Assemblée générale de la CEPF 2026 : une communauté au cœur des recompositions du protestantisme

Les vendredi 28 et samedi 29 août 2026, la Communauté des Églises protestantes francophones (CEPF) a tenu son Assemblée générale au 102 boulevard Arago, dans les locaux de la Maison des Missions du Défap, à Paris. Deux journées consacrées à la vie de la communauté, aux réalités vécues par les Églises membres et aux perspectives pour les années à venir.

Cette Assemblée générale a notamment permis de revenir sur une première année de mandat pour le président de la CEPF, Jean Luc Blanc, marquée par de nombreuses visites et rencontres avec les Églises de la communauté. De la Guyane à Mayotte, de la Réunion au Maroc, en passant par le Caire, Alexandrie, Berlin ou encore la Martinique et la Guadeloupe, ces déplacements témoignent de l’importance des liens qui unissent les différentes Églises francophones. « Ces visites sont aux fondements de notre vécu communautaire », rappelle le président dans son rapport.

Une communauté qui entretient ses liens

La CEPF repose sur une organisation institutionnelle volontairement légère. Sa vie interne s’articule notamment autour de réunions régulières du Comité directeur et du bureau. Mais son action s’inscrit surtout dans un réseau de partenariats particulièrement riche : le Défap, Fédération protestante de France, Églises de France, Action chrétienne en Orient (ACO), DM-échange et mission, Amitiés huguenotes et autres partenaires contribuent à faire vivre cette communauté et à accompagner les Églises dans leurs réalités locales. Le Défap, membre associé de la CEPF, soutient activement l’action de la Communauté en finançant l’envoi de pasteurs et en accompagnant plusieurs projets portés par ses Églises membres à travers le monde.

Des Églises aux réalités multiples

Les visites effectuées au cours de l’année et les présentations effectuées par les différents représentants d’Église au cours de l’assemblée générale ont permis de mesurer la diversité des situations auxquelles les Églises de la CEPF sont confrontées.

L’accueil d’un nouveau pasteur en Guyane, la reconstruction d’une Église à Mayotte après le passage du cyclone Chido, les évolutions démographiques de l’Église en Égypte : autant de réalités qui appellent un accompagnement attentif et témoignent de la force d’une communauté capable de se soutenir et d’avancer ensemble.

Au-delà des situations propres à chaque Église, l’Assemblée générale a permis de mettre en lumière une transformation plus large. Les Églises membres de la CEPF elles-mêmes connaissent depuis plusieurs années des évolutions importantes. Nombre d’entre elles ne sont plus simplement des prolongements du protestantisme historique français à l’étranger : elles sont désormais des communautés multiculturelles, largement nourries par les dynamiques du protestantisme africain.

Cette réalité fait écho aux recompositions actuellement à l’œuvre dans le protestantisme français. Par son expérience, la CEPF dispose ainsi d’un point de vue particulier pour réfléchir aux enjeux liés à l’internationalisation, aux migrations, à l’interculturalité et à l’évolution des communautés protestantes.

Ces échanges témoignent d’une communauté attentive à son fonctionnement, mais surtout désireuse de préserver ce qui fait sa richesse : la rencontre entre des Églises implantées dans des contextes différents, le partage d’expériences et la solidarité. À l’issue de ces deux journées, la CEPF poursuit ainsi son chemin dans un paysage protestant en pleine recomposition. Forte de son expérience des transformations culturelles et ecclésiales, elle entend continuer à prendre sa part dans la réflexion sur l’avenir du protestantisme francophone et dans la construction de liens entre les Églises, en France et au-delà des frontières.




Basile Zouma et la théologie interculturelle : «Faciliter la rencontre des communautés»

Basile Zouma, Secrétaire général du Défap, évoque une session de formation à la théologie interculturelle organisée à l’Institut œcuménique de Bossey, en Suisse, où il est intervenu en binôme avec Anna Van den Kerchove, Doyenne de l’Institut Protestant de Théologie de Paris. Cette formation, unique dans l’espace protestant francophone, a été mise en place en partenariat avec la Cevaa, le Défap, DM (l’homologue suisse du Défap) et l’Office Protestant de la Formation (OPF), organisme chargé de la formation permanente des pasteurs des Églises réformées de Suisse romande. Une belle opportunité de découverte pour les membres engagés et pasteurs de nos Églises… Si vous êtes intéressé.e, le Défap peut faciliter votre démarche pour suivre une telle formation !

Basile Zouma : « Faciliter la rencontre des communautés »


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Sébastien Kalombo : «Je suis devenu un défenseur du Défap»

Après avoir été accueilli en France pour des travaux sur le pentecôtisme en République Démocratique du Congo, avec le soutien du Défap, Sébastien Kalombo Kapuku a publié un ouvrage qui fait désormais partie des références en la matière, préfacé par Sébastien Fath, spécialiste français de la sociohistoire des protestantismes. Aujourd’hui, Sébastien Kalombo est chef du département de théologie systématique et vice-doyen de la faculté de théologie de l’Université protestante au Congo (UPC). Et il reste un ardent défenseur du Défap.

Sébastien Kalombo : « Je suis devenu un défenseur du Défap »


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Partir, revenir… et transmettre

Éline O. et Mahieu Ramanitra, qui ont animé à deux voix un module sur «La gestion des conflits en milieu interculturel» lors de la session de formation des envoyés du Défap début juillet 2019, sont eux-mêmes d’anciens envoyés. Ils témoignent de ce qui les a poussés à devenir à leur tour formateurs.
Éline O. et Mahieu Ramanitra lors de la session 2019 de la formation des envoyés du Défap © Défap

 

Éline O. est partie en Égypte en 2014 avec le Défap et l’ACO (Action Chrétienne en Orient). Mahieu Ramanitra, pour sa part, a été envoyé à Madagascar au cours de l’année 2017-2018. Tous deux étaient chargés de missions d’enseignement. Des expériences dont ils reconnaissent l’un comme l’autre aujourd’hui qu’elles ont fortement modifié leur vision du monde, et durablement infléchi leur parcours de vie. À son retour d’Égypte, Éline O. s’est ainsi orientée vers une formation en médiation socioreligieuse, et elle a rejoint la Commission Échanges de Personnes (CEP), chargée au Défap du processus de recrutement des futurs envoyés. Des préoccupations que l’on retrouve chez Mahieu Ramanitra, qui, parti à la recherche de ses racines familiales à Madagascar, a été amené à s’interroger sur la violence dans les relations interculturelles, et s’est intéressé à la CNV (Communication Non-Violente)… Après être intervenus tous deux lors de l’Assemblée Générale du Défap, ils ont animé à deux voix un module sur «La gestion des conflits en milieu interculturel» au cours de la session 2019 de formation des envoyés.

 

Après votre expérience à l’étranger en tant qu’envoyés du Défap, qu’est-ce qui vous a motivés à y revenir comme formateurs ?

Mahieu Ramanitra : Il y a là pour nous une dimension de restitution, qui va au-delà du rapport de mission, au-delà de tout ce que nous avons pu laisser comme notes ou observations au profit des volontaires qui devaient nous succéder. Cette période de formation, nous sommes très conscients de l’importance qu’elle a pour les futurs envoyés. Et nous voulions pouvoir apporter notre pierre à l’édifice… Je me souviens que j’avais été particulièrement frappé par ce module sur la gestion des conflits… C’est sans doute dès ce moment-là qu’une première graine a été semée chez moi, qui a influé sur mes centres d’intérêt. Ensuite, au cours de ma mission, j’ai rencontré d’autres envoyés du Défap qui ont orienté mes réflexions. Ce n’est pas un hasard si c’est un autre volontaire qui m’a fait découvrir la Communication Non-Violente…

Éline O. : Ce qui m’avait plutôt marquée, c’était le module sur l’interculturalité : on y abordait des questions concernant les valeurs, les besoins, les différences d’intérêt en fonction des cultures. Pour moi, dès ce moment-là, je savais qu’il y avait une porte qui s’était ouverte, et que j’aurais besoin de creuser davantage dans ce domaine. Mon expérience en Égypte n’a fait que m’en convaincre davantage. Et c’était logique d’en faire bénéficier les futurs envoyés…

Comment s’est passé ce retour au Défap ?

Éline O. : Depuis mon retour d’Égypte, je suis passée tous les ans au Défap lors des périodes de formation des envoyés. Il y avait chez moi l’envie de passer le flambeau, de voir comment évoluait la situation sur mon lieu de mission… Et puis, on retrouve au Défap une ambiance familiale dans laquelle je me sens bien. Aussi, quand j’ai reçu cette proposition de participer à un module de formation, la réponse était pour moi évidente : c’était oui, bien sûr !

Mahieu Ramanitra : Pour moi aussi, c’est quelque chose qui me semblait aller de soi : j’ai l’impression, en fait, de ne jamais vraiment m’être éloigné du Défap… Il y a eu la session retour des envoyés à laquelle j’ai participé en octobre 2018 ; ensuite, les contacts ont été réguliers au fil des mois… Ce projet de formation a commencé à mûrir très tôt. Pour moi, c’est une forme de don et de contre-don : si je peux revenir ici pour transmettre, c’est parce que j’ai moi-même beaucoup reçu.

Éline O. : Il y a eu pour nous deux un moment très significatif : lorsque nous avons été invités, Mahieu et moi, à témoigner lors de l’Assemblée Générale du Défap. Nous avons senti que notre expérience d’envoyés était vraiment entendue, valorisée, voire même interpellante. Et qu’au-delà de ce que nous avons vécu, nous portions un peu le témoignage de tous les envoyés…

Éline O. et Mahieu Ramanitra lors de la session 2019 de la formation des envoyés du Défap © Défap

 

Comment avez-vous conçu ce module de formation ?

Éline O. : Nous l’avons pensé comme une combinaison d’outils à fournir, et d’interactions avec les envoyés. Du coup, nous avons alterné les séquences d’apports théoriques et les moments d’animation de groupe. Et nous avons chacun un apport spécifique, tout en étant capables d’intervenir sur la partie de l’autre : Mahieu a beaucoup travaillé sur la Communication Non-Violente, sur l’aspect prévention et gestion des conflits ; je m’attache davantage aux modes alternatifs de résolution des conflits, en faisant intervenir des tiers.

Mahieu Ramanitra : Nous intervenons, non pas seulement en tant qu’experts, mais surtout parce que nous avons vécu ce que les futurs envoyés seront amenés à vivre. Et même si nous ne citons pas d’exemples personnels, il est évident que notre expérience a fortement influencé notre réflexion. Nous n’avons pas la prétention d’apporter des connaissances que les autres vont devoir mettre en pratique simplement parce que notre savoir fait foi ; nous intervenons autant comme animateurs que comme formateurs.




Dialoguer et se comprendre au-delà des différences culturelles

S’il est un aspect complexe à prendre en compte pour des volontaires internationaux lors de leur mission, c’est celui des relations interculturelles. Une problématique abordée sur deux jours lors de la formation des envoyés du Défap, avec l’intervention de la sociologue Évelyne Engel. Dans ce module, il ne s’agit pas de donner des réponses clés en main, mais plutôt de comprendre ce qui se joue à travers les relations humaines.
Évelyne Engel lors de la session 2019 de la formation des envoyés du Défap © Défap

 

Il y a des expressions révélatrices : pour Évelyne Engel, c’est celle de «boîte à outils». Une expression qui revient à diverses reprises au cours du module qu’elle anime sur deux jours lors de la formation des futurs envoyés du Défap. «Vous n’êtes pas obligés d’être d’accord avec tout ce que je dis», souligne-t-elle encore, «mais l’important, c’est que vous puissiez réfléchir aux manières dont le contexte influe sur les comportements.» Il ne s’agit donc pas d’enseigner, transmettre un savoir universitaire, mais plutôt de pousser chaque envoyé à se doter de «clés de lecture» pour s’adapter au contexte qui sera celui de sa mission. À la différence des modules qui apportent des connaissances sur l’histoire, la société, les relations entre pays, la santé, etc., il s’agit donc de permettre à chaque volontaire de se positionner pour pouvoir interagir avec une société civile, une communauté au sein de laquelle il sera amené à vivre et travailler pendant toute la durée de son engagement.

Évelyne Engel est une des personnalités extérieures auxquelles le Défap fait appel lors de la formation des envoyés ; c’est la sixième année qu’elle intervient. De mère occitane et de père allemand, elle a été très tôt attirée par les questions interculturelles. Travaillant dans un centre d’hébergement pour réfugiés politiques, elle y a été frappée par un constat : «tout en étant d’horizons très divers, ils avaient des dénominateurs communs. On retrouvait des constantes dans leur rapport au temps, à l’espace, à la loi…» Une observation qui l’a poussée à s’interroger sur ce qu’avaient pu vivre des personnalités venues de milieux si différents pour que leurs attitudes deviennent convergentes… Devenue sociologue, elle s’est spécialisée dans l’étude des questions de gestion des territoires multiculturels, ce qui l’a amenée à travailler en liaison avec l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine.

«Être tolérant quand ça ne dérange pas, c’est facile»

Lors de la formation qu’elle dispense au Défap, elle aborde des questions comme l’autorité, la tradition, le poids du groupe et le contrôle social, la solidarité, le statut de la femme, la famille et la parentalité, l’éducation, le rapport au temps… Des concepts souvent perçus et vécus très différemment selon les sociétés humaines, sources possibles de nombreuses incompréhensions et tensions. «Être tolérant quand ça ne dérange pas, c’est facile, souligne Évelyne Engel. Quand on est dans le frottement, dans la crispation, ça demande davantage d’efforts de compréhension. D’où le besoin de se doter d’outils intellectuels qui permettent, de manière apaisée, de comprendre ce qu’il se passe. Cette formation, c’est avant tout une proposition de réflexion autour de la question de l’humain.»

Vue de la session 2019 de la formation des envoyés du Défap © Défap

 

Dans des sociétés où l’identité se définit par rapport à un groupe et où le groupe prime sur l’individu, où la solidarité prime sur la liberté individuelle, que répond-on à la question «qui es-tu ?» Quel message d’humanité envoie-t-on à l’autre pour pouvoir entrer en relation avec lui ? Pour Évelyne Engel, outre le fait de reconnaître que «notre pensée n’est pas universelle», l’enjeu essentiel de cette formation, c’est «d’améliorer le dialogue entre les hommes. Au lieu de se réfugier dans un durcissement de la pensée, se doter d’une approche intellectuelle qui permette de comprendre les logiques, légitimes, de celui qui est en face – tout en étant très différent.»

Jean-Luc Blanc, qui achève son mandat de secrétaire général au Défap et cède progressivement la place à son successeur, Basile Zouma, juge aussi «essentiel que nos envoyés partent avec une grille de lecture des différences entre cultures». Or précisément, «Évelyne Engel tente d’apporter des réponses à la question : pourquoi y a-t-il des différences culturelles ? Elle s’interroge, avant tout, sur leur origine. Ensuite, elle montre que ces différences ne sont pas directement liées aux différences de religions, de lieux, d’ethnies… mais avant tout à la condition des gens, à ce qu’ils vivent.»

Mais ce module sur les relations interculturelles ne parle pas seulement des relations nouées ailleurs, dans d’autres pays ; il aborde aussi, parfois en creux, parfois explicitement, des questions qui se posent aujourd’hui dans notre pays. Des questions de solidarité, d’équité, de reconnaissance des fragilités… Des questions tournant autour de la liberté individuelle, telle qu’elle est vécue dans notre société : une liberté qui, souligne Évelyne Engel, «pour une grande partie de la planète, est souvent vue comme une bizarrerie, comme l’expression d’un grand égoïsme et d’une grande solitude…» Comprendre ces différences d’approche, reconnaître d’où elles proviennent et admettre leur légitimité, c’est aujourd’hui nécessaire au près comme au loin ; pour un envoyé du Défap en mission, mais aussi en France, dans tous les lieux où se conjuguent les différences culturelles.




Une mission aux multiples visages

Comment a évolué, depuis la SMEP, la figure du missionnaire ? Quelle image en garde-t-on, quel rapport cette image a-t-elle avec la réalité – et quels ponts peut-on établir avec les envoyés du Défap qui se forment aujourd’hui ? Dans son module de formation destiné aux candidats au départ, «Visages de la mission», Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque du Défap, s’est attachée à trois parcours particuliers de missionnaires qui remettent en cause bien des idées reçues.
Claire-Lise Lombard lors de la formation des envoyés du Défap © Défap

 

Différences de profils, de parcours, d’âges, de convictions, de motivations, de lieux d’envoi, et de missions : ce qui caractérise en premier lieu les futurs envoyés du Défap que l’on trouve réunis lors d’une session de formation, comme en ce jeudi 4 juillet 2019, c’est la diversité. Une diversité qui peut sembler bien loin de l’image aujourd’hui communément répandue du missionnaire, et de ses relations ambigües avec l’ère de la colonisation…

Mais quelle réalité reflète cette image, et comment a évolué la figure du missionnaire ? A travers quelques parcours singuliers, Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque du Défap, remet en question cette image toute faite et un peu trop lisse. Le module de formation qu’elle anime, «Visages de la mission», fait émerger du passé des noms emblématiques comme ceux d’Albert Schweitzer, Eugène Casalis, Maurice Leenhardt, liés ou non à l’histoire de la Société des Missions Évangéliques de Paris, l’ancêtre du Défap ; mais il s’attache surtout à trois personnages moins connus et tout aussi révélateurs : Lucie Ablitzer, Samuel Ajayi Crowther et Thomas Arbousset, présentés en remontant dans le temps et en s’éloignant toujours plus de notre époque, pour aller de l’entre-deux-guerres aux explorations ayant précédé la colonisation. Où l’on découvre que l’engagement missionnaire peut trouver sa source dans une révolte, comme pour Lucie Ablitzer, «la gosse», emprisonnée à 17 ans en Suisse pour ses sympathies socialistes, ou comme pour Thomas Arbousset, que l’on trouve en 1830 à Paris sur les barricades… Où l’on croise des personnages qui sont tout sauf des fils de bonne famille : fille d’une famille ouvrière dans une ville industrielle de Suisse en expansion, jeune yoruba emprisonné par des marchands d’esclaves…

Ces trois figures dont Claire-Lise Lombard retrace le parcours illustrent aussi la manière dont l’engagement missionnaire était en prise avec son époque, et avec ses défis : guerres, esclavage, maladies, découvertes… Dans cette galerie de portraits, Lucie Ablitzer incarne d’abord le refus de l’horreur de la Première Guerre mondiale.

Lucie Ablitzer photographiée lors de son emprisonnement © Défap

 

Issue d’une famille anabaptiste à cheval entre la France et la Suisse, elle a un père qui travaille dans l’industrie de l’horlogerie, une mère ouvrière, un frère qui fera la guerre, et deux jeunes soeurs. En 1917, elle est à La Chaux-de-Fonds, ville toute entière consacrée à l’horlogerie, et que viennent alors de secouer les «événements de mai» : un certain Paul Graber, conseiller national socialiste, a publié dans le journal La Sentinelle un article aux accents antimilitaristes, qui lui a valu d’être emprisonné. Mais des manifestants se massent devant la prison, et cette foule hostile parvient, le 19 mai, à faire sortir le prisonnier de sa cellule. Les journaux de l’époque vont jusqu’à évoquer une «prise de la Bastille». Pas moins de 5000 soldats sont envoyés rétablir l’ordre. Le mardi 22 mai, trois jours plus tard, une manifestation est organisée au temple protestant (il s’agit de l’Église officielle en Suisse) ; Lucie Ablitzer, alors âgée de 17 ans, y prononce un discours enflammé. Convoquée par les autorités, elle est menacée d’être expulsée, étant française, est brièvement emprisonnée ; une expérience qui ne fait que renforcer ses convictions antimilitaristes, puisque le 1er juillet 1918, La Voix des jeunes socialistes publie un article signé de son nom, qui sous le titre «La guerre et la femme», dénonce l’impossibilité d’une solution militaire au conflit.

Derrière cette révolte, il y a surtout la volonté constante de venir en aide aux souffrants, qui s’illustre dans les activités de Lucie Ablitzer après la guerre : on la retrouve infirmière soignante dans des sanatoriums. Dans la lettre de candidature qu’elle envoie en 1932 à la SMEP, elle évoque sa vocation de garde-malade en décrivant l’ébranlement de la guerre, l’épidémie de grippe espagnole meurtrière qui l’a suivie, la mort de sa mère… Après une année de formation à Paris, elle sera envoyée dans une léproserie à Tahiti : Orofara. Elle y restera de 1933 à 1937, découvrant la vie quotidienne des malades, l’impuissance de la médecine, et s’efforçant, comme elle l’écrit dans ses lettres, de «faire oeuvre sociale» (en donnant aux lépreux des conditions de vie dignes de celle qu’on attend pour tout être humain), «oeuvre médicale», et «oeuvre spirituelle». «Vivre au milieu des malades d’Orofara, écrit-elle dans une de ses lettres, c’est apprendre à s’oublier pour penser au prochain». Envoyée à partir de 1938 dans une autre léproserie à Madagascar, elle voit son service de trois années prolongé de mois en mois pour cause de guerre ; et c’est à Madagascar qu’elle meurt en 1945, succombant à une brève maladie mais surtout à l’épuisement, sans jamais avoir revu, ni cette île de Tahiti à laquelle elle était tant attachée, ni son père dont elle espérait des nouvelles.

Samuel Ajayi Crowther © Wikimedia Commons

 

Le personnage suivant, Samuel Ajayi Crowther, n’est pas lié à l’histoire de la SMEP ; mais il incarne tout un pan d’histoire des missions protestantes à lui seul. Sa vie est un roman. Avant de devenir le premier évêque noir de l’histoire de l’anglicanisme, Samuel Ajayi Crowther s’appelait seulement Ajayi. Il était né, aux alentours de 1809, dans ce qui est aujourd’hui le Nigéria. Plus précisément à Oshogun, petite ville située dans la forêt en pays yoruba, assez loin au nord de la côté atlantique et de la ville de Lagos. A 12 ans, il avait été enlevé par des trafiquants d’esclaves pour être vendu à des négriers portugais. Puis libéré par la Royal Navy et envoyé à Freetown, Sierra Leone… Et c’est là, en terre étrangère, alors qu’il était pris en charge par la société missionnaire anglicane, la Church Mission Society, qu’il fut baptisé et prit le nom du vicaire de la Christ Church Greyfriars de Newgate, Samuel Crowther (un des premiers membres de la CMS). Dès lors, Ajayi devint Samuel Ajayi Crowther. Après avoir appris l’anglais, le latin, le grec, avoir eu droit à une formation à Londres et avoir été ordonné prêtre, il retrouva le pays yoruba… en tant que missionnaire.

Thomas Arbousset © bibliothèque du Défap

 

Le troisième personnage enfin, Thomas Arbousset, incarne un peu de l’esprit des découvertes qui animait alors une Europe plus désireuse d’explorer le monde que de le dominer, avant le développement des politiques coloniales, et dont on retrouve un peu de l’optimisme dans les romans de Jules Verne. Né dans l’Hérault, à Pignan, près de Montpellier, en 1810, on le retrouve à 20 ans à Paris sur les barricades de la Révolution de Juillet, et dès l’année suivante candidat au départ à la SMEP, qui le destine dans un premier temps à partir en Algérie. La formation des futurs missionnaires est alors encyclopédique : le jeune Thomas apprend l’arabe mais aussi d’autres langues du continent africain, s’initie à la cartographie, fréquente le Collège de France… Une fois rejoint son lieu de mission, il devra pouvoir être autonome, mais aussi décrire les lieu et les peuples en se faisant géographe, ethnographe, linguiste autant que missionnaire… Et pour parfaire sa formation, et le confronter à la réalité, on l’envoie bientôt prêcher dans une paroisse pauvre du nord de la France : mission au près ou au loin, il n’y a pas alors de distinction fondamentale, et les motivations pour s’occuper des populations pauvres des villes ouvrières sont les mêmes que pour aller évangéliser à l’autre bout du monde.

Finalement envoyé par la SMEP vers l’Afrique australe, il débarque au Cap en février 1833 en compagnie d’Eugène Casalis et Constant Gosselin. La station missionnaire que tous trois doivent rejoindre a été ravagée… Qu’importe : ils trouveront une autre terre de mission. Aiguillés par certaines rencontres sur place vers le pays Sotho, ils y font la connaissance d’un chef qui, devinant les appétits de colonisation des Européens qui s’avancent à travers le pays, cherche à nouer des contacts et se montre réceptif. C’est ainsi qu’est créée la première mission chez les Bassoutos ; parallèlement, Thomas Arbousset explore, décrit, amasse quantités d’observations qui donneront la matière de plusieurs publications à la précision toute scientifique ; il traduit une cinquantaine de chapitres de la Bible dans la langue séchuana… Envoyé par la suite à Tahiti par la SMEP, il y continuera ce travail en publiant notamment «Tahiti et les îles adjacentes», un ouvrage en partie ethnographique.

Lucie Ablitzer, Samuel Ajayi Crowther, Thomas Arbousset : trois parcours, trois images très différentes de la mission, montrant que la diversité des missionnaires d’hier n’avait rien à envier à celle d’aujourd’hui ; trois parcours qui illustrent aussi le fait que la mission a toujours évolué à mi-chemin entre engagements individuels et adhésion à une vision collective.




Prêt(e)s pour l’aventure de l’engagement à l’international?

Vous avez entre 18 et 30 ans, et vous faites partie des deux-tiers de jeunes qui, aujourd’hui en France, sont intéressés par le Service Civique ? Vous seriez prêt(e)s à vous engager à l’automne 2019 au service des autres en France ou en Europe, dans des programmes d’éducation ou de santé à Madagascar, au Sénégal, au Cameroun, au Congo-Brazzaville, au Bénin, en Tunisie, en Égypte ? Les journées d’information communes Défap/VISA-AD sont pour vous ! Rendez-vous le jeudi 11 avril au Défap, 102 boulevard Arago à Paris ; et le jeudi 25 avril au 1bis quai Saint-Thomas à Strasbourg.

© Maxpixel

L’engagement des jeunes à l’international avant tout

Quitter pendant un an : confort, amis, habitudes, repères, langue,… et partir en Europe, en Afrique ou ailleurs pour s’engager dans une mission qui a du sens ; voilà l’objectif commun que proposent les deux associations protestantes « le Défap » et « VISA l’Année Diaconale ». Ces deux organismes protestants agréés ont une longue expérience d’envoi de volontaires sur des missions de longue durée à l’international, et qui ont développé depuis des années des missions de Service Civique.

Une exigence commune d’accompagnement

Le statut de volontaire en Service Civique comprend une indemnité de subsistance et une couverture sociale complète. Le Défap et VISA-AD s’assurent, en plus :

  • que les volontaires qui partent en mission de Service Civique bénéficient d’un double tutorat à la fois par l’organisme qui les envoie et par un responsable sur le lieu de leur mission.
  • que les volontaires auront un logement mis à disposition et une formation de préparation en amont.

Élargir l’offre d’engagement

Pour aller plus loin :

Le Défap et VISA-AD proposent des domaines de compétences et des lieux de missions qui peuvent être considérés comme complémentaires puisque chacune des organisations capitalisent leurs expériences sur des zones géographiques et des contenus différents permettant ainsi à chaque jeune voulant s’engager à partir de septembre 2019 de pouvoir trouver son projet personnel quel que soit son parcours.

Des rencontres de Paris à Strasbourg

Les deux associations proposent des moments d’informations gratuites communes, pour tous les jeunes entre 18 et 30 ans s’intéressant au volontariat à l’International.

Au programme :

Un temps de présentation sur l’engagement de jeunes dans le secteur social, éducatif, environnemental sur le long terme à l’international

  • Un temps de présentation des organisations, des dispositifs d’envoi et des missions types
  • Des moments de rencontres avec d’anciens volontaires
  • Un temps d’échanges plus personnalisé pour répondre aux questions

 

Pour aller plus loin :
Le Service Protestant de Mission (Défap), accompagne, soutient, facilite et encourage l’activité missionnaire des paroisses de trois églises protestantes de France (Epudf, Uepal, Unepref).

Il s’agit entre autres des actions auprès des jeunes (camps internationaux, service civique) le volontariat en solidarité internationale, jumelage avec une église soeur, formation, animations, échange de personnes, fourniture de matériel pédagogique…
Défap
102 boulevard Arago – 75014 Paris
01.42.34.55.55
envoyes@defap.fr
Volontariat International au Service des Autres, l’Année Diaconale (VISA-AD), est une association protestante, reconnue «de Jeunesse et Education Populaire », engagée depuis 1959 dans le volontariat long terme.
VISA-AD organise le recrutement, l’orientation, l’accompagnement et la formation des jeunes volontaires. Basée à Strasbourg, VISA-AD gère une action qui rayonne dans toute l’Europe et même au-delà.
VISA-AD
25, Boulevard du président Wilson
67000 Strasbourg
03.88.35.46.76
international@visa-ad.org

 




Former à la rencontre

S’investir dans des actions à l’étranger, pour une année ou pour un mois, ne s’improvise pas. Jérémie Vercier, ancien envoyé du Défap à Madagascar, et chargé d’encadrer un groupe de jeunes qui doit partir trois semaines à l’été 2019 pour travailler au sein d’un orphelinat en Thaïlande, s’est ainsi souvenu de l’utilité de la formation reçue avant son départ. Il a de nouveau fait appel au Défap pour organiser une formation sur mesure. Au menu du week-end qui a eu lieu en novembre 2018 : pourquoi partir et comment, problématiques interculturelles, questions administratives et de sécurité…

Quelques-uns des pensionnaires de l’orphelinat © CCD Thaïland

 

Lorsqu’il était parti à Madagascar en 2014, Jérémie Vercier l’avait fait via le Défap. Il avait pu alors apprécier l’importance d’une formation préalable pour mieux s’adapter, une fois sur place, à un autre pays, une autre culture, d’autres modes de vie, et pour mieux comprendre le contexte de sa mission. Il avait 21 ans, un statut de service civique et une dizaine de mois pour se lancer dans l’aventure, avec dans ses bagages une formation d’électricien et diverses expériences dans l’animation de groupes d’enfants. Sur place, au Centre d’accueil des enfants orphelins et démunis Akanisoa, à Antsirabe, il était entré de plain-pied dans la vie d’une petite communauté comptant une vingtaine d’enfants et d’adolescents, et le personnel s’occupant de la structure. Une expérience forte. Et lorsque, de retour en France et investi dans l’encadrement de groupes de jeunes, il a été impliqué dans un projet d’échange avec un orphelinat de Thaïlande, il a pensé de nouveau à la formation qu’il avait reçue avant son départ pour Madagascar, et fait appel au Défap.

Période prévue pour le voyage : l’été 2019. Les participants sont un groupe d’une quinzaine de jeunes de l’Unepref, âgés de 18 à 29 ans ; ils seront accompagnés de six encadrants, dont Jérémie Vercier, aujourd’hui âgé de 25 ans. Le projet prévoit trois semaines de travail au sein d’un orphelinat (dont certains des enfants présentent divers handicaps) avec lequel deux des encadrants sont en lien depuis longtemps. Le voyage est ainsi organisé en partenariat avec CCD Thaïland (Christian Care Foundation for Children with Disabilities). Si Jérémie n’a aucun mal à convaincre le groupe de l’utilité d’une formation, à la fois sur les aspects pratiques et sur les questions interculturelles, la question qui se pose est la suivante : comment adapter, pour les besoins de ce voyage de trois semaines en Thaïlande, le contenu de la session de deux semaines que reçoivent avant leur départ tous les envoyés du Défap ? Et, question complémentaire : le groupe peut-il bénéficier d’un «parrainage» du Défap pour chercher des financements ?

Quelles postures, quels comportements privilégier ou éviter ?

Pour aller plus loin :

Contact est pris avec Tünde Lamboley, responsable Jeunesse, et avec Laura Casorio, responsable du service Envoyés du Défap. «Au fil des échanges, raconte cette dernière, nous avons essayé d’identifier, à partir des divers modules que comporte la formation des envoyés à laquelle Jérémie avait participé, ce qui serait le plus important pour ces jeunes. Sur cette base, nous avons construit une formation ad hoc pour le groupe.» La formation se met en place sur un week-end en novembre 2018. Elle sera assurée par Laura Casorio. Au menu de cette session : présentation du Défap ; pourquoi partir et comment ; construire son projet (objectif, obstacle, forces, faiblesses) ; problématiques interculturelles ; questions administratives et de sécurité…

Sur place, la secrétaire exécutive du Défap trouve des jeunes qui ne se connaissent pas encore (les accompagnateurs ne les avaient vus jusqu’alors que par groupes de deux-trois au maximum), mais motivés et qui participent activement aux divers modules de la formation. «Cette session d’un week-end a d’abord été utile pour permettre de constituer le groupe», souligne-t-elle. «L’équipe des encadrants a géré les aspects techniques de la mission, le programme, la présentation de l’orphelinat… Le Défap, pour sa part, a apporté son savoir-faire en termes de formation à l’expatriation. Ce groupe sera le premier venu de France à travailler dans cet orphelinat, qui a plutôt, pour l’instant, des partenaires dans le monde anglophone (États-Unis, Angleterre). Les questions des participants tournaient donc beaucoup autour de la manière de prendre contact, de nouer des liens, dans un contexte interculturel, et avec comme difficulté supplémentaire la barrière de la langue : la communication ne pourra se faire que via un interprète. Dès lors, comment apprendre les codes nécessaires pour bien communiquer ? Quelles postures, quels comportements privilégier ou éviter ? Qu’est-ce qui pourrait être mal vu ou blessant ? Comment construire une communication fluide, dans un laps de temps réduit ?»

Au-delà du séjour proprement dit, les enjeux sont multiples. Il s’agit tout d’abord d’essayer d’initier des échanges plus pérennes avec cet orphelinat. C’est en tout cas l’idée de l’initiatrice du projet, qui est elle-même une ancienne pensionnaire de ce centre et vit aujourd’hui en France. En ce qui concerne les participants eux-mêmes, beaucoup seraient prêts, à l’issue de cette expérience, pour d’autres formes d’engagements. Et pour Laura Casorio, «accompagner ce genre de projets par une formation rentre tout à fait dans la dynamique actuelle du Défap. Nous sommes d’ailleurs en train de construire des sessions similaires avec d’autres groupes.»




Forum R500 : le protestantisme mondial au centre des échanges

 

Comment est né ce projet de forum international ?

Il est né d’un choc ! J’étais en octobre 2013 au Congrès international sur le Jubilé de la Réforme 2017, à Zurich. C’était le lancement de ce processus avec les Eglises de Suisse et de France et d’Allemagne. Nous nous sommes demandés : « comment peut-on inclure les Eglises du Sud dans ce processus ? ». Il faut absolument trouver une manière de faire émerger ces Eglises à ce Jubilé. Puis, à l’Assemblée des délégués de la Cevaa en octobre 2014, j’en ai également parlé et trouvé d’autres personnes enthousiastes. Ainsi est né ce projet.

Comment parler aujourd’hui de protestantisme à l’international ?

En mettant ensemble les Eglises des quatre coins du Monde ! Les organisations missionnaires, comme le Défap, DM échange et Mission et la Cevaa, sont des plateformes où on peut justement se rencontrer et ainsi
voire comment le protestantisme a voyagé. A la Réforme au 16e siècle, le vaste monde largement inconnu, n’était pas la priorité des réformateurs. L’idée de propager le protestantisme est venu bien plus tard, à partir du 17ème siècle, d’une part par la migration des certains protestants persécutés en Europe, d’autre part par le piétisme né en Allemagne et qui a motivé des protestants de créer des sociétés missionnaires. Ce qui est nouveau au 21ème siècle, c’est le retour du protestantisme par des expressions nouvelles. Ici, dans les grandes villes d’Europe, ce protestantisme, qui a voyagé, nous revient autrement. Nous le vivons même, parfois, en tension avec le protestantisme plus historique en Europe. Ce qui est intéressant c’est : « qu’est ce qui est fondamental dans l’identité protestante ? ». Ce Forum permettra de découvrir ce qui nous rallie en tant que protestant et ce qui est culturellement différent. La simplicité protestante, au niveau de son expression peut s’adapter culturellement et prendre des formes très différentes.


Martin Burkhard de DM – échange et Mission

Quelles sont les régions du globe les plus représentées ?

Au Forum, les régions les plus représentées sont issues de l’Afrique, à la
fois francophone, anglophone et lusophone mais aussi du Pacifique. Les invités viennent du Bénin, Rwanda, Zambie, le Liban, le Mexique, Madagascar, Cameroun, la Nouvelle Calédonie. Mais bien-sûr les suisses pourront également y participer ! Les rencontres sont publiques.

 

Quelle place le dialogue interreligieux a-t-il dans le R500 ?

Lors du jubilé de la Réforme, le dialogue interreligieux n’est pas nécessairement un sujet
en soi mais nous l’avons intégré à notre forum. Lors du deuxième jour, en effet, nous parlerons de l’autre croyant, qui est différent. La naissance du protestantisme comme une autre manière d’être chrétien a poussé la culture européenne occidentale à s’ouvrir à la pluralité religieuse. Aujourd’hui, globalement, les protestants soutiennent le respect des religions et la paix interreligieuse. Nous verrons comment cela se vit dans d’autres contextes. Ce qui est aussi intéressant, c’est le renouveau de certaines religions tribales et comment les Eglises protestantes s’y confrontent.

 

A qui s’adresse ce forum ?

Il s’adresse à toutes les personnes intéressées par le protestantisme et à ces thématiques que nous abordons durant ces trois jours. Nos invités vont essayer de transmettre leur vision du protestantisme et comment il a influencé leur pays.  L’objectif principal est de faire émerger les voix du protestantisme du Sud dans ce jubilé de la Réforme comme un enrichissement dans cette introspection des Eglises protestantes en Europe durant cette année du Jubilé.

 

Comment avez-vous choisi vos intervenants ?

Heureusement que l’on peut s’appuyer sur les relations de longue date de nos Eglises d’Europe avec les Eglises du Sud. Nous avons donc cherché des théologiens dans nos réseaux existants (ceux de la Cevaa, DM échange et mission et l’ACO). Nous avons veillé à ce qu’il y ait un équilibre femme-homme, chef d’Eglise et théologien, laïque et pasteur. Nous avons également souhaité une
diversité protestante en invitant, par exemple, un luthérien et un baptiste du Cameroun.

 

Informations pratiques sur le forum R500
 

 




Voeux du Défap : « vivons 2017 comme une année de grâce»

Plus d’une cinquantaine de personnes étaient réunies le 20 janvier 2016 pour assister à la traditionnelle cérémonie des vœux du service protestant de mission. Retour sur une soirée porteuse d’espérance pour cette nouvelle année qui démarre.

« Le rôle des missions est avant tout d’apprendre pour comprendre. Les ambassades sont dans les capitales. Les églises sont là où sont les gens et elles appréhendent la réalité de leur vie », c’est avec un message fort que le secrétaire général du Défap, Bertrand Vergniol, a ouvert cette soirée des vœux. Une introduction à sa prise de parole qui s’est ensuite orientée sur le lycée protestant Do Neva et son fondateur Maurice Leenhardt. En novembre 2016, ce lycée agricole, de la commune de Houaïlou en Nouvelle Calédonie, a été contraint de fermer suite aux pluies diluviennes qui se sont abattues sur la région. Depuis le début du drame, le service protestant de mission s’est impliqué dans l’aide à la reconstruction du complexe scolaire, via un appel aux dons lancé notamment sur son site, pendant la période des fêtes de fin d’année. 

 


Bertrand Vergniol ouvrant la cérémonie des vœux
( janvier 2017, DR )

 

Rodolphe Gozegba s’est ensuite exprimé devant l’assemblée attentive. Ce jeune pasteur doctorant, boursier du Défap, a rappelé son parcours : « je suis de confession évangélique mais je me considère de plus en plus comme un chrétien réformé. Je n’ai pas réformé ce en quoi je croyais. Je réforme seulement ma foi en Dieu. Au Maroc, j’ai appréhendé ma foi dans un contexte interreligieux ».
Le jeune pasteur centrafricain a alors abordé plusieurs thèmes d’actualité comme la crise centrafricaine, le dialogue interreligieux et la place des leaders religieux dans notre société. Pour lui, « les prêtres, cardinaux, pasteurs, rabbins et imams construisent la paix…au-delà de leur différences religieuses ».

 


Rodolphe Gozegba, janvier 2017, DR

 


Assemblée attentive lors de la cérémonie des vœux, DR

 

Entre chaque prise de parole, Danielle Vergniol a partagé ses créations musicales à la guitare. Des chansons aux compositions originales tantôt sur la place de l’Eglise, tantôt sur l’accueil des étrangers.

 


Danielle Vergniol interprétant ses chansons à la guitare, janvier 2017, DR


Le pasteur Joël Dautheville, président du Défap, a clos la cérémonie avec le partage de cinq vœux pour 2017. Pour cette nouvelle année, il a exprimé son souhait que le service protestant de mission « amplifie son objectif d’être la maison commune des églises qui le composent et que l’engagement reste au cœur du Défap » ; mais également « que l’église locale soit universelle et qu’elle renvoie à l’universel » et « que le Défap soutienne l’accueil et ne le délègue pas ». Enfin, le président a affirmé sa volonté qu’en 2017 le service protestant de mission conserve sa vocation à dénoncer les inégalités et les déviances politiques. « Celui qui dénonce doit aussi montrer des chemins d’espérance », a-t-il insisté.

 


Joël Dautheville clôturant la cérémonie, janvier 2017, DR


Le mot du président s’est alors conclu sur un message porteur d’espérance : « j’appelle de mes vœux que le Défap aide les églises à témoigner à temps et à contretemps de l’espérance du Christ, qui donne du sens à la vie ».

 

A la fin de la soirée, Danielle Vergniol a interprété une dernière chanson sur la définition de son Eglise, à l’occasion des 500 ans de la Réforme.

 

 




Les vœux du Défap : entre engagement et espérance dans la foi

Mercredi 13 janvier, une centaine de personnes étaient présentes aux vœux du Défap. Un exercice incontournable et attendu par un auditoire à l’image de l’institution : bienveillant et multiculturel.

Bertrand Vergniol, secrétaire général du Défap, a ouvert la soirée en évoquant d’abord le service philatélie, l’une des très anciennes activités de l’institution, toujours assurée par des bénévoles et dont le produit sert au financement d’une école du Congo. Des planches de timbres étaient en effet disponibles à l’achat dans le « salon rouge », pour les collectionneurs.

 

Certificat de liberté, DR

Certificat de liberté, DR

 

Il s’est ensuite penché sur un moment tourmenté de notre histoire à tous, la période de l’esclavage, pour mieux mettre l’accent sur les efforts faits notamment par les Églises protestantes pour sortir de ce système. Il s’est appuyé en cela sur une série de documents très particuliers, dont les originaux figurent dans les archives du Défap, reproduits en fac-similé et mis à la disposition des invités de la soirée : des « certificats de liberté ». Ces documents administratifs émis au Sénégal, alors colonie française, datent de la fin du XIXème siècle. Ils servaient à officialiser le rachat de liberté. L’esclavage était pourtant aboli depuis 1848, mais si la traite transatlantique avait cessé, nombre de personnes, notamment cet enfant de 8 ans nommé Diéry Sidibé évoqué par Bertrand Vergniol, demeuraient encore en servitude en 1882, date de son certificat. La liberté souvent s’arrache et parfois se donne.

 

Bertrand Vergniol, lors de son discours, DR

De gauche à droite : Jean-Christophe Peaucelle, Jean-Luc Blanc, Danielle Vergniol, Bertrand Vergniol

 

Le président du Défap, le pasteur Jean-Arnold de Clermont, a ensuite dit quelques mots tout autant porteurs d’espérance. Il a évoqué sa mission en Centrafrique, où il a passé les fêtes de Noël, partageant avec l’Église protestante Christ Roi des moments de liesse que le pays n’avait plus connu depuis le début de la crise politique, en 2012 (lire son discours).


Danielle Vergniol, dont les familiers du Défap avaient découvert les talents de chanteuse et de guitariste lors de la fête de Noël, a clos ce moment de partage par un chant hérité des temps anciens de la mission, témoignant de l’espérance universelle en des temps lumineux et paisibles.

 

Le délicieux cocktail dînatoire, confectionné par Marlène Blanc avec la coopération d’une partie du personnel du Défap, a alors été servi, agrémenté par un punch maison fruité – et sagement – alcoolisé.
La soirée s’est poursuivie par un entretien croisé entre le pasteur camerounais Robert Goyek, président du Conseil des Églises protestantes du Cameroun (CEPCA), invité d’honneur du Défap et trois interlocuteurs : Jeanne-Louise Djonga, ancienne journaliste et chroniqueuse franco-camerounaise, Jean-Christophe Peaucelle, conseiller aux Affaires religieuses au ministère français des Affaires étrangères et Samuel D. Johnson, secrétaire exécutif du pôle Animation à la Cevaa – Communauté des Églises en mission.

 

Intervenants, DR

De gauche à droite : Jeanne-Louise Djonga, Bertrand Vergniol, Robert Goyek, Jean-Christophe Peaucelle

 

L’un des objectifs du programme 2015-2018 du Défap étant le dialogue inter-religieux, il était intéressant d’écouter les propos du pasteur Goyek, qui vit et travaille notamment dans le nord du Cameroun, où sévissent sporadiquement les terroristes du mouvement islamiste nigérian Boko Haram.

Il a d’abord retracé l’histoire de la mission protestante, très active en termes d’éducation et de santé, et la création des Églises protestantes au Cameroun. Depuis toujours, les familles musulmanes et chrétiennes cohabitent pacifiquement. Ce n’est que depuis quelques années que des extrémistes venus du Nigeria voisins sèment le désordre et la mort au Cameroun. Le CEPCA se positionne donc en première ligne dans les programmes de dialogue islamo-chrétien. Le pasteur Goyek demeure, avec raison, convaincu que le plus important pour assurer la paix et la concorde civile est d’assurer à tous un niveau de vie décent, autrement dit un développement durable.

 

Il a été appuyé en cela par Jeanne-Louise Djonga, qui a insisté sur la lutte contre la corruption et le népotisme, témoignant de son expérience personnelle vécue lors de son retour au pays, après ses études en France.

 

Jean-Christophe Peaucelle a, pour sa part, relevé quatre thèmes importants : le rôle des missions et des communautés religieuses, le danger que représentent les intrusions de Boko Haram, la lutte contre la pauvreté, et le dialogue interreligieux, essentiel à la paix dans le monde. Il a insisté sur l’indispensable distinction à faire entre islam et terrorisme commis au nom de l’islam. Boko Haram signifiant « l’éducation à l’occidentale est un péché », il est plus que jamais nécessaire de convaincre, à tous les niveaux de l’échelle sociale, que bien au contraire : la qualité de l’éducation est le principal rempart, avec la lutte contre la pauvreté, face au recrutement de pauvres gens qui, dûment manipulés, deviennent des terroristes. Il faut dire à tous que la liberté permet avant tout de réfléchir, critiquer, contester, défier. Un écho aux propos liminaires du secrétaire général sur le rachat de la liberté : sans elle, nul espoir.

 

Intervenants, DR

L’assistance, DR

 

Un invité présent dans la salle, Luc Carlen, ancien envoyé du Défap en tant qu’infirmier à Garoua, une ville du Nord Cameroun, est venu au micro raconter son expérience puis, gagnant en assurance, a livré quelques anecdotes cocasses sur son séjour.

C’est aussi cela, la mission : des moments graves, des étincelles de lumière et la joie, toujours, qui jaillit de l’espérance.

 

Le pasteur Samuel D. Johnson a clos le débat en rappelant la devise de la Cevaa : la mission est de partout vers partout. Malgré les critiques qu’elle reçoit parfois, l’action de la mission reste positive et conserve un rôle historique important qu’il ne faut pas occulter. Le Cameroun est doté de nombreuses ressources, tant humaines qu’économiques, qui sont autant de promesses d’un avenir meilleur, et donc porteuses d’espoir.

 




Du nouveau au service « animation-formation »

 

Un fort engagement religieux

 

Née en Bretagne, Florence Taubmann est d’origine catholique.

Elle a étudié à l’Institut protestant de théologie de Paris puis est devenue pasteur en 1992.

Après des « expériences paroissiales diverses » – en région parisienne puis à Limoges – elle revient de deux ans passés en Israël où elle a accompagné son mari.

 

Au milieu, Florence Taubmann à la session de formation des envoyés, juillet 2015 ©

 

Une ouverture à l’autre

 

Toujours intéressée par de nouvelles rencontres, elle est passionnée par le dialogue avec les autres Eglises et les autres religions. L’œcuménisme est pour elle un sujet important.

Elle a d’ailleurs été présidente de l’Amitié judéo-chrétienne pendant six ans et a participé à l’animation de plusieurs groupes interreligieux (notamment entre juifs, chrétiens et musulmans). Mais  « je vais également à la rencontre du monde laïc, dit-elle. Et à Limoges je participais à une association de dialogue entre chrétiens et francs-maçons ».

Pour le pasteur Florence Taubmann, le soutien de l’autre est quelque chose de primordial dans son ministère. « La dimension personnelle et sociale est importante pour moi ». A l’aide spirituelle s’ajoute l’aide concrète, qu’elle considère comme essentielle.

 

Le Défap : une finalité logique

 

Ce n’est pas un hasard si Florence Taubmann est arrivée au Défap.

« Dans le ministère pastoral, j’aime la diversité, la possibilité d’exercer dans des postes différents. Mon arrivée au Défap est dans la suite de tout ce que j’ai vécu et développé auparavant, avec l’ouverture sur d’autres pays, le travail avec d’autres Eglises.

C’est une chance de devoir réfléchir sur ce qu’est aujourd’hui la mission du christianisme, et du protestantisme en particulier. On pose la question de manière abstraite et on la vit de manière concrète : comment un chrétien peut-il témoigner de sa foi dans le monde actuel, multiculturel et multi-religieux, sans chercher à convertir l’autre mais en faisant entendre l’Evangile ? Est-ce que la parole chrétienne peut faire du bien aujourd’hui ? »

 

L’arrivée au Défap

Florence Taubmann a rencontré Bertrand Vergniol, alors sur le point de devenir secrétaire général du Défap, en Israël/Palestine où il a passé trois mois.

Ils ont parlé du ministère : « Deux pasteurs se rencontrent, ils parlent de l’Eglise », dit-elle en plaisantant.

Lorsque le poste de chargée d’animation missionnaire s’est libéré, il lui a proposé : « C’était l’occasion d’avoir un autre regard, un autre type d’action et d’engagement, une autre manière de travailler », dit-elle. C’est également une façon pour elle de « repenser la mission ».

 

La mission

Florence Taubmann découvre aujourd’hui au Defap une équipe de professionnels et de bénévoles qui assument des tâches et responsabilités spécifiques. Mais elle se réjouit des temps d’échanges et de concertations, qui permettent aux idées et aux informations de circuler. Elle découvre aussi une « vie à l’échelle du monde, avec des envoyés et des nouvelles venant de partout, de France et de l’étranger».

 

Toutefois, elle réalise qu’il lui faudra du temps et de nombreuses visites pour prendre la mesure de sa mission. Même si la lecture et la formation sont importantes, rien ne remplace l’écoute et l’échange.