Les boursiers du Défap vivent le confinement, éloignés de leurs proches. Ils nous font partager leurs ressentis à travers un « billet d’humeur ».

 

Adrien Bahizire Mutabesha
Adrien Bahizire Mutabesha est le doyen de la faculté de théologie de l’Université Évangélique en Afrique (UEA) à Bukavu. Il est actuellement en France pour un congé de recherche de trois mois. Son sujet :  » Résilience et spiritualité pentecôtiste dans le contexte de la République démocratique du Congo ».

Le confinement était pour moi un concept vide et un terme vulgaire. D’ailleurs, ni le président Macron, ni son premier ministre ne l’avaient prononcé dans leurs premiers discours sur le Covid-19. Et pourtant dans ce pays dit  »de liberté », c’est avec le papier d’autorisation de sortie que j’ai commencé à ressentir la quintessence et le poids du slogan repris partout dans les journaux, sur les différentes télévisions et presque sur les lèvres de tous :  »Restez chez-vous !  » Eh bien ! Venu de la République Démocratique du Congo (RDC) pour une recherche de courte durée et l’actualisation de mes cours à l’Institut Protestant de Théologie (IPT) à Paris, voilà que je ne peux plus sortir ! Ce n’est pas un rêve ! Les écoles, les églises, les entreprises ont fermé, seuls les hôpitaux vivent, pour soigner.

Les messages de ma famille, de mes fidèles, des amis sur Whatsapp me réveillent chaque matin, se répètent vers midi, vers 15h et là aussi à 20 heures pour savoir si je ne suis pas encore contaminé. Du coup, c’est mon dernier fils de 8 ans qui me souffle, téléphone à l’oreille  »¨Papa, reste à la maison ! » Et encore mieux :  »Reviens le plus vite possible ! » Mince, alors… Les sourds parlent, avertissent et les cloches sonnent de toute part. Mourra alors qui mourra !

La famille d’Adrien Bahizire Mutabesha à Bukavu

Non, fatigué de lire les pages des livres en ma possession sans rien comprendre, je descends au deuxième étage pour suivre la télévision, seule détente qui me reste. Les chiffres ahurissants et dévastateurs des cas positifs qui ne font que s’alourdir pour la France, l’Italie, l’Espagne m’envahissent et entament la paix de mon cœur. L’annonce de la présence du coronavirus en République Démocratique du Congo vient chambouler cette âme déjà fragilisée. Et je me dis,  » « Qu’adviendra-t-il pour mon pays si tout l’arsenal français peine ? » Sans connaître les pensées qui m’agitent, le camarade camerounais venu juste pour un colloque me regarde dans les yeux et me dit :  »J’ai raté mon vol à trois reprises à cause de cette pandémie ! J’aimerais tout de même aller souffrir à côté des miens car si mon pays est atteint, ce sera la catastrophe ». Rires tièdes, nous nous consolons mutuellement et nous sortons, autorisation en main, pour faire des courses à quelques mètres du Défap.

Découverte ! Les rues sont vides, les restaurants et cafés fermés, plus de vélos, plus de visiteurs en ligne devant les catacombes bref, la ville est pâle. Paris a perdu sa vitesse et son mouvement. Ce n’est pas Paris, c’est le monde entier. Mon cœur bat et je ne le dis à personne mais je le pense : « Peut-être que c’est la fin de tout ? L’Écriture ne dit-elle pas que le Seigneur vient bientôt ! Ni Raoult, ni Macron, ni la Chine ne nous ramèneront la vie ! Dieu le fera ! » Alors que je suis encore dans ces pensées, à la boutique, une dame qui vient aussi se ravitailler et se trouve à deux mètres de moi me dit : « Monsieur, éloignez-vous encore d’un mètre ». Je le fais, mais elle n’entre que quand je suis sorti. Couverte du haut en bas, portant un masque hors du commun, elle ressemble à une employée de bureau de la Tour Montparnasse. Elle semble incapable de comprendre que le virus ne passe que par le nez ou la bouche et ne dépasse pas plus d’un mètre après expiration. Psychose et terreur !

Si tout à l’extérieur est devenu amorphe, il y a de la vie dans la maison du Défap grâce à une dame qui vient presque chaque soir nous demander  »ça va ? ». Les jours passent. Le confinement m’a permis d’atteindre le but de mon séjour, de lire et de prier ! Adieu corona ! Adieu confinement ! C’est l’espoir ! Oui, le confinement m’éloigne de tout ; mais pas du Seigneur. A nous revoir, Paris.