgr Bienvenu Manamika, actuel archevêque de Brazzaville ; et les diverses Églises se coordonnent pour intervenir sur tous les sujets liés à la politique, au social, etc. C’est important pour l’EEC, mais aussi pour le Congo-Brazzaville lui-même : notre Église est la plus représentée dans le pays après l’Église catholique. Nous avons tous besoin d’union, car la situation de nos Églises a un impact direct sur l’unité de notre pays.




Un week-end consistorial sur la mission dans les Vosges

Comment parler de la mission dans une paroisse locale ? En faisant appel à des témoignages d’envoyés du Défap et à leur expérience concrète de la rencontre ; en réalisant que dans notre société de plus en plus diverse, l’interculturalité se vit dans le quotidien, et dans la paroisse… Et en rappelant, aussi, que ces problématiques se posaient déjà au temps de Paul, ce qui transparaît dans ses lettres. Exemple avec le week-end organisé par le consistoire Vosges-Meurthe de l’Église protestante unie de France, les 16 et 17 octobre à Plainfaing.

Week-end intergénération du consistoire Vosges-Meurthe de l’EPUdF, 16 et 17 octobre 2021

Si les envois de volontaires internationaux par le Défap s’inscrivent dans un cadre légal laïc, dont le strict respect est nécessaire, ils interviennent dans des milieux d’Églises. Ils travaillent à des missions de santé, d’enseignement ; mais ce qu’ils vivent est riche de leçons à tirer pour les Églises ainsi mises en relation. Comment la rencontre est-elle possible par-delà les différences de langue, de culture, entre des groupes humains séparés par plusieurs frontières et des milliers de kilomètres ? Comment trouver une unité dans la diversité ? Autant de thématiques qui ont irrigué le week-end intergénération du consistoire Vosges-Meurthe de l’Église protestante unie de France, organisé les 16 et 17 octobre à Plainfaing.

Week-end intergénération du consistoire Vosges-Meurthe de l’EPUdF, 16 et 17 octobre 2021

Située au pied des cols du Bonhomme et de la Schlucht, entre Colmar et Saint-Dié, au carrefour de la route des Crêtes et de l’Alsace, Plainfaing est une petite agglomération d’un peu plus de 1600 habitants, qui fait partie du parc naturel régional des Ballons des Vosges. Elle a su développer le tourisme, profitant à la fois de la proximité des principales stations de ski du massif vosgien, des crêtes et des plus hauts sommets pour la randonnée, mais aussi de la route des vins. Un décor bien éloigné du Congo, de Madagascar ou du Cameroun ; bien différent des grandes métropoles et de leur brassage de population… Et pourtant, les questions d’interculturalité se posent aussi bien dans les Vosges. Et c’est dans ce décor de basse montagne, dans les bâtiments typiques et anguleux d’une colonie des années 60, que se sont retrouvés une quinzaine d’adultes dont la responsable du service des envoyés du Défap, Laura Casorio ; ainsi qu’une dizaine d’adolescents et une dizaine d’enfants. Avec au menu, des animations mettant en scène toute la difficulté et toute la richesse de la rencontre à travers les âges. Car les questions d’interculturalité en Église, si prégnantes aujourd’hui, se posent en fait depuis l’origine, comme en témoignaient déjà les lettres de Paul.

« C’est important de rencontrer, en chair et en os, un envoyé »

Les restrictions persistantes dues au contexte sanitaire ont lourdement impacté la vie d’Église. Et pourtant, comme le souligne la pasteure Valérie Mitrani, les préoccupations des plus jeunes, loin d’être marquées par le repli, dépassent largement le contexte local : « Ils ont d’emblée une vision large, que ce soit sur les problématiques liées à l’écologie, aux questions des origines et des cultures… » Par ailleurs, plusieurs, de par leur vécu personnel, expérimentent déjà le fait de vivre entre deux cultures, soit qu’ils aient été adoptés, soit que leurs parents soient eux-mêmes issus de pays et de contextes religieux différents.

Week-end intergénération du consistoire Vosges-Meurthe de l’EPUdF, 16 et 17 octobre 2021

Pour ces enfants et ces adolescents, l’animation centrée sur un bus les emmenant sur les routes d’Achaïe, de Macédoine, de Crête et de Pamphilie, à la découverte des voyages de Paul et de ses rencontres improbables, était largement parlante. De même que les témoignages d’envoyés du Défap au Burundi, au Sénégal, au Timor, au Laos, au Brésil ou à Madagascar, avec les descriptions des contextes de leurs missions. Pour les adultes, ils ont pu réfléchir aux enjeux actuels de la mission après un survol de l’histoire du Défap : dans le monde d’aujourd’hui, les questions de l’accueil et de la rencontre se posent avec une acuité nouvelle, nécessitant une permanente adaptation aux situations et aux personnes… avec une remise en cause permanente des façons de faire Église ensemble. Il ne s’agit plus de distinguer mission au près et mission au loin : l’interculturalité se vit aussi en paroisse, et il peut être aussi difficile d’accueillir un envoyé de retour de mission, avec un vécu qui a renouvelé sa vision de la vie d’Église, et d’entendre son témoignage.

« C’est important pour nous de rencontrer, en chair et en os, un envoyé du Défap, ou une responsable du service envoyés, résume la pasteure Valérie Mitrani. Quelqu’un qui est dans une aventure de vie, qui est témoin et facilitateur d’échanges… Ça permet de vraiment se rendre compte de l’universalité de l’Église. » Et pour souligner encore l’importance de ces échanges, ce week-end s’est conclu sur la rédaction de lettres par les enfants et les jeunes du consistoire ; des lettres destinées non seulement aux envoyés du Défap, mais aussi aux Églises qui les accueillent – et qui leur ont été remises personnellement.

Week-end intergénération du consistoire Vosges-Meurthe de l’EPUdF, 16 et 17 octobre 2021




Accueillir. Aller vers l’autre. Recevoir.

Trois verbes qui résument la thématique de la journée missionnaire organisée à Loriol, en octobre dernier, dans la foulée de la course Hope360. Un événement local, mais qui en dit long sur les possibilités qu’ont les échanges internationaux d’agréger les bonnes volontés au niveau local…

Un aperçu de la journée missionnaire à Loriol – DR

En 50 ans d’existence, l’activité du Défap s’est traduite par les missions de plus de 2000 envoyés, par des dizaines de projets au sein d’une cinquantaine d’Églises mises en relation, notamment dans le réseau de la Cevaa, mais aussi au-delà ; par des centaines de boursiers accueillis en France, des dizaines d’échanges de professeurs, de jeunes, de pasteurs… Mais quel en est l’impact sur la manière de vivre l’Église au niveau local ? En quoi ces voyages, ces mélanges de cultures, cette foi vécue en commun peuvent-ils servir à alimenter la vie d’une paroisse ?

Une réponse simple serait : par l’ouverture ainsi permise. Encore faut-il l’expérimenter pour percevoir cette porosité entre ce qui se fait au loin et ce qui se vit ici.

Des dynamiques internationales aux dynamiques locales

Un bon exemple est celui de la Journée missionnaire organisée le 10 octobre à Loriol avec la participation de Laura Casorio, du service Relations et Solidarités Internationales du Défap. Il a eu lieu dans la foulée de Hope360, événement festif et solidaire qui avait réuni, une dizaine de jours plus tôt, plus de 800 coureurs à Valence. Mis sur pied par Asah, collectif des acteurs chrétiens de la solidarité internationale, Hope360 avait ainsi rassemblé des bonnes volontés issues de toutes les branches du protestantisme, depuis les paroisses luthéro-réformées locales jusqu’aux organismes liés au monde évangélique. Un phénomène d’agrégation qui avait aussi profité aux Églises directement membres du Défap : parmi les jeunes présents à Valence dans le parc de l’Épervière, on trouvait ainsi des membres du consistoire du Valentinois – Haut-Vivarais et du consistoire des Portes du midi de l’Église protestante unie de France (EPUdF), mais aussi un groupe de l’Unepref, autre Église membre du Défap, emmené par le pasteur Pascal Gonzales. Ou comment l’engagement international se traduit par des dynamiques dont profitent les paroisses locales…

Et c’est précisément pour profiter de ces dynamiques que les paroisses de l’EPUdF se sont mobilisées, dès les tentes repliées et les stands démontés dans le parc de l’Épervière, autour d’un week-end de la mission. Dans la salle, un public majoritairement jeune le samedi, plus intergénérationnel le dimanche lors du culte ; une participation allant jusqu’à une centaine de personnes, parmi lesquelles d’anciens envoyés du Défap, diverses personnes impliquées dans des activités de diaconat et paroissiales… Et au-delà de la présentation de l’historique et des missions présentes du Défap, des questions très ouvertes à des anciens envoyés ou anciens boursiers, ayant directement vécu les échanges avec d’autres Églises, dans d’autres pays : qu’en ont-ils retenu ? L’Église d’envoi a-t-elle su les accueillir de nouveau à leur retour, et surtout, accueillir leur expérience et leur témoignage ? Quel regard portent-ils aujourd’hui sur leur Église, et sur la vie d’Église en général ? Comment vivre aujourd’hui l’Église universelle ?

Cet événement Hope360 a ainsi permis, par ricochet, d’alimenter un temps de réflexion autour de la mission à partir des témoignages de divers proches du Défap : anciens envoyés coopérants ou volontaires, professeurs venant des universités du Cameroun ou du Bénin. Elle a aussi permis à tous de s’interroger sur l’Église qu’ils veulent vivre, et sur les manières d’y parvenir, à la lumière de ces apports issus d’autres pays et d’autres communautés.

 

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Deux jours de visite au Défap pour les futurs pasteurs

Lundi 13 et mardi 14 décembre, les Master 2 de l’IPT sont au 102 boulevard Arago, pour rencontrer l’équipe du Défap, visiter la bibliothèque et participer à des ateliers sur la mission et sur l’interculturel. L’objectif de ces rencontres, désormais régulières, est notamment de permettre de mieux faire connaître le rôle du Défap à ces étudiants qui se destinent à devenir pasteurs au sein de l’Église protestante unie de France.

Les étudiants en Master Pro de l’IPT, accompagnés d’Élian Cuvillier, et l’équipe du Défap, le lundi 13 décembre dans la chapelle du 102 boulevard Arago

Si le rôle de pasteur dans les Églises luthéro-réformées, fondamentalement, ne change guère, les conditions du métier ont fortement évolué ces dernières années. Il s’agit toujours de prêcher l’Évangile, d’accompagner des communautés locales, d’accompagner des personnes dans des moments particulier de leur vie, comme le soulignait en mai 2016 Evert Veldhuizen, président de l’Association des Pasteurs de France ; mais depuis les années 80, le corps pastoral a dû s’adapter à l’ère numérique, il a vu sa sociologie se modifier… Il compte de plus en plus de femmes, de plus en plus de pasteurs venus de l’étranger (ils sont aujourd’hui un tiers au sein de l’Église protestante unie de France, dont une bonne moitié provenant d’Afrique), voire d’autres Églises… Nombre de nouveaux pasteurs ont déjà connu une vie professionnelle avant de se reconvertir, et la part de celles et ceux qui sont directement issus de familles de pasteurs du milieu luthéro-réformé se réduit de plus en plus. Des transformations qui sont à l’image de celles que connaissent les paroisses, elles-mêmes ayant désormais une sociologie de plus en plus diverse et des origines multiples. L’épisode de la crise sanitaire, dont l’impact a été lourd sur la vie des Églises, et les tensions entourant les questions liées à la laïcité n’ont fait qu’accentuer récemment des transformations déjà profondes.

Les pasteurs, aujourd’hui, doivent être conscients des enjeux de l’interculturalité dans la vie d’Église. C’est précisément l’un des thèmes de la visite qu’effectuent au Défap pendant deux jours, les lundi 13 et mardi 14 décembre, une quinzaine d’étudiants et d’étudiantes en Master Pro de l’Institut Protestant de Théologie (un cycle commun aux facultés de Paris et de Montpellier), qui d’ici quelques mois devraient achever leur formation et se retrouver en poste dans une des paroisses de l’Église Protestante Unie de France (EPUdF). À l’issue de cette visite, ils auront eu l’occasion de participer à deux ateliers sur ce thème. Le premier, lundi après-midi, étant titré « Comment comprendre les différences culturelles ? Peut-on les dépasser ? » ; et le second, mardi, davantage centré sur le cas particulier du ministère pastoral.

Survol de l’histoire des missions protestantes et travaux sur l’interculturel

Cette année, le programme a été établi par Pascale Renaud-Grosbras, du service Animation-France du Défap, en association avec Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque. Au menu de ces deux jours : une série de rencontres et un repas partagé avec l’équipe du Défap, une présentation de l’histoire de la Maison des missions, de la SMEP au Défap, avec une visite commentée de l’exposition réalisée à l’occasion du cinquantenaire du Service protestant de mission… Mais aussi des portraits de missionnaires comme Idelette Allier, Mabille, Lavignotte ; une visite de la bibliothèque, lieu unique dans le protestantisme français, qui recèle dans ses fonds nombre de documents uniques sur l’histoire des missions protestantes. Sans compter la découverte de l’escape game réalisé par des anciens envoyés à l’occasion des célébrations du cinquantenaire : un jeu que vous pouvez retrouver gratuitement dans la boutique du Défap, et téléchargeable ici.

Voilà plusieurs années que ces visites des Master Pro sont organisées au 102 boulevard Arago ; Tünde Lamboley, responsable de la formation théologique, et qui avait initié un rapprochement avec l’IPT à travers une série de «déjeuners-cultes», avait en effet constaté que le Service Protestant de Mission restait encore trop souvent méconnu parmi les étudiants. D’où cette idée d’un temps de rencontre et d’échanges, approuvée par Élian Cuvillier, qui outre son rôle de directeur des études à l’IPT-Montpellier, est également, depuis juillet 2017, directeur du master professionnel des deux facultés. Il a déjà eu l’occasion de dire, lors d’une de ces visites, qu’il considère le Défap comme « un rouage essentiel de l’Église », avec lequel ses étudiants, en tant que futurs pasteurs, « seront nécessairement amenés à travailler ».
 

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Devenir pasteur
Le master 2 en théologie appliquée (Cycle M2ThA) est une formation universitaire commune aux Facultés de Paris et de Montpellier qui prend en compte la pratique, l’expérience et l’engagement concrets. Il est requis pour être pasteur.e de l’Église protestante unie de France (EPUdF). Poursuivant un triple objectif théologique, professionnel et personnel, il met en œuvre la triade pédagogique : savoir, savoir-faire et savoir-être. Il comprend un stage, des séminaires et la rédaction d’un rapport de stage. Au terme de ce temps d’études, et après accord de la Commission des ministères, le.a candidat.e au ministère pastoral fait son « proposanat ». Ce dernier est une période probatoire d’une durée de deux ans, dans une Église locale ou une paroisse. Une fois le proposanat achevé et après accord de la Commission des ministères, le nouveau / la nouvelle pasteur.e est ordonné.e – reconnu.e dans son ministère puis inscrit.e au rôle des ministres de l’EPUdF. La Commission des Ministères a réalisé une brochure à destination des étudiant.e.s désirant devenir pasteur.e.s : «Pour devenir pasteur, un parcours avec la Commission des ministères». Il est possible de la consulter sur le site de l’EPUdF sous format pdf.



La question interculturelle

Des communautés marquées de plus en plus par la diversité, le besoin d’une meilleure compréhension mutuelle et d’outils pour faire Église ensemble : présentation des enjeux de l’interculturalité en Église par Pascale Renaud-Grosbras, du service Animation-France du Défap, dans un article publié sur le site de l’EPUdF (Église protestante unie de France).

Cérémonie de reconnaissance du ministère pastoral-ordination à Montbéliard, septembre 2020 © Défap

Si on peut parler de question interculturelle dans nos Églises, c’est parce que nous venons d’horizons géographiques, culturels et sociaux différents. Rien de nouveau à cela : l’apôtre Paul écrivait à des communautés tiraillées par des sensibilités différentes, cherchant pour elles des moyens de vivre une foi commune sans nier les particularités des différentes cultures.

Aujourd’hui, pour certains, regarder son interlocuteur dans les yeux est un signe d’écoute attentive et de disponibilité ; pour d’autres, regarder dans les yeux une personne en position d’autorité est extrêmement impoli. Que se passe-t-il lorsqu’ils se rencontrent ? Parfois, sans même s’en rendre compte, la fraternité leur échappe, parce qu’ils ne reconnaissent pas les codes de l’autre ; il y a des blessures dues à des codes culturels non compris.

Prendre conscience de cela, comprendre en quoi mon frère, ma sœur porte tout un monde auquel je n’ai accès que dans l’écoute attentive, c’est se donner les moyens de mieux vivre la fraternité en levant des incompréhensions.

En revenant sur l’histoire missionnaire, on peut aussi prendre conscience des bouleversements introduits dans les différentes cultures par l’arrivée de l’Évangile. Par exemple, pour dire comment Jésus est Seigneur, les missionnaires des siècles passés ont dû trouver dans la culture où ils arrivaient un équivalent approximatif. Parfois, le mot « chef » permettait de commencer à expliquer que Jésus était un chef si puissant qu’il avait vaincu la mort, mais il fallait aussitôt ajouter que c’était un chef qui, pour sauver son peuple, acceptait une mort ignominieuse, ce qui mettait en lumière que les chefs locaux n’étaient pas si puissants et que leur autorité n’était pas toujours exercée dans le service et le don de soi, mais dans la domination.

En boomerang, les Églises du Nord, via leurs organismes missionnaires, sont aujourd’hui amenées à s’interroger sur l’inculturation de leur lecture biblique et de leur théologie, mettant à nu l’illusion d’un christianisme « hors culture ».

Le Défap, porteur d’histoires et de réflexions, est un témoin précieux pour comprendre ces enjeux dans le monde qui est le nôtre.




Un Avent de partage

Du 28 novembre au 25 décembre, retrouvez le podcast de l’EPUdF dédié à l’Avent. Ce rendez-vous quotidien sous forme de calendrier donnera la parole à des participants du Grand KIFF. Il sera également à écouter sur EJR Radio.

Du dimanche 28 novembre au samedi 25 décembre retrouvez quotidiennement sur EJR Radio à 7h30, 18h et 21h l’interview d’un participant au Grand KIFF, cet été à Albi. Il nous partagera un moment fort de ce rendez-vous estival qu’il garde en souvenir 4 mois plus tard, comment il vit ce temps de l’Avent en partage et nous offrira un verset ou passage biblique qui lui tient particulièrement à cœur.

Alors ne manquez pas ce rendez-vous quotidien disponible sur la web radio, dont l’accès est à retrouver ci-dessous.

Mais aussi dans les podcasts de l’Église protestante unie de France avec notamment la playlist « Un AVENT de PARTAGE » qui sera mise à jour quotidiennement ou encore sous forme d’un calendrier de l’Avent.

Alors n’hésitez pas à écouter, lire et partager vous aussi ce rendez-vous quotidien, ces belles et fortes rencontres d’une trentaine de témoins…

La playlist « Un Avent de partage »

Le calendrier de l’Avent




Tour des Synodes régionaux de l’EPUdF

À l’automne, chaque région de l’Église Protestante Unie de France, l’une des trois unions d’Églises constitutives du Défap, organise son synode, avec pour question principale : « La mission de l’Église et les ministères ». Un thème qui est au cœur même des activités du Défap, dont les représentants sont, comme chaque année, présents pour participer à chacun de ces synodes.

© EPUdF

Le thème abordé en cette année 2021 lors des synodes régionaux de l’EPUdF, « La mission de l’Église et les ministères », va se déployer sur 3 ans :

  • 2022 : discerner une vision globale et ses grandes orientations
  • 2023 : réformer l’Église en vue de sa mission (par exemple élaboration d’outils missionnaires, création de ministères et de formations adaptées)
  • 2024 : mettre en application nos décisions

Les questions sur la mission, tous les organismes missionnaires y sont aujourd’hui confrontés, dans un temps qui connaît des évolutions de plus en plus rapides et de grande ampleur. Et ce qui est vrai des organismes missionnaires l’est tout autant des Églises elles-mêmes – et au sein du monde protestant, c’est tout particulièrement vrai des Églises dites « historiques ». En témoigne le dernier numéro de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, qui s’attache précisément aux questionnements auxquelles la mission fait face dans le contexte européen.

Comme chaque année, le Défap est présent à ces divers synodes régionaux, dont voici le calendrier :

 

Région Date et lieu du synode Suivre ce Synode
Centre-Alpes-Rhône 12-14 novembre à Annecy
Cévennes-Languedoc-Roussillon 29-31 octobre au centre du Lazaret à Sète
Est-Montbéliard 19-21 novembre à Besançon
Inspection luthérienne de Paris 19-21 novembre à Noisy-le-Grand
Nord-Normandie 12-14 novembre à Merville – Franceville 
Ouest 19-21 novembre à Nantes
Provence-Alpes-Corse- Côte d’Azur 19-21 novembre à Saint-Raphaël
Région parisienne 19-21 novembre à Dourdan
Sud-Ouest 19-21 novembre à Libourne

Une réflexion au long cours

Au Défap, la réflexion est engagée depuis mars 2018, lorsque son président, Joël Dautheville, avait lancé un appel en faveur d’une dynamique refondatrice dans son message à l’ouverture de l’Assemblée générale. Une réflexion qui ne peut bien sûr être indépendante de celle des Églises constituant le Service Protestant de Mission. Mais en la matière, chacune avance en fonction de son propre contexte, de sa propre histoire et au rythme de ses propres instances. En octobre 2019, le colloque organisé au 102 boulevard Arago «Vers une nouvelle économie de la mission : parole aux Églises» avait permis de réunir les présidents des trois Églises constitutives du Défap : l’EPUdF, l’UEPAL et l’Unepref. Il s’était traduit par des échanges très riches au cours desquels s’étaient exprimées les diverses conceptions de la mission, et les diverses attentes vis-à-vis du Défap.

Cette réflexion sur la mission, l’EPUdF a désormais décidé d’en faire un des thèmes centraux de ses synodes régionaux et nationaux. Un dossier destiné aux Églises locales est disponible pour la préparation des synodes régionaux 2021 et du synode national 2022.

La mission en débat à l’EPUdF : le dossier
 
L’avancée des réflexions au Défap