Une saison pour l’engagement




Accueillir l’autre en Europe

Ayant pour thème principal «Les chrétiens et l’accueil de l’autre en Europe», une journée œcuménique, placée sous l’égide du Conseil d’Églises chrétiennes en France, se tiendra le 12 octobre prochain à Paris.

Jamais les tensions politiques autour des migrants n’ont été aussi importantes, aussi visibles en Europe qu’au cours de cet été 2019, lorsque le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, a lancé un bras-de-fer avec les ONG qui portaient secours aux naufragés en Méditerranée. Avec comme résultat des scènes absurdes ou révoltantes, comme l’image de l’Open-Arms, le navire de l’ONG espagnole Proactiva Open Arms, bloqué face à l’île italienne de Lampedusa sans pouvoir y débarquer ses passagers ; des migrants désespérés se jetant à l’eau pour rejoindre la terre ferme à la nage – parfois sans savoir réellement nager ; et le ballet des navires des gardes-côtes italiens continuant, dans le même temps, à débarquer des dizaines de migrants recueillis en mer, puisque toute l’attention médiatique et politique se concentrait sur un seul point. Salvini parti du gouvernement, le premier ministre italien Giuseppe Conte a promis une «nouvelle ère réformatrice» dans un discours prononcé devant le Parlement lundi 9 septembre avant d’obtenir le vote de confiance des députés. Son programme se veut l’antithèse de la politique menée jusque-là par Matteo Salvini. Il a insisté sur la nécessité d’une plus grande solidarité au sein de l’Union européenne pour résoudre le problème des flux migratoires. Giuseppe Conte a également proposé des «couloirs humanitaires européens» permettant d’accueillir de manière organisée des réfugiés qui en ont le droit. La nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, veut quant à elle proposer un «nouveau pacte pour les migrations et l’asile». Il s’agit de mieux répartir les efforts au sein de l’UE et notamment d’aider les pays comme l’Italie, l’Espagne, la Grèce, en première ligne pour les arrivées de migrants. Elle veut aussi rouvrir les discussions sur la réforme du règlement de Dublin, qui confie actuellement aux pays d’arrivée la charge du traitement des demandes d’asile.

Les Églises d’Italie en pointe

Cette question des «couloirs humanitaires» a déjà été soulevée depuis longtemps dans le réseau des ONG européennes, et tout particulièrement dans le milieu des Églises. C’est précisément en Italie qu’est né un programme associant la Fédération des Églises évangéliques italiennes et la communauté catholique de Sant’Egidio, ayant pour objectif l’accueil de personnes vulnérables se trouvant dans les camps au Liban, indépendamment de leur appartenance religieuse ou ethnique. Un programme similaire a depuis été mis en place en France, régi par un protocole d’entente signé à l’Élysée et qui associe les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères à cinq partenaires issus du milieu des Églises : la Fédération protestante de France, la Fédération de l’Entraide protestante, la Conférence des évêques de France et le Secours catholique – Caritas France. Une alternative légale aux «voyages de la mort» à travers la Méditerranée… Ces personnes en situation de grande vulnérabilité sont accueillies légalement en France dans le réseau de la FEP et de ses partenaires locaux. Elles n’arrivent qu’une fois assuré leur accueil dans de bonnes conditions par un collectif d’accueil local. Des collectifs et des hébergements pour lesquels se sont mobilisés nombre de bénévoles issus de l’Église protestante unie de France (EPUdF) ou de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL), deux des unions d’Églises constitutives du Défap. À Beyrouth même, une envoyée du Défap, Soledad André, a participé à l’organisation des couloirs humanitaires en tant que chargée de mission de la FEP.

La question migratoire est donc un sujet qui divise, autant qu’il pousse à l’engagement. L’Église catholique propose déjà une réflexion propre sur l’accompagnement des migrations humaines, à travers plusieurs documents magistériels, et de nombreuses initiatives locales ou centralisées. Au sein du protestantisme, les Églises constitutives du Défap ont développé des actions de sensibilisation et d’accueil. C’est dans cette dynamique qu’une journée œcuménique, placée sous l’égide du Conseil d’Églises chrétiennes en France (CECEF), se tiendra le 12 octobre prochain à Paris. Avec des questionnements importants : refuser tout accueil ou accueillir sans discernement n’est pas une solution. Dès lors, quel modèle prôner pour la société ? Que mettre en place dans les Églises ? Des intervenants de diverses confessions chrétiennes et d’Europe sont invités, parmi lesquels :

  • Julija VIDOVIC, professeure à l’Institut orthodoxe Saint Serge
  • Monseigneur HEROUARD, évêque auxiliaire de Lille
  • Pasteur Luca NEGRO, président de la Fédération des Églises Évangéliques en Italie.

Ce Forum œcuménique aura lieu le 12 octobre prochain dans les locaux de l’Église protestante unie du Saint- Esprit (Paris VIIIème). La rencontre est organisée avec le soutien du service des relations avec les Églises chrétiennes de la Fédération Protestante de France – un service dont la responsable est la pasteure Anne-Laure Danet, une ancienne du Défap.

 




Tragique disparition du Dr Antoinette Yindjara

Le Défap s’associe à la douleur de la famille du Dr Antoinette Yindjara, tragiquement disparue le 5 septembre lors d’un accident de la circulation alors qu’elle rentrait en RCA. Membre de l’Église Évangélique Luthérienne de République centrafricaine et proche partenaire du Défap, elle était l’une des trois femmes pasteures ordonnées par cette Église et dirigeait l’école de théologie de Baboua.

La pasteure Antoinette Beanzoui Yindjara © archives

Le Défap a appris avec consternation le décès de la pasteure Antoinette Beanzoui Yindjara, survenu le 5 septembre 2019, et s’associe à la douleur de ses proches. Elle a été victime d’un accident de la circulation entre Garoua-Boulai (Cameroun) et Bouar (RCA), alors qu’elle rentrait en bus en République centrafricaine.

Antoinette Beanzoui Yindjara était l’une des trois femmes pasteures ordonnées par l’EELRCA (l’Église Évangélique Luthérienne de République centrafricaine), et elle dirigeait l’école de théologie de Baboua, non loin de la frontière camerounaise. L’EELRCA est l’une des deux Églises avec lesquelles le Défap est en lien dans ce pays, avec l’EPCR (l’Église Protestante Christ-Roi de Centrafrique). Toutes deux travaillent, chacune à sa manière, à la réconciliation de la République centrafricaine, et à reconstruire un vivre-ensemble mis à mal par des années de guerre civile ; mais alors que l’EPCRC est surtout présente à Bangui, l’EELRCA est davantage présente dans l’Ouest du pays, non loin des frontières du Tchad et du Cameroun.

L’Église Évangélique Luthérienne de République centrafricaine, en deuil, a annoncé la nouvelle du «décès tragique de la Révérende Docteur Antoinette Yindjara Beanzoui». L’UPAC (Université Protestante d’Afrique Centrale, présente à Yaoundé) a également adressé à l’Église et à la famille de la défunte ses sincères condoléances.

L’accident qui a emporté la pasteure Antoinette Beanzoui Yindjara a eu lieu sur le trajet de retour d’une visite aux partenaires allemands de son Église. Elle venait de participer à la première Université d’été de l’œuvre missionnaire de Hermannsburg sur le genre. Hannah Rose, consultante de l’ELM (Evangelisch-lutherische Missionswerk in Niedersachsen) pour la coopération œcuménique avec l’Afrique centrale, a rendu hommage à une «femme forte et courageuse», tout en communiant par la prière avec la douleur de ses proches.

La levée du corps a eu lieu le jeudi 5 septembre à 14h à l’hôpital Militaire d’Ekounou / Yaoundé ; elle a été suivie du départ de la défunte pour la République centrafricaine.




Une Saison pour la Création

Si le nom change, les préoccupations restent les mêmes : la «Saison de la Création» succède en cette année 2019 au «Temps de la Création», rendez-vous international au cours duquel de nombreux chrétiens témoignent, depuis plus de dix ans, de leur engagement dans la protection de l’environnement. La FPF diffuse des ressources liturgiques et théologiques pour préparer cette période particulière, alors que France 2 vient de diffuser le documentaire «Chrétiens chlorophylles, garder le jardin». Au Défap aussi, la thématique de la sauvegarde de la création est bien présente, comme en témoignent le thème du prochain mini-forum de Condé-sur-Noireau, ou le soutien à des structures comme l’association Abel Granier, en Tunisie, ou l’ALCESDAM, au Maroc.

Illustration : le lac Irene, dans l’État du Colorado © Maxpixel

«Et Dieu vit que cela était bon». Ce commentaire à la fois simple et profondément émouvant, cette petite phrase montrant Dieu s’arrêtant pour contempler la création qu’Il est en train de façonner, scande à six reprises le premier chapitre de la Genèse à partir du moment où la terre ferme apparaît. Les mers et leurs rivages, les plantes, les animaux terrestres ou marins, et finalement l’être humain lui-même, tout ceci est «très bon». Mais aujourd’hui, l’impact de l’humanité sur l’ensemble des écosystèmes de notre planète, et sur le climat lui-même, pousse de nombreux chrétiens à s’interroger : cette création n’est-elle pas désormais menacée ? L’être humain, chargé par Dieu dans le chapitre 2 de la Genèse de «garder» le Jardin d’Éden, n’a-t-il pas failli à sa mission ?

Cette interrogation partagée par un nombre croissant de chrétiens dans le monde vient de faire l’objet d’une présentation à travers un reportage diffusé le 1er septembre sur France 2. Le Jour du Seigneur et Présence Protestante ont consacré un documentaire œcuménique inédit à ces chrétiens qui, au nom de leur foi, s’engagent pour protéger la planète : «Chrétiens chlorophylles, garder le jardin», écrit par le duo Marie Mitterrand / Éric Denimal, et réalisé par Jean-Baptiste Martin. Un sujet qui a permis de montrer comment, sur le terrain, paroissiens, pasteurs et communautés religieuses s’engagent, avec par exemple le succès que connaît le label «Église verte».

Environnement : les engagements du Défap

La diffusion de ce documentaire précède de peu la période de l’année qui marque, depuis plus de 10 ans, une manifestation chrétienne internationale en faveur du climat : le «Temps pour la Création», traditionnellement organisé entre début septembre et début octobre – plus précisément entre le 1er septembre (début de l’année liturgique orthodoxe) et le 4 octobre (Saint François d’Assise, le saint patron des animaux et de l’environnement dans la tradition catholique), en passant par la fête des récoltes (parfois célébrée en milieu protestant)… Ce rendez-vous a été initié en Europe en 2007 ; en 2019, il a reçu un nouveau nom, celui de «Saison de la Création». Une appellation choisie de manière œcuménique au niveau international parmi l’ensemble des institutions chrétiennes. En France, les partenaires chrétiens, dont en particulier le Conseil d’Églises chrétiennes en France (CECEF), ont choisi de se joindre à cette dynamique mondiale. Et la Commission Écologie – Justice climatique de la Fédération Protestante de France propose un ensemble de ressources, présentées par Martin Kopp et disponibles sous forme de livret ou de fichier pdf, illustrant le thème proposé par la dynamique internationale pour cette année, à savoir celui de la biodiversité. Outre quelques éléments factuels sur la biodiversité, les menaces qui pèsent sur elle et les efforts menés au niveau international pour la protéger, on y trouve des réflexions théologiques et bibliques, des propositions de prédications et de liturgies…

Au Défap aussi, la préoccupation de la sauvegarde de l’environnement fait partie intégrante du programme de travail établi depuis 2015, et se retrouve à travers un certain nombre de projets : c’est le cas du soutien apporté à l’association Abel Granier, qui intervient en Tunisie sur les problématiques de désertification. C’est le cas du partenariat établi avec l’ALCESDAM, Association pour la Lutte Contre l’Érosion, la Sécheresse et la Désertification au Maroc, qui depuis trente ans intervient dans les zones de palmeraies de la province de Tata. Le Défap a aussi régulièrement des envoyés au sein du projet Beer Shéba à Fatick, au Sénégal, centré sur l’agro-foresterie durable ; il est l’un des membres fondateurs du Secaar… Cette préoccupation globale trouve par ailleurs des traductions locales dans les rencontres régionales sur la mission. C’était déjà le cas lors du «mini-forum» du Défap en région CAR, organisé avec le réseau Bible et création ; ce sera le cas encore à Condé-sur-Noireau, lors de la rencontre prévue les 27, 28 et 29 septembre pour la région Normandie, et qui tournera autour du thème «Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre» (d’après une citation de Gandhi). Avis aux amateurs : les inscriptions sont ouvertes. Vous pouvez d’ores et déjà trouver tous les renseignements pour participer à cette rencontre, en allant sur le site de l’Église protestante unie du Bocage normand, et télécharger le bulletin d’inscription ici.

L’équipe des organisateur du «mini-forum» de Condé-sur-Noireau entourant Florence Taubmann, du Défap © EPUdF



Vous reprendrez bien un peu de théologie ?

Rien de tel qu’un peu de théologie pour se rafraîchir les idées par temps de canicule ! Le camp «Alternative théologie», organisé par l’Institut protestant de Théologie, le Défap, la Coordination Évangélisation-Formation de l’EPUdF et le réseau jeunesse, a réuni une dizaine de participants du 25 au 30 août 2019 à Paris. Avec des intervenants tels que Marc Boss, Pierre-Olivier Léchot, Guilhen Antier et Anna Van de Kerchove, tous chargés d’orienter le petit groupe sur les sentiers escarpés de la Liberté, choisie comme thème pour ce rendez-vous estival…

La visite de la bibliothèque du Défap, avec Jean-François Faba © Défap

En cette fin de mois d’août surchauffée, ils sont une petite dizaine à se retrouver à Paris, boulevard Arago, loin de la plage et des stations balnéaires. Un groupe dont la moyenne d’âge est un peu supérieure à une vingtaine d’années, et qui vient arpenter les couloirs de l’Institut protestant de Théologie, la chapelle et la bibliothèque du Défap, en explorant les fondements et les implications de la liberté avec des intervenants tels que Marc Boss et Pierre-Olivier Léchot, Guilhen Antier et Anna Van de Kerchove… Au menu des participants, des sujets tels que «La liberté de conscience», «Liberté reçue, liberté acquise», «Entre puissance et fragilité», «Entre passion et raison» – tous rassemblés sous une même thématique résumée en une formule par le titre de ce camp théologique : «Liberté, j’écris ton nom». L’ensemble se plaçant dans la dynamique du Grand KIFF 2020, pour un rendez-vous estival destiné aux 18-30 ans dont la préparation a fait intervenir à la fois l’IPT, le Défap (chargé de l’hébergement), la Coordination Évangélisation-Formation de l’EPUdF et le réseau jeunesse.

«Un programme dense, comme le résume Nicolas, l’un des participants, et avec des intervenants de haut vol». En ce mercredi 28 août, avant-veille du départ, il est venu participer à une visite guidée du Défap avec son groupe et avec deux des accompagnatrices : les pasteures Christine Mielke, secrétaire nationale à l’animation des réseaux jeunesse de l’Église protestante unie de France (EPUdF), et Gwenaël Boulet, secrétaire nationale de la Coordination Évangélisation-Formation. Pour présenter l’histoire et les richesses du Service Protestant de Mission, deux guides les accueillent : Tünde Lamboley et Jean-François Faba.

«Il fallait se préparer un peu comme pour Koh Lanta»

Tünde Lamboley, chargée de la formation théologique et de la jeunesse au Défap, présente dans la chapelle une exposition sur l’histoire de la SMEP, ancêtre du Service Protestant de Mission. Elle en profite pour évoquer quelques parcours de missionnaires en lien avec la thématique de la liberté. Liberté vis-à-vis des conventions sociales de leur époque : elle cite ainsi le cas de Maurice Leenhardt, revenu de Nouvelle-Calédonie jusqu’à Paris pour plaider la cause de Kanaks qui s’étaient retrouvés exposés en pleine capitale comme des bêtes curieuses, sans que la bonne société parisienne ait alors la moindre conscience d’attenter en quoi que ce soit à leur dignité d’êtres humains. «Parmi les missionnaires, souligne-t-elle, on trouvait parfois des personnalités à contre-courant, très libres.» Elle passe ensuite à l’évocation de la formation dispensée au XIXème siècle par la SMEP, et qui a pu aller jusqu’à deux ans : «Les futurs missionnaires devaient se préparer un peu comme pour Koh Lanta : personne ne savait vraiment ce qu’ils allaient trouver, qui ils allaient rencontrer sur place… Les cartes étaient très imprécises, les communications très difficiles… Chacun devait apprendre tout ce qui était nécessaire à la survie, être capable de construire sa propre maison, de chasser, de pêcher, de dessiner une carte… Ces jeunes missionnaires – car ils étaient très jeunes ! – partaient avec un bagage de connaissances phénoménal». En guise de support à cette présentation, Tünde Lamboley a préparé avec Florence Taubmann (responsable du service France) un questionnaire sur l’histoire de la SMEP pour aiguillonner la curiosité des visiteurs. Ainsi qu’une présentation de l’envoi en mission des disciples par Jésus tel qu’il figure dans le chapitre 6 de l’évangile de Marc (versets 7 à 13) sous la forme d’un texte à trous, à compléter.

Le deuxième guide est Jean-François Faba, qui a été tour à tour secrétaire exécutif et secrétaire général du Défap, et qui y intervient toujours aujourd’hui à titre bénévole : il est chargé pour sa part de faire découvrir au groupe les trésors de la bibliothèque, et de le conduire à travers le petit monde souterrain des réserves où sont stockés de nombreux documents uniques sur l’histoire des missions protestantes. Des témoignages manuscrits bien sûr, mais aussi des objets liés aux divers parcours des missionnaires – comme par exemple une carte entièrement dessinée à la main par un de ces missionnaires-cartographes ; ou encore, comme la malle Ellenberger, un vrai trésor documentaire couvrant plus d’un siècle d’histoire au Lesotho, à travers l’odyssée d’une famille qui a compté pas moins de trois générations de missionnaires : depuis David Frédéric (1835-1920), en passant par Victor (1879-1972) et jusqu’à Paul (1919-2016)….

Mais au-delà des conférences à l’IPT, de cette visite-guidée de la maison des missions où les participants étaient logés pendant toute la durée du camp, «Alternative théologie» aura aussi été l’occasion de rencontres exceptionnelles : avec Floriane Chinsky, femme rabbin ; avec Brice Deymié, venu apporter son témoignage d’aumônier des prisons… Ainsi que des moments de spiritualité partagée, de veillées et d’échanges, jusqu’au culte final au matin du 30 août. Une autre manière d’envisager à la fois la liberté… et la théologie. Ou comment profiter de l’été autrement à Paris…

 

Retrouvez ci-dessous le film de la visite du Défap :




Retour sur l’AG de la Ceeefe

Pour la deuxième année d’affilée, la Communauté d’Églises protestantes francophones a tenu son Assemblée Générale au siège du Défap. Les participants se sont retrouvés au 102 boulevard Arago, à Paris, du jeudi 22 au samedi 24 août. L’occasion d’évoquer la vie, les joies et les défis des Églises membres de cette communauté dans 16 pays du monde ; cette AG 2019 a également vu le renouvellement du comité directeur de la Ceeefe, avec un changement de président, Christian Seytre succédant à Bernard Antérion.

Participants à l’AG 2019 de la Ceeefe © DR

Entre la Ceeefe et le Défap, il existe des liens réguliers : une partie significative des Églises membres de cette communauté francophone sont des partenaires du Service protestant de mission, qui peut leur assurer un appui administratif notamment au niveau des postes pastoraux. Certains projets d’Églises, comme la rénovation du temple de Djibouti (un chantier au long cours, qui a pris près d’une dizaine d’années), ont été rendus possibles par une collaboration étroite Défap/Ceeefe. Depuis l’année 2018, cette proximité a trouvé une nouvelle traduction visible, puisque c’est désormais le Défap qui accueille l’Assemblée Générale annuelle de la Ceeefe.

Un tour d’horizon de la vie des Églises

En cette année 2019, les délégués des 28 paroisses francophones représentées au sein de la Ceeefe, qui vont de Los Angeles à Beyrouth et de Stockholm à l’île de la Réunion, se sont donc retrouvés pour trois jours au siège du Défap, du jeudi 22 au samedi 24 août. Une réunion qui a été marquée notamment par le renouvellement du comité directeur (dont le Secrétaire général du Défap est membre), et du président : Bernard Antérion a ainsi cédé la présidence de la Ceeefe à Christian Seytre. Mais au-delà de cet aspect institutionnel, l’Assemblée générale a aussi été l’occasion de faire un large tour d’horizon sur la vie des membres de la communauté, et d’échanger des nouvelles sur les différentes Églises : les joies, les soucis de l’année écoulée, les projets concrets présents et à venir. Un moment important pour chacune de ces Églises, dispersées en de nombreux endroits du monde et qui n’ont généralement que peu d’occasions de se rencontrer en-dehors de telles réunions. «J’ai senti une vraie volonté, commune aux Églises membres, de travailler ensemble, et de partager les efforts tant matériels que spirituels», témoigne Basile Zouma, le Secrétaire général du Défap. «La Ceeefe est une communauté où chacun est concerné par ce qui se passe ailleurs». Et de citer le cas d’un projet immobilier de l’EEAM (Église évangélique au Maroc) : au-delà de la participation financière proposée par la Ceeefe, diverses Églises membres ont spontanément fait part de leur volonté de soutenir le projet.

Outre l’aspect institutionnel et les nouvelles de la communauté, une AG de la Ceeefe est aussi un temps de partage spirituel : cette année, l’aumônerie, assurée par Claire Sixt-Gateuille, Secrétaire nationale chargée des relations internationales au sein de l’EPUdF, a tourné autour de la thématique de l’écologie (qui sera aussi au cœur du Synode national de 2020 de cette Église). Elle a notamment animé un débat sur le thème «Église Verte», avec des questions très concrètes : sur le plan de la vie de l’Église, comment la préoccupation écologique s’intègre-t-elle dans l’annonce de l’Évangile ? Quelle place peut avoir la dimension écologique de l’existence dans le culte, la prédication, la catéchèse… Et dans la vie pratique de l’Église locale, quelles actions mener au sein de la vie paroissiale ? Quel rôle pour le conseil presbytéral en la matière ? Quelle perception des enjeux écologiques au sein de la communauté ? Le tout étant décliné à travers des ateliers, des temps d’échange et de réflexion, pour essayer de cerner ce que pourrait être une Église «idéale» en terme d’engagement écologique.

 

Qu’est-ce que la Ceeefe ?

La Communauté d’Églises protestantes francophones favorise les contacts avec des Églises locales sur divers continents, lors de voyages professionnels ou touristiques. Elle aide aussi, dans la mesure de ses moyens, à la formation des pasteurs et des responsables, et participe à la réalisation concrète de projets locaux à dimension diaconale. Elle trouve son origine dans l’existence, depuis le XVIIème siècle, d’Églises fondées dans divers pays par des Français expatriés.

En 1685, à la révocation de l’Édit de Nantes, de nombreux huguenots vont chercher refuge à l’étranger. Expatriés, ils rejoignent alors les Églises nationales pour y vivre leur foi. Mais certains créent sur place des Églises d’expression française, dont certaines existent encore aujourd’hui. En 1963, dans le mouvement de la décolonisation, l’Église Réformée de France limite ses compétences au seul territoire français. Les anciennes colonies, ainsi que les départements d’outre-mer, sous la compétence de la Commission générale des Églises réformées de la France d’outre-mer, ainsi que les paroisses françaises à l’étranger sont placées sous la responsabilité de la Fédération protestante de France. Celle-ci crée en 1964 la Commission des Églises évangéliques d’expression française à l’extérieur : la Ceeefe, aujourd’hui plus connue comme la Communauté d’Églises protestantes francophones. Les Églises de la Ceeefe sont en lien avec la Fédération protestante de France, avec le Service protestant de Mission, la Cevaa, l’Action chrétienne en Orient.

 

Retrouvez ci-dessous une sélection d’images de cette Assemblée Générale de la Ceeefe :




«Mini-forum» de Condé-sur-Noireau : «L’urgence nous rattrape»

Urgence climatique, partage des richesses, accueil des migrants : ces thématiques seront au cœur du prochain «mini-forum» du Défap qui se prépare en Normandie pour les 27, 28 et 29 septembre 2019. Des préoccupations qui ne sont pas simplement dans l’actualité, mais qui interpellent directement les Églises ; des sujets globaux ayant des implications dans les comportements au niveau local. Face à ces défis, les organisateurs proposent trois journées de réflexion placées sous cette citation de Gandhi : «Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre».

Il y a quelques années encore, le réchauffement climatique pouvait sembler pour beaucoup une menace lointaine. Mais l’échéance se rapproche, et les effets de la transformation du climat semblent se faire sentir bien plus tôt que prévu. Le dimanche 18 août, des dizaines d’Islandais ont ainsi quitté Reykjavik vers le nord pour aller déposer une plaque commémorative en hommage à Okjökull, le premier glacier de l’île à avoir disparu en raison du réchauffement climatique. Quelques mois plus tôt, beaucoup plus au sud, c’est le Mozambique qui avait subi coup sur coup deux tempêtes catastrophiques : une succession jamais vue dans l’histoire récente du pays. Nos régions tempérées ne sont plus épargnées : en témoignent les records de chaleur enregistrés en France au cours du mois de juillet, avec de nombreux pics au-dessus des 40°C, et 42,6°C à Paris – du jamais vu. Alors même, comme l’a souligné Météo France, que «quelques décennies en arrière, atteindre 40 °C quelque part en France était un événement exceptionnel et localisé.» Cette canicule a aussi été vivement ressentie en Normandie : 41,3 degrés à Rouen enregistrés le 25 juillet ; 39,7 degrés à Caen, 40,1 degrés à Dieppe, 38,1 degrés au Havre, 39,4 degrés à Deauville et 40,9 degrés à Évreux…

Quels comportements au niveau local face à des enjeux globaux ?

Cette transformation du climat annonce des changements drastiques, avec en premier lieu une multiplication de ceux que l’on appelle déjà les «réfugiés climatiques» : selon un rapport de la Banque mondiale, ils pourraient être plus de 140 millions à l’horizon 2050. L’ONU avance pour sa part une évaluation de 250 millions. Ces migrants viendront s’ajouter à toutes celles et ceux qui, aujourd’hui déjà, fuient les guerres ou la pauvreté, au premier rang desquels on compte actuellement les réfugiés fuyant la Syrie.

Face à ces défis, les Églises ont beaucoup à dire et à faire. Par l’accueil, par le partage, mais aussi par tout ce qu’elles défendent et proclament : il existe aujourd’hui toute une théologie de la sauvegarde de la création, et la thématique de l’écologie est bien présente parmi les protestants. Aujourd’hui, la question de notre responsabilité collective pour sauvegarder la création s’est concrétisée à travers des opérations comme le label Église verte ; elle fait partie intégrante d’un certain nombre de projets du Défap (voir les liens ci-dessous)…

Il était logique que cette préoccupation globale trouve des traductions locales dans les rencontres régionales sur la mission. C’était déjà le cas lors du «mini-forum» du Défap en région CAR, organisé avec le réseau Bible et création ; ce sera le cas encore à Condé-sur-Noireau, lors de la rencontre prévue les 27, 28 et 29 septembre 2019 pour la région Normandie, et qui tournera autour du thème «Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre» (d’après une citation de Gandhi). L’objectif de ces rencontres régionales, à l’image de celle qui a déjà eu lieu en octobre 2018 en région centre-Alpes-Rhône, étant de «décentraliser» les débats sur la mission qui ont lieu régulièrement lors des forums du Défap, afin de se rapprocher des participants et de toucher un plus large public.

«C’est quoi vivre simplement ?»

«Dans le bocage Normand comme en Normandie et ailleurs, annoncent les organisateurs du «mini-forum» de Condé-sur-Noireau, nous sommes confrontés aux conséquences du réchauffement climatique. Même si depuis plusieurs années des initiatives et réflexions sont menées au sein de la paroisse du Bocage sur le partage des richesses, l’écologie, les questions de nourriture, les échanges et partages entre le bocage et l’Afrique, l’accueil des migrants, l’urgence nous rattrape.

Nous vous invitons à venir partager, échanger, construire autour d’une question simple mais qui nous permet déjà de faire un pas en faveur de la sauvegarde de la Création : C’est quoi vivre simplement ?

Vivre simplement dans ses dimensions matérielles et spirituelles, quel est le juste usage des biens dans ce monde ? (et les incidences de nos actes) du global au local, quel est le lien à la Terre et la terre ? (selon le sol où je suis) comment faire bouger les équilibres sans tomber dans les excès ? Comment limiter le gaspillage ? »

Vous pouvez d’ores et déjà trouver tous les renseignements pour participer à cette rencontre, en allant sur le site de l’Église protestante unie du Bocage normand, et télécharger le bulletin d’inscription ici.

L’équipe des organisateur du «mini-forum» de Condé-sur-Noireau entourant Florence Taubmann, du Défap © EPUdF



«L’Afrique pour laquelle nous prions» : un concours lancé par le COE et la CETA

Le Conseil oecuménique des Églises (COE) et la Conférence des Églises pour toute l’Afrique (CETA) appellent les jeunes Africains, présents sur ou hors du continent africain, à participer à un concours de rédaction pour la publication régionale africaine en tant que contribution au «Pèlerinage de Justice et Paix». Les Africains jusqu’à 35 ans sont invités à envoyer leurs textes avant le 15 octobre 2019.

Participants de la conférence d’Arusha du Conseil œcuménique des Églises. Photo: © Albin Hillert/COE

Vérité et traumatisme (consolidation de la paix) ; terre et déplacement (justice économique, justice écologique et migration) ; justice de genre ; justice raciale : tels sont les quatre grands thèmes qui doivent être illustrés par le concours lancé par le Conseil œcuménique des Églises (COE) et la Conférence des Églises pour toute l’Afrique (CETA). Il a été organisé dans le cadre de la publication de la région Afrique sur le Pèlerinage de justice et de paix. Les jeunes Africaines et Africains, présents en Afrique aussi bien qu’en-dehors du continent, sont invités à envoyer leurs textes avant le 15 octobre 2019 pour participer. Pour cela, une condition : être âgé-e au maximum de 35 ans.

Le Pèlerinage de justice et de paix est une initiative de la 10ème Assemblée du COE, organisée en 2013, qui appelle les Églises partout dans le monde à marcher d’un même pas, à considérer leur vie en commun, leur cheminement de foi, et à s’unir avec d’autres pour célébrer la vie et prendre des mesures concrètes visant à transformer les injustices et la violence. Le motif de base du pèlerinage s’accompagne de trois dimensions: célébrer la vie ensemble, visiter les blessures et entreprendre des actions transformatrices.

Les textes présentés lors de la 11e Assemblée du COE

Les essais (qui peuvent être rédigés en français, en anglais ou en portugais) devront refléter les traditions, les contextes et les perspectives de l’Église de leur auteur-e en ce qui concerne l’un des quatre thèmes choisis. Le texte devra compter environ 5000 mots, notes et bibliographie comprises. Les essais seront étudiés par les membres africains du personnel du COE et de la CETA.

Douze textes au maximum paraîtront dans L’Afrique pour laquelle nous prions dans un Pèlerinage de justice et de paix (titre provisoire), la publication de la région Afrique sur le Pèlerinage de justice et de paix, qui fera partie intégrante des fruits régionaux du Pèlerinage présentés lors de la 11e Assemblée du COE en 2021 à Karlsruhe (Allemagne). En outre, les auteur-e-s de quatre textes choisis seront invité-e-s à participer aux conversations œcuméniques consacrées à ces quatre thèmes durant la 11e Assemblée du COE.




Courrier de mission : la famille Ellenberger, une odyssée missionnaire

Invité fin juin de l’émission Courrier de mission, animée par Valérie Thorin sur Fréquence Protestante, Jean-François Faba, archiviste à la bibliothèque du Défap, a évoqué la richesse du fonds Ellenberger, dont les documents permettent de retracer plus d’un siècle d’histoire missionnaire au Lesotho, à travers trois personnages qui illustrent cette saga familiale : David, Victor et Paul Ellenberger.

Maison (appelée la caverne de Massitisi) de David Frédéric Ellenberger au Lesotho (archives familiales Ellenberger) © Défap

 

Gros plan sur la famille Ellenberger

«Courrier de mission» du 26 juin 2019.
Émission consacrée au Défap, animée par Valérie Thorin sur Fréquence Protestante

 

La bibliothèque du Défap est un lieu unique quand il s’agit de retracer l’histoire des missions protestantes dans le monde francophone. Elle est régulièrement enrichie par des dons et des legs : c’est le cas du fonds Ellenberger, reçu en 2016, et dont les documents couvrent trois générations de missionnaires au Lesotho : depuis David Frédéric (1835-1920), en passant par Victor (1879-1972) et jusqu’à Paul (1919-2016). Un ensemble remarquable, intéressant principalement l’histoire du Lesotho et la mission protestante dans ce pays (ainsi qu’en Zambie) mais qui reflète également la variété des centres d’intérêt dont se sont enrichis les parcours de vie des uns et des autres.

Le dépouillement de ces imposantes archives familiales léguées au Défap a constitué dernièrement la principale activité de Jean-François Faba, archiviste à la bibliothèque du Défap : le fonds reçu par la bibliothèque se répartissait en 130 à 140 cartons de documents traitant d’aspects missionnaires et de ministères en paroisse. Et ce n’était pas la totalité des archives : une autre partie est en effet allée à l’université de Montpellier, au regard des recherches que faisait Victor Ellenberger sur des fresques découvertes au Lesotho, et des travaux en paléontologie faits par Paul Ellenberger, qui a consacré une grande partie de sa vie aux Bushmen.

Au micro de Valérie Thorin, Jean-François Faba revient sur ce que révèlent ces archives. Il a travaillé sur les trois représentants les plus connus de la famille Ellenberger : David, Victor et Paul. Le grand-père, le père et le fils représentent à eux trois 109 années de présence au Lesotho, marquant la continuité d’un travail missionnaire engagé par David, originaire du canton d’Yverdon-les-Bains, dans le canton de Vaud, en Suisse.




Liberté, j’écris ton nom

L’été est toujours un moment propice en rencontres, retrouvailles et détente. Souvent, on le vit tel un vrai tourbillon et la reprise arrive bien trop vite. Le camp d’été Alternative Théologie propose justement un temps pour soi, à Paris auprès de jeunes protestants de tous horizons.

A Paris, du 25 au 30 août prochain, les jeunes de 18 à 30 ans auront l’opportunité de passer une semaine ressourçante sur le thème Liberté quand tu nous tiens.

Alternative Théologie, rendez-vous co-organisé par l’Institut protestant de Théologie, le Défap, la Coordination Évangélisation-Formation de l’EPUdF et le réseau jeunesse, propose des temps forts de partage (rencontres, sorties, repas, veillées). On y échangera de nombreuses façons (spirituelle, personnelle, philosophique) autour de textes bibliques, en compagnie de théologiens, pasteurs et témoins.

Une belle occasion d’échanger en toute convivialité sur sa foi et sa propre relation avec la liberté. Et pourquoi, justement ne pas placer l’année à venir sous son signe ?

« (…) Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom (…)

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté. »

Paul Eluard

À moins d’un an du rendez-vous très attendu du Grand KIFF 2020, « Alternative Théologie » est une aventure spirituelle forte pour mieux se reconnecter à Dieu comme à l’autre.

Pour plus d’information et pour réserver :

 




Centrafrique : «Travailler comme artisans de paix»

Si on ne parle plus officiellement de guerre, les violences perdurent en République centrafricaine, comme a pu en témoigner, en novembre 2018, le drame d’Alindao. La situation reste instable, les risques de dérapage permanents, et les besoins immenses. Comment les Églises participent-elles à réinventer un vivre-ensemble dans ce pays meurtri ? Entretien avec le pasteur Maurice Gazayeke, président de l’UFEB (Union Fraternelle des Églises baptistes), qui a été reçu au Défap au cours du mois de juin 2019.
Carte de la République centrafricaine

 

On ne parle plus de guerre civile en République centrafricaine. Et pourtant, les troubles perdurent, dans un pays qui reste profondément marqué et où tout est, encore aujourd’hui, à reconstruire. Si la situation est relativement calme à Bangui, la capitale, les provinces restent instables et leurs populations, menacées par de toujours possibles éruptions de violences. En 2016, les élections ont apporté un espoir de tourner la page des années de guerre. Pour la première fois de son histoire, la RCA avait enfin un président (l’ancien Premier ministre Faustin-Archange Touadéra) et un parlement démocratiquement élus. Mais des régions entières sont restées de fait sous le contrôle de milices faisant régner la terreur ou monnayant leur «protection». Des groupes armés avec lequel le gouvernement a bien dû négocier, jusqu’à signer en février 2019 un accord avec quatorze d’entre eux : l’accord de Khartoum, treizième accord de paix qu’ait connu la République centrafricaine depuis 2007, qui devait permettre d’apporter un apaisement en intégrant les principaux chefs de guerre à la vie politique centrafricaine. Dans les faits, la situation reste si difficile que le Conseil de sécurité a renouvelé, jusqu’au 15 novembre 2019, le mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (Minusca), tout en le renforçant. Les violations des droits humains sont quotidiennes, plus des trois-quarts des habitants du pays sont toujours en situation d’extrême pauvreté et la RCA est à la toute dernière place de l’indice du développement humain, au 188ème rang sur 188 pays.

Dans un pays où les structures collectives sont détruites et les institutions défaillantes, les Églises représentent l’une des rares forces capables d’aider à reconstruire le vivre ensemble. Elles jouent un rôle d’accompagnement irremplaçable auprès de la population, aident à panser les plaies de la guerre et plaident pour l’apaisement. Le Défap est directement en lien avec deux d’entre elles : l’Église Protestante Christ-Roi de Centrafrique, basée à Bangui, et l’Église Évangélique Luthérienne de République centrafricaine, présente principalement dans l’ouest du pays, région déshéritée et instable. Mais des relations ponctuelles peuvent s’établir avec d’autres partenaires, également engagés dans les efforts de paix et de reconstruction. C’est le cas des communautés baptistes, et notamment de l’UFEB (Union Fraternelle des Églises baptistes), dont le président, le pasteur Maurice Gazayeke, a été reçu au Défap au cours du mois de juin 2019.

Le pasteur Maurice Gazayeke © Défap

 

Quelle est aujourd’hui la situation en République centrafricaine ?

Pasteur Maurice Gazayeke : Le gouvernement continue à tendre la main à ceux qui ont pris les armes, en les exhortant à cesser les hostilités. Depuis l’accord de Khartoum, on sent un changement positif à Bangui et dans les villes environnantes ; mais il y a toujours des difficultés dans les régions, des massacres inopinés perpétrés par des groupes rebelles… Il y a des coupures de route : celle qui va de Bangui au Cameroun a ainsi été bloquée, pour empêcher le ravitaillement de la ville ; les fautifs ont été écartés ; mais on craint toujours les violences qui peuvent survenir de façon imprévisible. Partout dans l’arrière-pays, les groupes armés se sont solidement établis : en dépit de la Minusca, ils ont pris le pouvoir de certaines régions et ne veulent pas le laisser. En outre les chefs rebelles semblent n’avoir pas toujours un entier contrôle de tous leurs éléments, qui peuvent se comporter comme des bourreaux de la population. Ce qui continue à attiser les craintes de violences interconfessionnelles : quand des groupes rebelles sont majoritairement des musulmans, les Églises ont fort à faire pour éviter les représailles de la part de la population contre des musulmans… Alors qu’à la base, le problème est politique, non confessionnel.

Que vit la population au quotidien ?

Les gens sont en insécurité permanente. Les villageois craignent d’aller dans leurs champs, d’aller à la pêche, ou à la chasse : ils risquent à tout moment de rencontrer des éléments rebelles et de se faire tuer. Et la population civile a souvent l’impression d’être abandonnée à elle-même en cas de violences, alors que les forces de la Minusca sont là théoriquement pour les protéger. Personne n’a oublié le drame d’Alindao, en novembre 2018, lorsque des groupes armés ont massacré des dizaines de personnes dans un camp pourtant placé sous la protection de la Minusca. Le contingent de la force internationale avait été prévenu des préparatifs de cette attaque, et n’a rien fait pour s’y opposer ; au contraire, les hommes de la Minusca se sont retirés sans un coup de feu. L’Onu a dû ouvrir une enquête internationale, et l’image de la Minusca, déjà mauvaise aux yeux de l’opinion publique centrafricaine, s’est encore dégradée. De tels drames alimentent tous les soupçons, y compris ceux de connivence entre certains éléments des forces internationales et certains groupes rebelles. Mais en dépit de cette insécurité permanente, on progresse vers la paix, avec l’aide du Seigneur.

Que font les Églises pour aider à désamorcer ces violences ?

Les Églises baptistes ont toujours exhorté leurs fidèles à travailler comme artisans de paix. Mais elles ne le font pas seules : chaque dénomination travaille dans le sens de la cohésion sociale, en vue de la réconciliation de la population. Là où je vis à Bangui, dans le quatrième arrondissement, mon Église, celle de Ngoubagara, organise des grandes rencontres de prière, et y invite le gouvernement et le président de la République. Elle lance des appels notamment à travers l’AEC (l’Alliance des Évangéliques en Centrafrique), qui fait partie de la Plateforme des Confessions Religieuses de Centrafrique, laquelle regroupe des protestants, des catholiques et des musulmans pour faire du plaidoyer en faveur de la paix. L’une de ces grandes rencontres de prière en faveur de la réconciliation et de la paix a eu lieu juste avant mon départ pour la France, en présence des autorités politiques. De son côté, le gouvernement fait régulièrement appel non seulement aux partis politiques, mais aussi aux diverses confessions pour nouer des contacts et tenter de consolider la paix. À travers ces rencontres, à travers la Plateforme, les leaders religieux, au lieu d’agir en ordre dispersé pour le retour de la paix, plaident ainsi ensemble contre les violences interconfessionnelles. Ils s’efforcent de montrer, ensemble, que les bases du conflit ne sont pas religieuses. Les relations entre représentants religieux sont régulières : ainsi, quand les nouveaux leaders de l’AEC ont été élus, l’imam Kobine, qui fait partie de la Plateforme, avait été invité.

Ces appels sont-ils bien reçus au sein de la population ?

Les gens sont fatigués de toutes les violences. Ils aspirent avant tout à la paix. S’il y a des réticences chez les fidèles, ils ne les expriment pas dans l’Église. Quand on organise des chaînes de prière au niveau de l’AEC, toutes les Églises répondent de manière positive et les fidèles impliqués sont nombreux. Mais les rebelles, eux, ont beau signer des accords, ils ne les respectent pas toujours. Les Églises sont sincères dans leurs appels à la paix, mais se rendent bien compte que les rebelles jouent à une sorte de jeu de cache-cache…

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez




Deux semaines qui changent une vie