AG du Défap : le message du président

Dans son intervention en introduction de l’Assemblée générale du 27 mars 2021, le président du Défap, Joël Dautheville, a voulu souligner, tout d’abord l’importance du lien dans les activités du Défap – ce qui a été mis à mal par la situation sanitaire ; mais également l’implication de toute l’équipe pour surmonter ces difficultés et trouver des chemins de résilience, et la solidité dont a fait preuve, en tant qu’institution, le Service protestant de mission. Mais il reste à réfléchir sur la mission elle-même : un sujet dont les Églises se sont saisies, pendant que le Défap travaille parallèlement à se réinventer. Dans cette perspective, le président du Défap a voulu axer son intervention sur les trois axes qui structurent la vie du Défap sur le temps long et qu’on retrouve dans le document Convictions et Actions 2021-2025 : l’interculturalité, la solidarité à l’international, la réflexion théologique. Des thématiques et des sujets derrière lesquels se profilent toutes les évolutions, toutes les mutations qui travaillent la société en général et nos Églises en particulier, et auxquelles il faut pouvoir répondre.

Oui, la pandémie est un révélateur des fragilités de toute sorte et un accélérateur des tendances déjà à l’œuvre avant la crise sanitaire. Elle révèle notamment que le lien concret entre personnes est vital. L’enfer, ce n’est pas les autres, c’est leur absence. Le Défap, comme d’autres instances, souffre de ce déficit de rencontre alors qu’il est un lieu d’échanges, d’envoi et d’accueil.

Oui, la pandémie révèle également la solidité du Défap. Je salue les délégués, les commissions, les partenaires de leur soutien. Je salue aussi le courage et l’implication de toute l’équipe du Défap et de son Secrétaire général, le pasteur Basile Zouma, pour tenir le cap.

Il faut saluer aussi, une fois n’est pas coutume, le soutien financier de l’État concernant le salaire des employés en activité partielle mais aussi la prolongation du soutien des envoyés dont la mission a pourtant été interrompue.
Aujourd’hui, et c’est un sujet de reconnaissance, les Églises décident de s’interroger plus fondamentalement sur leur mission. Leur question est la suivante : Quelle mission et pour quelle Église ? Suite à leurs réflexions des orientations futures du Défap seront débattues avec le Conseil à partir de 2023 pour une refondation prévue à l’AG 2025.

Ce message, très court, tournera autour de 3 pôles qui parcourent et structurent la vie du Défap sur le temps long et qu’on retrouve dans le document Convictions et Actions 2021-2025, objet du débat de l’après-midi : l’interculturalité, la solidarité à l’international, la réflexion théologique.

1. La notion d’interculturalité

Elle est une réalité que l’Église rencontre, dès ses origines, puisque par nature elle est en mission et rencontre des personnes très différentes sur le plan culturel et religieux. Aujourd’hui, les communautés vivent de plus en plus une réalité interculturelle de fait. D’où leurs questions : Comment faire pour que les chrétiens et les Églises soient vivifiés sur le plan théologique et ecclésiologique par cette situation relativement nouvelle ? Comment agir pour que chaque fidèle se sente chez lui dans la communauté qu’il fréquente ?

Pour approfondir le questionnement posé par l’existence de l’interculturalité, le Défap met en place des actions. J’en citerai seulement deux.

  • Afin de saisir au mieux les différentes composantes de l’interculturalité, le fait d’être un envoyé ou une personne accueillie est très formateur.
    Cela permet de découvrir l’autre dans sa singularité et conduit à s’interroger sur sa propre manière de croire, de penser même si cela n’est pas toujours facile à vivre. Comme la mission est de plus en plus vue comme partagée, de partout vers partout, le Défap et ses partenaires travaillent pour que les envois de volontaires et de boursiers se vivent non à sens unique mais avec plus de réciprocité. Ces échanges de personnes permettent aux envoyés et boursiers d’être témoins et pourquoi pas acteurs de l’inculturation de l’Évangile. Sur ce dernier point, le Défap, et les Églises ont des progrès à faire. Car bien souvent ces envoyés et ces boursiers à leur retour sont peu invités à témoigner de ce qu’ils ont vécu, à ouvrir des pistes de réflexion et d’actions sur le plan local ou régional et participer ainsi à donner un contenu à l’interculturel.
  • Module interculturel.
    La seconde action découle de la précédente. Il s’agit de préparer au mieux les envoyés à l’aide d’une formation préalable laquelle comporte un module interculturel enrichi par les compétences et l’expérience du Défap. La globalisation aidant, il y a une internationalisation plus marquée de la vie des Églises où qu’elles soient d’où leur souhait de travailler cette notion. Ce type de module est repris aujourd’hui par l’Epudf et adapté au master pro. De plus une formation à l’interculturel est en projet entre l’Epudf et le Défap à l’endroit des pasteurs venant de l’étranger. L’Uepal a un projet similaire. Et pourquoi pas des formations des CP ?

Permettez-moi une brève incise sur la culture musicale dans la vie des Églises du Défap. Un des fondamentaux du protestantisme sous toutes les latitudes est d’aimer chanter ! Pourtant le dernier recueil de chants de la FPF, Alleluia, qui a pourtant « internationalisé » plusieurs cantiques a laissé peu de places à des compositeurs venus d’Églises d’outre-mer liées à la Cevaa et au Défap ! Pour faciliter la rencontre interculturelle au sein des communautés, il serait bienvenu que le Défap mette rapidement sur pied une plateforme réunissant différents acteurs dans le but d’éditer d’une part, si cela n’existe pas encore, un recueil de chants pour les communautés à dimension interculturelle et d’autre part de poursuivre le travail d’édition de fiches liturgiques avec des textes venus d’Églises partenaires comme elle l’a fait en 1985, 1997 et 2005.

Une question demeure : l’interculturalité est-elle un simple effet de mode ?

Non. D’une part, l’aborder ouvre à la notion d’altérité laquelle est au cœur de la spiritualité et de la mission. D’autre part, elle ouvre à la prise de conscience que les Églises vivent de plus en plus l’interculturalité en leur sein et vivent dans des pays qui sont eux-mêmes de plus en plus multiculturels. De fait, certes de manière chaque fois spécifique, chaque pays devient ou redevient un champ de mission. Avec le sociologue Zygmunt Bauman, qui caractérise les sociétés actuelles de sociétés liquides et Jérôme Fouquet, analyste politique, directeur du département Opinion à l’IFOP qui parle aujourd’hui de l’archipélisation de la société française, on comprend clairement que la vie culturelle, sociale et économique de nos sociétés est de plus en plus morcelée. Et qu’en est-il de la vie des Églises et de leur mission ? Du côté catholique, Arnaud Join-Lambert, professeur de théologie à l’Université de Louvain, évoque dans un récent article de la revue Istina l’éclatement des théories et pratiques missionnaires dans l’Église catholique. Il précise en outre qu’existe, je cite, le retour des identités et le retour aux tribus, tels que caractérisés par Bauman. Fin de citation. Merci à notre bibliothécaire de m’avoir fait connaître cet article !

Comme le dit très bien l’intitulé des Ateliers de la Mission qui démarre le samedi 10 avril prochain : Le monde change, la mission aussi.

2. Solidarité à l’international

Si le Défap, entre autres organisations, est bien outillé pour aborder la question interculturelle, il le doit au fait que ses partenaires accueillent les envoyés du Défap au nom de la solidarité. C’est pourquoi le Défap est vu depuis des décennies comme une force de proposition parmi les acteurs de la solidarité internationale française. Le Défap, seul et souvent avec d’autres partenaires, est invité à accompagner et à soutenir des projets internationaux. Avec les organisations présentes au conseil du Défap, telles que la Cevaa, l’ACO, la Cimade, la CEEEFE, la FPF, les questions de solidarités internationales nourrissent la vie et les orientations du Défap.

De fait le pôle interculturalité marqué par les échanges de personnes, et le pôle solidarités internationales sont plus imbriqués qu’on ne l’imagine. J’en donne un seul exemple. Le pasteur centrafricain, Rodolphe Gozegba, boursier du Défap, accueilli dans notre AG du 1er avril 2017, est retourné cet été dans son pays après avoir été reçu brillamment comme docteur en théologie à l’IPT. Il écrit au service Mission de l’Uepal une lettre dont voici un extrait : « Les semaines dernières, mon pays s’est replongé dans une guerre qui ne dit pas son nom. Mais ça va un peu mieux maintenant, même si les conséquences socio-économiques sont inquiétantes. Le peuple centrafricain est lui-même sa propre espérance : il se bat pour vivre, même s’il sait très bien que la situation n’est pas prête à s’améliorer. À Bangui, la capitale, les populations meurent de faim, car les corridors d’approvisionnement allant au Cameroun et au Tchad ont été coupés par les groupes armés. »

3. Le dernier point que j’aborde dans ce message concerne la dynamique théologique au Défap.

Suite aux différents travaux menés par le Défap depuis quelques années, colloque d’octobre 2019 Vers une nouvelle économie de la Mission, séances du Conseil sur la refondation du Défap, puis sur les Convictions et Actions 2021-2025 d’une part et d’autre part avec les futures réflexions sur les Ateliers de la Mission et tout ce qui va être exposé, dit, rédigé à l’occasion du cinquantenaire du Défap, il serait intéressant de mette à nouveau sur pied une équipe théologique. Cette équipe pourrait-elle réunir quelques idées forces issues des différents travaux faits par le Défap depuis ces dernières années et les envoyer aux Églises ?

Merci de votre écoute et bonne AG !

Joël Dautheville,
Président du Défap




Décès du Rev. Dr. Samuel D. Johnson

Le révérend docteur Samuel D. Johnson est décédé mercredi 24 mars, à l’âge de 58 ans. Il avait œuvré pour la Communauté Cevaa pendant douze années, jusqu’en 2020, au poste de Secrétaire Exécutif chargé du pôle Animations. Notre compassion et nos pensées les plus émues vont à la famille du Pasteur Johnson, son épouse et ses trois filles. Nous adressons également nos sincères condoléances à toute l’Union des Églises Baptistes du Cameroun.

Le Révérend Dr. Samuel Désiré JOHNSON lors du Conseil Exécutif d’avril 2017, Cotonou © Cécile Richter

C’est avec une tristesse infinie que nous vous avons appris le décès soudain du Révérend Dr. Samuel Désiré JOHNSON,

Ancien Secrétaire Exécutif de la Cevaa chargé du Pôle Animations (2008-2020)

Pasteur de l’Union des Églises Baptistes du Cameroun,

Docteur en Théologie de l’Université de Hambourg en Allemagne,

Chercheur associé à l’IPT/Faculté de Théologie de Montpellier,

Chercheur associé au Centre Maurice Leenhardt de recherches en missiologie,

Ancien enseignant et doyen de l’Institut Baptiste de formation théologique de Ndiki (IBFTN) au
Cameroun,

Ancien Membre du Conseil Scientifique de l’Institut Œcuménique de Théologie Al Mowafaqa au Maroc.

« De son passage à la Cevaa, a souligné la Communauté d’Églises en mission, nous n’oublierons pas son impulsion décisive pour la mise en place et le développement de la formation AEBA, sa collaboration continue avec les Églises en vue du renforcement de l’animation théologique, son attachement à l’histoire de la Communauté Cevaa et de ses Églises-membres, et la relecture de cette histoire à la lumière de l’actualité. Toutes ses œuvres sont un témoignage durable de sa vie ici-bas. »

Le Président du Défap, le pasteur Joël Dautheville, a fait part de la communion du Service protestant de mission dans un message adressé à Henriette Mbatchou, présidente de la Cevaa, et au pasteur Célestin Kiki, Secrétaire général de la Cevaa : « Le Défap avec son équipe se joint à moi pour vous adresser, ainsi qu’à son épouse, sa famille, son Église et toute l’équipe de la Cevaa, ce message très fraternel à l’occasion de cette dure épreuve.

Nous disons à Dieu notre reconnaissance pour ce qu’il a pu apporter dans son ministère et puisons dans les Écritures le souffle de l’espérance en Christ comme l’exprime Paul en Romains 8 : Car je suis persuadé que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les dominations, ni le présent, ni l’avenir, ni les puissances, ni les êtres d’en-haut, ni ceux d’en-bas, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu en Christ-Jésus notre Seigneur.

Nous sommes en communion de prière avec vous. »

Les obsèques du révérend Samuel Désiré Johnson auront lieu le 29 mars 2021 à 14h30, en simultané, à la fois au cimetière protestant de Montpellier, à l’Église catholique de Yaoundé et à l’Église baptiste de Douala, qui était son Église d’origine.




«Ateliers de la mission» : rendez-vous le 10 avril pour lancer les réflexions

Le premier des «Ateliers de la mission» du Défap approche… et vous pouvez d’ores et déjà vous y préparer ; tout d’abord en vous inscrivant, si ce n’est encore fait ; et aussi en prenant connaissance du résumé et des questions élaborés pour vous par Jean-François Zorn, premier intervenant de cette série de webinaires, qui reviendra sur l’histoire et les mutations du mot même de «mission». Les réflexions sont lancées !

Le samedi 10 avril, de 10h à 12h, nous lançons les ateliers de la mission avec un premier rendez-vous autour du professeur Jean-François Zorn : La mission, un mot une histoire !

Cette rencontre aura pour thème : « Des temps bibliques à la Réformation. »
Elle sera suivie d’une seconde le jeudi 22 avril de 18h30 à 20h : « Du réveil à nos jours. »

Nous vous invitons à vous inscrire pour participer à ces ateliers. En prenant connaissance du résumé et des questions élaborés pour vous par Jean-François Zorn, vous pourrez ainsi vous préparer pour ces ateliers que vous voulons interactifs.

Nous espérons que cela vous passionnera et que nous pourrons nous enrichir mutuellement sur ce thème si actuel de la mission.

Basile Zouma,
Secrétaire général du Défap




La mission : un mot, une histoire

Le 10 avril aura lieu la première session des «Ateliers de la mission» du Défap. Pour cette séance inaugurale, le professeur Jean-François Zorn nous invite à quelques réflexions sur le mot même de «mission». Vous pouvez d’ores et déjà vous préparer pour ce premier rendez-vous, que nous voudrions interactif, à travers ce premier texte de présentation stimulant et en vous penchant sur les questions qui scandent la première partie de ce parcours allant des temps bibliques jusqu’à la Réformation.

« Les mots ont une histoire » dit-on ! C’est vrai. On peut faire et refaire leur histoire comme un exercice de style ou plutôt comme la nécessité de comprendre dans la longue durée les mutations successives des mots et surtout pourquoi ils mutent et ce que recouvrent ces mutations. C’est à vous préparer à ce type d’exercice sur le mot « mission » que je vous invite en vue de la conférence en visio-conférence que je donnerai le 10 avril dans le cadre des ateliers de la mission animés par le Défap : La mission : un mot, une histoire.

Pourquoi se livrer à cet exercice ? Soyons franc, le mot mission passe (encore) mal. Il est (encore) souvent associé à des notions que nous réprouvons : prosélytisme agressif, conversion forcée, colonisation subie, etc. Est-ce juste ? C’est cela qu’il faut vérifier… dans l’histoire, précisément pour se demander si nous ne serions pas (encore) aujourd’hui tributaires de ces associations malheureuses et comment en sortir afin que la mission soit à la fois fidèle à ses origines bibliques et accordée au temps présent.

Je vous propose un parcours en sept étapes :

1 • Partons du début dans la Bible : on entend dire que le mot mission n’existe pas dans la Bible. Est-ce vrai ? Pour le vérifier, si vous disposez d’une concordance des Écritures, vous constaterez que la rubrique « mission » est vide ! Et si vous allez dans vos Bibles, vous ne trouverez ce mot que dans les titres ajoutés par les traducteurs ; par exemple : « Mission des Douze » (TOB – Mt. 10). De plus, vous constaterez que dans les textes parallèles des Évangiles, les traducteurs modifient leurs titres : « Institution des Douze » (Mc. 3), « Choix des douze apôtres » (Lc. 6). De quoi y perdre son latin* ! À propos de latin notons que : mission vient du latin missio. Or nos bibles ont été traduites à partir du grec… Alors, n’y aurait-il pas un terme grec qui correspondrait au terme latin missio ? Pour répondre à cette question il faut se plonger dans les versions latine (Vulgate) et grecque (Koiné) du Nouveau Testament. Un simple sondage est suffisamment éclairant : par exemple Math. 10, 5, 16, 40. Dans ces textes, Jésus envoie les douze : auprès des brebis perdues de la maison d’Israël (5), au milieu des loups (16), se dit lui-même l’envoyé de Dieu (40). On verra ce qu’il est en est des « païens ». Pour chaque envoi le verbe employé en latin est mitto et en grec apostello. Voyons ensuite comment Paul se présente dans Rom. 1, 1 et ce qu’il a reçu dans Rom. 1, 5. Il est appelé à être (1) apôtre : apostolus en latin, apostolos en grec. Il a reçu (5) grâce et apostolat : gratiam et apostolatum en latin karin et apostolen en grec.

Quels enseignements tirez-vous de ce bref parcours biblique ?

 

2 • Faisons un grand saut dans le Moyen Âge : Tant que l’Occident ne s’est pas lancé à la conquête du monde, l’emploi du mot mission pour désigner l’envoi de personnes spécialisées dans l’annonce de l’Évangile à des peuples situés en dehors de son espace n’est pas attesté. Le mot mission appartient exclusivement au langage théologique spéculatif. Chez saint Thomas d’Aquin (1224-1274) la mission désigne les multiples relations des personnes au sein de la Trinité, les fameuses « processions divines ». Cette théologie spécule sur :

  •  les missions dites invisibles ou éternelles de Dieu, c’est-à-dire le fait que Jésus-Christ comme Fils unique de Dieu est engendré du Père et que le Saint-Esprit procède du Père seul ou du Père et du Fils ;
  •  les missions dites visibles ou temporelles, c’est-à­dire le fait que le Fils et le Saint-Esprit sont envoyés auprès des hommes par le Père, etc.

Ces considérations trouvaient leur justification dans le Prologue de l’Évangile de Jean (1, 1 à 18) où Dieu/Parole envoie (mitto et apostello) Jean… qui précède Jésus. Également dans la prière sacerdotale (17, 1 à 26), où Jésus est l’envoyé du Père (v. 3 : mêmes verbes !) qui, à son tour, envoie les hommes dans le monde (v. 18 : mêmes verbes !)
Pour caractériser l’évangélisation, le Moyen-Âge utilise les notions de propagation de la foi, prédication apostolique, annonce de l’Évangile, mais pas le mot de mission. Cette évangélisation s’organisait en direction des « infidèles » (musulmans), des « schismatiques » (chrétiens orientaux) et des « hérétiques » (cathares, vaudois, hussites), par le moyen des ordres religieux tels que les Mendiants (franciscains fondés en 1209), les Prêcheurs (dominicains fondés en 1216). La papauté appuyait ce mouvement, recommandant la création d’évêchés, comme ce fut le cas, pour la première fois, en Chine en 1307, en Perse en 1318, en Mer Noire et dans le Caucase dans les années 1350. Mais la papauté n’a pas de stratégie d’évangélisation mondiale.

Comment comprenez-vous cette conception hautement théologique de la mission ?

 

3 • Quand la Renaissance réveille la mission extérieure : À la fin du XVe siècle l’Europe, par l’entremise de l’Espagne et du Portugal, se lance à la conquête du monde (l’Amérique latine, nouvelle Indes). L’Amérique est découverte par Christoph Colomb en 1492. Pour accompagner ce mouvement le pape Alexandre VI, à travers la bulle Inter Cetera de 1493, instaure le système des Patronats en confiant à ces nations le soin « de veiller à l’exaltation et à la dilatation de la foi catholique » en érigeant des évêchés. En 1540, Ignace de Loyola présente au pape Paul III la Règle fondamentale de la Compagnie des Jésuites dans laquelle ceux-ci se mettent à sa disposition pour qu’il « les envoie [racine mitto] chez les Turcs, ou chez quelqu’autre peuple infidèle, même dans ces régions qu’on nomme les Indes, soit chez n’importe quels hérétiques, schismatiques ou fidèles quelconques » Le sens du mot mission devient alors celui d’envoi de prêtres dans un territoire déterminé lui-même appelé division ou mission. Ce territoire n’est cependant pas limité à une catégorie de gens ou de nationalités, il comprend également les pays dits chrétiens aux prises avec la contestation du catholicisme… Ce système ne tarde cependant pas à montrer ses limites quand d’autres pays que l’Espagne et le Portugal – la France et la Grande-Bretagne – se mettent sur les rangs de la conquête coloniale. La papauté elle-même fait le constat qu’elle n’a pas les moyens de corriger les abus du système colonial qui sont dénoncés par Bartolomé de Las Casas. Aussi, dès les années qui suivent le Concile de Trente (1563), la papauté prend peu à peu conscience de son rôle de défenseur de la foi catholique et de la nécessité de reprendre l’initiative missionnaire sur les pouvoirs politiques. En 1622 le pape Grégoire XV fonde la Congrégation de la Propagande, dont la visée consista à placer toutes les entreprises de mission chrétienne sous la juridiction de la papauté. Ce système centralisé devait représenter un progrès pour l’évangélisation du monde pour trois raisons : 1) soustraire les missionnaires à l’influence politique ; 2) n’user que d’armes spirituelles pour la conversion ; 3) mettre en place un clergé autochtone. Pour mettre en œuvre cette politique, la papauté crée à partir de 1658 des vicariats apostoliques, immenses territoires mal délimités à la tête desquels l’envoyé de Rome devait, comme évêque, fonder des Églises locales à l’aide des Congrégations religieuses. Les premiers vicaires sont destinés à l’Extrême-Orient.

Que vous inspire cette nouvelle conception territoriale de la mission ?

 

4 • La Réforme conteste la nouvelle conception catholique de la mission : Alors que le monde s’ouvrait à la conquête coloniale, la Réforme naissante eut d’autres préoccupations que celle de se lancer dans la compétition missionnaire avec l’Église catholique. Luther considérait qu’il avait assez à faire avec « ses chers Allemands » et Calvin que c’était en Europe que les « portes de la foi » lui paraissaient s’ouvrir. Cependant, le débat s’établit dans le protestantisme naissant pour savoir si l’ordre donné par le Christ d’annoncer l’Évangile au monde entier, selon la finale de l’Évangile de Matthieu (28, 16 à 20) était encore d’actualité, malgré une conception médiévale (divisio apostolorum) selon laquelle les apôtres auraient annoncé l’Évangile jusqu’au bout du monde et, par conséquent, que « la mission était accomplie ». Les Réformateurs répondirent que l’évangélisation du monde était toujours à l’ordre du jour, mais qu’aucun moyen humain ne devait supplanter l’action de Dieu pour faire avancer son règne. Ainsi les réformateurs critiquèrent la stratégie missionnaire catholique cherchant à convertir, y compris par la contrainte et la force. Théodore de Bèze a même qualifié les missionnaires jésuites de « sauterelles dansantes récemment sorties des profondeurs de l’enfer, portant avec mensonge le sacro-saint nom de Jésus ». Mais trois raisons conjoncturelles expliquent aussi cette attitude des Réformateurs : 1) Ils ne se trouvaient pas dans une situation politique internationale analogue à celle de la papauté. 2) Ils ne disposaient pas de structures et de ministères missionnaires adaptés. 3) Leur priorité n’était pas de porter l’Évangile au loin, mais de réformer l’Église en Europe.

Comprenez-vous les raisons de cette sorte d’« abstention missionnaire » des Réformateurs ?

 

5 • Le Réveil protestant (XIXe siècle) s’engage dans la mission mondiale : Entre temps, les nations protestantes (Grande-Bretagne, Pays-Bas) sont entrées dans la course coloniale et l’aventure missionnaire protestante commence conjointement avec la lutte contre l’esclavage. Mais les protestants français du début du XIXe siècle, qui gardent le souvenir du siècle de persécution où les huguenots étaient la cible de la reconquête missionnaire catholique de la France, hésitent à reprendre le terme mission que les initiateurs de la London Missionary Society (fondée en 1797) et la Basler Mission (fondée en 1815) utilisent déjà. La Société des Missions Évangéliques de Paris voit néanmoins le jour en 1822, mais certains estiment que les mots « mission » et « missionnaire » ont été dénaturés par les catholiques et que « tant qu’il restera en France une école primaire à ouvrir, il faudra y songer avant d’aller évangéliser les Hottentots. » La mission extérieure démarre modestement cependant vers 1830, dans la période précoloniale, mais va exploser dans le cadre de la colonisation à compter de 1880. La SMEP n’a lancé en 1833 qu’un seul champ qui lui est propre, au Lesotho, hors de l’espace colonial français et un autre dans cet espace au Sénégal en 1863. Le Lesotho va se déployer, 50 ans plus tard, vers le Zambèze situé également hors de l’espace colonial français. Les autres champs de mission dont la SMEP va prendre la direction à compter de la deuxième partie du XIXe siècle – Tahiti, Nouvelle Calédonie, Gabon, Madagascar, Cameroun, Togo – sont tous des héritages à la suite du partage colonial entre nations et de la Première Guerre mondiale. Les Sociétés de mission qui fleurissent sont le fruit du Réveil religieux traverse l’Europe. Il ne puise pas ses ressources spirituelles dans la Réforme, mais retourne à la source biblique, prétendant ainsi accomplir une « seconde Réforme » : il veut proclamer le salut au monde entier aimé de Dieu (Ésaïe 52, 10) mais ignorant ce salut (Ez.34, 5) ; tel le Macédonien, le monde demande du secours (Act. 16, 9 à 10) et le temps presse (Jean 9, 4). En un siècle, l’Évangile a pénétré essentiellement parmi les peuples dits « païens », adeptes des religions traditionnelles (Afrique subsaharienne, Océanie), mais peu parmi les peuples adeptes des religions dogmatiquement constituées : islam, bouddhisme, hindouisme. De nombreuses Églises entourées d’œuvres éducatives, sanitaires et sociales naissent. Les Sociétés de mission les conduisent à l’autonomie dans les années 1950 parallèlement à l’accession à l’indépendance des pays concernés dans les années 1960. La fin de l’époque coloniale marque aussi la fin de l’ère missionnaire.

Tentez de prendre la juste mesure des « connivences » et des « différences » entre mission et colonisation ?

6 • La théologie protestante du milieu XXe siècle accorde un « soutien critique » à la mission : Cette période missionnaire et coloniale est marquée par de nombreux autres mouvements mondiaux (guerres, œcuménisme, nationalisme, laïcisme, décolonisation, etc.). Divers courants théologiques accompagnent l’évolution de la mission : théologie de la libération, dialogue interreligieux, émergence de la missiologie, etc. Mais la mission reste marquée par son passé colonial. Ainsi la critique monte : au début des années 1930, le théologien Karl Barth s’interroge : « Dans l’ancienne Église, la notion de missio n’était-elle pas un des concepts trinitaires, celui par lequel on exprimait l’envoi dans le monde du Fils et de l’Esprit ? Va-t-il de soi que nous soyons fondés à l’entendre autrement ?

L’incontestable début de la mission moderne dans l’effort des Jésuites et des Piétistes, à savoir son origine dans l’esprit du christianisme baroque, soit catholique, soit protestant, ne nous donne-t-il pas, pour le moins un avertissement sérieux ? » La mission devrait donc être missio Dei (mission de Dieu) avant d’être missio hominum (mission des hommes) ou missionem ecclesiae (mission de l’Église)…

Le Conseil International des Missions (fondé en 1921 et qui deviendra en 1961 la Commission Mission et Évangélisation du Conseil Œcuménique des Églises) lors de sa conférence à Willingen (Allemagne) en 1952, rappellera que la mission trouve son fondement en Dieu lui-même, qu’elle doit être replacée à cette source, c’est-à-dire le Dieu trinitaire, mais qu’elle doit être une mission solidaire du Christ incarné et crucifié dont l’Église est le fruit, c’est-à-dire le témoignage. La missio Dei est également la missio Christi.

Comment comprenez-vous la critique de Barth et quelle réponse constructive lui donnez-vous à la suite de la conférence de Willingen ?

7 • Les organismes missionnaires mutent au moment de la décolonisation : Dans les années 1960, une traduction institutionnelle des changements de conception de la mission se produit. C’est la fin des Sociétés missionnaires. Les Églises s’emparent du sujet. En 1971, à son Synode national de Pau, l’Église réformée de France constate que « l’image de marque de la Mission de Paris a pâli » : la mission doit donc muter en redevenant une « action apostolique ». Ainsi la SMEP disparait en 1971, remplacée internationalement par une Communauté d’Églises en mission (la Cevaa). Nationalement, la mission est « départementalisée » (création du DM en Suisse et du Défap en France), résultat d’une « intégration de la mission dans l’Église ». Pour autant, la mission doit-elle se décharger de « l’entr’aide ecclésiastique », voire des autres actions qu’elle a portées pendant un siècle : formation, soin, développement, etc ? Vers le milieu du XXe siècle, commence également « la mission retour » avec la forte présence des Églises issues de l’immigration. S’agit-il d’un aspect du « retour de la mission » ?

Comment appréciez-vous les mutations institutionnelles des années 1960-1970 ? Sont-elles le reflet des mutations théologiques du concept même de mission ? Les services missionnaires tels que le Défap portent-ils aujourd’hui une vision claire et reconnue de ce qu’est la mission au XXIe siècle ?

Jean-François Zorn




Garder le lien par temps de Covid

La question de la mission, et de la manière d’en renouveler les formes, se pose depuis bien des années à tous les organismes missionnaires, et au-delà, aux Églises mêmes. La crise sanitaire n’a fait que rendre plus perceptibles ces questionnements. Le Défap avait déjà entamé une réflexion au long cours avec son processus de refondation ; réflexion qui se poursuit à travers ses «Ateliers de la mission», qui pour cause de contraintes sanitaires ont été convertis en une série de webinaires… Mais quelle parole spécifique peut porter le Service protestant de mission dans cette période si particulière ?

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C’est une voix à la radio, une lettre de nouvelles posée à l’entrée d’un temple ; c’est un site internet, une newsletter que vous recevez parmi vos mails. Une page Facebook. Des visages, des témoignages ; des récits de choses partagées, vécues ensemble. Derrière tout ceci, un acronyme de cinq lettres devenu à la longue un substantif : le Défap. Il fait un peu partie des murs de la maison. Il évoque, de manière peut-être un peu vague, des images de relations entretenues avec des Églises lointaines, par-delà les frontières. Mais qu’a-t-il à communiquer par temps de crise sanitaire, quand les Églises d’ici sont touchées par des restrictions qui sont, elles, très concrètes – quand les temples doivent fermer leurs portes ou adapter leurs cultes, et que les prêches se font via Youtube ?

Quand on parle de communication de crise, d’emblée viennent des images de réunions fébriles de communicants, d’éléments de langage à distiller au gré des petites phrases, de conférences de presse houleuses ; on a tout de suite présente à l’esprit une structure soumise à l’inquisition et à la curiosité de tous, en posture défensive.

Dans le cas du Défap, communiquer par ces temps de crise, c’est presque tout le contraire : c’est dire, simplement, qu’on poursuit le chemin – en dépit du brouhaha, des cahots et des nids-de-poule.

Soyons honnêtes : les contraintes sanitaires ont plutôt joué le rôle d’accélérateur, ou de révélateur, d’une crise générale qui était déjà bien présente. Certes, l’impact du coronavirus se mesure, non seulement en vies perdues, mais aussi en vies gâchées, en tensions accumulées, en inégalités accrues. Mais au sein de notre société, la fragmentation était déjà à l’œuvre. Au sein de nos Églises aussi.

Curieusement, il n’est pas difficile de parler de transcendance en ces temps incertains ; mais chacun aura tendance à voir Dieu à sa porte. Or il ne s’agit pas seulement de rejoindre chacun dans ses questionnements personnels et dans ses angoisses intimes ; il faut aussi parler de ce qui était, de ce qui est et sera. Avant, après, et au-delà de la crise, quel que soit le prisme à travers lequel on l’envisage : qu’elle soit sanitaire, sociale, systémique, écologique… Parler de ce projet vaste, global auquel nous sommes tous conviés. Cela s’appelle la mission.

Le terme a suscité tous les enthousiasmes et toutes les méfiances, au point de presque disparaître. Il connaît aujourd’hui, dans certaines Églises (pas dans toutes !) un spectaculaire retour en grâce. Mais que recouvre-t-il ? En quoi peut-il se rapporter à ces clichés en noir et blanc de jeunes gens partant, parfois pour une vie entière, vers des contrées alors inconnues ? Doit-on parler d’une actualisation de cette ancienne figure du missionnaire – ou est-ce tout autre chose ?

Les recettes sont nombreuses et il y a beaucoup d’appelés.

Là encore, soyons honnêtes : en ce XXIème siècle, à l’époque de l’Internet omniprésent et de la mondialisation triomphante, les terres non atteintes par la Bonne Nouvelle ne sont plus légion. La question est plutôt de savoir ce que l’on en fait.

Il ne sert à rien d’aller annoncer la Bonne Nouvelle jusqu’aux extrémités de la Terre, si c’est pour y évangéliser les fidèles d’une autre Église. D’ailleurs, aujourd’hui, le monde est chez nous : il suffit de regarder nombre de nos paroisses.

Or cette idée d’une mission conquérante, si proche de celle qui prévalait au XIXème siècle, a aujourd’hui de nombreux adeptes. Elle nous revient même à travers certaines de ces Églises implantées en France par des Églises autrefois «filles », devenues «Églises sœurs » ; ces Églises fondées par des missionnaires, qui envoient elles-mêmes des missionnaires jusque dans les contrées déchristianisées d’Europe – de nouveaux missionnaires qui eux-mêmes acquièrent bien vite leur autonomie. Floraison d’Églises. Pour quelle moisson ?

Présentation des activités du Défap, telle qu’elle aurait dû être faite lors des synodes régionaux de 2020, reportés pour cause de crise sanitaire

Qui faut-il évangéliser ? Au nom de quelle Église ?

Le nomadisme ecclésial n’est pas un gros mot : c’est une réalité sociologique. Mais n’est-ce pas aussi un aveu d’échec pour toutes ces Églises qui auront su attirer tel fidèle un dimanche, sans le faire revenir le dimanche d’après ?

Qui faut-il évangéliser ? Au nom de quelle Église ? L’important est-il de faire vivre telle structure au détriment de telle autre ? Faudra-t-il une Église différente pour chaque nationalité, pour chaque culture, pour chaque âge de la vie, pour chaque conception de l’être humain dans laquelle les uns ou les autres pourront se reconnaître, au gré des frontières invisibles qui partagent notre société ?

On entend souvent dire que notre époque est en manque de certitudes. Permettez-moi de penser le contraire : le problème n’est pas le manque, mais le trop-plein. Chaque groupe social défendant des acquis ou revendiquant des droits, chaque minorité réclamant à grands cris une reconnaissance, chaque conception du monde, de la société et de l’humanité en lutte contre toutes les autres pour faire reconnaître sa légitimité, sont autant de certitudes qui exigent notre foi exclusive et combattante. La vérité même devient malléable. Elle ne peut plus prétendre être un arbitre : elle-même devient un enjeu.

Et bien sûr, toutes ces certitudes arc-boutées dans leurs guerres intestines forment autant de lignes de fractures, non seulement dans la société où nous vivons, mais aussi dans nos propres Églises. Ce qui guette nos sociétés, ce n’est pas l’anomie – l’éparpillement dans le vide et le silence – c’est plutôt le vacarme de millions de voix, chacune se haussant pour surmonter les autres, quand plus personne n’écoute.

Nos Églises seront-elles une voix de plus dans ce vacarme ?

Prendre soin du vivre-ensemble

Tout au long de ses voyages autour de la Méditerranée, Paul a implanté des Églises. Il n’est jamais reparti en laissant derrière lui des recrues, chargées de poursuivre une mission d’enrôlement : il a créé des communautés. Des familles. Et chacune de ses lettres nous montre le soin qu’il prenait de cette vie communautaire. Du vivre-ensemble. Du besoin très humain de chacun d’être entendu dans ses besoins, guidé dans ses erreurs, départagé dans ses conflits, rassuré dans ses doutes, encouragé dans l’adversité, porté à son meilleur non seulement par sa foi, mais aussi par la communauté.

Voilà l’aspect très actuel de la «missio dei» : la mission ne se confond pas avec l’expansion d’une Église, d’une dénomination ; elle est avant tout mission de Dieu. Dieu nous invite à entrer dans sa famille et dans son projet – un projet vaste, global de réconciliation.

Dans ce projet, il ne s’agira pas de savoir qui supplantera l’autre : «j’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui a fait grandir». Alors, et alors seulement, chaque crise ne deviendra pas pour toute l’Église une occasion de chute – à l’image de la crise sanitaire que nous connaissons depuis plus d’un an – mais au contraire une occasion de resserrer les liens.

Dans notre vie humaine, d’où partent, et jusqu’où vont ces liens ? Ils se tissent, nous dit Jésus en Matthieu, « là où deux ou trois sont assemblés en mon nom» ; et ils vont, nous dit-il encore en Actes, «jusqu’aux extrémités de la terre». Voilà comment se réconcilient l’image de l’envoi en mission et celle de la vie communautaire : il ne s’agit pas d’aller faire des conquêtes, mais d’agrandir une famille.

Parler de partage

Témoignage d’Aurélie Chomel, envoyée au Cameroun, à l’hôpital de Bafia, recueilli à distance dans la perspective du Cinquantenaire du Défap

C’est l’idéal vers lequel tend le Défap depuis cinquante ans ; depuis que la Société des Missions Évangéliques de Paris, la vénérable SMEP, a choisi de se partager entre une Communauté d’Églises en Mission (la Cevaa) et un Service Protestant de Mission chargé d’entretenir le lien au près et au loin. Par quoi passe ce lien ? Par la communion spirituelle, tout d’abord ; mais aussi par des choses humaines et modestes. Des projets d’écoles, de dispensaires. Des envoyés de nos Églises qui vont enseigner ou soigner. Des relations entre instituts de théologie. Des échanges de professeurs. Des boursiers qui viennent de loin pour étudier en France ; qui, peut-être, deviendront des pasteurs de ces Églises-sœurs – voire même prêcheront dans nos propres Églises. Tous avec leur propre bagage culturel, leur propre approche historique, leur propre vision de la société, leurs propres idéaux politiques – autant de certitudes ancrées en chacun et qui pourraient être autant de prétextes de conflits, sans la lumière décapante de l’Évangile seule capable d’en montrer à chaque fois les limites.

Mais que peut être alors la communication en ces temps de crise ? Elle est un rappel que lorsqu’on parle de vivre-ensemble, il s’agit avant tout de vivre, plus que d’argumenter. Dans la cacophonie des certitudes et des revendications, il s’agit de parler de partage. C’est le témoignage des envoyés d’hier et d’aujourd’hui que vous pouvez retrouver dans le dossier «Cinquantenaire du Défap» sur notre site. Il s’agit encore de parler de mission : une mission, non pas conquérante ou défensive, mais où chacun soit accueilli. Ce sont les méditations que vous retrouvez régulièrement sur notre site, celles aussi qui scandent le calendrier des «Verbes de la mission» ; c’est encore cette série de webinaires qui débute au mois d’avril, «les jeudis de la mission».

Témoignage de Patrice Fondja, pasteur missionnaire, recueilli à distance dans la perspective du Cinquantenaire du Défap

Et ce sont aussi des outils, modestes. Une voix à la radio. Une lettre de nouvelles. Une newsletter parmi vos mails, que vous pouvez choisir d’ouvrir.

Ou pas.

Franck Lefebvre-Billiez




Covid19 : une semaine de prière du COE

En un an, la pandémie de Covid-19 a bouleversé le monde. Face à des difficultés inédites, les Églises ont dû s’adapter pour tenter d’accompagner toutes les populations frappées soit par la maladie, soit par les inégalités et les crises politiques ou sociales qui en ont été les corollaires. Devant cette crise sans précédent, le Conseil œcuménique des Églises appelle à observer jusqu’au 27 mars une semaine de prière.

Réunion de prière – montage © COE

Un an après que l’Organisation mondiale de la Santé a déclaré la pandémie de Covid-19 pandémie mondiale, le Conseil œcuménique des Églises (COE) observe une semaine de prière du 22 au 27 mars.

Cette semaine invite à un temps de prière et de réflexion à la fois sur les lamentations et l’espoir exprimés et éprouvés dans le monde entier au cours de ce qui a été une année de souffrances sans précédent, mais également une année où les Églises ont trouvé des façons toujours nouvelles d’œuvrer ensemble afin de s’adapter, d’intervenir auprès des communautés et de les accompagner dans cette crise mentale, physique, économique, spirituelle et environnementale.

Pour le père Ioan Sauca, secrétaire général par intérim du COE, cette semaine de prière doit être l’occasion d’éprouver et d’exprimer l’allégeance commune des Églises au Christ.

«Au cours de la semaine, nous nous réunirons pour proposer des intercessions, en particulier pour les plus vulnérables et pour celles et ceux qui sont en première ligne pour en prendre soin, souvent dans des circonstances difficiles, mais aussi pour nous engager de nouveau à faire preuve de compassion active au-delà de ce qui nous sépare, obéissant ainsi à celui qui avait de la compassion pour les foules et qui est venu à leur secours pour leur guérison», ajoute le père Sauca.

La semaine de prière est organisée avec les Églises membres du COE et les partenaires œcuméniques et doit être l’occasion de partager des prières et des ressources spirituelles produites en réponse à la pandémie.

Un service mondial en ligne auquel participeront huit régions du COE doit être organisé au cours de la semaine et une série de ressources seront mises à disposition sur le site web du COE d’ici au 18 mars 2021 en anglais, français, allemand et espagnol.




En route vers les Jeudis de la mission !




Hope 360 : bientôt la deuxième édition !

Deux an après la première édition au parc de l’Épervière, à Valence, le collectif Asah récidive et organise le 9 octobre prochain une deuxième édition de Hope 360. Comme la première fois, ce rendez-vous se veut à la fois ludique, sportif et solidaire… avec, innovation pour cette année, une déclinaison en distanciel pour amplifier l’impact de l’événement. Le Défap sera présent parmi la vingtaine d’acteurs chrétiens de la solidarité internationale mobilisés pour ce rendez-vous.

Conjuguer convivialité, rendez-vous sportif et engagement : c’est le mot d’ordre de Hope 360, qui, après sa première édition en octobre 2019, se prépare pour un nouveau rendez-vous à Valence, le 9 octobre 2021. Au menu : des courses à pied, mais aussi… en voitures à pédales, les divers participants concourant pour promouvoir un des projets solidaires portés par la vingtaine d’associations partenaires, dont le Défap, qui sera présent avec un projet lié à Madagascar (plus d’informations prochainement à ce sujet). L’idée étant bien sûr davantage de partager un bon moment que de réaliser une performance sportive… tout en manifestant son engagement et en courant pour une bonne cause, et en donnant de son temps au profit des autres.

Le concept est simple : il s’agit de courir afin de récolter des fonds pour soutenir un projet. Pour cela, il faut s’inscrire sur le site de l’événement (hope360.events/). Plusieurs parcours de courses sont proposés, et une sélection de projets à soutenir : il faudra donc choisir son parcours, le projet pour lequel s’engager, payer son inscription en ligne… Une fois l’inscription finalisée, il ne restera plus qu’à en parler à vos amis et proches pour faire connaître l’événement et susciter les bonnes volontés. Vous pourrez aussi décider d’ouvrir une cagnotte pour collecter des fonds au profit du projet que vous aurez choisi de soutenir. Vous pourrez, enfin, venir visiter le village des associations.

Une course connectée autour du monde

Une nouveauté toutefois, cette année l’événement aura lieu en présentiel à Valence et en distanciel en version connectée. Le contexte de la crise sanitaire a amené le collectif Asah à revoir l’organisation de la course solidaire. D’une situation complexe est ainsi née une solution qui se veut pérenne dans les années à venir : créer, en parallèle de la course en présentiel, une course connectée de la même importance. Mais comment faire d’un événement local, un événement connecté ? En imaginant un défi parlant à tout un chacun : faire le tour de la Terre ensemble (40 000 km). Avec l’idée forte « Toi aussi, où que tu sois, lève toi et cours pour la solidarité internationale », l’événement s’adresse désormais à un public plus large. Notons que les volontaires sur le terrain peuvent désormais être intégrés plus facilement grâce à ce nouveau concept. En outre, Hope 360 a vocation à être organisé dans d’autres villes de France dans les prochaines années.

Ce rendez-vous ludique autant que sportif est organisé par le collectif Asah, réseau de trente ONG d’inspiration chrétienne, agissant dans l’urgence, le développement, le plaidoyer, l’environnement ou la solidarité. Le Défap en est membre, aux côtés d’associations comme ADRA, Artisanat SEL, la Fondation La Cause, Medair… La motivation des associations engagées est de mettre leurs forces en commun pour un projet qui les dépasse mais qui contribue à leur mission commune :

  • Sensibiliser le grand public à la solidarité internationale
  • Montrer la richesse des actions mises en oeuvre par les ONG

Entre 1600 et 2000 coureurs, rouleurs ou encore marcheurs de toute la France et de tous âges sont attendues pour la course Hope 360. Ce projet contribuera à promouvoir dans la société l’engagement dans la solidarité internationale.

Retrouvez ci-dessous le programme :




Solidarité avec le CIPCRE, victime d’un grave incendie

Deux des bâtiments du siège camerounais du Cercle International pour la Promotion de la Création, situé à Bafoussam, ont été détruits par les flammes au cours du dimanche 7 mars. Le Défap fait part de son soutien au CIPCRE, qui mène depuis trois décennies un travail exemplaire et irremplaçable pour promouvoir le développement durable dans une perspective chrétienne.

Le siège du CIPCRE, avant et après l’incendie : deux bâtiments ont été ravagés © CIPCRE

Les dégâts auxquels fait face le CIPCRE (Cercle International pour la Promotion de la Création) ne sont pas seulement matériels : derrière les deux bâtiments de son siège de Bafoussam, au Cameroun, qui ont été ravagés par les flammes, il y a des années de travail… et une partie de l’histoire de cette ONG qui, depuis 30 ans, marie foi et développement durable dans l’Afrique francophone. Le feu a touché notamment le Centre de Documentation pour le Développement (la mémoire du CIPCRE), dont le premier étage a été ravagé.

L’incendie a eu lieu le dimanche 7 mars, à la mi-journée. Parti d’un champ voisin, où il avait été allumé par un cultivateur pratiquant la culture sur brûlis, il s’est propagé rapidement aux arbres proches du siège du CIPCRE. Puis aux bâtiments. «Les braises, transportées par le vent, sont allées attaquer le toit de la cantine près de 60 mètres plus loin», raconte le pasteur Jean-Blaise Kenmogné, Directeur général du CIPCRE. Avant de gagner le Centre de Documentation pour le Développement, à 15 m de distance. Deux bâtiments aux toits de chaume, «pour des raisons d’esthétique et culturelles», note encore le pasteur Jean-Blaise Kenmogné, «d’où la facilité d’expansion des flammes qui ont trouvé ici et là un terrain d’autant plus propice que la température ambiante ce jour-là dépassait les 30 degrés.» Par une cruelle ironie, «le CIPCRE, qui lutte contre les feux de brousse, a été victime de cette calamité d’ailleurs interdite par la loi.»

Inventer une «écologie globale» où l’humain ait sa juste place

À l’origine du CIPCRE, il y a un contexte : celui de la «vague de démocratisation» (selon l’expression de Samuel Huntington) que connaissent au début des années 90 nombre de pays africains, avec la multiplication des conférences nationales ; une effervescence qui va de concert avec une profonde crise qui touche alors tous les aspects des sociétés des pays concernés : crise sociale, morale, économique, culturelle, spirituelle et environnementale. Jean-Blaise Kenmogné, alors de retour au Cameroun après des études de théologie en France, assiste à la fois à cette montée des revendications pour plus de liberté, de justice sociale, et à la désorganisation qui touche parallèlement les services publics… à commencer par celui du ramassage des ordures, qui s’accumulent partout dans les rues. Comment réconcilier ces aspirations avec un développement respectueux de la création, comment inventer une «écologie globale» où l’humain puisse trouver sa juste place ? Ces interrogations, il les partage tout d’abord avec des amis enseignants et théologiens à travers un Cercle de lecture écologique de la Bible, avant que les réflexions ne fassent place à l’action avec la création du CIPCRE à Bafoussam, chef-lieu du département de la Mifi et de la région de l’Ouest du Cameroun. Avec très tôt des actions très concrètes : mise en place d’un programme de compostage des ordures, soutien à la fertilisation des sols victimes de la surexploitation, reboisement communautaire… Ce sont bientôt des centaines d’artisans mobilisés dans le domaine de la récupération, des milliers de paysans qui se retrouvent engagés avec le CIPCRE.

Parallèlement, des associations baptisées «Cercles des amis du CIPCRE» se créent dans plusieurs pays africains dont le Bénin. Le CIPCRE-Bénin sera officiellement créé en 1995, avec un programme de recyclage de déchets métalliques grâce à l’appui de forgerons et ferblantiers locaux, puis un programme d’éducation à l’environnement et un projet de Promotion de la Gouvernance Environnementale Locale qui vise à développer l’écocitoyenneté.

Mais pour vaincre les pesanteurs et les réticences des institutions locales, le soutien des partenaires étrangers aura été bien souvent décisif : celui des coopérations protestantes suisse, allemande et néerlandaise, celui du Défap… Jean-Blaise Kenmogné est ainsi un ami de longue date du Service protestant de mission, avec lequel il a également entretenu des liens à travers le Secaar, réseau d’Églises et d’ONG qui poursuit le même but de développement durable dans une perspective chrétienne. Face aux graves destructions qu’a subi le siège du CIPCRE à Bafoussam, l’appui de ces partenaires sera une nouvelle fois crucial ; et le Défap veut témoigner de son soutien et de sa solidarité, et souligner l’aspect nécessaire et irremplaçable de l’œuvre accomplie depuis 30 ans par le CIPCRE.

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Le Défap recrute un.e assistant.e de direction

Vous êtes organisé.e, à l’aise dans le travail en équipe, et vous avez une bonne connaissance des réseaux protestants ? Le Service protestant de mission – Défap recherche un.e assistant.e de direction. Poste à pourvoir au 12 avril 2021.

Assistant.e de direction

CDI-Temps plein
12 avril 2021

Temps plein 35h annualisé du lundi au vendredi.
Salaire indicatif brut annuel de 28 à 32 k€

Façade du 102 boulevard Arago, Paris © Défap

Missions du poste

  • Assistant.e secrétaire général : agenda, contacts, courriers, suivi de dossiers.
  • Secrétariat associatif : courrier, réunion, agenda, planning, dossier, archivage, base de données…
  • Gestion du personnel (congés, médecine du travail, formation professionnelle)
  • Gestion administrative des boursiers, chercheurs, accueils courts, archivage
  • Lien entre les services
  • Interface entre le service accueil-hospitalité et le secrétaire général.
  • La lettre du Défap (responsable de l’adressier, lien avec l’intervenant PAO…)

Profil du poste

  • Connaissance des réseaux protestants
  • Bonne utilisation des outils informatiques (Office365, Word, Excel…)
  • Bonne utilisation des outils internet
  • Organisé.e, savoir travailler en équipe

Candidature

CV et lettre de candidature à envoyer à l’adresse suivante :
Service protestant de mission – Défap,
À l’attention du Secrétaire général,
102 Bd Arago
75014 Paris (France)
+ 33(0)1 42 34 55 55
secretariat.general@defap.fr




La mission en débat aux synodes de l’EPUdF

Quelle mission pour l’Église de demain ? Sous quelle forme ? Quelles relations entre mission au près et au loin ? Autant de questions que l’Église protestante unie de France a décidé de placer au cœur de ses synodes régionaux de 2021 et de de son synode national de 2022. Elle a d’ores et déjà mis en ligne un dossier «Mission de l’Église et Ministères» destiné aux Églises locales.

© EPUdF

Les questions sur la mission, tous les organismes missionnaires y sont aujourd’hui confrontés, dans un temps qui connaît des évolutions de plus en plus rapides et de grande ampleur. Et ce qui est vrai des organismes missionnaires l’est tout autant des Églises elles-mêmes – et au sein du monde protestant, c’est tout particulièrement vrai des Églises dites «historiques». En témoigne le dernier numéro de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, qui s’attache précisément aux questionnements auxquelles la mission fait face dans le contexte européen.

Au Défap, la réflexion est engagée depuis mars 2018, lorsque son président, Joël Dautheville, avait lancé un appel en faveur d’une dynamique refondatrice dans son message à l’ouverture de l’Assemblée générale. Une réflexion qui ne peut bien sûr être indépendante de celle des Églises constituant le Service Protestant de Mission. Mais en la matière, chacune avance en fonction de son propre contexte, de sa propre histoire et au rythme de ses propres instances. En octobre 2019, le colloque organisé au 102 boulevard Arago «Vers une nouvelle économie de la mission : parole aux Églises» avait permis de réunir les présidents des trois Églises constitutives du Défap : l’EPUdF, l’UEPAL et l’Unepref. Il s’était traduit par des échanges très riches au cours desquels s’étaient exprimées les diverses conceptions de la mission, et les diverses attentes vis-à-vis du Défap.

Une réflexion au long cours

Cette réflexion sur la mission, l’EPUdF a décidé d’en faire un des thèmes centraux de ses prochains synodes régionaux et nationaux, qui seront placés sous le thème «Mission de l’Église et Ministères». Un dossier destiné aux Églises locales est disponible pour la préparation des synodes régionaux 2021 et du synode national 2022.

«Les réflexions sur la mission et sur les ministères, indique l’EPUdF dans l’article de présentation de ce dossier, ont souvent occupé une place de choix dans les synodes de notre Église. Selon les circonstances, l’accent a été mis sur la mission lointaine ou proche, sur le ministère pastoral ou sur les ministères dits laïques. Chaque génération a ainsi repensé à nouveaux frais ces questions, tant elles modèlent la vie concrète de l’Église, dans des contextes qui ne cessent de changer. Il n’est donc pas étonnant que ces sujets reviennent aujourd’hui sur le devant de la scène, compte-tenu de l’évolution récente de notre Église et de sa situation au sein d’une société elle-même en mutation.

La création de l’Église protestante unie sous la bannière «Église de témoins», le développement d’outils de formations et d’évangélisation, le désir d’ouverture des ministères à de nouveaux profils supposant parfois de nouvelles formations, ainsi que la refondation en cours de nos outils de mission et de communion universelle ont amené à reprendre largement la question de la mission de l’Église et des ministères, comme le font beaucoup d’autres Églises en Europe et dans le monde.»

C’est une réflexion au long cours qui est désormais lancée, puisqu’elle occupera les synodes nationaux de l’EPUdF pendant trois années d’affilée (voir ici le calendrier prévu). Et c’est dans cette perspective qu’a été élaboré ce dossier «Mission de l’Église et Ministères» destiné aux Églises locales/paroisses, pour les aider à préparer les synodes régionaux 2021, en vue du synode national 2022.

La mission en débat à l’EPUdF : le dossier
 
L’avancée des réflexions au Défap



Europe, se convertir à la mission ?

Ce numéro 80 de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, s’attache aux questionnements auxquelles la mission fait face dans le contexte européen. Un dossier préparé par Gilles Vidal, Doyen de la Faculté de théologie protestante de Montpellier.

Photo de couverture du n°80 de Perspectives Missionnaires © PM

« Que signifie l’expression tant débattue des « racines chrétiennes de l’Europe » ? Quel regard peuvent porter des missionnaires étrangers sur le contexte européen que l’on dit « déchristianisé » ? Et cette prétendue « déchristianisation », ne serait-elle pas l’envers d’une christianisation largement fantasmée ? Quelles nouvelles voies la mission devrait-elle emprunter en France et en Europe et quel public « cible » viser ? L’évangélisation serait-elle la clé pour revitaliser de vieilles traditions chrétiennes ou au contraire pour inventer de nouvelles formes de chrétienté ? »

Gilles Vidal

Le dossier

Tout d’abord, qu’est-ce qui relie le missionnaire d’hier à celui d’aujourd’hui ? Pour tenter d’y répondre, c’est à un voyage interstellaire que nous convie Gilles Vidal, en quête de constantes de la figure du missionnaire à travers les âges.

J. G. Gantenbein nous invite à revenir sur le processus historique qui a conduit à une séparation entre mission intérieure et mission extérieure (ou encore entre évangélisation et mission) puis sur l’adoption, au cours des années soixante, du paradigme de « la mission de partout vers partout ». Mais la pratique missionnaire peut-elle faire l’économie de tout critère « géographique » ?

Missiologue catholique, François-Xavier Amherdt nous propose un parcours à travers les différentes encycliques sur la mission et en particulier Evangelii Gaudium (2013) du pape François sur l’annonce de l’Évangile dans le monde d’aujourd’hui.

Une illustration concrète de nouvelles voies pour la mission nous est offerte avec un article de Gwenaël Boulet sur l’implantation d’un nouveau lieu de témoignage à Créteil, en banlieue parisienne, au sein de l’Église protestante unie de France.

 

Le sommaire de ce n°80

« Perspectives Missionnaires », revue de missiologie de référence
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis plus de trente-cinq ans Perspectives missionnaires, unique revue protestante de missiologie de langue française.
Née en 1981 dans la mouvance évangélique, à une époque de remise en question des modèles missionnaires, elle s’est élargie aux différents acteurs francophones de la mission dans le monde protestant et avec une ouverture oecuménique. Elle est actuellement gérée par une association indépendante et s’appuie sur plusieurs organismes de mission de Suisse et de France (DM-échange et mission, et le Défap, avec lesquels elle entretient des partenariats étroits), et depuis fin 2017 la Cevaa.