«La mission dans tous ses états» : un week-end de réflexion à Lyon avec le Défap

Comment parler de la mission aujourd’hui ? Comment cette thématique doit-elle être prise en compte au sein des Églises ? Cette question, qui était déjà au cœur du dernier conseil national de l’EPUdF, a été évoquée à Lyon lors d’une table ronde à laquelle participaient notamment Basile Zouma et Emmanuelle Seyboldt.

Affiche de « La mission dans tous ses états », événement organisé à Lyon les 26 et 27 novembre © Défap

« Le défi missionnaire va-t-il changer la face de l’Église… ou juste la façade ? » Derrière le jeu de mots, un thème et un enjeu cruciaux, non seulement pour les organismes missionnaires comme le Défap… mais aussi pour les Églises elles-mêmes. En témoignaient la qualité des intervenants qui étaient présents, ce 26 novembre, pour débattre lors de la table ronde organisée à l’initiative du pasteur Pierre Blanzat à l’espace Bancel, à Lyon. Il y avait là Emmanuelle Seyboldt, présidente du Conseil national de l’Église protestante unie de France – l’EPUdF qui a précisément placé son dernier synode national sous le thème de « Mission de l’Église et ministères » ; Basile Zouma, Secrétaire général du Défap ; Peter Hanson, pasteur luthérien américain qui œuvre à la fois à l’Église protestante unie de Lyon rive-gauche et à l’Église anglicane Trinity Church Lyon ; et Robert Innes, évêque anglican du diocèse d’Europe. Quatre intervenants pour cette table ronde, et pas moins de cinq organismes du milieu des Églises participant à ce week-end, puisque l’Église évangélique du Cameroun en France (qui a créé sa première paroisse française précisément à Lyon, en 2008) en était également partenaire. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si cet événement était organisé à Lyon, une ville où le dialogue œcuménique est particulièrement actif.

Par définition, la mission – y compris dans son acception profane – suppose un but à atteindre ; elle implique des efforts à accomplir et des difficultés à surmonter… Il n’y a pas de mission qui aille de soi. C’est d’autant plus vrai dans le domaine missionnaire – et plus encore aujourd’hui. Tous les organismes missionnaires sont poussés à mener des réflexions approfondies sur leur rôle, leurs moyens, leurs domaines d’intervention – et au-delà, sur ce qu’implique la mission aujourd’hui. Tous ont été amenés à se réformer pour pouvoir adapter leur action dans un monde qui bouge, dans des sociétés qui se transforment de manière rapide et radicale.

Emmanuelle Seyboldt et Robert Innes au Grand Temple de Lyon pour le culte du premier dimanche de l’avent © Église Protestante Unie de Lyon Rive Gauche

Comment parler de la mission en Europe aujourd’hui, comment répondre aux défis du monde actuel comme, par exemple, celui de la participation des Églises aux grands débats de société, celui de la relation aux exclus, aux migrants, celui de la sauvegarde de la création ? Quel témoignage porter dans une société où les Églises, en tant qu’institutions, sont en perte d’influence pendant que se développent des formes de religiosité hors institutions ? Quelles relations trouver entre Églises – celles qui sont implantées dans notre pays de longue date, celles qui s’y implantent, parfois avec un projet ouvertement missionnaire, et celles établies au loin, avec lesquelles existent des relations de longue date ? Quelle place pour les échanges de personnes dans ces relations entre Églises, quelle place pour la solidarité internationale ? Quels équilibres trouver entre témoignage et action concrète ? Quelles relations avec les autres chrétiens, avec les autres religions ? Aucune de ces questions n’est vraiment nouvelle, mais elles se posent d’année en année avec plus d’acuité.

« L’Église a des frontières qui vont bien plus loin qu’elle ne l’imagine »

À l’occasion de cette table ronde, les divers intervenants ont pu partager leurs expériences : le pasteur Peter Hanson, qui a longuement œuvré au Sénégal, a ainsi pu témoigner des effets du choc culturel… à l’aller, mais aussi au retour. Or, s’il s’attendait à devoir faire des efforts d’adaptation en allant des États-Unis, où il était né et avait grandi, au Sénégal, il ne s’attendait nullement à devoir se réadapter en revenant sur le territoire américain, où il a retrouvé un contexte, mais aussi un milieu d’Église très différents de ceux qu’il avait précédemment connus. Emmanuelle Seyboldt a évoqué le long travail de réflexion sur « Mission de l’Église et ministères » en cours au sein de l’EPUdF, mais aussi les partenariats noués avec d’autres Églises comme celle d’Angleterre, et a évoqué des expériences comme celle des « fresh expressions ». Basile Zouma, pour sa part, a rappelé l’histoire du Défap, tout le chemin parcouru depuis les années 70 jusqu’à aujourd’hui : « un parcours riche de rencontres, de relations, de réflexions » pour un organisme dont la vocation est « d’établir des ponts ». Et de souligner : « Dans aucune société humaine, il n’est naturel de penser à celui ou celle qui est loin ; on a d’abord tendance à penser à soi, aux proches. D’où l’intérêt de lieux « poils à gratter », destinés à nous rappeler que le monde ne se limite pas à notre petite sphère géographique ». Et au-delà même de cet aspect, les Églises ne peuvent prétendre se tenir à l’écart des grands changements du monde : leur composition même change en profondeur, ce qui est valable sur tout le territoire national, et pas seulement dans les grandes villes. Les mouvements de population touchent ainsi directement à la sociologie des paroisses.

« Si l’on prend l’exemple d’un continent avec lequel la France a des liens historiques, le continent africain, souligne Basile Zouma, il faut bien se rendre compte qu’aujourd’hui, il existe des communautés issues de pays d’Afrique dans nombre de paroisses de l’EPUdF. Ces communautés participent à la vie de l’Église, l’enrichissent, et viennent aussi lui rappeler qu’elle a des frontières qui vont peut-être bien plus loin qu’elle ne l’imagine. L’Église d’aujourd’hui ne correspond plus au modèle qui avait cours il y a seulement quelques décennies, elle a poussé des branches si loin qu’elle ne s’en rend parfois plus vraiment compte elle-même : il n’est pas simple pour tout le monde de prendre conscience de cette nouvelle réalité. » Et Basile Zouma d’ajouter, pour répondre à la question qui donnait son thème à la table ronde : « que l’on parle de face ou de façade de l’Église, les deux sont importantes. Quand on a une façade dégarnie, ça ne donne pas envie d’entrer ; et quand on entre, on doit trouver quelque chose qui donne envie de rester. Dans l’Église, nous devons donc travailler notre présence au monde pour donner à la fois envie d’entrer et de rester. »

Au-delà de la table ronde, qui se tenait le samedi à 17h30 à l’espace Bancel avec les quatre intervenants, c’était le week-end entier qui était placé sous la thématique de la mission, avec un culte interculturel organisé le dimanche matin au Grand Temple de Lyon, et un culte-cantate dans l’après-midi avec l’ensemble Bruecken. C’était aussi l’occasion de présenter l’exposition sur les 50 ans du Défap, qui aura prochainement vocation à circuler dans les paroisses de la région lyonnaise.




COP 27 : comment les Églises s’engagent

Alors que la 27ème Conférence des Parties s’est tenue en novembre en Égypte, événements climatiques extrêmes et rapports d’experts se conjuguent pour appeler les décideurs mondiaux à faire davantage pour sauvegarder les conditions de vie sur notre planète. Aux côtés des ONG et des militants pour l’environnement, les chrétiens s’engagent aussi. En France, le milieu des Églises protestantes témoigne d’une claire conscience des enjeux et des défis de la sauvegarde de la création. Un mouvement dans lequel s’inscrit pleinement le Défap.

Les inondations au Pakistan vues depuis l’espace : à gauche, photo satellite du 4 août 2022 ; à droite, photo satellite prise le 18 août montrant les zones inondées © Nasa

Le changement climatique n’est plus une menace lointaine : nous en avons désormais les effets tous les jours sous les yeux. Des effets redoutables, qui se traduisent par des destructions et des pertes de vies humaines touchant principalement les pays du Sud. C’est ce constat, fait dès l’ouverture de la COP 27 le dimanche 6 novembre 2022 à Charm el-Cheikh, en Égypte, qui a conduit ces pays à réclamer des dédommagements financiers. Cette question délicate des « pertes et dommages » a été officiellement ajoutée à l’ordre du jour lors de la cérémonie d’ouverture, alors qu’elle ne devait jusqu’alors faire l’objet que d’un « dialogue », prévu jusqu’en 2024.

L’image d’ouverture de cet article résume à elle seule cet enjeu : elle montre les effets des inondations catastrophiques qui ont frappé le Pakistan au cours des mois précédant cette 27ème Conférence des Parties, qui a regroupé les États signataires de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) adoptée lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992. Depuis la mi-juin 2022, le Pakistan a été touché par des pluies de mousson hors-normes qui ont provoqué les pires crues dans le pays en une décennie. Selon l’Autorité nationale de gestion des catastrophes du Pakistan, les inondations ont touché plus de 33 millions de personnes et détruit ou endommagé plus d’un million de maisons. Au moins 1100 personnes ont été tuées par les eaux qui ont submergé des dizaines de milliers de kilomètres carrés du pays.

Ce que l’on prévoit, ce que l’on observe

Mais ce n’est que l’un des événements les plus dramatiques d’une année 2022 qui a vu se multiplier les anomalies climatiques, comme les canicules répétées en Europe accompagnées d’incendies hors-normes, ou la sécheresse extrême qui frappe la Corne de l’Afrique. Un rapport de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) publié à l’ouverture de la COP 27 constitue un nouveau signal d’alerte : si les projections pour cette année se confirment, les huit années de 2015 à 2022 seront les plus chaudes jamais enregistrées. Il vient s’ajouter au dernier rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), qui souligne que la fenêtre d’action pour limiter la hausse globale des températures est en train de se refermer. Les politiques publiques mises en œuvre par les États depuis la COP 26 – qui s’est tenue en 2021 à Glasgow, au Royaume-Uni – se traduisent aujourd’hui par une différence négligeable en ce qui concerne les émissions de gaz à effet de serre jusqu’alors prévues pour 2030. Ce qui est très insuffisant pour atteindre l’objectif de l’Accord de Paris de limiter le réchauffement climatique bien en-dessous de 2°C. Sans un changement majeur, la température moyenne du globe devrait augmenter de 2,8°C d’ici la fin du siècle. Et même si les engagements déjà pris au niveau international étaient effectivement tenus – ce qui est loin d’être le cas – la hausse de température atteindrait entre 2,4 et 2,6 °C.

La fiabilité de ces prévisions est largement reconnue dans le milieu scientifique. Certes, il ne s’agit que de prévisions. Mais ce que l’on peut d’ores et déjà observer aujourd’hui va dans le même sens. Comme ce que montre cette animation :
 

Une Terre bleue, où des bouffées de chaleur apparaissent parfois en jaune ou rouge : une Terre qui, au fil du temps et des années, vire peu à peu à un bleu plus pâle, puis à une couleur dorée presque uniforme… Et bientôt, la couleur dominante vire au cuivre. Ce pourrait être un cauchemar de science-fiction. Ce n’est qu’une des multiples animations disponibles aujourd’hui et qui transcrivent sous forme de graphiques ou de mises en images frappantes les résultats d’études scientifiques sur l’évolution du climat. Celle-ci fait partie d’un ensemble de vidéos mises en ligne par la Nasa sur sa page Youtube consacrée au climat, et qui ont toutes pour but de synthétiser les observations réalisées dans de multiples domaines et de multiples régions sur les changements climatiques. Il ne s’agit en rien d’une projection, qui pourrait présenter une vision catastrophiste d’un futur lointain : c’est tout simplement la compilation de données recueillies entre les années 1880 et 2017 sur les anomalies de températures observées dans le monde.

Quand les Églises appellent à une « conversion » écologique

Alors que les conséquences des changements climatiques, mais aussi de la déforestation et de l’épuisement des ressources naturelles font peser des menaces sur l’avenir de toute l’humanité, et notamment des plus fragiles, les questions environnementales ne sont plus du seul ressort des spécialistes ou des militants écologistes. Les humanitaires s’y sont mis aussi. Les Églises se sont également saisies de la question, aux côtés de nombreux mouvements citoyens. Une préoccupation visible depuis longtemps au niveau international : dès 1983, la Déclaration œcuménique de Vancouver avait souligné les liens existant entre justice, paix et sauvegarde de la création. Au niveau français, à l’approche de la COP 27, le Conseil d’Églises chrétiennes en France (CECEF) a diffusé une adresse œcuménique appelant le président Macron à « une vraie « conversion » écologique ». L’Église Protestante Unie de France avait pour sa part pris comme thème principal de son synode national en 2021 : « Écologie : quelle(s) conversions » ; et à l’issue de ses travaux, le Synode avait diffusé un texte constituant une prise de position publique à l’adresse non seulement de ses membres et des paroisses, mais aussi de la société dans son ensemble et des décideurs, appelant à des actions urgentes en faveur de la sauvegarde de la création.

Depuis 2015, la Fédération Protestante de France a mis en place une démarche de plaidoyer et a créé une commission Écologie et Justice climatique, présidée par Martin Kopp. Le Défi Michée porte quant à lui des appels très concrets liant écologie et justice sociale. On peut citer encore le mouvement Chrétiens unis pour la terre, ou la démarche initiée par le label « Église verte« .

Au Défap, des préoccupations très concrètes

 

Sauvegarde de la création : comment le Défap s’implique (en vidéo)

Quand elles ne militent pas directement en faveur du climat, les Églises, notamment protestantes, manifestent aussi bien souvent, à travers leurs activités, leurs projets, des préoccupations fortes concernant la sauvegarde de la création. La conscience des gestes quotidiens ou des actions de solidarité à lancer pour aider à sauvegarder la création, ou pour plus de justice climatique, est bien présente à travers de multiples initiatives. Comme le soulignait en 2007 le sociologue Claude Dargent dans un article de La Croix (Ce que l’écologie française doit au protestantisme), « les protestants sont deux fois plus nombreux que les Français pris dans leur ensemble à être membres d’une association environnementale ou à être prêts à s’y engager ». Les mouvements écologistes français sont aussi redevables à l’héritage de grandes figures intellectuelles et militantes comme Jacques Ellul et Joseph Charbonneau.

Le Défap agit pour sa part dans le domaine de l’écologie comme il le fait pour beaucoup d’autres thématiques : en réseau, et d’une manière essentiellement concrète, la réflexion étant indissociable de l’action. Il faut ainsi souligner que le Défap est en lien, en réseau avec de nombreuses Églises du Sud (Afrique ou Océan Indien) ; et que dans ces pays, les Églises ont un rôle social qui va très au-delà de celui généralement admis pour les Églises en France. Elles ont leurs écoles, leurs hôpitaux, leurs projets… et occupent des rôles dans la société qui, dans notre pays, reviendraient plutôt au milieu associatif. Les Églises sont donc directement en prise avec les problèmes les plus criants de la société ; et dans de nombreux pays du Sud, les défis climatiques sont déjà un problème majeur. De par ces relations, le Défap a été logiquement amené à soutenir des réflexions et des projets directement en prise avec les questions environnementales. Ce sont quelques-uns de ces projets que vous avez pu découvrir sur notre site à l’occasion de la COP 27.




L’Institut protestant de théologie célèbre ses 50 ans

À l’occasion de ses 50 ans et après le symposium « Faire de la théologie aujourd’hui » des 8-11 juin 2022, l’Institut a souhaité organiser un temps de témoignage, de rencontres et de convivialité pour se souvenir des débuts, vivre pleinement le présent et ouvrir des pistes pour l’avenir. Rendez-vous le mercredi 30 novembre 2022 à partir de 16h30 au 83 boulevard Arago, 75014 Paris.

Vue de l’Institut protestant de théologie, côté cour © IPT

À la suite du mouvement de protestation des étudiants de mai 1968, l’enseignement en France est profondément remanié. Les études de théologie n’échappent pas à cette réforme, demandée notamment par l’Église Réformée de France.

Après discussion dans les synodes réformé et luthérien, l’Institut protestant de théologie est officiellement créé en 1972 à partir de la réunion de la Faculté libre de théologie de Paris et de la Faculté libre de théologie de Montpellier. Si les deux Facultés conservent une relative autonomie, un seul Conseil d’administration est responsable de l’ensemble.

À l’occasion de ses 50 ans et après le symposium « Faire de la théologie aujourd’hui » des 8-11 juin 2022, l’Institut a souhaité organiser un temps de témoignage, de rencontres et de convivialité pour se souvenir des débuts, vivre pleinement le présent et ouvrir des pistes pour l’avenir !

Rendez-vous le mercredi 30 novembre 2022 à partir de 16h30 au 83 boulevard Arago, 75014 Paris. Retrouvez ci-dessous le programme des célébrations :

Ouverture

16h30 : Prélude musical suivi d’un accueil par M. Gilles Teulié, actuel président de l’Institut protestant de théologie « Révolution étudiante, fondation et débuts de l’Institut protestant de théologie »

Première partie

  • 16h40 – 17h10 : Allocution de M. Bernard Picinbono, ancien président de la commission d’animation des études de théologie de l’Église réformée de France : « La fondation de l’IPT en 1972 »
  • 17h10 – 17h25 : Témoignage de M. André Gounelle, professeur honoraire de la Faculté de Montpellier (vidéo)
  • 17h25 – 17 h 40 : Témoignage de M. Gérard Delteil, professeur honoraire de la Faculté de Montpellier (vidéo)
  • 17h40 – 17h50 : respiration musicale

Deuxième partie

« Évolution étudiante et mutations de l’Institut protestant de théologie »
  • 17h50 – 18h10 : Témoignage de Mme Françoise Smyth, professeure honoraire de la Faculté de Paris (vidéo)
  • 18h10 – 18h30 : Témoignage de M. Laurent Gagnebin, professeur honoraire de la Faculté de Paris
  • 18h30 – 18h35 : respiration musicale

Troisième partie

Échanges et conclusion
  • 18h35 – 19h15 : réactions du public. Animation par M. André Encrevé, professeur honoraire de l’Université Paris-Est Créteil
  • 19h15 – 19h20 : respiration musicale
  • 19h20 – 19h30 : conclusion par Mme Emmanuelle Seyboldt, présidente du Conseil National de l’Église Protestante Unie de France



Ulrich Rusen-Weinhold nouveau secrétaire général de la CEPPLE

Lors de son Assemblée générale 2022 qui s’est tenue à Riesi (Italie), la Conférence des Églises protestantes des pays latins d’Europe a élu le 20 octobre le pasteur vaudois Gianni Genre comme président et le pasteur français Ulrich Weinhold comme secrétaire général.

De gauche à droite : l’Italien Gianni Genre, nouveau président de la CEPPLE, et le Français Ulrich Weinhold, nouveau secrétaire général © CEPPLE

Ulrich Rusen-Weinhold, responsable des relations internationales de l’EPUdF, vient d’être élu secrétaire général de la CEPPLE durant leur assemblée générale du mois d’octobre. Il travaillera en collaboration avec le nouveau président de la CEPPLE, Gianni Genre, pasteur des Églises vaudoises de Perrero-Massello et Villasecca.

Les membres de l’AG d’octobre 2022 de la CEPPLE © CEPPLE

La Conférence des Églises protestantes des pays latins d’Europe (CEPPLE) se compose de 19 Églises et fédérations protestantes en France, Belgique, Espagne, Italie, Portugal et Suisse. Elle a été fondée le 1er février 1950, lors d’une conférence appelée par le pasteur Marc Boegner, à l’initiative du Révérend Macky du département de reconstruction des Églises du Conseil œcuménique des Églises. Elle avait alors pour principal objectif de manifester la solidarité avec les Églises espagnoles face au pouvoir franquiste. Aujourd’hui, elle apporte un soutien aux Églises en situation de minorité. En 2014, lors de son AG de Malaga, la CEPPLE est devenue le 4ème groupe régional de la Communion d’Églises protestantes en Europe (CEPE). Depuis, les activités de la CEPPLE se formalisent autour de 4 pôles :

  • les échanges catéchétiques
  • la formation théologique
  • le rôle des Églises du sud face à la migration
  • la réflexion et la mutualisation des ressources en matière de présence des Églises dans les médias et le web

La CEPPLE compte parmi elle deux Églises membres du Défap : l’Église Protestante Unie de France (EPUDF) et l’Union Nationale des Églises Protestantes Réformées Évangéliques de France (UNEPREF).

Retrouvez les retours des membres de la CEPPLE de l’Assemblée générale 2022 :

 




Journée du volontariat français 2022 : célébrer l’engagement

Chaque année, les Journées du volontariat français sont l’occasion de mettre en avant le rôle de celles et ceux qui s’engagent dans le volontariat international d’échange et de solidarité. Elles se déroulent tout au long du mois d’octobre dans les pays dans lesquels est présente France Volontaires, la plateforme française des engagements volontaires et solidaires à l’international, dont fait partie le Défap. En France, le rendez-vous a eu lieu à Paris ce 12 octobre. Dans un message diffusé à l’occasion de cette Journée du Volontariat Français, le Président Emmanuel Macron a évoqué le « rôle fondamental » des volontaires.

La Journée du volontariat français à Paris, au Centre de conférence ministérielle © DCC

Octobre, c’est le mois des volontaires : tout au long du mois, des événements sont organisés pour mettre en valeur leur engagement dans les divers pays où est présente France Volontaires. Cette plateforme française du volontariat international d’échange et de solidarité a été créée en 2009 ; le Défap, seul organisme protestant agréé par l’État pour l’envoi de VSI, en fait partie. Cette année 2022 a été marquée par le retour à des évènements en présentiel après la période de la crise sanitaire, et elle a été placée sous le thème : « De nouvelles ambitions pour le volontariat international ». En France, le rendez-vous a eu lieu à Paris ce 12 octobre, au Centre de conférence ministérielle de 11h à 12h30, en présence de Chrysoula Zacharopoulou, Secrétaire d’État chargée du développement, de la francophonie et des partenariats internationaux, de Jacques Godfrain, ancien ministre et président de France Volontaires, et de Yann Delaunay, Délégué Général de France Volontaires.

Le rôle du volontariat international au sein des sociétés civiles est aujourd’hui très largement reconnu. La manière dont les volontaires contribuent à un monde plus solidaire a été soulignée dès décembre 2014 par le Secrétaire général des Nations unies, qui dans son rapport de synthèse évoquait leur action comme « un levier puissant et transversal de la mise en œuvre des Objectifs de développement durable ». En ce 12 octobre 2022, Chrysoula Zacharopoulou a rappelé que « les risques de fracture nord-sud sont bien réels » et que « le volontariat est plus indispensable que jamais ». Jacques Godfrain a répété pour sa part sa conviction en termes de réciprocité : il faut « que la jeunesse du sud vienne jouer le même rôle en France que nos jeunes. Le Nord a besoin du Sud. »

« La co-construction des projets, une spécificité et une fierté du volontariat français »

Dans un message diffusé à l’occasion de cette Journée du Volontariat Français, le Président Emmanuel Macron a évoqué le « rôle fondamental » des volontaires. « Les volontaires que vous êtes, a-t-il souligné, viennent là avec leurs expériences, leurs idéaux, leur force de conviction, leur enthousiasme pour les sujets qu’ils portent. Et c’est ça qui rend possible la co-construction des projets, qui est une spécificité et une fierté du volontariat français. Parce que, et c’est pour moi le plus important, le volontariat permet la réciprocité. Je suis en effet persuadé que les jeunes du Sénégal, de Tunisie, du Pérou, du Vietnam, du Vanuatu ont aussi beaucoup à apporter à la France et aux Français. »
 

Ailleurs dans le monde, les Journées du volontariat français continuent à se dérouler jusqu’à la fin du mois, organisés par les Espaces Volontariats de France Volontaires, avec des conférences et des tables-rondes, des salons, des rassemblement et des témoignages de volontaires. Ces JVFs sont très souvent organisées à l’Institut français, l’Alliance française ou à l’Ambassade de France. Ce sont le Cambodge, l’Équateur et la Mauritanie qui ont ouvert les festivités dès le 1er du mois. Les Journées du volontariat français se clôtureront au Sénégal, le 20 octobre, au cours d’un évènement qui célèbrera les 50 ans de France Volontaires dans le pays, et en Tunisie le 28 octobre. Avec des thématiques mises à l’honneur comme le rôle des volontaires dans la lutte contre le changement climatique, la réciprocité, et de manière générale leur action au quotidien en faveur d’un monde plus juste et plus solidaire.

La Journée du volontariat français au Cameroun © France Volontaires Cameroun

Des valeurs que le Défap porte aussi à travers ses envoyés et à travers sa participation à la plateforme France Volontaires. Le travail du Défap est un travail en réseau : qu’il ait lieu en France ou à l’étranger, il ne peut exister que grâce aux liens noués et entretenus avec de nombreux partenaires. Des Églises, tout d’abord, puisqu’entretenir des relations entre communautés protestantes au près comme au loin est la vocation première du Service protestant de mission ; un riche milieu associatif, ensuite, puisque ces relations ne peuvent exister sans que se développent des actions et des projets en commun – et que ces projets relèvent souvent de l’éducation, du développement ou de la santé ; les pouvoirs publics, enfin, qui fixent le cadre nécessaire à ces relations et ces partenariats, et définissent les statuts des personnes amenées à travailler à l’étranger.

Dans ce cadre, le Défap est un acteur à part entière de la solidarité internationale, à l’expertise reconnue, et membre de diverses plateformes au sein desquelles il travaille en commun avec des ONG dont les problématiques recoupent les siennes. Parmi ces plateformes, France Volontaires occupe une place majeure. Si elle existe sous sa forme actuelle depuis un peu plus d’une dizaine d’années, elle est en fait l’héritière directe de l’Association Française des volontaires du Progrès, qui avait été créée en 1963. Opérateur du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, reconnue comme un des acteurs de l’aide publique au développement de la France par la loi du 4 août 2021, elle réunit l’État, des collectivités territoriales et des associations autour d’une mission d’intérêt général : le développement et la promotion des engagements volontaires et solidaires à l’international. L’association met en place des formations, des accompagnements, pour aider les personnes désireuses de s’engager dans du volontariat international. Un réseau d’espaces volontariat dans de nombreux pays en Amérique Latine, Afrique et Asie accompagne sur le terrain les volontaires.

La Journée du volontariat français au Cambodge © France Volontaires Cambodge



Aider à accueillir les pasteurs venus d’ailleurs

Les pasteurs venus d’autres Églises, d’autres pays, et donc d’autres contextes culturels, sont de plus en plus nombreux au sein des Églises européennes. Comment aider les nouveaux arrivants à « prendre leurs marques » ? Comment éviter malentendus, incompréhensions, voire tensions ? C’est tout l’enjeu des sessions organisées au Défap à la demande de trois Églises – l’EPUdF, l’UEPAL et l’EPUB – pour accueillir les ministres ou suffragants venant de l’étranger. La première s’est tenue du 10 au 12 octobre et réunissait une quinzaine de participants.

Le secrétaire général du Défap, Basile Zouma, s’exprimant devant les participants de cette session de formation le 10 octobre 2012 © Défap

Longtemps considérée avec méfiance en France, patrie de l’universalisme, l’importance de la dimension interculturelle est de plus en plus reconnue. En témoigne l’émergence de formations professionnelles consacrées à la sensibilisation à la communication interculturelle, au management interculturel, à l’acclimatation au contexte culturel étranger… Les Églises n’y échappent pas. Comme le soulignait fin 2018 Marc-Frédéric Muller, directeur de la revue Perspectives missionnaires, lors d’un forum organisé en partenariat avec le Défap et la Fédération Protestante de France : « Nous vivons dans un monde pluriculturel, et les Églises en sont parties prenantes. C’est une réalité qui a toujours été là, mais elle a pris dernièrement plus d’ampleur. Comment fait-on société dans un monde de plus en plus pluriculturel ? Comment fait-on société à l’époque d’un individualisme croissant ? (…) La mondialisation a bien changé le visage de pays comme la France, la Suisse… Mais ce n’est ni un drame, ni un échec. Est-ce la vocation des Églises de montrer les opportunités, les promesses de ces changements ? Ont-elles une expertise, un savoir-être ? »

Qu’elles aient ou non une telle expertise, les Églises vivent déjà au quotidien cette dimension interculturelle. C’est le cas à travers leurs paroissiens, d’origines de plus en plus diverses, à l’image de l’ensemble de la société ; et à travers leurs pasteurs. Prenons l’exemple de l’Église Protestante Unie de France (EPUdF), l’une des trois Églises fondatrices du Défap : les pasteurs d’origine étrangère y représentent une proportion croissante : ils étaient ainsi 22,6% selon les chiffres de 2015, les pasteurs originaires d’Afrique étant le deuxième contingent le plus important. Et parmi ces pasteurs venus d’Afrique, bon nombre étaient passés par le Défap. Ce qu’illustrent des parcours comme ceux de Jean-Serge Kinouani, Aymar Nkangou, Patrice Fondja et bien d’autres… Quand on fait le bilan de ce que le Défap apporte à ses Églises membres, une bonne partie de ses activités peuvent rester mal connues, car elles se développent à travers de multiples réseaux et partenariats. Et voici précisément l’un de ces apports qui restent parmi les moins visibles : à travers le Défap, les Églises de France trouvent aussi de nouveaux pasteurs. Avec une vision différente de la vie d’Église, susceptible d’aider aux nécessaires adaptations face aux changements de notre société, ou de revivifier certaines paroisses.

Une co-constructions entre les Églises et le Défap

Méditation à l’ouverture de la deuxième journée de formation, le 11 octobre 2012 © Défap

Ces évolutions que connaît l’EPUdF concernent les autres Églises membres du Défap ; et au-delà de la France, des pays voisins francophones comme la Suisse ou la Belgique y sont aussi directement confrontés. Au sein de l’EPUdF, la Commission des ministères, « commission d’embauche » des futurs ministres de l’Église, a pris depuis plusieurs années toute la mesure des changements induits par les évolutions de la société sur le profil des pasteurs. Cas similaires au sein de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL), autre Église membre du Défap ; et également, plus au nord, au sein de l’Église protestante unie de Belgique (EPUB). C’est de cette préoccupation commune qu’est née la demande, exprimée au Défap par ces trois Églises, d’une série de sessions permettant d’accueillir des ministres ou suffragants venant de l’étranger. Avec l’idée d’en faire des temps d’échange et de rencontre, mais aussi de donner à ces futurs pasteurs des clés de lecture, des repères et des ressources. Il s’agit donc là, pour le Défap, d’un nouveau mandat ; et ces sessions sont le fruit d’une co-constructions entre les Églises et le Défap.

La première de ces sessions s’est tenue au Défap du 10 au 12 octobre 2022. Elle a réuni une quinzaine de participants. Elle combinait des modules généraux présentant les diverses Églises dans lesquelles les nouveaux arrivants seront amenés à devenir pasteurs, ou destinés à leur donner des repères sociétaux, culturels et sur les styles de vie ou sur des questions clés comme celle de la laïcité, avec des témoignages de pasteurs étrangers déjà présents depuis plusieurs années en France. Un autre module s’attachait à questionner les stéréotypes sur les pays d’origine ou d’accueil des nouveaux arrivants. Avec, pour cette session, quatre objectifs affichés : donner des repères légaux et sociétaux ; améliorer la connaissance des Églises ; donner des informations déontologiques et financières ; mais aussi mettre en réseau les ministres nouvellement arrivés, leur proposer des personnes ressources.

Une deuxième rencontre du 23 au 25 janvier réunira les 15 participants de cette première session, toujours au Défap, autour des questions interculturelles : il s’agira alors de favoriser la prise de recul par le partage, de donner des éléments d’interculturalité, et de renforcer les acquis de la première session.




Session retour 2022 : poursuivre l’engagement

Module symétrique de la formation des envoyés du Défap, la session retour permet aux volontaires revenus en France d’échanger sur ce qu’ils ont vécu, de partager leurs expériences sur leurs divers lieux de mission, et de mettre des mots sur une période de leur vie nécessairement décapante : on revient toujours changé d’un volontariat à l’international. Mais au-delà du besoin de « préparer l’atterrissage » et le retour dans un contexte, une famille et auprès de proches qui eux-mêmes auront nécessairement évolué durant leur séjour à l’étranger, il s’agit aussi de faire en sorte que cette période de la mission ne reste pas une parenthèse dans leur vie ; et de leur offrir les moyens de poursuivre leur engagement. C’était tout l’enjeu de la session retour qui s’est déroulée le samedi 1er octobre.

Session retour 2022 : photo de groupe dans le jardin du Défap, au 102 boulevard Arago © Défap

Découverte de la mission et de ses défis, de son contexte et du pays ; relations avec les partenaires, moments de joie ou coups de blues, difficultés surmontées et périodes de doute : voilà tout ce que les envoyés du Défap ont l’occasion de partager lors des « sessions retour », des rendez-vous qui ont lieu chaque année lors du premier week-end d’octobre. Des moments charnières dans l’engagement des volontaires partis en mission avec le Défap, tout aussi importants que les périodes de formation avant l’envoi en mission qui ont lieu en juillet. Pour cette année 2022, cette « session retour » a eu lieu le samedi 1er octobre. Un temps de parole libre et d’écoute qui a été largement apprécié par les participants : le retour d’expérience entre pairs fait partie de la mission elle-même et permet de plus facilement l’intégrer dans un parcours de vie.

L’expérience du volontariat à l’international agit toujours, pour celles et ceux qui la vivent, comme un révélateur. Elle met en lumière les forces et les faiblesses, les capacités d’adaptation, et toute personne qui est amenée à partir en mission en est nécessairement transformée : « les échanges, ça vous change ». D’où l’importance, dans un premier temps, de la préparation au départ : non seulement il s’agit d’une obligation légale pour le Défap, mais c’est aussi l’occasion de fournir une « boîte à outils » aux volontaires s’apprêtant à laisser derrière eux leurs familles, leurs amis et leurs habitudes, de manière à les préparer à vivre pour le temps de leur mission dans un contexte radicalement différent, où ils seront confrontés à des enjeux nouveaux. De manière symétrique, les « sessions retours », comme celle qui s’est tenue le 1er octobre permettent aux envoyés revenant de mission d’échanger sur ce qu’ils ont vécu, et représentent l’un des rares moments de leur mission durant lesquels les envoyés, dispersés durant des mois entre des pays éloignés, ont la possibilité de se retrouver ensemble et de partager une expérience commune. Cela peut aussi être une manière de « passer le flambeau » en laissant un témoignage aux futurs envoyés : les participants de cette « session retour » ont ainsi rédigé une lettre qui sera donnée aux participants à la formation au départ en juillet prochain ; une lettre reprenant leurs réflexions, leurs conseils, leurs suggestions, et faisant part de leur retour d’expérience.

Surmonter le « choc du retour » et préparer l’avenir

Il n’est pas question de revenir simplement prendre sa place dans son milieu social ou familial, dans ses études ou sa vie professionnelle : faute de quoi, le risque est grand de connaître un « choc du retour », rendant la réinstallation plus difficile que le départ lui-même. Un phénomène qui est de plus en plus pris en compte lors de séjours de longue durée, y compris dans le cadre d’études : les Canadiens, pionniers en la matière, commencent à y préparer leurs étudiants. « Les voyageurs savent qu’une adaptation est nécessaire quand ils partent à l’étranger, et c’est ce dépaysement qu’ils recherchent. Cependant, plusieurs présument que le retour se fait facilement, alors que la réintégration demande aussi une période d’adaptation. Ce décalage entre les attentes au retour et la réalité peut provoquer un ensemble de symptômes qui font partie de ce qui est appelé le choc du retour », détaille ainsi l’Université québécoise Laval.

Quelques participants de la session retour 2022 : de gauche à droite, Lise Sacha et Brigitte © Défap

Ce qui est vrai pour des étudiants partant pour un échange entre universités l’est d’autant plus pour des volontaires partant pour une mission de solidarité internationale. Avec en outre des problématiques spécifiques de réintégration au retour de la mission : retrouver un logement, redémarrer un cursus d’études, trouver un emploi… Comme c’est souvent le cas, cette session 2022 a ainsi permis à la plupart des participants d’exprimer un besoin de réorientation de leur cursus d’études ou de leur vie professionnelle, car leur mission a induit de profonds changements dans leur manière de se percevoir et dans le regard qu’ils et elles posent sur le monde.

Invitez un envoyé du Défap à témoigner

Vous êtes une paroisse en quête d’un témoin sur ce que vivent les envoyés du Défap lors de leur mission ? Un groupe intéressé à partir et en quête d’informations ? Mettez-vous en contact avec le Défap en envoyant un message à : animation@defap.fr

 

Ces « sessions retour » ne se substituent pas aux entretiens individuels qui sont organisés peu après le retour de chaque envoyé ; mais elles permettent de donner des clés. Comment valoriser cette période de volontariat ? Comment concilier projet individuel et collectif ? L’objectif étant, finalement, de permettre que cette expérience du volontariat ne se résume pas, pour celles et ceux qui l’ont vécue, à une parenthèse dans leur vie ; de trouver comment l’exprimer, en faire un atout.

Cette année ont ainsi été présentés plusieurs exemples d’engagement possible au sein des Églises membres du Défap ou d’associations proches de ces Églises, pour poursuivre en France, sous une autre forme, cette expérience du volontariat. Comme au sein de la Fondation John Bost, qui accompagne et soigne des personnes en situation de handicap psychique et/ou mental, de handicap physique ou de polyhandicap, ainsi que des personnes âgées dépendantes. Une institution qui ambitionne de « changer le regard de la société sur le handicap ». Dans un message envoyé à l’occasion de cette session retour, Emmanuelle Seyboldt, présidente du conseil national de l’Église protestante unie de France, l’une des trois Églises fondatrices du Défap, a pour sa part proposé aux envoyés revenus en France de « franchir la porte d’une paroisse », où les possibilités de s’investir sont nombreuses. Les Éclaireuses et Éclaireurs Unionistes de France ont également fourni des pistes d’engagement au sein de leur mouvement…

Et ces envoyés de retour peuvent aussi témoigner. Lors de cette session 2022, tous ont fait part de leur reconnaissance pour le soutien du Défap, pour l’ouverture sur le monde dont ils ont pu bénéficier. Ils ont également manifesté leur volonté de rester en contact et de trouver une manière de témoigner de leur engagement et de poursuivre la collaboration avec le Défap. Tous se disent disponibles pour rencontrer les futurs volontaires et pour participer à des animations en paroisses, ou auprès de groupes qui envisagent de partir et se posent des questions…




Le Défap au premier Festival protestant du Livre

Le Défap était doublement représenté par Cécile Millot et Claire-Lise Lombard, avec deux ouvrages tournant autour de Madagascar, lors de la première édition du Festival protestant du Livre, qui s’est déroulée à Paris, samedi 1er octobre 2022, de 14h à 20h, à l’Institut protestant de théologie.

Affiche de la première édition du Festival protestant du Livre © Festival protestant du Livre

Comme l’explique Anne Faure, présidente du Festival protestant du Livre, il s’agissait, à travers cette manifestation, la première du genre, de « réunir des personnes proches du protestantisme ». Avec l’ambition d’en faire un rendez-vous qui « couvre toutes les catégories littéraires ». Il y avait donc « des auteurs et des autrices, des éditeurs et des éditrices, des libraires, et des visiteurs »… Cette première édition du Festival s’est déroulée samedi 1er octobre 2022, de 14h à 20h, à l’Institut protestant de théologie, au 83 boulevard Arago – c’est-à-dire à deux pas du Défap.

Et le Défap y était doublement représenté, avec deux ouvrages mettant en avant les relations avec Madagascar, qui étaient présentés par Cécile Millot et Claire-Lise Lombard. Sur le stand de la librairie 7ici, Cécile Millot, ancienne envoyée du Défap, a pu évoquer son témoignage d’enseignante : Les aventures de Madame Cécile à Madagascar, publié aux éditions Amalthée. Pour celle qui était, avant sa rencontre avec le Défap et son envoi en mission, maître de conférences en littérature allemande à l’université de Reims, Madagascar a été une expérience totalement nouvelle. « J’ai vécu une aventure que peu de gens ont la chance de vivre, raconte-t-elle : j’ai passé trois ans à Madagascar, pour enseigner le français langue étrangère dans une école de formation des instituteurs. Ce travail était passionnant. Je vivais seule dans une petite ville, où il n’y a pas eu d’électricité pendant un an, et où il n’y avait pas d’autres étrangers que moi. Je n’avais pas le choix, je me suis glissée dans la vie quotidienne des Malgaches. Je suis allée à leur rencontre avec bienveillance, et je me suis fait accepter. »

Cécile Millot présentant son récit de voyage lors des journées Portes Ouvertes du Cinquantenaire du Défap © Défap

Claire-Lise Lombard, bibliothécaire du Défap, a présenté pour sa part, sur le stand de la librairie Jean Calvin, Lettres de Tananarive, Jean Beigbeder à son père, un ouvrage co-écrit avec Faranirina Rajaonah, professeure émérite d’histoire à l’Université Paris Diderot et membre du Cessma (Centre d’Études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques). Le livre retrace à travers 132 lettres illustrées par des photographies d’époque le parcours de ce protestant béarnais transplanté en terre malgache entre 1924 et 1927, devenu le fondateur du scoutisme à Madagascar dans les années 1920. Jean Beigbeder, Z’oeil de chouette pour les éclaireurs ou Rabeigy pour des Malgaches, aura marqué à la fois plusieurs générations de Malgaches et de Français durant son odyssée à Madagascar. L’ouvrage permet de revivre sa découverte de Tananarive, mais aussi ses relations avec le milieu colonial et la « famille missionnaire », tout comme avec l’élite malgache ; son travail au quotidien au sein de la jeunesse tananarivienne, ses voyages à travers la Grande Île… Il permet aussi de mettre en avant ses talents de chroniqueur, qui font revivre les grands événements de la vie politique, sociale et culturelle d’alors.

Claire-Lise Lombard et Faranirina Rajaonah intervenant au Musée de la Photographie de Madagascar © Défap

 

Le programme de la journée

L’accueil a eu lieu en début d’après-midi avec Anne Faure, présidente du Festival Protestant du Livre et Valérie Nicolet, doyenne de l’Institut protestant de théologie, faculté de Paris. L’après-midi était consacrée aux rencontres entre visiteurs et auteurs, et aux dédicaces sur les divers stands. Parmi les très nombreux invités du Festival présents pour présenter leurs ouvrages, les visiteurs ont pu échanger avec les historiens et historiennes Céline Borello, Patrick Cabanel, Gabrielle Cadier, André Encrevé, Jean-Noël Jeanneney ; les théologiennes Marion Muller-Colard et Valerie Duval-Poujol ; les journalistes Frédérick Casadesus et Ariane Chemin… et beaucoup d’autres, dont la liste est disponible ici. Il y avait également des animations pour les jeunes (contes pour enfants, kamishibaï…) ; une présentations de 4 minutes pour découvrir le métier d’éditeur/trice, écouter la lecture d’un extrait d’ouvrage…

Comme le souligne Anne Faure, « le livre est un symbole fort pour les protestants ». Elle-même se dit « passionnée de livres depuis mon plus jeune âge ». Il est vrai que le livre a joué dès l’origine un rôle fondamental dans la diffusion de la Réforme. Ce que rappelait en 2004 Martine Millet, à l’occasion du lancement d’un premier Salon protestant du livre de dimension plus réduite, organisé alors par trois libraires au cloître des Billettes, à Paris : le livre « a été fondamental dès Luther. La Bible, traduite en allemand, ouverte au peuple, lui a permis de devenir acteur de sa propre foi. » Et ce rapport particulier des protestants au Livre s’est étendu ensuite à tous les livres… D’où le slogan de ce Festival qui vise aujourd’hui à donner une visibilité à toute la production littéraire protestante : « Laissons le livre faire circuler les idées ! »

Présentation du Festival protestant du livre par Anne Faure sur Regards Protestants

 




En communion avec l’Action Chrétienne en Orient

Les célébrations du centenaire de l’Action Chrétienne en Orient (ACO), organisme missionnaire proche du Défap et qui met en relation, depuis 1922, les communautés chrétiennes d’Occident avec celles de pays comme la Syrie, le Liban, l’Iran ou l’Égypte, vont tourner en ce début d’octobre autour de l’accueil de grands témoins internationaux, d’abord en Alsace, puis à Paris. À l’occasion du culte organisé dimanche prochain à Strasbourg, nous vous invitons à reprendre la prière d’intercession qui sera prononcée par des témoins de différents pays à l’église protestante Saint-Pierre-le-Jeune.

Mathieu Busch, pasteur et directeur de l’ACO, lors d’une animation dans une paroisse de l’UEPAL © ACO

Les célébrations du centenaire de l’Action Chrétienne en Orient (ACO) ont déjà commencé dans la région de Strasbourg, avec deux déléguées venues en avance : Houri Moubahiajian (de Syrie) et Taline Mardirossian (du Liban), de l’Union des Églises Évangéliques Arméniennes au Proche-Orient. Elles découvrent Strasbourg, l’Alsace et de nombreux lieux et acteurs de l’UEPAL. Au programme : participation à un culte missionnaire à Schillersdorf (consistoire de Pfaffenhoffen), visite du service de l’enseignement religieux et de la catéchèse, découverte de la maison protestante de la solidarité, de la Médiathèque Protestante, du musée Oberlin, de la faculté de théologie protestante, découverte de la paroisse de la Meinau, visites à Strasbourg, Colmar et autres lieux…

L’ACO reçoit à Strasbourg la Syrienne Houri Moubahiajian et la Libanaise Taline Mardirossian © ACO

Le week-end qui vient marquera le lancement officiel des célébrations, avec un premier événement organisé samedi 1er octobre au Temple Neuf qui accueillera, tout au long de l’après-midi, des tables rondes et un concert. Deux de ces tables rondes évoqueront notamment le positionnement et l’action des Églises orientales, dans des pays où se multiplient les crises : « Espérer en temps de crise » avec le pasteur libano-syrien Hadi Ghantous, et « Le travail humanitaire des Églises du Proche-Orient », avec le pasteur et théologie Wilbert van Saane de la NEST (faculté de théologie protestante de Beyrouth). Puis, le dimanche 2 octobre, débutera à 10 heures le culte du centenaire en l’église protestante Saint-Pierre-le-Jeune, en plein centre de Strasbourg.

À cette occasion, nous vous invitons à reprendre la prière d’intercession qui sera prononcée lors du culte par des témoins venus de différents pays :

Seigneur, notre Dieu, nous voulons joindre les mains pour te confier, avec espérance, les défis de notre monde et les souffrances de ceux qui luttent pour une vie digne.
Nous te prions pour l’Orient, pour tous ces pays violemment touchés par de nombreuses crises et conflits, et pour toutes ces personnes frappées par l’injustice de situations cruelles qu’elles n’ont pas choisies.
Seigneur, avec espérance nous te remettons nos frères et sœurs d’Orient.
Nous te prions pour l’Occident, pour ces pays dit développés et puissants mais qui connaissent aussi de grandes fragilités : le conflit en Ukraine, la tentation de la fermeture et du rejet de l’autre, l’inquiétude des plus défavorisés.

❝ Nous te confions tous les déplacés et les exilés de notre terre

Seigneur, avec espérance nous te confions nos frères et sœurs d’Occident.
Nous te prions pour tous ceux qui dans notre monde sont forcés de quitter leurs foyers sous le coup de la guerre, de conditions de vie dégradées, du changement climatique.
Seigneur, avec espérance nous te confions tous les déplacés et les exilés de notre terre.
Nous te prions pour notre planète bouleversée par l’impact des activités humaines qui mettent en péril l’existence de nombreuses espèces végétales et animales, la régulation du climat et les conditions de vie de millions d’êtres humains.
Seigneur, avec espérance nous te confions l’immense écosystème rempli de vie que forme notre terre.
Nous te prions pour ton Église, à la fois universelle et riche de sa diversité, pour son témoignage et son engagement en ton nom, au service de la Vie. Nous te prions pour les partenaires de notre communauté ACO, pour notre coopération et communion afin qu’elle soit toujours guidée par ton amour.
Seigneur, avec espérance nous te remettons tous ceux qui œuvrent pour la paix, la justice et la vérité.

Aide scolaire au Centre d’Action Sociale de Bourj Hammoud © ACO



«Servir par les livres» : une nouvelle saison pour la CLCF

Depuis le 1er septembre, Maïeul Rouquette a pris la suite de Joan Charras-Sancho comme directeur de la Centrale de Littérature Chrétienne Francophone (CLCF), association missionnaire fondée par le Défap et le DM au service des Églises et des institutions de formation théologique protestantes francophones à travers le monde. Comme l’indique son slogan, « Servir par les livres », elle a pour vocation d’équiper les bibliothèques théologiques d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique en ouvrages de qualité.

Maïeul Rouquette, nouveau directeur de la Centrale de Littérature Chrétienne Francophone © CLCF

 

Il faisait partie, en juillet dernier, des participants de la session de formation des futurs envoyés du Défap. En ce mois de septembre 2022, le voici à pied d’œuvre : Maïeul Rouquette est le nouveau directeur de la Centrale de Littérature Chrétienne Francophone (CLCF), succédant à Joan Charras-Sancho, qui est désormais dans la paroisse réformée francophone de Zürich. Les activités ne manquent pas : rencontres avec les différents partenaires en France et à l’international ; immersion dans les différents aspects administratifs de l’association ; tri des livres offerts à la CLCF durant l’année 2022 et aménagement des locaux…

Né en 1990, Maïeul Rouquette a déjà eu de nombreuses casquettes, et ce poste de directeur de la CLCF est la poursuite d’un parcours riche, marqué par de nombreux engagements : associatifs, solidaires… Parmi ces convictions affirmées, il y a la nécessité de défendre les droits de l’homme. La nécessité d’agir pour la sauvegarde de la création, dont il est un militant passionné. Chrétien actif, il était déjà à la Jeunesse Ouvrière Chrétienne lorsqu’il était encore étudiant en Histoire du Christianisme à Strasbourg, dans les années 2012. Depuis, il est devenu théologien : il a soutenu en mai 2017 une thèse de doctorat sur la construction des origines apostoliques des Églises de Crète et de Chypre à travers les figures de Tite et de Barnabé. Ce qui lui a valu le Prix Constantin Valiadis des amitiés gréco-suisse… Il a ensuite, de 2017 à 2021, participé au projet « Éditer la littérature apocryphe chrétienne » ayant en charge l’édition des Actes de Barnabés grecs et latins. Il a également été animateur jeunesse pour l’Église catholique du canton de Vaud. Mais également coordinateur de camp d’été en astronomie… Esprit toujours actif aux multiples facettes, et attentif à mettre en accord ses actes et ses convictions, il est également très versé en informatique. Ce qui l’amène à s’intéresser de près aux questions de sécurité des sites internet et de protection des données personnelles… et aux possibles risques de mise en cause des libertés ou de discrimination que représente le recours croissant au numérique, notamment dans l’espace public. Militant des logiciels libres, féru du langage LaTeX, principalement utilisé pour des publications scientifiques, notamment lorsqu’il s’agit d’intégrer dans un document des équations qu’un traitement de texte classique ne permettrait pas de correctement mettre en forme, il a rédigé un manuel : « LaTeX appliqué aux sciences humaines », publié sous Licence Creative Commons 3.0 et dont la version numérique est en téléchargement gratuit, et il est encore aujourd’hui le principal mainteneur du package reledmac du logiciel LaTeX. C’est donc cet homme-orchestre qui a pris la suite de Joan Charras-Sancho pour assurer le fonctionnement de la CLCF…

Ce que fait la CLCF

Une des formations organisées par la CLCF à destination des personnels de bibliothèques universitaires des facultés de théologie © CLCF

 
Organisme discret mais actif, la Centrale de Littérature Chrétienne Francophone est à la jonction entre les milieux protestants et universitaires de France, de Suisse et de nombreux pays. On retrouve ainsi dans son conseil d’administration Philippe Wasser, représentant de DM et Claire-Lise Lombard, représentante du Défap. La CLCF a une vocation humanitaire : elle appuie la formation théologique et pastorale et représente un service d’entraide à l’intention d’environ 170 institutions de formation théologique. Elle soutient aussi directement les étudiants en théologie. Le champ d’action de la CLCF est large : il couvre en effet l’Océan Indien (Madagascar, Réunion, Maurice), toute l’Afrique centrale et l’Afrique de l’Ouest, le Pacifique (Polynésie française, Nouvelle Calédonie, Fidji) et les Caraïbes. Avec des croisements réguliers avec les activités du Défap : c’est ainsi qu’en Haïti, elle a pu agir sur le terrain via le Défap et la Plateforme Haïti, créée par la Fédération Protestante de France en 2008. On la retrouve aussi, à un moindre degré, dans d’autres pays pas toujours considérés comme francophones, mais où l’on lit et l’on parle du français, comme le Liban.

Un premier service de la CLCF a été mis en place dès 1983 à l’initiative des différents services missionnaires d’Églises protestantes de France (le Défap) et de Suisse romande (DM-échange et mission) pour aider à équiper en livres les instituts théologiques francophones, dans un contexte où les fonds d’ouvrages et de revues manquaient dans les bibliothèques en langue française, en particulier faute de moyens suffisants. Il s’agissait de récupérer revues et ouvrages de théologie dans le Nord et trouver les moyens de les acheminer dans le Sud. Avec des défis logistiques certains : en 2014, ce sont ainsi plus de deux tonnes de revues de théologie qui ont été données par l’Église protestante de Genève, suite à la fermeture du Centre Protestant d’Études de Genève.

Des ouvrages reçus par la CLCF et qui doivent être triés avant d’être envoyés vers des bibliothèques d’Afrique, des Caraïbes ou du Pacifique… © CLCF

 
Aujourd’hui présidée, depuis l’automne 2015, par la pasteure Claire-Lise Oltz-Meyer (anciennement en poste à Madagascar), la CLCF a su diversifier ses activités au fil du temps, se dotant d’une centrale d’achat, ainsi que d’un service de conseil et de formation en bibliothéconomie. Ce service organise régulièrement des sessions de formation intensive, avec l’aide d’équipes locales. On trouve ainsi à Madagascar la Fabim, la Formation des Auxiliaires de Bibliothèque. Elle propose des formations d’auxiliaire de bibliothèque sur toute l’île et elle supervise le développement des bibliothèques sur une douzaine de campus. On trouve aussi au Cameroun la FibY, la Formation Intensive des Bibliothécaires à Yaoundé, qui après avoir proposé des sessions de formation, s’est étoffée avec un réseau de mutualisation des informations (le Ridoc) et une tournée des bibliothèques. La plus récente de ces équipes locales, la Fabao, la Formation des Auxiliaires de Bibliothèque en Afrique de l’Ouest, propose une formation intensive d’auxiliaires de bibliothèque, ainsi que des visites des bibliothèques dans son champ géographique.




Un nouveau président pour l’EPRAL

Le pasteur Pierre Magne de la Croix a été élu en cette fin septembre président du Conseil synodal de l’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine, l’une des deux Églises constitutives de l’UEPAL, qui fait partie des trois unions d’Églises membres du Défap. Il termine le mandat de Christian Krieger, désormais président de la Fédération protestante de France.

Le nouveau Conseil synodal de l’EPRAL. De gauche à droite : Magali Grunnagel, Céline Sauvage, Pierre Magne de la Croix, Martine Kapp et Jean-Gustave Hentz © UEPAL

Depuis 2012, le pasteur Christian Krieger était régulièrement réélu tous les trois ans à la présidence de l’EPRAL, l’Église protestante réformée d’Alsace-Lorraine (en réalité l’Alsace-Moselle). Mais, désormais président de la Fédération protestante de France, il a laissé la place vacante pour les deux dernières années de son quatrième mandat. D’où la tenue, en cette fin du mois de septembre 2022, d’un synode électif à l’EPRAL pour lui trouver un successeur.

Deux candidats briguaient cette présidence : Pierre Magne de la Croix, en poste à la paroisse du Bouclier à Strasbourg, et Céline Sauvage, pasteure à Illzach, dans l’agglomération mulhousienne. C’est le premier qui a été choisi le 24 septembre par le Conseil synodal, l’organe exécutif de l’EPRAL, pour poursuivre jusqu’à son terme, en 2024, le mandat entamé par Christian Krieger. Quant à Céline Sauvage, qui faisait déjà partie du Conseil synodal depuis 2021, elle en reste membre.

À l’issue de ce synode électif, le Conseil synodal de l’EPRAL voit sa composition évoluer de la manière suivante :

  • Pierre Magne de la Croix est élu président
  • Jean-Gustave Hentz, vice-président, élu en septembre 2021, reste membre
  • Céline Sauvage reste membre
  • Martine Kapp est élue à la place de Pierre Magne de la Croix, démissionnaire
  • Magali Grunnagel est élue à la place de Jonathan Fabry, démissionnaire

Les priorités affichées du nouveau président de l’EPRAL

Le nouveau président de l’EPRAL était pasteur au Bouclier depuis septembre 2007. Il a vécu toute son enfance dans la vallée de la Thur, dans le Haut-Rhin, puis à Aix-en-Provence. Marqué par le scoutisme unioniste et la paroisse ERF d’Aix, il a fait ses études de théologie à l’Institut Protestant de Théologie de Paris et Montpellier, à l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem, et enfin à l’Université d’Heidelberg. Ministre de l’Église Réformée de France, avant la création de l’EPUdF en 2013, il a été pasteur à Nancy (dominante jeunesse, étudiants, formation), à Castres (dominante jeunesse, aumônerie de l’hôpital, relations avec la cité), intérimaire deux ans à Montbéliard avant d’arriver au Bouclier.

En annonçant sa candidature, il avait mis en avant trois priorités s’il devait être élu :

  • Une attention et une présence soutenues à la paroisse, échelon local de l’Église, et aux pasteurs. « Une de mes préoccupations, indiquait-il notamment, sera la baisse annoncée des pasteurs suite aux nombreux départs en retraite. Un autre sujet est la fragilisation du tissu paroissial. J’aurais à cœur de visiter, d’accompagner les paroisses, leurs différents modèles, leurs évolutions pour les aider à préparer leur vie et leur témoignage pour les années prochaines. »
  • « Le souci de faire vivre et évoluer nos institutions » , en soulignant : « Nos cultes statutaires d’Alsace-Moselle sont une chance et une reconnaissance de la place de notre protestantisme mais sont pour nous des structures à faire vivre et évoluer ».
  • Une responsabilité dans la participation au débat public : « Nous sommes en Alsace-Moselle, soulignait Pierre Magne de la Croix, parmi les représentants et les acteurs d’une laïcité ouverte qui se vit de manière forte au cœur de l’Europe : à ce titre, nos contributions aux débats publics sont attendues et écoutées ».

L’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine (EPRAL) dont Pierre Magne de la Croix assure désormais la présidence constitue, avec l’Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine (EPCAAL,) l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL). L’UEPAL est elle-même l’une des trois unions d’Églises membres du Défap, avec l’Église Protestante Unie de France (EPUdF) et l’Union Nationale des Églises Protestantes Réformées Évangéliques de France (Unepref).




Rencontre entre doyennes de facultés de théologie au Défap

Valérie Nicolet et Madeleine Mbouté, respectivement doyennes de l’IPT-Paris et de la faculté de théologie de Ndoungué, ont eu l’occasion d’échanger en présence du Secrétaire général du Défap. Au centre des discussions : le congé de recherche de Madeleine Mbouté, mais aussi le futur séjour de la doyenne de l’IPT-Paris au Cameroun, prévu en janvier 2023.

Photo prise lors de l’entrevue dans le bureau du Secrétaire général du Défap : Madeleine Mbouté (à gauche) ; Valérie Nicolet (à droite) © Défap

La rencontre a eu lieu le vendredi 9 septembre dans les locaux du Défap. Elle réunissait Basile Zouma, Secrétaire général du Service protestant de mission, Valérie Nicolet, Doyenne de la Faculté de Paris de l’Institut protestant de Théologie, et Madeleine Mbouté, Doyenne de la Faculté de Théologie Protestante et des Sciences des Religions de Ndoungué, au Cameroun. Elle a tourné notamment autour du congé de recherche de Madeleine Mbouté – un projet longtemps reporté du fait des contraintes nées de la crise du Covid-19 – destiné à lui permettre de travailler sur les questions d’éthique chrétienne dans le cadre d’une Église et d’une société qui connaissent de multiples formes de corruption. Mais elle a aussi permis d’évoquer le futur séjour de la doyenne de l’IPT-Paris au Cameroun, prévu en janvier 2023.

Les relations entre Églises qu’entretient le Défap se concrétisent ainsi de diverses manières : par des projets, qui sont définis en lien avec les Églises partenaires ; par les missions des envoyés du Défap ; mais également par des échanges entre facultés de théologie. La faculté de théologie de Ndoungué (FTPSRN) est un de ces partenaires du Défap au Cameroun, avec l’Université protestante d’Afrique Centrale (UPAC), première institution universitaire protestante dans ce pays, et avec les facultés de théologie de Bibia et Foulassi. Ces relations reflètent la diversité des liens du Défap, qui concernent aussi bien des Églises membres de la Communauté d’Églises en mission (Cevaa), comme l’Église Évangélique du Cameroun (EEC) dont dépend la faculté de Ndoungué, que des Églises hors-Cevaa comme l’Église presbytérienne au Cameroun, dont dépendent les facultés de Bibia et Foulassi.

Place de la femme, éthique chrétienne : des problèmes récurrents

La faculté de théologie de Ndoungué, autrefois appelée séminaire de Ndoungué, est avant tout l’institut de formation des pasteurs de l’EEC ; mais elle accueille également des étudiants venant d’autre Églises partenaires. Sous l’impulsion de sa doyenne, elle travaille notamment à une meilleure reconnaissance de la place des femmes au sein de l’EEC : une tâche de longue haleine au sein d’une Église qui a attendu l’année 2001 pour consacrer ses premières pasteures. Or si les femmes sont nombreuses et actives au sein de l’Église Évangélique du Cameroun, comme dans beaucoup d’autres Églises d’Afrique, elles ont toujours du mal à accéder au pastorat : elles ne représentent guère plus de 10% du corps pastoral. Le travail entamé au sein de la faculté de théologie de Ndoungué par Madeleine Mbouté s’est notamment concrétisé à travers des colloques et séminaires, comme la rencontre organisée fin juillet 2018 sur le thème : « Ministère pastoral féminin : mimétisme ou vocation divine ?« , qui avait réuni une cinquantaine de pasteures et théologiennes, dont une représentante du Défap, ou comme le séminaire sur « L’apport et la contribution de la femme pasteure, de la théologienne, et de la femme chrétienne dans la lutte contre la violence ». Signe de l’importance de telles rencontres, la pasteure Fidèle Fifamè Houssou Gandonou, docteure en théologie et professeure d’éthique à l’Université protestante d’Afrique de l’Ouest (Upao-Porto-Novo) était présente parmi les participantes de ce séminaire. Les questions d’éthique face à des manifestations récurrentes de corruption sont un autre versant des problèmes auxquels est confrontée l’EEC – un aspect auquel Madeleine Mbouté veut s’attacher désormais au cours de son congé de recherche, centré sur « L’expérience de la christologie explicite : socle de la vraie conversion dans l’Église en Afrique Subsahélienne ».

Le soutien du Défap à la faculté de théologie de Ndoungué a déjà permis des échanges de professeurs – comme le séjour de la théologienne Christine Prieto, qui avait donné des cours de Nouveau Testament. Madeleine Mbouté a pour sa part déjà été invitée à donner des conférences en France. Le Défap soutient également la bibliothèque de la faculté de Ndoungué à travers la CLCF (Centrale de Littérature Chrétienne Francophone).