Emmanuel Macron sur RFI : « nous devons la solidarité à l’Afrique… »
Le Président Emmanuel Macron était l’invité de RFI mardi matin pour expliquer sa stratégie suite à son appel pour l’annulation de la dette africaine. Dans cet entretien, il évoque aussi la situation militaire au Sahel et l’appel du secrétaire général de l’ONU à une trêve dans tous les pays en guerre.
François Clavairoly, président de la Fédération protestante de France, lance un appel au don pour soutenir les actions de solidarité des organisations protestantes face à la crise sanitaire du Covid-19. Pour participer, cliquer ici : don solidarité protestante
Chers amis,
Chers frères et sœurs,
La tragédie liée à la diffusion du virus Covid-19 qui frappe tous les pays du monde appelle une réponse solidaire et urgente de notre part. Il s’agit d’une pandémie face à laquelle nous ne pouvons pas rester inactifs et devant laquelle nous voulons manifester ensemble notre action et notre espérance.
Dans les paroisses, dans les associations, un élan de générosité s’est manifesté dès le premier jour, et a mis en lumière une fraternité concrète. Il importe de soutenir ces structures en s’engageant dans la prière, dans l’action bénévole ou encore dans le soutien financier.
Avec Solidarité Protestante, nous savons combien, les Églises, les Œuvres, les Fondations, les ONG et les associations font appel en ce moment-même à chacun de vous, dans cette situation exceptionnelle de crise et d’urgence. C’est pourquoi nous vous encourageons à tenir ferme vos engagements auprès de chacun d’eux, et nous vous exprimons notre reconnaissance à l’avance pour votre générosité qui pourrait s’exprimer également pour Solidarité Protestante.
Nos partenaires ont témoigné de situations dramatiques, des actions d’aide d’urgence sont en cours. « Solidarité Protestante » s’engage déjà et a besoin de vous pour continuer à agir.
le milieu hospitalier et médico-social, les acteurs de santé ont besoin des protections spécifiques pour accompagner au mieux les personnes accueillies.
Des associations d’entraide et de soutien aux plus vulnérables font face à des demandes exceptionnelles et doivent démultiplier leurs actions notamment d’assistance alimentaire et d’aide aux personnes âgées confinées, dans un souci de protection et d’accompagnement de leurs bénévoles.
Dans nos églises et nos familles, l’accompagnement dans le deuil est bouleversé et les services d’aumôneries doivent adapter leurs outils, notamment de télécommunication, pour répondre au mieux aux attentes de chacun.
A nos frontières, pour ceux touchés par l’exil, pour ceux qui ne disposent pas d’un accès au soin, des ONG s’engagent pour endiguer la propagation du virus.
Ces acteurs en premières lignes attendent notre soutien.
Ils ont reçu ce message du prophète par lequel l’Eternel rappelle son soutien, et ils l’ont entendu. Ils désirent vous le faire partager : « Tu es précieux à mes yeux. N’aie pas peur car je suis avec toi » Es 43, 4-5.
Que ces mots de paix et d’encouragement qui rappellent que nous sommes accompagnés même dans les moments les plus difficiles, soient enracinés dans vos cœurs.
Recevez, chers amis, nos meilleurs messages,
Fraternellement en Christ,
François Clavairoly.
Président du comité des appels d’urgence de la Fondation du Protestantisme
Président de la Fédération protestante de France.
Écologie dans les Églises de France : où en est-on ?
Il y a, bien sûr, le label Église Verte. Le thème synodal de l’EPUdF, centré sur l’écologie. Le tout nouveau «chargé de mission pour la justice climatique» de l’UEPAL. Et la commission Écologie et Justice climatique de la FPF. Sans compter bon nombre d’initiatives locales… En France, le milieu des Églises protestantes témoigne d’une claire conscience des enjeux et des défis de la sauvegarde de la création. Et au Défap, comment cette problématique est-elle prise en compte ?
La COP 25, qui se tient du 2 au 13 décembre à Madrid, voit une nouvelle mobilisation des ONG et de la société civile dans le domaine de la protection de l’environnement. Un combat qui n’est désormais plus extérieur aux Églises. Ainsi, en France, la conscience des gestes quotidiens ou des actions de solidarité à lancer pour aider à sauvegarder la création, ou pour plus de justice climatique, est bien présente à travers de multiples initiatives. Pour 2020, l’Église protestante unie a ainsi inscrit à son prochain synode national le thème de l’écologie. Dans cette optique, les Églises locales et paroisses ont été invitées à travailler sur le thème : «Écologie : quelle(s) conversion(s) ?», qui s’est retrouvé en cette fin d’année au centre des divers synodes régionaux qui se sont tenus tout au long du mois de novembre dans chacune des neuf régions de l’EPUdF. L’UEPAL a créé un poste de «chargé de mission pour la justice climatique», occupé depuis le 1er septembre par le pasteur Jean-Sébastien Ingrand.
Depuis 2015, la Fédération Protestante de France a mis en place une démarche de plaidoyer et a créé une commission Écologie et Justice climatique, présidée par Martin Kopp. Le Défi Michée porte quant à lui des appels très concrets liant écologie et justice sociale. On peut citer encore le mouvement Chrétiens unis pour la terre, qui a co-organisé les Assises chrétiennes de l’écologie à Saint-Étienne, ou la démarche initiée par le label «Église verte».
L’accueil du site egliseverte.org
Au Défap, des préoccupations très concrètes
Face à ces nombreuses initiatives centrées sur la sauvegarde de la création, le Défap agit dans le domaine de l’écologie comme il le fait pour beaucoup d’autres thématiques : en réseau, et d’une manière essentiellement concrète, la réflexion étant indissociable de l’action. Il faut ainsi souligner que le Défap est en lien, en réseau avec de nombreuses Églises du Sud (Afrique ou Océan Indien) ; et que dans ces pays, les Églises ont un rôle social qui va très au-delà de celui généralement admis pour les Églises en France. Elles ont leurs écoles, leurs hôpitaux, leurs projets… et occupent des rôles dans la société qui, dans notre pays, reviendraient plutôt au milieu associatif. Les Églises sont donc directement en prise avec les problèmes les plus criants de la société ; et dans de nombreux pays du Sud, les défis climatiques sont, non pas une source d’inquiétude pour l’avenir, mais un problème majeur aujourd’hui même. On peut penser à la manière dont la désertification progresse dans les régions sud-sahéliennes, aux problématiques de déforestation à Madagascar (aggravées par des trafics encouragés par la corruption ambiante) ou encore à des phénomènes météo extrêmes comme ceux qu’a pu connaître le Mozambique, frappé cette année en mars, puis en avril par deux tempêtes dont chacune avait revêtu une ampleur inédite dans l’histoire du pays. De par ces relations, le Défap a été logiquement amené à soutenir des réflexions et des projets directement en prise avec les questions environnementales.
Le Défap est ainsi un des membres fondateurs du Secaar, (Service chrétien d’appui à l’animation rurale), un réseau de dix-neuf Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, présent dans une douzaine de pays. Le Secaar cherche à promouvoir l’être humain dans toutes ses dimensions : spirituelle, sociale et matérielle. Ses actions se déploient selon cinq axes de travail : le développement intégral (considérer l’être humain comme une créature avec des besoins matériels mais également relationnels et spirituels), l’agroécologie (maintenir les équilibres des écosystèmes), le climat et l’environnement (système alimentaire mondial plus juste, avec respect de l’environnement), les droits humains (promotion de la dignité humaine et accès équitable aux ressources), et la gestion de projet (accompagnement et/ou suivi). Des priorités et des axes de travail qui trouvent de forts échos aujourd’hui dans toute la réflexion développée au sein des Églises sur la justice climatique.
La formation et la valorisation des compétences au service du développement intégral, marque distinctive du Secaar
La préoccupation de la sauvegarde de l’environnement se retrouve à travers un certain nombre de projets récents du Défap : c’est le cas du soutien apporté à l’association Abel Granier, qui intervient en Tunisie sur les problématiques de désertification. L’association apporte son aide à différents acteurs de terrain : exploitations agricoles, coopératives et fermes écoles. Elle soutient aussi des étudiants en agronomie et les aide à s’installer comme agriculteurs sur des terres à réhabiliter. Ces actions sont menées en concertation, entre chrétiens et musulmans, par le biais d’une réflexion théologique sur la Création et sur la place du monde végétal dans la société. L’origine de l’association est une expérience du pasteur Abel Granier qui, de 1953 à 1969, avec le soutien de sa femme Jane Olivès, botaniste formée à la connaissance des plantes méditerranéennes, a réhabilité entièrement une ferme en zone semi-aride en Tunisie. L’association proprement dite est née ensuite en 2001, grâce à des personnes qui voulaient participer à une véritable transmission de ces savoirs et savoir-faire. Aujourd’hui, l’association met en œuvre une formation pratique et continue pour une agriculture respectant l’environnement, pour la préservation des sols vivants, et pour le bien être des hommes et des femmes.
Cas similaire pour le partenariat établi avec l’ALCESDAM, Association pour la Lutte Contre l’Érosion, la Sécheresse et la Désertification au Maroc, qui depuis trente ans intervient dans les zones de palmeraies de la province de Tata. Ses objectifs sont de natures multiples : améliorer l’accès à l’eau pour l’agriculture dans le respect de l’environnement, lutter contre le déclin des palmeraies, créer une activité génératrice de revenu via l’élevage, promouvoir les produits du terroir et intégrer la femme rurale dans le tissu social. Le Défap a soutenu cette association notamment à travers des envoyés. Il est à noter que l’Église Évangélique du Maroc, partenaire du Défap, est membre fondateur de cet organisme. Ce qui illustre bien le rôle des Églises dans de nombreux pays du Sud en proie aux défis du réchauffement climatique : les défis sociaux concernent directement les Églises…
Des projets et des réflexions : les «mini-forums»
Présentation du projet Beer Shéba
Le Défap a aussi régulièrement des envoyés au sein du projet Beer Shéba à Fatick, au Sénégal, centré sur l’agro-foresterie durable. Ses fondateurs sont Heesuk et Eric Toumieux, présents au Sénégal depuis une vingtaine d’années. Ils ont été envoyés du Défap en VSI de 2009 à 2015 pour Eric et à partir de 2015 pour Heesuk. L’association Beer Shéba, fondée il y a une quinzaine d’années avec des pasteurs de l’Église La Porte Ouverte, à Mulhouse a plusieurs objectifs : un projet de conservation de la nature, de reforestation d’une zone totalement déserte, de soin de la biodiversité ; un centre de formation qui accueille des jeunes de tout le Sénégal et de toute la sous-région, avec l’objectif affiché par l’association Beer Shéba de devenir un centre de ressources pour l’agriculture rurale dans le Sahel ; un espace de production de poudre bio de Moringa.
Cet aspect de réseau, d’écosystème, d’interactions, et ces relations établies avec des Églises directement aux prises avec les pires effets des changements climatiques, expliquent que le Défap ait pu inscrire les questions de sauvegarde de la création dans son programme de travail établi en 2015, et qui a été prolongé jusqu’en 2020. Il énonce ainsi : «Nous invitons chaque personne, quels que soient ses origines ou son passé, à participer avec nous à la mission de Dieu qui est de travailler à la transformation et à la réconciliation de la Création tout entière, notamment en portant les préoccupations écologiques contemporaines.» Chaque personne, cela veut donc dire : ici, comme là-bas. Et cette préoccupation, déjà visible dans nombre de projets, trouve aussi sa traduction en France dans les forums régulièrement organisés par le Défap. Il y a en moyenne un «grand» forum organisé tous les quatre ans (le prochain, qui aura lieu à Sète en 2020, tournera autour des enjeux de la mission aujourd’hui et de la refondation du Défap) ; et plus récemment, le Défap a initié des «mini-forums» – non pas petits par leur ambition ou leur thématique, mais simplement pour signifier qu’ils sont organisés, non au niveau national, mais au niveau régional ou consistorial. Les préoccupations environnementales y ont toute leur place. C’était déjà le cas lors du «mini-forum» du Défap en région CAR, organisé en octobre 2018 avec le réseau Bible et création. Pratiquement un an plus tard, fin septembre 2019, les questions liées à l’environnement et à la sauvegarde de la création se sont retrouvées au centre du forum organisé à Condé-sur-Noireau pour la région Normandie, et qui tournait autour d’un thème directement inspiré d’une citation de Gandhi : «Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre». L’occasion pour les participants de s’interroger sur leur engagement en faveur de la création. Et sur ses implications concrètes et quotidiennes. Comment avoir un discours qui ne cache pas la gravité des enjeux, mais qui puisse en même temps motiver au lieu de décourager ? Parmi les intervenants chargés d’introduire les débats devant la centaine de participants, on pouvait noter par exemple la présence de Martin Kopp…
«#Time for action» – le moment d’agir : c’est le slogan choisi en ce début décembre pour la COP 25, rendez-vous réunissant des représentants de près de 200 États et destiné à faire le point sur les engagements internationaux en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Des préoccupations que devraient porter nombre de représentants de la société civile, en dépit de la délocalisation du sommet, initialement prévu au Chili, à Madrid ; et au sein des Églises aussi, les plaidoyers ou les actions en faveur du climat s’organisent.
L’Ifema, au Campo de las Naciones, à Madrid : c’est là, dans ce vaste bâtiment disposant de 200.000 m2 de surface utile, que se tient pendant un peu moins de deux semaines la COP 25, la 25ème Conférence des Parties, censée coordonner les efforts internationaux en matière de lutte contre le réchauffement climatique. Un rendez-vous délocalisé en urgence : prévu à l’origine au Chili, il a dû trouver un nouveau pays d’accueil du fait des forts mouvements de contestation sociale lancés dans ce pays. Au pied levé, l’Espagne s’est proposée – proposition acceptée par l’Onu ; avec à la clé un défi pour le pays organisateur, qui disposait d’un mois à peine pour organiser l’événement, alors même que des élections législatives avaient lieu le 10 novembre ; et un problème quasi-insoluble pour un bon nombre des 25 000 délégués initialement attendus à Santiago, en particulier des milliers de participants issus de la société civile venus assister aux débats et tenter d’influencer les négociateurs officiels. Pour l’ONG internationale ActionAid, la relocalisation de la COP «présente de réels obstacles à la participation de pays du Sud et de la société civile», notamment concernant les visas et les coûts. D’où le risque que les plus concernés par le changement climatique soient justement les plus mal représentés à cette COP 25… Mais au-delà d’ActionAid, nombre d’observateurs craignent que ce rendez-vous ne soit pas à la hauteur de l’urgence, en dépit du slogan choisi : «#Time for action»: le moment d’agir.
L’accord de Paris de 2015 prévoyait que les quelque 200 pays signataires révisent d’ici fin 2020 leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pour l’instant, 68 pays se sont engagés à revoir à la hausse ces engagements. Mais en dépit de leur nombre, ils ne représentent que 8% des émissions mondiales. Les principaux concernés, comme la Chine ou l’Union Européenne, n’ont pas encore dévoilé leur position ; quant aux États-Unis, ils ont confirmé leur retrait de l’accord de Paris l’an prochain.
Les questions environnementales ne sont plus du seul ressort des spécialistes ou des militants
Et entre-temps, les émissions de CO2 augmentent dans le monde. Selon le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), l’objectif de rester sous les 2°C de réchauffement n’aurait une chance d’être atteint qu’en restant en-deçà de la barre des 450 ppm de CO2 – cette unité en «parties par million» étant ce qui permet de mesurer la concentration d’un gaz dans l’atmosphère. Or, le dernier record en la matière a été enregistré le 15 mai dernier par l’Agence américaine NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) à Hawaï : 415,64 ppm. Il y a 11 ans, en 2008, ce taux était inférieur de 25 ppm. Autant dire qu’à ce rythme, la barre des 450 ppm de CO2 sera allègrement dépassée avant 20 ans. Alors qu’avant l’ère industrielle, le taux de concentration du CO2 dans l’atmosphère oscillait autour des 280 ppm. Les rejets industriels étant aggravés par la déforestation, puisque les végétaux fixent le carbone de l’atmosphère ; avec comme conséquence supplémentaire un recul drastique de la biodiversité, car avec les forêts qui disparaissent, ce sont autant d’espèces animales et végétales qui déclinent. En 2018, 12 millions d’hectares de forêts tropicales ont disparu. Pour la seule forêt amazonienne, ce sont 1,3 million d’hectares qui ont disparu l’an dernier. Les effets du changement climatique se font désormais sentir partout, y compris dans les zones tempérées : en témoigne la canicule inédite qu’a connue la France au cours de l’été 2019, avec des températures jamais enregistrées depuis qu’il existe des relevés internationaux, c’est-à-dire depuis 1880. Ainsi, le 28 juin dernier, c’est un record de 46,2 degrés qui a été enregistré à Verargues, dans l’Hérault. Il y a vingt ans seulement, un tel événement aurait paru relever de la science-fiction. Mais il ne s’agit plus de science-fiction…
Au Sommet Action Climat qui s’est tenu fin septembre au siège des Nations Unies à New York, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lancé un vibrant appel à l’adresse des dirigeants du monde, leur rappelant qu’ils avaient l’obligation «de tout faire pour mettre fin à la crise climatique». Lors de la Conférence de Bonn sur le changement climatique (SB50), en juin dernier, Patricia Espinosa, Secrétaire exécutive de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), a prévenu que la communauté internationale doit se «montrer à la hauteur de (sa) responsabilité collective» et veiller à ce que l’ambition de l’action pour le climat soit rehaussée dans la mesure du possible «afin que les pires conséquences du changement climatique soient évitées». Et d’insister : «Nous ne pouvons plus nous permettre des progrès graduels pour lutter contre le changement climatique – nous devons procéder à des changements profonds, transformationnels et systémiques dans l’ensemble de la société, ce qui est crucial pour un avenir à faibles émissions, hautement résilient et plus durable».
Alors que les conséquences des changements climatiques, de la déforestation, de l’épuisement des ressources naturelles font peser des menaces sur l’avenir de toute l’humanité, et notamment des plus fragiles, les questions environnementales ne sont plus du seul ressort des spécialistes ou des militants écologistes. Les Églises s’en sont également saisies, aux côtés de nombreux mouvements citoyens. Au niveau international, les initiatives sont nombreuses ; et dans ces plaidoyers de chrétiens en faveur de la création, l’implication du Conseil œcuménique des Églises est particulièrement révélatrice : dès les années 1970, le COE a contribué à l’élaboration du concept de communautés durables. Depuis l’adoption, en 1992, de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, il est présent à toutes les conférences de l’ONU sur le climat.
Après Hope 360, des nouvelles de Bafia
Hope 360, c’était le 19 octobre. Alors que les vidéos-souvenirs sur cette première journée sportivo-solidaire commencent à être diffusées, quelques nouvelles du projet qui avait été soutenu à Valence par le Défap. Les fonds récoltés à cette occasion ont permis d’acheter du matériel pour équiper l’hôpital de Bafia. Et pour améliorer la prise en charge et le suivi au quotidien des patients qui viennent se faire soigner dans l’établissement du Dr Célin Nzambé – essentiellement les futures mamans et les très jeunes enfants.
Quelques photos de l’équipe médicale entourant une enveloppe, du matériel – et ces quelques mots de commentaire envoyés par le Dr Célin Nzambé : «Super. La table d’accouchement, le pèse-bébé et la boîte d’accouchement. Nos patients verront une amélioration de leur prise en charge à l’aide de ce nouveau matériel. Merci à Dieu et à tous ceux qui ont contribué. Particulièrement Hope 360. Soyez bénis.» Ce sont les dernières nouvelles, et les premières manifestations concrètes des effets de l’opération Hope 360 dans le quotidien de l’hôpital de Bafia.
Bafia est une ville du Cameroun située à 120 km au nord de la capitale Yaoundé, dans le département du Mbam-et-Inoubou. Elle tire son nom de l’ethnie habitant la région, les Bafia, population bantoue d’Afrique centrale, établie sur la rive droite du Mbam. Elle dispose d’un hôpital de district et de centres de santé répartis dans les quartiers et villages avoisinants… mais pour une bonne partie de la population, les soins y sont pour ainsi dire inaccessibles. Car le Cameroun paye encore les conséquences de choix faits il y a plusieurs décennies en matière de santé publique, et qui se sont avérés catastrophiques : notamment la fin de la gratuité des soins et leur financement direct par les patients. Une tendance qui a été la même dans de nombreux pays africains au cours des années 80, avec à chaque fois les mêmes effets désastreux pour le fonctionnement des hôpitaux et pour la santé publique. Aujourd’hui encore, les patients ne peuvent espérer être soignés dans la plupart des hôpitaux sans faire d’abord la preuve qu’ils pourront payer ; la conséquence étant que pour beaucoup, l’accès à des soins hospitaliers est tout simplement inenvisageable, même dans les cas les plus graves.
De petits gestes, de grands effets
C’est précisément ce manque que viennent combler des petites structures comme celle de l’hôpital de Bafia – une structure privée, appartenant à l’Église presbytérienne du Cameroun (EPC). Avec peu de moyens, un tel hôpital fait beaucoup pour la santé de la population. Les établissements de santé gérés par des Églises ont de fait un rôle crucial dans le pays. Mais le réseau d’hôpitaux de l’EPC a lui-même connu des difficultés, au point que l’hôpital de Bafia, à l’arrivée de Célin Nzambé, était tout simplement désaffecté. C’est grâce à son travail, soutenu par le Défap, qu’il peut désormais jouer pleinement son rôle auprès de la population de cette préfecture du centre du Cameroun. Le Défap a régulièrement des envoyé.es sur place, notamment des infirmières : actuellement, c’est le cas d’Amandine Drouaillet ; elle avait été précédée par Aurélie Chomel… Un réseau de soutien s’est constitué en France au sein de certaines paroisses de l’EPUdF, comme celles de Valence (Patricia Champelovier, présidente du conseil presbytéral de Saint-Péray au sein de l’Ensemble Valence-Deux-Rives, et qui est aussi infirmière, a notamment fait le voyage à Bafia pour soutenir le projet) ou de La Rochelle (dont un des paroissiens, le docteur Jean-Pierre Perrot, cardiologue, va régulièrement prêter main-forte à Célin Nzambé). Les conditions de travail étant difficiles, le matériel compté, les ressources limitées, y compris en termes de lits pour les malades, toutes les bonnes volontés comptent. Jean-Marc Bolle, de la paroisse de Valence, avait ainsi accompagné Patricia Champelovier durant l’été 2018 pour faire des travaux de peinture dans des salles récemment construites et destinées à accueillir les patients.
Hope 360, rendez-vous sportivo-solidaire organisé le 19 octobre dernier à Valence, a permis au Défap de donner une plus grande visibilité à ce projet. Mais aussi de récolter des fonds. Ceux-ci ont été remis en main propre au Dr Célin Nzambé, qui a tenu à en témoigner aussitôt avec l’équipe médicale de l’hôpital de Bafia : «Première photo, la remise de la somme récolté lors de Hope 360, qui a permis l’achat du matériel cité pour équiper la salle d’accouchement.» Une cagnotte en ligne, mise en place à l’occasion de Hope 360, est encore ouverte jusqu’à la fin de l’année pour celles et ceux qui auraient à cœur d’aider l’hôpital.
De nombreuses autres occasions de s’engager ont également pu être présentées le 19 octobre lors de Hope 360, qui représentait la première édition d’un rendez-vous à la fois sportif, ludique et festif organisé autour d’une vingtaine de projets solidaires. Avec, aux côtés du Défap, des noms connus comme Medair, ADRA, Le Sel, La Gerbe, l’Ircom, Michée France, Fidesco… Un ensemble œcuménique qui proposait de soutenir des projets de santé, d’éducation, de protection de l’environnement – pour plus de justice, un meilleur partage des ressources, une vie plus digne… Hope 360 avait été monté par Asah, collectif regroupant une trentaine d’acteurs chrétiens de la solidarité internationale. Une vidéo souvenir de cette journée est désormais disponible :
Et pour compléter, quelques images de cette journée vécue du côté de l’équipe et du stand du Défap : tout d’abord, ambiance musicale sur le stand avec Aurélie Chomel, envoyée à Bafia, qui était présente à Valence pour témoigner :
Et soutien en musique avec cette chorale venue tout droit de Bangui, en République centrafricaine, et constituée de paroissiens de l’EPCRC (Église protestante Christ-Roi de Centrafrique, partenaire du Défap) emmenés par Ludovic Fiomona :
N’oubliez pas : la cagnotte en ligne est toujours ouverte ! Vous pouvez encore soutenir l’hôpital de Bafia…
Haïti par les livres
Par ses tensions et sa complexité, la situation haïtienne peut susciter le découragement. Or c’est précisément dans des périodes comme celle que connaît le pays actuellement que se fait le plus ressentir le besoin de partenariats solides ; précisément quand l’insécurité pousse bailleurs de fonds et organismes internationaux à se mettre en retrait… Les relations entre protestants de France et d’Haïti sont établies de longue date et la Plateforme Haïti, pilotée par le Défap sous l’égide de la Fédération Protestante de France, en est une des illustrations les plus visibles. Alors, pour voir Haïti autrement, à travers sa créativité, sa pugnacité, sa soif de vie, toutes ces richesses que les troubles ne peuvent pas éteindre, rien de tel que de se plonger dans un grand bain de littérature haïtienne. Et pour cela, rendez-vous les 30 novembre et 1er décembre à la mairie du 15ème arrondissement de Paris, pour la 6ème édition du salon du livre haïtien. Avec comme invité d’honneur l’écrivain Dany Laferrière, personnalité emblématique de la littérature haïtienne, membre de l’Académie française.
Non, tout ne va pas mal en Haïti. Il n’y a pas que la situation sociale et politique chaotique, les catastrophes naturelles (séismes ou tempêtes), la pauvreté et les difficultés quotidiennes de toute la population. Il y a aussi une énergie et une créativité qui ne se démentent jamais, une volonté de vivre et d’exister, et beaucoup de choses à dire, à nous dire… Cet article se veut un peu un contrepoint à celui, récemment publié sur le site du Défap, qui présentait les évolutions récentes de la situation sociale et politique en Haïti. Sans nier les grandes difficultés dans lesquelles est plongé Haïti aujourd’hui, et qui vont jusqu’à bloquer des projets en cours et retarder des rencontres entre partenaires, il vous incite à découvrir Haïti autrement… à travers les livres.
Et pour cela, rien de tel que de s’y plonger… en se rendant les samedi 30 novembre et dimanche 1er décembre à la mairie du 15ème arrondissement de Paris, pour participer au prochain salon du livre haïtien. Cette 6ème édition, organisée par l’association Haïti futur en partenariat avec les éditions Zellige et la librairie Le Divan, présentera un large choix d’ouvrages reflétant la vitalité de la création littéraire haïtienne et francophone des Amériques sous le thème : «Haïti, des Amériques à l’Afrique».
Rencontres, tables-rondes, dédicaces et vente d’artisanat haïtien
La programmation fera la part belle à des rencontres, des tables-rondes et des séances de dédicaces, prévues durant tout le week-end. Avec comme invité d’honneur l’écrivain Dany Laferrière, personnalité emblématique de la littérature haïtienne, membre de l’Académie française, où il est l’une des deux seules personnalités à avoir ainsi été distinguées sans avoir jamais eu la nationalité française (avec Julien Green). Et avec aussi l’écrivaine, dramaturge, essayiste et poétesse haïtienne Evelyne Trouillot, dont le premier roman Rosalie l’infâme vient d’être réédité par Le Temps des Cerises. Ou encore le journaliste Hérold Jean-François, directeur de la station Radio Ibo et auteur de plusieurs essais de sociologie politique particulièrement éclairants sur l’histoire récente d’Haïti. De nombreux autres auteurs viendront dédicacer leurs ouvrages : Pascal Adrien, Marc Alexandre Oho Bambe dit Capitaine Alexandre, Maggy Belin Biais, Mario Blaise, Yves Chemla, Jorchemy Jean-Baptiste, Alain Liautaud…
Rencontres et tables rondes seront animées par Eric Fottorino, cofondateur de l’hebdomadaire Le 1, romancier et essayiste, qui fut directeur du quotidien Le Monde de 2007 à 2011 ; Philomé Robert, journaliste et présentateur sur la chaîne de télévision France 24 ; Yves Chemla, critique littéraire et docteur de l’université de la Sorbonne, auteur de Littérature haïtienne 1980-2015 ; Florence Alexis, ingénieure culturelle, archiviste et curateure, fille de l’écrivain et résistant Jacques Stéphen Alexis, et Brice Ahounou, passeur d’images, anthropologue et journaliste franco-béninois, spécialiste d’Haïti.
À noter aussi l’expo-vente d’art et d’artisanat haïtien qui est devenue un rendez-vous incontournable pour les amateurs de culture haïtienne. Vous pourrez ainsi découvrir une formidable variété de produits mettant en valeur la créativité et le savoir-faire haïtien: fers sculptés, tableaux, vêtements, bijoux et produits issus du commerce équitable… Rendez-vous dès le 30 novembre à la mairie du 15ème arrondissement de Paris, 31 rue Péclet (Métro Vaugirard, bus 39, 70 80 et 88). Entrée libre.
Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :
Depuis deux mois, les manifestations se succèdent à Port-au-Prince et dans les principales villes du pays, envahies par les barrages, minées par l’insécurité et en proie aux pénuries – nouvel épisode du mouvement de contestation qui réclame depuis plus d’un an le départ du président Jovenel Moïse. Le Défap, en lien avec ses partenaires de la Plateforme Haïti, suit de près l’évolution de la situation.
Une Église envahie par des manifestants en plein culte : c’est la scène qui s’est produite, ce samedi 2 novembre, à Carrefour Poy, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Port-au-Prince, la capitale d’Haïti. Des protestataires réclamant la démission du président de la République Jovenel Moïse ont investi l’Église Adventiste Éphèse d’Arcahaie. Si, aux dernières nouvelles, l’incident n’a pas fait de blessés, il témoigne du degré de tension que connaît aujourd’hui l’ensemble de la société haïtienne, au deuxième mois d’un nouveau pic de mobilisation contre le président haïtien.
Haïti, l’un des pays les plus pauvres de l’hémisphère occidental, a toujours du mal à se remettre du séisme d’une magnitude de 7,0 qui a tué plus de 100.000 personnes et laissé environ deux millions d’Haïtiens sans toit en 2010. À la suite de cette catastrophe, une épidémie de choléra – malencontreusement propagée par des casques bleus de l’ONU justement envoyés pour aider la population – a tué environ 10.000 personnes. Depuis lors, Haïti a connu des tempêtes et des inondations tragiques : en 2016, l’ouragan Matthew a détruit 90% des bâtiments situés le long de la côte sud du pays et causé des dommages matériels évalués à 1,9 milliard de dollars. La société haïtienne est tout aussi sinistrée : le taux de chômage est supérieur à 70%, avec un taux d’inflation de 19%, et plus de la moitié des 11 millions d’habitants vivent avec moins de 2,41 dollars par jour.
Le déclencheur de la contestation : l’affaire Petrocaribe
Mais outre la dégradation des conditions de vie, le mauvais état des infrastructures, la mauvaise qualité des services publics et la corruption, une grave crise politique et institutionnelle est venue aggraver les maux de la société haïtienne. Depuis plus d’un an, l’opposition politique réclame la démission de Jovenel Moïse. Les protestations, lancées à l’origine pour dénoncer une hausse du prix du carburant, se sont intensifiées avec la diffusion d’un rapport selon lequel quelque 2,3 milliards de dollars liés à un accord avec Petrocaribe, une alliance pétrolière permettant à certains pays des Caraïbes d’acheter du pétrole du Venezuela en bénéficiant de paiements différés, avaient disparu. L’argent économisé devait servir à financer des programmes sociaux et d’équipement dont la société haïtienne a cruellement besoin. Cependant, peu d’améliorations ont été apportées et le rapport a mis en évidence des détournements de fonds.
Les épisodes de mobilisation se succèdent depuis des mois, entrecoupés de périodes où la tension se transforme en insécurité globale. Au cours de la vague de manifestations qui a repris depuis deux mois, les universitaires, les ouvriers du textile, les artistes, le secteur médical sont tour à tour descendus dans la rue. Après des séries de manifestations massives, qui ont paralysé les principales villes du pays, les protestations ont dégénéré en une tension généralisée qui a vu des barrages s’ériger en plein coeur de Port-au-Prince, des entreprises attaquées et incendiées. Le Nouvelliste, l’un des quotidiens de référence dans le pays, écrit ainsi : «Port-au-Prince ressemble à un champ de ruines. Les activités normales sont paralysées ou fortement perturbées dans la capitale haïtienne et dans les principales villes de province depuis deux mois. Il ne se passe un jour sans qu’il n’y ait des mouvements de protestation, le plus souvent violents, exigeant la démission du président de la République.»
Les pénuries de carburant ont provoqué des émeutes et ont entraîné une interruption de l’approvisionnement en eau, tandis que les populations ont du mal à trouver du carburant pour leurs générateurs, leurs cuisinières et leurs véhicules. Les manifestants ont aussi obligé nombre d’écoles à fermer. Des barrages routiers et des affrontements entre protestataires et forces de l’ordre ont bloqué des voies d’approvisionnement stratégiques entre Haïti et la République dominicaine voisine, qui a renforcé la sécurité à sa frontière. De nombreuses routes autour de la capitale haïtienne sont devenues impraticables. Les hôpitaux et tout le secteur de la santé pâtissent tout particulièrement des pénuries. Les programmes internationaux d’aide également…
L’aide internationale bloquée
Actuellement, 2,6 millions d’Haïtiens ont besoin d’une aide alimentaire. Le coordonnateur humanitaire de l’ONU en Haïti a évoqué récemment le sort de centaines de milliers de familles auxquelles les organisations humanitaires n’ont plus accès du fait des troubles. Il a notamment parlé de dix-neuf mille enfants souffrant de malnutrition dont les cas nécessiteraient des soins d’urgence. Alors que l’opposition haïtienne s’active pour fournir les noms de possibles candidats au poste de chef de l’État, les États-Unis appellent à un dialogue entre tous les acteurs et à la formation d’un gouvernement comme solution à la crise, et le sous-secrétaire d’État adjoint au Département d’État américain pour l’hémisphère occidental, Jon Piechowski, en a fait un préalable pour toute aide alimentaire – alors qu’une telle aide avait précisément été sollicitée par le président Jovenel Moïse.
La plateforme Religions pour La Paix Haïti, antenne régionale de Religions for Peace, conférence mondiale de représentants des religions dédiée à la promotion de la paix, a été sollicitée ces dernières semaines par le chef de l’État pour servir de médiateur, mais a refusé d’endosser ce rôle. Toutefois, dans un communiqué daté du 4 novembre, elle invite les protagonistes de la société civile à encourager un dialogue inclusif, en vue d’un dénouement pacifique de la crise actuelle.
Le Défap, en lien notamment avec ses partenaires de la Plateforme Haïti, suit de près l’évolution de la situation. Le Défap se tient notamment en contact régulier avec la Mission Biblique, qui développe sur place des projets sociaux, d’enseignement et de santé en partenariat avec l’UEBH (l’Union Évangélique Baptiste d’Haïti), ainsi qu’avec la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (la FEPH), qui grâce à son réseau de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation 300.000 enfants.
Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :
Dans quel cadre s’inscrivent les envois de personnes au Défap ? Comment sont construits les projets dans lesquels ils s’inscrivent ? Quelles sont les relations avec les Églises d’accueil ? En repartant de l’opération Hope 360, organisée à Valence en octobre dernier par le collectif Asah pour faire la promotion de l’engagement chrétien à l’international, la dernière émission «Courrier de mission», présentée par Valérie Thorin sur Fréquence Protestante, a exploré les diverses facettes de l’envoi : solidarité internationale, découverte mutuelle et relations d’Églises. Avec comme invitée Laura Casorio, responsable du service Envoyés.
Derrière le week-end «Hope & Go 360» organisé les 19 et 20 octobre derniers à Valence, c’est tout un collectif qui était mobilisé : Asah, réseau de trente ONG d’inspiration chrétienne, agissant dans l’urgence, le développement, le plaidoyer, l’environnement ou la solidarité. Le Défap en est membre, aux côtés d’associations comme ADRA, Artisanat SEL, la Fondation La Cause, Medair… Une vingtaine d’associations et organisations de solidarité internationale étaient inscrites, portant des projets aussi divers que l’accès à l’éducation, aux soins, l’accompagnement de victimes d’abus… Ce grand rendez-vous visait avant tout, comme le souligne dans cette émission Laura Casorio, responsable du service Envoyés du Défap, à «partager la mission d’une manière innovante». Et permettre de donner un éclairage différent sur l’engagement chrétien à l’international. Au-delà de l’aspect ludique, sportif et de recueil de fonds de «Hope 360», le deuxième rendez-vous de ce week-end, «Go 360», représentait une occasion de rencontre entre des jeunes intéressés par l’engagement, la mission à l’étranger, mais cherchant encore des pistes pour concrétiser. Les associations présentes lors de ce week-end, dont le Défap, animaient des stands d’information, avec des événements spéciaux et des rencontres.
Gros plan sur les envoyés du Défap
Courrier de mission du 23 octobre 2019.
Émission animée par Valérie Thorin sur Fréquence Protestante
Une information nécessaire pour bien cerner aujourd’hui les enjeux de l’engagement chrétien à l’international. Comme l’indique Laura Casorio au micro de Valérie Thorin, les missions que propose aujourd’hui le Défap pour des volontaires voulant partir à l’étranger s’inscrivent dans un cadre général, qui est celui de relations établies de longue date avec des Églises présentes dans de nombreux pays – notamment en Afrique. Ces missions sont très diverses, impliquant donc différents cadres juridiques et différents statuts pour ceux qui partent : il y a des VSI (Volontaires de Solidarité Internationale), des Services Civiques, et même des pasteurs… Les objectifs ne sont pas les mêmes et les attentes sont très différentes ; les missions sont en fait co-construites avec les Églises partenaires, répondant à des besoins sur place ; et ces missions elles-mêmes ne sont qu’un des aspects des relations entretenues avec ces Églises. Le Défap soutient ainsi des projets, notamment de santé ou d’enseignement, peut aider à financer des structures ; les volontaires (les «envoyés» dans la terminologie du Défap) partent souvent pour jouer un rôle dans ces projets… Mais de même qu’il envoie, le Défap accueille aussi : c’est le cas de nombreux boursiers, qui viennent en France pour des recherches universitaires ou des formations, et qui seront souvent amenés par la suite à jouer un rôle important dans leurs Églises d’origine.
Quels que soient le cadre d’envoi et le statut des envoyés, le Défap est très attentif à la fois au recrutement et à la formation de celles et ceux qui seront amenés à partir en mission. D’où l’obligation pour tous de participer à une session de formation, qui est organisée chaque année dans la première partie du mois de juillet, et qui constitue, avec l’accompagnement dont bénéficient tous les candidats au départ, une des marques distinctives du Défap.
Hope 360 : de partout vers… Bafia
J-1 pour l’événement solidaire HOPE & GO 360, qui se déroule ces 19-20 octobre à Valence. Pendant que les bénévoles sont à pied d’œuvre pour les derniers préparatifs, les membres de la vingtaine d’associations et acteurs de la solidarité internationale qui participent à l’événement mobilisent leurs équipes et se rendent sur place. C’est le cas du Défap, dont une bonne partie des permanents seront présents à la fois lors de la course, et sur le stand qui accueillera, à l’occasion de GO 360, tous les jeunes intéressés par l’envoi en mission et les dispositifs d’engagement à l’étranger. Et autour du projet porté par le Défap, la réhabilitation de l’hôpital de Bafia, les bonnes volontés se multiplient : en France, mais aussi au Cameroun, où l’on va courir aussi pour l’hôpital ; et même à Madagascar…
HOPE & GO 360, le grand-rendez-vous de ce week-end des 19-20 octobre mis sur pied par le collectif Asah, c’est deux événements en un : le premier, largement ouvert au public, est une course solidaire (HOPE 360). Il s’agit de courir pour récolter des fonds et susciter les engagements en faveur d’un projet que l’on veut promouvoir. Une vingtaine d’associations et organisations de solidarité internationale sont inscrites et portent des projets aussi divers que l’accès à l’éducation, aux soins, l’accompagnement de victimes d’abus… Les coureurs, en s’inscrivant, choisissent le projet qu’ils comptent promouvoir. Tous vont se retrouver dès ce samedi 19 octobre au parc de l’Épervière, à Valence, pour une journée à la fois sportive (un peu…), conviviale (surtout !), marquée par une série de courses organisées sur deux parcours (1,7 km et 6,8 km), avec possibilité de courir, marcher, faire du vélo ou… d’utiliser tout autre moyen de transport à roues non motorisé. La seule limite étant, pour cette dernière course, l’imagination des participants… Quant au deuxième événement, GO 360, qui suit directement HOPE 360 et durera jusqu’au dimanche, c’est une occasion de rencontre entre des jeunes intéressés par l’engagement, la mission à l’étranger, mais qui cherchent encore des pistes pour concrétiser. Les associations présentes lors de ce week-end animeront des stands d’information, avec des événements spéciaux et des rencontres.
Donner, courir, marcher… en France, au Cameroun ou à Madagascar…
Le Défap est présent aux deux : à la fois HOPE 360 (pour lequel l’équipe est largement mobilisée) et GO 360 (vous êtes donc cordialement invités à venir voir le stand du Défap !). Et pour cette première participation à cette première édition de cet événement solidaire «deux en un», le Défap porte comme projet la réhabilitation de l’hôpital de Bafia, et le soutien à son médecin-chef, le docteur Célin Nzambé. Avec une spécificité : ce samedi, au moment même où les coureurs s’élanceront sur les parcours du parc de l’Épervière, d’autres seront engagés aussi dans une course au Cameroun pour soutenir le même hôpital. Et de même qu’une cagnotte a été lancée en France pour Bafia, au Cameroun aussi on donne pour l’hôpital : une collecte spéciale a été organisée (500 CFA sont demandés par coureur) pour aider à réparer un lit d’accouchement, adapter un brancard pour sortie des malades et acheter un pèse-bébé. Quelques euros investis peuvent faire beaucoup sur place ! Voici quelques exemples :
un accouchement coûte 11 500 francs CFA (6 500 pour l’acte médical + 5 000 pour le matériel), soit un total de 17,50 euros
une opération : 60 000 CFA pour une hernie (91 euros), 120 000 pour une césarienne (182,30 euros)
une table d’accouchement : 320 000 CFA (486 euros)
une table d’examen : 150 000 CFA (228 euros)
un tensiomètre électrique : 30 000 CFA (45,50 euros)
un déambulateur : 25 000 CFA (38 euros)
un doppler fœtal (pour écouter le cœur du bébé) : 120 000 CFA (182,30 euros)
Cette course au Cameroun verra notamment la participation d’Amandine Drouaillet, actuellement envoyée du Défap sur place, pour assister l’équipe du docteur Célin Nzambé. Aurélie Chomel, qui l’avait précédée, pourra de son côté témoigner de son expérience à Valence, sur le stand du Défap. Elle aura l’appui de Patricia Champelovier, également infirmière, qui a elle aussi fait le voyage à Bafia pour soutenir le projet, et qui est en outre présidente du conseil presbytéral de Saint-Péray au sein de l’Ensemble Valence-Deux-Rives. Ci-dessous, vous pouvez retrouver un témoignage d’Aurélie lors de sa mission à Bafia, où elle a appuyé l’équipe du docteur Célin Nzambé :
Et comme l’engagement pour Bafia fait boule de neige, à Madagascar aussi, ce sera non pas une course, mais une marche qui va être organisée par le pasteur Raymond Rakotoarisoa pour soutenir le projet porté par le Défap à Valence. Il s’occupe actuellement d’une paroisse de la FJKM située à une vingtaine de kilomètres de la ville d’Antsirabe, après avoir été pendant des années en poste à Faratsiho, dans la partie centrale de la région de Vakinankaratra, sur les plateaux. Il avait déjà participé avec la pasteure Tünde Lamboley, du Défap, à un échange avec la région Centre-Alpes-Rhône de l’Église protestante unie de France, qui s’était traduit par un voyage de Français à Madagascar en 2014, et un voyage retour de Malgaches en France en 2016. La FJKM, dont il fait partie (Fiangonan’i Jesoa Kristy eto Madagasikara, l’Église de Jésus-Christ à Madagascar en malgache) est l’une des deux Églises partenaires du Défap dans ce pays avec la FLM (luthériens). Elle est née en 1968 de l’union de trois Églises protestantes malgaches historiques, à savoir celle issue de la Société missionnaire de Londres, celle issue de la Société des missions évangéliques de Paris (ancêtre du Défap), la troisième provenant de la Société des Missions étrangères des Amis (aujourd’hui Paix et témoignage social quaker). Plus grande Église chrétienne du pays, elle compte environ 11 millions de membres. La FLM, pour sa part (l’Église luthérienne malgache, en malgache Fiangonana Loterana Malagasy), était née née dès 1950 de la fusion des sociétés missionnaires luthériennes présentes dans l’île.
Toutes les bonnes volontés sont les bienvenues, et tous les dons peuvent sauver des vies ! Car avant de soigner les malades de Bafia, il faut soigner l’hôpital. C’est ce que vous pouvez faire en soutenant le travail entrepris par le docteur Célin Nzambé. Dans la vidéo que vous pouvez voir ci-dessous, il explique dans quelles conditions il intervient, au cours d’un entretien réalisé durant l’été 2018 par Jean-Marc Bolle, qui s’est rendu sur place.
Et vous, le 19 octobre, vous joindrez-vous à l’aventure ?
Un appel du Synode Arabe après l’attaque turque en Syrie
Le Défap relaie ici des nouvelles des communautés chrétiennes de Syrie, fournies par l’un de ses proches partenaires, l’ACO (Action Chrétienne en Orient). Il s’agit, fait rare, d’un témoignage direct et d’un appel du pasteur Joseph Kassab, Président du Conseil suprême des communautés évangéliques en Syrie et au Liban. Il a été diffusé le 11 octobre, en pleine offensive turque dans le nord de la Syrie. Cette opération militaire, permise par le retrait des forces américaines – un retrait extrêmement critiqué, en Europe et aux États-Unis mêmes – est entrée, ce lundi 14 octobre, dans son sixième jour.
La dernière invasion de territoires syriens dans le Nord-Est par la Turquie a ouvert une nouvelle phase dans la guerre en Syrie. L’administration américaine a décidé d’abandonner à leur sort les kurdes en les livrant à la Turquie après les avoir utilisés durant les quatre dernières années pour combattre Daesh. 60 000 combattants, pour l’essentiel des kurdes, ont été recrutés et armés par les USA sous le titre « forces démocratiques syriennes ». Aujourd’hui, l’administration Trump a conclu un accord avec la Turquie pour créer une zone de sécurité de 30 km le long de la frontière entre la Syrie et la Turquie. Le but déclaré de cette opération est de repousser les milices opposées à la Turquie et ainsi les empêcher de perturber la sécurité nationale de la Turquie. Le deuxième but est de déplacer environ deux millions de réfugiés syriens se trouvant en Turquie dans la zone de sécurité.
Comme vous le savez peut-être, trois paroisses du Synode Arabe (National Evangelical Synod of Syria and Lebanon-NESSL) se trouvent dans le Nord Est de la Syrie, à Kamishlié, Hassaké et Malkié. Durant la guerre, cette partie du pays a connu une paix relative, mis à part des attentats à l’explosif et des attentats suicide opérés par Daesh, qui ont attaqué Kamishlié et ses Eglises, de même que le secteur chrétien de la ville. L’aéroport, qui a fonctionné durant toutes ces années sous le contrôle du gouvernement syrien, est aujourd’hui fermé, et cela est dû à la situation régionale actuelle.
Durant les trois derniers jours, j’étais en contact constant avec nos pasteurs à Kamishlié, Hassaké et Malkié. Ils m’ont transmis les peurs et les inquiétudes des 40 000 à 50 000 chrétiens qui vivent dans cette région. Comme l’ensemble des chrétiens en Syrie, les chrétiens du Nord-Est ne sont pas armés et n’ont pas d’autre ambition politique que leur désir pour une Syrie pacifiée et unie pour l’ensemble de ses citoyens.
Aujourd’hui, les chrétiens du Nord-Est [de la Syrie] sont coincés entre deux antagonistes qui se combattent. La Turquie veut étendre son pouvoir dans la région, en tant que gardienne des sunnites, et étouffer toute ambition kurde à obtenir l’autodétermination dans le Nord Est. De l’autre côté, les kurdes sont prêts à faire alliance avec n’importe quel super-puissance pour réaliser leur rêve et créer leur propre territoire sur le modèle du Kurdistan irakien.
La situation actuelle dans le Nord-Est de la Syrie est la suivante :
1. La source d’approvisionnement en eau à Ras El Ain a été bombardée, Hassaké souffre d’un manque d’eau potable alimentant les logements.
2. Les périphéries des villages et des villes sont bombardés par les turcs. Quelques tirs d’artillerie ont atteint le centre de Kamishlié.
3. Les écoles ont été fermées à Kamishlié, celles à Hassaké fonctionnent encore.
4. Kamishlié souffre du manqué de pain, tandis qu’à Hassaké a toujours accès à des boulangeries.
5. Les prix pour les besoins quotidiens ont très fortement augmenté, ainsi, la viande, qui coûtait 4000 livres syriennes / kg se monte ces derniers jours à 6000 livres syriennes, soit environ 10 US$. Le salaire moyen d’un syrien est de l’ordre de 80 US$ par mois.
6. L’hiver est à la porte, et les gens ont besoin de fioul domestique pour se chauffer.
7. Les gens de Malkié s’inquiètent du fait que les turcs puissent les atteindre, du fait de leur grande proximité avec la frontière
8. Les kurdes forcent les gens (âgés de 45 ans et moins), y compris les chrétiens, à combattre avec eux contre les turcs.
9. De nombreux chrétiens, qui ont des magasins dans les zones kurdes, ont cessé de se rendre à leur travail.
Nous restons attentifs à la situation, et vous demandons de prier avec nous le Tout-Puissant pour la paix. Les membres de nos communautés protestantes dans cette région se refusent à quitter leurs habitations à moins qu’ils n’y soient forcés. Soutenons-les et confions-les au Prince de la Paix, de telle sorte qu’il puisse leur donner la paix du cœur et de l’esprit en ce temps d’agonie.
Dans ce temps lourd de défis, nous restons attachés aux paroles de Jésus : « dans ce monde, vous avez peur. Mais prenez courage ! J’ai vaincu le monde ».
Pasteur Joseph Kassab, secrétaire général du Synode National Évangélique de Syrie et du Liban Président du « Conseil Évangélique Suprême de Syrie et du Liban» (l’équivalent d’une Fédération Protestante pour la Syrie et le Liban) (traduction de l’anglais : ACO)
Le Défap et l’ACO :
Le conflit syrien et, plus encore, l’apparition de Daech ont poussé beaucoup de Français, chrétiens ou non, à une prise de conscience à partir de l’année 2014 du sort des chrétiens d’Orient. Des ponts existent en outre, depuis longtemps, unissant les communautés chrétiennes entre l’Europe et le Moyen-Orient : la plus importante étant, côté catholique, l’Œuvre d’Orient. Il existe aussi des relations côté protestant : l’ACO (Action Chrétienne en Orient), partenaire direct du Défap, en est le meilleur exemple. L’ACO a été créée en 1922 par le pasteur Paul Berron. Témoin direct du génocide arménien au XXème siècle et du calvaire des survivants, il a vécu au Moyen-Orient entre 1915 et 1918. Aujourd’hui, en Égypte, en Syrie, au Liban mais aussi en Europe, l’ACO travaille au développement et au renforcement des communautés chrétiennes, ainsi qu’au défi que représente la cohabitation entre chrétiens et musulmans. L’ACO apporte un soutien financier, parfois en envoyant des personnes, organise des rencontres, fait un travail d’information. L’ACO collabore de manière quasi quotidienne avec le Défap, notamment pour l’envoi des volontaires en Égypte, au Liban… Depuis l’origine, elle a pour directeurs des pasteurs de l’UEPAL, Église membre du Défap qui lui apporte un soutien déterminant. L’EPUdF reconnaît aussi l’action de l’ACO, et la Fédération Protestante la considère comme son «expert» pour le Moyen Orient.
La sauvegarde de la création au cœur des Synodes régionaux de l’EPUdF
Le mois de novembre va être marqué par les synodes régionaux de l’Église protestante unie de France, l’une des trois unions d’Églises dont le Défap est le service missionnaire. Avec comme thème : «Écologie : quelle(s) conversion(s) ?», qui sera au centre du synode national en 2020. Cette question de l’écologie et de la sauvegarde de la création fait pleinement partie des préoccupations du Défap : elle figure dans son programme de travail, se retrouve à travers divers projets ou partenariats, ainsi que dans les thématiques de ses forums régionaux.
Les questions de justice climatique peuvent s’envisager de deux manières. Sur un plan juridique : les procès liés à la dégradation globale de l’environnement se sont multipliés au cours des dernières années. Depuis 2006, on compte plus de 1300 plaintes relatives au climat, déposées dans une trentaine de pays. Ces plaintes visant le plus souvent des gouvernements, ou parfois de grandes entreprises, ont surtout un effet d’interpellation. Mais la justice climatique a aussi un versant théologique, dont se saisissent de plus en plus les Églises, dans une démarche de plus en plus large, œcuménique… et militante. En témoigne une manifestation chrétienne internationale en faveur du climat qui se tient chaque année depuis plus de 10 ans : le «Temps pour la Création», traditionnellement organisé entre début septembre et début octobre – plus précisément entre le 1er septembre (début de l’année liturgique orthodoxe) et le 4 octobre (Saint François d’Assise, le saint patron des animaux et de l’environnement dans la tradition catholique), en passant par la fête des récoltes (parfois célébrée en milieu protestant)… Ce rendez-vous a été initié en Europe en 2007 ; en 2019, il a reçu un nouveau nom, celui de «Saison de la Création». Une appellation choisie de manière œcuménique au niveau international parmi l’ensemble des institutions chrétiennes.
Dans ces plaidoyers de chrétiens en faveur de la création, l’implication du Conseil œcuménique des Églises est particulièrement révélatrice : dès les années 1970, le COE a contribué à l’élaboration du concept de communautés durables. Depuis l’adoption, en 1992, de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, il est présent à toutes les conférences de l’ONU sur le climat – les fameuses «Conférence des parties» ou COP. L’implication d’Églises de toutes tendances dans ces rounds réguliers de négociations a commencé à recueillir un fort écho international à partir de 2013 et de la COP 19, qui se tenait à Varsovie. Au premier jour de la conférence, Yeb Saño, délégué des Philippines, annonçait qu’il ne mangerait plus durant toute la durée de la conférence, en solidarité avec son peuple victime du typhon Haiyan. Une initiative isolée qui, contre toute attente, devait se transformer en mouvement de fond : car 27 organisations religieuses, dont les délégués étaient rassemblés à Varsovie, avaient alors appelé à poursuivre le jeûne. De là était né l’appel de la Fédération Luthérienne Mondiale à une journée de jeûne par mois pour la justice climatique, jusqu’à la tenue, l’année suivante, de la COP 20 de Lima. En 2014, le nouveau round de négociations était précédé en septembre à New York par un Sommet sur le Climat voulu par Ban Ki-moon, alors secrétaire général des Nations Unies ; et parallèlement à cette réunion avait lieu dans la même ville un Sommet interreligieux sur les changements climatiques, organisé par le Conseil œcuménique des Églises et Religions pour la paix. En 2015, la COP 21, réunie au Bourget, près de Paris, voyait une multiplication d’initiatives communes entre protestants et catholiques avec notamment divers «pèlerinages climatiques» ; les initiatives catholiques étaient alors stimulées par la parution, au cours du mois de juin de la même année, de l’Encyclique du Pape François sur l’écologie humaine.
En France aussi…
Au niveau international, les initiatives sont donc nombreuses. Au niveau français aussi, les Églises s’engagent. Depuis 2015, la Fédération Protestante de France a mis en place une démarche de plaidoyer et a créé une commission Écologie et Justice climatique. Elle est aujourd’hui présidée par Martin Kopp, qui était présent à Varsovie lors de la COP 19 et a travaillé comme chargé de plaidoyer pour la Fédération luthérienne mondiale. Le Défi Michée porte quant à lui des appels très concrets liant écologie et justice sociale. On peut citer encore le mouvement Chrétiens unis pour la terre, qui a co-organisé les Assises chrétiennes de l’écologie à Saint-Étienne, ou la démarche initiée par le label «Église verte». Pour 2020, l’Église protestante unie a inscrit à son prochain synode national le thème de l’écologie. Dans cette optique, les Églises locales et paroisses ont été invitées à travailler sur le thème : «Écologie : quelle(s) conversion(s) ?», qui se retrouve désormais au centre des synodes régionaux qui vont se tenir tout au long du mois de novembre dans chacune des neuf régions de l’EPUdF. Des réunions auxquelles le Défap sera représenté, comme chaque année…
L’accueil du site egliseverte.org
Ce qui pose la question : et la mission dans tout ça ? On ne peut tout simplement pas imaginer l’annonce de l’Évangile déconnectée des motifs d’inquiétude et de souffrance de l’humanité. Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie dans l’espace protestant francophone, avait d’ailleurs consacré fin 2014 un numéro entier aux défis de l’écologie (PM n°69 : «Héritiers et témoins d’une terre promise»). Christian Bonnet, qui venait alors tout juste d’achever son mandat de secrétaire général du Défap, y écrivait dans l’éditorial : «La mission consiste à annoncer aux humains une bonne nouvelle qui les rejoint dans leurs préoccupations. À l’époque d’Esaïe, l’inquiétude porte sur la menace que font peser les grands empires colonialistes sur les États voisins. À l’époque de Paul, les fractures sociales au sein de l’Empire romain amènent les chrétiens à mettre en avant l’idée d’une humanité réconciliée par Jésus-Christ. Au 16e siècle, à la suite des grandes épidémies de peste, les gens s’interrogent avec angoisse sur une vie possible au-delà de la mort terrestre: l’annonce du salut met alors en avant l’idée de résurrection et de vie éternelle. Et pour aujourd’hui, où notre inquiétude porte sur la préservation de notre cadre de vie, où notre souci est de léguer une terre habitable à nos enfants, quelle pourrait être la bonne nouvelle qui serait pour tous les peuples le sujet d’une grande joie ?»
Au Défap aussi, la préoccupation de la sauvegarde de l’environnement est donc bien présente. Elle fait partie intégrante du programme de travail établi depuis 2015, et se retrouve à travers un certain nombre de projets : c’est le cas du soutien apporté à l’association Abel Granier, qui intervient en Tunisie sur les problématiques de désertification. C’est le cas du partenariat établi avec l’ALCESDAM, Association pour la Lutte Contre l’Érosion, la Sécheresse et la Désertification au Maroc, qui depuis trente ans intervient dans les zones de palmeraies de la province de Tata. Le Défap a aussi régulièrement des envoyés au sein du projet Beer Shéba à Fatick, au Sénégal, centré sur l’agro-foresterie durable. Il est l’un des membres fondateurs du Secaar (Service chrétien d’appui à l’animation rurale), un réseau de dix-neuf Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, présent dans une douzaine de pays, qui met en avant parmi ses principaux axes de travail l’agroécologie et le respect de l’environnement, en lien avec les droits humains.
Retrouvez ci-dessous quelques témoignages en vidéo illustrant la diversité des actions et des partenariats du Secaar :
Cette préoccupation globale trouve enfin des traductions locales dans les rencontres régionales sur la mission. C’était déjà le cas lors du «mini-forum» du Défap en région CAR, organisé en octobre 2018 avec le réseau Bible et création. Pratiquement un an plus tard, les questions liées à l’environnement et à la sauvegarde de la création se sont retrouvées au centre du forum organisé à Condé-sur-Noireau pour la région Normandie, et qui tournait autour d’un thème directement inspiré d’une citation de Gandhi : «Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre».
Session retour : revenir… et après ?
La session retour 2019 des envoyés du Défap s’est tenue au 102 boulevard Arago du 4 au 6 octobre. Une dizaine de volontaires de retour en France après avoir achevé leur mission étaient sur place. Ils étaient partis sous statut de VSI, de service civique, ou même en tant que pasteur… Ces trois journées leur ont permis de faire le point sur leur mission, d’évoquer ensemble ce qu’ils avaient vécu sur place… et de préparer l’avenir.
Jours de joie et jours de galère, moments partagés avec les partenaires sur place, moments de victoire en cours de mission, mais aussi moments de stress, de doute, de solitude… L’expérience de l’envoi en mission de solidarité internationale est toujours décapante. Elle pousse à des remises en question, change les perspectives que l’on peut avoir sur le monde, sur soi-même et sur l’avenir que l’on cherche à construire… Elle pose aussi la question de l’engagement lui-même, de son utilité, de sa durée, du cadre dans lequel il s’exerce…
C’est justement parce que tout envoyé qui part sera nécessairement confronté à de l’inconnu, à des expériences et à des rencontres qui auront un impact profond, que le Défap prépare soigneusement les envois en mission. C’est l’objectif des sessions qui se déroulent chaque année dans la première partie du mois de juillet. Elles constituent non seulement une obligation légale pour le Défap, mais aussi un préalable indispensable à tout départ de volontaire. De la même manière, les retours doivent être préparés. Avec le même sérieux et la même minutie : car on rentre nécessairement changé de l’expérience du volontariat. Il n’est pas question de revenir simplement prendre sa place dans son milieu social ou familial, dans ses études ou sa vie professionnelle : faute de quoi, le risque est grand de connaître un «choc du retour», rendant la réinstallation plus difficile que le départ lui-même. Un phénomène qui est de plus en plus pris en compte lors de séjours de longue durée, y compris dans le cadre d’études : les Canadiens, pionniers en la matière, commencent à y préparer leurs étudiants. «Les voyageurs savent qu’une adaptation est nécessaire quand ils partent à l’étranger, et c’est ce dépaysement qu’ils recherchent. Cependant, plusieurs présument que le retour se fait facilement, alors que la réintégration demande aussi une période d’adaptation. Ce décalage entre les attentes au retour et la réalité peut provoquer un ensemble de symptômes qui font partie de ce qui est appelé le choc du retour», détaille ainsi l’Université québécoise Laval.
Replacer chaque projet individuel dans un projet collectif
Ce qui est vrai pour des étudiants partant pour un échange entre universités l’est d’autant plus pour des volontaires partant pour une mission de solidarité internationale. Avec en outre des problématiques spécifiques de réintégration au retour de la mission : retrouver un logement, redémarrer un cursus d’études, trouver un emploi… Toutes ces problématiques sont abordées au cours de la traditionnelle «session retour» des envoyés du Défap, qui se déroule chaque année début octobre. Un moment clé de la vie du Défap, au même titre que la session de formation elle-même.
Chacune de ces sessions réunit les envoyés revenus de mission en cours d’année. Ceux-ci ont d’abord droit à une session de «débriefing» individuel, avant de participer à cette rencontre. En cette année 2019, elle s’est tenue du 4 au 6 octobre dans les locaux du Défap et a réuni une dizaine d’envoyés : certains partis sous statut de VSI, de service civique, ou même en tant que pasteur… L’occasion, tout d’abord, d’échanger entre eux sur leurs expériences : ces sessions représentent en effet l’un des rares moments de leur mission durant lesquels les envoyés, dispersés durant des mois entre l’Égypte, le Cameroun, l’Océan Indien… ont la possibilité de se retrouver ensemble et de partager une expérience commune. Ces «sessions retour» sont aussi l’occasion de préparer l’avenir, savoir comment «atterrir» dans une famille, un milieu social, une société française qui ont continué à évoluer pendant leur absence avec de nouvelles problématiques, de nouvelles préoccupations. Elles permettent enfin de replacer chaque projet individuel dans un projet collectif : car chacune de ces aventures vécue par les envoyés a été rendue possible par un cadre et par des relations établies de longue date entre le Service protestant de mission et ses partenaires. Il s’agit donc de faire en sorte que cette expérience du volontariat ne se limite pas à une parenthèse, ni pour les envoyés eux-mêmes, qui doivent pouvoir la valoriser dans la suite de leur parcours, ni pour le Défap, pour lequel ils peuvent désormais, après avoir joué le rôle d’envoyés, endosser celui de témoins.