Méditation du jeudi 9 avril 2020. En ce temps d’épidémie, nous prions pour tous ceux et toutes celles qui sont touchés par la maladie et le deuil, et pour toutes celles et tous ceux qui, par leur métier, leur engagement, leur aide, leurs prières, font œuvre de vie, partout dans le monde.

«Ils arrivèrent ensuite à un endroit appelé Gethsémané, et Jésus dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. » Puis il emmena avec lui Pierre, Jacques et Jean. Il commença à ressentir de la frayeur et de l’angoisse, et il leur dit : « Mon coeur est plein d’une tristesse mortelle ; restez ici et demeurez éveillés. » Il alla un peu plus loin, se jeta à terre et pria pour que, si c’était possible, il n’ait pas à passer par cette heure de souffrance. Il disait : « Abba, ô mon Père, tout t’est possible ; éloigne de moi cette coupe de douleur. Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. » Il revint ensuite vers les trois disciples et les trouva endormis. Il dit à Pierre : « Simon, tu dors ? Tu n’as pas été capable de rester éveillé même une heure ? Restez éveillés et priez, pour ne pas tomber dans la tentation. L’être humain est plein de bonne volonté, mais il est faible. »

Il s’éloigna de nouveau et pria en répétant les mêmes paroles. Puis il revint auprès de ses disciples et les trouva endormis ; ils ne pouvaient pas garder les yeux ouverts. Et ils ne savaient pas que lui dire. Quand il revint la troisième fois, il leur dit : « Vous dormez encore et vous vous reposez ? C’est fini ! L’heure est arrivée. Maintenant, le Fils de l’homme va être livré entre les mains des pécheurs. Levez-vous, allons-y ! Voyez, l’homme qui me livre à eux est ici !  »

Marc 14,32-62 

 

Goutte d’eau © Pixabay

Qu’entendre de la prière de Jésus à Gethsémané ?

C’est dans l’angoisse que Jésus appréhende la souffrance et la mort. Si l’offrande de sa vie fait sens pour lui, comme il l’a annoncé, il n’y attache aucune valeur héroïque. A l’heure où des fanatiques religieux croient servir Dieu en se tuant et en tuant d’autre personnes, Jésus le Christ, en vrai fils d’Israël, choisit la vie et il nous invite à aimer la vie qu’il nous donne.

En demandant grâce à son Père, Jésus nous montre aussi qu’il ne se prend pas pour Dieu. Les versets de Philippiens 2, 6-8 expriment au mieux cette intimité d’amour qui ne se transforme jamais en droit acquis ou en orgueil spirituel : « Existant en forme de Dieu, il n’a pas regardé son égalité avec Dieu comme une proie à arracher, mais il s’est dépouillé lui-même, prenant forme de serviteur, et devenant semblable aux hommes… jusqu’à mourir sur une croix ! »

Enfin Jésus, en s’en remettant à la volonté de Dieu, nous guide dans notre douloureux questionnement sur ce concept parfois dangereux. Que signifie la volonté de Dieu ? Que pouvons-nous en savoir ? Celui qui prie Dieu pour être guéri et qui l’est, y verra peut-être la volonté de Dieu et l’en remerciera. Mais son voisin qui, priant, n’a pas été guéri, pensera-t-il que Dieu est injuste, ou que lui-même n’a pas prié comme il faut ? Celui qui se prend pour un prophète assènera que cataclysmes et épidémies sont des punitions que Dieu envoie aux humains pour leurs fautes. Mais comment Dieu pourrait-il vouloir une mort qui frappe tout le monde, les bons comme les méchants ? Et Dieu a-t-il voulu la mort du Christ, au sens où nous comprenons ce verbe ? A-t-il fait ces horribles calculs qu’on lui a parfois prêtés où sa colère ne pouvait être apaisée que par le sang du Juste ?

Ou bien est-Il un Dieu faible, dont la volonté d’amour est anéantie par le mal commis par les hommes ? A moins que sa puissance ne se situe à un autre niveau, et ne s’exerce autrement !

Jésus à Gethsémané nous invite au silence et à l’écoute, à la veille. C’est là, entre la demande de grâce et le oui de la confiance, qu’un soupir se fait entendre, qui n’est pas d’impuissance mais de présence et de tendresse : « Je suis là, avec toi. N’aie plus peur !

En ces temps de grande épreuve pour beaucoup, où nous vivons en quelques jours la souffrance de la croix et la joie de la résurrection du Christ, laissons-nous porter, consoler, encourager par cette prière du Pasteur Charles Wagner (1852 – 1918), qui fonda en 1907 le Temple du Foyer de l’Âme à Paris.

Père, merci du don royal de la vie ! Je ne l’ai pas toujours apprécié à son prix : pardonne à mon aveuglement. J’en ai perdu de belles parts ; j’en ai mal employé d’autres et je baisse les yeux devant ta souriante bonté.

Tu m’as comblé de biens. Tu m’as donné un cœur vibrant, croyant, aimant. Tu m’as touché de ta main puissante et je t’ai éprouvé comme si je te serrais dans mes mains, te voyais de mes yeux, t’entendais de mes oreilles. Mes souffrances mêmes m’ont conduit vers toi comme des sentiers sûrs qui montent vers les sommets. Tu m’as donné un foyer, des enfants, des amis, la foi en toi et dans les hommes par l’esprit du Fils de l’homme, mon compagnon, mon frère, la joie du travail, la force, la santé. Tu m’as permis de rester simple et de garder mon âme jeune et des goûts sains. Tu m’as pardonné toutes mes fautes, misères et manquements graves et tu m’as garanti des pièges que dresse notre propre égarement ou que prépare la malice d’autrui. Tu as permis que je discerne le mal et les laideurs sans en être frappé par trop. Tu m’as renouvelé tous les jours l’espérance, le courage, le don joyeux de sourire et d’oublier les offenses. Tu as garni mon sentier d’amis, comme la treille est garnie de grappes, pour que je puisse aimer et être aimé, infiniment, noblement, divinement. Tu m’as mis un chant sur les lèvres et une source dans le cœur, une source intarissable où sont venus boire tant d’altérés que la source elle-même en tressaille de bonheur. Tu m’as mis une flamme dans la poitrine et permis d’éclairer, de réchauffer, d’avertir même de loin. Tu as mis dans ma bouche mortelle des accents immortels. Tu m’as inspiré, guidé, porté.

Je t’aime avec ma poussière, ma douleur, ma faiblesse, mes souvenirs, mes repentirs. Je t’aime avec mon espérance, ma foi, avec ce que j’ai d’immortel. Mes jours peuvent s’incliner vers leur soir, la clarté passée me suffit. Reste avec moi, c’est ma seule prière. Je ne demande rien d’autre, ni pour maintenant, ni pour demain, ni pour après la mort. Pourvu que je sois à toi ! Garde et augmente-moi la douce confiance. Mets ta douceur dans mes yeux, dans mes mains, dans ma pensée, afin que je puisse rayonner sur tous les blessés et mettre de la clarté dans les âmes pleines d’ombres. Prends-moi tout entier. Dans les joies, les peines, sur les sommets, au fond des vallées et des gorges, chemine avec moi. Tout est là. Ô Lumière immortelle et sublime, douceur infinie, tendresse immense qui partage tous nos fardeaux et prépare des moissons inouïes dans nos obscures semailles, soit louée. Mon âme monte à toi, en toi et te magnifie, comme l’alouette monte dans le ciel bleu et s’enivre d’espace, de soleil et d’alléluias.
Amen.