Courrier de mission : les défis de l’éducation en Haïti

Christon St Fort, président de la FEPH (la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti) et Sylvain Cuzent, qui a été envoyé du Défap deux ans dans ce pays, étaient tous deux les invités de Marion Rouillard lors de l’émission du 26 janvier de « Courrier de mission – Le Défap », diffusée sur Fréquence Protestante.

Une classe en Haïti © Sophie Reille pour Défap

Haïti fait partie de ces pays dont on n’entend le plus souvent parler qu’à l’occasion de catastrophes. Les tremblements de terre y sont fréquents : le dernier en date s’est produit peu avant la mi-janvier. L’île se situe en effet à la jonction entre la plaque tectonique Caraïbe et la plaque nord-américaine, d’où des mouvements fréquents. Avant cela, un autre séisme s’était produit en août 2021. Le plus violent au cours de ces dernières années s’était produit en 2010 : il s’était traduit par la destruction d’une bonne partie de la capitale, Port-au-Prince, faisant 280.000 morts, 300.000 blessés et 1,3 million de sans-abris. Les cyclones y sont aussi fréquents et destructeurs. Et la société haïtienne elle-même est fortement instable : instabilité politique (illustrée par l’assassinat du président Jovenel Moïse), instabilité sociale alimentée par la pauvreté et les inégalités, emprise des gangs qui contrôlent certaines parties du territoire et sont capables de tenir tête à des forces de l’ordre moins bien armées…

L’éducation, prioritaire pour permettre aux Haïtiens de prendre leur destin en main

Mais une bonne partie des maux d’Haïti proviennent de la société haïtienne elle-même. Si les tremblements de terre y sont aussi meurtriers, c’est parce que les constructions y sont fragiles et inadaptées au risque sismique. Si les tempêtes font autant de dégâts, c’est parce que l’île a subi une déforestation galopante depuis deux siècles, au point que 95% de sa couverture végétale a disparu, accroissant les risques d’inondations et de glissements de terrain. Si la société y est aussi inégale, c’est en grande partie par défaut d’éducation, qui bride toute possibilité d’ascension sociale.

Au-delà des besoins d’intervention dans les situations d’urgence, l’éducation est donc un secteur prioritaire pour permettre aux Haïtiens de prendre leur destin en main. C’est précisément un secteur dans lequel le Défap est engagé, à travers son partenariat avec la FEPH, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti. Christon St Fort, son directeur, était précisément l’invité en janvier de Marion Rouillard dans l’émission « Courrier de mission – le Défap« , diffusée sur Fréquence Protestante le 4ème mercredi de chaque mois, de 13h15 à 13h45.

Haïti et la FEPH, émission présentée par Marion Rouillard

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 26 janvier 2022 sur Fréquence Protestante

 

En Haïti, l’éducation est un secteur où les besoins sont criants : selon les chiffres de la Banque Mondiale, plus de 200.000 enfants ne sont pas scolarisés. Les écoles publiques sont une petite minorité (9 écoles sur 10 sont des établissements privés); et le niveau général est tellement faible que moins de 5% d’une classe d’âge obtient le bac. Dans ce contexte, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti, grâce à son réseau de plus de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation de 300.000 enfants. Elle est soutenue directement par le Défap à travers des financements directs et à travers ses envoyés ; elle fait aussi partie des partenaires privilégiés de la Plateforme Haïti, mise en place sous l’égide de la Fédération protestante de France et où le Défap se retrouve aux côtés de divers acteurs du protestantisme français impliqués dans ce pays, comme La Cause ou la Mission Biblique.

« Aider les enfants à acquérir une culture de la prévention »

Christon St Fort © Défap

Au cours de cette émission, Christon St Fort a souligné les défis auxquels les écoles haïtiennes doivent s’adapter – comme celui de l’insécurité : « nous vivons une situation exceptionnelle avec la présence de « poches » qui sont contrôlées par des gangs », a-t-il rappelé, avant d’évoquer les mesures prises pour contourner ce problème : suivi à distance, changement des horaires de cours… Mais il a aussi souligné l’importance de la formation des élèves aux « gestes qui sauvent » dans le cadre de la gestion des risques de désastres. « Le séisme du 12 janvier 2010, rappelle-t-il, nous a amenés à comprendre combien il est important d’aider les enfants à acquérir une culture de la prévention ; par l’éducation, on peut ainsi aboutir à un changement des comportements. Dans ce travail, nous sommes accompagnés par des partenaires : l’un d’eux, présent depuis l’origine, c’est le Défap. Dès 2010 et jusqu’à aujourd’hui, il a accompagné la FEPH dans son programme de gestion des risques de désastres. Et grâce à ce programme, des milliers d’enfants connaissent aujourd’hui les gestes qui sauvent lors d’une catastrophe. »

Sylvain Cuzent, qui a été envoyé en Haïti pendant deux ans à partir de 2013, prenant la suite du pasteur Philippe Verseils, était également invité lors de cette émission pour rappeler le soutien du Défap depuis le séisme du 12 janvier 2010. Il a souligné notamment « l’importance de la relation fraternelle, de confiance » qui s’est établie avec la FEPH. Si le Défap « n’est pas le premier partenaire financier de la FEPH, c’est une organisation qui peut proposer des moyens très spécifiques, notamment grâce à ses envoyés : le Défap a ainsi pu apporter à la FEPH un appui technique dans le domaine de la gestion de projets, de la recherche de financements, en matière de pédagogie… »




Adresse du protestantisme : Pauvreté

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, Isabelle Richard et Jean Fontanieu, la présidente et le secrétaire général de la Fédération de l’Entraide protestante (FEP) rappellent aux candidats que la fraternité est une promesse de la devise nationale à laquelle ils devront s’atteler.
 
 




Adresse du protestantisme : Autonomie et handicap

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, les pasteurs Guillaume de Clermont et Christian Galtier, responsables de la direction générale de la Fondation John Bost, interpellent les candidats sur la question de l’attractivité des métiers des secteurs sanitaire et médicosocial.
 
 




Adresse du protestantisme : Laïcité et place des religions

La Fédération protestante de France aborde toutes les semaines jusqu’à l’élection présidentielle, une nouvelle thématique au travers l’Adresse du protestantisme. Il s’agit, pour des personnes en responsabilité – présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts – d’énoncer des questions vives et de permettre aux candidats de répondre et de développer leurs arguments.

Cette semaine, Jean-Daniel Roque, Président de la commission Droit et liberté religieuse de la FPF et le pasteur François Clavairoly, Président de la FPF et président de la CRCF (de 2015 à 2022) présentent leurs questions à propos de la laïcité et de la place des religions en France.

Retrouvez ci-dessous l’Adresse du protestantisme concernant la Laïcité et la place des religions ainsi que l’Adresse du protestantisme complète.
 




La FPF interpelle les candidats à l’élection présidentielle sur 10 thèmes

Écologie et justice climatique, égalité femmes-hommes, accueil de l’autre, refus du racisme et de la xénophobie, solidarité internationale : autant de thèmes qui trouvent des résonances fortes avec les activités du Défap. Ils sont présentés par la Fédération Protestante de France à travers une « Adresse du protestantisme aux candidats à l’élection présidentielle ».

Le protestantisme français veut prendre sa part dans le débat citoyen qui s’est ouvert en cette période électorale. Il désire formuler une adresse aux candidats et engager le dialogue avec eux dans le cadre des élections présidentielle et législatives 2022.

À partir du 2 février, pendant 10 semaines jusqu’au premier tour de l’élection présidentielle, la Fédération protestante de France abordera tous les mardis une des 10 thématiques : Laïcité et place des religions ; Autonomie et handicap ; Pauvreté ; Europe et justice sociale ; Écologie et justice climatique ; Égalité femmes-hommes ; Exil et accueil des réfugiés ; Racisme et xénophobie ; Solidarité internationale ; Jeunesse et éducation. L’ordre des thématique est choisi en fonction de rendez-vous du calendrier et de la complémentarité des thématiques qui se suivent. Le mardi 8 mars, journée internationale des droits des femmes sera par exemple présentée l’adresse concernant l’Égalité Femmes-hommes.

L’Adresse du protestantisme est composée en 10 thèmes sélectionnés par le conseil de la FPF qui sont portés par des experts de ces questions : présidents d’Églises, acteurs protestants de l’action sociale et experts qui viennent énoncer des questions vives sur un thème sur lequel ils sont acteurs légitimes.

Chaque thème comporte la même construction éditoriale : des éléments contextuels, 3 points-clés, une question aux candidats, un encart sur l’impact de la crise sanitaire sur la thématique.

L’ensemble de l’adresse sera transmis aux candidats et aux parlementaires et attendra des réponses écrites ou sous forme de rendez-vous en visioconférence avec les signataires et le président de la Fédération protestante de France. Retrouvez chaque semaine à la Une de protestants.org le focus sur une des 10 thématiques, une vidéo et une émission radio tous les 15 jours croisant deux thématiques qui se suivent : la prochaine sera un entretien croisé sur les questions laïcité et place des religions et autonomie et handicap entre François Clavairoly et Christian Galtier.

Les protestants pourront s’ils le souhaitent s’approprier et diffuser cette Adresse et inviter chacun.e au débat sur ces questions sensibles en famille, en paroisse, dans les pôles de la FPF, en société auprès des élus et des pouvoirs publics etc.

Cette Adresse publiée en partenariat avec l’hebdomadaire Réforme sera l’objet chaque semaine d’un article sur la thématique proposée. À retrouver sur www.reforme.net.




Haïti : quand la terre tremble

La secousse d’une magnitude comprise entre 5,2 et 5,4 qui a frappé Haïti le 24 janvier, à 8h16 heure locale, vient rappeler que le pays est soumis à un risque sismique permanent. Une menace qui vient s’ajouter à la série de crises que connaît Haïti.

Christon St Fort © FEPH

Christon St Fort est le directeur de la Fédération des écoles protestantes d’Haïti (FEPH), partenaire privilégié du Défap dans ce pays. Il est ce mois-ci l’invité de Marion Rouillard dans l’émission « Courrier de mission – le Défap« , diffusée sur Fréquence Protestante le 4ème mercredi de chaque mois, de 13h15 à 13h45. Il y évoquera la situation délétère de son pays et l’importance du soutien du Service protestant de mission, partenaire modeste mais solidaire des Haïtiens. Sylvain Cuzent, qui a été envoyé dans ce pays pendant deux ans à partir de 2013, prenant la suite du pasteur Philippe Verseils, rappellera pour sa part le soutien du Défap depuis le séisme du 12 janvier 2010.

Cette émission du 26 janvier (que vous pourrez écouter en direct, mais aussi retrouver en replay sur Fréquence Protestante) va être diffusée alors que le pays vient tout juste de connaître un nouveau séisme. La secousse, d’une magnitude comprise entre 5,2 et 5,4 selon les premières données, s’est produite ce lundi 24 janvier, à 8h16 heure locale, dans le département de l’Ouest, non loin de Port-au-Prince. Christon St Fort devait précisément se rendre sur place pour évaluer les dégâts. La FEPH dispose en effet de l’autorisation de la direction de la Protection civile pour intervenir directement dans les zones sinistrées. Ce nouveau séisme vient raviver les traumatismes des précédents tremblements de terre, et notamment celui de 2010, qui avait fait plus de 280.000 morts et provoqué des destructions immenses ; et il souligne l’importance du risque sismique dans ce pays qui se situe au bord de la plaque caraïbe. S’ils ne sont pas les plus puissants du monde, les tremblements de terre en Haïti font souvent beaucoup de victimes. En cause : les bâtiments qui, pour la plupart, ne sont pas conçus pour résister aux secousses.

Un pays aux multiples crises

Haïti reste à l’heure actuelle très vulnérable aux risques naturels : non seulement les séismes, mais aussi les ouragans et les inondations. Plus de 96% de la population est exposée à des catastrophes de ce type. Et à ce risque permanent viennent s’ajouter les multiples crises que connaît le pays depuis des années. Selon les chiffres de la Banque mondiale, Haïti reste à l’heure actuelle le pays le plus pauvre de la région Amérique latine et Caraïbes et parmi les pays les plus pauvres du monde. En 2020, Haïti avait un PIB par habitant équivalent à 2925 dollars, le plus bas de la région Amérique Latine et Caraïbes et moins d’un cinquième de la moyenne des pays de la région. Selon l’indice de développement humain de l’ONU, Haïti était classé à la 170ème place sur 189 pays en 2020. Les modestes progrès enregistrés en matière de réduction de la pauvreté ont été atténués par une succession de crises, la pandémie de Covid-19, l’assassinat du président Jovenel Moïse et le tremblement de terre d’août 2021 étant les plus récents.

Mais le pire problème auquel Haïti est confronté aujourd’hui reste l’insécurité. Les gangs qui contrôlent des quartiers entiers de Port-au-Prince bloquent l’aide internationale, rançonnent la population en multipliant les rapts et menacent même l’approvisionnement en pétrole du pays.

Dans ces conditions, l’éducation est trop souvent sacrifiée. Or, il est nécessaire pour construire l’avenir d’Haïti que des progrès significatifs soient faits en ce domaine. Dans le pays, plus de 200.000 enfants ne sont pas scolarisés – une situation qui a encore empiré avec la pandémie de Covid-19 et, surtout, avec le niveau de violence entretenu par les gangs. Les écoles publiques sont une petite minorité (9 écoles sur 10 sont des établissements privés); et le niveau général est tellement faible que moins de 5% d’une classe d’âge obtient le bac. Dans ce contexte, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti, grâce à son réseau de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation de 300.000 enfants. Elle est soutenue directement par le Défap à travers des financements directs et à travers ses envoyés ; elle fait aussi partie des partenaires privilégiés de la Plateforme Haïti, mise en place sous l’égide de la Fédération protestante de France et où le Défap se retrouve aux côtés de divers acteurs du protestantisme français impliqués dans ce pays, comme La Cause ou la Mission Biblique.

« Courrier de mission – le Défap » sur Fréquence Protestante
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Retrouvez le Défap sur Fréquence Protestante dans Courrier de mission – le Défap, émission présentée par Marion Rouillard, le 4ème mercredi de chaque mois, de 13h15 à 13h45 (et en replay quelques jours après).

Prochain rendez-vous : le mercredi 26 janvier pour une émission consacrée à Haïti et à notre partenaire : la Fédération des écoles protestantes de Haïti. Son directeur Christon St Fort raconte la situation délétère de son pays et l’importance du soutien du Défap, partenaire modeste mais solidaire des Haïtiens. Sylvain Cuzent rappelle le soutien du Défap depuis le séisme du 12 janvier 2010.

 




Haïti : « Je me souviens »

Un nouveau séisme a frappé Haïti le 24 janvier, à 8h16 heure locale, dans le département de l’Ouest, non loin de Port-au-Prince. Si la secousse, d’une magnitude comprise entre 5,2 et 5,4 selon les premières données, laisse espérer que les dégâts restent limités, ce tremblement de terre n’en ravive pas moins le souvenir de celui, destructeur, de l’été dernier… et surtout celui du 12 janvier 2010, qui avait fait plus de 280.000 morts il y a tout juste 12 ans. À l’occasion de ce terrible anniversaire, retrouvez ce témoignage de Kettia Jérôme : lors de la catastrophe, elle était dans un orphelinat. « Il n’y avait plus d’espoir », raconte-t-elle. Cet espoir, si elle l’a retrouvé, c’est grâce à l’aide venue de France via La Cause et le Défap, qui lui ont permis de poursuivre et de mener à bien des études de médecine.

Suite au séisme de 2010, grâce au soutien du protestantisme français, des écoliers défavorisés ont pu bénéficier d’aides et poursuivre des études. Ici, Kettia Jérôme, photographiée en 2011 © Sophie Reille pour Défap

« Je me souviens. J’étais à l’église, en train de suivre une étude biblique, quand j’ai commencé à sentir la terre en train de se mouvoir. Au commencement, je pensais que c’étaient des bulldozers, des chars de guerre qui passaient sur la route devant l’orphelinat où je vivais, parce qu’on sentait trembler la terre à chacun de leurs passages. Des gens commençaient à courir, à sortir de l’église. Moi je suis restée assise parce que je ne comprenais pas vraiment ce qui se passait. Quelques instant après, je n’ai plus rien ressenti. Tout le monde avait été jeté par terre. Alors j’ai voulu me relever… Hélas ! J’étais coincée sous le béton. Plus personne ne pouvait sortir.

Après quelques minutes, puisque tout semblait s’être calmé, des gens sont venus nous retirer de sous les décombres. C’est alors que j’ai entendu dire qu’il y avait eu un tremblement de terre. La plupart d’entre nous n’avions que des écorchures sur tout le corps. Mais un petit garçon de quatre ans a été retrouvé mort sous les ruines. Sa mère l’avait emmené à l’orphelinat un mois après sa naissance. Je m’attendais à entendre des cris, mais il y n’y a eu qu’un silence assourdissant.

Le pasteur Luc Tondreau et sa femme, fondateurs de l’orphelinat, nous ont dit que ce n’était pas prudent de rester debout. Alors nous nous sommes tous réfugiés dans la cour de l’orphelinat.

À chaque secousse tout le monde criait : « Jésus, Jésus… »

Kettia Jérôme, photographiée en 2013 © Sylvain Cuzent pour Défap

La plupart des gens du quartier sont venus nous rejoindre. C’est là que nous avons dormi cette nuit-là. Par la suite, nous avons passé des jours et des nuits à la belle étoile… Je crois que ça n’était jamais arrivé auparavant. On était couché par terre et lors des répliques, on pouvait sentir les secousses au plus profond de soi. La nuit était froide, on avait l’impression qu’il allait pleuvoir. Cette première nuit a été la plus longue que j’aie jamais connue. Tout le monde chantait, priait Dieu pour lui demander pardon parce qu’on pensait que le séisme était la conséquence de notre mauvaise conduite et à chaque secousse tout le monde criait : « Jésus, Jésus, Jésus… ».

Ce qui m’a le plus marquée pendant cette période, ce sont ces camions que je voyais passer tous les jours, remplis de cadavres que l’on allait les jeter dans une fosse commune à Titanyen [localité située au nord de Port-au-Prince, NDLR]. La ville était détruite, couverte de débris et de morts. Il me semblait qu’il y avait plus de morts que de survivants, toutes les activités à Port-au-Prince étaient interrompues.

A l’orphelinat, il n’y avait plus d’espoir, nous vivions dans une misère totale. Mais après quelque temps, nous avons eu la chance de rencontrer des étrangers français, envoyés du Défap et de La Cause en Haïti : parmi eux, le pasteur Philippe Verseils, le Dr Jean Déaux (Mon Parrain) et Madame Fabienne Mühlemann qui de leur côté ont fait le suivi de notre cas. Le Défap et La Cause ont envoyé des aides d’urgence telles que : nourriture, eau potable, soutien aux écoliers, aux orphelinats, aux étudiants… Beaucoup de gens, dont je fais partie, ont bénéficié de leur aide dans le pays. Grâce à ce soutien, j’ai eu la chance de rentrer à l’université : lorsque j’ai terminé mes études classiques en 2009, l’orphelinat n’avait pas de moyens financiers suffisants pour me permettre de poursuivre mon cursus. Mais avec l’aide que j’ai reçue, j’ai pu entrer en faculté de médecine. »

Kettia Jérôme

Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 280.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




Oser lire la Bible ensemble !

« Efforcez-vous de conserver l’unité de l’Esprit par le lien de la paix. » Cette exhortation de l’apôtre Paul est le verset choisi par la Fédération protestante de France (FPF) pour guider ses actions durant l’année 2022. C’est dans cette vision d’unité que la FPF propose tout au long du mois de janvier cinq émissions intitulées « Oser lire la Bible ensemble ».


Cinq émissions de débats et discussions autour du thème de la lecture commune de la Bible, mais surtout à la découverte de la diversité protestante.

Cinq émissions d’une heure avec des intervenants spécialistes du lien entre les chrétiens, issus de cette grande diversité du protestantisme français.

Mais pour lire la Bible avec son prochain, encore faut-il le connaître ! Chaque émission est  l’occasion de découvrir les grandes lignes des courants du protestantisme français dans de courtes vidéos de présentation.

Un évènement à retrouver chaque mercredi à 20 h tout au long du mois de janvier sur le site internet et les réseaux sociaux de la Fédération protestante de France.

Les cinq émissions

1. Pourquoi lire la Bible ensemble ? (Diffusion le 5 janvier)

Comment lire la Bible avec mon prochain ? Sommes-nous prêts à faire ce pas vers l’autre, au-delà de nos différences et de nos divergences d’interprétation ? Mais surtout, dans quel but ? Sur le plateau du pasteur Jean-Luc Gadreau, la pasteure Anne-Laure Danet du service Relations avec les Églises chrétiennes de la FPF et le pasteur Vincent Miéville, président de la coordination évangélique de la FPF se prêtent à l’exercice. Ensemble, ils racontent leurs expériences œcuméniques et expliquent ce que la rencontre avec l’autre peut apporter.

2. Faire le lien entre les chrétiens (Diffusion le 12 janvier)

Valérie Duval-Poujol, théologienne baptiste, vice-présidente de la FPF et le pasteur Georges Michel, secrétaire général de la FPF sont deux grands artisans du lien entre les différents courants du protestantisme. Ils racontent l’importance de cette mission pour la Fédération protestante de France et comment elle s’y emploie au quotidien. Cela passe tout d’abord par aller à la rencontre de l’autre, au risque de se laisser bousculer, pour voir parfois des idées préconçues s’effondrer et pouvoir travailler main dans la main.

3. À la rencontre des évangéliques de la FPF (Diffusion le 19 janvier)

La grande famille des évangéliques est présente au sein de la FPF depuis sa création, notamment avec son président fondateur évangélique Edouard Grüner. C’est afin de présenter cette grande famille et de tordre le cou à certains clichés que la FPF a organisé en 2019 le colloque « Les évangéliques de la FPF, vers un nouvel élan ! »

La Fédération protestante de France a souhaité par la suite conserver par écrit les interventions et débats de la journée. Cet ouvrage édité chez Première Partie vous est présenté par Pierre-Yves Kirschleger, professeur à l’université Paul Valery de Montpellier, qui a participé au colloque et dirigé la rédaction de ces actes. Le second invité est Gabriel Monet, professeur de théologie pratique à la faculté adventiste de Collonges-sous-Salève présent à la table ronde du colloque.

4. « La Bible en 6 ans » un outil de communion (Diffusion le 26 janvier)

Le livret « La Bible en 6 ans » est le fruit de la collaboration entre la FPF, l’Alliance Biblique Française, la Ligue pour la Lecture de la Bible et l’Union des Fédérations des Églises Adventistes de France. À l’heure où les croyants passent de moins en moins de temps sur la Bible, cette liste de lecture œcuménique a pour ambition de rassembler quotidiennement tous les chrétiens autour d’un même passage. Jonathan Boulet, secrétaire général de l’Alliance Biblique et le pasteur Thierry André, chargé de mission Lien Fédératif à la FPF vous feront découvrir les atouts et les spécificités de cet outil de communion chrétienne.

5. Quels protestantismes pour demain ? (Diffusion le 2 février)

Les Églises protestantes sont diverses, parfois en mutation, notamment parmi les familles évangéliques. Le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France et le pasteur Jean-Luc Gadreau, responsable éditorial de l’émission radio SOLAÉ, le rendez-vous protestant sur France Culture, raconteront leurs rapports dans leurs différentes missions avec ces Églises variées et comment le message de la Bible permet de se retrouver entre les différentes dénominations protestantes. Aude Millet amènera ses deux invités à tracer les contours des évolutions du protestantisme français actuel.




Une semaine de prière pour l’unité des chrétiens

C’est au Conseil des Églises du Moyen-Orient qu’il a été demandé de choisir et d’élaborer le thème de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2022. Le thème de cette année est donné par ce verset de Matthieu 2:2 : « Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. »

Affiche de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2022 © unitedeschretiens.fr

Les chrétiens du Moyen-Orient sont heureux de proposer ce thème pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, conscients que le monde partage une grande partie de leurs souffrances et de leurs difficultés et aspire à trouver la lumière qui leur montrera la voie vers le Sauveur, lui qui sait comment surmonter les ténèbres.

La pandémie mondiale de COVID-19, la crise économique qu’elle a générée, et l’échec des structures politiques, économiques et sociales à protéger les plus faibles et les plus vulnérables, ont fait ressortir que tous ont besoin d’une lumière qui brille dans les ténèbres. L’étoile qui resplendissait au Levant, au Moyen-Orient, il y a deux mille ans, nous invite encore à nous rendre auprès de la crèche, là où le Christ est né. Elle nous conduit vers le lieu où l’Esprit de Dieu est vivant et agit, vers la réalité de notre baptême et vers la conversion du cœur.

« Quand le mal nous entoure, nous aspirons au bien »

Bien que les Églises et le peuple libanais aient été accablés par les conséquences quotidiennes d’une crise politique et économique persistante, et confrontés à la tragédie de l’explosion d’août 2020 à Beyrouth, qui a fait des centaines de morts et laissé des centaines de milliers de blessés ou de sans-abri, les chrétiens de différentes Églises du Liban et des pays voisins ont trouvé la force spirituelle de se rassembler et de préparer des ressources pour la prière, a déclaré le pasteur Odair Pedroso Mateus, secrétaire général adjoint par intérim du Conseil œcuménique des Églises (COE) et directeur de sa Commission Foi et Constitution.

Des chrétiens du Liban, de Syrie et d’Égypte ont préparé localement des ressources pour la prière. Comme le veut la tradition, celles-ci ont été finalisées par un groupe international représentant le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens de l’Église catholique romaine et la Commission Foi et Constitution du COE. Les ressources documentaires comprennent un service œcuménique de prière d’ouverture, des réflexions bibliques et des prières pour huit jours, ainsi que d’autres éléments de culte.

L’une des méditations note que, dans ce monde fragile et incertain, nous cherchons une lumière, un rayon d’espoir au loin. « Quand le mal nous entoure, nous aspirons au bien », peut-on lire dans cette méditation. « Nous le cherchons en nous, mais nous sommes si souvent accablés par notre faiblesse que nous perdons espoir. Notre confiance repose dans le Dieu que nous adorons. »

Photo servant de fond à l’affiche élaborée par le COE pour la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens 2022 © Albin Hillert/COE

La Semaine de prière pour l’unité des chrétiens est une manifestation œcuménique chrétienne internationale qui se déroule chaque année autour de la Pentecôte dans l’hémisphère Sud et entre le 18 et le 25 janvier dans l’hémisphère Nord. Chaque année, les partenaires œcuméniques d’une région différente sont invités à préparer les textes. Le matériel pour 2022 est disponible en français ci-dessous. Pendant de nombreuses années, c’est l’association Unité Chrétienne, à Lyon, qui a adapté les documents internationaux pour le monde francophone européen. Elle a élaboré les outils nécessaires pour vivre la Semaine de prière pour l’unité chrétienne : création d’un visuel, publication de tracts et brochure comportant des éléments de réflexion biblique, spirituelle et théologique autour du thème et suggestions pour la prière et la célébration. Aujourd’hui, le Conseil d’Églises chrétiennes en France (CECEF) a pris le relais ; le matériel pour cette semaine 2022 est disponible sur le site https://semainedepriere.unitedeschretiens.fr/




Mort d’Éric de Putter : dix ans déjà

Le 8 juillet 2012, Éric de Putter, théologien français qui enseignait au sein de l’Université protestante d’Afrique centrale, était assassiné au Cameroun. Où en est l’enquête aujourd’hui ? Cet article a été également publié dans l’édition du 13 janvier 2022 de l’hebdomadaire Réforme.

Éric de Putter © Défap

Depuis le « salon rouge » du Défap, où sont reçus les invités de marque, on peut voir dans le jardin une plaque commémorative. Elle rappelle la mort d’Éric de Putter, assassiné au Cameroun. Ce jeune théologien, envoyé par le Défap en tant que Volontaire de Solidarité Internationale, enseignait l’hébreu, l’Ancien testament et les religions comparées à l’Université protestante d’Afrique centrale (UPAC), au sein de la faculté de théologie. Le 8 juillet 2012, il a été poignardé à l’entrée de son domicile à Yaoundé. Seul témoin, son épouse, Marie-Alix de Putter, n’a entendu que des éclats de voix. Nul n’a vu l’assassin. Éric de Putter avait 31 ans.

Dès l’annonce du drame, ses proches restés en France, anéantis, veulent comprendre. Leur seul interlocuteur est le Défap : c’est au Défap qu’ils demandent des comptes. Les procédures de sécurité ont-elles été respectées ? Le suivi de la mission a-t-il été suffisant ? Dans l’équipe du Défap, après la sidération, on cherche aussi des explications.

Deux personnes placées en détention, puis libérées sans aucune charge

Au cours des mois précédant sa mort, Éric de Putter avait dénoncé des faits de corruption au sein de la faculté. C’est dans ce sens que s’oriente l’enquête au Cameroun. Dès les premières semaines, un pasteur dont Éric de Putter avait refusé la thèse pour plagiat, et le doyen de l’Université, sont placés en détention provisoire. Puis l’enquête patine. Au bout d’un an, ces deux personnes seront relâchées. Aucune charge ne sera retenue à leur encontre.

En France aussi, une enquête est lancée. Les responsables du Défap sont auditionnés. La justice française ne relèvera aucune défaillance du Défap ayant pu contribuer à la mort d’Éric de Putter.

Les relations entre Églises protestantes de France et du Cameroun se tendent. Les projets avec l’UPAC sont suspendus. Les partenaires de l’Université, au nombre desquels on compte non seulement le Défap et la Cevaa, mais aussi DM-Échange et mission, EMW (Evangelisches Missionswerk in Deutschland) et ICCO-Coopération, réclament des réformes urgentes. Les autorités de l’Université sont renouvelées. À Yaoundé, la promotion 2013 de la faculté de théologie est baptisée « promotion Éric de Putter », pour, souligne le nouveau président du Conseil d’Administration de l’UPAC, « garder en mémoire ce professeur qui constitue pour nous un symbole de courage ».

« Nous avons besoin de la justice par la vérité »

Cette phase dure plus de trois ans. Trois années pendant lesquelles les représentants du Défap multiplient les rencontres avec les autorités françaises et camerounaises pour tenter de faire avancer l’enquête. Faute d’autre moyen d’action, la famille, pour sa part, multiplie les interpellations au Défap. Marie-Alix de Putter en appelle au ministère de la Justice : elle a créé avec des proches « Semeurs de Liberté », une association destinée à honorer la mémoire et l’engagement d’Éric de Putter.

Mais les relations entre justice française et justice camerounaise achoppent sur des obstacles infranchissables. Il existe des accords de coopération judiciaire depuis 1974 ; mais dans ce dossier qui concerne un crime, la France ne peut coopérer avec un pays où la peine de mort est toujours en vigueur. Du coup, le Cameroun ne permet pas au juge français d’enquêter sur place. Fin 2015, la justice camerounaise annonce qu’elle ne donnera pas suite à la commission rogatoire internationale délivrée par le juge d’instruction français.

Entretemps, l’UPAC a réalisé d’importantes réformes de gouvernance. Les relations se dégèlent. Signe de ce rapprochement, le 28 juin 2016, une cérémonie d’hommage à Éric de Putter est organisée à l’Institut français de Yaoundé, en présence de l’ambassadrice de France au Cameroun. Elle associe le Défap, l’UPAC et l’Église protestante unie de France, représentée par Laurent Schlumberger. « Nous avons besoin de la justice par la vérité », déclare ce dernier. « C’est cette vérité qui nous est nécessaire, et pour laquelle nous devons tous nous engager : pouvoirs publics du Cameroun et de France, autorités judiciaires des deux pays, Université protestante d’Afrique centrale et Défap, Églises d’ici et de là-bas. »

Mais les années s’écoulent et l’enquête n’avance pas.

Chaque année, des rencontres ont lieu entre le Défap et le ministère français de la Justice. Et en janvier 2018, un espoir renaît, ténu. L’un des interlocuteurs du Défap lui suggère de se constituer partie civile. Il serait alors possible d’accéder à toutes les pièces du dossier. Pour, peut-être, trouver un moyen de relancer l’enquête…
Mais la procédure judiciaire est stricte. Pour qu’une association se constitue partie civile, il faut qu’elle ait un « intérêt à agir », soit parce qu’elle a directement subi un préjudice, soit parce qu’elle a pour objet de lutter contre le type de crime poursuivi, ou d’en défendre les victimes. Ce n’est pas le cas du Défap, qui est débouté. Et début 2021, le tribunal judiciaire de Paris rend une ordonnance de non-lieu. Cette décision ravive la douleur de la famille, qui se sent abandonnée.

Aujourd’hui, l’enquête judiciaire côté français est officiellement close. Pour espérer la rouvrir, il faudrait de nouveaux éléments. L’assassin est toujours libre. Il y a pourtant une famille brisée qui espère encore que justice soit rendue ; et au Défap, des salariés et des bénévoles qui portent toujours la mémoire douloureuse d’Éric de Putter.

Pour aller plus loin :



Prosélytismes… au pluriel !

Pour son numéro 82, la revue Perspectives Missionnaires aborde la question sensible du prosélytisme. Une question qui interroge très directement la façon dont les Églises conçoivent et accomplissent leur mission. Ce numéro est par ailleurs le dernier à paraître sous forme imprimée : dès le n°83, PM rejoindra Foi & Vie sous la forme d’un « Cahier d’études missiologiques et interculturelles ». Les archives de Perspectives missionnaires (soit 82 numéros) seront ainsi bientôt intégralement disponibles, en ligne, sur le site de Foi & Vie.

Photo de couverture du n°82 de Perspectives Missionnaires © PM

Pour son passage du papier au numérique, notre revue Perspectives missionnaires a choisi d’aborder une question délicate, celle du prosélytisme. Une question qui interroge très directement la façon dont les Églises conçoivent et accomplissent leur mission. Jusqu’au XXe siècle, celle-ci était explicite : il fallait convertir des populations nouvelles au Christ pour suivre l’injonction du Ressuscité selon la finale de l’évangile de Matthieu : « Allez donc auprès des gens de toutes les nations et faites d’eux mes disciples » (Mt 28,19 BFC). Le prosélytisme ne faisait guère problème.

Depuis lors, nos sociétés ont changé ainsi que les sensibilités. Elles se sont sécularisées et les États, au nom de la laïcité, ont pour tâche de veiller à maintenir la paix religieuse sur leur territoire. La société pluraliste et multi-religieuse que nous connaissons en Occident place les Églises devant le défi de formuler d’une manière crédible le message réformateur de la réconciliation de Dieu avec les humains, et de la liberté offerte en Christ. En même temps, elle les met dans une situation quelque peu embarrassante. Cet embarras est notamment dû aux nombreuses réticences que provoque le terme d’évangélisation qui peut être compris comme un endoctrinement liberticide, une réduction individualiste faisant fi du tissu social, un zèle prosélyte qui met sous pression, un vis-àvis inégal entre possesseurs de la vérité et objets d’évangélisation, un événement qui se réduit à des paroles sans trouver sa concrétisation sur le terrain de la pratique sociale. De tels ressentiments sont nourris par des expériences du passé mais aussi du temps présent.

❝ Églises et religions se doivent d’être aujourd’hui facteurs de cohésion sociale et non de discorde ou de tension

Dans ce contexte, Églises et religions se doivent d’être aujourd’hui facteurs de cohésion sociale et non de discorde ou de tension. Or le prosélytisme a pris une connotation nettement péjorative, non seulement dans la société, mais également au sein des Églises elles-mêmes, gagnées par un esprit de tolérance et d’ouverture. Il apparaît comme une démarche « repoussoir » en opposition à une démarche d’unité dans laquelle les diverses confessions chrétiennes, voire les diverses traditions religieuses, se concertent pour porter un témoignage commun dans le monde.

Mais n’acceptons-nous pas trop facilement d’enfermer le prosélytisme dans une acception strictement péjorative ? Dans le refus de tout prosélytisme religieux, n’y a-t-il pas une forme de refus de la liberté de conscience et de religion ? Une difficulté d’accepter que l’autre change de croyance ? Ainsi Olivier Abel a-t-il écrit, de façon un peu provoquante, dans un numéro du quotidien La Croix de décembre 2003, un « éloge du prosélytisme » qui donnait de l’espace à ce qu’il appelait une « libre-conversation » des religions. Entre « gel confessionnel » chez certains, tendances à une forme de re-confessionnalisation chez d’autres, et identités fluides d’un certain post-confessionnalisme pour beaucoup d’autres encore, comment analyser ce à quoi nous assistons aujourd’hui ?

C’est ce type de questionnement qui nous a incités à faire le point sur ce que l’on entend par prosélytisme. Nous avons donc ouvert à frais nouveaux ce dossier en envisageant plusieurs angles d’approche. Les contributions qui suivent offrent une belle diversité de points de vue et de perspectives sur la question :

  • Une enquête néotestamentaire sur les débuts de la mission chrétienne avec le bibliste Simon Butticaz qui examine la question de savoir comment l’Église est devenue missionnaire ;
  • Une approche globale du prosélytisme avec le missiologue Hannes Wiher qui se penche sur les enjeux missiologiques ainsi que sur le témoignage chrétien dans les relations interreligieuses et interconfessionnelles ;
  • Une appréciation critique du prosélytisme dans le contexte de nos sociétés sécularisées par l’historien Jean-François Mayer ;
  • Le positionnement clair du mouvement oecuménique sur le prosélytisme par le théologien Jean-Luc Blondel ;
  • Une évaluation du prosélytisme d’un point de vue catholique romaine par Pierre Diarra, missiologue catholique ;
  • Une lecture du prosélytisme dans des pratiques ecclésiales contemporaines en Europe orientale et en Amérique latine par Jean Renel Amesfort.
  • Une analyse de stratégies d’évangélisation en milieu musulman au Liban avec la sociologue Fatiha Kaouès. Cet article particulièrement fouillé sera publié en deux parties. La première partie qui paraît dans ce numéro présente la théorie et la pratique d’évangélisation en milieu musulman de Georges Houssney, engagé auprès de diverses organisations missionnaires parmi lesquelles Campus Christian Fellowship.
  • Une seconde partie, qui présente la réflexion de Colin Chapman, un protestant évangélique très impliqué dans la réflexion sur l’activité missionnaire au Moyen-Orient et dans le dialogue interreligieux, paraîtra dans le prochain numéro de notre revue.

Ces diverses approches ne prétendent pas faire le tour d’un problème difficile et complexe. Mais elles ont la vertu, nous l’espérons, de montrer que le prosélytisme doit être examiné avec nuance et dans une perspective dialectique. En effet, l’appréciation qu’on en aura dépendra foncièrement de la théologie, de la sotériologie et de l’ecclésiologie de celui ou de celle qui l’étudie. Les différents auteurs en offrent des regards croisés qui enrichissent la réflexion et qui permettent de se faire une idée plus précise de la question telle qu’elle se pose aujourd’hui à nos Églises.

Avant de conclure cette introduction, il est judicieux de mettre encore en évidence deux éléments qui font partie de notre questionnement, mais qui n’ont pas fait l’objet d’un traitement particulier dans ce dossier : l’un concerne le contexte de nos sociétés libérales en Occident, l’autre porte sur un contexte plus large.

❝ Quelle différence de fond y a-t-il entre religion et monde politique, économique, associatif, ou même recherche spirituelle ?

Premièrement, on peut se poser la question : dans nos sociétés de « modernité-post » quelle différence de fond y a-t-il entre religion et monde politique, économique, associatif, ou même recherche spirituelle ? Car, contrairement à ce qui se passe pour les Églises et les religions, il y a bien des domaines où la recherche de membres ou d’adhérents est tout à fait tolérée, souvent au travers d’un prosélytisme décomplexé fait de propagande, de publicité, de campagne de communication. Partis politiques, syndicats, mouvements écologistes ou autres défenseurs de telle ou telle cause, promoteurs de tel ou tel produit, nombreux sont celles et ceux qui, aujourd’hui, font pression sur notre conscience en faisant appel à tous les moyens modernes de communication. Sans aller plus loin dans l’analyse, on peut avancer l’hypothèse selon laquelle c’est le lien souvent perçu – au passé comme au présent – entre religions, intolérance et violence qui pose problème et qui fait que les religions sont moralement interdites de prosélytisme contrairement à d’autres acteurs de nos sociétés.

Deuxièmement, et peut-être en contrepoint, il faudrait mettre en évidence le fait que, si, dans les sociétés libérales occidentales, le prosélytisme est mal perçu, il ne provoque pas des réactions menaçant fondamentalement la liberté de conscience et de culte. En revanche, il y a de plus en plus de pays où sont adoptées des lois anti-conversion qui sont nettement liberticides. Ce phénomène semble même en nette progression dans des contextes religieux très divers. Il pourrait être une réaction à l’effet de globalisation qu’exerce l’évolution de notre monde et il interroge fortement le rêve de société pluraliste et multiculturelle qui habite nos instances politiques et religieuses. Il n’est pas nécessaire de nous étendre davantage ici sur ce questionnement qui serait susceptible de susciter d’autres recherches et réflexions d’envergure.

Michel Durussel et Jean Renel Amesfort

 

Le sommaire de ce n°82

« Perspectives Missionnaires », revue de missiologie de référence
Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir comment s’y prendre. C’est l’un des grands défis de la Mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Voilà pourquoi la Mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis 40 ans Perspectives missionnaires.
Dès janvier 2022, PM rejoindra Foi & Vie sous la forme d’un « Cahier d’études missiologiques et interculturelles ». Les archives de Perspectives missionnaires (soit 82 numéros) seront ainsi bientôt intégralement disponibles, en ligne, sur le site de Foi & Vie. L’équipe de PM espère ainsi enrichir la palette des champs de recherche de la revue numérique.



Un Conseil sous le signe de la sauvegarde de la création

Le prochain Conseil du Défap, qui se tient en distanciel ces vendredi 7 et samedi 8 janvier 2022, sera notamment l’occasion de mettre en débat l’opportunité de nouvelles mesures en faveur de la sauvegarde de la création. La Commission Projet du Défap a élaboré une proposition de démarche en ce sens.

Une réunion du Conseil du Défap – Défap

Il est des contraintes nouvelles qui se traduisent simplement par une limitation de notre périmètre d’action ; par une restriction plus ou moins perceptible de notre liberté… Il en est aussi qui révèlent des failles ou des fragilités préexistantes, et qui poussent à des prises de conscience nécessaires. C’est le côté ambivalent des crises, qui par les remises en question qu’elles impliquent, offrent des opportunités de transformations. Celle du Covid-19 a largement bousculé notre société et mis en lumière nombre de ses déséquilibres ; elle a aussi affecté les Églises et nombre d’institutions liées aux Églises, représenté des périls inédits, mais également transformé les comportements. C’est tout autant le cas, bien que de manière moins brutale, pour la crise écologique.

Alors que les conséquences des changements climatiques, de la déforestation, de l’épuisement des ressources naturelles font peser des menaces sur l’avenir de toute l’humanité, et notamment des plus fragiles, les questions environnementales ne sont plus du seul ressort des spécialistes ou des militants écologistes. Les humanitaires s’y sont mis aussi. « Oui, le changement climatique est un problème humanitaire », affirmait ainsi fin 2018 un article du « New Humanitarian », anciennement l’agence IRIN News, service d’information et d’analyses humanitaires (IRIN étant un acronyme en anglais pour l’expression : « Integrated Regional Information Networks », un réseau créé en 1995 et qui était à l’origine lié au Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU). « Le changement climatique n’est plus perçu comme une menace future: la réalité nous frappe aujourd’hui », poursuivait le même article, signé de Maarten van Aalst, Directeur du Centre climat de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Les Églises se sont également saisies de la question, aux côtés de nombreux mouvements citoyens. Si elles ne militent pas directement en faveur du climat, elles manifestent bien souvent, à travers leurs activités, leurs projets, des préoccupations fortes concernant la sauvegarde de la création. Dès 1983, la Déclaration œcuménique de Vancouver a souligné les liens existant entre justice, paix et sauvegarde de la création.

Les Églises et les préoccupations écologiques

 

En France, de multiples initiatives ont vu le jour, comme le label Église Verte ou la mise en place d’une commission Écologie et justice climatique au sein de la Fédération protestante de France. Dans le cas du Défap, il a contribué à la création du Secaar, réseau de 18 Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, lequel s’est fixé comme vocation « de rétablir l’Homme et la Création dans son intégrité » ; le Défap soutient aussi des projets associant sauvegarde de la création et lutte contre l’exclusion et la pauvreté, comme, en Tunisie, l’association Abel Granier, qui a mis au point des techniques de réhabilitation des sols, ou au Maroc, l’ALCESDAM, qui aide à la sauvegarde de palmeraies, luttant contre l’avancée du désert et permettant aux paysans de mieux vivre sur place au lieu de devoir s’expatrier.
 

Le prochain Conseil du Défap, qui se tient en distanciel ces vendredi 7 et samedi 8 janvier 2022, sera notamment l’occasion de mettre en débat l’opportunité de nouvelles mesures en faveur de la sauvegarde de la création. Cette thématique, déjà présente dans les faits à travers de nombreuses activités du Défap, a trouvé une première formalisation dans son programme de travail pluriannuel à partir de 2015 ; le lien entre justice, respect de la création et dignité humaine a été développé dans son document « Convictions et actions » qui trace les grandes lignes de ses activités jusqu’en 2025 ; il s’agira désormais de savoir si le Défap doit s’engager dans de nouvelles démarches visant à réduire son empreinte écologique. La Commission Projet du Défap a élaboré une proposition de démarche en ce sens, qui sera soumise au Conseil.

Ce ne sera bien sûr pas le seul thème abordé au cours de cette session du Conseil – l’une des quatre sessions organisées chaque année. Cette réunion sur deux jours donnera aussi l’occasion d’un débat de fond sur la mission à partir d’un texte du théologien Kaï Funkschmidt : « Nous avons besoin de l’Afrique ! Mais pourquoi ? » Elle permettra aussi de donner des nouvelles de ce que vivent les envoyés et boursiers, d’aborder la question du renouvellement des instances du Défap, celle du budget 2022 ou encore de donner la parole aux instances associées au Service protestant de mission : Cevaa (Communauté des Églises en mission), FPF (Fédération protestante de France), ACO (Action Chrétienne en Orient, qui célèbre cette année son centenaire), Ceeefe (Communauté des Églises protestantes francophones), Cimade, CEAF (Communauté des Églises d’expression africaine francophone)… Et elle sera également consacrée à la préparation de l’AG 2022.