Partir, revenir… et transmettre

Éline O. et Mahieu Ramanitra, qui ont animé à deux voix un module sur «La gestion des conflits en milieu interculturel» lors de la session de formation des envoyés du Défap début juillet 2019, sont eux-mêmes d’anciens envoyés. Ils témoignent de ce qui les a poussés à devenir à leur tour formateurs.
Éline O. et Mahieu Ramanitra lors de la session 2019 de la formation des envoyés du Défap © Défap

 

Éline O. est partie en Égypte en 2014 avec le Défap et l’ACO (Action Chrétienne en Orient). Mahieu Ramanitra, pour sa part, a été envoyé à Madagascar au cours de l’année 2017-2018. Tous deux étaient chargés de missions d’enseignement. Des expériences dont ils reconnaissent l’un comme l’autre aujourd’hui qu’elles ont fortement modifié leur vision du monde, et durablement infléchi leur parcours de vie. À son retour d’Égypte, Éline O. s’est ainsi orientée vers une formation en médiation socioreligieuse, et elle a rejoint la Commission Échanges de Personnes (CEP), chargée au Défap du processus de recrutement des futurs envoyés. Des préoccupations que l’on retrouve chez Mahieu Ramanitra, qui, parti à la recherche de ses racines familiales à Madagascar, a été amené à s’interroger sur la violence dans les relations interculturelles, et s’est intéressé à la CNV (Communication Non-Violente)… Après être intervenus tous deux lors de l’Assemblée Générale du Défap, ils ont animé à deux voix un module sur «La gestion des conflits en milieu interculturel» au cours de la session 2019 de formation des envoyés.

 

Après votre expérience à l’étranger en tant qu’envoyés du Défap, qu’est-ce qui vous a motivés à y revenir comme formateurs ?

Mahieu Ramanitra : Il y a là pour nous une dimension de restitution, qui va au-delà du rapport de mission, au-delà de tout ce que nous avons pu laisser comme notes ou observations au profit des volontaires qui devaient nous succéder. Cette période de formation, nous sommes très conscients de l’importance qu’elle a pour les futurs envoyés. Et nous voulions pouvoir apporter notre pierre à l’édifice… Je me souviens que j’avais été particulièrement frappé par ce module sur la gestion des conflits… C’est sans doute dès ce moment-là qu’une première graine a été semée chez moi, qui a influé sur mes centres d’intérêt. Ensuite, au cours de ma mission, j’ai rencontré d’autres envoyés du Défap qui ont orienté mes réflexions. Ce n’est pas un hasard si c’est un autre volontaire qui m’a fait découvrir la Communication Non-Violente…

Éline O. : Ce qui m’avait plutôt marquée, c’était le module sur l’interculturalité : on y abordait des questions concernant les valeurs, les besoins, les différences d’intérêt en fonction des cultures. Pour moi, dès ce moment-là, je savais qu’il y avait une porte qui s’était ouverte, et que j’aurais besoin de creuser davantage dans ce domaine. Mon expérience en Égypte n’a fait que m’en convaincre davantage. Et c’était logique d’en faire bénéficier les futurs envoyés…

Comment s’est passé ce retour au Défap ?

Éline O. : Depuis mon retour d’Égypte, je suis passée tous les ans au Défap lors des périodes de formation des envoyés. Il y avait chez moi l’envie de passer le flambeau, de voir comment évoluait la situation sur mon lieu de mission… Et puis, on retrouve au Défap une ambiance familiale dans laquelle je me sens bien. Aussi, quand j’ai reçu cette proposition de participer à un module de formation, la réponse était pour moi évidente : c’était oui, bien sûr !

Mahieu Ramanitra : Pour moi aussi, c’est quelque chose qui me semblait aller de soi : j’ai l’impression, en fait, de ne jamais vraiment m’être éloigné du Défap… Il y a eu la session retour des envoyés à laquelle j’ai participé en octobre 2018 ; ensuite, les contacts ont été réguliers au fil des mois… Ce projet de formation a commencé à mûrir très tôt. Pour moi, c’est une forme de don et de contre-don : si je peux revenir ici pour transmettre, c’est parce que j’ai moi-même beaucoup reçu.

Éline O. : Il y a eu pour nous deux un moment très significatif : lorsque nous avons été invités, Mahieu et moi, à témoigner lors de l’Assemblée Générale du Défap. Nous avons senti que notre expérience d’envoyés était vraiment entendue, valorisée, voire même interpellante. Et qu’au-delà de ce que nous avons vécu, nous portions un peu le témoignage de tous les envoyés…

Éline O. et Mahieu Ramanitra lors de la session 2019 de la formation des envoyés du Défap © Défap

 

Comment avez-vous conçu ce module de formation ?

Éline O. : Nous l’avons pensé comme une combinaison d’outils à fournir, et d’interactions avec les envoyés. Du coup, nous avons alterné les séquences d’apports théoriques et les moments d’animation de groupe. Et nous avons chacun un apport spécifique, tout en étant capables d’intervenir sur la partie de l’autre : Mahieu a beaucoup travaillé sur la Communication Non-Violente, sur l’aspect prévention et gestion des conflits ; je m’attache davantage aux modes alternatifs de résolution des conflits, en faisant intervenir des tiers.

Mahieu Ramanitra : Nous intervenons, non pas seulement en tant qu’experts, mais surtout parce que nous avons vécu ce que les futurs envoyés seront amenés à vivre. Et même si nous ne citons pas d’exemples personnels, il est évident que notre expérience a fortement influencé notre réflexion. Nous n’avons pas la prétention d’apporter des connaissances que les autres vont devoir mettre en pratique simplement parce que notre savoir fait foi ; nous intervenons autant comme animateurs que comme formateurs.




Dialoguer et se comprendre au-delà des différences culturelles

S’il est un aspect complexe à prendre en compte pour des volontaires internationaux lors de leur mission, c’est celui des relations interculturelles. Une problématique abordée sur deux jours lors de la formation des envoyés du Défap, avec l’intervention de la sociologue Évelyne Engel. Dans ce module, il ne s’agit pas de donner des réponses clés en main, mais plutôt de comprendre ce qui se joue à travers les relations humaines.
Évelyne Engel lors de la session 2019 de la formation des envoyés du Défap © Défap

 

Il y a des expressions révélatrices : pour Évelyne Engel, c’est celle de «boîte à outils». Une expression qui revient à diverses reprises au cours du module qu’elle anime sur deux jours lors de la formation des futurs envoyés du Défap. «Vous n’êtes pas obligés d’être d’accord avec tout ce que je dis», souligne-t-elle encore, «mais l’important, c’est que vous puissiez réfléchir aux manières dont le contexte influe sur les comportements.» Il ne s’agit donc pas d’enseigner, transmettre un savoir universitaire, mais plutôt de pousser chaque envoyé à se doter de «clés de lecture» pour s’adapter au contexte qui sera celui de sa mission. À la différence des modules qui apportent des connaissances sur l’histoire, la société, les relations entre pays, la santé, etc., il s’agit donc de permettre à chaque volontaire de se positionner pour pouvoir interagir avec une société civile, une communauté au sein de laquelle il sera amené à vivre et travailler pendant toute la durée de son engagement.

Évelyne Engel est une des personnalités extérieures auxquelles le Défap fait appel lors de la formation des envoyés ; c’est la sixième année qu’elle intervient. De mère occitane et de père allemand, elle a été très tôt attirée par les questions interculturelles. Travaillant dans un centre d’hébergement pour réfugiés politiques, elle y a été frappée par un constat : «tout en étant d’horizons très divers, ils avaient des dénominateurs communs. On retrouvait des constantes dans leur rapport au temps, à l’espace, à la loi…» Une observation qui l’a poussée à s’interroger sur ce qu’avaient pu vivre des personnalités venues de milieux si différents pour que leurs attitudes deviennent convergentes… Devenue sociologue, elle s’est spécialisée dans l’étude des questions de gestion des territoires multiculturels, ce qui l’a amenée à travailler en liaison avec l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine.

«Être tolérant quand ça ne dérange pas, c’est facile»

Lors de la formation qu’elle dispense au Défap, elle aborde des questions comme l’autorité, la tradition, le poids du groupe et le contrôle social, la solidarité, le statut de la femme, la famille et la parentalité, l’éducation, le rapport au temps… Des concepts souvent perçus et vécus très différemment selon les sociétés humaines, sources possibles de nombreuses incompréhensions et tensions. «Être tolérant quand ça ne dérange pas, c’est facile, souligne Évelyne Engel. Quand on est dans le frottement, dans la crispation, ça demande davantage d’efforts de compréhension. D’où le besoin de se doter d’outils intellectuels qui permettent, de manière apaisée, de comprendre ce qu’il se passe. Cette formation, c’est avant tout une proposition de réflexion autour de la question de l’humain.»

Vue de la session 2019 de la formation des envoyés du Défap © Défap

 

Dans des sociétés où l’identité se définit par rapport à un groupe et où le groupe prime sur l’individu, où la solidarité prime sur la liberté individuelle, que répond-on à la question «qui es-tu ?» Quel message d’humanité envoie-t-on à l’autre pour pouvoir entrer en relation avec lui ? Pour Évelyne Engel, outre le fait de reconnaître que «notre pensée n’est pas universelle», l’enjeu essentiel de cette formation, c’est «d’améliorer le dialogue entre les hommes. Au lieu de se réfugier dans un durcissement de la pensée, se doter d’une approche intellectuelle qui permette de comprendre les logiques, légitimes, de celui qui est en face – tout en étant très différent.»

Jean-Luc Blanc, qui achève son mandat de secrétaire général au Défap et cède progressivement la place à son successeur, Basile Zouma, juge aussi «essentiel que nos envoyés partent avec une grille de lecture des différences entre cultures». Or précisément, «Évelyne Engel tente d’apporter des réponses à la question : pourquoi y a-t-il des différences culturelles ? Elle s’interroge, avant tout, sur leur origine. Ensuite, elle montre que ces différences ne sont pas directement liées aux différences de religions, de lieux, d’ethnies… mais avant tout à la condition des gens, à ce qu’ils vivent.»

Mais ce module sur les relations interculturelles ne parle pas seulement des relations nouées ailleurs, dans d’autres pays ; il aborde aussi, parfois en creux, parfois explicitement, des questions qui se posent aujourd’hui dans notre pays. Des questions de solidarité, d’équité, de reconnaissance des fragilités… Des questions tournant autour de la liberté individuelle, telle qu’elle est vécue dans notre société : une liberté qui, souligne Évelyne Engel, «pour une grande partie de la planète, est souvent vue comme une bizarrerie, comme l’expression d’un grand égoïsme et d’une grande solitude…» Comprendre ces différences d’approche, reconnaître d’où elles proviennent et admettre leur légitimité, c’est aujourd’hui nécessaire au près comme au loin ; pour un envoyé du Défap en mission, mais aussi en France, dans tous les lieux où se conjuguent les différences culturelles.




Une mission aux multiples visages

Comment a évolué, depuis la SMEP, la figure du missionnaire ? Quelle image en garde-t-on, quel rapport cette image a-t-elle avec la réalité – et quels ponts peut-on établir avec les envoyés du Défap qui se forment aujourd’hui ? Dans son module de formation destiné aux candidats au départ, «Visages de la mission», Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque du Défap, s’est attachée à trois parcours particuliers de missionnaires qui remettent en cause bien des idées reçues.
Claire-Lise Lombard lors de la formation des envoyés du Défap © Défap

 

Différences de profils, de parcours, d’âges, de convictions, de motivations, de lieux d’envoi, et de missions : ce qui caractérise en premier lieu les futurs envoyés du Défap que l’on trouve réunis lors d’une session de formation, comme en ce jeudi 4 juillet 2019, c’est la diversité. Une diversité qui peut sembler bien loin de l’image aujourd’hui communément répandue du missionnaire, et de ses relations ambigües avec l’ère de la colonisation…

Mais quelle réalité reflète cette image, et comment a évolué la figure du missionnaire ? A travers quelques parcours singuliers, Claire-Lise Lombard, responsable de la bibliothèque du Défap, remet en question cette image toute faite et un peu trop lisse. Le module de formation qu’elle anime, «Visages de la mission», fait émerger du passé des noms emblématiques comme ceux d’Albert Schweitzer, Eugène Casalis, Maurice Leenhardt, liés ou non à l’histoire de la Société des Missions Évangéliques de Paris, l’ancêtre du Défap ; mais il s’attache surtout à trois personnages moins connus et tout aussi révélateurs : Lucie Ablitzer, Samuel Ajayi Crowther et Thomas Arbousset, présentés en remontant dans le temps et en s’éloignant toujours plus de notre époque, pour aller de l’entre-deux-guerres aux explorations ayant précédé la colonisation. Où l’on découvre que l’engagement missionnaire peut trouver sa source dans une révolte, comme pour Lucie Ablitzer, «la gosse», emprisonnée à 17 ans en Suisse pour ses sympathies socialistes, ou comme pour Thomas Arbousset, que l’on trouve en 1830 à Paris sur les barricades… Où l’on croise des personnages qui sont tout sauf des fils de bonne famille : fille d’une famille ouvrière dans une ville industrielle de Suisse en expansion, jeune yoruba emprisonné par des marchands d’esclaves…

Ces trois figures dont Claire-Lise Lombard retrace le parcours illustrent aussi la manière dont l’engagement missionnaire était en prise avec son époque, et avec ses défis : guerres, esclavage, maladies, découvertes… Dans cette galerie de portraits, Lucie Ablitzer incarne d’abord le refus de l’horreur de la Première Guerre mondiale.

Lucie Ablitzer photographiée lors de son emprisonnement © Défap

 

Issue d’une famille anabaptiste à cheval entre la France et la Suisse, elle a un père qui travaille dans l’industrie de l’horlogerie, une mère ouvrière, un frère qui fera la guerre, et deux jeunes soeurs. En 1917, elle est à La Chaux-de-Fonds, ville toute entière consacrée à l’horlogerie, et que viennent alors de secouer les «événements de mai» : un certain Paul Graber, conseiller national socialiste, a publié dans le journal La Sentinelle un article aux accents antimilitaristes, qui lui a valu d’être emprisonné. Mais des manifestants se massent devant la prison, et cette foule hostile parvient, le 19 mai, à faire sortir le prisonnier de sa cellule. Les journaux de l’époque vont jusqu’à évoquer une «prise de la Bastille». Pas moins de 5000 soldats sont envoyés rétablir l’ordre. Le mardi 22 mai, trois jours plus tard, une manifestation est organisée au temple protestant (il s’agit de l’Église officielle en Suisse) ; Lucie Ablitzer, alors âgée de 17 ans, y prononce un discours enflammé. Convoquée par les autorités, elle est menacée d’être expulsée, étant française, est brièvement emprisonnée ; une expérience qui ne fait que renforcer ses convictions antimilitaristes, puisque le 1er juillet 1918, La Voix des jeunes socialistes publie un article signé de son nom, qui sous le titre «La guerre et la femme», dénonce l’impossibilité d’une solution militaire au conflit.

Derrière cette révolte, il y a surtout la volonté constante de venir en aide aux souffrants, qui s’illustre dans les activités de Lucie Ablitzer après la guerre : on la retrouve infirmière soignante dans des sanatoriums. Dans la lettre de candidature qu’elle envoie en 1932 à la SMEP, elle évoque sa vocation de garde-malade en décrivant l’ébranlement de la guerre, l’épidémie de grippe espagnole meurtrière qui l’a suivie, la mort de sa mère… Après une année de formation à Paris, elle sera envoyée dans une léproserie à Tahiti : Orofara. Elle y restera de 1933 à 1937, découvrant la vie quotidienne des malades, l’impuissance de la médecine, et s’efforçant, comme elle l’écrit dans ses lettres, de «faire oeuvre sociale» (en donnant aux lépreux des conditions de vie dignes de celle qu’on attend pour tout être humain), «oeuvre médicale», et «oeuvre spirituelle». «Vivre au milieu des malades d’Orofara, écrit-elle dans une de ses lettres, c’est apprendre à s’oublier pour penser au prochain». Envoyée à partir de 1938 dans une autre léproserie à Madagascar, elle voit son service de trois années prolongé de mois en mois pour cause de guerre ; et c’est à Madagascar qu’elle meurt en 1945, succombant à une brève maladie mais surtout à l’épuisement, sans jamais avoir revu, ni cette île de Tahiti à laquelle elle était tant attachée, ni son père dont elle espérait des nouvelles.

Samuel Ajayi Crowther © Wikimedia Commons

 

Le personnage suivant, Samuel Ajayi Crowther, n’est pas lié à l’histoire de la SMEP ; mais il incarne tout un pan d’histoire des missions protestantes à lui seul. Sa vie est un roman. Avant de devenir le premier évêque noir de l’histoire de l’anglicanisme, Samuel Ajayi Crowther s’appelait seulement Ajayi. Il était né, aux alentours de 1809, dans ce qui est aujourd’hui le Nigéria. Plus précisément à Oshogun, petite ville située dans la forêt en pays yoruba, assez loin au nord de la côté atlantique et de la ville de Lagos. A 12 ans, il avait été enlevé par des trafiquants d’esclaves pour être vendu à des négriers portugais. Puis libéré par la Royal Navy et envoyé à Freetown, Sierra Leone… Et c’est là, en terre étrangère, alors qu’il était pris en charge par la société missionnaire anglicane, la Church Mission Society, qu’il fut baptisé et prit le nom du vicaire de la Christ Church Greyfriars de Newgate, Samuel Crowther (un des premiers membres de la CMS). Dès lors, Ajayi devint Samuel Ajayi Crowther. Après avoir appris l’anglais, le latin, le grec, avoir eu droit à une formation à Londres et avoir été ordonné prêtre, il retrouva le pays yoruba… en tant que missionnaire.

Thomas Arbousset © bibliothèque du Défap

 

Le troisième personnage enfin, Thomas Arbousset, incarne un peu de l’esprit des découvertes qui animait alors une Europe plus désireuse d’explorer le monde que de le dominer, avant le développement des politiques coloniales, et dont on retrouve un peu de l’optimisme dans les romans de Jules Verne. Né dans l’Hérault, à Pignan, près de Montpellier, en 1810, on le retrouve à 20 ans à Paris sur les barricades de la Révolution de Juillet, et dès l’année suivante candidat au départ à la SMEP, qui le destine dans un premier temps à partir en Algérie. La formation des futurs missionnaires est alors encyclopédique : le jeune Thomas apprend l’arabe mais aussi d’autres langues du continent africain, s’initie à la cartographie, fréquente le Collège de France… Une fois rejoint son lieu de mission, il devra pouvoir être autonome, mais aussi décrire les lieu et les peuples en se faisant géographe, ethnographe, linguiste autant que missionnaire… Et pour parfaire sa formation, et le confronter à la réalité, on l’envoie bientôt prêcher dans une paroisse pauvre du nord de la France : mission au près ou au loin, il n’y a pas alors de distinction fondamentale, et les motivations pour s’occuper des populations pauvres des villes ouvrières sont les mêmes que pour aller évangéliser à l’autre bout du monde.

Finalement envoyé par la SMEP vers l’Afrique australe, il débarque au Cap en février 1833 en compagnie d’Eugène Casalis et Constant Gosselin. La station missionnaire que tous trois doivent rejoindre a été ravagée… Qu’importe : ils trouveront une autre terre de mission. Aiguillés par certaines rencontres sur place vers le pays Sotho, ils y font la connaissance d’un chef qui, devinant les appétits de colonisation des Européens qui s’avancent à travers le pays, cherche à nouer des contacts et se montre réceptif. C’est ainsi qu’est créée la première mission chez les Bassoutos ; parallèlement, Thomas Arbousset explore, décrit, amasse quantités d’observations qui donneront la matière de plusieurs publications à la précision toute scientifique ; il traduit une cinquantaine de chapitres de la Bible dans la langue séchuana… Envoyé par la suite à Tahiti par la SMEP, il y continuera ce travail en publiant notamment «Tahiti et les îles adjacentes», un ouvrage en partie ethnographique.

Lucie Ablitzer, Samuel Ajayi Crowther, Thomas Arbousset : trois parcours, trois images très différentes de la mission, montrant que la diversité des missionnaires d’hier n’avait rien à envier à celle d’aujourd’hui ; trois parcours qui illustrent aussi le fait que la mission a toujours évolué à mi-chemin entre engagements individuels et adhésion à une vision collective.




Prêt(e)s pour l’aventure de l’engagement à l’international?

Vous avez entre 18 et 30 ans, et vous faites partie des deux-tiers de jeunes qui, aujourd’hui en France, sont intéressés par le Service Civique ? Vous seriez prêt(e)s à vous engager à l’automne 2019 au service des autres en France ou en Europe, dans des programmes d’éducation ou de santé à Madagascar, au Sénégal, au Cameroun, au Congo-Brazzaville, au Bénin, en Tunisie, en Égypte ? Les journées d’information communes Défap/VISA-AD sont pour vous ! Rendez-vous le jeudi 11 avril au Défap, 102 boulevard Arago à Paris ; et le jeudi 25 avril au 1bis quai Saint-Thomas à Strasbourg.

© Maxpixel

L’engagement des jeunes à l’international avant tout

Quitter pendant un an : confort, amis, habitudes, repères, langue,… et partir en Europe, en Afrique ou ailleurs pour s’engager dans une mission qui a du sens ; voilà l’objectif commun que proposent les deux associations protestantes « le Défap » et « VISA l’Année Diaconale ». Ces deux organismes protestants agréés ont une longue expérience d’envoi de volontaires sur des missions de longue durée à l’international, et qui ont développé depuis des années des missions de Service Civique.

Une exigence commune d’accompagnement

Le statut de volontaire en Service Civique comprend une indemnité de subsistance et une couverture sociale complète. Le Défap et VISA-AD s’assurent, en plus :

  • que les volontaires qui partent en mission de Service Civique bénéficient d’un double tutorat à la fois par l’organisme qui les envoie et par un responsable sur le lieu de leur mission.
  • que les volontaires auront un logement mis à disposition et une formation de préparation en amont.

Élargir l’offre d’engagement

Pour aller plus loin :

Le Défap et VISA-AD proposent des domaines de compétences et des lieux de missions qui peuvent être considérés comme complémentaires puisque chacune des organisations capitalisent leurs expériences sur des zones géographiques et des contenus différents permettant ainsi à chaque jeune voulant s’engager à partir de septembre 2019 de pouvoir trouver son projet personnel quel que soit son parcours.

Des rencontres de Paris à Strasbourg

Les deux associations proposent des moments d’informations gratuites communes, pour tous les jeunes entre 18 et 30 ans s’intéressant au volontariat à l’International.

Au programme :

Un temps de présentation sur l’engagement de jeunes dans le secteur social, éducatif, environnemental sur le long terme à l’international

  • Un temps de présentation des organisations, des dispositifs d’envoi et des missions types
  • Des moments de rencontres avec d’anciens volontaires
  • Un temps d’échanges plus personnalisé pour répondre aux questions

 

Pour aller plus loin :
Le Service Protestant de Mission (Défap), accompagne, soutient, facilite et encourage l’activité missionnaire des paroisses de trois églises protestantes de France (Epudf, Uepal, Unepref).

Il s’agit entre autres des actions auprès des jeunes (camps internationaux, service civique) le volontariat en solidarité internationale, jumelage avec une église soeur, formation, animations, échange de personnes, fourniture de matériel pédagogique…
Défap
102 boulevard Arago – 75014 Paris
01.42.34.55.55
envoyes@defap.fr
Volontariat International au Service des Autres, l’Année Diaconale (VISA-AD), est une association protestante, reconnue «de Jeunesse et Education Populaire », engagée depuis 1959 dans le volontariat long terme.
VISA-AD organise le recrutement, l’orientation, l’accompagnement et la formation des jeunes volontaires. Basée à Strasbourg, VISA-AD gère une action qui rayonne dans toute l’Europe et même au-delà.
VISA-AD
25, Boulevard du président Wilson
67000 Strasbourg
03.88.35.46.76
international@visa-ad.org

 




Former à la rencontre

S’investir dans des actions à l’étranger, pour une année ou pour un mois, ne s’improvise pas. Jérémie Vercier, ancien envoyé du Défap à Madagascar, et chargé d’encadrer un groupe de jeunes qui doit partir trois semaines à l’été 2019 pour travailler au sein d’un orphelinat en Thaïlande, s’est ainsi souvenu de l’utilité de la formation reçue avant son départ. Il a de nouveau fait appel au Défap pour organiser une formation sur mesure. Au menu du week-end qui a eu lieu en novembre 2018 : pourquoi partir et comment, problématiques interculturelles, questions administratives et de sécurité…

Quelques-uns des pensionnaires de l’orphelinat © CCD Thaïland

 

Lorsqu’il était parti à Madagascar en 2014, Jérémie Vercier l’avait fait via le Défap. Il avait pu alors apprécier l’importance d’une formation préalable pour mieux s’adapter, une fois sur place, à un autre pays, une autre culture, d’autres modes de vie, et pour mieux comprendre le contexte de sa mission. Il avait 21 ans, un statut de service civique et une dizaine de mois pour se lancer dans l’aventure, avec dans ses bagages une formation d’électricien et diverses expériences dans l’animation de groupes d’enfants. Sur place, au Centre d’accueil des enfants orphelins et démunis Akanisoa, à Antsirabe, il était entré de plain-pied dans la vie d’une petite communauté comptant une vingtaine d’enfants et d’adolescents, et le personnel s’occupant de la structure. Une expérience forte. Et lorsque, de retour en France et investi dans l’encadrement de groupes de jeunes, il a été impliqué dans un projet d’échange avec un orphelinat de Thaïlande, il a pensé de nouveau à la formation qu’il avait reçue avant son départ pour Madagascar, et fait appel au Défap.

Période prévue pour le voyage : l’été 2019. Les participants sont un groupe d’une quinzaine de jeunes de l’Unepref, âgés de 18 à 29 ans ; ils seront accompagnés de six encadrants, dont Jérémie Vercier, aujourd’hui âgé de 25 ans. Le projet prévoit trois semaines de travail au sein d’un orphelinat (dont certains des enfants présentent divers handicaps) avec lequel deux des encadrants sont en lien depuis longtemps. Le voyage est ainsi organisé en partenariat avec CCD Thaïland (Christian Care Foundation for Children with Disabilities). Si Jérémie n’a aucun mal à convaincre le groupe de l’utilité d’une formation, à la fois sur les aspects pratiques et sur les questions interculturelles, la question qui se pose est la suivante : comment adapter, pour les besoins de ce voyage de trois semaines en Thaïlande, le contenu de la session de deux semaines que reçoivent avant leur départ tous les envoyés du Défap ? Et, question complémentaire : le groupe peut-il bénéficier d’un «parrainage» du Défap pour chercher des financements ?

Quelles postures, quels comportements privilégier ou éviter ?

Pour aller plus loin :

Contact est pris avec Tünde Lamboley, responsable Jeunesse, et avec Laura Casorio, responsable du service Envoyés du Défap. «Au fil des échanges, raconte cette dernière, nous avons essayé d’identifier, à partir des divers modules que comporte la formation des envoyés à laquelle Jérémie avait participé, ce qui serait le plus important pour ces jeunes. Sur cette base, nous avons construit une formation ad hoc pour le groupe.» La formation se met en place sur un week-end en novembre 2018. Elle sera assurée par Laura Casorio. Au menu de cette session : présentation du Défap ; pourquoi partir et comment ; construire son projet (objectif, obstacle, forces, faiblesses) ; problématiques interculturelles ; questions administratives et de sécurité…

Sur place, la secrétaire exécutive du Défap trouve des jeunes qui ne se connaissent pas encore (les accompagnateurs ne les avaient vus jusqu’alors que par groupes de deux-trois au maximum), mais motivés et qui participent activement aux divers modules de la formation. «Cette session d’un week-end a d’abord été utile pour permettre de constituer le groupe», souligne-t-elle. «L’équipe des encadrants a géré les aspects techniques de la mission, le programme, la présentation de l’orphelinat… Le Défap, pour sa part, a apporté son savoir-faire en termes de formation à l’expatriation. Ce groupe sera le premier venu de France à travailler dans cet orphelinat, qui a plutôt, pour l’instant, des partenaires dans le monde anglophone (États-Unis, Angleterre). Les questions des participants tournaient donc beaucoup autour de la manière de prendre contact, de nouer des liens, dans un contexte interculturel, et avec comme difficulté supplémentaire la barrière de la langue : la communication ne pourra se faire que via un interprète. Dès lors, comment apprendre les codes nécessaires pour bien communiquer ? Quelles postures, quels comportements privilégier ou éviter ? Qu’est-ce qui pourrait être mal vu ou blessant ? Comment construire une communication fluide, dans un laps de temps réduit ?»

Au-delà du séjour proprement dit, les enjeux sont multiples. Il s’agit tout d’abord d’essayer d’initier des échanges plus pérennes avec cet orphelinat. C’est en tout cas l’idée de l’initiatrice du projet, qui est elle-même une ancienne pensionnaire de ce centre et vit aujourd’hui en France. En ce qui concerne les participants eux-mêmes, beaucoup seraient prêts, à l’issue de cette expérience, pour d’autres formes d’engagements. Et pour Laura Casorio, «accompagner ce genre de projets par une formation rentre tout à fait dans la dynamique actuelle du Défap. Nous sommes d’ailleurs en train de construire des sessions similaires avec d’autres groupes.»