Les boursiers du Défap vivent le confinement, éloignés de leurs proches. Ils nous font partager leur ressenti à travers un « billet d’humeur ».

 

Jean Serge Kinouani Mizingou
Jean Serge Kinouani Mizingou est pasteur de l’Église évangélique du Congo (EEC) dont il est membre du conseil synodal. Il est directeur de l’Institut de formation pastorale de Ngouédi et enseignant à la Faculté de théologie protestante de Brazzaville (EEC).

Mon séjour à Paris s’opère dans le cadre de la rédaction d’un livre portant le titre suivant : Les objets transitionnels du pouvoir divin : une enquête sur le bâton de Moïse et le manteau de Moïse. Un projet que pourraient publier les éditions Olivétan.

Tout allait bien depuis mon arrivée à Paris le 7 février dernier jusqu’à ce que les informations inquiétantes en provenance de Chine nous parviennent. Mes allers-retours entre les bibliothèques de l’IPT-Paris, la BOSEB (Institut catholique de Paris) et la Maison des missions ne comportaient rien d’inquiétant, mais connaissant Paris, une ville qui attire beaucoup de touristes, les risques de contamination et de propagation du virus étaient grands.

Depuis que les mesures de confinement ont été prises par les autorités françaises, jamais je n’aurais imaginé que les avenues et ruelles de Paris deviendraient aussi désertes.

A chaque fois que le Directeur général de la santé donne le bilan journalier de l’évolution de l’épidémie, je me sens comme poignardé en plein cœur ; les images des malades qui gisent sur les lits des hôpitaux me font frémir et me laissent sans voix. Une seule chose est certaine, ce virus est redoutable et l’expression « guerre » utilisée par le président Emmanuel Macron est exacte.

Quand j’essaie d’en parler aux amis et connaissances qui sont au Congo-Brazzaville, j’apprends que beaucoup pensent que le Covid-19 est une simple invention humaine qui comporterait des enjeux politiques, économiques et financiers. A la grande différence des pays occidentaux, les mesures de confinement au Congo-Brazzaville ne sont pas scrupuleusement respectées. D’aucuns croient même, et ils sont un certain nombre, que cette pandémie n’est qu’un simple mythe. Au 4e jour de confinement chez nous, les populations en ont déjà marre et se ruent dans les avenues de Brazzaville.

Paradoxalement, lorsqu’il y a eu un premier cas de décès du Coronavirus, les agents de santé, pris de panique, ont vidé les services hospitaliers. Il semble que maintenant l’anxiété l’emporte sur la quiétude que devait susciter le fait de rester chez soi.

Comme si cela ne suffisait pas, dans le domaine de la foi on entend des prédications qui évoquent déjà la fin des temps. Ici et là des prédicateurs prédisent le retour imminent de Jésus-Christ. Ce genre de prêche ne fait que renforcer la perplexité de certains curieux au point de se demander : qui est finalement à l’origine du coronavirus, Dieu ou la nature ? Autant de tergiversations qui nous font perdre notre précieux temps !

Pour moi l’heure n’est pas aux débats stériles et vides de sens, mais au confinement afin de sauver des vies. Et s’il faut réagir contre des hérésies que je qualifierais de virales, les Saintes Ecritures ne nous disent rien sur les origines de la maladie, mais bien plutôt comment et par qui nous devons retrouver la guérison. Jésus durant son règne terrestre n’avait pas besoin de savoir d’où venait la maladie, seule sa parole libératrice et miraculeuse suffisait pour que le boiteux marche, et que le lépreux retrouve une peau saine.

L’heure n’est pas non plus à atermoyer entre des discours mythiques, effrayants et spirituels. On ne tente pas Dieu. Il a d’ailleurs lui-même recommandé à ses serviteurs d’aller se confiner en cas de danger. C’est le cas du prophète Elie qu’il envoya se réfugier près du torrent de Kerith à cause d’une grande sécheresse dans le pays (1R 17.3). Et le confinement égyptien de l’enfant Jésus avec ses parents en Mt 2.1315 en dit long.

Aujourd’hui, il ne nous est pas permis de forger des idéologies fantaisistes, car elles n’aideront en rien les hommes de science à chercher un traitement curatif. Que puis-je faire de mieux, en dehors de mes instants de prière, si ce n’est, chaque jour à 20 heures, au balcon de ma maison comme tous les concitoyens, participer aux crépitements des applaudissements afin d’encourager les efforts de ces hommes et femmes qui sont sur le front de cette guerre virale. Restons chez nous pour sauver les vies !


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