RDC : un ancien boursier du Défap à la tête de l’ECC/Sud-Kivu

L’Église du Christ au Congo est l’un des «poids lourds» de l’espace protestant francophone : cumulant les caractéristiques d’une Église et d’une fédération, elle revendique plus de 25,5 millions de membres. Dans la seule province du Sud-Kivu, elle représente 2,25 millions de membres répartis dans plus de 2500 Églises locales. Le 13 décembre a vu l’installation officielle de son nouveau comité provincial, élu en janvier dernier, lors d’un culte à Bukavu ; le nouveau président de l’ECC/Sud-Kivu, Lévi Ngangura Manyanya, professeur d’Ancien Testament à la Faculté de théologie protestante de l’Université libre des Pays des Grands Lacs, est un ancien boursier du Défap.

Le culte marquant l’installation officielle des membres du comité dirigeant provincial de l’Église du Christ au Congo © RTNK

Il y a bien loin de Paris à Bukavu, de la chapelle du boulevard Arago à l’Église de la 8ème CEPAC Sayuni ; pourtant, la cérémonie qui s’est tenue le dimanche 13 décembre dans ce quartier de la capitale de la province du Sud-Kivu avait un lien très réel avec le Défap. Ce culte marquait l’installation officielle des membres du comité dirigeant provincial de l’Église du Christ au Congo, choisis le 23 janvier 2020 lors d’un synode électif tenu à Bukavu. Et le nouveau président provincial, le professeur Lévi Ngangura Manyanya, qui succède à Mgr Kuye Ndondo Wamulemera, est un ancien boursier et un ami du Défap.

Pour matérialiser leur installation, des insignes du pouvoir ont été remis au président de l’ECC notamment «la Bible, la croix, la charte et le sceau de l’Église du Christ au Congo». Le nouveau président provincial s’est engagé à servir le peuple de Dieu dans l’unité et la prière pour que la paix règne sur toute l’étendue de la RDC.

La RDC, plus vaste pays protestant d’Afrique francophone

Le professeur Lévi Ngangura Manyanya lors de l’élection du nouveau comité dirigeant provincial, le 23 janvier 2020 © Radio universitaire ISDR Bukavu

Pour bien se représenter ce qu’est l’ECC/Sud-Kivu, il faut d’abord avoir en tête ce qu’est la République Démocratique du Congo : le plus vaste et le plus peuplé des pays protestants de l’Afrique francophone. Dans cette seule province du Sud-Kivu, l’ECC revendique plus de 2,25 millions de membres, près de 3000 écoles, une trentaine de communautés ecclésiastiques et plus de 2500 Églises locales, plus de 6400 pasteurs, 326 institutions sanitaires, quatre universités regroupant plus de 3600 étudiants… À l’échelle du pays, regroupant une population de 77 millions d’habitants qui est à 80% chrétienne, le protestantisme représente une part de 40% ; et dans ce protestantisme congolais, l’Église du Christ au Congo cumule les caractéristiques d’une Fédération et d’une Église. Elle rassemble 64 communautés ecclésiales différentes (on préférera parler de «communautés» plutôt que «d’Églises» au sein de l’ECC), et toutes ces dénominations différentes se retrouvent lors d’un même synode. L’Église du Christ au Congo regroupe ainsi, au niveau national, 25,5 millions de membres répartis en 320.000 paroisses.

Lévi Ngangura Manyanya, nouveau président provincial de l’ECC pour le Sud-Kivu, était déjà doyen de la Faculté de théologie de Goma et professeur d’Ancien Testament. Il est aussi l’un des rares théologiens africains à être régulièrement publiés en Europe. Pour son livre «L’ancêtre Jacob – Israël et ses origines selon Genèse 25-36», publié en 2014 aux éditions Olivétan, il avait bénéficié d’une bourse du Défap afin de faire des recherches en France. Il avait auparavant écrit «Figures des femmes dans l’Ancien Testament et traditions africaines» (éditions L’Harmattan, avril 2011) et «La fraternité de Jacob et d’Esaü – Quel frère aîné pour Jacob ?» (chez Labor et Fides, octobre 2009).

Le Défap en République Démocratique du Congo :
  Le Défap travaille en lien avec les universités protestantes suivantes:
L’Université Protestante au Congo – UPC (à Kinshasa);
L’Université Libre des Pays des Grands Lacs – ULPGL (à Goma et à Bukavu);
L’Université Évangélique en Afrique – UEA (à Bukavu);
L’Université Presbytérienne du Congo – UPRECO (à Kananga).
Toutes ces universités comportent une faculté de théologie.
Le Défap échange avec les facultés de théologie partenaires en RDC notamment par l’envoi de professeurs et l’accueil de boursiers.



Nouveaux défis, nouveaux engagements : le Défap et l’écologie

Le Défap, c’est, depuis 50 ans, une relation entretenue entre Églises au près et au loin. Une relation qui passe par des projets, montés en concertation avec les Églises bénéficiaires et à leur initiative ; et par des envois de personnes qui obéissent à la même logique. C’est précisément cette logique, et ce fonctionnement en réseau, au sein d’un écosystème d’Églises, qui a conduit le Défap à s’impliquer de longue date dans des projets en lien avec la sauvegarde de la création, bien avant que cette thématique ne donne naissance à des opérations symboliques comme le label Église verte.


De quelle manière l’action du Défap se rend-elle visible dans les Églises ? Par des projets mettant en lien des communautés par-delà les frontières ; par des échanges de personnes – envoyés, boursiers, mais aussi enseignants… La thématique de la sauvegarde de la création, de plus en plus présente dans les préoccupations exprimées par les Églises en France et en Europe, ne semble pas, au premier abord, être typique de la « marque de fabrique » du Défap. Et pourtant…

Depuis sa création en 1971, le Défap est en lien, en réseau avec de nombreuses Églises du Sud (Afrique ou Océan Indien) ; or dans ces pays, les Églises ont un rôle social qui va très au-delà de celui généralement admis pour les Églises en France. Elles ont leurs écoles, leurs hôpitaux, leurs projets… et occupent des rôles dans la société qui, dans notre pays, reviendraient plutôt au milieu associatif. Les Églises sont donc directement en prise avec les problèmes les plus criants de la société ; et dans de nombreux pays du Sud, les défis climatiques sont, non pas une source d’inquiétude pour l’avenir, mais un problème majeur aujourd’hui même. On peut penser à la manière dont la désertification progresse dans les régions sud-sahéliennes, aux problématiques de déforestation à Madagascar (aggravées par des trafics encouragés par la corruption ambiante) ou encore à des phénomènes météo extrêmes comme ceux qu’a pu connaître le Mozambique, frappé en 2019 en mars, puis en avril par deux tempêtes dont chacune avait revêtu une ampleur inédite dans l’histoire du pays. De par ces relations, le Défap a été logiquement amené à soutenir des réflexions et des projets directement en prise avec les questions environnementales.

Sauvegarde de la création : comment le Défap s’implique (en vidéo)

 

Le Défap est ainsi un des membres fondateurs du Secaar, (Service chrétien d’appui à l’animation rurale), un réseau de dix-neuf Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, présent dans une douzaine de pays. Le Secaar cherche à promouvoir l’être humain dans toutes ses dimensions : spirituelle, sociale et matérielle. Ses actions se déploient selon cinq axes de travail : le développement intégral (considérer l’être humain comme une créature avec des besoins matériels mais également relationnels et spirituels), l’agroécologie (maintenir les équilibres des écosystèmes), le climat et l’environnement (système alimentaire mondial plus juste, avec respect de l’environnement), les droits humains (promotion de la dignité humaine et accès équitable aux ressources), et la gestion de projet (accompagnement et/ou suivi). Des priorités et des axes de travail qui trouvent de forts échos aujourd’hui dans toute la réflexion développée au sein des Églises sur la justice climatique. Au-delà de son soutien aux projets, aux ONG ou aux Églises membres, il cherche à apporter une réflexion théologique aux acteurs de développement et une réflexion sur le développement aux théologiens. Des actions pour lesquelles il travaille en collaboration régulière avec le Défap et son homologue suisse, DM-échange et mission.

Le bureau du Secaar

Au Défap, la préoccupation de la sauvegarde de l’environnement se retrouve aussi à travers divers projets récents : c’est le cas du soutien apporté à l’association Abel Granier, qui intervient en Tunisie sur les problématiques de désertification. L’association apporte son aide à différents acteurs de terrain : exploitations agricoles, coopératives et fermes écoles. Elle soutient aussi des étudiants en agronomie et les aide à s’installer comme agriculteurs sur des terres à réhabiliter. L’association met en œuvre une formation pratique et continue pour une agriculture respectant l’environnement, pour la préservation des sols vivants, et pour le bien être des hommes et des femmes. Cette action de formation s’exerce principalement en Tunisie, car c’est l’un des pays les plus exposés actuellement aux risques aggravants de désertification due au réchauffement climatique : une augmentation des températures de 2 degrés sur les dix dernières années a été constatée (Rapport de la FAO – 2010 et mars 2016), avec une perte de 15 000 ha/an par stérilisation progressive des sols.

C’est encore le cas du partenariat établi avec l’ALCESDAM, Association pour la Lutte Contre l’Érosion, la Sécheresse et la Désertification au Maroc, qui depuis trente ans intervient dans les zones de palmeraies de la province de Tata. Il est à noter que l’Église Évangélique du Maroc, partenaire du Défap, est membre fondateur de cet organisme. Ce qui illustre bien le rôle des Églises dans de nombreux pays du Sud en proie aux défis du réchauffement climatique : les défis sociaux concernent directement les Églises…

Le Défap a aussi régulièrement des envoyés au sein du projet Beer Shéba à Fatick, au Sénégal, centré sur l’agro-foresterie durable. Ses fondateurs sont Heesuk et Eric Toumieux, présents au Sénégal depuis une vingtaine d’années. Ils ont été envoyés du Défap en VSI de 2009 à 2015 pour Eric et à partir de 2015 pour Heesuk.

Cet aspect de réseau, d’écosystème, d’interactions, explique que le Défap ait pu inscrire les questions de sauvegarde de la création dans son programme de travail, sans avoir de manière visible élaboré une réflexion propre sur l’écologie. Le programme de travail établi en 2015, et qui a été prolongé jusqu’en 2020, énonce ainsi : «Nous invitons chaque personne, quels que soient ses origines ou son passé, à participer avec nous à la mission de Dieu qui est de travailler à la transformation et à la réconciliation de la Création tout entière, notamment en portant les préoccupations écologiques contemporaines.»

Le «mini-forum» de Condé-sur-Noireau (septembre 2019)

Cette réflexion sur les enjeux écologiques se retrouve aussi dans les forums régulièrement organisés par le Défap. Il y a en moyenne un «grand» forum organisé tous les quatre ans (le prochain, qui aura lieu en avril, tournera autour des enjeux de la mission aujourd’hui) ; et plus récemment, le Défap a initié des «mini-forums» – non pas petits par leur ambition ou leur thématique, mais simplement pour signifier qu’ils sont organisés, non au niveau national, mais au niveau régional ou consistorial. Les préoccupations environnementales y ont toute leur place. C’était déjà le cas lors du «mini-forum» du Défap en région CAR, organisé en octobre 2018 avec le réseau Bible et création. Pratiquement un an plus tard, fin septembre 2019, les questions liées à l’environnement et à la sauvegarde de la création se sont retrouvées au centre du forum organisé à Condé-sur-Noireau pour la région Normandie, et qui tournait autour d’un thème directement inspiré d’une citation de Gandhi : «Vivre simplement pour que d’autres puissent simplement vivre». L’occasion pour les participants de s’interroger sur leur engagement en faveur de la création. Et sur ses implications concrètes et quotidiennes. Comment avoir un discours qui ne cache pas la gravité des enjeux, mais qui puisse en même temps motiver au lieu de décourager ? Parmi les intervenants chargés d’introduire les débats devant la centaine de participants, on pouvait noter la présence de Martin Kopp, qui a été chargé de plaidoyer de la Fédération luthérienne mondiale pour la «justice climatique» et qui préside aujourd’hui la Commission «Écologie et justice climatique» de la Fédération Protestante de France.




Depuis 50 ans, une porte ouverte sur le monde




En chemin vers les Ateliers de la mission

Pourquoi des «Ateliers de la mission» ? Parce que la mission fait face à de nouveaux enjeux, qui nécessitent un nouveau témoignage ; parce que la distinction entre mission au près et mission au loin s’atténue avec la porosité des frontières ; parce que l’interculturalité se vit désormais au sein de chaque Église… Autant de problématiques qui seront au cœur du forum que le Défap organise en avril 2021, dans la foulée du colloque d’octobre 2019 qui a rassemblé au Défap près d’une centaine de représentants de l’EPUDF, de l’UEPAL et de l’UNEPREF, ses Églises fondatrices, autour du thème: «Vers une nouvelle économie de la mission: Parole aux Églises !».

«Nous avons devant nous un chantier complexe et passionnant. En même temps que le Défap réexamine son passé, ses richesses et s’interroge sur les nou­veaux contextes de sa mission, les Églises elles-mêmes, à la fois malmenées et enrichies par les défis actuels de notre monde, se posent des questions sur la manière de vivre leur(s) mission(s) aujourd’hui.

Nous avons donc tout à gagner en poursuivant en­semble notre réflexion et en bâtissant des projets com­muns. En tant que service protestant de mission de ses trois Églises fondatrices, le Défap se situe à la fois en leur cœur et à leur frontière, grâce aux relations privilégiées qu’il entretient avec des Églises d’ailleurs, à travers la Cevaa et au-delà. Cette position est riche, car elle rend attentif à la fois au trésor commun, qui est l’Évangile de Jésus-Christ, et aux différences d’expression de la foi et de la spiritualité chrétiennes. Cette attention fait naître des questions simples et profondes: sommes-nous vraiment conscients, les uns et les autres, que le christianisme, dont nous sommes tous héritiers, est un trésor en termes de spiritualité, de vision de l’homme et du monde? Peut-il y avoir un élan, un désir missionnaire sans cette convic­tion? Non pas dans un esprit de conquête, mais de par­tage, auprès comme au loin.

Un défi et une chance

Car nous apprenons chaque jour que, d’une part, le christianisme ne cesse de s’enrichir d’apports théolo­giques et spirituels venus des quatre coins du monde et des cultures, et que d’autre part nous nous inscrivons dans un monde de pluralisme religieux. Ces données nous obligent à penser, à réfléchir, à inventer, et cela représente un défi et une chance.

Lors des «Ateliers de la mission» qui se tiendront en avril 2021, après avoir revisité la mission vécue au sein du Défap et de la Cevaa depuis 50 ans, nous nous inter­rogerons sur l’actualité de la mission, intérieure comme extérieure, car elles sont désormais entrecroisées. Quelles sont nos capacités et nos modes de témoignage, impli­cites et explicites, mais aussi nos difficultés? En travaillant ensemble en atelier, autour des questions d’évangélisa­tion, de transmission intergénérationnelle, de formation interculturelle, de communication, d’entraide et de solida­rité, nous tenterons de partager de nouvelles dynamiques communes. Pour enrichir ce travail de réflexion, nous aurons la chance d’avoir avec nous des frères et sœurs venus de Suisse, du Maroc, de Tunisie, du Bénin et du Cameroun. »

Florence Taubmann

Les Ateliers de la Mission : déjà des questions

À l’heure qu’il est, nous ne savons pas si le Forum/Atelier des 9-11 avril 2021 pourra se tenir en «présentiel» et si nos invités étrangers pourront nous rejoindre. Mais nous pouvons déjà réfléchir aux questions ci-dessous.

  • Si la mission du chrétien est de partager l’Évangile, comment comprenons-nous ce partage ? Évangélisation explicite et/ou implicite au cœur des sociétés ? Pouvons-nous interroger notre désir et nos motivations ? En quoi la présence de chrétiens venus d’autres pays et d’autres cultures peut-elle changer nos manières de voir ?
  • Vivons-nous la transmission de la foi entre les générations comme une mission essentielle et universelle ? Quels freins théologiques, culturels, sociétaux rencontrons-nous ? Pouvons-nous échanger sur nos méthodes d’enseignement, nos manières de témoigner auprès des plus jeunes ?
  • Si nous considérons que le multiculturalisme est un enrichissement pour la société et les Églises, que proposons-nous pour que les nouveaux arrivants et ceux qui les accueillent puissent se rencontrer, s’expliquer, se comprendre ? Quels outils, quelles formations pour les communautés, les pasteurs, les étudiants, les professeurs ?
  • Si la mission est partage de la Parole, « de partout vers partout », elle se traduit par des projets concrets d’entraide et de solidarité. Du service de proximité au partenariat urbi et orbi, quelle articulation, quelle complémentarité, entre le croire et le faire ?



Prier pour l’Unité des Chrétiens

« Demeurez dans mon amour et vous porterez du fruit en abondance ». Pour ce mois de janvier 2021, la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens a été préparée par la Communauté monastique de Grandchamp.

Traditionnellement, cette semaine internationale de prière est célébrée du 18 au 25 janvier, entre la commémoration de la confession de foi de saint Pierre et celle de la conversion de saint Paul. Dans l’hémisphère Sud, où janvier est une période de congés, les Églises trouvent souvent un autre moment, par exemple aux alentours de la Pentecôte, qui est aussi une date symbolique pour l’unité. Ce grand rendez-vous est préparé conjointement par la Commission Foi et Constitution du Conseil œcuménique des Églises et par le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens (pour l’Église catholique). D’une année sur l’autre, il prend pour thème un verset différent de la Bible.

Traditionnellement, il est demandé à un groupe œcuménique local ou national à travers le monde de proposer un thème et de préparer des textes bibliques, des méditations pour chaque jour et une première ébauche de célébration œcuménique. Ensuite, une équipe rédactionnelle internationale constituée de représentants du Conseil œcuménique des Églises et de l’Église catholique romaine retravaille ce texte pour veiller à ce qu’il puisse servir de prière dans le monde entier et à ce qu’il soit lié à la quête de l’unité visible de l’Église.

Ce texte est publié conjointement par le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens et le COE, par les soins de sa Commission de Foi et constitution qui participe à tout le processus de son élaboration. La version définitive est alors envoyée aux Églises membres et aux conférences épiscopales catholiques romaines, qui sont invitées à le traduire et à l’adapter à leurs contextes spécifiques pour en faire usage.

Le thème choisi cette année, « Demeurez dans mon amour et vous porterez du fruit en abondance », basé sur le texte de Jean 15,1-17, exprime la vocation de prière, de réconciliation et d’unité dans l’Église et la famille humaine de la Communauté monastique de Grandchamp. Il indique également la mission de tout chrétien.

Ce thème de la Semaine de prière 2021 est une grande joie et une grande chance pour cette communauté monastique, qui rassemble des sœurs de différentes Églises et de divers pays, et présente depuis les années 30 dans ce hameau proche du lac de Neuchâtel, en Suisse. Il fait entrer dans son véritable lieu de vie. Il invite à habiter ses existences et le monde avec Jésus et de son point de vue. À l’image d’une agence immobilière, les Églises ont la mission d’aider chacun à trouver sa façon bien à lui de demeurer avec Jésus. Hôte du Seigneur, la communauté pratique l’hospitalité. Elle visite les demeures des autres chrétiens pour enrichir les siennes et accueillir les autres, particulièrement les blessés de la vie.




Séparatismes : la FPF publie une tribune critique dans les Échos

Le protestantisme français critique le projet de loi, devant être présenté au conseil des ministres le 9 décembre 2020 et « renforçant les principes républicains » : une loi peu attractive pour l’islam, limitante et intrusive pour le protestantisme, l’un des principaux cultes concernés par le nombre des associations cultuelles.

Très concerné par ce projet de loi modifiant profondément une loi dont il a été un des plus fidèles soutiens, le protestantisme français constitue environ les deux tiers des associations cultuelles 1905.

Alors que le projet de loi voudrait rendre attractive la loi 1905 pour enfin donner un cadre législatif à l’islam français, qui ne demande que cela depuis tant d’années, il ne satisfait personne. La lutte contre les séparatismes et la réponse apportée à la menace d’un Islam radical qui motivaient ce projet ne peuvent se réduire à ce seul texte.

Voici pourquoi le protestantisme français ne se reconnait pas dans un texte limitant la liberté de culte et principalement la sienne, et qui ne répond pas aux objectifs visés.

Contrôle accru de l’État sur la vie associative

Les lois de 1901 et 1905 étaient caractérisées par leur libéralisme, auquel tenaient beaucoup leurs auteurs respectifs : elles reposent sur la responsabilisation des instances des associations. Le projet de loi revient fortement sur une telle orientation, en développant le contrôle de l’État sur la vie associative. Cette accentuation porte sur certains points seulement pour les associations 1901 sans lien avec les cultes, mais est très forte pour les associations à objet cultuel. Quelle est la motivation d’une telle distinction, quand on sait que la plupart des associations à objet cultuel d’une part ne sont au bénéfice d’aucune aide publique, directe ou indirecte, et d’autre part ne participent ni ne contribuent aux actions terroristes, réprimées à juste titre ? Augmenter les contraintes et charges administratives des associations ne peut que rendre plus difficile leur fonctionnement.

Accroissement de la politique de surveillance et de contrainte, inutile et inadaptée

Le projet de loi accroît la politique de surveillance et de contrainte et prévoit notamment de revenir en arrière, à un contrôle par le préfet de la qualité d’association cultuelle, semblable à celui déjà mis en en œuvre entre 1988 et 2007. L’expérience a montré alors que soit les lourds dossiers établis par les associations cultuelles ne pouvaient pas être examinés par les préfectures, faute de personnel suffisant, soit que l’examen de ces dernières pouvait s’arrêter à des détails insignifiants (telle la remise en cause de la qualité de cultuelle sous le prétexte de l’existence de repas paroissiaux !). Or depuis cette précédente expérience, elles n’ont pas bénéficié d’augmentation du nombre des fonctionnaires, bien au contraire. Pourquoi revenir à une expérience qui a montré dans la plupart des cas soit son inutilité soit son inadaptation ?

On peut aussi se demander pourquoi est créée toute une procédure de déclaration et de contrôle relative aux fonds provenant, directement ou indirectement, de l’étranger, mais pour les seules associations à objet cultuel : de tels flux n’existent-ils pas aussi, et pour des montants bien plus élevés, pour d’autres domaines ?

Intrusion dans l’autonomie interne des Cultes

Le projet de loi veut introduire dans tous les statuts des associations cultuelles des dispositions sur certaines règles de fonctionnement, notamment relatives aux ministres du culte. Mais pour un grand nombre d’associations cultuelles, certaines règles régissant chacune d’elles ne relèvent pas de ses statuts : ces associations peuvent aussi reconnaître l’importance d’autres textes de référence, qui relèvent de leur union nationale, voire d’une autre autorité. Et l’article 4 de la loi de 1905 les oblige (à juste titre) à se conformer aux règles d’organisation générale de leur culte. Ainsi une telle demande – tout à fait nouvelle – méconnaîtrait l’autonomie interne des cultes, pour autant régulièrement affirmée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Par cette tribune, le protestantisme français demande qu’avant la publication des décrets une réelle et constructive concertation ait lieu, car c’est dans le détail de leurs énoncés que se vérifieront le pragmatisme et l’équité de la loi.

Nous devons rappeler que cette loi 1905, brandie comme un étendard par les tenants d’une laïcité restrictive de la liberté de culte, est en réalité une loi de liberté qui établit les termes du culte public. S’il n’avait été question en 1905 que du culte assigné à la sphère privée comme on le comprend trop souvent encore aujourd’hui, 115 ans après, point n’eut été besoin d’une telle loi. Cette loi rappelle en effet que si la République est laïque, la société elle-même dans son organisation ne l’est pas et doit être le lieu de la libre expression de tous les cultes. Les cultes signent par leur présence dans la société les deux dimensions qui se conjuguent : celle horizontale de la fraternité et celle verticale de la spiritualité.

Pasteur François Clavairoly,
Président de la Fédération protestante de France

Jean-Daniel Roque,
Président de la commission Droit et liberté religieuse de la Fédération protestante de France




Une réflexion sur «les fruits du Défap»

S’il n’est pas rare de s’interroger sur les «fruits de la Mission» ou de l’œuvre missionnaire, cette interrogation renvoie le plus fréquemment, dans le milieu protestant, à l’héritage de la Société des Missions Évangéliques de Paris. Que dire alors du Défap, né en 1971 et qui fête son cinquantenaire en 2021 ? De quelle spécificité peut-il se prévaloir ? L’article que nous reproduisons ci-dessous a été présenté par Gilles Vidal, professeur d’Histoire du christianisme à l’époque contemporaine à l’institut protestant de théologie de Montpellier, lors de l’AG du Défap du 30 mars 2019 : reprenant la réflexion sur les «fruits de la mission» visibles aujourd’hui à travers le Défap, il évoque ici les «enfants de la mission», les rencontres permises grâce aux activités et aux échanges du Défap, et la mémoire : «non seulement la mémoire des missionnaires européens, mais la mémoire des peuples et des Églises qui font partie de l’histoire et du présent du Défap».

Gilles Vidal (à droite) lors de l’après-midi de l’AG du Défap consacrée aux «fruits de la mission»

Premier fruit : nos enfants

Le premier fruit du Défap est à comprendre au sens très concret, celui de nos entrailles : ce sont nos enfants. Je m’explique : dans beaucoup de pays, on ne dit pas le Défap mais la Défap, preuve qu’il y a un féminin possible à cette vénérable institution. La Défap a donné naissance à beaucoup d’enfants. Telle Abraham, sa postérité est nombreuse et répandue sur toute la terre. Ce sont :

  • des enfants de missionnaires, de coopérants ou d’envoyés Outre-Mer qui sont nés ou ont grandi dans un pays étranger,
  • des enfants qui sont nés de couples dont l’un des conjoints est envoyé du Défap, l’autre issu de l’Église d’accueil partenaire d’un autre pays
  • des enfants de boursiers ou d’envoyés d’Outre-Mer par des Églises-sœurs —expression qui démontre qu’il faut une mère !— nés en France, ils sont enfants du Défap…

Quelle est la particularité de ces enfants ? Ce sont naturellement les plus beaux, les plus intelligents car ce sont les nôtres, c’est entendu. Mais surtout ce sont des enfants qui ont eu une immense chance ­— ils le disent eux-mêmes— d’avoir pu faire l’expérience de l’autre/Autre. Et ils se caractérisent généralement par :

  • une certaine ouverture d’esprit,
  • une grande sensibilité à l’altérité,
  • un sens aigu de la solidarité, du partage, de la justice en luttant contre contre le racisme par exemple,
  • une véritable tendance à relativiser certaines valeurs comme l’attachement aux biens matériels : après un cyclone ou une alerte au Tsunami, ils sont contents d’être vivants et tant pis si quelques affaires ont disparu…

D’un point de vue théologique, ces enfants du Défap me rappellent la métaphore qu’utilisait Calvin pour désigner l’Église : «si l’incarnation du Christ est bien le moyen singulier et premier par lequel Dieu s’accommode à nous, l’Église est un des moyens extérieurs ou secondaires par lesquels Dieu s’approche et se rend accessible.» L’Église est pour Calvin «la société où la foi peut naître, se nourrir et se renforcer, grâce à la double médiation de la parole et des sacrements, même si Dieu reste naturellement libre de communiquer sa grâce sans passer par l’Église (1)

Bien sûr, le Défap n’est pas une Église, mais au service des Églises, et il porte des fruits, dans cette même fonction de matrice qui est celle de l’Église : il nourrit, protège, éduque, soigne des enfants au sens très concret comme au sens spirituel. Ici, chez nous, et là-bas.

Des enfants qui s’engagent pour un monde plus fraternel ou, à tout le moins, plus solidaire et plus juste. Voilà le premier fruit du Défap, nos enfants, notre richesse.

Deuxième fruit : nos rencontres

Toute personne fréquentant le Défap à un moment ou à un autre, à quel titre que ce soit, fait des rencontres sur deux plans : personnels et communautaires.
Où puis-je, dans la même journée, croiser la Ministre de l’Éducation du Togo, le fils d’un ancien missionnaire de Nouvelle-Calédonie, un pasteur du Sud-Ouest (dont la mère est née au Lésotho), une femme pasteur hongroise, un professeur d’histoire cévenol ? Au 102 Bd Arago ! John Wesley a dit «le monde entier est ma paroisse», on peut le paraphraser sans honte : «le monde entier est au Défap» !

Parlons d’abord des rencontres personnelles :

  • qui, parmi les envoyés, ou anciens envoyés, n’a pas noué de relations amicales, et même plus qu’amicales, fraternelles avec des personnes d’autres Églises au service duquel il ou elle se trouvait ? Des relations intenses, qui durent, se transmettent même sur plusieurs générations. Il s’agit ici de relations transnationales.
  • mais les envoyés sont rarement isolés, dans leur Église ou institution d’accueil. Se nouent ici encore de solides amitiés entre envoyés et leurs familles : ceux qui sont là quand on arrive, ceux qui là sont en même temps, ceux qui prennent la suite… Ces amitiés, il s’agit ici de relations infranationales, peuvent aussi durer longtemps, prendre parfois la forme de réseaux, agacer même car cela peut faire un peu penser aux Anciens Combattants : il y a les anciens du Togo, de Madagascar, de la Calédonie, etc. Ces rencontres, ces amitiés qui sont aussi le fruit du Défap, sont inestimables, sans lui, elles n’auraient pas pu avoir lieu et l’on serait passé à côté de tant de «belles personnes» comme disent les Québécois.

Abordons ensuite les rencontres communautaires :

En effet, à travers le Défap, ce sont des Églises, des paroisses, des écoles ou Facultés, des hôpitaux, des orphelinats ou autres lieux que l’on fréquente. Des familles se créent, avec leurs temps de joie comme leurs temps d’épreuve. Et la rencontre se fait dans les deux sens : les boursiers du Défap ici — que l’on pense au programme ABS mis en place après les Accords de Matignon en 1988 — les envoyés, là-bas. Là encore ce type de rencontre est inestimable : il peut être drôle, il peut être solennel, il peut être tragique, marqué par le deuil : Je pourrai ici partager, si nous en avions le temps, bien des expériences d’une incroyable richesse humaine et spirituelle…

D’un point de vue théologique, l’on pourrait observer ici que tous les liens créés par ces rencontres qui relèvent de l’interculturalité ne sont pas si exceptionnels. Bien des expatriés, bien des fonctionnaires du Ministère des Affaires Étrangères ou de personnes travaillant dans les multinationales connaissent ce type d’expériences. Après tout, nous ne faisons que prendre part à la fraternité universelle et sa diversité qui fait que «tout être humain est appelé à entrer dans la dynamique de l’amour, du don et de la libération. Donner et recevoir, participer aux échanges, vivre la réciprocité et entrer dans la dynamique du don, voilà ce qui est souhaité dans les sociétés humaines (2)» comme l’exprime le professeur Pierre Diarra.

Certes, mais pour le Défap, celui ou celle qui vit ces rencontre se situe dans la conscience de faire partie d’un ensemble plus vaste que la fraternité humaine : l’Église universelle qui va «au-delà du don et du contre-don, au delà de la réciprocité … pour tendre vers la gratuité manifestée en Jésus-Christ (3)». La mission vécue dans la rencontre devient relève alors de l’ordre de la grâce.
Ces rencontres appellent de la part de tous la plus haute vigilance : il s’agit d’éviter les réflexes identitaires, les replis communautaristes, et l’agacement de celles et ceux qui critiquent les Anciens combattants de la mission est on ne peut plus légitime si ces derniers vivent leurs relations sur un mode exclusiviste.

La rencontre, personnelle ou communautaire, amène forcément à un déplacement, culturel certes, mais fondamentalement vécu sur la toile de fond de l’Église universelle. Elle conduit à un déplacement dans la foi, à une «intranquilité» pour reprendre l’expression de Marion Muller-Colard : «Intranquille est-on lorsque l’on se laisse regarder dans les yeux et interroger jusqu’au fond de soi-même par la parole singulière d’un autre. Et souvent, cet autre qui nous retourne n’était pas celui attendu (4).»

Ce deuxième fruit du Défap, la rencontre, nous déplace et nous décentre dans notre foi.

Troisième fruit : notre mémoire

Le troisième fruit du Défap que je nous engage à croquer sans modération est la mémoire. Non seulement la mémoire missionnaire, mais la mémoire des missionnaires. Non seulement la mémoire des missionnaires européens, mais la mémoire des peuples et des Églises qui font partie de l’histoire et du présent du Défap.

Qui aujourd’hui, dans l’immédiateté induite et encouragée par la technologie omniprésente dans notre société, se soucie du passé et des enseignements que l’on peut en tirer ? Et pourtant… Le Défap, par sa bibliothèque, ne porte pas un fruit, mais constitue une véritable plantation de fruits exotiques cultivés avec soin par notre bibliothécaire d’une main experte ! C’est le paradis des linguistes et des anthropologues qui pourront trouver dictionnaires, grammaires, iconographie rare, parfois unique. Le paradis des historiens ayant accès aux témoignages des institutions et des personnes, parfois à leur intimité, ce qui est très émouvant. Le paradis des théologiens devant la montagne de Bibles, catéchismes, recueils de chants d’Églises du monde entier, dans des langues inimaginables.

D’un point de vue théologique, cette immense richesse, ce «trésor caché» pour paraphraser l’Évangile se trouve là, sous nos pieds, dans les tréfonds et au rez-de-chaussée du Défap. Dans son commentaire du célèbre texte de Mat. 28, «Allez et de toutes les nations, faites des disciples», le théologien Jacques Mathey donne un sens très particulier à ce «Allez». Il écrit ceci : «Allez, cela signifie-t-il partir au bout de monde ? C’est sûrement l’une des significations du texte… mais peut-être pas la première comme le montre la comparaison avec Mat. 9,9-13. Jésus et les disciples y mangent avec des gens de mauvaise vie. Les Pharisiens […] critiquent Jésus […] qui s’adresse à tous en disant “Allez et apprenez que Dieu veut la miséricorde et le sacrifice“. Allez, c’est exactement le même verbe que dans notre texte […] il signifie : restez là où vous êtes, mais vivez différemment, changez d’optique. Apprenez à voir les choses sous l’angle de Dieu. Matthieu 28 concerne la mission au près autant qu’au loin (5)».

Voilà donc le troisième fruit du Défap, cette mémoire ­— très bien ­— conservée qui affleure et donne accès au savoir distancé, mais toujours bien vivant. Savoir sur soi-même, savoir sur les autres, savoir sur l’Autre. Trois savoirs qui rendent confiants pour l’avenir de la mission.

Mais il est temps de conclure. Pour être en bonne santé, les médecins recommandent cinq fruits et légumes par jour. J’en ai proposé trois à savourer délicieusement :

  • nos enfants et leur souci d’ouverture, de tolérance et de justice,
  • nos rencontres qui rendent concrètes l’Église universelle,
  • notre mémoire qui nous oblige à changer notre regard et à apprendre sans cesse du passé pour vivre l’espérance.

Gilles Vidal, Institut Protestant de Théologie – Faculté de Montpellier
30 mars 2019

 

(1) Emidio Campi, « Jean Calvin et l’unité de l’Église », Études Théologiques et Religieuses 2009/3, p. 4. En ligne : www.cairn.info

(2) Pierre Diarra, Évangéliser aujourd’hui, Le sens de la mission, Paris, 2018, Edition Mame, p. 32.

(3) Ibidem

(4) Marion Muller-Colard, L’intranquilité, Paris, Bayard, 2016, p.86

(5) Jacques Mathey, Vivre et partager l’Évangile. Mission et témoignage, un défi, Brière, Cabédita, 2017, p. 82.

 




Garder l’esprit et les yeux ouverts




En confinement, chanter et prier ensemble

Comment garder le lien au sein des Églises en période de confinement ? Des ressources existent pour ne pas rester isolés – notamment en ligne. Playlists et cantiques sur Youtube, cultes en ligne : petit tour d’horizon de ce que proposent les Églises membres du Défap. En attendant le retour des cultes en «présentiel», toujours conditionné à une amélioration de la situation sanitaire…

© Maxpixel.net

 

Même en version «allégée», ce deuxième confinement en quelques mois – confinement longtemps attendu et redouté – n’en reste pas moins lourd à porter et à vivre… et la vie d’Église ne fait pas exception. Avec son quota d’incertitudes : quand sera-t-il de nouveau possible de se retrouver lors d’une célébration commune ? «Afin de tracer des perspectives, qui reposeront sur l’amélioration des conditions sanitaires, le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur ont rappelé l’horizon fixé autour du 1er décembre prochain par le président de la République», ont indiqué les services de Matignon. Rendez-vous le 1er décembre, donc… et d’ici là, l’incertitude demeure. Une seule chose est sûre : si les cultes reprennent à cette date, ce sera dans un cadre très strict. Le ministère de l’Intérieur doit proposer un nouveau protocole «sous huit à dix jours», a indiqué le président de la Fédération protestante de France, François Clavairoly.

En attendant, les initiatives qui ont fleuri sur le web restent toujours aussi utiles et essentielles pour maintenir le lien. Cultes en ligne, chants et recueils virtuels de cantiques : chanter seul ou ensemble, mettre du rythme dans les journées, se laisser porter par les notes et les voix des autres, en ce nouveau temps de confinement il est toujours possible d’expérimenter «Que chanter c’est prier deux fois». Qu’il s’agisse d’animer des cultes et d’enrichir les vidéos, d’égayer un groupe de partage, de prier, de travailler en musique pendant le confinement ou après, diverses chaînes spécialisées se sont créées sur Youtube, dont celle-ci.

Et pour continuer à vivre sa foi en communion malgré le confinement, les Églises membres du Défap ont mis en ligne des listes de ressources, notamment avec des rendez-vous de cultes en vidéo : voici celles mises en ligne par l’Église protestante unie de France   :

L’UEPAL a aussi mis à disposition une liste de paroisses faisant des cultes en ligne : disponibles sur les sites internet des Églises, en live Facebook ou par Zoom, les initiatives sont nombreuses. Retrouvez-les ici.

Enfin, la Fédération Protestante de France, outre ses programmes propres, a elle aussi relayé des initiatives des Églises :




Ces richesses qui nous relient




Trente ans de relations Défap/Secaar sur Fréquence Protestante

Les actions du Défap se conçoivent avant tout au sein d’un écosystème fait d’Églises et d’institutions liées aux Églises. Exemple avec le Secaar (Service Chrétien d’Appui à l’Animation Rurale), dont le Défap est l’un des membres fondateurs, et qui regroupe aujourd’hui 19 Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe. Développement holistique, charte de genre, compensation carbone : sur Fréquence Protestante, les deux délégués du Défap au Secaar, Laura Casorio et François Fouchier, ont détaillé quelques-uns des enjeux de ce réseau.

Le bureau du Secaar

Depuis l’origine, la notion de réseau est une part fondamentale de l’identité du Défap : sa création en 1971 a coïncidé avec celle de la Cevaa, Communauté d’Églises en Mission au sein de laquelle prennent place une large part de ses actions ; il se présente comme le service missionnaire commun de plusieurs Églises protestantes de France (actuellement trois, depuis les créations de ces deux unions d’Églises que sont l’UEPAL et de l’EPUdF, mais leur nombre est allé jusqu’à cinq) ; et il entretient depuis longtemps des relations étroites avec nombre de partenaires associatifs dans le monde protestant. Ses projets, qu’ils se développent dans le domaine de la santé ou de l’enseignement, les rencontres qu’il permet, à la fois par l’envoi et par l’accueil de personnes, ont essentiellement pour but d’entretenir le lien entre Églises par-delà les frontières. Il a contribué à la création d’organismes très divers, toujours dans le monde protestant, avec à chaque fois ce même souci de maintenir le lien et les relations solidaires. Une conception qui permet au Défap d’être présent en de nombreux lieux, et partie prenante de nombre d’actions – même si cette présence reste parfois discrète.

Exemple avec le Secaar. Le Secaar, c’est déjà une trentaine d’années d’histoire et d’expériences, une approche bien spécifique mêlant étroitement spiritualité et solidarité ; et c’est aussi une organisation dont le Défap est membre fondateur, et avec lequel il entretient des liens suivis. Le Défap a ainsi deux délégués au sein du Secaar : Laura Casorio, responsable des envoyés au sein de l’équipe des permanents du Service Protestant de Mission, et François Fouchier. Ils apportent, l’une son expérience de l’envoi de personnes, l’autre ses préoccupations environnementales et son expérience du développement durable, et plus particulièrement en tant que délégué régional du Conservatoire du Littoral. Tous deux ont eu l’occasion de revenir sur les spécificités du Secaar à l’occasion de «Courrier de Mission», l’émission du Défap sur Fréquence Protestante, le 23 septembre dernier.

Le Secaar, avec Laura Casorio et François Fouchier

Courrier de Mission – le Défap
Émission du 23 septembre 2020 sur Fréquence Protestante

 

Au cours de cette émission, les deux délégués du Défap au Secaar ont ainsi pu revenir sur l’aspect novateur de ce réseau, qui regroupe aujourd’hui 19 Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe. Avec par exemple toute sa réflexion sur le développement holistique – une terminologie qui se réfère à des préoccupations que d’autres milieux d’Églises regroupent aussi sous le terme de «Mission intégrale». Le Secaar s’efforce en effet de promouvoir une vision dans laquelle les questions liées à l’économie et au développement sont en prise directe avec les questions de spiritualité : les deux ne s’opposent pas ; l’être humain est envisagé dans sa globalité, avec des besoins à la fois matériels et spirituels. Une perspective qui explique à la fois le mode de fonctionnement et nombre d’activités du Secaar : le réseau s’implique dans des actions de lutte contre la pauvreté, dans l’accompagnement d’organismes et de communautés qui s’engagent concrètement dans la protection de l’environnement, dans la promotion d’une agriculture durable, dans le respect de la dignité humaine… Dans son fonctionnement, il a dès son origine refusé tout déséquilibre entre ses partenaires du Nord et du Sud, ce qui s’est traduit dans sa gouvernance : chaque organisme participant a une voix, le siège du Secaar a été volontairement placé en Afrique, au Togo… Comme le souligne le Suisse Roger Zürcher, qui fut vice-président du réseau, «le plus souvent, les ONG du Nord possèdent des branches en Afrique. Le Secaar, lui, a de longue date son bureau à Lomé, et c’est une volonté de mettre plus de forces là-bas qu’ici». L’accent mis sur la dignité humaine s’est aussi traduit par la volonté d’intégrer dans ses statuts l’égalité des femmes et des hommes, mais aussi par la rédaction d’une charte que le Secaar a demandé à ses membres et partenaires d’entériner.

Les actions du Secaar se déploient ainsi selon cinq axes de travail : le développement intégral (considérer l’être humain comme une créature avec des besoins matériels mais également relationnels et spirituels), l’agroécologie (maintenir les équilibres des écosystèmes), le climat et l’environnement (système alimentaire mondial plus juste, avec respect de l’environnement), les droits humains (promotion de la dignité humaine et accès équitable aux ressources), et la gestion de projet (accompagnement et/ou suivi).Au-delà de son soutien aux ONG ou Églises membres, le Secaar cherche à apporter une réflexion théologique aux acteurs de développement et une réflexion sur le développement aux théologiens. Des actions pour lesquelles il travaille en collaboration régulière avec le Défap et son homologue suisse, DM-échange et mission : le Défap a, par exemple, envoyé la bibliste Christine Prieto pour travailler sur un cycle de formations bibliques, qui a abouti à l’édition d’un ouvrage conçu pour aider des groupes à réfléchir sur la question du développement dans une perspective biblique. DM fournit pour sa part un appui régulier à la communication du Secaar.  

Retrouvez ci-dessous quelques témoignages en vidéo illustrant la diversité des actions et des partenariats du Secaar :

 

 

 




Nouvelle-Calédonie : une Nation pour tous

Ce texte, que nous diffusons à l’approche du référendum du 4 octobre 2020 en Nouvelle-Calédonie, a été rédigé par le Pasteur Daniel WEA, de l’Église Protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie. Un texte qui reste marqué par la volonté de défendre l’identité Kanak – un sujet tellement sensible qu’il a largement influé sur la composition du corps électoral pour ces référendums d’autodétermination. Un texte qui se veut aussi politiquement engagé, et qui va au-delà des positions affichées aujourd’hui par l’EPKNC. Il ne se prétend pas porteur d’un discours officiel de son Église ; mais il est révélateur des évolutions et des interrogations qui l’ont traversée et la travaillent encore aujourd’hui, face à une société certes multiculturelle, mais divisée et où les Kanaks cherchent encore leur place, et où le «destin commun» évoqué par le préambule de l’Accord de Nouméa reste encore à construire.

Août 2017 : lors du synode de l’EPKNC en Nouvelle-Calédonie © Défap

 

Nous sommes originaires d’un pays où la terre est mère nourricière mais où la terre-mère continue depuis la nuit des temps à dissimuler des vestiges de son histoire à ses enfants. Une terre d’accueil qui porte encore en elle des stigmates douloureux du passé et qui ne cesse de porter les inégalités et les injustices humaines à l’heure où on veut construire un avenir meilleur pour nos enfants.

À la veille du référendum du 4 octobre 2020 pour le « OUI » ou « NON » à l’indépendance de la Kanaky Nouvelle-Calédonie, le peuple de Dieu, habitant sur cette terre nourricière, est divisé entre deux groupes politiques représentant le clivage classique entre la droite représentée par les non-indépendantistes et la gauche par les indépendantistes. Deux groupes politiques qui s’opposent depuis 1946, la fin du régime de l’indigénat et des modalités du travail forcé mises en place par l’État français en 1887.

L’histoire de la Kanaky Nouvelle-Calédonie a été jonchée de périodes difficiles et douloureuses depuis la prise de possession de notre pays par l’État français en 1853.

Depuis, des hommes et des femmes, par leur foi en l’Évangile de Jésus-Christ avant tout et celle en leurs capacités humaines tout simplement, se sont toujours engagés à accompagner au mieux le peuple de Dieu dans ces traversées de désert.

Dans ces temps de confusion et de troubles, l’Église EPKNC a toujours relevé le défi d’accomplir sa mission d’accompagnement du peuple au travers des mots, gestes, messages, postures, mutations, développement et émancipation, grâce aux hommes et aux femmes auxquels Dieu a suscité une mission évangélique et sociale dans le pays.

La civilisation occidentale, et le développement socio-économique qu’apporte la colonisation en Nouvelle-Calédonie, génèrent inévitablement des clivages et des fractures sociales dans la population et notamment autochtone. Dans les années 1970, L’Église Évangélique en Nouvelle-Calédonie et aux Îles Loyauté s’inquiète du devenir de son pays et du bien-être de ses hommes et femmes, enfants de Dieu. Et en 1979, lors de son Synode à Guaru, Houaïlou, elle prend position pour l’indépendance de la Kanaky Nouvelle-Calédonie.

À la suite de cette prise de position pour l’indépendance en passant par la période de troubles et de révoltes (couramment appelée « les évènements ») de la population locale indépendantiste des années 80, et jusqu’à aujourd’hui, l’EENCIL a toujours joué un rôle important dans l’accompagnement du peuple de Dieu, dans la médiation entre les uns et les autres pour une stabilité sociale et économique, en référence à Christ et à son Évangile.

© WEA Kuanene Daniel

 

Dans sa démarche évangélique et son implication dans la vie sociale, culturelle, politique et syndicale dans le pays, l’EENCIL a œuvré avec les autres communautés chrétiennes, comme l’Église Catholique locale, pour la réconciliation des familles, des clans, des villages, et tout simplement des hommes et des femmes qui les composent, en veillant à leur restituer leurs droits, quelle que soit la couleur de leur peau.

À l’heure où les deux blocs politiques opposés s’acharnent encore à choisir le nouveau nom au pays, l’EENCIL, durant son Synode de 2014, à Thuahaik Lifou, opte pour le changement de son nom et devient « Église Protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie ». Une démarche qui s’inscrit encore dans sa mission d’accompagnement en témoignant et proclamant autour d’elle qu’il y a un temps pour chaque chose. Il y a eu un temps où l’on a fait la guerre et il y a eu un temps pour la réconciliation et voici venir le temps de se tenir la main pour construire ensemble notre pays d’aujourd’hui pour demain. Par son nouveau nom, l’EPKNC affirme solennellement son soutien et son désir de s’impliquer avec sagesse, humilité et respect dans la construction de notre pays sans faire de distinction entre les hommes qui l’habitent, tous enfants de Dieu.

Aujourd’hui le pays a besoin de se construire avec les vraies valeurs humaines c’est-à-dire culturelle, chrétienne, et socio-politique, et pour ce faire, il a besoin d’hommes et de femmes capables de dépasser les clivages de la société pour rassembler et fédérer, pour unir dans la diversité, ce que peu d’hommes peuvent faire : renoncer, partager et dessiner des chemins de croissance.

Malheureusement, la réalité et l’actualité politique locales révèlent que le peuple de Dieu, enraciné sur cette terre nourricière, assiste passivement à un débat politique décevant, décourageant et désorienté.

Ainsi, plus que jamais, le peuple se trouve en attente d’une parole, d’une déclaration pour redonner confiance à la communauté kanak qui s’est émiettée et à la population calédonienne en général. Les notions de « destin commun » ou de « citoyenneté commune » dont on espère l’émergence demeurent abstraites et insatisfaisantes, à notre sens. Chacun se réfugie derrière ses préoccupations, ses droits, négligeant en partie ses devoirs et ses obligations.

On a bien constaté chez nos politiciens non-indépendantistes et indépendantistes durant les dernières élections, l’absence totale d’une volonté d’unité politique pour construire l’avenir du pays et le destin commun tant clamé dans les discours et l’acharnement à la victoire exclusive.

Il nous paraît souvent triste de constater la pauvreté de la sémantique politique locale d’une part et d’autre de l’échiquier politique. Nombre d’entre eux, hommes et femmes, ont tendance à négliger le facteur humain et font apparaître qu’ils l’ont exclu de leur engagement et de leur combat politiques.

Il reste donc essentiel, pour que nos responsables politiques puissent mener humainement leur exercice, que l’Église accomplisse sa mission de veiller et de scruter, à tout moment, les signes des temps et de les interpréter à la lumière de l’Évangile, de telle sorte qu’elle puisse répondre, de la manière la plus adaptée possible à la réalité contextuelle, aux questions existentielles des hommes sur leur présent et leur futur ainsi que sur leur « vivre ensemble ».

À mon sens, l’Église en général a le devoir, non seulement parce que c’est sa mission, mais encore parce qu’elle est aussi actrice de la construction de notre pays, d’encourager chacun à s’élever et se situer au-dessus de la mêlée.

À mon sens, en rapport avec le devenir de notre pays, nous devons continuer à inviter les uns et les autres à reprendre souffle pour une compréhension de l’homme dans sa totalité et ne pas nous laisser entraîner par la séduction de l’argent, qui devient facilement une idolâtrie dans la politique économique actuelle et à nous inciter à bâtir une économie digne de l’humain ici dans notre pays. Nous devons veiller à préserver ou encourager les préoccupations d’ordre éthique en développant les notions de don et de gratuité au cœur même de l’économie. Cela pour répondre au scandale des inégalités économiques et sociales excessives entre les membres des familles humaines, afin de rechercher les conditions sociales qui permettront à notre communauté humaine, comme à chacun de ses membres de s’épanouir dans le bien et d’accéder au bonheur dans tout le pays.

À mon sens, pour ce faire, nous devons relever le défi de la foi et de la confiance en allons voter « OUI » le 4 Octobre pour l’indépendance de la Kanaky-Nouvelle Calédonie. J’estime que voter « OUI » c’est reconnaître le peuple Kanak premier occupant de cette terre et en droit de revendiquer son indépendance sur cette terre qui lui appartient. Aujourd’hui le Kanak ne peut accepter d’être toujours assisté et dominé par d’autres ethnies.

L’Évangile appelle « au soutien des opprimés ». Et comme nous rappelle la position de l’Église EPKNC en 1979, « la dimension universelle d’une Église nous rappelle que nous voulons être des responsables chez nous mais l’exigence évangélique nous demande aussi de respecter les minorités ».

La Kanaky appartenant historiquement au peuple Kanak, est devenue depuis Nainvilles-les-Roches le pays aussi des victimes de l’histoire.

Il est grand temps pour nous de faire chemin ensemble dans la construction de notre pays tout en respectant nos différences culturelles et politiques. L’indépendance est une solution pour réinventer une société en rapport avec le contexte cultuel et social de notre future nation, la Kanaky-Nouvelle Calédonie, digne de l’Océanie. S’engager pour un pays libre c’est accepter d’être « acteur » dans la construction de notre future nation et de pouvoir créer des nouvelles passerelles dans le Pacifique, dans l’Océanie et au niveau international car la liberté nous conduit à l’ouverture vers son prochain.

Que la paix de notre Seigneur vous accompagne et puisse aussi bénir notre pays la Kanaky-Nouvelle Calédonie.

Oleti *.

 

* Oleti signifie “merci” en Drehu, la langue Kanak la plus parlée en Nouvelle Calédonie