Gros plan sur l’Église évangélique au Maroc à l’occasion de son synode national, qui vient de se tenir du 22 au 24 novembre 2019 à Casablanca, en présence du secrétaire général du Défap, Basile Zouma. Une douzaine de paroisses réparties dans tout le pays, un corps pastoral africain et essentiellement formé à l’Institut al-Mowafaqa, fleuron de la formation théologique protestante dans la sous-région, l’EEAM est en plein essor, dans un pays lui aussi en plein développement, notamment en matière de démographie. En effet, pour tout un ensemble de raisons, le Maroc est passé de 8 millions d’habitants en 1957 à 38 millions en 2018. Les défis sont multiples, et l’un d’entre eux, non des moindres, est l’accueil des migrants, lesquels sont en croissance exponentielle ces dernières années.

Vue du synode national 2019 de l’EEAM, Casablanca, novembre 2019 © EEAM

Le Défap est engagé à plus d’un titre aux côtés de son Église-sœur du Maroc, et l’un des projets les plus importants, que soutient l’UEPAL pour la deuxième année, est justement l’aide d’urgence pour les migrants. Lors de leurs visites sur places, les responsables du Défap ne manquent jamais de se rendre dans les camps et notamment celui de Fès, où travaille aussi le Comité d’Entraide International (CEI). « Ils apportent du bien et pas seulement des biens, assurent une présence humaine et un accompagnement spirituel » notait déjà en 2017 l’ancien secrétaire général du Défap, Jean-Luc Blanc. Basile Zouma, son successeur depuis juillet dernier, [s’est] également [rendu] sur place [en ce mois de novembre] : un quasi-retour aux sources, car lui aussi a été pasteur formé à l’Institut al-Mowafaqa, et il a beaucoup travaillé sur place auprès des migrants.

Le secrétaire général du Défap, Basile Zouma, au synode national 2019 de l’EEAM © EEAM

L’histoire de ces hommes, femmes et enfants qui peuplent les villages précaires est pour chacun unique, mais toujours mouvementée. Répartis en quartiers selon les pays d’origine, c’est une petite Afrique qui s’y est reconstituée à la va-comme-je-te-pousse: les Nigériens des sables côtoient les Ivoiriens de la lagune ou les Camerounais des plateaux, les Gambiens des forêts voisinent avec les Érythréens des déserts. Et toujours la vie s’organise, qui passe parfois, malheureusement, du provisoire au long terme. L’aide qui leur est accordée est alors différente. Elle concerne les projets professionnels: acheter du matériel pour se lancer dans une activité de plomberie ou de peinture par exemple.

Les migrants au Maroc, une vie marquée par la précarité

Les «mineurs non accompagnés» affluent, eux aussi, au point que l’EEAM a jugé utile d’ouvrir un centre d’accueil qui leur soit dédié. Elle est là pour accueillir, accompagner, assister, soigner. Elle s’adapte aux évolutions de la situation de manière à être toujours là où les migrants sont regroupés. Aujourd’hui, la politique marocaine est de mettre des dizaines de personnes en attente de passer le détroit de Gibraltar dans des bus et de les envoyer plus au sud, vers Casablanca, Agadir et même Dakhla, à la frontière avec la Mauritanie. Pour l’EEAM, il faut donc être présent avec les programmes d’aide d’urgence, c’est-à-dire des soins, des médicaments, de la nourriture, des couvertures, des vêtements, quand les bus arrivent et déversent leurs flots de misère. Le CEI lui prête son concours, achète notamment des bâches plastiques pour construire des cabanes. Hélas, des camps officieux perdurent sur les terrains vagues et aux abords des gares routières.

Un exemple de la précarité des migrants : à la mi-décembre 2018, un camp prend feu près de la gare routière de Casablanca-Ouled Ziane © CEI

L’EEAM ne peut pas assumer seule l’accompagnement des dizaines de milliers de malheureux qui arrivent chaque mois au Maroc. C’est pour cette raison que divers organismes allemands, américains et, bien sûr, l’UEPAL en partenariat avec le Défap lui apportent leur soutien. L’UEPAL en particulier soutient un programme de scolarisation des enfants de migrants, un programme d’aide d’urgence et un autre d’aide au retour pour ceux qui, désespérés, abandonnent leur projet de migration en cours de route. De cette manière, les Églises de France sont un peu aux côtés de celles et ceux à qui l’Europe ferme les portes de son territoire. C’est aussi une manière de se souvenir que le peuple de Dieu est appelé à être un peuple de nomades dans la Bible, un peuple «d’étrangers et de voyageurs» traversant des territoires qui ne lui appartiennent pas.

Un article de Valérie Thorin (Défap),
publié dans l’Église missionnaire (octobre 2019)