Passage de relais à la tête de la FPF

L’Assemblée générale de juin 2022 de la Fédération protestante de France a vu la rencontre de deux présidents et de deux secrétaires généraux – François Clavairoly et Georges Michel accueillant ceux qui leur succéderont dès le début du mois de juillet : Christian Krieger et Jean-Raymond Stauffacher. L’occasion d’esquisser quelques projets d’avenir.

François Clavairoly donnant symboliquement une bible à Christian Krieger © Jean-Luc Gadreau/Twitter

Une bible, et une croix huguenote. Ce sont les deux objets symboliques que François Clavairoly a donnés à son successeur désigné, Christian Krieger, au cours de l’Assemblée générale de la Fédération protestante de France qui s’est tenue le 11 juin à Paris. Même s’il restait encore quelques jours avant que ce dernier ne prenne officiellement la présidence de la FPF, la réunion marquait clairement une nouvelle étape dans la vie de l’instance représentative du protestantisme français auprès des pouvoirs publics.

Car au-delà du départ de François Clavairoly, le personnel de la Fédération connaît un important renouvellement : Georges Michel cède ainsi la place de secrétaire général à Jean-Raymond Stauffacher, président de l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France (Unepref) ; Thierry André, en charge du lien fédératif avec les pôles régionaux de la FPF, quitte aussi ses fonctions, de même que Patrick Lagarde, qui occupait le rôle de trésorier. Cette AG a aussi été l’occasion de dire au revoir et merci à la directrice de la communication, Aude Millet, au bout de neuf années à la tête de ce service.

Un renouveau annoncé du projet Mosaïc

Pour François Clavairoly, c’est une page de neuf ans à la tête de la FPF qui se tourne ; pour Christian Krieger, une nouvelle étape dans une série d’engagements qui l’ont déjà mené à la FPF, dont il a été vice-président de 2015 à 2019. Également engagé dans la commission des relations avec le judaïsme de cette même FPF, il est l’auteur de la déclaration fraternelle au judaïsme « Cette mémoire qui engage » remise dans le cadre du 500e anniversaire de la Réforme protestante. Président de l’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine (Epral) et vice-président de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (Uepal), il est aussi membre du Conseil d’Églises chrétiennes en France. En tant que président de la Conférence des Églises européennes (CEC), il a aussi eu l’occasion de se familiariser avec les relations entre Églises par-delà les frontières, avec parfois des relations directes avec l’actualité la plus difficile et la plus immédiate – comme lorsqu’il a appelé l’Union européenne, les dirigeants politiques et la communauté internationale à ne ménager aucun effort pour limiter les effusions de sang et assurer la paix par le dialogue diplomatique en Ukraine. Un appel resté vain, il est vrai, tout comme celui lancé à l’Église orthodoxe russe.
 

 
Quand deux présidents et deux secrétaires généraux se croisent à la Fédération protestante de France, ils évoquent ce qui a été accompli et font des projets pour l’avenir. Dans son discours, François Clavairoly a mis l’accent sur le lien fédératif, « essentiel » selon lui. Un aspect sur lequel Christian Krieger a beaucoup travaillé, avec Valérie Duval-Poujol, dans le contexte des tensions entre Églises évangéliques et luthéro-réformées autour de la question de la bénédiction de couples mariés de même sexe qui avaient émergé après le synode de Sète. François Clavairoly a également évoqué la capacité à porter le témoignage de l’Évangile dans la société civile. Christian Krieger, pour sa part, lors de sa prise de parole, tout en remerciant son prédécesseur, a évoqué l’importance du dialogue œcuménique et interreligieux en France et en Europe, la question du rapport Églises-États au regard des échanges au niveau de la Conférence des Églises européennes ; le besoin de faire entendre la voix du protestantisme dans la société ; la place de la spiritualité dans le principe de la laïcité française…

Évoquant des chantiers concrets, il a indiqué que le lien fédératif serait intensifié et incarné ; il a évoqué une rencontre avec tous les acteurs du protestantisme ; il a également parlé d’un renouveau du projet Mosaïc, qui vise à favoriser la rencontre et la collaboration des Églises et communautés de diverses cultures et origines, ainsi qu’à accompagner celles qui le souhaitent sur le chemin de l’intégration. Il propose également une réflexion sur des questions de diversité culturelle, théologique et ecclésiologique à ces Églises comme aux Églises établies de longue date. Un projet qui, lors de son lancement en 2008, avait associé la FPF et le Défap, dont les réflexions avaient été essentielles à sa mise en place.




Go to Arago : un stage interculturel sur la question des guérisons

Jusqu’au 17 juin 2022 se déroule au Défap la session retour du stage interculturel France-Togo organisé par la CPLR. Aperçu des échanges et témoignages sur ce stage qui associe 24 pasteurs des deux pays, sur le thème : « Miracles et guérisons, regards et enseignements ».

Participants du stage interculturel se retrouvant par petits groupes dans le jardin du Défap, au premier jour de cette session 2022 © Défap

L’ambiance est studieuse mais détendue. En ce jeudi 9 juin 2022, Franck Agbi Awume, professeur en Nouveau Testament à la Faculté d’Atakpamé, au Togo, aborde diverses situations dans lesquelles la maladie est évoquée dans les textes bibliques. Ainsi que les guérisons. Le propos s’étend rapidement aux pratiques dans les Églises : comment les malades y sont-ils perçus, accueillis, indépendamment de leur prise en charge médicale ? Comment peut réagir un pasteur face à des demandes explicites de prières de guérison – notamment dans un contexte qui pousse à voir la maladie en premier lieu comme d’origine spirituelle, comme la manifestation physique d’une influence mauvaise ? Faut-il à tout prix prier pour la guérison, ou accompagner ? Jésus, souligne-t-il en revenant aux Évangiles, ne faisait pas que guérir, il ne faisait pas que montrer la toute-puissance de Dieu : il compatissait à la douleur des malades, il participait à leur souffrance avant même d’intervenir.

Participants du stage interculturel réunis dans la chapelle du Défap, au premier jour de cette session 2022 © Défap

Nous sommes dans la chapelle du Défap et le public est constitué de 24 pasteurs, français et togolais. Les questions ou anecdotes qui émergent à l’issue de l’intervention témoignent toutes de préoccupations bien concrètes : nous sommes au cœur des problèmes quotidiens de la pratique pastorale. Un participant évoque son malaise devant l’insistance de paroissiens qui viennent pour exiger une guérison. Un autre repart de la question posée par les disciples de Jésus, dans Jean 9, sur l’aveugle de naissance : qui a péché, lui ou ses parents ? Cette théologie de la rétribution qui a tendance à culpabiliser les malades est très répandue, souligne-t-il, y compris sur le sol européen. « Il y a une donnée anthropologique de base, remarque pour sa part la pasteure Natacha Cros-Ancey, l’une des organisatrices du stage : tout être humain malade a tendance à se sentir maudit. Ça interroge la pratique pastorale : qu’est-ce qu’on demande à Dieu en présence d’un malade : la guérison ? La force ? »

Une question difficile pour toutes les Églises

Photo de groupe de quelques-uns des participants © Défap

Le thème de cette session, consacrée aux miracles et aux guérisons, avait été choisi par les participants eux-mêmes à l’issue de leur premier stage interculturel organisé en 2019 à Kpalimé, au Togo. Cette première rencontre était consacrée à l’accompagnement pastoral des familles, mais la question de la maladie avait déjà émergé lors des échanges. Et les participants avaient éprouvé le besoin d’y revenir pour mieux cerner les convergences et les différences sur ce thème d’un pays à l’autre. D’où cette décision d’étudier plus avant un sujet difficile et pourtant bien présent dans toutes les Églises. Avec à la fois des apports bibliques et théoriques, et des témoignages. Parmi les intervenants, on trouve ainsi Corina Combet Galand, bibliste et ancienne professeur en Nouveau Testament à l’Institut Protestant de Théologie de Paris ; la bibliste Christine Prieto ; Franck Agbi Awume ; Frédéric Chavel, professeur à l’Institut Protestant de Théologie à Paris… Mais aussi des acteurs familiers du domaine médico-social : Victor Azdra, aumônier des établissements sanitaires et médicaux-sociaux ; Jonathan Ahovi, pédopsychiatre ; Célin Nzambe, médecin congolais…

Si le sujet est difficile, la mise en place de cette nouvelle rencontre, très attendue, ne l’a pas été moins : car entretemps, la pandémie est venue bloquer les frontières ; et les contraintes sanitaires ont largement retardé la réunion des 24 pasteurs français et togolais. Ce que Natacha Cros-Ancey n’a pas manqué de souligner dès le premier jour de ce stage, en accueillant les participants au 102 boulevard Arago : « il a fallu patience et persévérance ». Mais les échanges sont à la hauteur de l’attente. Ils permettent de comparer les pratiques et les approches spirituelles qui les sous-tendent, très différentes selon les contextes. Mais il en ressort aussi que les défis qui se posent dans les Églises au Togo ou en France ne sont pas forcément si éloignés. Quels que soient le pays et le contexte culturel, l’irruption de la maladie interroge la foi du malade, de ses proches et de l’Église elle-même.

Retrouvez ci-dessous quelques témoignages sur ce stage CPLR-Défap :

 
Co-animateur de la CPLR, Ulrich Weinhold revient sur l’organisation de cette session retour de l’échange interculturel entre pasteurs français et togolais.
 

 
Témoignage du pasteur Ohini Kodjo Delasee. Cette question de la guérison, souligne-t-il, sera perçue de manière différente dans les pays, mais avec toutefois un point commun essentiel : quel que soit le contexte, il ne peut être légitime de s’arroger le pouvoir de guérir.
 

 
Pour le pasteur Arnaud Lépine-Lassagne, les différences d’approche sur le thème des « miracles et guérisons », qui sont au cœur de ce stage interculturel, tiennent beaucoup plus à la manière dont les uns et les autres vivent leur foi, qu’au pays dans lequel ils vivent. « Je grandis beaucoup dans mon expérience de foi », souligne-t-il.
 

 
Témoignage du pasteur Daniel Bernhardt : ce thème de la guérison, souligne-t-il, était déjà sorti lors des échanges pendant la précédente session, qui s’était déroulée en 2019 au Togo. Et les participants avaient éprouvé le besoin d’y revenir pour mieux cerner les convergences et les différences sur ce thème d’un pays à l’autre. « C’est une autre manière de vivre les choses (…) et en même temps, on sent cette humanité profonde qui nous anime tous ».
 




Le Défap au musée du Vivarais Protestant

Du 26 juin au 8 septembre 2022, le Défap s’installe au musée du Vivarais Protestant. À découvrir sur place : une exposition sur le Service protestant de mission et son histoire, mais aussi des jeux pour permettre aux enfants de le découvrir de manière ludique ; et pour les petits comme pour les plus grands, un jeu de plateau pour s’aventurer à l’intérieur du Défap et en dévoiler tous les secrets…

Et si vous vous laissiez tenter par une partie d’escape game ? © Défap

L’année 2021, c’était, pour le Défap, l’année du cinquantenaire : 50 ans d’existence pour une structure créée fin octobre 1971 et directement issue de la Société des missions évangéliques de Paris. L’occasion de revenir sur les évolutions du Défap et ses adaptations à un monde de plus en plus changeant tout au long de ce demi-siècle ; l’occasion aussi de le présenter d’une manière inédite pour des publics peu sensibilisés aux questions liées à la mission… De cette année de célébration sont restées des réalisations qui permettent de mieux s’approprier l’histoire des missions protestantes d’hier et d’aujourd’hui, et de comprendre la place particulière qu’y tient le Défap.

Tout au long de l’été, vous pourrez en retrouver certaines au musée du Vivarais Protestant – l’un des lieux emblématiques de la mémoire protestante en France, puisqu’il a été installé dans la maison natale de Pierre et Marie Durand : Pierre, restaurateur des églises réformées en Vivarais, fut pendu à Montpellier pour avoir contrevenu aux ordres du roi ; quant à Marie Durand, sa sœur, elle fut emprisonnée et refusa d’abdiquer sa foi durant 38 ans à la Tour de Constance.

Le Défap expliqué aux plus jeunes : parcours de découverte à travers la « mini-maison » du Défap © Défap

L’histoire du Défap est elle aussi riche d’engagements et de défis. Vous pourrez le découvrir à travers l’exposition réalisée à l’occasion de son cinquantenaire, et qui y sera visible tout au long de l’été. Une version web, disponible ici, vous en donnera déjà un aperçu. Mais au-delà de l’histoire, vous pourrez aussi vous familiariser avec les enjeux actuels du Défap, et même vous glisser dans la peau d’envoyés sur le point de partir sur leur lieu de mission : pour les jeunes cherchant un engagement, ou simplement curieux et intéressés par la mission aujourd’hui, un jeu de plateau escape game sera disponible pour explorer le Défap tout en s’amusant. Il y aura également un livret de jeux pour les enfants pour qu’ils puissent, eux aussi, le découvrir de manière ludique.

Un jeu pour explorer le Défap © Défap

Cette exposition et ces jeux seront disponibles du 26 juin au 8 septembre ; voici les horaires d’ouverture du musée pendant l’été :

  • Le 26 juin lors de la fête annuelle du musée
  • Du 1er juillet au 31 août : 10h-18h tous les jours sauf le dimanche (14h-18h)
  • Du 1er au 8 septembre : 14h-18h tous les jours sauf le lundi (fermeture)



Naissance d’un nouvel Institut d’Histoire des Missions

Rattaché à l’unité de recherche religion, culture et société de l’Institut Catholique de Paris, ce nouvel organisme, dont le Défap est l’un des partenaires, a vu officiellement le jour le 30 mai.

Le père Jean Hirigoyen au Vietnam © IRFA

La photographie illustrant le lancement de l’IHM est des plus typiques : un cliché en noir et blanc pris dans les années 60, et qui montre un missionnaire habillé de blanc dans une salle de classe. Nous sommes bien dans l’histoire : ce missionnaire, c’était le père Jean Dominique Hirigoyen, né en 1933 à Hasparren, dans les Pyrénées-Atlantiques, et parti en mission pendant une dizaine d’années, à partir de 1959, au Sud-Vietnam. On pourrait trouver des photographies très similaires dans les archives du Défap. Mais si le Défap, à travers les archives de la SMEP que recèle sa bibliothèque, est un lieu de référence pour l’histoire des missions protestantes francophones, il faut bien reconnaître que les missions catholiques ont une dimension historique incomparable : quand l’histoire de la Société des Missions Évangéliques de Paris remonte à 1822, du côté catholique les Missions Étrangères de Paris peuvent revendiquer 360 ans d’histoire. Et elles sont allées dans des pays plus nombreux et plus lointains, notamment en Asie avec des pays comme la Thaïlande, le Vietnam, la Chine, le Cambodge…

Pourtant, jusqu’à présent, l’histoire missionnaire est souvent demeurée morcelée, étudiée soit dans le contexte catholique, soit dans le contexte protestant. L’Institut d’Histoire des Missions qui vient de voir le jour, rattaché à l’unité de recherche religion, culture et société de l’Institut Catholique de Paris, devrait précisément permettre d’avoir une vision plus globale de l’histoire missionnaire.

Le projet se veut résolument œcuménique : il associe une bonne vingtaine de partenaires qui vont très au-delà du monde catholique, et dont le Défap fait partie aux côtés de l’Institut Protestant de Théologie, de l’AFOM, de l’Institut pour l’étude des religions et le dialogue interreligieux… Il se veut aussi centré sur les travaux de recherche, avec divers projets annoncés comme un séminaire permanent de recherche ouvert aux étudiants, doctorants et universitaires spécialistes de l’histoire des missions, des journées d’étude, colloques et projets éditoriaux, des bourses de recherche… Reste que le lancement de ce tout nouvel Institut d’Histoire des Missions s’inscrit aussi dans un contexte qui met clairement en avant l’élan missionnaire chez les catholiques, avec un mois de mai marqué par la canonisation de Charles de Foucauld et la béatification de Pauline Jaricot.

« Questionner ce qu’est la mission »

Ce sont ces deux versants assez différents qui sont ressortis le 30 mai, lors de la soirée marquant l’acte de naissance officiel de ce nouvel organisme, qui a eu lieu à l’Institut Catholique de Paris. Avec un programme associant Monseigneur Emmanuel Petit, Recteur de l’ICP, des messages du cardinal Tagle, Préfet de la Congrégation pour l’Évangélisation des peuples, et du Père Ioan Sauca, Secrétaire général du Conseil Œcuménique des Églises ; une intervention du Père Vincent Holzer, Vice-Recteur à la Recherche ; une présentation de cet Institut d’Histoire des Missions par Catherine Marin, Déléguée Scientifique, et du programme d’activité de ce nouvel organisme par son Directeur, le dominicain Gilles Berceville… Les partenaires scientifiques du projet étaient représentés par Gilles Vidal pour l’AFOM (Association francophone œcuménique de missiologie), Marie-Alpais Dumoulin pour l’IRFA (Institut de recherche France-Asie), Philippe Roy-Lysencourt pour le CEMI (Centre d’Études Marie-de-l’Incarnation) ou encore Bernadette Truchet pour le CREDIC (Centre de recherches et d’échanges sur la diffusion et l’inculturation du christianisme).

Ce nouvel Institut d’Histoire des Missions se veut avant tout un outil pour « développer un réseau de recherche académique, internationale, interdisciplinaire et œcuménique autour de l’acte missionnaire chrétien ». Il vise également à faciliter, soutenir et favoriser les échanges entre chercheurs dans ce domaine. Comme le souligne le Père Vincent Holzer dans sa présentation, « ayant profondément façonné les sociétés et les cultures dans lesquelles il s’est inscrit, l’élan missionnaire est en soi un objet des plus complexes. Il appelle impérieusement le concours de disciplines diverses », qui « peuvent concourir à une compréhension ajustée de l’acte missionnaire, de ses élans initiaux, de ses formes de réalisation, des résistances qu’il suscita, des douleurs qu’il engendra et des promesses qu’il contient ». Pour autant, à cet objectif affiché d’envisager la mission et son histoire comme objet d’étude se mêlent aussi des préoccupations très actuelle qui concernent toutes les Églises – y compris l’Église catholique – à savoir : comment renouveler le témoignage chrétien dans une société de plus en plus sécularisée ?

Pour le Père Berceville, la réflexion sur le passé est ainsi une condition nécessaire pour « imaginer la mission d’aujourd’hui et de demain ». Et les travaux de recherche du nouvel institut doivent aussi permettre de « questionner ce qu’est la mission, grâce à l’étude critique de l’histoire des missions, qui n’est ni une justification ni une épopée ». Pas question donc d’en occulter les versants les plus polémiques, comme le lien entre la diffusion de l’Évangile et la violence, en Amérique latine par exemple. Mais il s’agira aussi de sortir des clichés sur les missionnaires blancs envoyés au bout du monde, en montrant toute la diversité qu’a pu prendre et que prend encore la mission. Par exemple lorsque la France devient nouvelle terre de mission pour des Églises héritières de ces travaux missionnaires…




Sacha et le Sénégal : « C’était dur et exceptionnel en même temps »

Sacha a été service civique pendant sept mois au Sénégal, comme volontaire du Défap. Sa mission s’inscrivait dans un projet d’appui à la santé communautaire au centre de santé Darvari de l’ELS (l’Église Luthérienne du Sénégal) à Fatick. Deux mois après son retour en France, il revient sur cette expérience et ce qu’elle lui a apporté.

Vue de Fatick, au Sénégal © Sacha pour Défap

Que retiens-tu de cette expérience au Sénégal en tant que service civique et envoyé du Défap ?

Sacha :Je suis rentré en France au cours de la deuxième moitié du mois de mars, avec l’impression d’avoir vécu une expérience incroyable. Il faut savoir s’adapter, laisser derrière soi tout ce que l’on connaissait en France ; découvrir une manière de vivre et une culture que l’on n’envisageait absolument pas. Sept mois sur place, ça permet de découvrir beaucoup de choses ; et ça m’a permis aussi de me découvrir moi-même. C’est d’ailleurs seulement maintenant, deux mois après mon retour, que je me rends vraiment compte que cette mission de service civique a représenté une étape dans ma vie.

Quel était le cadre de ta mission ?

Sacha :Je donnais des soins de santé dans un petit dispensaire à 10 km de la ville de Fatick. C’est une structure située en pleine brousse, mais dont dépendent plusieurs milliers de patients. Je travaillais avec une infirmière, Monique ; les relations ont été dès le début très faciles. Avec elle, j’ai énormément appris, en matière de soins de santé, mais aussi pour tout ce qui concerne le bon usage des ressources. J’ai eu à faire beaucoup de soins divers, y compris des accouchements dans le dispensaire. Il faut utiliser au mieux ce qui est disponible sur place. Ne rien gaspiller. Ne pas se fier à ce que l’on a pu apprendre en France et qui suppose souvent un matériel bien plus important.

Sur le plan personnel, qu’est-ce qui t’a le plus marqué ?

Sacha :Dans ce genre d’expérience, dans un contexte si différent, tout est marquant. Je me suis retrouvé d’emblée à vivre au sein d’une communauté, en étant tout seul issu de mon contexte français. Je me suis retrouvé sans aucun repère familier, obligé de tout réapprendre dans un contexte totalement différent. J’ai des souvenirs et des images qui m’ont marqué : le premier mariage auquel j’ai pu participer au Sénégal ; mais aussi, des journées à souffrir de la chaleur, à faire les mêmes gestes médicaux, une forme de routine, des difficultés à m’adapter physiquement… C’est à la fois très formateur et très dur. Se retrouver ainsi en vis-à-vis d’une communauté dont tous les repères sont différents ; sans famille et sans amis avec qui échanger ; découvrir des gens dont le rapport au monde et les priorités diffèrent complètement… Ça oblige à s’interroger sur ce qui est fondamental pour soi-même.

Quelles étaient les relations avec les patients ?

Sacha : Elles étaient très dépendantes de Monique. Les gens dont nous avions à nous occuper parlaient surtout wolof ou sérère, les langues les plus parlées dans cette région du Sénégal ; mais elles parlaient rarement français, et j’avais besoin que Monique fasse office de traductrice pour communiquer. Dans les villages et pendant les consultations c’était tout de même difficile. Il était plus facile de communiquer en français en ville.

Comment vois-tu ta mission ? Quelle image en avais-tu à ton départ de France, et quelle image en as-tu aujourd’hui ?

Sacha :À mon retour en France, j’ai eu tendance à reprendre tout de suite mes habitudes : c’était comme si j’avais été absent deux semaines. Il m’a fallu du temps pour réaliser tout ce que cette expérience m’avait vraiment apporté. Cette étape de ma vie m’a permis de découvrir une forme de liberté que je ne connaissais pas. C’était dur et exceptionnel en même temps. En France, il faut se plier à des contraintes sociales, trouver un travail ; ce que j’ai vécu m’a obligé à me plier à une autre façon de vivre, une autre culture. Plus tard, j’aimerais repartir pour une autre mission.




« La mission de l’Église est de monter franchement dans la barque »

Dans son message d’ouverture du dixième Synode national de l’Église protestante unie de France, la pasteure Emmanuelle Seyboldt, revenant sur les défis auxquels les Églises et la société dans son ensemble sont confrontés – sécularisation, perte de crédibilité des institutions, érosion des structures sociales par la mondialisation – a voulu transmettre un message d’espérance. Une perspective qui devrait se retrouver dans les deux documents qui seront proposés au débat, puis au vote : la Charte pour une Église de témoins, et les objectifs stratégiques.

Emmanuelle Seyboldt au synode national de l’EPUdF à Mazamet © EPUdF

Les protestants en France, entend-on parfois du côté des sociologues, c’est, en gros, 3% de la population ; soit environ 2 millions de personnes. Une minorité, donc. Qui plus est, traversée de nombreuses lignes de failles, qu’elles soient sociologiques ou théologiques ; avec des préoccupations très diverses, des manières de prier, d’exprimer leur foi, de concevoir leur rapport à la société, qui diffèrent beaucoup d’une Église à une autre. Certaines sont de très petites communautés ; d’autres comptent des centaines de milliers de fidèles. À ce titre, l’Église protestante unie de France, née en 2012 de l’union de l’Église réformée de France et de l’Église évangélique luthérienne de France, est numériquement la plus importante, avec environ un millier d’Églises locales et 250.000 membres. Son synode national, qui se tient à Mazamet jusqu’au dimanche 29 mai, suscite l’intérêt au-delà du milieu de protestantisme ; La Croix lui a consacré un article et la radio RCF une émission spéciale – et elle couvre l’événement en direct. Il faut dire que les enjeux des débats sont cruciaux : « Mission de l’Église et ministères ». Un titre qui entre en forte résonance avec les préoccupations du Défap ; d’autant que le thème de la mission est aussi présent, au même moment, bien que de manière peut-être moins appuyée, au synode d’une autre Église membre du Service protestant de mission : l’Unepref.

Si le thème est aussi fondamental, c’est parce que la société évolue à marche forcée, poussant dans leurs retranchements des protestants luthéro-réformés traditionnellement discrets dans leur manière de témoigner de leur foi. Et qui peuvent se sentir bousculés par la croissance d’Églises évangéliques plus confessantes. Dans une société française fortement sécularisée, où les Églises sont globalement en perte d’influence, les sociologues notent une érosion du nombre de ceux qui se revendiquent d’une appartenance ecclésiale, avec l’apparition de phénomènes opposés. Il y a d’un côté ceux que ces mêmes sociologues baptisent les « non-vertis » : des personnes qui ont été socialisées dans une religion, et qui la quittent (par opposition au terme de convertis). Ainsi en France, seuls 26% des jeunes adultes se déclarent chrétiens. Mais parallèlement à cet affaiblissement de l’appartenance institutionnelle, à cette baisse d’influence de la régulation institutionnelle, sociale par la religion, on note une explosion de la religiosité. Conséquence paradoxale : se dire chrétien aujourd’hui, en Europe et en France, c’est une posture qui se fait plus rare… mais qui est plus assumée. Une tendance que le sociologue Jean-Paul Willaime décrit comme une forme « d’évangélicalisation sociologique du christianisme »… et partiellement détachée des institutions, puisqu’il note parallèlement « une certaine transconfessionnalisation du christianisme : des hybridations réciproques, l’émergence d’un christianisme transconfessionnel, qui cherche à dépasser le christianisme institutionnel à travers un christianisme plus personnel ».

« En tous temps et en tous lieux, les chrétiens se demandent comment vivre et témoigner de Jésus-Christ »

Le synode national de l’EPUdF à Mazamet © EPUdF

Comment peut se positionner une Église comme l’EPUdF ? Comme n’a pas manqué de souligner la présidente du Conseil national de l’EPUdF, Emmanuelle Seyboldt, dans son message d’ouverture à Mazamet, les défis ne sont pas forcément aussi nouveaux qu’ils le paraissent. Revenant sur un autre synode national qui s’était tenu également à Mazamet, celui de l’Église réformée de France, en 1947, elle a cité Marc Boegner qui évoquait alors le manque de pasteurs, l’inégalité de répartition des paroisses vacantes « au risque d’une rupture de solidarité entre les régions », la « désertion du culte, en particulier dans de nombreuses paroisses de campagne ». Et le même Marc Boegner soulignait :  » Notre Église souffre d’une hémorragie à quoi nous n’avons pas encore trouvé le remède. Cependant, Messieurs, d’autres signes, non moins visibles, parlent d’une vie qui résiste à l’assaut des forces de mort, d’une Église qui reprend peu à peu conscience de sa vraie vocation et de la seule force qui peut l’aider à y être fidèle ».

Un peu plus loin dans son message d’ouverture, Emmanuelle Seyboldt poursuit : « En tous temps et en tous lieux, les chrétiens se demandent comment vivre et témoigner de Jésus-Christ. Chaque époque présente des défis particuliers, des dangers, des risques, des tentations aussi (…) Aujourd’hui, nous pouvons ajouter aussi quelques défis auxquels les Églises et finalement tous nos contemporains sont confrontés : la sécularisation, la perte de crédibilité des institutions et de la parole d’une manière générale, la fin de la transmission familiale, l’éclatement de la société en microbulles sous la pression de la mondialisation, la méfiance généralisée et bien sûr le défi écologique et les conversions qu’il suppose dans notre manière de vivre, et ses conséquences, notamment les déplacements de population à venir. Alors, quelle est la mission de l’Église aujourd’hui ? » Et citant la traversée du lac de Tibériade par Jésus et ses disciples relatée au chapitre 4 de l’Évangile de Marc, Emmanuelle Seyboldt conclut : « Peut-être qu’aujourd’hui la mission de l’Église est de monter franchement dans la barque et de passer sur l’autre rive, dans le chaos du monde. Et comme ministres, on chercherait des hommes et des femmes de toutes sortes, venus de partout, qui n’ont pas le mal de mer et ne craignent pas la compagnie des vociférants. Je ne sais pas comment on pourrait appeler ces nouvelles formes de ministères, des colporteurs ou des témoins ? Pourtant je sais que c’est là que le Seigneur nous attend. »

Une perspective qui devrait se retrouver dans les deux documents qui seront proposés au débat, puis au vote : la Charte pour une Église de témoins, texte d’encouragement et de partage de convictions sur la mission de l’Église et les ministères ; et les objectifs stratégiques, définissant de grands domaines de travail et d’orientations, à partir desquels des propositions concrètes feront l’objet de la suite de la consultation synodale (en 2023-2024). La Charte devrait s’organiser autour de quatre points : affirmer la vocation de témoins de celles et ceux qui vivent l’Église, dans la lignée de « l’Église de témoins » qu’appelait de ses voeux Laurent Schlumberger ; réaffirmer le besoin de la rencontre et du partage face aux risques de repli ; insister sur la joie de la vie en Christ ; rappeler que la mission est d’abord un projet de Dieu, dans lequel viennent s’inscrire les chrétiens. Quant aux objectifs stratégiques, ils devraient tourner également autour de quatre axes : l’approfondissement de la foi, la connaissance des besoins dans notre société, des projets de vie des paroisses plus centrés sur la mission, et une réflexion sur les ministères utiles pour atteindre de tels objectifs.

 
La mission en débat à l’EPUdF : le dossier
 – le PDF «Mission de l’Église et Ministères»
la lettre d’accompagnement d’Emmanuelle Seyboldt
 
L’avancée des réflexions au Défap
 – Le Défap et les «jeudis de la mission»
Colloque du Défap : un moment charnière sur le chemin de la refondation
Refonder la mission
Vivre et Partager l’Évangile
«La mission de partout vers partout : les temps sont-ils mûrs ?»
Un défi à relever…
«L’interculturalité est un voyage, et souvent, on ne voit pas le chemin»
Une réflexion sur «les fruits du Défap»
Les fruits de la mission
«Être en mission est une grâce»
«Une réflexion refondatrice» pour «une vision et une action renouvelées»



Une nouvelle saison pour l’Unepref

Le synode national de l’Union des Églises protestantes réformées évangéliques de France (Unepref), l’une des trois Églises constitutives du Défap, se tient les 26 et 27 mai à Alès, dans le Gard ; il verra la fin de la présidence assurée depuis 10 ans par le pasteur Jean-Raymond Stauffacher, futur Secrétaire général de la Fédération Protestante de France, ainsi que le renouvellement de l’administrateur, Gérard Kurz. Le vote de renouvellement des équipes des commissions et coordinations occupera une place importante dans ce synode dit à « élections ».

Le temple d’Alès, où se tiendra le synode national de l’Unepref © Unepref

Le synode national de l’Unepref, qui se tient en cette année 2022 au temple d’Alès, les 26 et 27 mai, est placé sous le thème : « Nous avons vu les œuvres de Dieu » (Éphésiens 2:10). Il s’agira de retracer et de mettre en récit le chemin parcouru durant ces dix dernières années qui correspondent à une saison de réforme du fonctionnement de l’Union d’Églises. La journée du 26 mai tournera ainsi largement autour du rapport de synthèse sur ces dix ans donné par le pasteur Jean-Raymond Stauffacher, actuel président de l’Unepref. En effet, l’Union des Églises protestantes réformées évangéliques a considérablement fait évoluer sa structure en abandonnant une structuration en région pour une structuration nationale. L’objectif étant de favoriser le développement d’une dynamique allant du bas vers le haut plutôt que l’inverse. L’Union d’Églises est actuellement administrée par trois Commissions : Commission Permanente (exécutif de l’Union), Commission des Finances (gestion des charges communes et salaires) et Commission des Ministères (recrutement et accompagnement des pasteurs et diacres nationaux). Le synode se réunit désormais une fois par an et chaque Église y est représentée, ce qui favorise un processus décisionnel plus direct.

Ont également été mis en place trois coordinations qui ont pour but d’animer les Églises autour de trois dynamiques perçues comme essentielles : le soutien de la vie des Églises locales, la formation et l’engagement missionnel. Ainsi, la Coordination Vocation aide les Églises à discerner, formuler et vivre leurs engagements dans la société, la Coordination Édification les assiste dans l’enseignement biblique et la formation de disciple et la Coordination Mission soutient les actions de témoignage. Les Coordinations ont pour but de mettre en place un accompagnement responsabilisant les Églises et encourageant les initiatives locales, avec le soutien des visiteurs fraternels et de groupes de travails. Ce « pas en avant » a permis des avancées mais a aussi ouvert à certains effets qu’il convient d’évaluer et d’analyser.

L’organisation de l’Unepref © Unepref

Changement de cycle

Enfin, ce synode équivaut à la fin d’un cycle avec la fin de la présidence assumée depuis 2012 par le pasteur Jean-Raymond Stauffacher, qui prendra ses fonctions de nouveau secrétaire général de la Fédération protestante de France le 1er juillet, succédant à à Georges Michel, et le renouvellement de l’administrateur, Gérard Kurz. Le vote de renouvellement des équipes des commissions et coordinations occupera une place importante dans ce synode dit à « élections ». Ces deux jours seront aussi marqués par la reconnaissance de ministère de deux pasteurs et par les prises de parole d’invités internationaux.

Ce synode se tiendra juste avant la 4ème convention nationale de l’Unepref : un événement qui aura lieu les 28 et 29 mai au centre chrétien de Gagnières, avec l’installation d’un « village missionnaire » avec de nombreuses animations et des invités comme le Suisse Alain Auderset, artiste chrétien engagé dans ses albums de BD comme sur la scène, ou le collectif de louange Tehillah :
 




Mission de l’Église et ministères au menu du synode national de l’EPUdF

Le dixième Synode national de l’Église protestante unie de France se tiendra du Jeudi 26 mai au dimanche 29 mai 2022 à Mazamet. Il verra la poursuite des réflexions engagées sur le thème « Mission de l’Église et ministères ». Avec des enjeux cruciaux : quelle mission pour l’Église de demain ? Sous quelle forme ? Quelles relations entre mission au près et au loin ?

Le synode national de l’EPUdF à Sète en 2021 © Défap

Neuf ans après la création de l’Église protestante unie de France, la paroisse protestante de Mazamet, dans le Tarn, reçoit du 26 au 29 mai le Synode national. Sylvie Franchet d’Espérey, modératrice de cette session synodale 2022, accueillera les 200 délégués des neuf régions de l’EPUdF et des invités de France et d’Europe. Elle conduira leurs travaux, nourris par les divers rapports sur la vie matérielle et spirituelle de l’Église protestante unie de France. La présidente du Conseil national, la pasteure Emmanuelle Seyboldt, donnera son message au Synode le jeudi 26 mai à 18h45. Le culte final le dimanche 29 mai à 11 heures accueillera les nouveaux pasteurs reconnus dans leur ministère durant l’année.

Le Conseil national de l’Église a initié un processus synodal sur plusieurs années (2021-2024) intitulé « Mission de l’Église et ministères ». Pour cette session 2022, le Synode national devra discerner une vision globale et de grandes orientations à partir des contributions des synodes régionaux et des travaux des Églises locales en 2021. Pour cela, deux documents sont proposés au débat, puis au vote : la Charte pour une Église de témoins, texte d’encouragement et de partage de convictions sur la mission de l’Église et les ministères ; et les objectifs stratégiques, définissant de grands domaines de travail et d’orientations, à partir desquels des propositions concrètes feront l’objet de la suite de la consultation synodale (en 2023-2024).

Au Défap, une réflexion engagée depuis mars 2018

Les questions sur la mission, tous les organismes missionnaires y sont aujourd’hui confrontés, dans un temps qui connaît des évolutions de plus en plus rapides et de grande ampleur. Et ce qui est vrai des organismes missionnaires l’est tout autant des Églises elles-mêmes – et au sein du monde protestant, c’est tout particulièrement vrai des Églises dites «historiques». En témoignait l’an dernier le numéro 80 de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, qui s’est associée depuis à la revue Foi & Vie : ce numéro de PM s’attachait précisément aux questionnements auxquelles la mission fait face dans le contexte européen.

Au Défap, la réflexion est engagée depuis mars 2018, lorsque son président, Joël Dautheville, avait lancé un appel en faveur d’une dynamique refondatrice dans son message à l’ouverture de l’Assemblée générale. Une réflexion qui ne peut bien sûr être indépendante de celle des Églises constituant le Service Protestant de Mission. Mais en la matière, chacune avance en fonction de son propre contexte, de sa propre histoire et au rythme de ses propres instances. En octobre 2019, le colloque organisé au 102 boulevard Arago «Vers une nouvelle économie de la mission : parole aux Églises» avait permis de réunir les présidents des trois Églises constitutives du Défap : l’EPUdF, l’UEPAL et l’Unepref. Il s’était traduit par des échanges très riches au cours desquels s’étaient exprimées les diverses conceptions de la mission, et les diverses attentes vis-à-vis du Défap.

La mission en débat à l’EPUdF : le dossier
 – le PDF «Mission de l’Église et Ministères»
 – la lettre d’accompagnement d’Emmanuelle Seyboldt
L’avancée des réflexions au Défap
 – Le Défap et les «jeudis de la mission»
 – Colloque du Défap : un moment charnière sur le chemin de la refondation
 – Refonder la mission
 – Vivre et Partager l’Évangile
 – «La mission de partout vers partout : les temps sont-ils mûrs ?»
 – Un défi à relever…
 – «L’interculturalité est un voyage, et souvent, on ne voit pas le chemin»
 – Une réflexion sur «les fruits du Défap»
 – Les fruits de la mission
 – «Être en mission est une grâce»
 – «Une réflexion refondatrice» pour «une vision et une action renouvelées»



Le Défap est dans le pré !

Entre le 4 et le 6 juin 2022, le Défap sera présent au grand rassemblement de jeunes de l’UEPAL « La Parole est dans le Pré ». Avec des animations emmenées par Éline O. dans son sac à dos, ainsi que tous les éléments nécessaires pour organiser une belle partie d’escape game sur le thème du Défap et de la mission aujourd’hui…

Photo extraite de la page Facebook de « La Parole est dans le Pré », le grand rassemblement des jeunes de l’UEPAL © UEPAL

Avant les tentes, les matelas de camping et les soirées à la belle étoile ; avant les bébêtes qui piquent, les herbes qui démangent et les discussions théologiques en forme de poil à gratter autour des feux de camp, ça s’active ferme au sein des équipes chargées de l’organisation de « La Parole est dans le Pré » (« PdP » pour les initiés). Facebook bourdonne de posts et de photos de jeunes et bénévoles en plein travail, entre extraits musicaux pour donner l’eau à la bouche aux futurs participants et conseils avisés sur le « dress code » officiel de l’opération (à savoir : bottes et chapeau de paille). Le thème de cette édition 2022 : Choisis la vie !

Comme l’annonce le site de l’opération avec gourmandise, ce sera pour tous les participants l’occasion de « vivre des expériences par dizaines comme : chanter, écouter de la musique, danser, célébrer un culte, jouer à des jeux originaux, faire du sport, des activités artistiques, bronzer (enfin normalement), se coucher tard, se lever tard, faire des photos, du théâtre, manger des chips arrosées de boisson gazéifiée sucrée, goûter au fromage de la ferme, au lait de la vache, apprendre le tricot, participer à un grand jeu, lire des textes bibliques comme on n’en pas l’habitude, se sentir libre comme la fourmi dans son champ, compter les étoiles du ciel, découvrir le football luthérien, la pétanque carrée et ce qui se cache derrière la robe des pasteurs (je n’ai pas dit sous). La Parole est dans le Pré, c’est vraiment pour tous les amateurs de liberté. »

Un demi-millier de jeunes attendus

Au programme, après une cérémonie d’ouverture au ton décalé : un grand jeu inter-villages avec des ateliers et des défis ; un temps de méditation dans un amphithéâtre de verdure ; des invités qui viendront témoigner de leur engagement ; un culte, une soirée festive, des animations bibliques… Tout ceci sur trois jours et deux nuits. Et le Défap sera sur place, avec Éline O. qui présentera des animations sur le thème de la mission, et qui donnera aussi aux participants l’occasion de mieux connaître, de façon ludique, le Service protestant de mission à travers son escape game…

Illustration pour « La Parole est dans le Pré », le grand rassemblement des jeunes de l’UEPAL © UEPAL

Le logo de cette année est à lui tout seul une véritable déclaration de foi : on y retrouve pêle-mêle une tête de vache sous un parasol, des bottes au décor de pâquerettes… « La Parole est dans le Pré », c’est un peu le croisement entre un rassemblement scout et un festival : un cocktail de bonne humeur et d’ambiance estivale. Il y a de la musique et des rencontres, tout ceci tournant autour du partage de la foi. Cette année 2022 marque le grand retour de ce rassemblement, organisé tous les deux ans, après une période obscurcie par la pandémie de Covid-19 et par son cortège de restrictions sanitaires. Et pour marquer ce retour, « Le nouveau Messager » a consacré un dossier à l’événement, dans lequel il donne notamment la parole à des jeunes participants.

Ce rassemblement de jeunes chrétiens en est à sa sixième édition. Et en un peu plus d’une dizaine d’années, en dépit d’un lieu de rendez-vous au nom imprononçable pour des non-Alsaciens (Pfaffenhoffen), il a largement conquis son audience et sa légitimité, au point de devenir « le » grand rassemblement des jeunes de l’UEPAL (l’Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine)… mais aussi d’ailleurs. Lors de la dernière édition du rassemblement en 2018, 500 jeunes avaient participé à l’événement. Pour cette année, après la difficile parenthèse du Covid qui a donné aux jeunes l’envie de revenir aux rencontres « en présentiel », les organisateurs en espèrent au moins autant. Le public cible, c’est celui des ados de 12 à 16 ans ; mais pour celles et ceux qui ont passé la limite d’âge, il y a largement de la place parmi les équipes d’animation.
 




25-26 juin : une nuit pour prier pour les victimes de la torture

L’Assemblée générale des Nations unies a proclamé la date du 26 juin Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, afin d’assurer l’application de la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Il s’agit donc d’une date clé pour le mouvement international de l’ACAT. L’idée de la Nuit des Veilleurs, lancée en 2006, est de créer une chaîne internationale de personnes se recueillant pour les victimes. Partout dans le monde, les chrétiens sont appelés à veiller en soutien à quelques-unes d’entre elles. Lors d’événements organisés près de chez eux, ou seuls en tout autre lieu, ils accompagnent les actions de plaidoyer et les relaient jusqu’au cœur de Dieu, dans une nuit où la prière se fait cri. Un cri mobilisateur.

Illustration pour la nuit des veilleurs de l’ACAT © Juliette Léveillé

Ils sont vietnamiens, chinois, mexicain, camerounais, égyptien… Ils sont ou ont été menacés, battus, torturés, emprisonnés, maintenus en détention. Pour leurs convictions, pour leur engagement politique, pour leur engagement en faveur des droits humains, pour ce qu’ils sont. Pour les faire parler, pour les faire taire. Sans raison. Ils ne sont que quelques-unes des milliers de personnes victimes de la torture partout dans le monde. Ils symbolisent toutes ces souffrances muettes, niées, que des pays, des gouvernements voudraient faire disparaître, et auxquelles vos prières et votre action peuvent rendre une existence et une voix.

Depuis 2006, à l’occasion du 26 juin, date choisie par l’Onu comme la Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, et à l’appel de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture, ONG chrétienne de défense des droits de l’homme créée en 1974), des milliers de chrétiens en France et de par le monde s’unissent dans une veillée de prière en soutien aux victimes de torture. Jusqu’en 2019, les chrétiens étaient invités à veiller pendant des évènements organisés près de chez eux : nuit de prière, veillées de feu, célébrations œcuméniques, concerts, processions aux lanternes… En 2020, il a fallu s’adapter pour respecter les gestes barrières imposés par la crise sanitaire. Le site internet a alors proposé des ressources spirituelles, des chants et des psaumes, le cas de victimes à soutenir, le suivi de victimes mises en lumière l’année précédente, avec en plus, la possibilité d’allumer une bougie virtuelle, de faire des dons via une obole et d’inscrire tout moment de recueillement personnel, en famille ou avec des amis proches pour s’y joindre par la pensée, au téléphone, à distance Les restrictions sanitaires levées, cette année 2022, dans la nuit du 25 au 26 juin, l’ACAT appelle à nouveau les chrétiens à veiller lors d’événements organisés sous forme de rassemblements : célébrations œcuméniques, chants, prières… Les manifestations en lien avec cette nuit de veillée sont indiquées ici. Quant au site, il continue de proposer des ressources spirituelles, avec une nouveauté : un livret téléchargeable proposant un exemple de célébration œcuménique.

Quel que soit le visage que prendra cette veillée, là où vous serez, l’important sera de se rassembler autour des victimes de la torture ou de mauvais traitements, dans un même élan spirituel et solidaire.

Quelques-unes des victimes soutenues par l’ACAT

      • Tsi Conrad est un journaliste de 35 ans, vivant à Bamenda, ville située dans la région du Nord-Ouest du Cameroun. Dans le cadre de son travail, il a suivi les premières manifestations de mécontentement de populations anglophones en octobre 2016 et les répressions qui s’en sont suivies par les forces de l’ordre. Il a distribué des images de ces répressions à des organes de presse, des journalistes et en a publiées sur ses comptes personnels dans divers médias sociaux. A plusieurs reprises, il a été menacé d’arrestation par des policiers lorsqu’il filmait les répressions de manifestations. Finalement, le 8 décembre 2016, Tsi Conrad a été arrêté par des militaires sous la menace d’une arme alors qu’il filmait une nouvelle manifestation au cours de laquelle des policiers avaient tiré à balles réelles. Il a été condamné à 15 années de prison. Son avocat a fait appel le 23 mai 2018. Cet appel n’a toujours pas été examiné. Le 5 mai 2021, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire a adopté l’Avis n°10/2021 dans lequel il indique que « la privation de liberté de Tsi Conrad est arbitraire » et demande au gouvernement camerounais de le « libérer immédiatement ».
      • Olivier Bibou Nissack, Alain Fogué, Pascal Zamboue, Mispa Awasum :Au cours du mois de décembre 2021, plus de 80 militants et cadres du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), principal parti d’opposition au Cameroun, ont été condamnés à des peines allant de six mois à sept ans de prison ferme pour « attroupement », « insurrection » ou encore « rébellion ». En date du 15 janvier 2022, Amnesty International dénombrait 107 sympathisants et membres du MRC en détention à Yaoundé, Douala, Bafoussam et Mfou, arrêtés pour avoir voulu ou pris part aux manifestations ayant eu lieu en septembre 2020. Plusieurs détenus du MRC ont indiqué avoir fait l’objet de tortures et d’autres formes de mauvais traitements lorsqu’ils étaient détenus au sein du Secrétariat d’État à la Défense (SED) à Yaoundé.
      • Huang Xueqin: Le 19 septembre 2021, la journaliste Huang Xueqin a été enlevée par la police, alors qu’elle s’apprêtait à se rendre le lendemain au Royaume-Uni pour y poursuivre ses études. Elle a été accusée « d’incitation à la subversion du pouvoir de l’État », suite à de nombreux rassemblements privés auxquels elle a participé chez un autre journaliste et activiste qui a également été enlevé, Wang Jianbing.
      • Le Huu Minh Tuan (Lê Hữu Minh Tuấn) est un journaliste membre de l’Association des journalistes indépendants du Vietnam (IJAVN), organisation de la société civile créée en 2014 qui promeut le droit à la liberté d’expression, à la liberté de la presse et à la liberté d’association. L’association des journalistes indépendants du Vietnam n’est pas officiellement reconnue par le Parti communiste vietnamien et pour cette raison elle opère en ligne. De ce fait, Le Huu Minh Tuan a été arrêté le 12 juin 2020 par la police d’Ho Chi Minh City, après plusieurs mois de menaces et d’intimidations de la part du bureau de la sécurité publique, le renseignement intérieur vietnamien.
      • Erick Ivan et Veronica : Le 8 juin 2011, Erick et Verónica avaient été violemment arrêtés par des policiers fédéraux en civil sans qu’un mandat d’arrêt ne leur ait été présenté. Accusés sans preuve, le frère et la sœur ont été torturés dans l’objectif de leur arracher des aveux. Ils ont tous deux été frappés, électrocutés dans les parties génitales, soumis au simulacre de noyade, et Verónica a été victime de sévices sexuels, dont des viols. Deux jours plus tard, sans être assistés d’aucun avocat, ils avaient été contraints de signer une déposition dans laquelle ils se déclaraient coupables de deux enlèvements crapuleux. Depuis 2011, Erick et Verónica sont incarcérés sans qu’un procès n’ait été ouvert contre eux.
      • Mohamed El-Baker est un avocat spécialisé dans les droits humains, fondateur et directeur du Centre Adalah pour les droits et libertés depuis 2014. Arrêté le 29 septembre 2019, il est arbitrairement détenu depuis plus de deux ans dans des conditions difficiles. Le lundi 20 décembre 2021, Mohamed est condamné à 4 ans d’emprisonnement au cours d’un procès inique.

    La nuit des veilleurs : présentation en vidéo : Nathalie Seff, déléguée générale de l’ACAT France, rappelle à travers un extrait de la DUDH les fondements de la dignité humaine qui guident l’action de l’association.




Go to Arago : session retour pour la formation CPLR-Défap

Après « Go to Togo », stage interculturel organisé en 2019 grâce à un partenariat entre la CPLR et le Défap dans la ville togolaise de Kpalimé, voici venue l’heure de la deuxième partie de cet échange. Elle associe, comme lors de la première partie, 24 pasteurs français et togolais. Mais si l’étape togolaise avait été axée sur l’accompagnement pastoral des familles, celle qui va se dérouler au Défap sera, elle, placée sous le thème de la guérison.


Douze pasteurs de France et douze du Togo ; tous réunis durant une dizaine de jours pour échanger et se former à propos d’un thème crucial pour leur pratique pastorale quotidienne… L’opération évoque fortement le stage « Go to Togo » organisé en 2019, et pour cause : les participants sont les mêmes et cette rencontre est la suite logique de celle qui avait eu lieu à Kpalimé. Mais alors qu’en mars 2019, les pasteurs togolais accueillaient leurs collègues français, cette fois-ci, ce sont les Togolais qui seront accueillis. Cette session retour se déroulera du 7 au 17 juin au siège du Défap, au 102 boulevard Arago, à Paris.

Ces échanges hors des cadres habituels et par-delà les frontières sont organisés par la CPLR (la Communion luthéro-réformée), en collaboration avec le Défap. En mars 2019, la thématique en était l’accompagnement pastoral des familles. Fruit d’une initiative commune de l’Église évangélique presbytérienne du Togo (EEPT) et du Défap, cette première partie du stage CPLR s’inscrivait alors dans le prolongement de la réflexion lancée par la Cevaa à travers son Action Commune « Familles, Évangile et cultures ». Pour cette année 2022, le thème sera : « Miracles et guérisons, regards et enseignements ». Avec des intervenants comme Corina Combet Galand, bibliste et ancienne professeur en Nouveau Testament à l’Institut Protestant de Théologie de Paris ; la bibliste Christine Prieto ; Franck Agbi Awume, professeur en Nouveau Testament à la Faculté d’Atakpamé, au Togo ; Frédéric Chavel, dogmaticien et professeur à l’Institut Protestant de Théologie à Paris… Mais avec aussi des acteurs de terrain : les participants pourront ainsi s’entretenir avec Victor Azdra, aumônier des établissements sanitaires et médicaux-sociaux ; avec Jonathan Ahovi, pédopsychiatre, qui assure une consultation transculturelle à la Maison de Solenn à Paris ; Célin Nzambe, médecin congolais…

Il est à souligner que le thème des « miracles et guérisons » a été choisi par le groupe lui-même à la fin de la session à Kpalimé. Du côté togolais, il renvoie à la question de l’opposition (ou à l’inverse de la cohabitation possible) entre rituels de la tradition (y compris sorcellerie) et apports de l’Évangile. Comment ces deux réalités cohabitent-elles ou s’affrontent-elles dans le contexte africain ? Et du côté européen, la question de la guérison ou du miracle, traverse de manière contrastée les différents courants théologiques et spirituels : il peut ainsi être envisagé de manières très différentes dans des Églises de sensibilité luthéro-réformée ou évangélique… Dès lors, sur quelle vision du monde (rationalité / scientisme / mystère) s’appuient ces différents courants ? Comment sont lus les récits bibliques de miracles et de guérisons ?

Au bout du compte, si d’un point de vue biblique la donne miraculeuse est présente, comment s’articule-t-elle aux divers contextes culturels ? Et comment se déploie-t-elle dans un contexte d’interculturalité ?

Ne pas confondre la CPLR et le CPLR

Plus qu’un organe de formation, la CPLR est une communion d’Églises entre l’Église protestante unie de France et l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine. Si ses actions touchent à la formation permanente des pasteurs, elles concernent aussi la catéchèse et la coordination des représentations dans des instances œcuméniques nationales et internationales. La CPLR est héritière directe du CPLR (Conseil Permanent Luthéro-Réformé), dont l’existence avait en fait précédé les créations à la fois de l’UEPAL et de l’EPUdF. Créé en 1972 et lui-même issu d’une instance de dialogue dite «des Quatre bureaux», le Conseil Permanent Luthéro-Réformé réunissait alors quatre Églises protestantes de France, à savoir l’ERF (Église réformée de France), l’EELF (Église évangélique luthérienne de France), l’EPCAAL (Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine) et l’EPRAL (l’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine). Un rapprochement qui s’inscrivait dans un contexte européen de dialogue entre Églises de traditions luthérienne et réformée, dont la traduction la plus visible s’était manifestée dès 1970 par la signature de la Concorde de Leuenberg, texte d’accord théologique reprenant les grandes questions des sacrements (Baptême et Cène) et des ministères.

Les domaines d’intervention de la CPLR (formation, mission…) ont poussé depuis de nombreuses années à des rapprochements avec le Défap, service missionnaire des Églises luthéro-réformées (même si l’une des Églises membres du Défap, l’UNEPREF, n’a pas de liens avec la CPLR). Si la formation initiale des pasteurs est assurée par la faculté de Strasbourg en Alsace-Moselle, et par l’Institut Protestant de Théologie pour la « France de l’intérieur », la formation permanente, élément essentiel de la vie des pasteurs, est gérée depuis longtemps en commun grâce à la CPLR. Pour le Défap, il s’agissait de promouvoir les thèmes de la missiologie et les préoccupations liées à la mission dans le cadre de cette formation continue. Après diverses expériences d’échanges de pasteurs (par exemple, un pasteur français pouvait partir un mois au sein d’une Église béninoise, et en retour, un pasteur béninois pouvait venir en France), expériences qui se heurtaient souvent à la difficulté de rendre les pasteurs disponibles durant une période aussi longue, le Défap a décidé de s’insérer dans les stages de formation de la CPLR. Avec l’idée d’organiser tous les deux ans un stage en commun Défap-CPLR, le Défap s’occupant de l’animation internationale. C’est ainsi qu’ont été mis sur pied des stages au Sénégal, au Cameroun, au Maroc… Concrètement, le rôle du Défap est celui de facilitateur, en assurant les liens entre Églises côté français, ainsi que les liens Nord-Sud entre partenaires.

Pour aller plus loin :



Perspectives Missionnaires rejoint Foi & Vie

Le numéro 82 de Perspectives Missionnaires aura été le dernier publié en édition papier : place désormais au Cahier d’études missiologiques et interculturelles de Foi & Vie, dont le premier numéro reprend le dossier du dernier « PM » sur le prosélytisme. Explication de cette évolution par Marc Frédéric Muller.

Photo illustrant le dossier « prosélytismes… au pluriel », dans le Cahier d’études missiologiques et interculturelles de Foi & Vie, reprise du n°82 de Perspectives Missionnaires © Foi & Vie

La revue Perspectives missionnaires (PM), après quarante années d’existence indépendante et quatre-vingt-deux numéros parus, vient rejoindre Foi & Vie sous la forme d’un « Cahier d’études missiologiques et interculturelles ». L’équipe de PM espère ainsi enrichir la palette des champs de recherche de la revue numérique.

Il est utile de formuler ici la raison d’être du cahier qui voit le jour en présentant sa ligne éditoriale.

Premièrement, il est toujours nécessaire de réfléchir théologiquement à la façon dont les chrétiens entendent porter leur témoignage. Les débats dans la société civile et au sein même du protestantisme, remettant en question la légitimité de la mission, ont pu discréditer le recours à toute entreprise missionnaire. Pour certains, le mot mission peut sembler au mieux désuet et au pire évoquer des entreprises conquérantes, incompatibles avec l’Évangile et avec la valeur impérieuse du respect des consciences. Dans cette perspective, « la mission » renvoie à des pages jugées sombres de l’histoire du christianisme et de la civilisation occidentale. L’évangélisation qui y est associée, de façon réductrice, souffre également d’une mauvaise image ; elle est souvent perçue comme la prétention d’obtenir à tout prix des conversions, en forçant les consciences ou en les manipulant, sans égards pour le milieu socio-culturel où elle est engagée. Or, la réflexion missiologique a régulièrement interrogé les pratiques missionnaires, depuis les écrits du Nouveau Testament jusqu’aux conférences mondiales œcuméniques des dernières décennies (par exemple, Willingen 1952 ou Busan 2013). La Conférence des Églises protestantes en Europe, en 2001, se demandait : « Comment annoncer l’Évangile de telle manière que la forme choisie corresponde au contenu ? » Autrement dit comment « évangéliser de manière évangélique » de telle sorte que les Églises ne fassent pas le contraire de ce qu’elles proclament : un message libérateur et une parole de réconciliation.

Deuxièmement, il est important de contribuer à un travail historiographique. Il consiste à garder la mémoire, à observer, à décrire et à analyser les pratiques missionnaires, dans des contextes divers et à des époques diverses, en évaluant leurs soubassements idéologiques, qu’ils soient théologiques, philosophiques ou liés à un imaginaire ancré dans une culture spécifique. Les expressions chrétiennes sont en évolution constante dans le temps et selon les lieux, partout où l’Évangile s’est propagé. Dans leur diversité confessionnelle (approche œcuménique) et culturelle (réflexion sur les enjeux de la traduction et de réception de l’Évangile), elles montrent que le témoignage chrétien est aux prises avec les transformations du monde et que les Églises s’en trouvent elles-mêmes transformées.

Troisièmement, ces dernières années, du fait d’une mondialisation accrue des échanges résultant aussi bien des vagues migratoires que de la révolution numérique, les sciences religieuses et la missiologie ont concentré leurs travaux sur la complexité des rapports entre Évangile et culture, sous-tendue par des interprétations débattues de la définition tant de l’un que l’autre. Les dynamiques sont d’une étonnante diversité : adaptation, accommodation, inculturation, contextualisation, métissage, syncrétisme, interculturation, etc. sur fond de résistance, de confrontation, de dialogue, de rejet ou d’appropriation. Elles touchent le christianisme qui est à la fois déplacé dans ses expressions et créateur de culture. Derrière le phénomène de l’interculturalité, les enjeux sont parfois très lourds puisqu’ils concernent le « vivre-ensemble », la cohésion sociale et la reconnaissance des identités, la liberté religieuse et la construction d’une société de justice, de paix.

Quatrièmement, ce cahier souhaite modestement répondre au besoin d’un espace intellectuel de langue française, ancré dans le protestantisme et œcuménique, ouvert à des personnes en recherche sur tous les continents, désireuses d’exposer convictions et réflexions prospectives sur les voies du renouvellement du témoignage chrétien. Il s’agit d’accueillir des contributions venues de contextes divers et de stimuler la rédaction de textes permettant de croiser les regards. C’est un travail qu’il faut organiser et qui requiert un effort soutenu car il implique de franchir des frontières confessionnelles, géographiques linguistiques ou culturelles.

Une équipe d’une quinzaine de personnes a jusqu’ici conçu et préparé les dossiers parus sous le titre de Perspectives missionnaires. Nous nous réjouissons que les archives soient bientôt intégralement disponibles, en ligne, sur le site de Foi et Vie.

C’est avec reconnaissance que nous rejoignons la revue Foi et Vie, saluant l’intérêt de son comité de rédaction pour le champ de réflexion que nous avons ici esquissé.

Marc Frédéric Muller

 

Le sommaire de ce Cahier d’études missiologiques et interculturelles