Semer et arroser




Après Hope 360, des nouvelles de Bafia

Hope 360, c’était le 19 octobre. Alors que les vidéos-souvenirs sur cette première journée sportivo-solidaire commencent à être diffusées, quelques nouvelles du projet qui avait été soutenu à Valence par le Défap. Les fonds récoltés à cette occasion ont permis d’acheter du matériel pour équiper l’hôpital de Bafia. Et pour améliorer la prise en charge et le suivi au quotidien des patients qui viennent se faire soigner dans l’établissement du Dr Célin Nzambé – essentiellement les futures mamans et les très jeunes enfants.

Remise de l’enveloppe contenant les dons pour l’hôpital de Bafia, novembre 2019 © Défap

Quelques photos de l’équipe médicale entourant une enveloppe, du matériel – et ces quelques mots de commentaire envoyés par le Dr Célin Nzambé : «Super. La table d’accouchement, le pèse-bébé et la boîte d’accouchement. Nos patients verront une amélioration de leur prise en charge à l’aide de ce nouveau matériel. Merci à Dieu et à tous ceux qui ont contribué. Particulièrement Hope 360. Soyez bénis.» Ce sont les dernières nouvelles, et les premières manifestations concrètes des effets de l’opération Hope 360 dans le quotidien de l’hôpital de Bafia.

Bafia est une ville du Cameroun située à 120 km au nord de la capitale Yaoundé, dans le département du Mbam-et-Inoubou. Elle tire son nom de l’ethnie habitant la région, les Bafia, population bantoue d’Afrique centrale, établie sur la rive droite du Mbam. Elle dispose d’un hôpital de district et de centres de santé répartis dans les quartiers et villages avoisinants… mais pour une bonne partie de la population, les soins y sont pour ainsi dire inaccessibles. Car le Cameroun paye encore les conséquences de choix faits il y a plusieurs décennies en matière de santé publique, et qui se sont avérés catastrophiques : notamment la fin de la gratuité des soins et leur financement direct par les patients. Une tendance qui a été la même dans de nombreux pays africains au cours des années 80, avec à chaque fois les mêmes effets désastreux pour le fonctionnement des hôpitaux et pour la santé publique. Aujourd’hui encore, les patients ne peuvent espérer être soignés dans la plupart des hôpitaux sans faire d’abord la preuve qu’ils pourront payer ; la conséquence étant que pour beaucoup, l’accès à des soins hospitaliers est tout simplement inenvisageable, même dans les cas les plus graves.

De petits gestes, de grands effets

C’est précisément ce manque que viennent combler des petites structures comme celle de l’hôpital de Bafia – une structure privée, appartenant à l’Église presbytérienne du Cameroun (EPC). Avec peu de moyens, un tel hôpital fait beaucoup pour la santé de la population. Les établissements de santé gérés par des Églises ont de fait un rôle crucial dans le pays. Mais le réseau d’hôpitaux de l’EPC a lui-même connu des difficultés, au point que l’hôpital de Bafia, à l’arrivée de Célin Nzambé, était tout simplement désaffecté. C’est grâce à son travail, soutenu par le Défap, qu’il peut désormais jouer pleinement son rôle auprès de la population de cette préfecture du centre du Cameroun. Le Défap a régulièrement des envoyé.es sur place, notamment des infirmières : actuellement, c’est le cas d’Amandine Drouaillet ; elle avait été précédée par Aurélie Chomel… Un réseau de soutien s’est constitué en France au sein de certaines paroisses de l’EPUdF, comme celles de Valence (Patricia Champelovier, présidente du conseil presbytéral de Saint-Péray au sein de l’Ensemble Valence-Deux-Rives, et qui est aussi infirmière, a notamment fait le voyage à Bafia pour soutenir le projet) ou de La Rochelle (dont un des paroissiens, le docteur Jean-Pierre Perrot, cardiologue, va régulièrement prêter main-forte à Célin Nzambé). Les conditions de travail étant difficiles, le matériel compté, les ressources limitées, y compris en termes de lits pour les malades, toutes les bonnes volontés comptent. Jean-Marc Bolle, de la paroisse de Valence, avait ainsi accompagné Patricia Champelovier durant l’été 2018 pour faire des travaux de peinture dans des salles récemment construites et destinées à accueillir les patients.

Hope 360, rendez-vous sportivo-solidaire organisé le 19 octobre dernier à Valence, a permis au Défap de donner une plus grande visibilité à ce projet. Mais aussi de récolter des fonds. Ceux-ci ont été remis en main propre au Dr Célin Nzambé, qui a tenu à en témoigner aussitôt avec l’équipe médicale de l’hôpital de Bafia : «Première photo, la remise de la somme récolté lors de Hope 360, qui a permis l’achat du matériel cité pour équiper la salle d’accouchement.» Une cagnotte en ligne, mise en place à l’occasion de Hope 360, est encore ouverte jusqu’à la fin de l’année pour celles et ceux qui auraient à cœur d’aider l’hôpital.

De nombreuses autres occasions de s’engager ont également pu être présentées le 19 octobre lors de Hope 360, qui représentait la première édition d’un rendez-vous à la fois sportif, ludique et festif organisé autour d’une vingtaine de projets solidaires. Avec, aux côtés du Défap, des noms connus comme Medair, ADRA, Le Sel, La Gerbe, l’Ircom, Michée France, Fidesco… Un ensemble œcuménique qui proposait de soutenir des projets de santé, d’éducation, de protection de l’environnement – pour plus de justice, un meilleur partage des ressources, une vie plus digne… Hope 360 avait été monté par Asah, collectif regroupant une trentaine d’acteurs chrétiens de la solidarité internationale. Une vidéo souvenir de cette journée est désormais disponible :

Et pour compléter, quelques images de cette journée vécue du côté de l’équipe et du stand du Défap : tout d’abord, ambiance musicale sur le stand avec Aurélie Chomel, envoyée à Bafia, qui était présente à Valence pour témoigner :

Et soutien en musique avec cette chorale venue tout droit de Bangui, en République centrafricaine, et constituée de paroissiens de l’EPCRC (Église protestante Christ-Roi de Centrafrique, partenaire du Défap) emmenés par Ludovic Fiomona :

N’oubliez pas : la cagnotte en ligne est toujours ouverte ! Vous pouvez encore soutenir l’hôpital de Bafia…




Boursiers : un week-end pour tisser des liens

Tisser des liens entre boursiers du Défap et protestants de France, mais surtout entre boursiers eux-mêmes, dispersés géographiquement et avec peu d’occasions de se retrouver pour échanger : tels étaient les buts du week-end de rencontre organisé du 15 au 17 novembre 2019 à Paris.

Le groupe des boursiers du Défap posant devant le 102 boulevard Arago, novembre 2019 © Défap

Si la figure de l’envoyé est généralement la plus connue, et considérée comme la plus représentative des activités du Défap au sein de ses Églises constitutives, elle a sa figure symétrique en termes d’accueil : celle du boursier. Les relations établies de longue date via le Défap au sein de toute une communauté d’Églises s’illustrent ainsi, non seulement à travers des projets, mais aussi à travers des échanges de personnes ; et non seulement par l’envoi au loin, mais aussi à travers toutes celles et ceux qui viennent en France dans le cadre d’un cursus de formation théologique. Le Défap assure le suivi administratif et pédagogique de ces boursiers, participe régulièrement aux réunions de la Commission des bourses de l’Institut Protestant de Théologie. En 2018, ils étaient au nombre de dix-neuf, venus de pays aussi divers que Madagascar, Tahiti, la République démocratique du Congo, le Congo Brazzaville, le Cameroun, le Gabon ou le Bénin.

Mais tout comme dans le cas des envoyés, chaque boursier est engagé dans un projet personnel, en lien avec sa propre formation et avec sa propre Église, qui lui permet difficilement d’échanger avec les autres boursiers. Ils sont géographiquement éloignés, travaillent en lien avec des facultés de théologie différentes ; et le délai imparti pour les recherches (quelques mois) est court, surtout si l’on tient compte du nécessaire temps d’adaptation lors de leur arrivée en France. D’où le week-end organisé à leur intention du vendredi 15 au dimanche 17 novembre à Paris. Un moment d’échange, de partage, et l’occasion, rare dans le parcours des boursiers, d’avoir des regards croisés sur leurs travaux. Avant ce rendez-vous de la mi-novembre, le dernier week-end boursier remontait à mars 2016.

Une grande diversité, et peu d’occasions de rencontre

Les boursiers du Défap lors du repas partagé avec les paroissiens de Saint-Jean © Défap

Pour cette année, les participants étaient au nombre d’une quinzaine : huit boursiers, dont trois étaient venus accompagnés de leur famille. Tous présents en France pour des durées allant de trois à neuf mois ; tous dispersés entre Paris, Strasbourg et Montpellier, selon les facultés de théologie avec lesquelles ils sont en lien pour leurs travaux… et tous venus d’Églises et de pays illustrant la diversité de la communauté au sein de laquelle le Défap a tissé des liens : la RDC, la Nouvelle-Calédonie ou la Polynésie… Leur rencontre avait été préparée depuis le mois de septembre, organisée à la fois par la pasteure Tünde Lamboley, qui suit au sein du Défap tout ce qui relève de la formation théologique, et par Pascale Audo, qui s’occupe de l’accueil et du suivi administratif des boursiers.

Au programme de ce week-end : après les arrivées jusque tard le vendredi soir au Défap, où tous étaient hébergés pour les trois jours, les boursiers ont pu participer le samedi matin à un culte dans la chapelle du 102 boulevard Arago, avant de commencer à présenter, à tour de rôle, leurs travaux devant le groupe. Des travaux portant sur des thématiques aussi diverses que «Les portraits de la femme dans le livre des Proverbes», «La recherche hymnologique, enjeux et perspectives de développement de l’Église évangélique du Cameroun», «L’enseignement néo-testamentaire sur la prière pour le ennemis», «Écologie et pastorale en République démocratique du Congo»… Cette partie de présentation a duré jusque tard dans l’après-midi du samedi, avant une soirée plus touristique et festive à la découverte de Paris et du quartier Saint-Michel. Et le dimanche matin, les boursiers du Défap ont été invités à participer au culte à la paroisse luthérienne Saint-Jean, rue de Grenelle, avant un repas pris en commun avec les paroissiens. Une occasion de rencontres et de partages à double sens, aussi riche pour les boursiers ainsi accueillis que pour les protestants parisiens qui les accueillaient.

Les boursiers du Défap à la paroisse luthérienne Saint-Jean, rue de Grenelle (au centre, le pasteur de Saint-Jean et vice-président de l’EPUdF, Jean-François Breyne) © Défap



Vers une liturgie qui fait place à toutes les cultures ?

Les questions de liturgies et de cultures sont intimement mêlées au sein des Églises, dès lors qu’elles accueillent des paroissiens de différentes origines. Avec des risques d’incompréhensions et des difficultés à décoder les codes des uns et des autres… Une problématique à laquelle travaille depuis longtemps le Défap, puisqu’il était impliqué dès l’origine du projet Mosaïc et que cette question des relations entre communautés de différentes origines au sein des Églises fait partie des réflexions de sa refondation… Mais les questionnements concernent en fait tous nos voisins européens. Pratiquement dans les mêmes termes. En témoigne la journée récemment organisée par l’Office Protestant de la Formation, chargé de former les pasteurs et les diacres des Églises réformées de Suisse romande. Avec des intervenants comme Karen Smith, dont le ministère d’aumônier à l’université d’Ifrane, au Maroc, est soutenu par le Défap ; ou encore Espoir Adadzi, envoyé de la Cevaa à Genève pour initier des rapprochements avec des communautés chrétiennes genevoises issues de la migration, et qui travaille notamment à un guide pour célébrer ensemble.

Détail de l’affiche de présentation de la journée de formation © DR

Qu’est-ce qui, dans une célébration religieuse, dans un culte, relève strictement du religieux… ou de la culture ? Où trouver des possibilités de rapprochements, de meilleure compréhension mutuelle, sans confondre différences théologiques et distance culturelle ? Le problème se pose de manière de plus en plus aiguë pour nombre d’Églises en Europe, confrontées à un double mouvement qui modifie leur composition en profondeur : d’une part, une sécularisation de plus en plus marquée des sociétés, qui peut aller dans certains cas jusqu’à des tentatives d’éradiquer toute référence au religieux de l’espace public ; et la mondialisation (ou globalisation) d’autre part, qui en favorisant les mouvements de populations, permet l’arrivée dans des paroisses parfois vieillissantes de nouveaux paroissiens, issus d’Églises proches sur le plan de la théologie et de la liturgie, mais éloignées par leur contexte…

Face à ces changements, les Églises locales se trouvent parfois démunies : la bonne volonté seule ne suffit pas pour faire Église ensemble. Les communautés locales peuvent aussi vivre ces évolutions avec un sentiment d’isolement, percevant mal ces mutations «à bas bruit», ainsi que les a qualifiées le sociologue Sébastien Fath, et ayant d’autant plus de difficultés à s’y adapter – surtout lorsque d’autres Églises se créent dans leur voisinage, très différentes dans leur manière de vivre leur foi, et qui, elles, sont en croissance.

«La globalisation nous invite à passer à une autre étape»

L’image de la mosaïque est particulièrement parlante ; elle a été largement reprise, ce qui illustre déjà en soi l’ampleur des questionnements qui traversent les Églises d’Europe. On la retrouve en France, mais aussi en Suisse ou en Italie. On peut penser bien sûr au projet Mosaïc, créé en France en 2006 pour favoriser la rencontre et la collaboration des chrétiens protestants de diverses cultures et origines : il a été mis en place au sein de la Fédération Protestante de France, à partir d’une réflexion lancée au sein du Défap et en partenariat avec la Cevaa. On retrouve cette même image dans le titre de la journée qui a été organisée le vendredi 15 novembre 2019 par l’Office Protestant de la Formation, chargé de former les pasteurs et les diacres des Églises réformées de Suisse romande. Il s’agit d’un service (dans la terminologie suisse, on parlera d’un «office») de la Conférence des Églises Réformées Romandes (la CER).

Les échanges et les ateliers se sont déroulés à la Chapelle des Charpentiers, à Morges, commune du canton de Vaud, au bord du lac Léman. Parmi les organismes impliqués dans la préparation de cette journée, on trouvait notamment la Faculté autonome de théologie protestante de Genève, ou encore DM-échange et mission, l’équivalent suisse du Défap. Et parmi les intervenants, à la fois des théologiens et des connaisseurs de la réalité du terrain, avec une place significative faite à des personnalités illustrant les activités du Défap ou de la Cevaa dans le domaine de l’interculturel… Aux côtés de Enrico Benedetto, professeur à la Faculté vaudoise de théologie, on trouvait ainsi Claudia Schulz, pasteure de l’UEPAL et référente Mosaïc dans l’Eurométropole de Strasbourg. Aux côtés d’Antoine Schluchter, pasteur de la Vallée, on trouvait Francis Muller, pasteur à Terre Nouvelle, à Mulhouse, qui s’occupe entre autres tous les vendredis, avec les bénévoles de l’Église protestante unie de France, d’une table ouverte pour des étudiants démunis de l’Université de Haute-Alsace, notamment des Kabyles. Était aussi invitée Karen Smith, aumônière de l’Université Ifrane, au Maroc, dont le poste est soutenu par le Défap, et qui vient régulièrement dans des paroisses françaises pour parler des relations interreligieuses dans le contexte marocain ; ainsi que le pasteur togolais Espoir Adadzi, envoyé de la Cevaa pour l’Église Protestante de Genève : présent en Suisse pour initier des rapprochements avec des communautés chrétiennes genevoises issues de la migration, il travaille notamment à un guide pour célébrer ensemble. Il a pu constater par exemple l’importance des codes, et notamment des codes culturels, dans les relations entre Églises : des codes qui doivent être décryptés sous peine de produire des malentendus. Il était présent à Morges ce 15 novembre avec Gabriel Amisi, responsable du ministère «Témoigner ensemble à Genève».

Un travail qui rejoint les réflexions lancées au sein du Défap, comme le soulignait en janvier dernier Jean-Luc Blanc dans Paroles Protestantes – Est-Montbéliard : «la globalisation nous invite à passer à une autre étape : construire une théologie et une Église interculturelles. Il ne s’agit plus seulement de développer une théologie africaine en Afrique, une théologie chinoise en Chine, mais une réflexion théologique commune, qui mette en synergie en les valorisant toutes ces théologies culturellement marquées. En France, en tous cas, c’est devenu une nécessité. Les Églises de notre pays sont amenées à faire de la place à des hommes et des femmes venant d’ailleurs, qui veulent à la fois garder leur culture d’origine tout en intégrant celle qui les accueille. Ils ne veulent abandonner ni l’une ni l’autre. Nombre de nos frères et sœurs, assis le dimanche sur les mêmes bancs d’Église que nous, partagent une double identité ecclésiale : celle de leur Église d’origine et celle de leur Église d’accueil.»




Haïti à l’heure du «Pays lock»




Les religions au Cameroun

Au Cameroun, les protestants ont fondé les premiers hôpitaux, les premières écoles, la première université… Mais dans un pays à la diversité fourmillante, à la vie religieuse aussi active que complexe, ils sont eux-mêmes partagés en de multiples Églises, que tente de fédérer le Cepca, le Conseil des Églises protestantes du Cameroun, l’un des principaux partenaires du Défap dans ce pays. Gros plan sur ce pays dans «Un livre, trois lectures», émission présentée par Valérie Thorin sur Fréquence Protestante, avec comme invitée spéciale Madeleine Mbouté, doyenne de la faculté de théologie protestante de Ndoungué.

Culte d’accueil de la dixième AG de la Cevaa à Douala, octobre 2018 © Cevaa

Les religions au Cameroun

Un livre, trois lectures du 3 novembre 2019.
Émission animée par Valérie Thorin sur Fréquence Protestante

 

Un livre, trois lectures : dans cette émission interreligieuse, Valérie Thorin fait dialoguer les trois religions du Livre. Un dialogue qui s’incarne à travers trois de leurs représentants : Florence Taubmann, pasteure au Service Protestant de Mission – Défap ; Saïd Haddioui, de la communauté musulmane Ahmadiyya ; et le rabbin Jonas Jacquelin, de la synagogue libérale de la rue Copernic.

Pour cette émission, diffusée le 3 novembre sur Fréquence Protestante (et d’où, exceptionnellement, Saïd Haddioui était absent), il était question du Cameroun. Avec une invitée d’honneur : Madeleine Mbouté, doyenne de la faculté de théologie protestante de Ndoungué. Elle est notamment revenue sur l’histoire de l’arrivée du christianisme dans ce pays où les religions sont très présentes dans la société, et sur les relations qu’elles entretiennent.

Un pays où la vie religieuse est très active

Les missions protestantes se sont succédé dans ce pays du XIXème au XXème siècle, venues des États-Unis, des divers pays d’Europe – ce qui inclut la SMEP, la Société des Missions Évangéliques de Paris, l’ancêtre du Défap. Les protestants ont construit les premières écoles, les premiers hôpitaux, la première université : l’Université protestante d’Afrique centrale (l’Upac), à Yaoundé. S’ils ne sont plus majoritaires, les protestants représentent encore aujourd’hui 26% de la population, le catholicisme étant à 40%, et l’islam à 20%. Les communautés protestantes les plus représentées sont les évangéliques, les baptistes, les presbytériens et les luthériens.

Dans ce pays où la vie religieuse est très active et très présente dans l’espace public, le Conseil des Églises protestantes du Cameroun (le Cepca) représente onze Églises luthériennes, réformées, baptistes et anglicanes. Anciennement nommé Fédération des Églises et Missions évangéliques du Cameroun (Femec), il est l’un des principaux partenaires du Défap dans le pays. Il représente, à travers ses diverses Églises membres, plus de 9 millions de fidèles, 10.000 temples (paroisses et lieux de cultes), environ 15.000 pasteurs, évangélistes et catéchistes ; ainsi que plus de 400 structures hospitalières (40% des hôpitaux camerounais sont des structures confessionnelles), et près de 1600 écoles.




Nouvelles d’Haïti en crise

Depuis deux mois, les manifestations se succèdent à Port-au-Prince et dans les principales villes du pays, envahies par les barrages, minées par l’insécurité et en proie aux pénuries – nouvel épisode du mouvement de contestation qui réclame depuis plus d’un an le départ du président Jovenel Moïse. Le Défap, en lien avec ses partenaires de la Plateforme Haïti, suit de près l’évolution de la situation.

Une rue de Port-au-Prince, novembre 2019 © DR

Une Église envahie par des manifestants en plein culte : c’est la scène qui s’est produite, ce samedi 2 novembre, à Carrefour Poy, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti. Des protestataires réclamant la démission du président de la République Jovenel Moïse ont investi l’Église Adventiste Éphèse d’Arcahaie. Si, aux dernières nouvelles, l’incident n’a pas fait de blessés, il témoigne du degré de tension que connaît aujourd’hui l’ensemble de la société haïtienne, au deuxième mois d’un nouveau pic de mobilisation contre le président haïtien.

Haïti, l’un des pays les plus pauvres de l’hémisphère occidental, a toujours du mal à se remettre du séisme d’une magnitude de 7,0 qui a tué plus de 100.000 personnes et laissé environ deux millions d’Haïtiens sans toit en 2010. À la suite de cette catastrophe, une épidémie de choléra – malencontreusement propagée par des casques bleus de l’ONU justement envoyés pour aider la population – a tué environ 10.000 personnes. Depuis lors, Haïti a connu des tempêtes et des inondations tragiques : en 2016, l’ouragan Matthew a détruit 90% des bâtiments situés le long de la côte sud du pays et causé des dommages matériels évalués à 1,9 milliard de dollars. La société haïtienne est tout aussi sinistrée : le taux de chômage est supérieur à 70%, avec un taux d’inflation de 19%, et plus de la moitié des 11 millions d’habitants vivent avec moins de 2,41 dollars par jour.

Le déclencheur de la contestation : l’affaire Petrocaribe

Mais outre la dégradation des conditions de vie, le mauvais état des infrastructures, la mauvaise qualité des services publics et la corruption, une grave crise politique et institutionnelle est venue aggraver les maux de la société haïtienne. Depuis plus d’un an, l’opposition politique réclame la démission de Jovenel Moïse. Les protestations, lancées à l’origine pour dénoncer une hausse du prix du carburant, se sont intensifiées avec la diffusion d’un rapport selon lequel quelque 2,3 milliards de dollars liés à un accord avec Petrocaribe, une alliance pétrolière permettant à certains pays des Caraïbes d’acheter du pétrole du Venezuela en bénéficiant de paiements différés, avaient disparu. L’argent économisé devait servir à financer des programmes sociaux et d’équipement dont la société haïtienne a cruellement besoin. Cependant, peu d’améliorations ont été apportées et le rapport a mis en évidence des détournements de fonds.

Les épisodes de mobilisation se succèdent depuis des mois, entrecoupés de périodes où la tension se transforme en insécurité globale. Au cours de la vague de manifestations qui a repris depuis deux mois, les universitaires, les ouvriers du textile, les artistes, le secteur médical sont tour à tour descendus dans la rue. Après des séries de manifestations massives, qui ont paralysé les principales villes du pays, les protestations ont dégénéré en une tension généralisée qui a vu des barrages s’ériger en plein coeur de Port-au-Prince, des entreprises attaquées et incendiées. Le Nouvelliste, l’un des quotidiens de référence dans le pays, écrit ainsi : «Port-au-Prince ressemble à un champ de ruines. Les activités normales sont paralysées ou fortement perturbées dans la capitale haïtienne et dans les principales villes de province depuis deux mois. Il ne se passe un jour sans qu’il n’y ait des mouvements de protestation, le plus souvent violents, exigeant la démission du président de la République.»

Les pénuries de carburant ont provoqué des émeutes et ont entraîné une interruption de l’approvisionnement en eau, tandis que les populations ont du mal à trouver du carburant pour leurs générateurs, leurs cuisinières et leurs véhicules. Les manifestants ont aussi obligé nombre d’écoles à fermer. Des barrages routiers et des affrontements entre protestataires et forces de l’ordre ont bloqué des voies d’approvisionnement stratégiques entre Haïti et la République dominicaine voisine, qui a renforcé la sécurité à sa frontière. De nombreuses routes autour de la capitale haïtienne sont devenues impraticables. Les hôpitaux et tout le secteur de la santé pâtissent tout particulièrement des pénuries. Les programmes internationaux d’aide également…

L’aide internationale bloquée

Actuellement, 2,6 millions d’Haïtiens ont besoin d’une aide alimentaire. Le coordonnateur humanitaire de l’ONU en Haïti a évoqué récemment le sort de centaines de milliers de familles auxquelles les organisations humanitaires n’ont plus accès du fait des troubles. Il a notamment parlé de dix-neuf mille enfants souffrant de malnutrition dont les cas nécessiteraient des soins d’urgence. Alors que l’opposition haïtienne s’active pour fournir les noms de possibles candidats au poste de chef de l’État, les États-Unis appellent à un dialogue entre tous les acteurs et à la formation d’un gouvernement comme solution à la crise, et le sous-secrétaire d’État adjoint au Département d’État américain pour l’hémisphère occidental, Jon Piechowski, en a fait un préalable pour toute aide alimentaire – alors qu’une telle aide avait précisément été sollicitée par le président Jovenel Moïse.

L’appel de Religions pour la Paix Haïti © DR

La plateforme Religions pour La Paix Haïti, antenne régionale de Religions for Peace, conférence mondiale de représentants des religions dédiée à la promotion de la paix, a été sollicitée ces dernières semaines par le chef de l’État pour servir de médiateur, mais a refusé d’endosser ce rôle. Toutefois, dans un communiqué daté du 4 novembre, elle invite les protagonistes de la société civile à encourager un dialogue inclusif, en vue d’un dénouement pacifique de la crise actuelle.

Le Défap, en lien notamment avec ses partenaires de la Plateforme Haïti, suit de près l’évolution de la situation. Le Défap se tient notamment en contact régulier avec la Mission Biblique, qui développe sur place des projets sociaux, d’enseignement et de santé en partenariat avec l’UEBH (l’Union Évangélique Baptiste d’Haïti), ainsi qu’avec la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (la FEPH), qui grâce à son réseau de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation 300.000 enfants.

Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




Hope 360 : de partout vers… Bafia

J-1 pour l’événement solidaire HOPE & GO 360, qui se déroule ces 19-20 octobre à Valence. Pendant que les bénévoles sont à pied d’œuvre pour les derniers préparatifs, les membres de la vingtaine d’associations et acteurs de la solidarité internationale qui participent à l’événement mobilisent leurs équipes et se rendent sur place. C’est le cas du Défap, dont une bonne partie des permanents seront présents à la fois lors de la course, et sur le stand qui accueillera, à l’occasion de GO 360, tous les jeunes intéressés par l’envoi en mission et les dispositifs d’engagement à l’étranger. Et autour du projet porté par le Défap, la réhabilitation de l’hôpital de Bafia, les bonnes volontés se multiplient : en France, mais aussi au Cameroun, où l’on va courir aussi pour l’hôpital ; et même à Madagascar…

L’hôpital de Bafia, géré par l’EPC : une structure hospitalière, mais aussi un témoignage de l’EPC au sein de la société camerounaise © Défap

HOPE & GO 360, le grand-rendez-vous de ce week-end des 19-20 octobre mis sur pied par le collectif Asah, c’est deux événements en un : le premier, largement ouvert au public, est une course solidaire (HOPE 360). Il s’agit de courir pour récolter des fonds et susciter les engagements en faveur d’un projet que l’on veut promouvoir. Une vingtaine d’associations et organisations de solidarité internationale sont inscrites et portent des projets aussi divers que l’accès à l’éducation, aux soins, l’accompagnement de victimes d’abus… Les coureurs, en s’inscrivant, choisissent le projet qu’ils comptent promouvoir. Tous vont se retrouver dès ce samedi 19 octobre au parc de l’Épervière, à Valence, pour une journée à la fois sportive (un peu…), conviviale (surtout !), marquée par une série de courses organisées sur deux parcours (1,7 km et 6,8 km), avec possibilité de courir, marcher, faire du vélo ou… d’utiliser tout autre moyen de transport à roues non motorisé. La seule limite étant, pour cette dernière course, l’imagination des participants… Quant au deuxième événement, GO 360, qui suit directement HOPE 360 et durera jusqu’au dimanche, c’est une occasion de rencontre entre des jeunes intéressés par l’engagement, la mission à l’étranger, mais qui cherchent encore des pistes pour concrétiser. Les associations présentes lors de ce week-end animeront des stands d’information, avec des événements spéciaux et des rencontres.

Plan pour se rendre au parc de l’Épervière © Hope 360

Donner, courir, marcher… en France, au Cameroun ou à Madagascar…

Le Défap est présent aux deux : à la fois HOPE 360 (pour lequel l’équipe est largement mobilisée) et GO 360 (vous êtes donc cordialement invités à venir voir le stand du Défap !). Et pour cette première participation à cette première édition de cet événement solidaire «deux en un», le Défap porte comme projet la réhabilitation de l’hôpital de Bafia, et le soutien à son médecin-chef, le docteur Célin Nzambé. Avec une spécificité : ce samedi, au moment même où les coureurs s’élanceront sur les parcours du parc de l’Épervière, d’autres seront engagés aussi dans une course au Cameroun pour soutenir le même hôpital. Et de même qu’une cagnotte a été lancée en France pour Bafia, au Cameroun aussi on donne pour l’hôpital : une collecte spéciale a été organisée (500 CFA sont demandés par coureur) pour aider à réparer un lit d’accouchement, adapter un brancard pour sortie des malades et acheter un pèse-bébé. Quelques euros investis peuvent faire beaucoup sur place ! Voici quelques exemples :

  • un accouchement coûte 11 500 francs CFA (6 500 pour l’acte médical + 5 000 pour le matériel), soit un total de 17,50 euros
  • une opération : 60 000 CFA pour une hernie (91 euros), 120 000 pour une césarienne (182,30 euros)
  • une table d’accouchement : 320 000 CFA (486 euros)
  • une table d’examen : 150 000 CFA (228 euros)
  • un tensiomètre électrique : 30 000 CFA (45,50 euros)
  • un déambulateur : 25 000 CFA (38 euros)
  • un doppler fœtal (pour écouter le cœur du bébé) : 120 000 CFA (182,30 euros)

Cette course au Cameroun verra notamment la participation d’Amandine Drouaillet, actuellement envoyée du Défap sur place, pour assister l’équipe du docteur Célin Nzambé. Aurélie Chomel, qui l’avait précédée, pourra de son côté témoigner de son expérience à Valence, sur le stand du Défap. Elle aura l’appui de Patricia Champelovier, également infirmière, qui a elle aussi fait le voyage à Bafia pour soutenir le projet, et qui est en outre présidente du conseil presbytéral de Saint-Péray au sein de l’Ensemble Valence-Deux-Rives. Ci-dessous, vous pouvez retrouver un témoignage d’Aurélie lors de sa mission à Bafia, où elle a appuyé l’équipe du docteur Célin Nzambé :

Et comme l’engagement pour Bafia fait boule de neige, à Madagascar aussi, ce sera non pas une course, mais une marche qui va être organisée par le pasteur Raymond Rakotoarisoa pour soutenir le projet porté par le Défap à Valence. Il s’occupe actuellement d’une paroisse de la FJKM située à une vingtaine de kilomètres de la ville d’Antsirabe, après avoir été pendant des années en poste à Faratsiho, dans la partie centrale de la région de Vakinankaratra, sur les plateaux. Il avait déjà participé avec la pasteure Tünde Lamboley, du Défap, à un échange avec la région Centre-Alpes-Rhône de l’Église protestante unie de France, qui s’était traduit par un voyage de Français à Madagascar en 2014, et un voyage retour de Malgaches en France en 2016. La FJKM, dont il fait partie (Fiangonan’i Jesoa Kristy eto Madagasikara, l’Église de Jésus-Christ à Madagascar en malgache) est l’une des deux Églises partenaires du Défap dans ce pays avec la FLM (luthériens). Elle est née en 1968 de l’union de trois Églises protestantes malgaches historiques, à savoir celle issue de la Société missionnaire de Londres, celle issue de la Société des missions évangéliques de Paris (ancêtre du Défap), la troisième provenant de la Société des Missions étrangères des Amis (aujourd’hui Paix et témoignage social quaker). Plus grande Église chrétienne du pays, elle compte environ 11 millions de membres. La FLM, pour sa part (l’Église luthérienne malgache, en malgache Fiangonana Loterana Malagasy), était née née dès 1950 de la fusion des sociétés missionnaires luthériennes présentes dans l’île.

Une Église de la FJKM à Tananarive (FJKM Andravoahangy Fivavahana) © DR

Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, et tous les dons peuvent sauver des vies ! Car avant de soigner les malades de Bafia, il faut soigner l’hôpital. C’est ce que vous pouvez faire en soutenant le travail entrepris par le docteur Célin Nzambé. Dans la vidéo que vous pouvez voir ci-dessous, il explique dans quelles conditions il intervient, au cours d’un entretien réalisé durant l’été 2018 par Jean-Marc Bolle, qui s’est rendu sur place.

Et vous, le 19 octobre, vous joindrez-vous à l’aventure ?




«Vers une nouvelle économie de la mission»

Le colloque « Vers une nouvelle économie de la mission » qui s’est tenu le 11 octobre 2019 au Défap a permis en premier lieu d’exprimer les diverses conceptions de la mission, et les diverses attentes vis-à-vis du Défap. Il a permis d’ouvrir des pistes de réflexion, de souligner les besoins de clarification… et il a donné lieu à la publication de deux livrets, « Paroles aux Églises » et « Actes du colloque », que vous pouvez retrouver ici, soit en téléchargement et en pdf, soit pour les commander gratuitement sous forme reliée auprès du Défap.

Basile Zouma, secrétaire général du Défap, introduisant la journée © Défap

 

Pour télécharger les cahiers en pdf :

« Vers une nouvelle économie de la mission – Parole aux Églises »
« Vers une nouvelle économie de la mission – Actes du colloque »

Pour commander auprès du Défap :

Bon de commande

Pour lire ces deux cahiers en ligne sur Calaméo :

Colloque volume 1

Colloque volume 2

Une étape clé : c’est ainsi qu’a souvent été vécu et décrit par ses participants le colloque du Défap, organisé le vendredi 11 octobre 2019 au 102 boulevard Arago. «J’ai eu le sentiment de vivre un moment exceptionnel : j’ai vu trois présidents d’Église réunis», témoignait ainsi dès le lendemain en Conseil du Défap Christine Villard, de l’Église protestante unie de France, référente régionale Mission-Défap en PACCA. «J’ai entendu parler de mutualisation de moyens en matière d’international… Un autre mot important qui est ressorti, c’est celui de la complexité ; et il faut accepter que cette complexité, on ne la maîtrise pas.» Au cours de cette même réunion, Thomas Wild, de l’UEPAL, évoquait pour sa part un événement «très riche» dans lequel «les directions d’Église se sont impliquées». Quant à Joël Dautheville, président du Défap, il faisait part de son «sentiment qu’on a réussi à franchir un cap, qui de mon point de vue n’était pas évident». Et d’ajouter : «Je nous invite maintenant à prendre cette dynamique refondatrice, précisément comme une dynamique : c’est un élan…»

Ce colloque, intitulé : «Vers une nouvelle économie de la mission», avait d’abord pour but de permettre l’expression en un même temps et dans un même lieu des diverses conceptions de la mission, et des diverses attentes vis-à-vis du Défap, qui existent aujourd’hui au sein des trois Églises fondatrices : l’EPUdF (Église protestante unie de France), l’UEPAL (Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine) et l’Unepref (Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France). Il réunissait environ 80 participants. Il devait être suivi quelques mois plus tard, à Sète, d’un forum plus large, auquel il devait fournir de la matière et des éléments de réflexion – mais le contexte sanitaire a finalement contraint à changer de format, ce qui a donné naissance à la série de webinaires « Les Ateliers de la mission ».

D’où une journée dense, entre plénières et travaux en ateliers, entre table ronde avec les présidents des trois Églises constitutives du Défap et intervention d’un sociologue, Frédéric de Coninck, sur le thème : «Si proches et si loin les uns des autres – Quel défi pour la mission dans nos sociétés éclatées ?»… Le tout conclu par un retour sur les travaux de la journée par Frédéric Rognon, professeur de philosophie des religions à la Faculté de Théologie Protestante à l’Université de Strasbourg.

«Mission», «évangélisation», «témoignage»

Florence Taubmann, du service Animation – France du Défap, lors de la table ronde avec les trois présidents des Églises fondatrices © Défap

 

Outre les cahiers désormais disponibles, il reste de cette rencontre à la fois des images, des questionnements et des pistes de travail. L’image, tout d’abord, de Florence Taubmann, qui lors du temps d’aumônerie de la matinée a voulu placer les échanges de la journée sous le thème de la joie : «C’est joie que cette parole (…) Joie frémissante, fragile et imprenable. Joie mystérieusement inextinguible, qui résiste au mal et au malheur, au doute et aux échecs. Joie qui se chante ! (…) Notre mission frères et sœurs, c’est vraiment d’accueillir cette joie ; de vivre, porter, partager, cette joie.» Autre image, celle des deux présidents et de la présidente des trois Églises fondatrices siégeant côte à côte, à la même tribune, devant les participants du colloque, et évoquant tour à tour ce que signifiaient pour eux les mots de  «mission», «évangélisation», «témoignage», ou encore «institution». Ainsi pour Emmanuelle Seyboldt, présidente de l’EPUdF, «la mission, c’est James Bond (…) quelque chose de risqué, qui exige un fort investissement de la personne». Christian Albecker, président de l’UEPAL, a évoqué pour sa part son expérience à la tête de la mission intérieure de Strasbourg. Quant à Jean-Raymond Stauffacher, président de l’Unepref, il a souligné : «la mission est génétique pour moi», en se référent à sa famille marquée par «quatre générations de missionnaires».

Mais au-delà des Églises fondatrices avaient aussi été invités divers partenaires du Défap ; c’était le cas d’Étienne Roulet, alors président du Conseil de DM-échange et mission, qui au cours des échanges du matin avait évoqué les similitudes entre la dynamique de refondation lancée au sein du Défap, et la mue amorcée avec deux années d’avance au sein de DM, l’équivalent du Service protestant de mission pour la Suisse romande : «Nous avons eu un synode missionnaire qui a voté ce changement avec comme maître mot celui de réciprocité : mettre en lien les Églises d’ici et de là-bas pour qu’elles puissent s’entraider dans la mission, chacune sur son territoire».

Intervention de Frédéric de Coninck © Défap

 

Au chapitre des questionnements et des pistes de travail, Frédéric de Coninck a pointé les défis actuels que pose à la mission une société où «le loin est devenu proche», fait universellement admis aujourd’hui, mais où parallèlement «le proche est devenu loin», ce qui crée des difficultés et des tensions face auxquelles les outils d’adaptation manquent encore. Tout au long de sa carrière, cet ingénieur de formation, et sociologue, a su concilier sa carrière de chercheur, qui l’a amenée entre autres à travailler au sein du Laboratoire Ville Mobilité Transport (Université Paris-Est) sur toutes les problématiques de la Ville Durable… et son appartenance à une Église mennonite de région parisienne. Il se définit ainsi lui-même comme une «personne frontière», un possible point de passage ou relais d’information entre des sphères qui ne communiquent pas naturellement ; or ce sont précisément de telles «personnes frontières» qui, dès les premiers temps d’expansion du christianisme, ont su participer à sa diffusion dans les diverses sociétés méditerranéennes… À l’heure où l’on parle facilement de «mondialisation», les échos lointains de cette déjà ancienne «méditerranéisation» pourraient-ils apporter des outils pour s’adapter ?

Concluant la journée à l’issue des travaux en ateliers et des premiers retours des divers groupes, Frédéric Rognon a tenu à poser quelques jalons : «Le Défap a décidé de s’engager dans un processus de refondation et la journée d’aujourd’hui est un jalon sur cette route. Il a été demandé à plusieurs reprise de clarifier ce processus. Donc précisons : la refondation, ce n’est pas l’aggiornamento du type Vatican 2 ; ce n’est pas la tabula rasa ; ce n’est pas la restauration réactionnaire.» Mais s’il s’est refusé à fournir «une synthèse qui lierait la gerbe de manière prématurée», il a tout de même laissé aux participants quelques «biscuits». Tout d’abord, dans cette dynamique de refondation, il a souligné «la nécessité de tenir conjointement et fermement les deux pôles réalisme et utopie», de «ne verser ni dans la stricte gestion des flux, ni dans le rêve désincarné». Ensuite, se référant à Jacques Ellul, il a invité à poursuivre la route armé d’un «pessimisme rempli d’espérance». Paradoxalement, le «temps de la déréliction», ce terme par lequel Ellul désignait notre époque marquée par «la perte des repères spirituels», c’est aussi le temps approprié à l’espérance…




Dernière ligne droite…




La sauvegarde de la création au cœur des Synodes régionaux de l’EPUdF

Le mois de novembre va être marqué par les synodes régionaux de l’Église protestante unie de France, l’une des trois unions d’Églises dont le Défap est le service missionnaire. Avec comme thème : «Écologie : quelle(s) conversion(s) ?», qui sera au centre du synode national en 2020. Cette question de l’écologie et de la sauvegarde de la création fait pleinement partie des préoccupations du Défap : elle figure dans son programme de travail, se retrouve à travers divers projets ou partenariats, ainsi que dans les thématiques de ses forums régionaux.

Peinture réalisée lors du forum de Condé-sur-Noireau, organisé en partenariat avec le Défap (septembre 2019) © Défap

 

Les questions de justice climatique peuvent s’envisager de deux manières. Sur un plan juridique : les procès liés à la dégradation globale de l’environnement se sont multipliés au cours des dernières années. Depuis 2006, on compte plus de 1300 plaintes relatives au climat, déposées dans une trentaine de pays. Ces plaintes visant le plus souvent des gouvernements, ou parfois de grandes entreprises, ont surtout un effet d’interpellation. Mais la justice climatique a aussi un versant théologique, dont se saisissent de plus en plus les Églises, dans une démarche de plus en plus large, œcuménique… et militante. En témoigne une manifestation chrétienne internationale en faveur du climat qui se tient chaque année depuis plus de 10 ans : le «Temps pour la Création», traditionnellement organisé entre début septembre et début octobre – plus précisément entre le 1er septembre (début de l’année liturgique orthodoxe) et le 4 octobre (Saint François d’Assise, le saint patron des animaux et de l’environnement dans la tradition catholique), en passant par la fête des récoltes (parfois célébrée en milieu protestant)… Ce rendez-vous a été initié en Europe en 2007 ; en 2019, il a reçu un nouveau nom, celui de «Saison de la Création». Une appellation choisie de manière œcuménique au niveau international parmi l’ensemble des institutions chrétiennes.

Dans ces plaidoyers de chrétiens en faveur de la création, l’implication du Conseil œcuménique des Églises est particulièrement révélatrice : dès les années 1970, le COE a contribué à l’élaboration du concept de communautés durables. Depuis l’adoption, en 1992, de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, il est présent à toutes les conférences de l’ONU sur le climat – les fameuses «Conférence des parties» ou COP. L’implication d’Églises de toutes tendances dans ces rounds réguliers de négociations a commencé à recueillir un fort écho international à partir de 2013 et de la COP 19, qui se tenait à Varsovie. Au premier jour de la conférence, Yeb Saño, délégué des Philippines, annonçait qu’il ne mangerait plus durant toute la durée de la conférence, en solidarité avec son peuple victime du typhon Haiyan. Une initiative isolée qui, contre toute attente, devait se transformer en mouvement de fond : car 27 organisations religieuses, dont les délégués étaient rassemblés à Varsovie, avaient alors appelé à poursuivre le jeûne. De là était né l’appel de la Fédération Luthérienne Mondiale à une journée de jeûne par mois pour la justice climatique, jusqu’à la tenue, l’année suivante, de la COP 20 de Lima. En 2014, le nouveau round de négociations était précédé en septembre à New York par un Sommet sur le Climat voulu par Ban Ki-moon, alors secrétaire général des Nations Unies ; et parallèlement à cette réunion avait lieu dans la même ville un Sommet interreligieux sur les changements climatiques, organisé par le Conseil œcuménique des Églises et Religions pour la paix. En 2015, la COP 21, réunie au Bourget, près de Paris, voyait une multiplication d’initiatives communes entre protestants et catholiques avec notamment divers «pèlerinages climatiques» ; les initiatives catholiques étaient alors stimulées par la parution, au cours du mois de juin de la même année, de l’Encyclique du Pape François sur l’écologie humaine.

En France aussi…

Au niveau international, les initiatives sont donc nombreuses. Au niveau français aussi, les Églises s’engagent. Depuis 2015, la Fédération Protestante de France a mis en place une démarche de plaidoyer et a créé une commission Écologie et Justice climatique. Elle est aujourd’hui présidée par Martin Kopp, qui était présent à Varsovie lors de la COP 19 et a travaillé comme chargé de plaidoyer pour la Fédération luthérienne mondiale. Le Défi Michée porte quant à lui des appels très concrets liant écologie et justice sociale. On peut citer encore le mouvement Chrétiens unis pour la terre, qui a co-organisé les Assises chrétiennes de l’écologie à Saint-Étienne, ou la démarche initiée par le label «Église verte». Pour 2020, l’Église protestante unie a inscrit à son prochain synode national le thème de l’écologie. Dans cette optique, les Églises locales et paroisses ont été invitées à travailler sur le thème : «Écologie : quelle(s) conversion(s) ?», qui se retrouve désormais au centre des synodes régionaux qui vont se tenir tout au long du mois de novembre dans chacune des neuf régions de l’EPUdF. Des réunions auxquelles le Défap sera représenté, comme chaque année…

L’accueil du site egliseverte.org

 

Ce qui pose la question : et la mission dans tout ça ? On ne peut tout simplement pas imaginer l’annonce de l’Évangile déconnectée des motifs d’inquiétude et de souffrance de l’humanité. Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie dans l’espace protestant francophone, avait d’ailleurs consacré fin 2014 un numéro entier aux défis de l’écologie (PM n°69 : «Héritiers et témoins d’une terre promise»). Christian Bonnet, qui venait alors tout juste d’achever son mandat de secrétaire général du Défap, y écrivait dans l’éditorial : «La mission consiste à annoncer aux humains une bonne nouvelle qui les rejoint dans leurs préoccupations. À l’époque d’Esaïe, l’inquiétude porte sur la menace que font peser les grands empires colonialistes sur les États voisins. À l’époque de Paul, les fractures sociales au sein de l’Empire romain amènent les chrétiens à mettre en avant l’idée d’une humanité réconciliée par Jésus-Christ. Au 16e siècle, à la suite des grandes épidémies de peste, les gens s’interrogent avec angoisse sur une vie possible au-delà de la mort terrestre: l’annonce du salut met alors en avant l’idée de résurrection et de vie éternelle. Et pour aujourd’hui, où notre inquiétude porte sur la préservation de notre cadre de vie, où notre souci est de léguer une terre habitable à nos enfants, quelle pourrait être la bonne nouvelle qui serait pour tous les peuples le sujet d’une grande joie ?»

Au Défap aussi, la préoccupation de la sauvegarde de l’environnement est donc bien présente. Elle fait partie intégrante du programme de travail établi depuis 2015, et se retrouve à travers un certain nombre de projets : c’est le cas du soutien apporté à l’association Abel Granier, qui intervient en Tunisie sur les problématiques de désertification. C’est le cas du partenariat établi avec l’ALCESDAM, Association pour la Lutte Contre l’Érosion, la Sécheresse et la Désertification au Maroc, qui depuis trente ans intervient dans les zones de palmeraies de la province de Tata. Le Défap a aussi régulièrement des envoyés au sein du projet Beer Shéba à Fatick, au Sénégal, centré sur l’agro-foresterie durable. Il est l’un des membres fondateurs du Secaar (Service chrétien d’appui à l’animation rurale), un réseau de dix-neuf Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, présent dans une douzaine de pays, qui met en avant parmi ses principaux axes de travail l’agroécologie et le respect de l’environnement, en lien avec les droits humains.

Retrouvez ci-dessous quelques témoignages en vidéo illustrant la diversité des actions et des partenariats du Secaar :

Cette préoccupation globale trouve enfin des traductions locales dans les rencontres régionales sur la mission. C’était déjà le cas lors du «mini-forum» du Défap en région CAR, organisé en octobre 2018 avec le réseau Bible et création. Pratiquement un an plus tard, les questions liées à l’environnement et à la sauvegarde de la création se sont retrouvées au centre du forum organisé à Condé-sur-Noireau pour la région Normandie, et qui tournait autour d’un thème directement inspiré d’une citation de Gandhi : «Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre».




Couloirs humanitaires : à Roissy, l’espoir d’un accueil

L’arrivée de réfugiés syriens et irakiens à l’aéroport de Roissy, le soir du jeudi 3 octobre, était doublement symbolique : non seulement parce qu’avec ce dix-neuvième accueil organisé dans le cadre des couloirs humanitaires, on approche des 400 personnes accueillies en France grâce à ce dispositif ; mais aussi parce que cette arrivée coïncidait avec le sixième anniversaire du naufrage de Lampedusa, une catastrophe qui avait vu la mort de 366 migrants.

Arrivée à Paris de familles syriennes et irakiennes, 3 octobre 2019 © Communauté de Sant’Egidio

 

Le 3 octobre 2013, une embarcation provenant de Libye et transportant environ 500 migrants, principalement des Somaliens et des Érythréens, faisait naufrage près de Lampedusa, à proximité de la Sicile. La catastrophe provoquait 366 morts, faisant de ce naufrage la deuxième plus grande tragédie en Méditerranée depuis le début du XXIème siècle. Seules cent 55 personnes avaient pu être secourues. «C’est un drame européen, pas seulement italien», déclarait alors le ministre italien de l’Intérieur de l’époque, Angelino Alfano. Trois semaines plus tard, le Conseil européen se prononçait en faveur du renforcement du rôle de Frontex, l’agence de surveillance des frontières extérieures de l’Europe, et annonçait la mise en place d’une «task force pour la Méditerranée» pour éviter de nouveaux drames.

Six ans plus tard, la situation ne s’est pas améliorée, bien au contraire. Au moment du drame de Lampedusa, les organisations internationales estimaient à 20 000 le nombre de victimes de l’émigration vers l’Europe en vingt ans. Aujourd’hui, c’est plus de 34 000. Un scandale d’une telle ampleur qu’en juin 2018, l’ONG néerlandaise United for intercultural action a publié les noms des 34 361 migrants morts en Méditerranée à cette date, une liste reprise par trois grands quotidiens européens : The Guardian au Royaume-Uni, Der Tagesspiegel en Allemagne et Il Manifesto en Italie. Sans réussir à inverser la tendance : en 2018, plus de 2 260 migrants ont trouvé la mort en tentant de traverser la mer. Et pourtant, des motifs d’espérer existent.

Près de 400 personnes accueillies en France

Car le jour anniversaire du naufrage de Lampedusa, ce 3 octobre 2019, un groupe de réfugiés syriens et irakiens a été accueilli en soirée à l’aéroport de Roissy. Ils faisaient partie du 19ème voyage organisé depuis le Liban dans le cadre des couloirs humanitaires. Désormais, on approche des 400 personnes accueillies en France par le biais de ce dispositif qui engage les collectifs de la Fédération protestante de France, de la Fédération de l’Entraide protestante, de la Conférence des évêques de France et du Secours catholique – Caritas France.

Ce programme est directement inspiré d’un exemple italien associant la Fédération des Églises évangéliques italiennes et la communauté catholique de Sant’Egidio. Il a pour objectif l’accueil de personnes vulnérables se trouvant dans les camps au Liban, indépendamment de leur appartenance religieuse ou ethnique. Il est régi par un protocole d’entente signé à l’Élysée et qui associe les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères à cinq partenaires issus du milieu des Églises. Ces personnes sont accueillies légalement dans le réseau de la FEP et de ses partenaires locaux, et n’arrivent en France qu’une fois assuré leur accueil dans de bonnes conditions par un collectif d’accueil local. Des collectifs et des hébergements pour lesquels se sont mobilisés nombre de bénévoles issus de l’Église protestante unie de France (EPUdF) ou de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine (UEPAL), deux des unions d’Églises constitutives du Défap. À Beyrouth même, une envoyée du Défap, Soledad André, a participé à l’organisation des couloirs humanitaires en tant que chargée de mission de la FEP.

Ci-dessous, Isabelle Yard, présidente du collectif d’accueil de Combas, témoigne de son engagement en tant qu’hébergeur :

 

«C’est dans ces moments où il semble le plus difficile d’accueillir, que les promoteurs des corridors humanitaires en France (…) ont vu au contraire se développer la solidarité, grâce à la générosité de nombreux Français, avec un engagement volontaire et gratuit», souligne la communauté de Sant’Egidio, qui a publié les photos de cette dix-neuvième arrivée à Roissy. Une situation qui, au-delà de l’Italie et de la France, interroge toutes les Églises européennes, dont beaucoup ont commencé à s’engager en faveur d’un accueil plus humain des réfugiés. En France, la FEP et les associations partenaires du projet ont publié récemment une première étude sur les familles arrivées en France depuis juillet 2017.