Éloigné, en confinement : parole à Zoé

Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Avec le Covid-19, d’autres problématiques se posent. Au travers de leurs lettres de nouvelles, les envoyés partagent leur ressenti mais aussi leurs questionnements.

 

Zoe Koch est VSI en Égypte avec l’Action chrétienne en Orient. Elle est en mission à la maison Fowler au Caire. En raison du confinement, elle a dû rentrer en France le 20 mars.

Jeudi 16 avril 2020 à Colmar, mais toujours un peu au Caire dans la tête et le cœur.

Aéroport Paris-Charles de Gaulle. 10h du matin. Ça y est, je suis en France. Mon masque est la seule chose qui soutient encore mon visage fatigué. Dehors, tout est vide. Il n’y a plus personne dans les rues de Paris. L’air frais me réchauffe curieusement le cœur, mais je n’oublie pas qu’il y a encore quelques heures, je marchais dans les rues étouffantes du Caire.

La crise que nous traversons tous en ce moment est amère, brute, difficile. Elle a radicalement transformé nos modes de vie, elle nous a fait réfléchir, repenser nos habitudes. Elle a fait émerger du beau, également. Pour moi, elle a d’abord été légère. En mission au Caire à la maison Fowler, nous nous sentions si loin de l’agitation. La crise sanitaire est rapidement devenue l’objet de nos conversations avec les collègues pendant les repas. Au début, nous ne l’abordions qu’à travers quelques blagues. En effet, nous en étions si loin qu’elle nous semblait presque irréelle. Puis nous avons pu goûter aux inquiétudes, aux peurs de nos proches restés en France tout d’abord, puis aux frissons naissants qui ont agité la population égyptienne. La nouvelle est finalement tombée : l’aéroport du Caire allait fermer, les écoles également. Les gens dans la rue étaient devenus méfiants : nous étions, bien malgré nous, les visages de ce virus. Tout est allé très vite. Nous avons été un petit peu secoués par la police locale, qui souhaitait ne plus voir d’étrangers sur les lieux de travail. Une décision devait être prise, une décision compliquée et triste, mais indispensable.

Nous avons eu un petit peu plus de 24 heures pour faire nos adieux au Caire.

On nous apprend à partir. On nous prépare au choc culturel, on s’y attend. Et parce que ça semblait loin dans nos têtes avant cette crise, on oublie le retour. Ce retour, il m’est tombé sur la tête et il m’a brisé le cœur. J’ai réalisé à quel point il était difficile de dire au revoir, qui plus est à des enfants. Ces quelques mois au Caire ont été riches, beaux, durs parfois. Et parmi toutes les richesses de ce pays, j’ai eu la chance et la joie de fréquenter la plus belle de toutes les richesses, ou plutôt « les plus belles de toutes » : les filles de la maison Fowler. Oh qu’il a été dur de prendre l’avion et de les laisser ! Nous avions commencé tant de choses, appris beaucoup aussi, j’avais plein de projets dans la tête. Le matin même, nous discutions avec les collègues d’un nouveau programme à essayer avec les filles pour compenser la fermeture des écoles. Mais le soir, nous étions dans le bureau de notre patronne, à discuter de notre départ précipité.

Ce retour m’a aussi offert un torrent de lumière. Avant de partir, les filles m’ont fait le plus beau des cadeaux, elles ont placé en moi un espoir si grand et si fort qu’il peut aller plus loin que les crises et les difficultés. Aujourd’hui, je suis triste, mais sereine, car je sais que cet espoir est en chacun de nous, il transcende nos êtres, il est universel. Que ce temps de crise nous aide à le repenser et à le saisir, à le partager aussi à ceux qui n’y croient plus.

Et puis, pour finir, j’aimerais citer une amie égyptienne qui me disait la chose suivante : للخیر كلھ « tout ira pour le mieux », comme le rappellent les chrétiens égyptiens pour se souvenir que le monde est fait d’amour et d’espérance, et qu’il y a toujours quelqu’un qui ne les laissera jamais tomber.
Prenez grand soin de vous et de vos proches.

Le grand marché

 




Éloigné, en confinement : parole à Tanguy

Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Avec le Covid-19 d’autres problématiques se posent. Au travers de leurs lettres de nouvelles, les envoyés partagent leur ressenti mais aussi leurs questionnements.

 

Tanguy Roman est en mission de service civique à l’école Kallaline à Tunis depuis sept mois. Il s’occupe d’activités d’échanges interculturels et linguistiques.

Mon séjour se passe très bien, sans soucis majeurs que ce soit du côté de l’école ou du travail. Amès, mon colocataire pour les quatre premiers mois, est parti début janvier en France pour finir son master si bien que je me retrouve avec une charge de travail un peu plus importante, surtout pour les remplacements que je fais seul maintenant. Courant janvier, un autre Français, Lucas, est venu trois semaines à l’école pendant ses vacances. Je me suis donc réellement trouvé seul début février. On me demande souvent si j’appréhende ce moment, mais pour l’instant je le vis bien. Nous nous entendions très bien, Amès et moi, mais la solitude va me forcer à me responsabiliser, et notamment à faire la cuisine !

Le travail m’intéresse toujours. J’apprends beaucoup même si parfois je me demande si je suis à la hauteur de la situation, mais j’essaie toujours de faire de mon mieux. J’ai très rarement des problèmes de langage bien qu’il soit parfois difficile de comprendre certaines attentes, car si les Tunisiens s’expriment très bien en français, leurs codes sont cependant différents. En ont découlé quelques incompréhensions, résolues rapidement et sans conséquence.

D’un point de vue pratique, j’ai l’impression de mieux m’en sortir : d’un côté les enfants commencent à comprendre la manière dont je fonctionne et je comprends de mieux en mieux comment les choses se passent. Le fait que les CP commencent un petit peu à pratiquer le français et à le comprendre aide aussi.

Le système éducatif tunisien particulier, plus proche de ce que j’ai vécu au lycée qu’à l’école primaire. Les enfants subissent beaucoup de pression, avec des évaluations notées régulières, ainsi que des examens en fin de trimestre, qui déterminent en partie leur passage pour l’année suivante et même leur futur dans le secondaire. En période d’examens, on perçoit que les enfants sont stressés par les épreuves.

Avec le départ d’Amès, mon quotidien s’est donc trouvé bousculé. Eh oui : davantage d’heures à l’école, plus de temps passé en cuisine, les jours filent plus vite.

D’un point de vue social, pas de soucis : entre l’école et l’ERT, (Eglise réformée de Tunis), je vois du monde, même si la plupart des gens que je côtoie sont eux aussi des expatriés, venus des quatre coins de l’Afrique, ou des gens de l’école. Mais avec le sport, et la facilité qu’ont les Tunisiens pour venir parler, je commence à connaître pas mal de monde. C’est assez intéressant de voir comment tous voient l’actualité.

J’ai aussi eu la chance de recevoir mes parents et mon petit frère courant février. Ils sont venus avec un bon guide touristique acheté en librairie et ont bien préparé ce qu’ils voulaient visiter. Je me suis rendu compte, à cette occasion, que mis à part les lieux les plus connus, je n’avais pas fait énormément de tourisme : on dirait bien que je suis en Tunisie pour travailler et non pour des vacances.

Au moment où j’écris ces lignes, il y a presque quarante cas de Covid-19 en Tunisie. Pour le moment, ce sont les vacances scolaires, qui ont commencé trois jours plus tôt pour des raisons sanitaires. Un couvre-feu a aussi été déclaré de 18 heures à 6 heures du matin. Beaucoup de « fake news » tournent en Tunisie sur les réseaux sociaux, parfois repris par les médias, notamment à propos des mesures prises en France. C’est assez difficile de savoir comment réagir quand quelqu’un affirme que la France paye le loyer et les dépenses d’eau de gaz et d’électricité pour tous les Français, en citant un article d’un journal tunisien. Fort heureusement, les gens commencent a prendre conscience de la réalité du problème et des gestes élémentaires à faire pour se protéger.

 




Éloigné, en confinement (6)

Les boursiers du Défap vivent le confinement, éloignés de leurs proches. Ils nous font partager leur ressenti à travers un « billet d’humeur ».

 

Fidèle Fifamè HOUSSOU GANDONOU

Théologienne, Pasteure de l’Église protestante méthodiste du Bénin (EPMB), professeure d’éthique à l’Université protestante d’Afrique de l’Ouest (UPAO, Porto-Novo), Fidèle Fifamè HOUSSOU GANDONOU est l’auteure de plusieurs articles scientifiques et d’ouvrages, notamment : Les fondements éthiques du féminisme : une réflexion à partir du contexte africain, Globethics.net. 2016 ; La violence sexuelle parmi les adolescents : une réflexion théologique et éthique, PBA, 2018.

Pandémie du coronavirus : vers une renaissance des cultes personnel et familial

«L’être humain est plein de bonne volonté mais il est faible » (Marc 14, 38 b)

La pandémie aiguë de Covid 19 qui bouscule tout, et qui a empêché mon voyage d’étude en France pour le mois de mai, est aussi une réalité au Bénin. Ici, ce n’est pas encore le confinement total comme c’est le cas dans les pays occidentaux. En revanche, des mesures sont prises par le gouvernement pour interdire tout déplacement au long d’un cordon sanitaire comportant douze villes et communes. Les écoles, églises, mosquées sont fermées, tous les grands rassemblements sont interdits et les transports en commun sont en service réduit. Après la déclaration du premier décès suite à une contamination par le virus, le gouvernement a rendu le port du masque obligatoire.

L’inquiétude née de la propagation du coronavirus est là et l’on est dans l’obligation de respecter des mesures gouvernementales. Nous aussi, Béninois, subissons l’annulation des festivités, la fermeture des frontières, la hausse des prix des transports. Le lavage des mains à chaque moment et partout est systématique; se masquer la bouche et le nez, saluer à distance, organiser les inhumations dans la stricte intimité familiale, sans culte ni veillée sont des attitudes rigoureusement observées. Avouons-le, cette crise sanitaire est en train de changer nos mœurs et habitudes.

Nous vivons une crise sanitaire mondiale qui n’épargne personne et montre que les valeurs d’égalité et de solidarité doivent être revisitées. On dirait une troisième guerre mondiale qui, au lieu d’utiliser des armes à feu, utilise la maladie pour détruire l’humanité. C’est aussi l’impuissance des uns et des autres qui se remarque. Les rêves et projets que nous avions construits pour cette année 2020 sont chamboulés, ils s’estompent au contact de la pandémie. Tout ceci est la marque des limites humaines et nous impose la confession de notre faiblesse.

Même si le télétravail est une réalité ailleurs, ici au Bénin cela ne peut pas être pratiqué à cause des conditions précaires et de l’instabilité de la connexion internet.

Nous avons aussi que si nous sommes touchés, et nous espérons vivement que ce ne sera pas le cas, les femmes seront les premières victimes car elles sont sur les marchés et dans les rues pour la vente et le commerce informels.

Nous devons être attentifs et faire preuve d’une grande solidarité, et surtout respecter les mesures gouvernementales. En plus, le fait d’être privés de nos lieux de culte nous interpelle sur notre relation profonde avec Dieu, avec notre prochain et avec la nature. Les églises et les mosquées sont des lieux de prédilection pour les Africains et si la pandémie les empêche de s’y rassembler alors il est question de revisiter notre gouvernance religieuse et notre éthique d’adoration. Le culte dans les églises étant le dernier recours des Africains, ici au Bénin on constate la réinstauration du culte personnel, familial, et l’intensification du culte radiophonique. Pour nous, le Dieu que nous adorons est le Dieu des impossibles et il peut faire le possible dans nos impossibilités. Les maisons et les familles sont devenues des lieux privilégiés pour le recueillement et le partage de la parole de Dieu mais surtout de l’intercession pour demander le secours divin. Car notre espérance est que le plan de Dieu pour l’humanité est la vie, et non la mort. C’est à genoux et dans les prières que nous pouvons implorer son secours, car tout est possible à celui qui croit.

Dans la nuit de cette pandémie, nous sommes confortés dans notre foi et notre espérance que seul le Dieu de Jésus-Christ peut le possible. Chacun et chaque famille le prient et jeûnent afin que le virus soit anéanti partout dans le monde.

En tout cas, notre Dieu règne encore et même s’il semble loin en ce moment de tragédie sanitaire où les limites de l’être humain sont visibles, il agira à coup sûr. Et tout cela aussi passera

« …et il m’a dit: Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans ta faiblesse. Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi. » (2 Corinthiens 12,9)


Vous pouvez relire le témoignage de Jean Serge Kinouani Mizingou en cliquant ici >>>

Vous pouvez relire le témoignage de Laurent Loubassou en cliquant ici >>>

Vous pouvez relire le témoignage d’Étienne Bonou en cliquant ici >>>

Vous pouvez relire le témoignage de Jean Patrick Nkolo Fanga en cliquant ici >>>

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Éloigné, en confinement : parole à Soledad

Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Avec le Covid-19 d’autres problématiques se posent. Au travers de leurs lettres de nouvelles, les envoyés partagent leur ressenti mais aussi leurs questionnements.

 

Soledad ANDRE

Soledad ANDRE est en mission au Liban comme VSI Défap, en collaboration avec la FEP (Fédération de l’entraide protestante), pour travailler au projet des Couloirs Humanitaires.

Le chant des oiseaux se fait entendre dans les rues de Getawi, à Beyrouth, tandis que les premiers rayons de soleil réchauffent mon balcon en ce matin du 2 avril 2020. Depuis quelques semaines, les voitures ont déserté les principales artères de la ville, on n’entend plus le bruit des klaxons et des éclats de voix qui créent habituellement cette joyeuse cacophonie si spécifique à Beyrouth.

Rues désertes dans Beyrouth

Nous sommes en quarantaine depuis le début du mois de mars du fait de la pandémie de COVID-19. Le tout nouveau gouvernement libanais, conspué par les manifestants depuis le premier jour de sa désignation, a pris des dispositions dès le début de l’épidémie au Liban : graduellement, il a décrété la fermeture des crèches, écoles et universités dès le 2 mars, puis de tous lieux de loisirs tels que les bars, les boites de nuit ou les restaurants, puis ce fut le tour des commerces à l’exception des commerces de nourriture et des pharmacies. Le 15 mars, nous sommes passés en « mobilisation générale ». La majorité de la population s’est donc auto-confinée de manière assez disciplinée. Il n’y pas eu de scènes de panique dans les magasins comme on a pu le voir dans certains pays. Je suppose que les Libanais sont habitués aux coups du sort… Ce n’est pas la première crise qu’ils traversent ces dernières années, et c’est sans doute loin d’être la dernière.

Depuis le 28 mars, nous avons franchi une nouvelle étape dans la gestion de la pandémie : le gouvernement de Hassan Diab a mis en place un couvre-feu. Nous n’avons pas le droit de sortir de 19h à 5h du matin, et tous les commerces doivent fermer leurs portes à 17H. Paradoxalement, si les habitants restaient confinés avant cette mesure, il me semble que certains ont pris cette dernière comme une autorisation de sortie durant la journée. La discipline de la population libanaise s’est sensiblement relâchée depuis une semaine.

Nous avons pris la décision de suspendre les activités des Couloirs Humanitaires depuis le 11 mars dernier. Juste le temps pour moi de préparer le dernier voyage pour la France : vingt personnes ont ainsi pu partir le 15 mars, juste avant la fermeture de l’aéroport. Ce départ n’a pas été facile à organiser. Du fait de la pandémie, il nous a fallu modifier les dates, rassurer les équipes de réception en France quant à la mise en place des bonnes mesures d’hygiène au Liban, préparer les familles au contexte très particulier de leur arrivée, gérer le stress, la peur, rassurer…

Mais, cinq jours avant le départ, alors que j’accompagnais les familles pour leur enregistrement auprès des autorités libanaises et la préparation de leur visa de sortie, un des bénéficiaires du programme a été arrêté et mis en cellule. Son crime ? Il aurait utilisé une fausse carte d’identité à son arrivée au Liban, en 2017. L’utilisation de faux papiers n’est pas rare parmi les réfugiés syriens, en particulier parmi ceux qui ont tout perdu dans les bombardements ou les attaques du régime ou de l’opposition.

Groupe au départ le 15 mars

Ce n’est pas la première fois que nous devons faire face à ce genre de situation. Malheureusement, cette fois-ci, du fait du ralentissement de l’administration pour cause de pandémie, nous n’avons pas réussi à faire sortir ce jeune homme de prison à temps pour le départ.

Voilà donc plus de deux semaines que nous ne rencontrons plus les bénéficiaires du projet et que nous travaillons de chez nous. Il est donc temps d’avancer sur toutes ces choses que l’on met habituellement en attente par manque de temps : des formations en ligne sur le droit d’asile ou sur les différentes techniques d’entretien, le tri des dossiers, la protection des données, l’amélioration des préparations au départ pour les bénéficiaires… Nous avons encore de quoi nous occuper.

Le confinement serait-il donc l’occasion de simplement « prendre le temps » ? Pour nous qui avons le luxe de pouvoir travailler à notre domicile (tout du moins pour quelque temps), oui. Cette situation n’est toutefois pas tenable pour une grande majorité de Libanais, de Syriens ou de Palestiniens présents au Liban. Les 30 et 31 Mars 2020, des manifestations ont éclaté dans les banlieues sud de Beyrouth et à Tripoli, au Nord du pays. La population est en colère ; comment pourrait-elle se confiner et rester des semaines sans travailler dans un contexte de crise économique sévère ? Comment envisager un confinement dans des quartiers surpeuplés ? Et davantage dans les camps palestiniens tels que Sabra ou Chatila, semblables à de gigantesques bidonvilles, ou encore dans ceux, plus récents, des réfugiés syriens ?

Depuis plusieurs mois, le pays accumule les crises : en septembre 2019, des relations sont devenues plus que tendues avec Israël après l’envoi de deux drones chargés d’explosifs sur Beyrouth ; en octobre 2019, le début de la révolution libanaise sur fond de crise économique et financière, puis a suivi une crise politique et institutionnelle sans précédent depuis la fin de la guerre en 1991… Le 10 mars 2020, le Liban déposait le bilan. La crise sanitaire liée au coronavirus s’inscrit donc dans un contexte généralisé déjà particulièrement tendu.

De notre côté, au sein du programme des Couloirs Humanitaires, nous avons donc suspendu la plupart de nos activités pour le moment, mais sommes déterminés à reprendre le projet dès que possible, persuadés que ce programme est plus que jamais essentiel dans un contexte tel que celui dans lequel nous vivons aujourd’hui.




Éloigné, en confinement : parole à Louise

Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Avec le Covid-19 d’autres problématiques se posent. Au travers de leurs lettres de nouvelles, les envoyés partagent leur ressenti mais aussi leurs questionnements.

 

Louise Guillon

Louise Guillon est VSI à Mahanoro, sur la côte est de Madagascar. Elle est enseignante de français dans un collège-lycée de la FJKM.

Bonjour à tous !

Le 20 mars dernier, le président annonçait des cas de coronavirus à Madagascar. Depuis ce jour je ne travaille plus, l’école a fermé, l’église aussi. Comme beaucoup d’entre nous, cette pandémie nous met face à nos peurs, et même notre peur la plus profonde : celle de la mort. Désolée d’être aussi crue, aussi brute mais la vie à Madagascar m’amène sur ce chemin. En effet, depuis le début de cette merveilleuse aventure, j’ai été confrontée à plusieurs situations qui m’ont miss justement face à mes peurs, en lien avec la sécurité et la mort. Une fois de plus, ce que nous vivons me ramène à cela. Je trouve cette période si déroutante, vertigineuse et hors du temps. Dans ce contexte, depuis deux semaines, je prends le temps.

Je prends le temps de lire et d’écouter des choses en lien avec notre conscience d’être. Je prends le temps d’écrire, de composer et de chanter comme sur cette vidéo. J’y exprime ce que je ressens au plus profond de moi face à la pandémie. Je vois ce temps comme une pause nécessaire car nous ne faisions que de courir après le temps… Maintenant nous l’avons, pour aller à la rencontre de soi-même et de sa famille proche pour certains. J’y vois aussi un silence et une renaissance pour la nature.

« Je dépose là mon arc et ma cible »… Arrêtons de nous battre avec nos faux semblants, arrêtons de nous battre tout court.. Cela me paraît presque ancestral.

J’ai la chance de ne pas être (pour le moment) en confinement total, même si je reste plus longtemps chez moi, je vois encore deux ou trois amis et madame Lala. Je vais courir le soir à la plage et ces moments m’émerveillent, le coucher du soleil fait monter dans le ciel des tons roses et orangés. La lune aussi est là et m’éclaire pour rentrer chez moi, à travers des ombres des cocotiers. Ici les arbres sont grands et majestueux et les hommes plutôt petits et forts !

Bref, la vie est brute, époustouflante et magique. Les moments de partage avec mes élèves me manquent… J’espère que l’école rouvrira bientôt…

À suivre, pour de prochaines aventures !

Merci,

J’espère que vous allez tous bien.

 

Je m’abandonne aux possibles

Car l’abondance est inaudible

Le silence restera invincible

Je dépose là mon arc et ma cible

Moi la guerrière de ton âme

Drôles de prières, beaucoup de larmes

Des coups de pierres presque ancestrales

Ce n’est plus l’âge d’être en cage

C’est le sage qui tournera la page

Vois-tu maintenant l’enfermement ?

C’est l’enfer qui me ment

Car il prône encore une fois la dualité

À tous ces corps alités

Enveloppés de l’écume de sa Majesté

Ce blanc si pur de notre mer

J’abandonnerai mon être à la terre

Pour ne faire qu’un en cette nouvelle ère

Louise Guillon

écouter sa chanson >>>




Éloigné, en confinement (5)

Les boursiers du Défap vivent le confinement, éloignés de leurs proches. Ils nous font partager leur ressenti à travers un « billet d’humeur ».

 

Jean Serge Kinouani Mizingou

Jean Serge Kinouani Mizingou est pasteur de l’Église évangélique du Congo (EEC) dont il est membre du conseil synodal. Il est directeur de l’Institut de formation pastorale de Ngouédi et enseignant à la Faculté de théologie protestante de Brazzaville (EEC).

Mon séjour à Paris s’opère dans le cadre de la rédaction d’un livre portant le titre suivant : Les objets transitionnels du pouvoir divin : une enquête sur le bâton de Moïse et le manteau de Moïse. Un projet que pourraient publier les éditions Olivétan.

Tout allait bien depuis mon arrivée à Paris le 7 février dernier jusqu’à ce que les informations inquiétantes en provenance de Chine nous parviennent. Mes allers-retours entre les bibliothèques de l’IPT-Paris, la BOSEB (Institut catholique de Paris) et la Maison des missions ne comportaient rien d’inquiétant, mais connaissant Paris, une ville qui attire beaucoup de touristes, les risques de contamination et de propagation du virus étaient grands.

Depuis que les mesures de confinement ont été prises par les autorités françaises, jamais je n’aurais imaginé que les avenues et ruelles de Paris deviendraient aussi désertes.

A chaque fois que le Directeur général de la santé donne le bilan journalier de l’évolution de l’épidémie, je me sens comme poignardé en plein cœur ; les images des malades qui gisent sur les lits des hôpitaux me font frémir et me laissent sans voix. Une seule chose est certaine, ce virus est redoutable et l’expression « guerre » utilisée par le président Emmanuel Macron est exacte.

Quand j’essaie d’en parler aux amis et connaissances qui sont au Congo-Brazzaville, j’apprends que beaucoup pensent que le Covid-19 est une simple invention humaine qui comporterait des enjeux politiques, économiques et financiers. A la grande différence des pays occidentaux, les mesures de confinement au Congo-Brazzaville ne sont pas scrupuleusement respectées. D’aucuns croient même, et ils sont un certain nombre, que cette pandémie n’est qu’un simple mythe. Au 4e jour de confinement chez nous, les populations en ont déjà marre et se ruent dans les avenues de Brazzaville.

Paradoxalement, lorsqu’il y a eu un premier cas de décès du Coronavirus, les agents de santé, pris de panique, ont vidé les services hospitaliers. Il semble que maintenant l’anxiété l’emporte sur la quiétude que devait susciter le fait de rester chez soi.

Comme si cela ne suffisait pas, dans le domaine de la foi on entend des prédications qui évoquent déjà la fin des temps. Ici et là des prédicateurs prédisent le retour imminent de Jésus-Christ. Ce genre de prêche ne fait que renforcer la perplexité de certains curieux au point de se demander : qui est finalement à l’origine du coronavirus, Dieu ou la nature ? Autant de tergiversations qui nous font perdre notre précieux temps !

Pour moi l’heure n’est pas aux débats stériles et vides de sens, mais au confinement afin de sauver des vies. Et s’il faut réagir contre des hérésies que je qualifierais de virales, les Saintes Ecritures ne nous disent rien sur les origines de la maladie, mais bien plutôt comment et par qui nous devons retrouver la guérison. Jésus durant son règne terrestre n’avait pas besoin de savoir d’où venait la maladie, seule sa parole libératrice et miraculeuse suffisait pour que le boiteux marche, et que le lépreux retrouve une peau saine.

L’heure n’est pas non plus à atermoyer entre des discours mythiques, effrayants et spirituels. On ne tente pas Dieu. Il a d’ailleurs lui-même recommandé à ses serviteurs d’aller se confiner en cas de danger. C’est le cas du prophète Elie qu’il envoya se réfugier près du torrent de Kerith à cause d’une grande sécheresse dans le pays (1R 17.3). Et le confinement égyptien de l’enfant Jésus avec ses parents en Mt 2.1315 en dit long.

Aujourd’hui, il ne nous est pas permis de forger des idéologies fantaisistes, car elles n’aideront en rien les hommes de science à chercher un traitement curatif. Que puis-je faire de mieux, en dehors de mes instants de prière, si ce n’est, chaque jour à 20 heures, au balcon de ma maison comme tous les concitoyens, participer aux crépitements des applaudissements afin d’encourager les efforts de ces hommes et femmes qui sont sur le front de cette guerre virale. Restons chez nous pour sauver les vies !


Vous pouvez relire le témoignage de Laurent Loubassou en cliquant ici >>>

Vous pouvez relire le témoignage d’Étienne Bonou en cliquant ici >>>

Vous pouvez relire le témoignage de Jean Patrick Nkolo Fanga en cliquant ici >>>

Vous pouvez relire le témoignage d’Adrien Bahizire Mutabesha en cliquant ici >>>




Éloigné, en confinement : parole à Manon

Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Avec le Covid-19 d’autres problématiques se posent. Au travers de leurs lettres de nouvelles, les envoyés partagent leur ressenti mais aussi leurs questionnements.

 

Manon Grosbois à Madagascar

Manon Grosbois est actuellement à Madagascar. Elle a envoyé sa lettre de nouvelles, publiée ci-dessous, peu de temps avant le confinement. Depuis les nouvelles mesures, elle travaille ses cours dans l’optique d’une reprise : « Je vais bien. Je reste à la maison chez mes amis mais nous avons tous le moral. Le président prend la parole chaque soir, Antsirabe n’est pas confinée mais le maire prend des mesures avec la fermeture de tous commerces hors alimentaires etc… J’ai refait tout un programme, de quoi enseigner ici pour encore dix ans, il faut positiver ! Les mesures à Madagascar sont prises localement,  je sais par exemple que Betafo est confinée », écrit-elle.

Bonjour à tous ! c’était un plaisir de vous lire en janvier et imaginer chacun dans un coin particulier du monde. J’ai trouvé ma lettre de présentation très scolaire, est-ce le métier qui rentre ?

Le métier… Ma mission, cette fameuse mission d’enseigner le français à des enfants malgaches. Quelle mission ! Je constate que je suis en phase d’expérimentation. Du bidouillage, des essais, des erreurs, de la remise en question, beaucoup de remise en question, des illusions et désillusions, du sur-mesure, du peaufinage, des interrogations sans réponse. C’est intéressant et déstabilisant. Pour illustrer mon propos, nous sommes actuellement en mars, cinq mois après la rentrée scolaire. Je m’aperçois que la moitié des élèves de  ne 4ème ne connaissent pas les jours de la semaine, ni les trois premiers pronoms personnels. Et moi, dans l’ignorance et l’illusion groupale, avec la meilleure volonté du monde, je leur enseigne « la phrase négative » ! Leur prochaine leçon sera « les couleurs ». En parallèle, ils apprendront le fonctionnement du système digestif, EN FRANÇAIS ! Ce paradoxe, ce non-sens, cette incompréhension du système peuvent parfois me décourager, me peiner vis-à-vis des élèves qui se trouvent en difficulté.

Alors deux solutions s’offrent à moi : changer le système scolaire malgache, ou faire avec ! Le temps des colons est révolu. Je vais « faire avec » ! Et pour cela, régulièrement, je recontextualise ma présence ici, ma mission. Je crois que quelle que soit la leçon, le fait d’échanger avec les élèves, c’est cela ma mission. La rencontre avec mes collègues qui se transforme en belle relation, c’est ma mission. Apporter aux élèves une ouverture sur le reste du monde, c’est ma mission. Une mission de liens entre deux cultures et entre les hommes.

Quant à la vie à Betafo, c’est toujours l’ascenseur émotionnel. Nous sommes à un carrefour de petits villages isolés. C’est ici que se retrouvent les personnes handicapées considérées comme « folles », livrées à elles même et à la rue. Beaucoup de gens sont dépendants de l’alcool. Il y a aussi des élèves qui viennent de loin pour étudier et logent ensemble dans des chambres louées (dès 13 ans). Cette cohabitation peut générer parfois un sentiment de malaise. Puis il y a la facette de Betafo plus sympathique : « allô Manon, tu viens faire un foot ? », la reconnaissance des commerçants, les invitations à diner…

Zébus dans les rues de Betafo

Et parfois j’aimerais pouvoir prêter mes yeux pour partager des scènes de vie. 5h30 le matin, la lune brille encore, la pluie a transformé l’ile rouge en une palette de multiples verts. Je sillonne les rizières, je traverse des villages qui s’éveillent, je cours, ça monte et je souris face à la beauté des montagnes. Les rayons du soleil qui font briller les champs, les paysans à vélo qui transportent le lait, les élèves qui prennent le chemin de l’école, les zébus qui tirent les charrettes, l’odeur du café. Mais très vite, il est temps de rentrer j’ai cours à 8h !

Je fais le choix de prolonger ma mission, j’ai encore tant à découvrir et je sens que mon équilibre se stabilise. Je ne peux imaginer quitter le navire si rapidement !




Éloigné, en confinement : parole à Agathe

Partir à l’étranger avec le Défap, ce n’est pas seulement découvrir un autre pays, une autre culture, et y vivre de nombreux mois en immersion : c’est aussi se découvrir soi-même. Avec le Covid-19 d’autres problématiques se posent. Au travers de leurs lettres de nouvelles, les envoyés partagent leur ressenti mais aussi leurs questionnements.

 

Agathe Trehard, en service civique au Sénégal

Depuis six mois, Agathe Trehard est en service civique à Beer Sheba, au Sénégal.

Le temps passe vite ici et ce ne sont pas les occupations qui manquent pour participer à la vie de la communauté et promouvoir son développement.

Depuis décembre et ma dernière lettre, j’ai surtout travaillé à la boucherie. Les semaines passant, j’ai pu comprendre de mieux en mieux le fonctionnement de ce pôle porteur de Beer Sheba, saisir ses enjeux et participer au perfectionnement du système de production pour répondre aux exigences de la clientèle. En dialogue avec le responsable clientèle de la boucherie, nous avons élaboré et mis en place plusieurs systèmes afin d’améliorer la production, l’organisation du travail et la gestion des stocks. Grâce à Dieu, nos essais ont porté leurs fruits et nous avons pu augmenter la production, améliorer des recettes, simplifier certaines tâches et ainsi atteindre des objectifs plus élevés. L’arrivée du coronavirus début mars ayant doublé les commandes de viande, nous avons pu nous améliorer notre rythme et continuer à répondre à la clientèle tout en restant fidèle à notre exigence de qualité.

Travailler au sein du pôle boucherie de Beer Sheba a été une expérience très enrichissante pour moi. J’ai pu découvrir les qualités requises pour le management d’une équipe dans une perspective chrétienne. La sagesse du responsable m’a permis d’apprendre à travailler en tenant compte des différences culturelles et des tempéraments de chacun, à faire preuve de patience et de tempérance tout en faisant le travail avec amour et dévouement. C’est toute une philosophie du travail qui m’est révélée ici, car chez les Sérères, travailler rime avec rire, il est impossible d’envisager l’un sans l’autre.


Parallèlement au travail à la boucherie, je me suis intéressée au pôle élevage grâce à l’amitié tissée avec le vétérinaire de Beer Sheba. Participant à ses tournées dans les villages pour soigner les animaux malades, j’ai pu découvrir la culture sérère dans ses aspects les plus quotidiens, approfondir ma compréhension de la langue et élargir ma connaissance de la région et de ses habitants.

C’est alors que j’ai pu comprendre ce qu’est véritablement la Téranga sénégalaise (l’hospitalité). J’ai été très touchée par l’accueil spontané des villageois lors de nos tournées, les enfants qui viennent à notre rencontre, les mamans qui nous parlent et les hommes qui nous taquinent. Car rire et taquiner sont des traits caractéristiques du rapport à l’autre au Sénégal. Il n’y a pas la peur de l’étranger que nous avons bien souvent en France. Ici l’autre est un futur ami et non un potentiel danger ou une atteinte à mon confort individualiste. Il est si facile d’entrer en contact avec les gens ici ! Parler est très important pour vivre et être heureux au Sénégal. Un besoin, un problème ? Tout se résout par la parole et par le rire, et chacun est prompt à rendre service.

Durant le mois de mars, j’ai reçu la visite de mes parents. Initialement venus pour deux semaines, ils se sont retrouvés confinés ici à cause de l’arrivée du coronavirus en France. Nous avons fait ensemble un tour du Sénégal jusque dans la « sous-région » (la Casamance, au sud de la Gambie) dont j’avais tant entendu clamer la beauté. Nous n’avons pas été déçus, en effet, la Casamance est le jardin du Sénégal ! Et le peuple Djola qui y vit est d’un accueil et d’une convivialité sans pareil. Au cours de ce voyage, j’ai pu faire mes preuves en wolof en pratiquant davantage cette langue nationale.

De retour à Mbour, la situation causée par le virus et son arrivée progressive en Afrique m’ont poussée à demander mon rapatriement. C’est le cœur brisé que je laisse ici mes amis sénégalais. Que Dieu les protège de la pandémie et de tout mal. S’il y a bien une chose que je souhaite particulièrement rapporter de mon service civique au Sénégal, c’est le sens du partage que j’y ai découvert. Ici, il faut partager, plus qu’une obligation, c’est une habitude. Il est impensable de ne pas partager ce que l’on a, aussi petit que cela puisse être. Un quartier d’orange peut encore être partagé en cinq : s’il y a assez pour moi, il y a assez pour toi. Tant que j’ai quelque chose, c’est que je peux partager. La solidarité sénégalaise est très forte et c’est une véritable leçon de vie dont j’espère toujours me souvenir.

Pour finir cette lettre, je souhaite tout particulièrement remercier le Défap pour son accompagnement, et Éric pour la place qu’il m’a faite à Beer Sheba et la liberté qu’il m’a laissée de m’investir dans les différents pôles qui m’intéressaient.

 




Éloigné, en confinement (3)

Les boursiers du Défap vivent le confinement, éloignés de leurs proches. Ils nous font partager leur ressenti à travers un « billet d’humeur ».

 

Étienne Bonou

Étienne Bonou est pasteur de l’Église protestante méthodiste du Bénin, chef du Service national de la formation des prédicateurs laïcs et pasteur d’une paroisse à Porto-Novo. À l’Université Protestante de l’Afrique de l’Ouest (UPAO), il est professeur de théologie pratique et directeur de l’Institut des sciences de l’éducation et de la pédagogie, ainsi qu’aumônier de l’UPAO.

« Mon âme, bénis le Seigneur et n’oublie aucun de ses bienfaits ! » (Ps 103,2)

C’est par ces paroles du psalmiste que je rends grâce au Seigneur qui me permet de faire une autre expérience de la vie dans ses multiples facettes. Et en tant que ministre et chercheur, il faut un regard pour penser, autrement peut-être, l’avenir.

En effet, étant en France depuis le 14 janvier pour un séjour de recherches et quelques heures de cours de théologie pratique à la faculté de théologie pour une période de trois mois, voici qu’apparait subitement un phénomène mondial qui défraie la chronique : le coronavirus (covid-19). Ce mal dévastateur défie l’humanité tout entière avec des dégâts humains incalculables. Aucun pays n’a réussi à le contrer. C’est alors que la France choisit l’option du confinement général pour tous, à compter du 17 mars 2020 à 12 h. Au niveau national, cette mesure implique l’arrêt des rassemblements et la limitation des activités professionnelles telles que définies par des lois d’état d’urgence sanitaire. Nous sommes totalement réduits dans nos activités et déplacements.

Mon projet, quand j’ai fini mes heures formelles de cours, était de participer à des cours, séminaires et colloques puis avancer considérablement dans mes recherches personnelles, mais hélas : stop, tout le monde descend ! Le covid-19 dicte sa loi ! Macron sonne le glas : « plus personne ne sort, restez chez vous !» c’est le confinement !

Pas de bibliothèque, plus d’activités spirituelles officielles et collectives. Mes activités sont limitées à l’exploitation des documents empruntés aux bibliothèques, aux recherches en ligne, à la célébration des cultes en téléconférence, aux prières (tous les soirs 18h-19h) et « cultes dominicaux » en ligne par les confinés du Centre universitaire protestant (une dizaine de personnes), au « forum hebdomadaire » (tous les jeudis 16h-17h) et aux temps de prière (trois fois par semaine : lundi- mercredi- vendredi) organisés par la faculté de théologie) toujours en ligne. Il faut ajouter la production et l’envoi hebdomadaires de mon émission « Préparons le culte du dimanche » sur Radio Hosanna la voix de l’Espérance, radio de l’Église protestante méthodiste du Bénin, une émission que les auditeurs écoutent avec passion et réclament chaque semaine même si je suis hors du territoire national.

Tout ça c’est bon ! Mais le grand hic se situe au niveau de mes recherches qui subissent un coup d’arrêt. Je n’avance pas comme je l’avais imaginé. En effet, à tout moment, des messages et appels fusent de toutes parts soit pour avoir de mes nouvelles, – pour savoir « si je ne suis pas encore contaminé !!! »- et mes proches sont inquiets mais prient pour moi et avec moi, soit pour avoir des renseignements fiables parce que je suis censé avoir les bonnes informations, soit encore pour intervenir, sensibiliser les familles, les membres de ma communauté, les amis etc afin de se protéger contre cette pandémie meurtrière, mortifère et dévastatrice. Toutes mes journées se passent dans le stress et la peur au ventre, et c’est plus grave encore lorsqu’il faut aller faire des courses. Dans les rues comme dans les magasins, tout porte à croire qu’on est dans une localité d’après-guerre : désastre, méfiance, inquiétudes, stress, etc !

Pour moi, cette situation de confinement est un événement à double face : d’une part, il signifie une privation de liberté allant jusqu’à la fermeture des églises. C’est comme une prison vraiment inconcevable et pourtant c’est une réalité : plus le confinement dure, plus on est inquiet pour la famille et les communautés restées au pays ; d’autre part c’est une expérience qui mérite d’être vécue, et en tant que pasteur, théologien et chercheur africain je me suis senti interpelé sur la question du sens de la précarité humaine face aux grandes endémies et le rôle qui doit être celui des Églises. A l’heure des technologies de l’information et de la communication, l’expérience des cultes par téléconférence est une interpellation pour les Églises africaines qui ploient aussi sous le joug de la fermeture des temples et où les fidèles sont désemparés.

Mais au-delà de tout, notre espérance, c’est que le Seigneur impose silence à cette ‘’tempête’’ pour sa gloire et le bonheur de ses créatures. C’est la raison d’être de mes moments de méditation et de prière.

Oh Seigneur, prends pitié enfin et sauve le monde maintenant. Amen !
Notre Dieu règne encore. A Dieu seul la gloire !


Vous pouvez relire le témoignage de Jean Patrick Nkolo Fanga en cliquant ici >>>

Vous pouvez relire le témoignage d’Adrien Bahizire Mutabesha en cliquant ici >>>




Éloigné, en confinement (2)

Les boursiers du Défap vivent le confinement, éloignés de leurs proches. Ils nous font partager leur ressenti à travers un « billet d’humeur ».

 

Jean Patrick Nkolo Fanga

Jean Patrick Nkolo Fanga est pasteur, enseignant en théologie et directeur du département de l’enseignement supérieur de l’Église presbytérienne camerounaise. Il est également professeur de théologie pratique à la faculté de théologie évangélique de Bangui/Campus de Yaoundé. Il est président en exercice de la société internationale de théologie pratique (2018-2020). Ses recherches portent sur la culture contemporaine de la pastorale. Il a déjà publié des articles sur la pastorale des migrants d’origine africaine en France à partir d’enquêtes dans des églises locales de France.

Arrivé en France au début du mois de mars pour un séjour de recherche, j’ai très vite été accueilli par la réalité de la pandémie du Covid 19 qui, chez moi au Cameroun, ne faisait encore l’objet que de commentaires dans les journaux télévisés et lors des rencontres amicales (à l’aéroport port du masque plus répandu que d’habitude, pas de salutations ou d’accolades). Toutefois, durant la première quinzaine de mars, le rapport au Covid 19 dans tous les actes de la vie courante était plus ou moins important, car dépendant de chaque individu et de sa perception de la maladie. Dès le vendredi 13 mars 2020, on passa à la vitesse supérieure avec l’annonce de la fermeture des universités et donc des bibliothèques. Le samedi 14 mars 2020 dans la soirée, l’annonce de la fermeture des restaurants et des commerces non essentiels augmenta le stress lié à cette pandémie. Le dimanche en allant au culte, grande fut ma surprise de trouver l’église fermée. Donc pas de culte, mais plutôt une invitation pour les paroissiens connus à suivre le culte par vidéo. Lundi 16 mars 2020, la ruée dans les supermarchés avec, pour conséquences, des étalages pratiquement vides et de longues queues m’a inquiété davantage. Ce même lundi dans la soirée, les discours des autorités sur la fermeture des frontières et le confinement pour quinze jours renouvelables, avec contrôles de police, ont contribué à augmenter la pression. Dans les rues la psychose était visible. Pour moi, venu d’Afrique pour faire des recherches en bibliothèque et sur le terrain, c’était vraiment une situation pénible, mais également interpellante.

En effet, pour le chrétien, pasteur, théologien et formateur que je suis, cette situation de psychose et de panique a fait germer un questionnement en rapport avec la Bible et le ministère de l’Église dans le monde. Quel est le rôle de l’Église dans les catastrophes nationales ? Comment les Églises locales peuvent-elles innover pour assumer leur ministère dans un contexte de confinement ? Quelle est la valeur pneumatologique des liturgies qui utilisent les nouvelles technologies de l’information et de la communication ? Se pose également la question de la double citoyenneté du chrétien, au ciel et sur la terre, avec la soumission aux autorités et aux lois, etc.

C’est aussi vrai que dans la Bible on trouve des personnes contraintes au confinement qui ont fait recours à Jésus pour en être libérées, comme ce fut le cas de nombreux aveugles (Luc 5.12-15 ; Luc 17.11-19). Dans sa réponse, Jésus les a envoyées vers le sacrificateur qui, selon la législation en vigueur à l’époque, devait constater la guérison et réaliser les rites de purification nécessaires à leur réintégration dans la société. Il y a là une invitation à la complémentarité entre Église et gouvernants pour les questions de santé. Cette pandémie est une interpellation pour les chrétiens, les pasteurs, les équipes dirigeantes des Églises, les théologiens, les formateurs des acteurs de la pastorale et une invitation à réfléchir sur de nouvelles modalités d’Église. Il est vrai cependant que certains actes liturgiques entreront difficilement dans la logique du virtuel, comme la sainte cène ou le baptême…


Vous pouvez relire le témoignage d’Adrien Bahizire Mutabesha en cliquant ici >>>




Éloigné, en confinement

Les boursiers du Défap vivent le confinement, éloignés de leurs proches. Ils nous font partager leurs ressentis à travers un « billet d’humeur ».

 

Adrien Bahizire Mutabesha

Adrien Bahizire Mutabesha est le doyen de la faculté de théologie de l’Université Évangélique en Afrique (UEA) à Bukavu. Il est actuellement en France pour un congé de recherche de trois mois. Son sujet :  » Résilience et spiritualité pentecôtiste dans le contexte de la République démocratique du Congo ».

Le confinement était pour moi un concept vide et un terme vulgaire. D’ailleurs, ni le président Macron, ni son premier ministre ne l’avaient prononcé dans leurs premiers discours sur le Covid-19. Et pourtant dans ce pays dit  »de liberté », c’est avec le papier d’autorisation de sortie que j’ai commencé à ressentir la quintessence et le poids du slogan repris partout dans les journaux, sur les différentes télévisions et presque sur les lèvres de tous :  »Restez chez-vous !  » Eh bien ! Venu de la République Démocratique du Congo (RDC) pour une recherche de courte durée et l’actualisation de mes cours à l’Institut Protestant de Théologie (IPT) à Paris, voilà que je ne peux plus sortir ! Ce n’est pas un rêve ! Les écoles, les églises, les entreprises ont fermé, seuls les hôpitaux vivent, pour soigner.

Les messages de ma famille, de mes fidèles, des amis sur Whatsapp me réveillent chaque matin, se répètent vers midi, vers 15h et là aussi à 20 heures pour savoir si je ne suis pas encore contaminé. Du coup, c’est mon dernier fils de 8 ans qui me souffle, téléphone à l’oreille  »¨Papa, reste à la maison ! » Et encore mieux :  »Reviens le plus vite possible ! » Mince, alors… Les sourds parlent, avertissent et les cloches sonnent de toute part. Mourra alors qui mourra !

La famille d’Adrien Bahizire Mutabesha à Bukavu

Non, fatigué de lire les pages des livres en ma possession sans rien comprendre, je descends au deuxième étage pour suivre la télévision, seule détente qui me reste. Les chiffres ahurissants et dévastateurs des cas positifs qui ne font que s’alourdir pour la France, l’Italie, l’Espagne m’envahissent et entament la paix de mon cœur. L’annonce de la présence du coronavirus en République Démocratique du Congo vient chambouler cette âme déjà fragilisée. Et je me dis,  » « Qu’adviendra-t-il pour mon pays si tout l’arsenal français peine ? » Sans connaître les pensées qui m’agitent, le camarade camerounais venu juste pour un colloque me regarde dans les yeux et me dit :  »J’ai raté mon vol à trois reprises à cause de cette pandémie ! J’aimerais tout de même aller souffrir à côté des miens car si mon pays est atteint, ce sera la catastrophe ». Rires tièdes, nous nous consolons mutuellement et nous sortons, autorisation en main, pour faire des courses à quelques mètres du Défap.

Découverte ! Les rues sont vides, les restaurants et cafés fermés, plus de vélos, plus de visiteurs en ligne devant les catacombes bref, la ville est pâle. Paris a perdu sa vitesse et son mouvement. Ce n’est pas Paris, c’est le monde entier. Mon cœur bat et je ne le dis à personne mais je le pense : « Peut-être que c’est la fin de tout ? L’Écriture ne dit-elle pas que le Seigneur vient bientôt ! Ni Raoult, ni Macron, ni la Chine ne nous ramèneront la vie ! Dieu le fera ! » Alors que je suis encore dans ces pensées, à la boutique, une dame qui vient aussi se ravitailler et se trouve à deux mètres de moi me dit : « Monsieur, éloignez-vous encore d’un mètre ». Je le fais, mais elle n’entre que quand je suis sorti. Couverte du haut en bas, portant un masque hors du commun, elle ressemble à une employée de bureau de la Tour Montparnasse. Elle semble incapable de comprendre que le virus ne passe que par le nez ou la bouche et ne dépasse pas plus d’un mètre après expiration. Psychose et terreur !

Si tout à l’extérieur est devenu amorphe, il y a de la vie dans la maison du Défap grâce à une dame qui vient presque chaque soir nous demander  »ça va ? ». Les jours passent. Le confinement m’a permis d’atteindre le but de mon séjour, de lire et de prier ! Adieu corona ! Adieu confinement ! C’est l’espoir ! Oui, le confinement m’éloigne de tout ; mais pas du Seigneur. A nous revoir, Paris.




Un Notre Père mondial, « tous et toutes unis pour l’humanité »

Le secrétaire général du Conseil œcuménique des Églises, le pasteur Olav Fykse Tveit, a invité toutes les Églises membres à s’unir dans la prière en récitant, ensemble, le Notre Père mercredi 25 mars à midi.

Bougies allumées en la chapelle du Centre œcuménique, à Genève Photo: Albin Hillert/COE

Le pape François a élargi l’invitation à tous les responsables chrétiens, y compris au Conseil œcuménique des Églises (COE), à s’unir dans la prière en récitant le Notre Père simultanément le 25 mars à midi, heure de Rome, ou à midi heure locale partout dans le monde.

Dans une lettre d’invitation, le cardinal Kurt Koch dit espérer que tous et toutes rejoindront «cette initiative qui invite tous les fidèles chrétiens à invoquer, ensemble, la grâce céleste et à demander la fin de cette pandémie, dans la confiance du pouvoir divin.»

Le secrétaire général du COE, le pasteur Olav Fykse Tveit, a salué l’invitation et l’occasion donnée à tout un chacun de participer à une union de prière pour l’ensemble de l’humanité face à la lutte menée contre la pandémie mondiale de COVID-19.

«Alors que les personnes du monde entier se retrouvent dispersées, à travailler chez elles, nous aurons l’occasion d’unir nos voix et de prier Dieu en récitant la prière que Jésus Christ Notre Seigneur nous a apprise», déclare le pasteur Tveit. «En cette période si difficile, les initiatives de prière qui nous unissent les un-e-s aux autres nous rappellent que nous sommes une seule famille humaine.»

source : communiqué de presse du COE 

Ce même jour en France, à 19h30, l’ensemble des évêques invite les Français à un geste commun : déposer une bougie sur sa fenêtre au moment où les cloches sonneront. « Ce sera une marque de communion de pensée et de prière avec les défunts, les malades et leurs proches, avec tous les soignants et tous ceux qui rendent possible la vie de notre pays. Ce sera aussi l’expression de notre désir que la sortie de l’épidémie nous trouve plus déterminés aux changements de mode de vie que nous savons nécessaires depuis des années », précise Mgr Éric de Moulins-Beaufort, Président de la Conférence des évêques de France.

source : communiqué de presse de la Conférence des évêques de France