Une nouvelle saison pour l’Unepref

Le synode national de l’Union des Églises protestantes réformées évangéliques de France (Unepref), l’une des trois Églises constitutives du Défap, se tient les 26 et 27 mai à Alès, dans le Gard ; il verra la fin de la présidence assurée depuis 10 ans par le pasteur Jean-Raymond Stauffacher, futur Secrétaire général de la Fédération Protestante de France, ainsi que le renouvellement de l’administrateur, Gérard Kurz. Le vote de renouvellement des équipes des commissions et coordinations occupera une place importante dans ce synode dit à « élections ».

Le temple d’Alès, où se tiendra le synode national de l’Unepref © Unepref

Le synode national de l’Unepref, qui se tient en cette année 2022 au temple d’Alès, les 26 et 27 mai, est placé sous le thème : « Nous avons vu les œuvres de Dieu » (Éphésiens 2:10). Il s’agira de retracer et de mettre en récit le chemin parcouru durant ces dix dernières années qui correspondent à une saison de réforme du fonctionnement de l’Union d’Églises. La journée du 26 mai tournera ainsi largement autour du rapport de synthèse sur ces dix ans donné par le pasteur Jean-Raymond Stauffacher, actuel président de l’Unepref. En effet, l’Union des Églises protestantes réformées évangéliques a considérablement fait évoluer sa structure en abandonnant une structuration en région pour une structuration nationale. L’objectif étant de favoriser le développement d’une dynamique allant du bas vers le haut plutôt que l’inverse. L’Union d’Églises est actuellement administrée par trois Commissions : Commission Permanente (exécutif de l’Union), Commission des Finances (gestion des charges communes et salaires) et Commission des Ministères (recrutement et accompagnement des pasteurs et diacres nationaux). Le synode se réunit désormais une fois par an et chaque Église y est représentée, ce qui favorise un processus décisionnel plus direct.

Ont également été mis en place trois coordinations qui ont pour but d’animer les Églises autour de trois dynamiques perçues comme essentielles : le soutien de la vie des Églises locales, la formation et l’engagement missionnel. Ainsi, la Coordination Vocation aide les Églises à discerner, formuler et vivre leurs engagements dans la société, la Coordination Édification les assiste dans l’enseignement biblique et la formation de disciple et la Coordination Mission soutient les actions de témoignage. Les Coordinations ont pour but de mettre en place un accompagnement responsabilisant les Églises et encourageant les initiatives locales, avec le soutien des visiteurs fraternels et de groupes de travails. Ce « pas en avant » a permis des avancées mais a aussi ouvert à certains effets qu’il convient d’évaluer et d’analyser.

L’organisation de l’Unepref © Unepref

Changement de cycle

Enfin, ce synode équivaut à la fin d’un cycle avec la fin de la présidence assumée depuis 2012 par le pasteur Jean-Raymond Stauffacher, qui prendra ses fonctions de nouveau secrétaire général de la Fédération protestante de France le 1er juillet, succédant à à Georges Michel, et le renouvellement de l’administrateur, Gérard Kurz. Le vote de renouvellement des équipes des commissions et coordinations occupera une place importante dans ce synode dit à « élections ». Ces deux jours seront aussi marqués par la reconnaissance de ministère de deux pasteurs et par les prises de parole d’invités internationaux.

Ce synode se tiendra juste avant la 4ème convention nationale de l’Unepref : un événement qui aura lieu les 28 et 29 mai au centre chrétien de Gagnières, avec l’installation d’un « village missionnaire » avec de nombreuses animations et des invités comme le Suisse Alain Auderset, artiste chrétien engagé dans ses albums de BD comme sur la scène, ou le collectif de louange Tehillah :
 




Mission de l’Église et ministères au menu du synode national de l’EPUdF

Le dixième Synode national de l’Église protestante unie de France se tiendra du Jeudi 26 mai au dimanche 29 mai 2022 à Mazamet. Il verra la poursuite des réflexions engagées sur le thème « Mission de l’Église et ministères ». Avec des enjeux cruciaux : quelle mission pour l’Église de demain ? Sous quelle forme ? Quelles relations entre mission au près et au loin ?

Le synode national de l’EPUdF à Sète en 2021 © Défap

Neuf ans après la création de l’Église protestante unie de France, la paroisse protestante de Mazamet, dans le Tarn, reçoit du 26 au 29 mai le Synode national. Sylvie Franchet d’Espérey, modératrice de cette session synodale 2022, accueillera les 200 délégués des neuf régions de l’EPUdF et des invités de France et d’Europe. Elle conduira leurs travaux, nourris par les divers rapports sur la vie matérielle et spirituelle de l’Église protestante unie de France. La présidente du Conseil national, la pasteure Emmanuelle Seyboldt, donnera son message au Synode le jeudi 26 mai à 18h45. Le culte final le dimanche 29 mai à 11 heures accueillera les nouveaux pasteurs reconnus dans leur ministère durant l’année.

Le Conseil national de l’Église a initié un processus synodal sur plusieurs années (2021-2024) intitulé « Mission de l’Église et ministères ». Pour cette session 2022, le Synode national devra discerner une vision globale et de grandes orientations à partir des contributions des synodes régionaux et des travaux des Églises locales en 2021. Pour cela, deux documents sont proposés au débat, puis au vote : la Charte pour une Église de témoins, texte d’encouragement et de partage de convictions sur la mission de l’Église et les ministères ; et les objectifs stratégiques, définissant de grands domaines de travail et d’orientations, à partir desquels des propositions concrètes feront l’objet de la suite de la consultation synodale (en 2023-2024).

Au Défap, une réflexion engagée depuis mars 2018

Les questions sur la mission, tous les organismes missionnaires y sont aujourd’hui confrontés, dans un temps qui connaît des évolutions de plus en plus rapides et de grande ampleur. Et ce qui est vrai des organismes missionnaires l’est tout autant des Églises elles-mêmes – et au sein du monde protestant, c’est tout particulièrement vrai des Églises dites «historiques». En témoignait l’an dernier le numéro 80 de Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie protestante dans le monde francophone, qui s’est associée depuis à la revue Foi & Vie : ce numéro de PM s’attachait précisément aux questionnements auxquelles la mission fait face dans le contexte européen.

Au Défap, la réflexion est engagée depuis mars 2018, lorsque son président, Joël Dautheville, avait lancé un appel en faveur d’une dynamique refondatrice dans son message à l’ouverture de l’Assemblée générale. Une réflexion qui ne peut bien sûr être indépendante de celle des Églises constituant le Service Protestant de Mission. Mais en la matière, chacune avance en fonction de son propre contexte, de sa propre histoire et au rythme de ses propres instances. En octobre 2019, le colloque organisé au 102 boulevard Arago «Vers une nouvelle économie de la mission : parole aux Églises» avait permis de réunir les présidents des trois Églises constitutives du Défap : l’EPUdF, l’UEPAL et l’Unepref. Il s’était traduit par des échanges très riches au cours desquels s’étaient exprimées les diverses conceptions de la mission, et les diverses attentes vis-à-vis du Défap.

La mission en débat à l’EPUdF : le dossier
 – le PDF «Mission de l’Église et Ministères»
 – la lettre d’accompagnement d’Emmanuelle Seyboldt
L’avancée des réflexions au Défap
 – Le Défap et les «jeudis de la mission»
 – Colloque du Défap : un moment charnière sur le chemin de la refondation
 – Refonder la mission
 – Vivre et Partager l’Évangile
 – «La mission de partout vers partout : les temps sont-ils mûrs ?»
 – Un défi à relever…
 – «L’interculturalité est un voyage, et souvent, on ne voit pas le chemin»
 – Une réflexion sur «les fruits du Défap»
 – Les fruits de la mission
 – «Être en mission est une grâce»
 – «Une réflexion refondatrice» pour «une vision et une action renouvelées»



Le Défap est dans le pré !

Entre le 4 et le 6 juin 2022, le Défap sera présent au grand rassemblement de jeunes de l’UEPAL « La Parole est dans le Pré ». Avec des animations emmenées par Éline O. dans son sac à dos, ainsi que tous les éléments nécessaires pour organiser une belle partie d’escape game sur le thème du Défap et de la mission aujourd’hui…

Photo extraite de la page Facebook de « La Parole est dans le Pré », le grand rassemblement des jeunes de l’UEPAL © UEPAL

Avant les tentes, les matelas de camping et les soirées à la belle étoile ; avant les bébêtes qui piquent, les herbes qui démangent et les discussions théologiques en forme de poil à gratter autour des feux de camp, ça s’active ferme au sein des équipes chargées de l’organisation de « La Parole est dans le Pré » (« PdP » pour les initiés). Facebook bourdonne de posts et de photos de jeunes et bénévoles en plein travail, entre extraits musicaux pour donner l’eau à la bouche aux futurs participants et conseils avisés sur le « dress code » officiel de l’opération (à savoir : bottes et chapeau de paille). Le thème de cette édition 2022 : Choisis la vie !

Comme l’annonce le site de l’opération avec gourmandise, ce sera pour tous les participants l’occasion de « vivre des expériences par dizaines comme : chanter, écouter de la musique, danser, célébrer un culte, jouer à des jeux originaux, faire du sport, des activités artistiques, bronzer (enfin normalement), se coucher tard, se lever tard, faire des photos, du théâtre, manger des chips arrosées de boisson gazéifiée sucrée, goûter au fromage de la ferme, au lait de la vache, apprendre le tricot, participer à un grand jeu, lire des textes bibliques comme on n’en pas l’habitude, se sentir libre comme la fourmi dans son champ, compter les étoiles du ciel, découvrir le football luthérien, la pétanque carrée et ce qui se cache derrière la robe des pasteurs (je n’ai pas dit sous). La Parole est dans le Pré, c’est vraiment pour tous les amateurs de liberté. »

Un demi-millier de jeunes attendus

Au programme, après une cérémonie d’ouverture au ton décalé : un grand jeu inter-villages avec des ateliers et des défis ; un temps de méditation dans un amphithéâtre de verdure ; des invités qui viendront témoigner de leur engagement ; un culte, une soirée festive, des animations bibliques… Tout ceci sur trois jours et deux nuits. Et le Défap sera sur place, avec Éline O. qui présentera des animations sur le thème de la mission, et qui donnera aussi aux participants l’occasion de mieux connaître, de façon ludique, le Service protestant de mission à travers son escape game…

Illustration pour « La Parole est dans le Pré », le grand rassemblement des jeunes de l’UEPAL © UEPAL

Le logo de cette année est à lui tout seul une véritable déclaration de foi : on y retrouve pêle-mêle une tête de vache sous un parasol, des bottes au décor de pâquerettes… « La Parole est dans le Pré », c’est un peu le croisement entre un rassemblement scout et un festival : un cocktail de bonne humeur et d’ambiance estivale. Il y a de la musique et des rencontres, tout ceci tournant autour du partage de la foi. Cette année 2022 marque le grand retour de ce rassemblement, organisé tous les deux ans, après une période obscurcie par la pandémie de Covid-19 et par son cortège de restrictions sanitaires. Et pour marquer ce retour, « Le nouveau Messager » a consacré un dossier à l’événement, dans lequel il donne notamment la parole à des jeunes participants.

Ce rassemblement de jeunes chrétiens en est à sa sixième édition. Et en un peu plus d’une dizaine d’années, en dépit d’un lieu de rendez-vous au nom imprononçable pour des non-Alsaciens (Pfaffenhoffen), il a largement conquis son audience et sa légitimité, au point de devenir « le » grand rassemblement des jeunes de l’UEPAL (l’Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine)… mais aussi d’ailleurs. Lors de la dernière édition du rassemblement en 2018, 500 jeunes avaient participé à l’événement. Pour cette année, après la difficile parenthèse du Covid qui a donné aux jeunes l’envie de revenir aux rencontres « en présentiel », les organisateurs en espèrent au moins autant. Le public cible, c’est celui des ados de 12 à 16 ans ; mais pour celles et ceux qui ont passé la limite d’âge, il y a largement de la place parmi les équipes d’animation.
 




Go to Arago : session retour pour la formation CPLR-Défap

Après « Go to Togo », stage interculturel organisé en 2019 grâce à un partenariat entre la CPLR et le Défap dans la ville togolaise de Kpalimé, voici venue l’heure de la deuxième partie de cet échange. Elle associe, comme lors de la première partie, 24 pasteurs français et togolais. Mais si l’étape togolaise avait été axée sur l’accompagnement pastoral des familles, celle qui va se dérouler au Défap sera, elle, placée sous le thème de la guérison.


Douze pasteurs de France et douze du Togo ; tous réunis durant une dizaine de jours pour échanger et se former à propos d’un thème crucial pour leur pratique pastorale quotidienne… L’opération évoque fortement le stage « Go to Togo » organisé en 2019, et pour cause : les participants sont les mêmes et cette rencontre est la suite logique de celle qui avait eu lieu à Kpalimé. Mais alors qu’en mars 2019, les pasteurs togolais accueillaient leurs collègues français, cette fois-ci, ce sont les Togolais qui seront accueillis. Cette session retour se déroulera du 7 au 17 juin au siège du Défap, au 102 boulevard Arago, à Paris.

Ces échanges hors des cadres habituels et par-delà les frontières sont organisés par la CPLR (la Communion luthéro-réformée), en collaboration avec le Défap. En mars 2019, la thématique en était l’accompagnement pastoral des familles. Fruit d’une initiative commune de l’Église évangélique presbytérienne du Togo (EEPT) et du Défap, cette première partie du stage CPLR s’inscrivait alors dans le prolongement de la réflexion lancée par la Cevaa à travers son Action Commune « Familles, Évangile et cultures ». Pour cette année 2022, le thème sera : « Miracles et guérisons, regards et enseignements ». Avec des intervenants comme Corina Combet Galand, bibliste et ancienne professeur en Nouveau Testament à l’Institut Protestant de Théologie de Paris ; la bibliste Christine Prieto ; Franck Agbi Awume, professeur en Nouveau Testament à la Faculté d’Atakpamé, au Togo ; Frédéric Chavel, dogmaticien et professeur à l’Institut Protestant de Théologie à Paris… Mais avec aussi des acteurs de terrain : les participants pourront ainsi s’entretenir avec Victor Azdra, aumônier des établissements sanitaires et médicaux-sociaux ; avec Jonathan Ahovi, pédopsychiatre, qui assure une consultation transculturelle à la Maison de Solenn à Paris ; Célin Nzambe, médecin congolais…

Il est à souligner que le thème des « miracles et guérisons » a été choisi par le groupe lui-même à la fin de la session à Kpalimé. Du côté togolais, il renvoie à la question de l’opposition (ou à l’inverse de la cohabitation possible) entre rituels de la tradition (y compris sorcellerie) et apports de l’Évangile. Comment ces deux réalités cohabitent-elles ou s’affrontent-elles dans le contexte africain ? Et du côté européen, la question de la guérison ou du miracle, traverse de manière contrastée les différents courants théologiques et spirituels : il peut ainsi être envisagé de manières très différentes dans des Églises de sensibilité luthéro-réformée ou évangélique… Dès lors, sur quelle vision du monde (rationalité / scientisme / mystère) s’appuient ces différents courants ? Comment sont lus les récits bibliques de miracles et de guérisons ?

Au bout du compte, si d’un point de vue biblique la donne miraculeuse est présente, comment s’articule-t-elle aux divers contextes culturels ? Et comment se déploie-t-elle dans un contexte d’interculturalité ?

Ne pas confondre la CPLR et le CPLR

Plus qu’un organe de formation, la CPLR est une communion d’Églises entre l’Église protestante unie de France et l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine. Si ses actions touchent à la formation permanente des pasteurs, elles concernent aussi la catéchèse et la coordination des représentations dans des instances œcuméniques nationales et internationales. La CPLR est héritière directe du CPLR (Conseil Permanent Luthéro-Réformé), dont l’existence avait en fait précédé les créations à la fois de l’UEPAL et de l’EPUdF. Créé en 1972 et lui-même issu d’une instance de dialogue dite «des Quatre bureaux», le Conseil Permanent Luthéro-Réformé réunissait alors quatre Églises protestantes de France, à savoir l’ERF (Église réformée de France), l’EELF (Église évangélique luthérienne de France), l’EPCAAL (Église protestante de la Confession d’Augsbourg d’Alsace et de Lorraine) et l’EPRAL (l’Église protestante réformée d’Alsace et de Lorraine). Un rapprochement qui s’inscrivait dans un contexte européen de dialogue entre Églises de traditions luthérienne et réformée, dont la traduction la plus visible s’était manifestée dès 1970 par la signature de la Concorde de Leuenberg, texte d’accord théologique reprenant les grandes questions des sacrements (Baptême et Cène) et des ministères.

Les domaines d’intervention de la CPLR (formation, mission…) ont poussé depuis de nombreuses années à des rapprochements avec le Défap, service missionnaire des Églises luthéro-réformées (même si l’une des Églises membres du Défap, l’UNEPREF, n’a pas de liens avec la CPLR). Si la formation initiale des pasteurs est assurée par la faculté de Strasbourg en Alsace-Moselle, et par l’Institut Protestant de Théologie pour la « France de l’intérieur », la formation permanente, élément essentiel de la vie des pasteurs, est gérée depuis longtemps en commun grâce à la CPLR. Pour le Défap, il s’agissait de promouvoir les thèmes de la missiologie et les préoccupations liées à la mission dans le cadre de cette formation continue. Après diverses expériences d’échanges de pasteurs (par exemple, un pasteur français pouvait partir un mois au sein d’une Église béninoise, et en retour, un pasteur béninois pouvait venir en France), expériences qui se heurtaient souvent à la difficulté de rendre les pasteurs disponibles durant une période aussi longue, le Défap a décidé de s’insérer dans les stages de formation de la CPLR. Avec l’idée d’organiser tous les deux ans un stage en commun Défap-CPLR, le Défap s’occupant de l’animation internationale. C’est ainsi qu’ont été mis sur pied des stages au Sénégal, au Cameroun, au Maroc… Concrètement, le rôle du Défap est celui de facilitateur, en assurant les liens entre Églises côté français, ainsi que les liens Nord-Sud entre partenaires.

Pour aller plus loin :



Échange entre protestants français et béninois

Jusqu’au 18 mai, une délégation de l’Église protestante méthodiste du Bénin est de passage en France – à Royan d’abord, puis à Paris. Il s’agit là de la première phase d’un échange entre l’EPMB et la paroisse de Royan, lancé à l’initiative de la pasteure Chantal Gohungo Vianou, elle-même d’origine béninoise. En novembre prochain, ce sont des protestants de Royan qui seront à leur tour reçus au Bénin, où l’EPMB est en pleine festivités des 180 ans de son implantation dans ce pays.

La pasteure Chantal Gohungo Vianou en compagnie des membres du conseil presbytéral de la paroisse EPUdF de Royan © FOMECAF (Forum des Médias Chrétiens d’Afrique Francophone)

Ils sont arrivés au 102 boulevard Arago à un peu plus d’une vingtaine, dans l’après-midi du 16 mai : les membres de la délégation de l’EPMB (Église protestante méthodiste du Bénin), après une dizaine de jours passés à Royan, sont désormais à Paris pour achever leur voyage. Ils doivent encore s’entretenir avec le Secrétaire Général du Défap, Basile Zouma, et rencontrer les membres de l’Église Protestante Méthodiste de France-John Wesley (EPMF-JW), en compagnie de son animateur théologique Simon Évariste Assogba. Après cette visite à Royan et à Paris, ce sont des membres de l’EPUdF de Royan qui seront à leur tour, du 18 au 28 novembre, reçus au Bénin.

Cet échange entre Églises de France et du Bénin est révélateur des mouvements qui travaillent les Églises aujourd’hui, au nord comme au sud. Entre Églises, mais aussi au sein d’une même Église, l’interculturalité est une donnée de plus en plus présente. Le projet a ainsi été lancé à l’initiative de Chantal Gohungo Vianou, elle-même issue de l’EPMB et actuellement pasteure à Royan, où elle a pris la suite du pasteur d’origine américaine Douglas Nelson. L’échange a obtenu un financement de la Cevaa – Communauté d’Églises en mission (dont font partie à la fois l’EPMB et l’EPUdF), et aurait pu se tenir dès 2020-2021 s’il n’avait été retardé par les contraintes sanitaires dues à la pandémie de Covid-19. Il a aussi bénéficié d’un fort soutien à la fois au sein de la paroisse de Royan et de l’EPMB, dont le Secrétaire Général, le révérend Clément Akpaki, est venu en France avec une délégation comprenant six pasteurs – parmi lesquels le directeur du département de l’évangélisation, le directeur du département de la musique, une représentante des pasteurs femmes et un représentant des jeunes. Douze choristes, un journaliste et une représentante de l’union des femmes méthodistes complétaient le groupe. Quant à l’EPMF-JW, que la délégation venue du Bénin doit encore rencontrer avant la fin de cette première partie de l’échange, il s’agit d’une Église présente à Paris et liée à l’Église protestante méthodiste du Bénin. Elle fait partie de ces communautés implantées en France par des Églises autrefois issues des travaux de missionnaires européens, et devenues missionnaires à leur tour.

Comment apporter l’Évangile en dépassant le filtre de notre propre culture ?

La première partie de ce voyage, à Royan, a donné l’occasion de nombreux échanges et notamment de conférences-débats au cours desquelles les membres de la délégation ont pu présenter leur Église et ses stratégies d’évangélisation ; la pasteure Pascale Grosbras, du Défap, a animé une rencontre sur le thème « Penser l’Église universelle pour aujourd’hui et demain », à partir de Matthieu 28, 18-20. Avec, au cœur de son intervention, cette question récurrente, et qui constitue tout l’enjeu de la théologie contextuelle : comment apporter l’Évangile quelque part, en dépassant le filtre de notre propre culture ou de celle des personnes auxquelles on s’adresse ? Y a-t-il un « noyau pur » qu’on puisse transmettre ? Et comment ?

Au cours de la deuxième partie de cet échange, qui verra une délégation de la paroisse de Royan se rendre au Bénin, les membres de l’EPUdF pourront découvrir sur place une Église qui a lancé depuis début 2022 les festivités des 180 ans de son implantation dans ce pays. Le 6 mars 1843 marque en effet l’acte de naissance officiel de l’Église protestante méthodiste du Bénin, fondée au Dahomey (ancien nom du Bénin) par le pasteur Thomas Birch Freeman, dans la lignée de John Wesley, fondateur du méthodisme mondial. Aujourd’hui, l’Église protestante méthodiste du Bénin compte 320 pasteurs, plus de 4000 prédicateurs, 980 temples ainsi que de nombreux centres de santé, écoles et une université. Et elle revendique plus d’un million de fidèles sur les douze millions de personnes que compte la population béninoise.
 

© YouTube / Bénin Eden TV – Synode de l’église protestante méthodiste du Bénin, 2020

Le Bénin est un pays où le Défap a de nombreux projets en lien avec l’EPMB. Il avait ainsi permis la mise en place d’un échange entre pasteurs, mené dans le cadre d’un stage de formation de la CPLR (Commission Permanente Luthéro-Réformée). Les participants de cet échange avaient par la suite témoigné de leur expérience lors d’une table ronde organisée à Strasbourg, à l’occasion de l’édition 2017 de « Protestants en fête », sur la thématique de l’interculturel.




Perspectives Missionnaires rejoint Foi & Vie

Le numéro 82 de Perspectives Missionnaires aura été le dernier publié en édition papier : place désormais au Cahier d’études missiologiques et interculturelles de Foi & Vie, dont le premier numéro reprend le dossier du dernier « PM » sur le prosélytisme. Explication de cette évolution par Marc Frédéric Muller.

Photo illustrant le dossier « prosélytismes… au pluriel », dans le Cahier d’études missiologiques et interculturelles de Foi & Vie, reprise du n°82 de Perspectives Missionnaires © Foi & Vie

La revue Perspectives missionnaires (PM), après quarante années d’existence indépendante et quatre-vingt-deux numéros parus, vient rejoindre Foi & Vie sous la forme d’un « Cahier d’études missiologiques et interculturelles ». L’équipe de PM espère ainsi enrichir la palette des champs de recherche de la revue numérique.

Il est utile de formuler ici la raison d’être du cahier qui voit le jour en présentant sa ligne éditoriale.

Premièrement, il est toujours nécessaire de réfléchir théologiquement à la façon dont les chrétiens entendent porter leur témoignage. Les débats dans la société civile et au sein même du protestantisme, remettant en question la légitimité de la mission, ont pu discréditer le recours à toute entreprise missionnaire. Pour certains, le mot mission peut sembler au mieux désuet et au pire évoquer des entreprises conquérantes, incompatibles avec l’Évangile et avec la valeur impérieuse du respect des consciences. Dans cette perspective, « la mission » renvoie à des pages jugées sombres de l’histoire du christianisme et de la civilisation occidentale. L’évangélisation qui y est associée, de façon réductrice, souffre également d’une mauvaise image ; elle est souvent perçue comme la prétention d’obtenir à tout prix des conversions, en forçant les consciences ou en les manipulant, sans égards pour le milieu socio-culturel où elle est engagée. Or, la réflexion missiologique a régulièrement interrogé les pratiques missionnaires, depuis les écrits du Nouveau Testament jusqu’aux conférences mondiales œcuméniques des dernières décennies (par exemple, Willingen 1952 ou Busan 2013). La Conférence des Églises protestantes en Europe, en 2001, se demandait : « Comment annoncer l’Évangile de telle manière que la forme choisie corresponde au contenu ? » Autrement dit comment « évangéliser de manière évangélique » de telle sorte que les Églises ne fassent pas le contraire de ce qu’elles proclament : un message libérateur et une parole de réconciliation.

Deuxièmement, il est important de contribuer à un travail historiographique. Il consiste à garder la mémoire, à observer, à décrire et à analyser les pratiques missionnaires, dans des contextes divers et à des époques diverses, en évaluant leurs soubassements idéologiques, qu’ils soient théologiques, philosophiques ou liés à un imaginaire ancré dans une culture spécifique. Les expressions chrétiennes sont en évolution constante dans le temps et selon les lieux, partout où l’Évangile s’est propagé. Dans leur diversité confessionnelle (approche œcuménique) et culturelle (réflexion sur les enjeux de la traduction et de réception de l’Évangile), elles montrent que le témoignage chrétien est aux prises avec les transformations du monde et que les Églises s’en trouvent elles-mêmes transformées.

Troisièmement, ces dernières années, du fait d’une mondialisation accrue des échanges résultant aussi bien des vagues migratoires que de la révolution numérique, les sciences religieuses et la missiologie ont concentré leurs travaux sur la complexité des rapports entre Évangile et culture, sous-tendue par des interprétations débattues de la définition tant de l’un que l’autre. Les dynamiques sont d’une étonnante diversité : adaptation, accommodation, inculturation, contextualisation, métissage, syncrétisme, interculturation, etc. sur fond de résistance, de confrontation, de dialogue, de rejet ou d’appropriation. Elles touchent le christianisme qui est à la fois déplacé dans ses expressions et créateur de culture. Derrière le phénomène de l’interculturalité, les enjeux sont parfois très lourds puisqu’ils concernent le « vivre-ensemble », la cohésion sociale et la reconnaissance des identités, la liberté religieuse et la construction d’une société de justice, de paix.

Quatrièmement, ce cahier souhaite modestement répondre au besoin d’un espace intellectuel de langue française, ancré dans le protestantisme et œcuménique, ouvert à des personnes en recherche sur tous les continents, désireuses d’exposer convictions et réflexions prospectives sur les voies du renouvellement du témoignage chrétien. Il s’agit d’accueillir des contributions venues de contextes divers et de stimuler la rédaction de textes permettant de croiser les regards. C’est un travail qu’il faut organiser et qui requiert un effort soutenu car il implique de franchir des frontières confessionnelles, géographiques linguistiques ou culturelles.

Une équipe d’une quinzaine de personnes a jusqu’ici conçu et préparé les dossiers parus sous le titre de Perspectives missionnaires. Nous nous réjouissons que les archives soient bientôt intégralement disponibles, en ligne, sur le site de Foi et Vie.

C’est avec reconnaissance que nous rejoignons la revue Foi et Vie, saluant l’intérêt de son comité de rédaction pour le champ de réflexion que nous avons ici esquissé.

Marc Frédéric Muller

 

Le sommaire de ce Cahier d’études missiologiques et interculturelles




Rencontre au Défap pour la commission Jeunesse de la FPF

Cette commission dont est membre le Défap, et qui a un rôle de coordination et de réflexion sur les questions de jeunesse intéressant les divers membres de la FPF, se réunira le 19 mai au 102 boulevard Arago. L’occasion de rencontrer l’équipe responsable de l’envoi et de l’accueil de jeunes au Service protestant de mission, et de réfléchir ensemble sur la thématique « Quels engagements interculturels pour nos jeunes ? ».

La commission Jeunesse de la Fédération Protestante de France fait partie d’un ensemble de sept commissions chargées, soit d’aider au fonctionnement d’un service de la FPF (commissions d’accompagnement), soit de fournir au Conseil des éléments de réflexion sur une problématique spécifique (commissions du Conseil), et qui recouvrent des thèmes aussi divers que « Droit et liberté religieuse », « Écologie et justice climatique », « Relations avec l’islam », « Relations avec le judaïsme », « Éthique et société », ou « Conseil scolaire ». Elle a un rôle de coordination et de réflexion sur des thématiques intéressant l’ensemble des mouvements de jeunesse liés aux diverses Églises ou composantes du protestantisme représentées au sein de la FPF. Elle a ainsi eu l’occasion de travailler sur des questions comme l’accueil des mineurs en Église (le fruit de ses réflexions ayant débouché sur une publication, disponible aux éditions Olivétan), d’organiser des rencontres de jeunes sur la laïcité, de travailler sur la façon dont les œuvres, mouvements et Églises de la Fédération protestante de France peuvent préparer l’accueil de jeunes dans le cadre du Service National Universel…

Idéalement, la composition de cette commission est censée refléter la diversité de la FPF. Mais dans l’absolu, elle ne peut comporter un membre de chaque union d’Église ou de chaque mouvement de jeunesse représenté à la Fédération… Ses membres actuels sont donc issus de l’Église protestante unie de France (Christine Mielke), de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (Matthias Dietsch et Marianne Renaud), de la Fédération Baptiste (Suzanne Wilson), de l’Union des fédérations adventistes du septième jour (Pascal Rodet), ainsi que de mouvements de jeunesse comme les YMCA (Alexandra Box) ou l’Association des Étudiants Protestants de Paris, qui a participé à la création de la Fédération Française des Associations Chrétiennes d’Étudiants, la « Fédé » (Patricia Glaizal)… On y trouve encore des mouvements missionnaires destinés aux jeunes comme Jeunesse en mission (Denis Drugeau), des organismes d’échanges internationaux comme Visa Année Diaconale (Samuel Gerber)… Le Défap y est pour sa part représenté par Éline O., qui a pris la suite de Tünde Lamboley. Et les pasteurs François Clavairoly et Georges Michel, respectivement président et secrétaire général de la FPF, en sont membres de plein droit.

Le 19 mai, c’est au Défap que cette commission se réunira. L’occasion pour ses membres de rencontrer l’équipe responsable de l’envoi et de l’accueil de jeunes au Service protestant de mission, à savoir Laura Casorio, Caroline Mpessa Lobe et Éline O.. L’occasion, aussi, de présenter les activités des services AFI et RSI sur la thématique « Quels engagements interculturels pour nos jeunes ? ». Une réunion de deux heures en cours d’après-midi sera consacrée spécifiquement aux dispositifs d’envoi et d’accueil de jeunes, avec un accent mis sur les questions de réciprocité ; ou encore d’accompagnement de groupes de jeunes…




Triste anniversaire pour les enfants d’Haïti

Ce 9 mai, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (FEPH) fêtait ses 36 ans. Mais la date de cet anniversaire coïncide avec une période qui voit les droits des enfants de plus en plus menacés dans le pays, non seulement du fait des difficultés à accéder à une éducation de qualité, mais aussi et surtout à cause de la violence. Les enfants d’Haïti figurent parmi ses premières victimes, soit parce qu’ils sont directement ciblés par des gangs que plus rien n’arrête, soit parce qu’ils sont recrutés comme combattants par des groupes criminels.

Des enfants dans un camp pour personnes déplacées à Port-au-Prince, Haïti © ONU/Sophia Paris

La vidéo a largement circulé sur les réseaux sociaux en Haïti au cours des derniers jours. On y voit un enfant d’une dizaine d’années tout au plus, un masque sur le visage, qui exhibe une arme automatique de gros calibre. Le garçon explique être en guerre avec le chef d’une bande armée rivale à la sienne. Les images ont été tournées à Martissant, un quartier pauvre de l’ouest de Port-au-Prince totalement contrôlé par des gangs depuis juin dernier.

Si l’enrôlement d’enfants dans des groupes armés n’est pas en soi une nouveauté (des cas similaires avaient déjà été signalés à l’époque des milices de François Duvalier), la diffusion de ces images est intervenue dans un contexte très particulier : celui d’une guerre civile opposant des gangs rivaux en plein milieu de la capitale Port-au-Prince, qui s’est traduite par des dizaines de morts, de multiples incendies volontaires, la fuite de plus de 9000 personnes et de véritables actes de barbarie. Au sein de la population civile prise en otage par les combats, les plus fragiles face aux violences étaient les femmes et les enfants, qui figurent nombreux parmi les victimes. Aux meurtres, cas de torture et enlèvements contre rançon, sont venus s’ajouter des cas de plus en plus fréquents d’enrôlement de combattants de plus en plus jeunes par les groupes criminels en lutte pour asseoir leur domination sur tel ou tel quartier de la ville. Voilà pourquoi les images de l’enfant-combattant de Martissant ont eu un tel écho ; au point que le bureau de l’ONU en Haïti, quelques jours après l’apparition de cette vidéo sur les réseaux sociaux, a dit s’inquiéter « particulièrement du recrutement de mineurs au sein des gangs, une des six violations graves du droit de l’enfant ».

Les maux de l’éducation haïtienne

Ce n’est pas la seule manière par laquelle les enfants se retrouvent menacés par ces violences. Même quand ils n’en sont pas les victimes directes, leur éducation se trouve gravement compromise. Selon l’Unicef, « 500.000 enfants ont perdu l’accès à l’éducation en raison de la violence liée aux gangs. Près de 1700 écoles sont actuellement fermées dans la zone métropolitaine de Port-au-Prince alors que des affrontements entre gangs rivaux ont éclaté depuis fin avril ». Les chiffres du ministère de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle (MENFP) donnent le détail de ces fermetures : « Sur l’ensemble de la zone métropolitaine de Port-au-Prince, 772 écoles sont fermées à Croix-des-Bouquets, 446 écoles à Tabarre, 274 à Cité Soleil, et 200 autres à Martissant, Fontamara, centre-ville et bas-Delmas ».

C’est dans ce contexte difficile que la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (FEPH) a fêté ses 36 ans le 9 mai. Depuis 1986, elle assure la coordination entre environ 3000 écoles protestantes visant à la promotion d’une éducation de qualité. Avec un principe simple guidé par de solides convictions chrétiennes : c’est par l’éducation que la société haïtienne pourra se reconstruire. Encore faut-il pour cela que cette éducation soit accessible. Or même en-dehors des pics de violence comme celui que vient de connaître Port-au-Prince, et dont les dégâts sont profonds et durables, ce sont déjà plus de 200.000 enfants qui ne sont pas scolarisés en temps ordinaire dans le pays. Une situation qui a encore empiré avec la pandémie de Covid-19 et, surtout, avec le niveau de violence entretenu par les gangs. Les écoles publiques sont une petite minorité (9 écoles sur 10 sont des établissements privés); et le niveau général est tellement faible que moins de 5% d’une classe d’âge obtient le bac.

Dans ce contexte, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti, grâce à son réseau d’écoles, revendique la scolarisation de 300.000 enfants « afin d’offrir à la société un citoyen capable de contribuer au développement de son pays ». Elle est soutenue directement par le Défap à travers des financements directs et à travers ses envoyés ; elle fait aussi partie des partenaires privilégiés de la Plateforme Haïti, mise en place sous l’égide de la Fédération protestante de France et où le Défap se retrouve aux côtés de divers acteurs du protestantisme français impliqués dans ce pays, comme La Cause ou la Mission Biblique. Au-delà des violences ou des besoins d’intervention dans les situations d’urgence, l’éducation est donc un secteur prioritaire pour permettre aux Haïtiens de prendre leur destin en main.

Le Défap et la Plateforme Haïti
La Plateforme Haïti de la Fédération Protestante de France est actuellement présidée par le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :




Soutien à Haïti en proie à la violence

Les membres de la Plateforme Haïti, qui rassemble autour de la Fédération Protestante de France les acteurs du protestantisme français entretenant des liens avec le protestantisme haïtien, multiplient contacts et réunions alors que la situation à Port-au-Prince ne cesse de se dégrader. À l’occasion de la prochaine Assemblée Générale de la Fédération Protestante d’Haïti, qui se tiendra vers la mi-juin, les paroisses de France seront invitées à prier pour Haïti lors d’un culte dominical.

Visiteurs étrangers, fonctionnaires, pasteurs, diplomates : la liste des victimes de kidnapping au cours des derniers mois en Haïti montre que personne n’est à l’abri de la violence. Celle-ci n’a fait que se renforcer avec l’incertitude politique qui a suivi l’assassinat du président Jovenel Moïse. Le pouvoir est désormais dans la rue, aux mains des gangs dont les combats pour conquérir de nouveaux territoires transforment des quartiers entiers de la capitale Port-au-Prince en scènes de guerre civile. Plus nombreux, mieux armés que la police, ils enlèvent, rançonnent, pillent, brûlent (des maisons ou des otages), pendant que la population prise au milieu de ces affrontements n’a d’autres ressources que de fuir. Selon les Nations unies, la véritable guerre que deux de ces gangs se sont livrée ces dernières semaines dans la plaine du Cul-de-Sac et à Cité Soleil a fait au moins 75 morts, dont des femmes et des enfants, 68 blessés et contraint à la fuite 9000 personnes. « Des dizaines d’écoles et de centres médicaux ont été contraints de fermer leurs portes et de nombreux citoyens ont du mal à trouver des produits de base, notamment de l’eau et de la nourriture », ajoutait le communiqué diffusé le 6 mai dernier. Fait ironique, le chef d’un de ces groupes, Germine Joly, qui était à la tête du redoutable gang des 400 Mawozo, a été récemment transporté à Washington par le FBI. Emprisonné depuis 2015, il continuait en fait à donner ses ordres depuis sa cellule…

Cette emprise de la criminalité contribue à empirer la désorganisation dont souffre le pays tout entier, en coupant des voies de communication (les accès de Port-au-Prince vers le Sud sont ainsi contrôlés par des gangs), en provoquant des pénuries – d’essence, d’eau, d’électricité, de biens de première nécessité – et en empêchant l’action des organisations humanitaires. Celles-ci ont ainsi eu le plus grand mal à accéder aux territoires frappés par le tremblement de terre d’août dernier. Avec des effets qui se cumulent, dans un pays qui reste le plus pauvre de la région Amérique latine et Caraïbes et parmi les pays les plus pauvres du monde : en 2020, Haïti avait un PIB par habitant de 2925 dollars, le plus bas de la région Amérique Latine et Caraïbes et moins d’un cinquième de la moyenne des pays de la région. Selon les dernières estimations du Programme Alimentaire Mondial, environ 4,5 millions d’Haïtiens, soit plus de 40% des 11 millions d’habitants du pays, souffrent de la faim.

Appel à la solidarité et à la prière

Depuis longtemps, ce sont les Églises qui tentent de pallier les carences de l’État en matière d’action sociale, d’éducation, de protection de l’environnement : autant d’actions cruciales pour Haïti où la profonde crise que traverse le pays frappe d’autant plus durement les plus fragiles. Et si Haïti est considérée comme « zone rouge » par le ministère français des Affaires étrangères, ce qui y limite les voyages aux seuls cas de nécessité absolue, c’est en soutenant ces institutions liées aux Églises qu’il est possible d’aider malgré tout. Elles-mêmes ne sont pas à l’abri des pénuries et de la violence, mais elles se consacrent avec dévouement à semer des graines d’espérance. Le soutien de partenaires étrangers est pour elles nécessaire. Et il existe des relations de longue date entre les protestantismes français et haïtiens. Ils se concrétisent notamment à travers la Plateforme Haïti, créée par la Fédération protestante de France (FPF) et dont la coordination administrative est assurée par le Défap. Issue d’un mouvement de concertation associant milieux d’Églises et ONG qui a commencé à s’organiser au cours des années 80, la Plateforme Haïti proprement dite, qui rassemble autour de la FPF les acteurs du protestantisme français qui sont en lien avec le protestantisme haïtien, a été créée pour venir en aide à la population haïtienne suite au passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le pays en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike). Elle a été particulièrement active en 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts. Aujourd’hui encore, les partenaires de la Plateforme présents en Haïti s’efforcent d’agir et d’aider. En France même, la Plateforme fait un travail de sensibilisation à la situation haïtienne au sein du milieu protestant.

C’est ainsi que la Fédération protestante de France prépare un appel à la prière destiné à ses membres : à l’occasion de la prochaine Assemblée Générale de la Fédération Protestante d’Haïti (FPH) qui se tiendra vers la mi-juin, les paroisses de France seront invitées à prier pour Haïti lors d’un culte dominical. La Fédération protestante d’Haïti rassemble environs 120 Églises, œuvres et missions présentes sur l’ensemble du territoire national, ainsi que la Fédération des écoles protestantes d’Haïti (FEPH). Elle bénéficie d’un soutien institutionnel de la part du protestantisme français.

Le Défap et la Plateforme Haïti
La Plateforme Haïti de la Fédération Protestante de France est actuellement présidée par le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :




La France, pays de Mission

L’Association Francophone Œcuménique de Missiologie organise un colloque « De La France, Pays de Mission à évangéliser la France ? » les 13 et 14 mai 2022 à Paris.

Au programme

Vendredi 13 mai au Service protestant de Mission — DEFAP, 102 Bd Arago, 75014 Paris

18 h : Conférence de M. Jean-Louis Schlegel, « De La France, Pays de Mission à évangéliser la France ? »

Jean-Louis Schlegel est philosophe et sociologue des religions. Parmi ses nombreux centres d’intérêts figurent les phénomènes de recomposition du religieux, et singulièrement de l’Église catholique, dans la société contemporaine : évolution des pratiques, de la culture, des institutions, des pouvoirs et des « puissances », du rôle et de la place du religieux dans les démocraties dites parfois « postmodernes ». Il a fait partie du conseil scientifique de la revue Archives de Sciences sociales des Religions et du comité de rédaction de la revue Esprit. Outre de nombreux articles et traductions, il a publié Religions à la carte Hachette, 1995, et La loi de Dieu contre la liberté des hommes. Intégrismes et fondamentalismes, Seuil, 2002.

19 h 30 : Buffet (sur inscription : pascale.grosbras@defap.fr)

20 h : Assemblée générale de l’Association

Samedi 14 mai à l’Institut protestant de théologie, 83 Bd Arago, 75014 Paris

10 h « Expériences d’évangélisations contemporaines évangéliques » par M. Daniel Liechti

Daniel Liechti est professeur de missiologie (évangélisation et implantation d’Églises) à la Faculté libre de théologie évangélique de Vaux-sur-Seine (78). Il préside la commission d’implantation d’Églises du Conseil National des évangéliques de France (CNEF). Il a été pasteur-implanteur dans la région Hauts de — France ainsi qu’en Île-de-France et directeur du développement de l’union d’Églises Perspectives.

11 h « Le Congrès Mission » par Mme Clara Lauriot-Prevost

Clara Lauriot-Prevost est missionnaire. Elle fait partie d’Anuncio depuis 2008 et dans le Congrès mission depuis 2015. Elle fait partie du comité du congrès mission et travaille en particulier sur les thèmes de l’évangélisation directe, la conversion pastorale missionnaire des paroisses et la vie missionnaire avec l’Esprit saint.

14 h « “Use Your Talent” : une démarche originale d’évangélisation dans un contexte de mission européenne » par Mme Sandra Bischler

Sandra Bischler est directrice régionale pour l’Europe et le Brésil de la Société missionnaire norvégienne (NMS). En collaboration avec son partenaire missionnaire au Brésil, Mouvemento Encontrao, la NMS favorise l’envoi de missionnaires vers les Églises partenaires en Europe avec une accentuation sur des programmes de développement de communautés missionnaires, d’implantation d’églises et de renforcement du travail des jeunes par le biais d’un programme d’échange.

Avec la participation de Mariana et Mateus PEREIRA, missionnaires au service des étudiants et jeunes professionnels au sein de l’Église protestante unie à Lyon. Ce ministère est le fruit d’un partenariat international avec la Missão Zero du Brésil et la Société de Mission norvégienne.

16 h 30 : Fin




Liberté et missions protestantes : la conférence inaugurale

Les 17 et 18 mars se sont tenues deux journées d’étude sur le thème « Liberté et missions protestantes », organisées avec le Défap dans le cadre des travaux du GRER (Groupe de recherche sur l’Eugénisme et le Racisme) de l’Université de Paris, site Diderot.

Quelques-uns des participants des deux journées d’étude organisées avec le GRER. Au premier plan, Gilles Vidal, ici dans le public installé dans la chapelle du Défap © DR

Les missionnaires ont-ils apporté une nouvelle liberté aux peuples autochtones en les délivrant de l’obscurantisme… ou leur conception du progrès a-t-elle privé ces peuples de leur propre culture ? Quelles relations avec le contexte colonial ? Ces deux journées d’étude visaient à croiser les regards des missions protestantes francophones et anglophones sur les notions de liberté aux XIXe et XXe siècles en Afrique et en Océanie.

Voici la conférence inaugurale du professeur Gilles Vidal, doyen de l’IPT-Montpellier, sur le thème : « La théologie de la libération dans un contexte océanien (1990-2000). Approche comparative de deux théologiens kanak et ma’ohi contemporains ».

 




Sensibiliser les plus jeunes à la mission aujourd’hui

La fin du port du masque obligatoire et de la distanciation sociale, c’était le 14 mars dernier. Depuis cette levée des dernières restrictions sanitaires décrétées pour lutter contre la pandémie de Covid-19, les animations du service France et les visites de groupes, notamment de jeunes, à la Maison des Missions au 102 boulevard Arago, ont pu pleinement reprendre : pas moins de six en un mois. Des groupes de Mazamet, de Boulogne, de Furdenheim, de Mulhouse, de Montrouge, de Revel… Mais comment évoquer devant ces groupes de jeunes les enjeux de la mission et de la rencontre aujourd’hui ?

Les jeunes de Mazamet s’initient à l’escape game du Défap dans la chapelle du 102 boulevard Arago © DR

« Mission », « Partage », « Solidarité »… Ce sont quelques-uns des mots-clés, définissant l’action du Défap, avec lesquels repartent les 14 jeunes venus en visite au 102 boulevard Arago en ce lundi 25 avril : un groupe de l’Église protestante Unie de Mazamet emmené par cinq accompagnateurs dont le pasteur Fidy Rakotozafy, en poste dans cette ville depuis deux ans et demie. Au cours de la matinée, tous ont été accueillis dans la chapelle du Défap par Pascale Grosbras et Éline O. du service Animation France (AFI), pour une présentation du Service protestant de mission et de ce qui guide ses activités, avant un repas en commun avec les membres de l’équipe. Puis, direction l’Institut Protestant de Théologie, quelques centaines de mètres plus loin sur le boulevard Arago…

Au-delà de l’aspect touristique, il s’agit là d’un véritable périple culturel, à la rencontre de différentes institutions ou de différents lieux emblématiques du protestantisme (et notamment le Défap), qui permet de mettre en lumière l’histoire des missionnaires protestants et d’éveiller la curiosité des jeunes visiteurs. Avant la visite au 102 boulevard Arago, ils ont ainsi participé à un culte au temple Montparnasse-Plaisance. Un voyage longtemps attendu et pour lequel les difficultés n’ont pas manqué : le projet avait été lancé en 2019 avec Florence Taubmann, alors en poste au Défap, dans la foulée du programme « Voir ou revoir Paris ». Puis devaient venir l’épidémie de Covid-19 et ses périodes de confinement ou de restrictions de circulation. Les restrictions levées, et le voyage enfin organisé, c’est une grève de la SNCF qui a failli tout bloquer au dernier moment. Sans des minibus trouvés in extremis pour assurer le transport, le projet avortait encore. C’est peu de dire si, pour les organisateurs comme pour les 14 jeunes visiteurs, cette rencontre longtemps retardée donne l’impression d’avoir enfin surmonté des vents contraires…

Témoigner, questionner, bousculer les certitudes

Il en est de même pour les animations organisées par le service AFI pour les divers groupes de jeunes qui se suivent au gré des semaines. Car les visites ont bien repris, depuis la longue parenthèse imposée par les restrictions sanitaires : en un mois, on en compte six, concernant des paroisses très diverses, certaines très proches, d’autres très éloignées de Paris. Le groupe de Mazamet bien sûr, mais aussi un autre de Boulogne, un de Furdenheim, un de Mulhouse, un de Montrouge, un de Revel… À chaque fois, un programme spécifique est établi par le service Animation France du Défap. Il peut s’agir d’une animation intergénérationnelle pour une soirée ou pour une journée – comme pour le groupe de Montrouge, venu un samedi. Dans le cas du groupe de Mulhouse, c’est un programme sur trois jours qui a été mis en place. Et dans le cas du groupe de Boulogne, c’est une rencontre en deux temps qui a été prévue : après une première journée sur le thème de l’hospitalité animée par la pasteure Pascale Grosbras, Éline O. prévoit une présentation générale du Défap en mai à travers l’escape game.

Visite de la bibliothèque avec Blanche Jeanne © DR

Mais comment présenter la mission, la rencontre, avec des mots d’aujourd’hui ? Comment y intéresser des groupes d’adolescents, nés dans un contexte très différent de celui qui a vu la création du Service protestant de mission ? Pour cela, plusieurs approches possibles. Celle du témoignage : Éline O., qui a été envoyée du Défap et de l’ACO (Action Chrétienne en Orient) en Égypte, bien avant de rejoindre le service Animation France, peut s’appuyer sur son expérience dans ce pays. Pour le groupe emmené par Pascal Hickel, elle a ainsi pu raconter en quoi ce qu’elle avait vécu dans ce pays avait changé son regard sur le monde et sur des questions comme l’environnement ou la place de la femme… Autre approche possible, celle du jeu organisé à partir de citations bibliques sur la mission ; ou encore celle qui pousse les visiteurs à se décentrer, s’interroger sur leurs propres certitudes et leur perception du monde. Par exemple en leur demandant ce qu’ils ressentent à la vue d’une scène dont ils ignorent le contexte. Telle photo qui, à première vue, présente un groupe de nuit sur une plage, et des bras levant des téléphones portables vers la lune, prend tout son sens lorsqu’on apprend qu’il s’agit de migrants qui viennent de débarquer et cherchent du réseau pour contacter leurs familles… Ce cliché de l’Américain John Stanmeyer pris en 2013 sur une plage de Djibouti, avait remporté le World Press Photo, le plus prestigieux prix de photojournalisme. Une animation à laquelle a régulièrement recours Éline O., tout comme le jeu « Barnga ». Il permet d’aborder la communication, le conflit, l’inclusion, les inégalités, l’interculturel, la vie en groupe… Il s’agit d’un jeu de cartes joué sur plusieurs tables simultanément, mais avec des règles du jeu différentes. Les joueurs prennent conscience de ces différences lorsqu’ils doivent aller jouer – sans parler ! – à la table voisine…

Mais l’accueil de ces groupes et les animations autour de la mission peuvent aussi mobiliser plus largement l’équipe du Défap. Parmi les autres manières de se familiariser avec les enjeux de la mission et de la rencontre aujourd’hui, il y a ainsi les visites de la bibliothèque. Avec des objets qui permettent de voir tout à la fois la distance et la ressemblance entre la mission d’hier et d’aujourd’hui – comme ces photos d’archives, ou cette liste des objets essentiels à emporter en mission, établie au XIXème siècle au temps de la SMEP (Société des Missions Évangéliques de Paris)… De telles visites peuvent parfois donner lieu à des rencontres de visiteurs de passage au 102 boulevard Arago – récemment, c’est ainsi Pierre Adam Faye, de l’Église luthérienne du Sénégal, qui a pu témoigner devant l’un des groupes de visiteurs. Et après ces animations ou ces visites, une fois posé le cadre dans lequel opère aujourd’hui le Service protestant de mission, rien de tel qu’un moment ludique avec l’escape game du Défap !