Les boursiers du Défap vivent le confinement, éloignés de leurs proches. Ils nous font partager leur ressenti à travers un « billet d’humeur ».

 

Laurent Loubassou
Laurent Loubassou est doyen de la faculté de théologie à Brazzaville. Il est professeur d’Ancien Testament et d’ougaritique.

Tout est calme à Enghien-les-Bains, on a l’impression que la vie s’est arrêtée. Heureusement que le chien des voisins aboie matin et soir pour nous rappeler qu’elle continue, malgré le confinement.

Cette décision m’a d’abord placé dans un dilemme : renter à Brazzaville ou, rester en France ? Rentrer signifie que le billet qui m’a été payé n’aura pas servi à grand-chose. Rester sans avoir assez de documents à la maison est aussi un handicap. Que faire ?

J’ai finalement opté pour rester et attendre le déconfinement. Dans le discours du président Macron à propos du coronavirus, ce qui a le plus attiré mon attention c’est la redondance des mots suivants : « Nous sommes en guerre ». Venant d’un pays où les gens ont déjà fait l’expérience de la guerre, j’ai bien compris le message. L’heure est grave ! Il faut donc s’approvisionner convenablement. Mais comment ? Pendant que je suis en train de me poser des questions, les Bons Motifs, l’AFTPB et le CBE sont intervenus, afin qu’à l’épreuve du coronavirus ne s’ajoute celle de la faim. De plus, le président Macron a également dit, et tout le monde le sait, que la guerre contre le Covid-19 est une guerre contre un ennemi invisible. La peur d’aller dehors, même avec une attestation mais sans masque, a commencé à m’habiter. Aussitôt, le pasteur Marc-Henri Vidal de la paroisse d’Enghien-les-Bains (EPUF) où nous sommes logés, est intervenu en m’apportant deux masques.

Pour moi l’argumentaire de Macron permet de réaliser la pertinence du confinement. En effet, un ennemi invisible, on ne sait pas d’où il peut sortir pour attaquer. Mais une chose est sûre : cet ennemi ne s’en prend pas aux personnes qui demeurent chez elles. Je me dis que Macron a donc raison. A son discours s’ajoutent entre autres l’augmentation rapide du nombre de personnes contaminées et celles qui meurent chaque jour. Accepter le confinement, c’est participer à la réduction du taux de mortalité, c’est participer à la promotion de la vie. Je préfère accepter le confinement.

Le problème, c’est que ce dernier modifie le programme de travail pour lequel je suis venu en France. La fermeture des bibliothèques principalement celles de l’Ecole pratique des hautes études (EPHE) et de la BOSEB (Institut catholique de Paris) ne m’arrange pas. Heureusement, depuis le 30 mars j’ai été consolé, parce que la Bibliothèque de Sorbonne Université (BSU) m’a envoyé un lien permettant d’accéder à l’ensemble des ressources électroniques. J’ai maintenant accès aux revues et aux ebooks. De plus, depuis la semaine dernière, des dispositions ont été prises qui me permettent de participer en visioconférences au séminaire de recherche animé par le Professeur Robert Hawley, sur « Religions et cultures du Levant ancien (1600-500 av. J.-C.) ». Ce séminaire s’inscrit dans le cadre de ma recherche portant sur « Le Prophétisme au Levant ancien », à l’EPHE.

Cette consolation est malheureusement perturbée par la nouvelle selon laquelle le coronavirus est aussi arrivé au Congo-Brazzaville. Moi qui pensais que les fortes températures de nos pays d’Afrique subsaharienne constitueraient une grande muraille pour empêcher ce virus d’y agir, cette triste nouvelle est venue mettre fin à mon illusion. Je me retrouve avec deux gros soucis : coronavirus en France et coronavirus au Congo-Brazzaville. Je gère donc deux confinements puisque depuis mardi dernier, le Congo-Brazzaville est aussi dans le confinement. Heureusement, celui-ci ne devrait tout de même pas avoir le dernier mot sur nous. Les mots de l’apôtre Paul en Romains 8,31-39 nous rassurent. Puisque Dieu est avec nous, nous sommes plus que vainqueurs par Jésus-Christ dont nous allons, dans quelques jours célébrer la résurrection, c’est-à-dire la victoire. Même le Coronavirus ne pourra pas nous séparer de l’amour de Dieu en Jésus-Christ, notre Seigneur.

Merci au Défap pour ses salutations, qui me parviennent par téléphone et par mail et pour l’occasion qu’il nous accorde de dire un mot sur la manière dont nous vivons le confinement.


Vous pouvez relire le témoignage d’Étienne Bonou en cliquant ici >>>

Vous pouvez relire le témoignage de Jean Patrick Nkolo Fanga en cliquant ici >>>

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