EPUdF : un synode national à Sète sur le thème de l’écologie

Cette deuxième session 2021, après une première session qui s’était tenue le 13 mai en multiplex, aura lieu du 22 au 24 octobre au Centre du Lazaret à Sète. Le thème « Écologie : quelle(s) conversion(s) ? », sujet du synode national, avait été choisi par le Conseil national pour répondre à une demande exprimée à plusieurs reprises lors des synodes nationaux et régionaux.

© EPUdF

Huit ans après la création de l’Église protestante unie de France, le pasteur Denis Petit, modérateur de cette session synodale, accueillera les 230 délégués venant des neuf régions ainsi que des invités de France et d’Europe. Il conduira leurs travaux, nourris par divers rapports sur la vie de l’Église et le renouvellement du Conseil national et des commissions synodales. Le thème principal du synode est : « Écologie : quelle(s) conversions« . À l’issue de ses travaux, le synode adressera un message aux paroisses et des recommandations à l’intention des responsables politiques et religieux en France. Le vendredi 22 octobre à 20h30, le pasteur Robin Sautter et Antoine Rolland, rapporteurs du thème synodal animeront une table ronde publique, relayée en direct sur les réseaux sociaux, qui donnera la parole à quatre témoins du protestantisme :

  • Rachel Calvert (administratrice d’A Rocha, association protestante de conservations de la nature)
  • Suzanne Chevrel (présidente des Eclaireuses et Eclaireurs Unionistes de de France)
  • Martin Kopp (théologien, président de la commission écologie et justice climatique de la de la Fédération protestante de France)
  • Gilles Zuberbuhler (dirigeant de Weylchem Lamotte – industrie chimique)

Le pasteur Arnaud Van Den Wiele assurera l’aumônerie du Synode. Le culte de clôture dimanche à 11h accueillera 23 nouveaux pasteurs (10 hommes et 13 femmes), récemment ordonnés dans leur ministère et la reconnaissance de ministère du nouveau Conseil national et de la Commission des ministères.

La sauvegarde de la création au cœur des réflexions des Églises

Si au niveau international, les initiatives chrétiennes en faveur de la sauvegarde de la création sont déjà nombreuses, au niveau français aussi, les Églises s’engagent. Depuis 2015, la Fédération Protestante de France a mis en place une démarche de plaidoyer et a créé une commission Écologie et Justice climatique. Elle est aujourd’hui présidée par Martin Kopp. Le Défi Michée porte quant à lui des appels très concrets liant écologie et justice sociale. On peut citer encore le mouvement Chrétiens unis pour la terre, qui a co-organisé les Assises chrétiennes de l’écologie à Saint-Étienne, ou la démarche initiée par le label «Église verte». Avant ce Synode national de l’EPUdF, le thème de l’écologie avait été débattu lors des Synodes régionaux – des réunions auxquelles le Défap avait participé, comme il le fait chaque année.

Ce qui pose la question : et la mission dans tout ça ? On ne peut tout simplement pas imaginer l’annonce de l’Évangile déconnectée des motifs d’inquiétude et de souffrance de l’humanité. Perspectives Missionnaires, unique revue de missiologie dans l’espace protestant francophone, avait d’ailleurs consacré fin 2014 un numéro entier aux défis de l’écologie (PM n°69 : «Héritiers et témoins d’une terre promise»). Au Défap aussi, la préoccupation de la sauvegarde de l’environnement est donc bien présente. Elle fait partie intégrante du programme de travail établi depuis 2015, et se retrouve à travers un certain nombre de projets : c’est le cas du soutien apporté à l’association Abel Granier, qui intervient en Tunisie sur les problématiques de désertification. C’est le cas du partenariat établi avec l’ALCESDAM, Association pour la Lutte Contre l’Érosion, la Sécheresse et la Désertification au Maroc, qui depuis trente ans intervient dans les zones de palmeraies de la province de Tata. Le Défap a aussi régulièrement des envoyés au sein du projet Beer Shéba à Fatick, au Sénégal, centré sur l’agro-foresterie durable. Il est l’un des membres fondateurs du Secaar (Service chrétien d’appui à l’animation rurale), un réseau de dix-neuf Églises et organisations chrétiennes d’Afrique et d’Europe, présent dans une douzaine de pays, qui met en avant parmi ses principaux axes de travail l’agroécologie et le respect de l’environnement, en lien avec les droits humains.




Un nouveau président et une nouvelle SG pour la Cevaa

Après un report en 2020 du fait des contraintes sanitaires, l’Assemblée Générale de la Cevaa s’est tenue du 4 au 8 octobre 2021 en distanciel, les restrictions de circulation entre pays ne permettant toujours pas à tous les délégués des 35 Églises de se réunir physiquement. Elle a élu un nouveau président, le pasteur Michel Lobo, qui succède à Henriette Mbatchou, et une nouvelle Secrétaire Générale, la pasteure Claudia Schulz, qui succède au pasteur Célestin Kiki.

À gauche : le nouveau président de la Cevaa, le pasteur Michel Lobo (EMU-CI) ; à droite, la nouvelle Secrétaire Générale, la pasteure Claudia Schulz (UEPAL) © DR

C’est une Assemblée Générale exceptionnelle dans sa forme, une AG par temps de Covid, qui s’est tenue du 4 au 8 octobre 2021 et a vu le renouvellement des instances de la Cevaa. Si le temps n’est plus au confinement en France et dans les pays européens voisins, les restrictions de circulation entre pays n’en demeurent pas moins très réelles ; et les délégués des Églises membres de la Communauté d’Églises en mission auraient eu les plus grandes difficultés à se retrouver tous en Suisse, pays qui devait initialement les accueillir. Il a donc fallu adapter le format des rencontres : débats en visioconférence, durée de l’Assemblée Générale raccourcie à 4 jours… Au final, après un report en 2020 du fait de la situation sanitaire, l’AG a pu se tenir en « distanciel », sans les rencontres informelles entre délégués qui permettent d’échanger sur la situation et les défis des diverses Églises, mais néanmoins dans de bonnes conditions techniques, qui ont été saluées par les participants.

La Cevaa, c’est cette communauté de 35 Églises, présentes sur 4 continents, au sein de laquelle se développent la plus grande partie des relations établies par le Défap. Issue elle aussi de la Société des Missions Évangéliques de Paris et née elle aussi en octobre 1971, elle célèbre également cette année son cinquantenaire anniversaire, qu’elle a tenu à marquer par des concours de chants et de dessins, et par la prochaine publication d’un recueil de prières et de méditations issues des différentes Églises de la Communauté.

Renouvellement des instances de la Cevaa

Cette onzième Assemblée Générale a vu le renouvellement des instances de la Cevaa : nouveau Conseil Exécutif, nouveau Président, nouvelle Secrétaire Générale. C’est désormais le pasteur Michel Lobo, de l’Église Méthodiste Unie-Côte d’Ivoire, qui présidera la Communauté, succédant à Henriette Mbatchou. Vous pouvez retrouver ci-dessous une interview de lui diffusée sur le site de la Cevaa en 2017, alors qu’il était membre du Conseil Exécutif, et dans laquelle il insistait sur l’honneur et la responsabilité que représentait le fait de siéger ainsi dans les instances de la Communauté :

La pasteure Claudia Schulz, de l’UEPAL, devient pour sa part Secrétaire Générale, succédant au pasteur Célestin Kiki. C’est sa première entrée dans les instances de la Cevaa ; elle sera officiellement en fonction en septembre 2022, à l’issue d’une année de « tuilage » au cours de laquelle elle pourra se familiariser avec tous les enjeux de la Communauté. Actuellement en poste à la paroisse de Hautepierre, référente Mosaïc dans l’Eurométropole de Strasbourg, elle connaît bien les défis et les richesses des relations multiculturelles. Elle est aussi en lien avec le Défap et a pu notamment participer, suite à des échanges avec Pierre Adarna Faye, alors vice-président de l’ELS (Église luthérienne du Sénégal), à la mise en place d’un projet d’accompagnement d’activités génératrices de revenus pour les pasteurs dans ce pays. Elle sera le vis-à-vis du Conseil Exécutif auquel elle rendra compte de la bonne marche du Secrétariat. Également chargée des relations institutionnelles, de la communication interne et externe, ainsi que des questions de justice et des droits de l’homme, elle aura pour responsabilité de développer et d’entretenir des réseaux de vigilance pour le respect des droits humains, contre toute forme d’oppression et de discrimination, et pour la sauvegarde de la création.

À noter que le pasteur Enno Strobel, également de l’UEPAL où il est responsable du service Mission, et présent dans les instances du Défap, siégera aussi au Conseil Exécutif. Et au cours de cette Assemblée Générale, il a aussi été discuté du thème : « Cevaa – Maintenons la flamme! », sous lequel était placée cette année de cinquantenaire et qui intéresse toute la Communauté. Les Églises et les paroisses ont été encouragées à s’emparer de ce thème jusqu’à la prochaine AG, afin d’approfondir leur engagement dans la Cevaa.




Méditation du jeudi : Vivants d’une autre vie

Méditation du jeudi 7 octobre : nous rejoignons Marie Madeleine, Marie mère de Jacques et Salomé devant le tombeau vide. Que nous apprend cette absence du Christ ressuscité ?

Jan et Hubert van Eyck, Les trois Marie devant le tombeau vide © Wikimedia Commons

« Après la fin du sabbat, Marie Madeleine, Marie mère de Jacques, et Salomé achètent des aromates pour embaumer le corps de Jésus. Tôt le matin, en ce premier jour de la semaine, au lever du soleil, elles viennent au tombeau. Elles discutent et se disent : Qui roulera la pierre pour nous, de devant l’entrée du tombeau ? Alors, levant les yeux, elles constatent que la pierre a déjà été roulée, pourtant elle était très grande. Elles entrent dans le tombeau et voient un jeune homme, assis à droite, vêtu d’un vêtement blanc. Elles sont saisies de stupeur. Il leur dit : N’ayez pas peur. Vous cherchez Jésus, celui qui vient de Nazareth, le crucifié. Mais il n’est pas là, il s’est réveillé. Regardez, voici où il avait été déposé. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée. C’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. Elles sortent en courant du tombeau, terrifiées et stupéfaites, et ne disent rien à personne, parce qu’elles ont peur. » (Marc 16,1-8)

Nous sommes convoqués par un Christ absent. La pierre a été roulée et cette nouvelle incroyable est parvenue jusqu’à nous : il n’est plus là. Il vous attend. Ce serait tellement plus simple de se recroqueviller sur l’absence, et pourtant ce n’est pas ce qui nous est confié. Il ne veut pas de nous attroupés autour du tombeau vide, il nous veut sur les routes. Il nous veut en chemin. Il nous veut prenant des décisions.

On appelle ça l’espérance… Or, chose curieuse, pas une seule fois, dans aucun des quatre évangiles, Jésus ne prononce le mot « espérance », pas une seule fois il ne nous dit d’espérer.

Pour quelle raison ? Je risquerai cette idée : il ne s’agit pas d’espérer, parce que notre espérance s’est déjà réalisée. Avec Jésus, le Royaume de Dieu s’est déjà rendu proche. L’espérance, ce n’est pas un devoir, une obligation morale, un but à atteindre. Il s’agit plutôt de se laisser travailler par quelque chose qui s’appelle l’espérance… et qui nous vient d’ailleurs, qui nous est donnée. En un mot, l’espérance est ce qui vient nous ressusciter. Il serait absurde que Jésus nous ordonne « ressuscitez-vous ! » : il est évident que personne ne peut « se » ressusciter. Il est tout aussi absurde, au fond, de penser que nous pourrions, par nous-mêmes, espérer…

❝ Le cadeau partagé de l’espérance

L’espérance reste et restera un combat mené pour nous, un cadeau, un travail de la grâce en nous, contre tout ce qui nous dit « à quoi bon ? » Le monde tel qu’il est, toujours sur le point de finir, et nos vies telles qu’elles sont, toujours encombrées de peurs et d’angoisses plus ou moins avouées, nous disent en permanence : « à quoi bon ? » Et c’est pourtant bien dans ce monde-là, dans nos vies telles qu’elles sont, que le Seigneur ressuscité nous envoie. Malgré ce « à quoi bon », une espérance nous est donnée.

Il s’agit d’être vivants, vivants d’une autre vie. Une autre vie que celle proposée par la logique du monde tel qu’il est. Dans la logique du monde qui est le nôtre, pour se sentir vivant, il faut consommer, il faut profiter, il faut avoir, voire se gaver, de tout, de nourriture, de possessions, de connaissances, et surtout d’expériences, et d’oripeaux multiples qui font que nous nous sentons être quelque chose. Le mot d’ordre c’est « profiter ». Profiter de la vie tant qu’elle dure, pour oublier peut-être qu’elle ne durera pas. Ce n’est pas la logique du Royaume de Dieu.

Être vivant, dans le Royaume de Dieu, c’est laisser se creuser en soi un espace pour qu’advienne autre chose. Ce creux, cette béance, ne relève pas de notre contrôle ni même de notre volonté. « Vivant » signifie ouvert, disponible. « Vivant » désigne cette part de nous où niche ce qui n’est pas là, et qui pourtant nous fait vivre… C’est ça, la résurrection. Ce n’est rien d’autre qu’une vie nouvelle qui vient se nicher en nous. Ça ne relève pas de la volonté. Ça relève d’un cadeau.

Nous sommes appelés à vivre, ressuscités comme le Christ. Vivants d’une véritable vie… Il est passé pour nous à travers la mort, et il nous attend de l’autre côté, et voilà comment on vit de l’autre côté, et voilà comment nous pouvons nous aussi vivre, dès maintenant, déjà citoyens de cet autre monde où il nous attend : en aimant Dieu, en aimant notre prochain, en étant ressuscités par un autre que nous.

Partager cette nouvelle-là ne consistera pas à imposer aux autres des manières de faire (elles sont forcément toujours relatives), mais à offrir une fraternité rendue possible, non par des affinités ou des points communs, mais par le cadeau partagé de l’espérance.




Interculturalité en Église : l’exemple suisse

Arrivé en 2017 en Suisse pour une mission de deux ans, le pasteur togolais Espoir Adadzi, envoyé de la Cevaa accueilli par DM (l’homologue suisse du Défap), repartira finalement en décembre 2023, au terme d’une expérience qui lui aura permis de poser un regard neuf sur les relations interculturelles entre les paroisses protestantes de Suisse francophone. Il laisse un ouvrage en forme de plaidoyer pour que les diverses Églises dépassent leurs différences afin de reconnaître ce qui les relie. Il présentera son livre lors du lancement de la campagne d’automne de DM, dont l’un des thèmes majeurs est, cette année, l’interculturalité.

Le pasteur Espoir Adadzi dans son bureau © Espoir Adadzi/EPG

Décidément, Dieu ne se laisse pas mettre dans des cases. On l’annonçait, sinon moribond, du moins s’éloignant chaque jour un peu plus des préoccupations de nos concitoyens ; de plus en plus absent de l’espace public ; écarté sans ménagement par des transformations sociales profondes alliant progrès technique, urbanisation croissante et facilité accrue des échanges… Depuis les années 50, les études sociologiques montraient crûment ce repli. Or voici qu’une enquête réalisée par l’Ifop pour l’Association des journalistes d’information sur les religions (Ajir) vient sérieusement nuancer ce tableau. Certes, de 1947 à aujourd’hui, la part des personnes interrogées déclarant croire en Dieu est passée de 66% à 49%. Mais, fait significatif, c’est précisément au cœur des régions les plus densément peuplées, les plus urbanisées et les plus cosmopolites – et tout particulièrement en Île-de-France, comme le souligne le sociologue Jean-Paul Willaime dans un article de Réforme – que la croyance en Dieu est aujourd’hui la plus répandue. « Les premières enquêtes menées en sociologie de la religion démontraient que le passage d’un milieu rural à un milieu urbain entraînait la perte de fidèles, écrit ainsi Jean-Paul Willaime. On eut dès lors tendance à considérer, non sans exagération, que l’urbanisation était le tombeau de la religion. Aujourd’hui, c’est l’inverse : c’est l’urbanisation extrême qui est le lieu de sa revitalisation (…) Dieu revient dans la cité séculière qui ne prétend plus ériger une sécularité triomphante en alternative à la religion. Autrement dit, Dieu est de retour au cœur et non en marge d’une société multiculturelle, plurireligieuse et multiconvictionnelle. »

« Ce qui nous lie, le Christ, est plus grand que ce qui crée notre diversité »

La société multiculturelle, une chance pour les Églises ? C’est en tout cas un aspect qu’elles ne peuvent plus ignorer aujourd’hui. Et les paroisses situées dans les lieux les plus densément urbanisés sont loin d’être seules concernées : aujourd’hui, même les villes moyennes ou les paroisses en zones rurales ont aussi des paroissiens aux multiples origines, comme en témoignait récemment Joël Dahan, pasteur de l’EPUdF dans le Bergeracois. La question des relations interculturelles au sein des Églises est un aspect sur lequel le Défap travaille depuis des années – en relation avec diverses Églises et des programmes de formation comme celui de la CPLR (le programme de la formation permanente des pasteurs de la Communion Protestante Luthéro-Réformée).

Chez nos voisins suisses, DM a pris part à une expérimentation. Homologue du Défap pour la Suisse romande, DM (Dynamique dans l’échange, autrefois DM-échange et mission) a précédé le Défap de quelques années : il a été créé en 1963, le Défap en 1971. DM partage avec le Défap des liens forts avec la Cevaa (Communauté d’Églises en mission, créée aussi en 1971), des convictions héritées d’un même contexte historique (la volonté de renouveler les relations Nord-Sud en créant une véritable réciprocité entre les Églises) et la même volonté de dépasser les différences culturelles. En relation avec la Cevaa et avec l’Église Protestante de Genève, DM a contribué à la mise en place d’un programme étudiant les relations entre les Églises réformées, implantées de longue date, et celles nées plus récemment avec l’arrivée de migrants : des Églises qui, bien que toutes francophones, bien que toutes issues du protestantisme, ne communiquaient pour ainsi dire pas. C’est un envoyé de la Cevaa, Espoir Adadzi, pasteur de l’Église Évangélique Presbytérienne du Togo, qui a été chargé d’apporter le regard extérieur susceptible de déceler les difficultés de communication et les biais qui pouvaient empêcher ces diverses Églises de cheminer ensemble. Il a travaillé notamment en lien avec le programme Témoigner Ensemble à Genève, mis en place au début des années 2000.

« On s’adapte bien à la mode, pourquoi pas à la liturgie ? »

À l’origine, la mission d’Espoir Adadzi devait durer deux ans. Son mandat comptait deux volets principaux : créer des liens avec les Églises issues de la migration à Genève, et plus largement en Suisse romande ; poser un regard et questionner les pratiques des paroisses protestantes réformées. Arrivé en 2017, il repartira au bout du compte en décembre 2023, après avoir réalisé un travail inédit, à mi-chemin entre celui du sociologue ou de l’ethnographe, et celui du missionnaire, dont il rend compte dans un ouvrage sorti en septembre 2021 chez OPEC et préfacé par Élisabeth Parmentier : Interculturalité en Église. Témoignage et propositions d’un envoyé du Sud. Un ouvrage (que vous pourrez lire à la bibliothèque du Défap) dans lequel il avance des propositions concrète pour une interculturalité effective.

Pour cette année, l’interculturalité est précisément au cœur du programme de DM, avec les questions de genre ; et lors du lancement de sa campagne cet automne, Espoir Adadzi présentera son livre. Avec un vibrant plaidoyer pour que les uns et les autres dépassent leurs différences pour reconnaître ce qui les relie : « Il s’agit de reconnaître l’autre, ses différences, ses particularités, pour qu’au-delà de nos diversité, l’Evangile soit partagé. Que ceux qui pratiquent le baptême par immersion reconnaissent ceux qui pratiquent le baptême pas aspersion et inversement. Pour moi, ce qui nous lie, le Christ, est plus grand que ce qui crée notre diversité, soit nos doctrines. » Au bout du compte, pour Espoir Adadzi, « l’interculturalité doit nous amener à repenser notre théologie, notre musique, et à percevoir ce qui nous rassemble. Il faut réadapter notre réalité à chaque génération. On s’adapte bien à la mode, pourquoi pas à la liturgie ? »

Vous pouvez regarder ici le documentaire réalisé par DM sur la mission d’Espoir Adadzi :




Méditation du jeudi : Ton prochain comme toi-même

Méditation du jeudi 30 septembre. Nous prions cette semaine avec notre envoyée en Égypte.

Rembrandt, Le bon Samaritain © Wikimedia Commons

« Le commandement le plus important, c’est : « Toi dois aimer le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton être et de toute ton intelligence. » C’est le plus important et le premier des commandements. Et voici le deuxième commandement, qui est aussi important que le premier : « Tu dois aimer ton prochain comme toi-même. » Toute la loi de Moïse et tout l’enseignement des prophètes dépendent de ces deux commandements. » (Mt 22,37-40)

Ça veut dire quoi, « comme toi-même » ?

Pour peu que celui ou celle qui entend ça ne s’aime pas beaucoup, alors ce n’est pas exactement un encouragement à aimer les autres… Qu’est-ce que ça veut dire ? Aimer l’autre avec la même intensité qu’on s’aime soi-même ? Aimer l’autre comme on voudrait s’aimer soi-même ? Aimer l’autre sans trop y penser, parce que pour être honnête, la plupart du temps, on ne s’interroge pas tellement pour se demander si on s’aime. Dans le meilleur des cas, on se supporte, parfois on s’ignore. Ce n’est que dans les temps de grande crise que la question se pose : « comment est-ce que je m’aime ? », quels sentiments ai-je envers moi-même ?

On oscille entre la peur de s’aimer trop, et la crainte de s’ignorer complètement. Et puis il y a Pascal (Blaise), qui disait : « le moi est haïssable ». Mais en fait, la plupart du temps, on oublie la question.

Si je la pose aujourd’hui en méditant avec vous, c’est qu’elle reste importante. Aimer l’autre comme on s’aime soi-même… Si on pense en termes d’objets, c’est assez effrayant : on pourrait dire tout aussi bien « aimer le concombre comme on aime la betterave », ça marche aussi. Ou aimer la mousse au chocolat comme le tiramisu, le foot comme le rugby… Aimer quelque chose comme on aime autre chose. Soi-même, l’autre, on peut très bien les considérer comme des objets, et ça règle la question : ce truc qu’on appelle l’autre, il faut l’aimer autant que ce truc qu’on appelle soi…

Sauf que, bien sûr, nous ne sommes pas des trucs. Ni l’un, ni l’autre.

❝ Un amour qui nous a permis de survivre, puis de vivre.

Non, nous sommes des humains, c’est-à-dire des êtres de relation. Comment pouvons-nous savoir que nous pouvons nous aimer, que c’est seulement possible ? Parce que nous avons été aimés. Parce que quelqu’un d’autre nous a déclarés aimables, dignes d’amour, d’attention, de soin. Parce qu’au seul de notre vie, quelqu’un, des gens, nous ont témoigné de cet amour, avant même que nous puissions nous en montrer dignes. Un amour inconditionnel. Un amour qui nous a permis de survivre, puis de vivre. Un amour qui nous a déclaré que nous n’étions pas des trucs, ni des betteraves, ni des tiramisus, mais des êtres humains accueillis et déjà aimés, avant même que nous ayons commencé à avoir la moindre capacité à vivre par nous-mêmes. C’est ce qui a soutenu notre vie. Un amour venu de quelqu’un d’autre que de nous-mêmes.

Bien sûr, ça ne va pas de soi. Il y a des accidents de parcours, des relations ardues et parfois douloureuses. Il y a des traumatismes et des violences, ça arrive et c’est toujours un drame.

Mais c’est cet amour premier, celui des adultes qui se sont souciés de nous, qui nous a permis de découvrir qu’il y avait des choses en nous que ces proches n’aimaient pas, et qu’ils nous encourageaient à ne pas faire grandir en nous. Nous avons découvert que tout n’était pas aimable en nous. Sans que l’amour premier ne soit retiré. Alors nous avons découvert que nous pouvions nous aimer nous-mêmes, même si certaines choses en nous n’étaient franchement pas dignes d’amour. Si le chemin n’a pas été trop dur, nous avons fini par nous aimer nous-mêmes, inconditionnellement pour l’ensemble de notre être, mais avec des réserves sur les détails. C’est ce qui rend possible d’aimer notre vie, sans nous faire d’illusions sur nous-mêmes.

Voilà ce que ça veut dire, aimer l’autre comme soi-même. Sans illusions, ni sur soi ni sur l’autre. Il y a en soi comme en l’autre des zones d’ombre, des poids à porter, des maladresses et même du mal. Et pourtant, fondamentalement, l’amour reçu ne sera jamais retiré et c’est ce qui fait que je peux me sentir aimé, m’aimer moi-même, et enfin aimer l’autre.

Il paraît qu’un empereur du Saint-Empire, au 13e siècle, Frédéric II, le petit-fils de Barberousse, avait décidé de faire une expérience pour savoir quelle était la langue que parlaient les anges. Il avait imaginé que les petits enfants parleraient la langue des anges si on ne leur apprenait aucune langue humaine. Alors il a fait installer une maison pour tout un groupe de bébés nouveau-nés, avec des nourrices pour s’occuper d’eux et tout le confort matériel possible, mais en interdisant formellement aux adultes de leur adresser la parole. Il espérait avoir la réponse à sa question quand ils seraient en âge de parler. Le problème, c’est qu’aucun de ces enfants n’a vécu jusque-là. Ils sont tous morts en quelques mois, sans exception. Un être humain qui ne reçoit pas l’assurance, dans sa toute petite enfance, qu’il est un être de relation, engagé dans le langage avec un autre qui le précède et qui le reconnaît pour lui-même, comme être humain unique, cet être humain meurt.

❝ C’est l’autre nom de la grâce…

Nous ici aujourd’hui, nous arrivons plus ou moins cabossés par la vie. Pourtant, d’une certaine façon, si nous sommes en vie, si nous sommes ici ensemble ce matin, c’est parce qu’un amour premier, passé par des gestes et des paroles humaines, a permis que nous soyons en vie : un amour premier a soutenu notre vie suffisamment pour nous donner la solidité nécessaire pour la suite du chemin. Même si c’est parfois encore difficile. Tous, nous avons reçu l’assurance d’être en relation de langage avec d’autres, et surtout avec un Autre. Dieu nous assure que chacun de nous est digne d’amour, et cette assurance ne nous sera jamais retirée.

C’est cela – et rien d’autre – qui nous permet de nous tourner vers les autres, pour les aimer aussi. « Tu aimeras ton prochain comme toi-même », ça veut dire : avec le même amour que Dieu te porte, et qu’il porte à l’autre. C’est l’autre nom de la grâce… S’aimer, aimer l’autre avec l’amour que Dieu nous porte, c’est ça l’amour chrétien.

Et puis il y a encore une chose : quand la Bible, encore et encore, nous dit d’aimer l’autre comme soi-même, elle nous dit une chose très importante. Elle nous dit qu’il ne s’agit pas de rendre à Dieu l’amour qu’il nous porte, comme si on pouvait ainsi régler une dette d’amour, comme si c’était donnant-donnant. Dieu n’exige pas le remboursement d’une dette d’amour. Il nous demande de reverser à d’autres ce qu’il nous a donné. C’est un amour qu’il ne faut pas rendre, mais accepter comme un cadeau pour soi, et rendre comme un cadeau à d’autres que nous-mêmes. Voilà pourquoi c’est vraiment une grâce : ce n’est pas un fardeau, mais un cadeau confié pour que la vie soit possible, cette autre vie, toujours à recevoir, et qui nous fait vivre, ici et maintenant, comme si nous étions déjà dans le Royaume de Dieu.




Méditation du jeudi : Celui qui dialoguait tout seul

Méditation du jeudi 23 septembre 2021. Nous prions cette semaine avec notre envoyée au Liban, Soledad André (voir ses témoignages ici et ici).

Rembrandt, La parabole de l’homme riche © Wikimedia Commons

Jésus vient de finir un enseignement. Ses derniers mots résonnent comme une consolation et un encouragement immense : même si vous êtes traînés devant les autorités pour votre foi, « l’Esprit saint vous enseignera au moment même ce qu’il faudra dire » (Lc 12,12). C’est dire que la parole est donnée à ceux qui croient et qu’ils peuvent faire confiance à cette parole donnée pour vivre joyeusement.

Les quelques versets qui viennent vont venir bousculer ce sentiment de tranquille assurance. La parole est donnée ; encore faut-il la prendre.

Quelqu’un dans la foule lui dit : Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. Jésus lui répondit : Qui a fait de moi votre juge ou votre arbitre ? Puis il leur dit : Veillez à vous garder de toute avidité ; car même dans l’abondance, la vie d’un homme ne dépend pas de ses biens.

Il leur dit une parabole : La terre d’un homme riche avait beaucoup rapporté. Il raisonnait en lui-même en disant : Que vais-je faire ? car je n’ai pas assez de place pour recueillir mes récoltes. Voici, dit-il, ce que je vais faire : je vais démolir mes granges, j’en construirai de plus grandes, j’y recueillerai tout mon blé et mes biens, et alors je pourrai me dire : « Tu as beaucoup de biens en réserve, pour de nombreuses années ; repose-toi, mange, bois et fais la fête. » Mais Dieu lui dit : Homme déraisonnable, cette nuit même ta vie te sera redemandée ! Et ce que tu as préparé, à qui cela ira-t-il ? Ainsi en est-il de celui qui amasse des trésors pour lui-même et qui n’est pas riche pour Dieu. (Luc 12,13-21)

 

Deux petites scènes dans ce texte : dans la première, un homme explique qu’il ne parle plus à son frère à cause d’une histoire d’héritage, dans la deuxième, une parabole, un homme se parle à lui-même parce qu’il est trop riche.

Dans la première scène, c’est comme si Jésus disait : « Vous n’arrivez pas à vous parler, et vous voulez que je m’en mêle et que je parle à votre place ? » Dans la deuxième scène, c’est Dieu lui-même qui est mis en scène, disant à cet homme que c’est fini, sa vie touche à sa fin, et qu’il est passé à côté de tous les dialogues parce qu’il discutait tout seul avec lui-même.

Dans la première scène, entre ces deux personnes qui ne se parlent pas, qu’y a-t-il ? Des biens. De la richesse. De l’argent. Des possessions. De quoi se faire un nom, une belle vie confortable. Mais si l’un des deux possède tout ça, alors l’autre n’a rien. Si l’un des deux devient quelque chose, l’autre devient rien. Et l’abîme entre le quelque chose et le rien est si profond qu’aucune parole ne peut le traverser. Le gouffre qui nous sépare des autres quand nous avons le sentiment d’être quelqu’un et que l’autre n’est rien est impossible à surmonter. En d’autres termes, le dialogue est impossible. Ce n’est pas la richesse en soi qui est à craindre, mais plutôt l’attitude qu’elle nous impose, la barrière qu’elle élève entre nous et les autres.

Nous sommes bien souvent muets face à nos frères et sœurs en humanité. Nous parlons d’eux, mais pas avec eux. Je pense tout particulièrement à ceux qui prétendent connaître nos frères et sœurs musulmans sous prétexte qu’ils ont lu le Coran et qu’ils se disent choqués de ce qu’ils y ont trouvé. Mais ça, c’est vouloir se rendre maître de la richesse de l’autre pour creuser entre lui et nous un abîme d’obscurité : depuis quand connaît-on quelqu’un parce qu’on a lu quelque chose ? Connaître quelqu’un, c’est être en dialogue. C’est se laisser toucher par son humanité, sa faiblesse et ses joies. Nous vivons dans un monde où il est facile de croire tout savoir sur l’autre sans jamais lui avoir parlé, en se contentant la plupart du temps de lui adresser des injonctions diverses et variées – paroles d’une rare violence où « l’autre » est condamné sans appel et sans dialogue.

❝ La fraternité consiste à se donner mutuellement ce que nous ne possédons pas : la parole.

Je crois que Jésus, avec la parabole de l’homme trop riche, nous dit que le refus du dialogue, c’est aussi le refus de Dieu. Cet homme est incapable d’entrer en dialogue avec Dieu, parce qu’il ne voit même pas qu’il pourrait en avoir besoin. Et c’est Dieu qui vient l’interpeller, lui expliquer, sèchement, sans fioriture, qu’il passe à côté de sa vie, parce qu’il la passe seul, persuadé qu’il n’a besoin de personne. À la fin de cette histoire, aura-t-il entendu ? Aura-il renoué le dialogue avec Dieu et avec ses frères et sœurs en humanité ? Personne ne peut le dire. Celui qui nous raconte la parabole ne nous le dit pas. Façon de nous interpeller aussi sèchement que Dieu le fait avec cet homme : et vous, où en êtes-vous ? Est-ce que votre vie est si pleine que rien ni personne n’y a plus d’importance ?

Dieu ne mendie que notre confiance, le petit pas de confiance nécessaire pour entrer en dialogue avec lui. Sans rien cacher de nos failles et nos faiblesses, sans craindre qu’il en profite pour abuser de nous. Et désormais accompagnés par ce Dieu qui n’a pas craint lui-même de se montrer faible et vaincu, mort de n’avoir pas pu convaincre par la parole ceux qui le haïssaient. Sans jamais abandonner le dialogue avec nous, même quand nous, nous lâchons prise. Ne mettant, au fond, sa propre confiance, sa propre foi, que dans cet échange de paroles, ce lien qui se crée. Il nous est simplement demandé de répondre à Dieu par la même confiance qu’il nous accorde…

Et ça n’est pas facile ! Parce que dialoguer, se lier de confiance avec quelqu’un, c’est prendre des risques. C’est frustrant, c’est éprouvant. Et c’est aussi incroyablement joyeux, ça ouvre des portes dans notre cœur et dans notre âme, des portes qui ne s’ouvriraient pas toutes seules. C’est ce que nous vivons en Église : que vous soyez là depuis longtemps ou que vous veniez de franchir la porte et choisissiez de rester, vous serez forcément frustrés, peut-être agacés ou en colère à un moment ou à un autre… mais accueillis et accueillants les uns envers les autres, et joyeux de l’être et d’ouvrir des portes les uns pour les autres. La fraternité n’est pas théorique. La fraternité consiste à se donner mutuellement ce que nous ne possédons pas : la parole. Se donner la parole, entendre la parole de l’autre, savoir que la sienne est écoutée, c’est tout l’enjeu de la fraternité. Et c’est aussi le trésor qui nous lie à Dieu. Jésus écoutait toujours… et répondait à côté, ouvrant de nouvelles portes, de nouvelles perspectives.

❝ Qu’il nous soit donné de ne pas dialoguer tout seuls !

En réalité, l’ensemble de ce texte est basé sur un jeu de mots. Dans la traduction française que nous lisons souvent, le texte dit : « Et il se demandait : que vais-je faire, car je n’ai pas où rassembler ma récolte. » Sauf qu’évidemment toute traduction étant une trahison, on passe à côté de ce que le texte dit vraiment. Le verbe employé et traduit par « se demander », dialogizomai, a deux sens possibles. Il peut signifier soit « calculer en soi-même et avec précision » soit raisonner, discuter avec quelqu’un d’autre. Apparemment, ce n’est pas le point fort de cet homme-là… Il est incapable d’échanger, de discuter, de raisonner avec quelqu’un d’autre : il est d’accord avec lui-même (il calcule en lui-même) et il n’y a de place pour rien d’autre dans son monde (il ne peut pas discuter avec d’autres).

Deux significations, deux réalités opposées, un choix à faire. Voilà qui ne peut pas nous laisser indifférents. Ni comme citoyens, ni, bien sûr, comme croyants. Croire, c’est entrer en dialogue avec Dieu, et se mettre au risque de ce que ce chemin révélera, de Dieu et de nous-mêmes, liés par cette marche commune. C’est aussi entrer en dialogue avec d’autres. Y compris, et Jésus ajoute toujours, surtout, avec ceux qui ne seraient pas nos partenaires de choix pour un dialogue, ceux qui n’ont pas l’air légitimes, ceux qui n’ont pas l’air dans les clous, comme lui l’était pour ses contemporains, et c’est ce qui l’a conduit sur la croix sous les quolibets des bien-pensants, en toute bonne conscience… Risque à prendre, enjeu de toute fraternité. Choix éthique qu’il nous est possible de refuser. Mais qu’il nous est aussi donné d’accepter…

Qu’il nous soit donné de ne pas dialoguer tout seuls, mais de prendre conscience de la confiance que Dieu nous accorde, pour entrer dans le grand dialogue de son Église, vivante et fraternelle !




L’escape game du Défap

Si vous n’avez pas fait partie des heureux visiteurs du Défap qui ont eu l’occasion de tester l’escape game lors de nos Journées Portes Ouvertes, rien n’est perdu : la version « jeu de société » est désormais accessible. La voici, en téléchargement. À vos ciseaux, stylos, et… activez vos méninges ! Saurez-vous aider Timothée à retrouver son passeport avant que l’avion qui doit l’emmener sur son lieu de mission ne décolle ?

Visiteurs lors des Journées Portes Ouvertes s’initiant à l’escape-game du Défap

Le Défap comme vous ne l’avez jamais vu : portes closes, indices cachés, énigmes… et l’heure qui tourne, pendant que diminue le temps qui reste avant le décollage… Que vous soyez un habitué du Service protestant de mission ou un tout nouveau visiteur, que vous le connaissiez depuis des décennies ou que vous l’ayez découvert lors des Journées Portes Ouvertes, parions que vous vous laisserez prendre de la même manière par cet escape game. Et que vous aurez tous des choses à découvrir…

Cet escape game faisait partie des animations proposées au 102 boulevard Arago lors des Journées Portes Ouvertes du Défap, du 10 au 19 septembre. Un projet qui a nécessité plusieurs mois de préparation et la mise sur pied d’une petite équipe d’anciens envoyés du Défap aux compétences complémentaires : Éline, ancienne envoyée en Égypte, et chargée de mission pour le Cinquantenaire du Défap ; Éloïse, qui était avec Éline en Égypte, et aujourd’hui pasteure, particulièrement intéressée par l’animation auprès des jeunes ; Caroline et Olivier, chargés de l’aspect graphique, anciens envoyés au Togo ; et Nicolas, ancien envoyé au Bénin, qui a participé à la construction de l’intrigue. Outre l’escape game proprement dit a été développée une version « jeu de société ». Après avoir testé le jeu avec succès auprès des permanents du Défap, auprès des jeunes participants du Grand Kiff d’Albi, ainsi qu’auprès d’étudiants en théologie lors d’une visite au 102 boulevard Arago, le voici enfin disponible…

Alors à vos imprimantes, ciseaux, et laissez-vous guider ! Tout ce dont vous avez besoin est à télécharger ci-dessous, au format pdf. Tout d’abord, le document « Lis-moi », à parcourir avant de vous lancer ; puis, les règles, les cartes et les plans, ainsi que l’indispensable roue (vous découvrirez vite pourquoi)… Petit conseil : mieux vaut imprimer sur un papier épais et de bonne qualité (genre papier photo), en couleur ; vous aurez besoin d’une attache parisienne, ou à défaut d’une punaise, et d’un bout de carton à mettre sous la roue, pour qu’elle puisse tourner. Cet escape game est un jeu coopératif pour des groupes de 1 à 4 joueurs, destiné aux 12 ans et plus, et il se joue en 1h30 environ.

C’est à vous ! Cliquez ci-dessous pour télécharger :

Le document « Lis-moi »
Les règles
Les plans
Les cartes
La roue

Bonne partie à toutes et à tous !

Affiche réalisée pour l’escape game du Défap




Jean-Serge Kinouani-Mizingou, du Congo-Brazzaville à l’Ardèche

Le nouveau pasteur de la paroisse d’Eyrieux-Boutières est issu de l’Église évangélique du Congo (EEC), l’une des communautés avec lesquelles le Défap entretient des liens depuis de longues années dans le cadre de la Cevaa. Après des études de théologie à la Faculté protestante de Brazzaville, il a bénéficié d’une bourse du Défap pour poursuivre un cursus en France en 2014-2015. C’est pendant le premier confinement de 2020, alors qu’il était de nouveau à Paris dans le cadre de la rédaction d’un ouvrage de théologie, qu’il a décidé de postuler auprès de l’Église protestante unie de France.

Jean-Serge Kinouani-Mizingou (DR)

À 49 ans, Jean-Serge Kinouani-Mizingou a déjà une vie bien remplie, et un parcours qui l’a mené de Brazzaville à Paris, Montpellier, et jusqu’à la vallée d’Eyrieux. Marié à Dorothée-Pascaline, il est père de deux enfants et grand-père d’un petit garçon de 3 ans. Il a grandi au sein de l’Église évangélique du Congo (EEC), où il a appris à connaître la foi chrétienne avec ses parents : « J’ai ressenti tout jeune, l’envie de parler de la parole de Dieu », témoigne-t-il. Il a entamé en 2000 des études de théologie à la Faculté protestante de Brazzaville, où il a obtenu sa licence en 2006, avant de bénéficier d’une bourse du Défap en 2014-2015 pour poursuivre son cursus en France, à l’Institut Protestant de Théologie de Montpellier. Il a consacré sa thèse de doctorat en théologie à la figure d’Israël dans la Bible – des travaux qui lui ont permis de publier Ismaël, un patriarche inattendu aux éditions Olivétan.

C’est au cours de l’année 2020, alors qu’il était à Paris depuis début février dans le cadre de nouvelles recherches afin de rédiger un ouvrage sur Les objets transitionnels du pouvoir divin : une enquête sur le bâton de Moïse et le manteau de Moïse, en vue d’une nouvelle publication aux éditions Olivétan, que Jean-Serge Kinouani-Mizingou s’est retrouvé bloqué par le confinement décrété sur tout le territoire national. Il était alors pasteur de l’Église évangélique du Congo (EEC) et membre de son conseil synodal, directeur de l’Institut de formation pastorale de Ngouédi et enseignant à la Faculté de théologie protestante de Brazzaville. Ses recherches l’amenaient à effectuer de fréquents allers-retours entre les bibliothèques de l’IPT-Paris, la BOSEB (Institut catholique de Paris) et le 102 boulevard Arago. Du jour au lendemain, tout s’est arrêté. Un choc pour ce chercheur condamné à une quasi-inactivité. « Jamais je n’aurais imaginé que les avenues et ruelles de Paris deviendraient aussi désertes », témoignait-il alors. Une période qui aura marqué une nouvelle orientation dans son cheminement : « En plein confinement, j’ai reçu un appel du Seigneur à venir postuler en France ». Et depuis le 1er juillet 2020, le voilà pasteur proposant d’Eyrieux-Boutières.

De Patrice Fondja à Jean-Serge Kinouani, itinéraires de pasteurs arrivés via le Défap

Cette paroisse de l’Église protestante unie de France située en Ardèche manquait alors d’un pasteur depuis le départ de Pierre Grossein. Avec une autre particularité : l’Église d’Eyrieux-Boutières est une création récente. Elle est née en 2020 d’une fusion d’Églises préexistantes – plus précisément les cinq Églises locales de la vallée de l’Eyrieux : Le Cheylard-Le Talaron, La Serre de la Palle, Saint-Sauveur-de-Montagut, La Pervenche, Moyen-Eyrieux. Un rapprochement rendu possible depuis 2011, lorsqu’un synode régional a ouvert la possibilité de mettre en œuvre en Centre-Alpes-Rhône des Ensembles regroupant plusieurs Églises locales partageant des projets et des moyens. Au moment de la création de l’Église d’Eyrieux-Boutières, il y avait déjà plusieurs années que tous les postes pastoraux n’étaient plus pourvus (leur nombre avait déjà été ramené à trois pour les cinq Églises), et elles se sont même retrouvées sans aucun pasteur en poste en 2012-2013. Le nouvel Ensemble créé en 2020 s’est vu doté de deux pasteurs, Pierre Grossein, arrivé en 2013, et Petr Skubal, nommé en 2014. Arrivé à la retraite le 31 décembre 2020, le pasteur Pierre Grossein, qui aura également été pendant huit ans président du Conseil régional Centre-Alpes-Rhône, a cependant conservé deux activités et des liens au sein de l’Église comme membre de l’équipe juridique régionale et de l’équipe des rapporteurs nationaux. Et c’est le pasteur Petr Skubal qui a célébré, le 12 septembre, la cérémonie d’accueil et d’installation de son successeur, le pasteur Jean-Serge Kinouani.

Quand on fait le bilan de ce que le Défap apporte à ses Églises membres, une bonne partie de ses activités peuvent rester mal connues, car elles se développent à travers de multiples réseaux et partenariats. Voici précisément l’un de ces apports qui restent parmi les moins visibles : à travers le Défap, les Églises de France trouvent aussi de nouveaux pasteurs. Avec une vision différente de la vie d’Église, susceptible d’aider aux nécessaires adaptations face aux changements de notre société, ou de revivifier certaines paroisses. Un parcours qui n’a rien d’inédit : ainsi, un an tout juste avant Jean-Serge Kinouani, c’est Aymar Nkangou, un autre boursier du Défap, qui devenait officiellement pasteur de l’Église Protestante Unie de France, lors d’un culte de reconnaissance du ministère pastoral-ordination célébré à Montbéliard, en présence de plusieurs représentants du Défap.

Les pasteurs d’origine étrangère en poste au sein de l’EPUdF représentent une proportion croissante : ils étaient ainsi 22,6% selon les chiffres de 2015 (1), les pasteurs originaires d’Afrique étant le deuxième contingent le plus important. Cet apport aux Églises de France est tout particulièrement illustré par le parcours de Patrice Fondja. « À la fois appelé, et envoyé » : c’est ainsi que se définit ce pasteur originaire du Cameroun, et venu en France dans le cadre d’un projet de ce qui était alors l’Église Réformée de France. Il s’agissait de lancer une Équipe pastorale missionnaire dans l’Est. Pour cela, l’ERF avait sollicité des pasteurs en France, mais aussi hors de France ; le Défap avait eu un rôle actif non seulement pour la venue en France de Patrice Fondja, mais aussi dans le cadre du suivi du projet.

(1) cf : Les minorités religieuses en France, ouvrage collectif publié en 2019 sous la direction d’Anne-Laure Zwilling




Revivez le culte des 50 ans du Défap

Le culte des 50 ans du Défap s’est déroulé le dimanche 19 septembre 2021 au Temple de l’Étoile, à Paris, à l’endroit même où s’était tenu, un demi-siècle plus tôt, le culte d’inauguration de ce qui était alors le Département évangélique français d’action apostolique. Retrouvez ici l’intégralité de l’enregistrement de la cérémonie.

Le président du Service protestant de mission, Joël Dautheville, a notamment prié pour plusieurs familles ayant perdu un proche durant leur temps sur leur terrain de mission – © Unepref

Tout au long de l’année 2021, le Défap fête ses cinquante ans ; cinquante ans de relations entretenues entre Églises par-delà les frontières, cinquante ans d’échanges, de projets et de vies changées par leur contact mutuel… Cette célébration a culminé lors de Journées Portes Ouvertes, organisées du 10 au 19 septembre, qui ont été conclues par un culte au temple de l’Étoile, avenue de la Grande Armée, dans le XVIIème arrondissement de Paris. C’est dans ce temple même, né des efforts du pasteur Eugène Bersier, fondateur au XIXème siècle d’une nouvelle communauté dans un lieu alors excentré de la capitale, qu’avait été célébré, en 1971, le culte d’inauguration du Défap.

La prédication a été apportée par le pasteur Basile Zouma, Secrétaire général du Défap. Étaient également présents la pasteure Emmanuelle Seyboldt, présidente de l’Église Protestante Unie de France (EPUdF), le pasteur Jean-Raymond Stauffacher, président de la commission permanente de l’Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France (UNEPREF) ainsi que le pasteur Célestin Kiki, secrétaire général de la Communauté d’Églises en mission (Cevaa), issue de la SMEP en même temps que le Défap.

Dans une séquence particulièrement émouvante, le pasteur Joël Dautheville, président du Défap, a prié pour plusieurs familles ayant perdu un proche pendant qu’il était envoyé en mission.

Retrouvez ci-dessous l’enregistrement intégral de ce culte (il s’agit du fichier du « live » diffusé pendant que se tenait le culte : la cérémonie proprement dite débute peu après la 10ème minute du direct) :

Et retrouvez également ci-dessous diverses images du culte des 50 ans du Défap :

 

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Retour sur la conférence sociologique avec Évelyne Engel

Pourquoi se former à l’interculturel ? Quel en est l’intérêt, quels en sont les défis ? Mercredi 15 septembre 2021, dans le cadre des Journées Portes Ouvertes du Défap, la sociologue Évelyne Engel a analysé les enjeux de l’interculturalité, en partant notamment de son expérience de formation des envoyés du Défap, lors d’une conférence organisée à la fois en présentiel au 102 boulevard Arago, et en distanciel sur Zoom. Retrouvez-la ici en intégralité.

La conférence avec Évelyne Engel, organisée simultanément en présentiel dans la chapelle du Défap, et en visioconférence – © Défap

En 1953, un jeune Suisse un peu rêveur de 24 ans, fils de bibliothécaire, passionné de lecture et fasciné par les atlas de géographie, partait à bord d’une modeste Fiat Topolino en compagnie d’un ami pour un voyage qui devait le mener de Belgrade à Kaboul, à travers la Yougoslavie, la Turquie, l’Iran et le Pakistan. Il s’appelait Nicolas Bouvier, et son journal de bord, rédigé au fil des rencontres, devait devenir un livre, L’Usage du monde. Un ouvrage pétri de remarques, de notes à la finesse remarquable sur les us et coutumes des lieux traversés, à la fois incisif dans ses analyses et pétri d’émerveillement pour toute la diversité de l’humanité ; publié d’abord à compte d’auteur, il devait devenir au fil du temps une référence de la littérature de voyage. Plus tard, Nicolas Bouvier devait pousser jusqu’au Japon, où son séjour d’un an servit de matière à sa Chronique japonaise, publiée en 1970. À travers tous ces voyages et ces pays traversés, une même attitude le guidait : une curiosité permanente sur les manières de vivre et les manières d’habiter le même monde de ces êtres infiniment curieux, attachants mais aussi divisés, méfiants et retors que sont les humains.

C’est une citation de cette Chronique japonaise qu’Évelyne Engel a choisie pour introduire la conférence qu’elle donnait au 102 boulevard Arago, le 15 septembre 2021, dans le cadre des Journées Portes Ouvertes du Défap : «Si l’on ne peut plus guère progresser aujourd’hui dans l’art de se détruire, il y a encore du chemin à faire dans l’art de se comprendre.» Et c’est bien là ce qui explique les besoins de formation en interculturalité. Des besoins que la sociologue a commencé par analyser pour détailler tous les enjeux d’une telle formation :

  • mieux se comprendre ;
  • éviter les malentendus ;
  • travailler ensemble ;
  • réfléchir à la marche du monde.

Évelyne Engel est aujourd’hui consultante sur les questions d’aménagement et d’interculturalité, après avoir été responsable d’un centre d’hébergement pour réfugiés politiques. Depuis 2014, elle forme les envoyés du Défap avant leur départ en mission. C’est principalement à travers le prisme de cette intervention régulière auprès des futurs volontaires qu’elle a abordé cette question de la formation à l’interculturel.

L’intégralité de la conférence avec Évelyne Engel

Le visible et l’invisible

Mais pour parler d’interculturel, il faut d’abord définir la notion de culture : or celle-ci a de multiples définitions selon qu’on l’aborde sous l’angle philosophique, sociologique, etc. Au final, les cultures se constituent en autant de manières distinctes d’être, de penser, d’agir, de communiquer que d’êtres humains. Et chaque individu est un produit socio-historique , «un Homme vivant parmi d’autres Hommes». Dans chaque culture, il y a ainsi une partie bien visible : c’est une langue, une histoire, des formules de politesse, etc. Mais il y a aussi en-deçà tout l’inconscient, l’invisible, le caché ; les conditionnements, le rapport au temps, à l’espace ; les valeurs, les croyances, et tout ce qui constitue la vision du monde.

Comment envisager des manières de communiquer entre des manières d’être au monde aussi différentes et aussi spécifiques ? Les rapports entre différentes cultures, lorsqu’elles se rencontrent, peuvent s’envisager de plusieurs manières. Il y a l’approche multiculturelle, marquée par le pluralisme, la juxtaposition ; une approche en forme de «mosaïque culturelle», de «creuset» où cohabitent différents groupes culturels ; ce qui ne fait pas toujours bon ménage avec la cohabitation et l’intégration sociale. Il y a aussi l’approche interculturelle, plus proche de la dimension que le Défap essaye de développer :

  • elle définit les rapports et interactions entre des groupes humains de cultures distinctes ;
  • elle est marquée par une réciprocité des échanges, un dialogue ;
  • elle suppose un respect mutuel ;
  • elle implique un renoncement à l’ethnocentrisme.

Se rencontrer par-delà les différences culturelles : un effort quotidien

Ces différentes approches se traduisent par des postures différentes :

  • l’universalisme culturel : la reconnaissance commune de principes indiscutables, l’univers vu comme un tout englobant tous les êtres humains, au-delà des particularismes biologiques et culturels, une unité façonnée par la raison humaine qui régit les relations entre les êtres dans un consentement universel (proche de l’humanisme) ;
  • le relativisme culturel : l’idée que toutes les cultures se valent, sont légitimes ; pas de jugement ni de hiérarchisation (avec un risque : celui du refus de valeurs universelles partagées) ;
  • le culturalisme : le fait culturel serait responsable de tout, impliquant entre les êtres des différences irréductibles.

Lorsqu’il s’agit de former de futurs envoyés avant leur départ en mission, il est donc important de trouver un équilibre ; et pour cela, de respecter quelques points fondamentaux : l’appartenance à une même communauté qui transcende toutes les autres, la communauté humaine ; tenir à distance les a priori et se garder de toute hiérarchie entre les cultures… Pour autant, ne pas renoncer à soi, identifier des passerelles, trouver des dénominateurs communs, penser la complémentarité. Pour les envoyés du Défap qui partent, pour quelques mois ou des années, dans un pays, une culture et un milieu d’Église très différent, tout ceci impliquera un effort quotidien… La rencontre est à ce prix.

(1) Une intervention qui aurait dû se faire à deux voix, en compagnie de la socio-ethnographe Pamela Millet ; mais cette dernière ayant été empêchée au dernier moment, le format de cette conférence a dû être revu.




Méditation du jeudi : une année de grâce

Méditation du jeudi 16 septembre 2021. Nous prions cette semaine avec nos envoyées au Togo, Liliah Breton et Claire Marie Kubel.

© Maxpixel.net

Jésus a reçu le baptême. Il a reçu l’Esprit saint. Il a tenu tête au diable qui lui faisait miroiter la gloire. Le travail commence, les pieds dans la poussière, sur les chemins et dans les villages de Galilée, dans la rencontre et les paroles échangées avec ceux qu’il croise. Le voilà donc au travail et tout se passe bien, il enseigne, il rencontre, il annonce la bonne nouvelle dont il est porteur, il convainc, et tout le monde est ravi. On le glorifie, même… comme un Dieu, ce qui lui revient (nous lecteurs le savons bien), mais est-on bien sûr que tout le monde a compris qui il est ? Rien n’est moins sûr.

L’étape suivante va le montrer, tout est plus compliqué qu’il n’y paraît. Jésus arrive chez lui, à Nazareth, là où tout le monde le connaît, et porté par l’Esprit saint, il continue son ministère en entrant dans la synagogue pour enseigner.

Comme on le fait dans nos temples et nos églises, il lit un texte biblique pour le commenter ensuite. Ce jour-là, voici ce qu’il partage avec ceux qui sont venus à la synagogue :

L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a conféré l’onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ; il m’a envoyé pour proclamer aux captifs la délivrance, et aux aveugles le retour à la vue, pour renvoyer libres les opprimés, pour proclamer une année de grâce de la part du Seigneur.

 

La situation de la Galilée à ce moment-là n’est pas brillante : entre les impôts, le joug romain et la précarité du travail quotidien, on comprend que les gens ordinaires nourrissent l’espoir qu’un Messie viendra rendre au peuple d’Israël sa gloire et sa place privilégiée dans le monde, comme le dit ce texte du prophète Esaïe (Es 61,1ss). Ils rêvent de bonnes nouvelles, de liberté, d’un regard neuf sur un monde renouvelé. Ils sont a priori tout à fait d’accord avec la perspective d’une année de jubilée que mentionne Esaïe, cette année où tous les compteurs sont remis à zéro, où la justice s’impose à tous (Lv 25,8-22). Ça dessine un avenir radieux et ça permet de rêver qu’on pourra être, un jour, en paix, heureux, bien nourris et dans la sécurité, sans plus rien devoir à personne.

Les compatriotes de Jésus sont donc un peu surpris quand il leur annonce que ça y est, c’est déjà fait, c’est accompli. Les pauvres ont déjà reçu une bonne nouvelle, les captifs ont déjà appris leur libération, les aveugles savent qu’ils voient déjà et tout est déjà remis à zéro pour qu’il n’y ait plus d’exploités et que les riches lâchent un peu de lest dans leur pouvoir sur les autres. C’est que ça ne se voit pas, que c’est déjà fait. La misère est là, les impôts, les Romains… pourquoi cet homme qu’ils connaissent bien leur dit-il le contraire de ce qu’ils savent être la vérité ? Rien n’est encore accompli… mais c’est bien tentant quand même, cette perspective. Ils sont déroutés. Cette année de justice offerte par Dieu, est-elle là ou pas encore ?

Tous lui rendaient témoignage et admiraient les paroles pleines de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils disaient : N’est-il pas le fils de Joseph ? Et il leur dit : C’est sûr, vous allez me citer le dicton : Médecin, guéris-toi toi-même ; nous avons appris tout ce que tu as fait à Capharnaüm, alors fais la même chose ici, dans ta patrie. Et il leur dit : C’est vrai, je vous le dis, aucun prophète n’est accueilli dans sa patrie. Vraiment, je vous le dis : quand Élie était en vie et que le ciel a refusé de s’ouvrir pendant trois ans et six mois, causant une grande famine dans tout le pays, il y avait beaucoup de veuves en Israël, mais c’est pourtant dans le pays de Sidon, à Sarepta, qu’il a été envoyé chez une femme veuve. Et puis il y avait beaucoup de lépreux en Israël du temps d’Élisée, mais aucun n’a été purifié, seulement un Syrien, Naaman. Alors, tous furent remplis de colère dans la synagogue quand ils entendirent ces paroles et ils se levèrent, le chassèrent hors de la ville et le poussèrent jusqu’au sommet du promontoire du bourg pour le jeter en bas. Mais lui, passant au milieu d’eux tous, s’en alla. (Lc 4,22-30)

 

On est passé très vite de la surprise au désir de meurtre. Pourquoi ? À vrai dire ce n’est pas totalement clair.
Ils attendaient une libération économique, sociale et politique, éventuellement accompagnée de signes divins et Jésus leur dit que tout est déjà accompli.

La première hésitation, c’est de savoir ce qui est accompli au juste. Une année de jubilé, c’est le signe concret de la justice de Dieu qui s’accomplit dans le monde et on pourrait dire qu’en la personne de Jésus, la justice de Dieu est accomplie. Mais alors, il faut comprendre jusqu’au bout qui est Jésus et si on ne le considère que comme le fils de Joseph, sans imaginer une seconde que c’est en tant que fils de Dieu qu’il est envoyé, alors on ne comprend rien. Ce qu’on imagine être l’œuvre de Dieu et ce qu’elle est vraiment sont deux choses différentes.

Une autre hésitation concerne le salut : si vous considérez que vous avez automatiquement droit au salut et qu’on vous annonce que le salut est déjà là alors que vous savez très bien que vous-même vous ne l’avez pas reçu, ça veut dire qu’il est allé à quelqu’un d’autre… qui a priori n’y avait pas droit. Jésus semble souligner ce problème en expliquant que cette question était déjà brûlante au temps des prophètes : toutes ces veuves, tous ces lépreux qui attendaient le secours et ne l’ont pas reçu alors que des étrangers ont été secourus, c’est rageant. Au fond, je crois que personne n’aime beaucoup l’idée que nous ne savons pas, nous les humains, à qui va le salut, pas plus aujourd’hui qu’au temps de Jésus. Ça n’appartient qu’à Dieu. Ça nous remet à notre place de créatures, dépendants de Dieu et au milieu d’autres créatures qui elles aussi dépendent de Dieu.

La troisième hésitation tient à l’année de grâce. Remettre les compteurs à zéro, qu’est-ce que ça signifie vraiment ? Des courants théologiques comme le christianisme social ou la théologie de la libération développent l’idée selon laquelle les signes de libération concrète, hors de la misère, hors de la soumission à un ordre social inique, font partie ici et maintenant du Règne de Dieu. Lutter pour les droits humains devient alors une lutte avec Dieu, pour une remise à zéro des compteurs, pour la dignité de chaque humain. C’est aussi une façon de voir le corps du Christ comme ceux qui ont reçu l’énergie de lutter ensemble pour vivre vraiment la promesse en marche d’une année de grâce de la part du Seigneur.

Enfin, si un prophète n’est pas écouté dans sa propre patrie, cela signifie-t-il nécessairement qu’il faut partir de chez soi pour annoncer la Bonne nouvelle au monde ? Il est vrai qu’il est souvent plus difficile de parler de choses nouvelles à ceux que l’on connaît depuis toujours, et que l’épreuve du changement de culture permet aussi, parfois, de parler plus librement. Mais quand c’est Jésus lui-même qui est confronté à la violence de ses contemporains, il se passe tout autre chose. Ici, il passe son chemin ; à la croix, il renverse l’ordre du monde. Quand c’est Jésus qui passe, le salut est en marche.




Mission, Défap !

Faire connaître le Défap d’une manière non conventionnelle et ludique, à travers un escape-game : c’est le défi auquel se sont attelés Éline O. et une petite équipe d’anciens envoyés du Défap à l’occasion des célébrations du Cinquantenaire.

Le point de départ est suffisamment réaliste pour donner, rétrospectivement, des sueurs froides à tous les anciens envoyés du Défap : une histoire de passeport oublié quelques heures avant de prendre l’avion… Dans ce jeu, vous accompagnez Timothée, qui vient d’achever sa formation de 10 jours, et va entamer une course contre la montre à travers le 102 boulevard Arago. Au menu : indices, codes, énigmes à résoudre en équipe et en un temps limité – tous les éléments classiques de l’escape-game. Pensé à l’origine dans et pour le décor de la maison des missions, le scénario a également été décliné sous la forme d’un jeu de société, de façon à faire connaître plus largement le Défap.

Visiteurs lors des Journées Portes Ouvertes s’initiant à l’escape-game du Défap

Aux manettes du projet : Éline O., ancienne envoyée en Égypte, et chargée de mission pour le Cinquantenaire du Défap. Elle développe là l’expérience acquise avec la Ligue pour la lecture de la Bible, qui avait déjà mis sur pied en deux mois un escape-game biblique en 2018, à l’occasion du festival de musique Heaven’s Door, avant de s’attaquer à un scénario plongeant les joueurs en l’an 33, peu après la mort de Jésus : ainsi était né «la Dernière Nuit». Particularité : le jeu se déroulait dans les caves du temple du Saint-Esprit, à Paris. C’était précisément Éline O., membre de cette paroisse du VIIIème arrondissement en même temps que responsable du projet, qui avait proposé un tel décor. Dans le cas du Défap, outre le choix du lieu, qui s’imposait de lui-même, elle a fait appel à d’autres anciens envoyés pour concevoir un jeu donnant une image aussi fidèle que possible du Service protestant de mission ; et l’équipe des permanents a été mise à contribution pour le tester.

«Participer à un projet différent, relever un challenge graphique»

«Ce qui m’a motivée à rejoindre ce projet, c’est l’envie de faire connaître le Défap d’une manière non conventionnelle et ludique», explique Éloïse, membre du petit groupe qui a développé le jeu. Elle connaît Éline depuis l’Égypte, où elle était également envoyée  ; elle est aujourd’hui pasteure, particulièrement intéressée par l’animation auprès des jeunes, et sa connaissance du terrain a été précieuse pour aider à concevoir un jeu pertinent pour les Églises locales.

Les membres de l’équipe du Défap ont été mis à contribution pour préparer l’escape-game

Caroline et Olivier, qui ont pris en charge l’aspect graphique, ont été envoyés au Togo. Ils se sont investis avec enthousiasme : «Ma motivation tient, d’une part à ma reconnaissance envers le Défap, d’autre part à mon envie de faire du graphisme dans un cadre ni professionnel, ni personnel», témoigne Olivier. Caroline évoque pour sa part «la joie de participer à un projet différent de mon travail et l’envie de relever un challenge graphique». Nicolas, ancien envoyé au Bénin, a participé pour sa part à la construction de l’intrigue.

Au sein de cette équipe, Éline se dit «vraiment heureuse que Nicolas, Éloïse, Caroline et Olivier aient accepté le défi. Leurs compétences et leurs points de vue sont très complémentaires. Je trouve ce projet motivant parce qu’il est original, parce que je pense qu’il plaira aux jeunes mais aussi aux moins jeunes et parce qu’il permettra de faire connaître le Défap et la mission d’aujourd’hui.»

Du jeu à la réalité, la frontière est mince : au-delà de la volonté de communiquer autour d’un anniversaire, il s’agit surtout de permettre aux joueurs de toucher du doigt ce qui se partage et se transmet dans ce lieu-carrefour, à la fois chargé d’histoire et profondément vivant, qu’est le 102 boulevard Arago, en tirant profit de l’aspect naturellement immersif et collaboratif de l’escape-game.