Aéroport de Roissy, 26 février : 24 réfugiés syriens en provenance du Liban arrivent via les «couloirs humanitaires», dont 11 enfants. Ils sont aussitôt pris en charge pour être hébergés. Cette arrivée, la dernière en date, est le résultat d’une coordination entre Paris et Beyrouth : elle implique le travail au Liban d’associations chargées de préparer les dossiers et d’accompagner les familles avant leur départ, mais aussi la mobilisation en France de nombreux bénévoles pour les accueillir.

Départ de Beyrouth de sept familles syriennes, 26 février 2019 (Soledad André, envoyée du Défap, est la deuxième à droite) © Communauté de Sant’Egidio

 

Sept familles, soit en tout 24 personnes, dont 11 enfants. Ce petit groupe de réfugiés syriens est arrivé à Paris au cours de la journée du 26 février, accueilli à Roissy par un comité de représentants des associations impliquées dans le programme des «couloirs humanitaires». Auparavant, ces familles avaient été accompagnées jusqu’à l’aéroport de Beyrouth par les équipes chargées de la constitution de leur dossier auprès de l’ambassade de France – parmi lesquelles figure Soledad André, envoyée du Défap et chargée de mission pour la Fédération de l’Entraide Protestante (FEP). Désormais, ces réfugiés vont être pris en charge en France par des bénévoles qui vont s’occuper de leur accueil et de leur hébergement.

L’arrivée de ces sept familles est la dernière en date dans le cadre du programme des «couloirs humanitaires», directement inspiré d’un exemple italien associant la Fédération des Églises évangéliques italiennes et la communauté catholique de Sant’Egidio. Il a pour objectif l’accueil, sur 18 mois, de 500 personnes vulnérables se trouvant actuellement dans les camps au Liban, indépendamment de leur appartenance religieuse ou ethnique. Il est régi par un protocole d’entente signé à l’Élysée et qui associe les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères à cinq partenaires issus du milieu des Églises : la Fédération protestante de France, la Fédération de l’Entraide protestante, la Conférence des évêques de France et le Secours catholique – Caritas France. Une alternative légale aux «voyages de la mort» à travers la Méditerranée…

La FEP recherche des solutions d’hébergement

Pour aller plus loin :

L’Église Protestante Unie de France (EPUdF) et l’UEPAL (Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine) ont incité leurs paroisses à accueillir ces réfugiés sitôt après leur arrivée en France. La Fédération de l’Entraide Protestante coordonne leur accueil et leur accompagnement au sein des foyers et paroisses protestants. Elle a d’ailleurs relancé récemment un appel : la FEP recherche des solutions d’hébergement partout en France pour des capacités d’accueil variables (de 1 à 10 personnes : couples avec des enfants, familles nombreuses, etc.), et répondant aux critères suivants :

  • les hébergements proposés doivent être décents, équipés et accessibles en transports en commun, disponibles pour une durée de trois mois minimum, et garantissant une intimité suffisante aux personnes accueillies ;
  • des groupes d’accueil disposant de capacités humaines et financières suffisantes pour accompagner les personnes accueillies dans leurs premières démarches administratives et leur parcours d’insertion (environ 9 mois) doivent être constitués.
     

Ci-dessous, Isabelle Yard, présidente du collectif d’accueil de Combas, témoigne de son engagement en tant qu’hébergeur :

 

Depuis le début de la guerre civile en Syrie, au cours de l’année 2011, plus de 5,6 millions de personnes ont fui le pays, selon les chiffres du HCR (le Haut-Commissariat aux Réfugiés de l’Onu). Les plus jeunes étant les plus vulnérables : les enfants syriens vivent la plus grave crise humanitaire au monde, selon le fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), qui déplore des milliers de morts, de blessés, de handicapés et de traumatisés. Selon les Nations Unies, pas moins de 731 000 enfants syriens sont actuellement privés d’école. Les trois pays ayant accueilli le plus grand nombre de ces réfugiés sont la Turquie, le Pakistan et le Liban. Les pays européens, pour leur part, contrôlent leurs frontières et n’acceptent les demandes d’asile qu’au terme de procédures longues, complexes, le plus souvent illisibles pour les nouveaux arrivants. Alors que le Liban, avec ses 4 millions d’habitants, accueille environ 1,5 million de réfugiés, l’UE dans son ensemble a accepté 538 120 demandes d’asile en 2017 (un tiers provenant de Syriens), dont 60% pour la seule Allemagne. La France, deuxième pays accueillant le plus de réfugiés en Europe, n’a accepté que 40 575 demandes ; l’Italie 35 130.

Une situation qui interroge toutes les Églises européennes

Et pendant que sont établies des procédures régulières d’asile, la fermeture des frontières européennes empêche les réfugiés de faire valoir leurs droits à ces mêmes procédures. Ce qui pousse à l’ouverture de «routes de l’exil» de plus en plus dangereuses. La «route des Balkans» est aujourd’hui considérée comme infranchissable. Celle via la Méditerranée, marquée par de multiples naufrages de bateaux surchargés, est de plus en plus étroitement surveillée : les garde-côtes libyens, contre des versements financiers de l’Italie, empêchent les réfugiés de traverser la mer. Avant de les diriger vers des centres d’internement où règnent des conditions de vie catastrophiques et où sont perpétrées quotidiennement les pires violations des droits humains. Sur les 5 386 migrants morts ou disparus sur leur route de l’exil en 2017 dans le monde, 3 119 l’ont été lors du passage de la Méditerranée, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Une situation qui, au-delà de l’Italie et de la France, interroge toutes les Églises européennes, dont beaucoup ont commencé à s’engager en faveur d’un accueil plus humain des réfugiés. Dernières en date, les Églises de Suisse (pays membre de l’Espace Schengen, donc directement lié en matière d’immigration aux décisions de l’UE) ont lancé un appel aux autorités politiques. Intitulé  «Des voies sûres pour sauver des vies», il a été formulé par l’Entraide protestante suisse (EPER), œuvre voulue et fondée par les Églises réformées. L’EPER et l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) ont remis au Conseil fédéral cette pétition munie de plus de 38 000 signatures. Désormais, la balle est dans le camp du Conseil fédéral : c’est à lui qu’il revient d’agir avec les cantons, en augmentant le contingent annuel des réfugiés à 10 000 dans le cadre du programme de réinstallation.
 

Ci-dessous, quelques images du départ de Beyrouth et de l’arrivée à Roissy des sept familles syriennes accueillies le 26 février en France :

 

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