Éloigné, en confinement (2)

Les boursiers du Défap vivent le confinement, éloignés de leurs proches. Ils nous font partager leur ressenti à travers un « billet d’humeur ».

 

Jean Patrick Nkolo Fanga

Jean Patrick Nkolo Fanga est pasteur, enseignant en théologie et directeur du département de l’enseignement supérieur de l’Église presbytérienne camerounaise. Il est également professeur de théologie pratique à la faculté de théologie évangélique de Bangui/Campus de Yaoundé. Il est président en exercice de la société internationale de théologie pratique (2018-2020). Ses recherches portent sur la culture contemporaine de la pastorale. Il a déjà publié des articles sur la pastorale des migrants d’origine africaine en France à partir d’enquêtes dans des églises locales de France.

Arrivé en France au début du mois de mars pour un séjour de recherche, j’ai très vite été accueilli par la réalité de la pandémie du Covid 19 qui, chez moi au Cameroun, ne faisait encore l’objet que de commentaires dans les journaux télévisés et lors des rencontres amicales (à l’aéroport port du masque plus répandu que d’habitude, pas de salutations ou d’accolades). Toutefois, durant la première quinzaine de mars, le rapport au Covid 19 dans tous les actes de la vie courante était plus ou moins important, car dépendant de chaque individu et de sa perception de la maladie. Dès le vendredi 13 mars 2020, on passa à la vitesse supérieure avec l’annonce de la fermeture des universités et donc des bibliothèques. Le samedi 14 mars 2020 dans la soirée, l’annonce de la fermeture des restaurants et des commerces non essentiels augmenta le stress lié à cette pandémie. Le dimanche en allant au culte, grande fut ma surprise de trouver l’église fermée. Donc pas de culte, mais plutôt une invitation pour les paroissiens connus à suivre le culte par vidéo. Lundi 16 mars 2020, la ruée dans les supermarchés avec, pour conséquences, des étalages pratiquement vides et de longues queues m’a inquiété davantage. Ce même lundi dans la soirée, les discours des autorités sur la fermeture des frontières et le confinement pour quinze jours renouvelables, avec contrôles de police, ont contribué à augmenter la pression. Dans les rues la psychose était visible. Pour moi, venu d’Afrique pour faire des recherches en bibliothèque et sur le terrain, c’était vraiment une situation pénible, mais également interpellante.

En effet, pour le chrétien, pasteur, théologien et formateur que je suis, cette situation de psychose et de panique a fait germer un questionnement en rapport avec la Bible et le ministère de l’Église dans le monde. Quel est le rôle de l’Église dans les catastrophes nationales ? Comment les Églises locales peuvent-elles innover pour assumer leur ministère dans un contexte de confinement ? Quelle est la valeur pneumatologique des liturgies qui utilisent les nouvelles technologies de l’information et de la communication ? Se pose également la question de la double citoyenneté du chrétien, au ciel et sur la terre, avec la soumission aux autorités et aux lois, etc.

C’est aussi vrai que dans la Bible on trouve des personnes contraintes au confinement qui ont fait recours à Jésus pour en être libérées, comme ce fut le cas de nombreux aveugles (Luc 5.12-15 ; Luc 17.11-19). Dans sa réponse, Jésus les a envoyées vers le sacrificateur qui, selon la législation en vigueur à l’époque, devait constater la guérison et réaliser les rites de purification nécessaires à leur réintégration dans la société. Il y a là une invitation à la complémentarité entre Église et gouvernants pour les questions de santé. Cette pandémie est une interpellation pour les chrétiens, les pasteurs, les équipes dirigeantes des Églises, les théologiens, les formateurs des acteurs de la pastorale et une invitation à réfléchir sur de nouvelles modalités d’Église. Il est vrai cependant que certains actes liturgiques entreront difficilement dans la logique du virtuel, comme la sainte cène ou le baptême…


Vous pouvez relire le témoignage d’Adrien Bahizire Mutabesha en cliquant ici >>>




Éloigné, en confinement

Les boursiers du Défap vivent le confinement, éloignés de leurs proches. Ils nous font partager leurs ressentis à travers un « billet d’humeur ».

 

Adrien Bahizire Mutabesha

Adrien Bahizire Mutabesha est le doyen de la faculté de théologie de l’Université Évangélique en Afrique (UEA) à Bukavu. Il est actuellement en France pour un congé de recherche de trois mois. Son sujet :  » Résilience et spiritualité pentecôtiste dans le contexte de la République démocratique du Congo ».

Le confinement était pour moi un concept vide et un terme vulgaire. D’ailleurs, ni le président Macron, ni son premier ministre ne l’avaient prononcé dans leurs premiers discours sur le Covid-19. Et pourtant dans ce pays dit  »de liberté », c’est avec le papier d’autorisation de sortie que j’ai commencé à ressentir la quintessence et le poids du slogan repris partout dans les journaux, sur les différentes télévisions et presque sur les lèvres de tous :  »Restez chez-vous !  » Eh bien ! Venu de la République Démocratique du Congo (RDC) pour une recherche de courte durée et l’actualisation de mes cours à l’Institut Protestant de Théologie (IPT) à Paris, voilà que je ne peux plus sortir ! Ce n’est pas un rêve ! Les écoles, les églises, les entreprises ont fermé, seuls les hôpitaux vivent, pour soigner.

Les messages de ma famille, de mes fidèles, des amis sur Whatsapp me réveillent chaque matin, se répètent vers midi, vers 15h et là aussi à 20 heures pour savoir si je ne suis pas encore contaminé. Du coup, c’est mon dernier fils de 8 ans qui me souffle, téléphone à l’oreille  »¨Papa, reste à la maison ! » Et encore mieux :  »Reviens le plus vite possible ! » Mince, alors… Les sourds parlent, avertissent et les cloches sonnent de toute part. Mourra alors qui mourra !

La famille d’Adrien Bahizire Mutabesha à Bukavu

Non, fatigué de lire les pages des livres en ma possession sans rien comprendre, je descends au deuxième étage pour suivre la télévision, seule détente qui me reste. Les chiffres ahurissants et dévastateurs des cas positifs qui ne font que s’alourdir pour la France, l’Italie, l’Espagne m’envahissent et entament la paix de mon cœur. L’annonce de la présence du coronavirus en République Démocratique du Congo vient chambouler cette âme déjà fragilisée. Et je me dis,  » « Qu’adviendra-t-il pour mon pays si tout l’arsenal français peine ? » Sans connaître les pensées qui m’agitent, le camarade camerounais venu juste pour un colloque me regarde dans les yeux et me dit :  »J’ai raté mon vol à trois reprises à cause de cette pandémie ! J’aimerais tout de même aller souffrir à côté des miens car si mon pays est atteint, ce sera la catastrophe ». Rires tièdes, nous nous consolons mutuellement et nous sortons, autorisation en main, pour faire des courses à quelques mètres du Défap.

Découverte ! Les rues sont vides, les restaurants et cafés fermés, plus de vélos, plus de visiteurs en ligne devant les catacombes bref, la ville est pâle. Paris a perdu sa vitesse et son mouvement. Ce n’est pas Paris, c’est le monde entier. Mon cœur bat et je ne le dis à personne mais je le pense : « Peut-être que c’est la fin de tout ? L’Écriture ne dit-elle pas que le Seigneur vient bientôt ! Ni Raoult, ni Macron, ni la Chine ne nous ramèneront la vie ! Dieu le fera ! » Alors que je suis encore dans ces pensées, à la boutique, une dame qui vient aussi se ravitailler et se trouve à deux mètres de moi me dit : « Monsieur, éloignez-vous encore d’un mètre ». Je le fais, mais elle n’entre que quand je suis sorti. Couverte du haut en bas, portant un masque hors du commun, elle ressemble à une employée de bureau de la Tour Montparnasse. Elle semble incapable de comprendre que le virus ne passe que par le nez ou la bouche et ne dépasse pas plus d’un mètre après expiration. Psychose et terreur !

Si tout à l’extérieur est devenu amorphe, il y a de la vie dans la maison du Défap grâce à une dame qui vient presque chaque soir nous demander  »ça va ? ». Les jours passent. Le confinement m’a permis d’atteindre le but de mon séjour, de lire et de prier ! Adieu corona ! Adieu confinement ! C’est l’espoir ! Oui, le confinement m’éloigne de tout ; mais pas du Seigneur. A nous revoir, Paris.




Retour sur la rencontre des Coordinations de la Cevaa

La rencontre annuelle des Coordinations de la Cevaa a eu lieu du 27 janvier au 02 février 2020 à Jacqueville, en Côte d’ivoire, dans le village d’Abreby.

L’ensemble des participants aux Coordinations Cevaa 2020 © Défap

Elle a rassemblé une vingtaine de délégués des Églises membres et organismes partenaires (Défap et DM-échange et mission). Le Défap était représenté par les pasteurs Basile Zouma, secrétaire général  et Tünde Lamboley, secrétaire exécutive, responsable de la formation théologique. Le DM, était quant à lui, représenté par son directeur, le pasteur Nicolas Monnier et M. Jean-Daniel Peterschmitt. L’Église méthodiste unie, membre de la Cevaa qui a organisé l’accueil, a trouvé un cadre de travail adapté pour permettre à la délégation de joindre l’utile à l’agréable.

Un temps pour réfléchir et travailler ensemble

Les Coordinations (pôle animations et pôle projets) sont des commissions techniques mises en place par l’Assemblée générale. Le pôle Animations est chargé de l’examen des demandes de bourses des Églises membres, ainsi que de l’examen des projets jeunesse. Le pôle Projets et échange de personnes est chargé de travailler sur les actions de témoignage et de solidarité des Églises.

Les discussions et débats autour de ces projets ont permis de toucher du doigt les préoccupations des Églises membres, leurs actions et les domaines d’activités qu’elles souhaitent développer. Il a été souligné le soin et l’attention particulière que chaque Église a consacré à l’élaboration et la présentation de ses projets.

Le séjour s’est clôturé le dimanche 02 février par un culte au temple du Jubilé à Cocody où la délégation a vécu avec la communauté EMU-CI, un temps fort de communion.

Culte de clôture des Coordinations Cevaa © Défap




Après Hope 360, des nouvelles de Bafia

Hope 360, c’était le 19 octobre. Alors que les vidéos-souvenirs sur cette première journée sportivo-solidaire commencent à être diffusées, quelques nouvelles du projet qui avait été soutenu à Valence par le Défap. Les fonds récoltés à cette occasion ont permis d’acheter du matériel pour équiper l’hôpital de Bafia. Et pour améliorer la prise en charge et le suivi au quotidien des patients qui viennent se faire soigner dans l’établissement du Dr Célin Nzambé – essentiellement les futures mamans et les très jeunes enfants.

Remise de l’enveloppe contenant les dons pour l’hôpital de Bafia, novembre 2019 © Défap

Quelques photos de l’équipe médicale entourant une enveloppe, du matériel – et ces quelques mots de commentaire envoyés par le Dr Célin Nzambé : «Super. La table d’accouchement, le pèse-bébé et la boîte d’accouchement. Nos patients verront une amélioration de leur prise en charge à l’aide de ce nouveau matériel. Merci à Dieu et à tous ceux qui ont contribué. Particulièrement Hope 360. Soyez bénis.» Ce sont les dernières nouvelles, et les premières manifestations concrètes des effets de l’opération Hope 360 dans le quotidien de l’hôpital de Bafia.

Bafia est une ville du Cameroun située à 120 km au nord de la capitale Yaoundé, dans le département du Mbam-et-Inoubou. Elle tire son nom de l’ethnie habitant la région, les Bafia, population bantoue d’Afrique centrale, établie sur la rive droite du Mbam. Elle dispose d’un hôpital de district et de centres de santé répartis dans les quartiers et villages avoisinants… mais pour une bonne partie de la population, les soins y sont pour ainsi dire inaccessibles. Car le Cameroun paye encore les conséquences de choix faits il y a plusieurs décennies en matière de santé publique, et qui se sont avérés catastrophiques : notamment la fin de la gratuité des soins et leur financement direct par les patients. Une tendance qui a été la même dans de nombreux pays africains au cours des années 80, avec à chaque fois les mêmes effets désastreux pour le fonctionnement des hôpitaux et pour la santé publique. Aujourd’hui encore, les patients ne peuvent espérer être soignés dans la plupart des hôpitaux sans faire d’abord la preuve qu’ils pourront payer ; la conséquence étant que pour beaucoup, l’accès à des soins hospitaliers est tout simplement inenvisageable, même dans les cas les plus graves.

De petits gestes, de grands effets

C’est précisément ce manque que viennent combler des petites structures comme celle de l’hôpital de Bafia – une structure privée, appartenant à l’Église presbytérienne du Cameroun (EPC). Avec peu de moyens, un tel hôpital fait beaucoup pour la santé de la population. Les établissements de santé gérés par des Églises ont de fait un rôle crucial dans le pays. Mais le réseau d’hôpitaux de l’EPC a lui-même connu des difficultés, au point que l’hôpital de Bafia, à l’arrivée de Célin Nzambé, était tout simplement désaffecté. C’est grâce à son travail, soutenu par le Défap, qu’il peut désormais jouer pleinement son rôle auprès de la population de cette préfecture du centre du Cameroun. Le Défap a régulièrement des envoyé.es sur place, notamment des infirmières : actuellement, c’est le cas d’Amandine Drouaillet ; elle avait été précédée par Aurélie Chomel… Un réseau de soutien s’est constitué en France au sein de certaines paroisses de l’EPUdF, comme celles de Valence (Patricia Champelovier, présidente du conseil presbytéral de Saint-Péray au sein de l’Ensemble Valence-Deux-Rives, et qui est aussi infirmière, a notamment fait le voyage à Bafia pour soutenir le projet) ou de La Rochelle (dont un des paroissiens, le docteur Jean-Pierre Perrot, cardiologue, va régulièrement prêter main-forte à Célin Nzambé). Les conditions de travail étant difficiles, le matériel compté, les ressources limitées, y compris en termes de lits pour les malades, toutes les bonnes volontés comptent. Jean-Marc Bolle, de la paroisse de Valence, avait ainsi accompagné Patricia Champelovier durant l’été 2018 pour faire des travaux de peinture dans des salles récemment construites et destinées à accueillir les patients.

Hope 360, rendez-vous sportivo-solidaire organisé le 19 octobre dernier à Valence, a permis au Défap de donner une plus grande visibilité à ce projet. Mais aussi de récolter des fonds. Ceux-ci ont été remis en main propre au Dr Célin Nzambé, qui a tenu à en témoigner aussitôt avec l’équipe médicale de l’hôpital de Bafia : «Première photo, la remise de la somme récolté lors de Hope 360, qui a permis l’achat du matériel cité pour équiper la salle d’accouchement.» Une cagnotte en ligne, mise en place à l’occasion de Hope 360, est encore ouverte jusqu’à la fin de l’année pour celles et ceux qui auraient à cœur d’aider l’hôpital.

De nombreuses autres occasions de s’engager ont également pu être présentées le 19 octobre lors de Hope 360, qui représentait la première édition d’un rendez-vous à la fois sportif, ludique et festif organisé autour d’une vingtaine de projets solidaires. Avec, aux côtés du Défap, des noms connus comme Medair, ADRA, Le Sel, La Gerbe, l’Ircom, Michée France, Fidesco… Un ensemble œcuménique qui proposait de soutenir des projets de santé, d’éducation, de protection de l’environnement – pour plus de justice, un meilleur partage des ressources, une vie plus digne… Hope 360 avait été monté par Asah, collectif regroupant une trentaine d’acteurs chrétiens de la solidarité internationale. Une vidéo souvenir de cette journée est désormais disponible :

Et pour compléter, quelques images de cette journée vécue du côté de l’équipe et du stand du Défap : tout d’abord, ambiance musicale sur le stand avec Aurélie Chomel, envoyée à Bafia, qui était présente à Valence pour témoigner :

Et soutien en musique avec cette chorale venue tout droit de Bangui, en République centrafricaine, et constituée de paroissiens de l’EPCRC (Église protestante Christ-Roi de Centrafrique, partenaire du Défap) emmenés par Ludovic Fiomona :

N’oubliez pas : la cagnotte en ligne est toujours ouverte ! Vous pouvez encore soutenir l’hôpital de Bafia…




Migrants et réfugiés : Maroc, terre d’accueil

Gros plan sur l’Église évangélique au Maroc à l’occasion de son synode national, qui vient de se tenir du 22 au 24 novembre 2019 à Casablanca, en présence du secrétaire général du Défap, Basile Zouma. Une douzaine de paroisses réparties dans tout le pays, un corps pastoral africain et essentiellement formé à l’Institut al-Mowafaqa, fleuron de la formation théologique protestante dans la sous-région, l’EEAM est en plein essor, dans un pays lui aussi en plein développement, notamment en matière de démographie. En effet, pour tout un ensemble de raisons, le Maroc est passé de 8 millions d’habitants en 1957 à 38 millions en 2018. Les défis sont multiples, et l’un d’entre eux, non des moindres, est l’accueil des migrants, lesquels sont en croissance exponentielle ces dernières années.

Vue du synode national 2019 de l’EEAM, Casablanca, novembre 2019 © EEAM

Le Défap est engagé à plus d’un titre aux côtés de son Église-sœur du Maroc, et l’un des projets les plus importants, que soutient l’UEPAL pour la deuxième année, est justement l’aide d’urgence pour les migrants. Lors de leurs visites sur places, les responsables du Défap ne manquent jamais de se rendre dans les camps et notamment celui de Fès, où travaille aussi le Comité d’Entraide International (CEI). « Ils apportent du bien et pas seulement des biens, assurent une présence humaine et un accompagnement spirituel » notait déjà en 2017 l’ancien secrétaire général du Défap, Jean-Luc Blanc. Basile Zouma, son successeur depuis juillet dernier, [s’est] également [rendu] sur place [en ce mois de novembre] : un quasi-retour aux sources, car lui aussi a été pasteur formé à l’Institut al-Mowafaqa, et il a beaucoup travaillé sur place auprès des migrants.

Le secrétaire général du Défap, Basile Zouma, au synode national 2019 de l’EEAM © EEAM

L’histoire de ces hommes, femmes et enfants qui peuplent les villages précaires est pour chacun unique, mais toujours mouvementée. Répartis en quartiers selon les pays d’origine, c’est une petite Afrique qui s’y est reconstituée à la va-comme-je-te-pousse: les Nigériens des sables côtoient les Ivoiriens de la lagune ou les Camerounais des plateaux, les Gambiens des forêts voisinent avec les Érythréens des déserts. Et toujours la vie s’organise, qui passe parfois, malheureusement, du provisoire au long terme. L’aide qui leur est accordée est alors différente. Elle concerne les projets professionnels: acheter du matériel pour se lancer dans une activité de plomberie ou de peinture par exemple.

Les migrants au Maroc, une vie marquée par la précarité

Les «mineurs non accompagnés» affluent, eux aussi, au point que l’EEAM a jugé utile d’ouvrir un centre d’accueil qui leur soit dédié. Elle est là pour accueillir, accompagner, assister, soigner. Elle s’adapte aux évolutions de la situation de manière à être toujours là où les migrants sont regroupés. Aujourd’hui, la politique marocaine est de mettre des dizaines de personnes en attente de passer le détroit de Gibraltar dans des bus et de les envoyer plus au sud, vers Casablanca, Agadir et même Dakhla, à la frontière avec la Mauritanie. Pour l’EEAM, il faut donc être présent avec les programmes d’aide d’urgence, c’est-à-dire des soins, des médicaments, de la nourriture, des couvertures, des vêtements, quand les bus arrivent et déversent leurs flots de misère. Le CEI lui prête son concours, achète notamment des bâches plastiques pour construire des cabanes. Hélas, des camps officieux perdurent sur les terrains vagues et aux abords des gares routières.

Un exemple de la précarité des migrants : à la mi-décembre 2018, un camp prend feu près de la gare routière de Casablanca-Ouled Ziane © CEI

L’EEAM ne peut pas assumer seule l’accompagnement des dizaines de milliers de malheureux qui arrivent chaque mois au Maroc. C’est pour cette raison que divers organismes allemands, américains et, bien sûr, l’UEPAL en partenariat avec le Défap lui apportent leur soutien. L’UEPAL en particulier soutient un programme de scolarisation des enfants de migrants, un programme d’aide d’urgence et un autre d’aide au retour pour ceux qui, désespérés, abandonnent leur projet de migration en cours de route. De cette manière, les Églises de France sont un peu aux côtés de celles et ceux à qui l’Europe ferme les portes de son territoire. C’est aussi une manière de se souvenir que le peuple de Dieu est appelé à être un peuple de nomades dans la Bible, un peuple «d’étrangers et de voyageurs» traversant des territoires qui ne lui appartiennent pas.

Un article de Valérie Thorin (Défap),
publié dans l’Église missionnaire (octobre 2019)




La Cevaa en conseil au Togo

Du 21 au 27 octobre 2019, la Cevaa a tenu son conseil exécutif à Lomé. Le secrétaire général du Défap, le pasteur Basile Zouma, y assistait pour la première fois en tant qu’invité.

Une fois au nord, une fois au sud : tous les six mois, la Cevaa tient son conseil exécutif dans un pays différent, en vertu d’une pratique bien établie selon laquelle les réunions sont accueillies à chaque fois par une Église différente. En ce mois d’octobre 2019, le conseil avait lieu à Lomé, au Togo, et il était accueilli conjointement par l’EEPT (l’Église Évangélique Presbytérienne du Togo) et l’EMT (l’Église Méthodiste du Togo). Le secrétaire général du Défap, le pasteur Basile Zouma, y assistait pour la première fois en tant qu’invité.

Défap et Cevaa : deux institutions ayant chacune ses spécificités et son identité, mais engagées toutes deux dans la même mission. «Elles sont nées toutes deux en 1971, comme deux branches d’une même volonté missionnaire, a souligné Basile Zouma. Toutes deux auront bientôt 50 ans.»

«Une utopie mobilisatrice»

La Cevaa, c’est cette Communauté de 35 Églises, présentes dans 24 pays et sur quatre continents, qui partage avec le Défap l’héritage de la Société des Missions Évangéliques de Paris, la SMEP. Si le Défap a poursuivi ses activités dans la maison du 102 boulevard Arago, à Paris, et continué le rôle de service missionnaire des Églises de la tradition luthéro-réformée qui le constituaient, la Cevaa, quant à elle, a reçu la charge de faire vivre la grande famille d’Églises nées des travaux de la SMEP. Les activités du Défap se développent donc prioritairement avec des Églises de la Cevaa… mais pas seulement ; car depuis la naissance du Défap et de la Cevaa, d’autres partenariats ont pu être noués, d’autres relations établies.

Cette double naissance et cette histoire commune ont été soulignées tout récemment lors d’un colloque organisé au Défap, le 11 octobre : «le mot qui est revenu à cette occasion, a souligné Basile Zouma, c’est celui de gémellité. La Cevaa et le Défap comme deux faces d’une même pièce…» Même si, a-t-il reconnu, «être de la même famille n’est pas une garantie de paix. Pour cela, il faut un effort commun, il faut faire des choix de vie communs, et faire parfois des compromis pour rester ensemble sur le même chemin.» Entre ces deux institutions que sont la Cevaa et le Défap, ont pu exister des incompréhensions. «Les institutions, a encore souligné Basile Zouma, sont vitales, fondamentales ; lors du colloque du Défap, quelqu’un a évoqué l’image de vases. Mais ces vases ne sont rien s’ils ne contiennent pas un liquide précieux : celui de la bonne nouvelle de l’Évangile pour les hommes.»

«En tant que Secrétaire général du Défap, a encore insisté Basile Zouma, je ne peux pas faire l’économie de situer la place du service Protestant de Mission par rapport à cet ensemble : je dirais que je le vois comme un élément de soutien à la Communauté et à la communion. Défap et Cevaa restent fortement liés ; mais une fois que les jumeaux sont nés, chacun prend son envol. Il faut accepter que l’un ou l’autre puisse suivre le cours de sa vie et ouvrir librement un chemin de rencontre. Le chemin que suit l’un n’est pas forcément le chemin de l’autre, mais il faut trouver les espaces pour construire ensemble.»




«Vers une nouvelle économie de la mission»

Le colloque « Vers une nouvelle économie de la mission » qui s’est tenu le 11 octobre 2019 au Défap a permis en premier lieu d’exprimer les diverses conceptions de la mission, et les diverses attentes vis-à-vis du Défap. Il a permis d’ouvrir des pistes de réflexion, de souligner les besoins de clarification… et il a donné lieu à la publication de deux livrets, « Paroles aux Églises » et « Actes du colloque », que vous pouvez retrouver ici, soit en téléchargement et en pdf, soit pour les commander gratuitement sous forme reliée auprès du Défap.

Basile Zouma, secrétaire général du Défap, introduisant la journée © Défap

 

Pour télécharger les cahiers en pdf :

« Vers une nouvelle économie de la mission – Parole aux Églises »
« Vers une nouvelle économie de la mission – Actes du colloque »

Pour commander auprès du Défap :

Bon de commande

Pour lire ces deux cahiers en ligne sur Calaméo :

Colloque volume 1

Colloque volume 2

Une étape clé : c’est ainsi qu’a souvent été vécu et décrit par ses participants le colloque du Défap, organisé le vendredi 11 octobre 2019 au 102 boulevard Arago. «J’ai eu le sentiment de vivre un moment exceptionnel : j’ai vu trois présidents d’Église réunis», témoignait ainsi dès le lendemain en Conseil du Défap Christine Villard, de l’Église protestante unie de France, référente régionale Mission-Défap en PACCA. «J’ai entendu parler de mutualisation de moyens en matière d’international… Un autre mot important qui est ressorti, c’est celui de la complexité ; et il faut accepter que cette complexité, on ne la maîtrise pas.» Au cours de cette même réunion, Thomas Wild, de l’UEPAL, évoquait pour sa part un événement «très riche» dans lequel «les directions d’Église se sont impliquées». Quant à Joël Dautheville, président du Défap, il faisait part de son «sentiment qu’on a réussi à franchir un cap, qui de mon point de vue n’était pas évident». Et d’ajouter : «Je nous invite maintenant à prendre cette dynamique refondatrice, précisément comme une dynamique : c’est un élan…»

Ce colloque, intitulé : «Vers une nouvelle économie de la mission», avait d’abord pour but de permettre l’expression en un même temps et dans un même lieu des diverses conceptions de la mission, et des diverses attentes vis-à-vis du Défap, qui existent aujourd’hui au sein des trois Églises fondatrices : l’EPUdF (Église protestante unie de France), l’UEPAL (Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine) et l’Unepref (Union nationale des Églises protestantes réformées évangéliques de France). Il réunissait environ 80 participants. Il devait être suivi quelques mois plus tard, à Sète, d’un forum plus large, auquel il devait fournir de la matière et des éléments de réflexion – mais le contexte sanitaire a finalement contraint à changer de format, ce qui a donné naissance à la série de webinaires « Les Ateliers de la mission ».

D’où une journée dense, entre plénières et travaux en ateliers, entre table ronde avec les présidents des trois Églises constitutives du Défap et intervention d’un sociologue, Frédéric de Coninck, sur le thème : «Si proches et si loin les uns des autres – Quel défi pour la mission dans nos sociétés éclatées ?»… Le tout conclu par un retour sur les travaux de la journée par Frédéric Rognon, professeur de philosophie des religions à la Faculté de Théologie Protestante à l’Université de Strasbourg.

«Mission», «évangélisation», «témoignage»

Florence Taubmann, du service Animation – France du Défap, lors de la table ronde avec les trois présidents des Églises fondatrices © Défap

 

Outre les cahiers désormais disponibles, il reste de cette rencontre à la fois des images, des questionnements et des pistes de travail. L’image, tout d’abord, de Florence Taubmann, qui lors du temps d’aumônerie de la matinée a voulu placer les échanges de la journée sous le thème de la joie : «C’est joie que cette parole (…) Joie frémissante, fragile et imprenable. Joie mystérieusement inextinguible, qui résiste au mal et au malheur, au doute et aux échecs. Joie qui se chante ! (…) Notre mission frères et sœurs, c’est vraiment d’accueillir cette joie ; de vivre, porter, partager, cette joie.» Autre image, celle des deux présidents et de la présidente des trois Églises fondatrices siégeant côte à côte, à la même tribune, devant les participants du colloque, et évoquant tour à tour ce que signifiaient pour eux les mots de  «mission», «évangélisation», «témoignage», ou encore «institution». Ainsi pour Emmanuelle Seyboldt, présidente de l’EPUdF, «la mission, c’est James Bond (…) quelque chose de risqué, qui exige un fort investissement de la personne». Christian Albecker, président de l’UEPAL, a évoqué pour sa part son expérience à la tête de la mission intérieure de Strasbourg. Quant à Jean-Raymond Stauffacher, président de l’Unepref, il a souligné : «la mission est génétique pour moi», en se référent à sa famille marquée par «quatre générations de missionnaires».

Mais au-delà des Églises fondatrices avaient aussi été invités divers partenaires du Défap ; c’était le cas d’Étienne Roulet, alors président du Conseil de DM-échange et mission, qui au cours des échanges du matin avait évoqué les similitudes entre la dynamique de refondation lancée au sein du Défap, et la mue amorcée avec deux années d’avance au sein de DM, l’équivalent du Service protestant de mission pour la Suisse romande : «Nous avons eu un synode missionnaire qui a voté ce changement avec comme maître mot celui de réciprocité : mettre en lien les Églises d’ici et de là-bas pour qu’elles puissent s’entraider dans la mission, chacune sur son territoire».

Intervention de Frédéric de Coninck © Défap

 

Au chapitre des questionnements et des pistes de travail, Frédéric de Coninck a pointé les défis actuels que pose à la mission une société où «le loin est devenu proche», fait universellement admis aujourd’hui, mais où parallèlement «le proche est devenu loin», ce qui crée des difficultés et des tensions face auxquelles les outils d’adaptation manquent encore. Tout au long de sa carrière, cet ingénieur de formation, et sociologue, a su concilier sa carrière de chercheur, qui l’a amenée entre autres à travailler au sein du Laboratoire Ville Mobilité Transport (Université Paris-Est) sur toutes les problématiques de la Ville Durable… et son appartenance à une Église mennonite de région parisienne. Il se définit ainsi lui-même comme une «personne frontière», un possible point de passage ou relais d’information entre des sphères qui ne communiquent pas naturellement ; or ce sont précisément de telles «personnes frontières» qui, dès les premiers temps d’expansion du christianisme, ont su participer à sa diffusion dans les diverses sociétés méditerranéennes… À l’heure où l’on parle facilement de «mondialisation», les échos lointains de cette déjà ancienne «méditerranéisation» pourraient-ils apporter des outils pour s’adapter ?

Concluant la journée à l’issue des travaux en ateliers et des premiers retours des divers groupes, Frédéric Rognon a tenu à poser quelques jalons : «Le Défap a décidé de s’engager dans un processus de refondation et la journée d’aujourd’hui est un jalon sur cette route. Il a été demandé à plusieurs reprise de clarifier ce processus. Donc précisons : la refondation, ce n’est pas l’aggiornamento du type Vatican 2 ; ce n’est pas la tabula rasa ; ce n’est pas la restauration réactionnaire.» Mais s’il s’est refusé à fournir «une synthèse qui lierait la gerbe de manière prématurée», il a tout de même laissé aux participants quelques «biscuits». Tout d’abord, dans cette dynamique de refondation, il a souligné «la nécessité de tenir conjointement et fermement les deux pôles réalisme et utopie», de «ne verser ni dans la stricte gestion des flux, ni dans le rêve désincarné». Ensuite, se référant à Jacques Ellul, il a invité à poursuivre la route armé d’un «pessimisme rempli d’espérance». Paradoxalement, le «temps de la déréliction», ce terme par lequel Ellul désignait notre époque marquée par «la perte des repères spirituels», c’est aussi le temps approprié à l’espérance…




Albi accueille le Grand KIFF 2020

Une nouvelle aventure s’annonce du 29 juillet au 2 août 2020 à Albi pour les 15-20 ans, sur le thème : la Terre en partage.

L’affiche du Grand Kiff © EPUdF

Depuis 2009, l’Église protestante unie ancre sa dynamique jeunesse dans l’organisation d’événements nationaux conçue par et pour les jeunes : le Grand KIFF. Cet événement offre l’opportunité à chacun de pouvoir rencontrer Jésus-Christ et cheminer dans un parcours de foi personnel notamment à travers la lecture de la Bible, des temps de louange, de musique, des animations, des jeux et des rencontres.

Pour cette nouvelle édition

Le Grand KIFF s’inscrit dans un partenariat privilégié avec les Éclaireurs et éclaireuses unionistes de France (EEUdF). Dans cet esprit de co-construction avec le dynamisme et l’expérience des EEUdF, en lien étroit avec les autres partenaires, le Grand KIFF sera un grand événement tant pour l’Église que pour tous les jeunes.

Le Grand KIFF est une porte ouverte sur le monde, sur Dieu et sur soi où chacun est appelé à vivre en plénitude. Quel que soit son parcours de vie, chacun est accueilli tel qu’il est ; ses mots, ses gestes, sa présence et sa foi ont leur place. Il ouvre un espace de parole pour apprendre à être soi avec les autres et oser l’engagement.

Le Grand KIFF est une étape pour que chacun puisse questionner le sens donné à sa vie. C’est un lieu d’appropriation de son cheminement spirituel, un outil pour enrichir la route empruntée, à l’écoute de ses préoccupations, de ses questionnements et de ses rêves. Il offre un espace de dialogue pour parler en “je” et oser dire “je crois”, “je doute”.

Le Grand KIFF est une invitation à se mettre à l’écoute, échanger, témoigner et affirmer ce qui nous anime et nous met en mouvement. C’est un lieu d’appropriation de son cheminement spirituel, un outil pour enrichir la route empruntée, à l’écoute de ses préoccupations, de ses questionnements et de ses rêves. Il offre un espace de dialogue pour parler en “je” et oser dire “je crois”, “je doute”.

La Terre en partage

Avec l’expertise de nombreux partenaires en France et à l’étranger, le thème du Grand KIFF portera sur l’écologie et le partage d’une fraternité et d’une solidarité : la Terre en partage. Comment les questions environnementales et climatiques nous poussent-elles à imaginer de nouvelles manières de vivre et de témoigner de notre foi ? Heureux les doux, ils auront la terre en partage (Matthieu 5.4).

Le Grand KIFF est ancré dans le travail synodal de l’Eglise pour se laisser interpeller et agir concrètement sur des questions de société autour de l’écologie et de la solidarité pour poser des gestes et des convictions sur la création et l’environnement, l’accueil et la migration, la fraternité et l’égalité, la citoyenneté et l’engagement. Albi sera le lieu d’un rassemblement international, en favorisant des rencontres entre jeunes et jeunes adultes venant de divers pays, cultures et Églises, membres de notre Eglise ou venant d’Églises-sœurs.

La volonté du Grand KIFF 2020 est d’être au service des dynamique locales et régionales, par des actions permettant la réflexion et le dialogue. Des ambassadeurs iront à la rencontre des groupes et des paroisses pour préparer cet événement.

Le Grand KIFF 2020, en quelques chiffres

  • 1 600 personnes attendues
  • 1 170 jeunes de 15 à 20 ans
  • 170 bénévoles de 18 à 30 ans, à l’Alter’KIFF, un camp de service, du 22 juillet au 4 août 2020
  • 130 accompagnateurs de groupes locaux
  • 130 bénévoles et professionnels



Congo : étudier pour changer la société

Dans un pays, la République Démocratique du Congo, qui cumule richesses naturelles et extrême pauvreté de la population, corruption et flambées de violence, l’UPRECO se veut un acteur de changement. Cette université fondée par l’Église presbytérienne au Congo, et soutenue par le Défap, forme des pasteurs, des juristes, des agronomes, des économistes, en conjuguant une qualité d’enseignement très reconnue et de solides valeurs chrétiennes. Son recteur Simon Kabue Mbala, qui est aussi pasteur et professeur de Nouveau Testament, de passage en France au cours de ce mois de mai 2019, a été invité par diverses paroisses protestantes. Il y a plaidé pour la poursuite des échanges entre France et RDC, cruciaux pour cette université aux moyens limités et dont l’avenir se construit à travers une lutte quotidienne.

Simon Kabue Mbala, recteur de l’UPRECO, photographié dans le jardin du Défap © Défap

 

Que représente aujourd’hui l’UPRECO en République Démocratique du Congo ?

Simon Kabue Mbala : L’UPRECO a été fondée par l’Église presbytérienne au Congo. C’est une université qui se trouve au cœur de la province du Kasaï – une région de République Démocratique du Congo qui est très pauvre et enclavée, essentiellement pour des raisons politiques : elle est généralement vue comme le bastion de l’opposition au pouvoir central. À l’origine de la création de l’UPRECO, il y a eu tout d’abord la volonté de l’Église de mieux former ses pasteurs, afin qu’ils soient mieux outillés pour accompagner, mais aussi transformer les humains et la société : la première filière ouverte a été la faculté de théologie. Puis, pour lutter contre l’un des maux majeurs du pays qui est la corruption, l’Église a ouvert une faculté de droit. Ensuite, comme le Congo est un pays très riche, mais dont la population est très pauvre et où beaucoup meurent de faim, a été créée une faculté d’agronomie, à laquelle est venue s’ajouter celle d’économie. Et comme le monde aujourd’hui est globalisé, qu’il faut pouvoir s’y adapter, l’UPRECO s’est dotée d’une faculté d’informatique.

Dans notre université, nous avons la Bible dans notre main droite, et la science dans notre main gauche. Tous nos étudiants doivent être de vrais témoins de Christ. Et la qualité de notre travail et de nos enseignements est appréciée. Notre université est aujourd’hui très reconnue à travers le pays. À titre d’exemple, lors du concours annuel de juristes qui est organisé en RDC, les cinq premières places sont régulièrement occupées par des étudiants de l’UPRECO. Ceux qui sont issus de chez nous occupent souvent des postes de responsabilité.

Mais l’UPRECO ne se finance qu’avec les frais d’inscription des étudiants ; or beaucoup proviennent de familles pauvres, et ne sont pas en mesure de payer. De ce fait, les professeurs eux-mêmes ne peuvent souvent pas être payés. Mais nous faisons des sacrifices, et nous nous donnons beaucoup dans notre travail, parce que c’est l’œuvre du Seigneur. Les paroisses voisines de l’Église presbytérienne au Congo nous soutiennent régulièrement par des contributions ponctuelles, que ce soit en argent, en nourriture ou en vêtements : elles sont conscientes de l’importance d’avoir des pasteurs bien formés pour assurer un bon encadrement spirituel des fidèles, des juristes de qualité, des agronomes, des économistes, des informaticiens, tous capables d’aider à changer le pays et ayant un bon témoignage chrétien – ce qui implique entre autres qu’ils soient capables de résister à la corruption… Il y a beaucoup de ces paroisses qui soutiennent ainsi l’UPRECO, conscientes de l’importance de cette université, pour qu’elle continue à fonctionner et qu’elle ne ferme pas.

Quelles sont les relations de cette université fondée par l’Église presbytérienne au Congo avec les Églises de France ?

Simon Kabue Mbala : Nous avons des échanges réguliers avec les Églises protestantes de France, via le Défap. Divers invités venus de France sont passés à l’UPRECO, soit pour y enseigner dans notre faculté de théologie, soit pour des projets communs : je pense notamment à la bibliste Christine Prieto, à Olivier Abel, professeur à l’Institut Protestant de Théologie, au pasteur et docteur en théologie Marc-Frédéric Müller ; à l’ancien directeur de l’Institut Al Mowafaqa, Bernard Coyault, au pasteur Antoine Nouis, au pasteur et théologien Philippe Kabongo M’Baya ; mais aussi à Joann Charass et Claire-Lise Lombard, venues soutenir notre bibliothèque à travers la Centrale de Littérature Chrétienne Francophone, ainsi qu’à Jacqueline Gascuel, conservateur des bibliothèques et figure marquante du secteur du livre en France… Tous ces échanges, outre les enseignements qui sont dispensés ou le soutien concret qui nous est apporté, nous encouragent beaucoup, et nous souhaitons qu’ils se poursuivent.

Un des bâtiments de l’UPRECO équipé de panneaux photovoltaïque – projet soutenu par le Défap © Défap

Comment a été perçue votre intervention dans les paroisses de France où vous avez été invité ?

Simon Kabue Mbala : Que ce soit à la paroisse d’Aix-en-Provence, où j’ai été accueilli par le pasteur Gil Daudet et par un public qui devait avoisiner les 500 personnes, ou à la paroisse de l’Annonciation, que j’ai visitée plus récemment, j’ai été frappé par la manière dont ma présentation de l’UPRECO a été reçue par le public. Beaucoup ont manifesté la volonté d’aider. Ce qui les a le plus frappés, je crois, c’est tout ce qui tourne autour du statut de la femme. Autrefois exploitée, elle ne pouvait aller à l’école et devait se cantonner aux travaux domestiques ou des champs ; or dans notre université, nous encourageons l’éducation des jeunes femmes pour qu’elles puissent acquérir des responsabilités. Cette question du statut de la femme est étroitement liée à celle de la pauvreté, avec l’idée qu’une amélioration du niveau d’étude féminin permettrait d’aider la population à améliorer son sort. Le Défap soutient d’ailleurs le financement de bourses pour un certain nombre de nos étudiantes. Les résultats sont déjà éloquents : parmi les jeunes filles qui ont étudié à l’UPRECO, certaines travaillent aujourd’hui dans des écoles, des organismes publics, et leur travail y est apprécié. Certaines dirigent même des paroisses.

Quels sont les besoins actuels de votre université ?

Simon Kabue Mbala : Il y a des besoins matériels : équiper la bibliothèque, en matériel informatique comme en ouvrages récents, et former son personnel ; poursuivre l’installation de cellules photovoltaïques pour électrifier les bâtiments (les bâtiments administratifs ont été équipés avec le soutien du Défap) ; soutenir les enseignants qui n’ont pas de salaire… Mais au-delà, il nous faut penser à la relève. Nous avons besoin d’enseignants formés au niveau doctorat, qui puissent revenir enseigner chez nous. Pour l’instant, nous ne pouvons former nos étudiants que jusqu’au niveau master. Pour qu’ils aient un doctorat, la seule solution actuellement serait qu’ils aillent dans une autre université, par exemple à l’UPC, à Kinshasa (autre partenaire du Défap en RDC) ; et pour cela, il leur faudrait des bourses. Dans ce domaine aussi, qui est crucial pour l’avenir de l’UPRECO, les Églises de France peuvent nous aider.

Propos recueillis par Franck Lefebvre-Billiez




La Nouvelle-Calédonie à l’honneur

Cette semaine, plusieurs représentants des Églises de Nouvelle-Calédonie étaient en visite en France. À cette occasion, le professeur Frédéric Rognon a animé le jeudi 31 janvier, à la Maison du protestantisme, à Paris, une conférence-débat sur le thème : «La Nouvelle-Calédonie après le référendum : quels défis pour les Églises ?»

Les délégués des Églises calédoniennes, en visite en France, faisant la coutume à l’AG de la Fédération Protestante de France, 26 janvier 2019 © Défap

 

Les invités sont arrivés au Défap, où ils étaient hébergés, quelques jours avant les premières rencontres à la Maison du protestantisme, au 47 rue de Clichy, dans le neuvième arrondissement : une délégation des Églises de Nouvelle-Calédonie, présente à Paris à l’invitation de la Fédération Protestante de France (FPF), qui tenait son Assemblée Générale. Cette délégation comprenait le pasteur Var Kaemo, président de l’Église protestante de Kanaky Nouvelle-Calédonie (EPKNC) et son épouse la pasteure Marie-Claire Kaemo, directrice du Centre de Formation Pastorale et Théologique de Béthanie ; le pasteur Yvon Dea, président des Assemblées de Dieu de Nouvelle-Calédonie ; le pasteur et aumônier Marc Perrin, Assemblées de Dieu de Nouvelle-Calédonie ; le pasteur André Beinon, président de l’Église évangélique libre de Nouvelle-Calédonie.

Les membres de cette délégation étaient également invités à la conférence-débat animée le jeudi 31 janvier par le professeur Frédéric Rognon, sur le thème : «La Nouvelle-Calédonie après le référendum : quels défis pour les Églises ?». Car dans cette terre loin de la métropole et de sa conception de la laïcité, la religion a un rôle crucial à jouer. Selon ce mot de l’ancien Haut-Commissaire Vincent Bouvier : «Ce sont des hommes d’Église qui ont permis, souvent en désaccord avec les autorités de l’époque, de poser un regard différent sur l’identité Kanak. La religion a un rôle majeur à jouer dans la gestion des tensions et le maintien du dialogue.» Et de Maurice Leenhardt jusqu’à Jacques Stewart, les protestants de métropole et ceux de Nouvelle-Calédonie entretiennent depuis longtemps des relations singulières. Ce qu’avait rappelé François Clavairoly, le président de la FPF, en évoquant «l’histoire partagée du protestantisme kanak et du protestantisme anglais puis français» à la suite de sa visite dans l’île en mai 2018 en compagnie d’Emmanuel Macron, à quelques mois du référendum d’autodétermination qui s’est déroulé en novembre, et a vu la victoire, attendue mais moins nette que ne le prédisaient les sondages, du maintien dans la France.

Coutume et multiculturalisme

Pour aller plus loin :

Si ce rendez-vous électoral s’est passé sans explosion, les principaux problèmes de la société calédonienne demeurent. Une société qui reste très inégalitaire, avec une grande différence entre les îles et la grande ville, Nouméa : d’un côté, un mode de vie qui reste traditionnel, avec une forte intégration sociale et familiale, et de l’autre, une société devenue multiculturelle, ouverte sur des influences très diverses, avec des modes de vie très différents, une croissance forte d’Églises évangéliques d’implantation récente…

Depuis l’accord de Nouméa, les Kanak disposent d’un statut civil particulier, formalisé par l’article 75 de la Constitution, appelé «statut coutumier», et ne sont pas soumis au code civil. La coutume régit tous les aspects de la vie des Kanak, avec ses offrandes et ses rites qui rythment toutes les étapes de l’existence, naissance, mariage, deuil, alliance et pardon entre clans : ces règles «définissent les devoirs et les obligations vis-à-vis de la communauté, mais aussi le lien à la terre et au sacré», comme le souligne Emmanuel Tjibaou, fils de Jean-Marie Tjibaou et directeur du centre culturel Tjibaou à Nouméa. Mais les Kanak sont aujourd’hui minoritaires, ce que montrent bien les chiffres du dernier recensement : en 2014, 39,05% des habitants se sont déclarés Kanak, 27,2% européens, 33,75% (soit plus du tiers) se réclamant d’autres communautés, notamment vietnamienne ou indonésienne. Un cosmopolitisme que reflète la ville de Nouméa. Entre ces deux images très contrastées de la Nouvelle-Calédonie, les jeunes – et en particulier les jeunes Kanak – peinent à trouver une place. Certains rejettent le modèle traditionnel et le poids de la coutume pour rejoindre Nouméa. Mais la ville est aussi le lieu où les inégalités s’affichent de la manière la plus flagrante : «il y a là-bas environ 10.000 personnes qui vivent dans des squats», souligne Tünde Lamboley, responsable du suivi des relations avec la Nouvelle-Calédonie au sein du Défap.

Place des Églises et de la coutume, suites du référendum d’autodétermination et invention d’un «destin commun» en Nouvelle-Calédonie, relations avec la métropole : une table ronde animée par Didier Crouzet, secrétaire général de l’EPUdF, a réuni le 26 janvier au 47 rue de Clichy, à la Maison du protestantisme, les pasteurs Var et Marie-Claire Kaemo, le pasteur André Beinon et les pasteurs Yvon Dea et Marc Perrin, hôtes d’honneur de l’assemblée générale de la FPF.

 

Toujours à l’occasion de cette visite de la délégation des Églises de Nouvelle-Calédonie, Place des protestants, le programme de Présence protestante diffusé le dimanche 10 février, sera consacré au protestantisme dans l’île.




«Former à une citoyenneté responsable»

Rencontre avec un boursier du Défap : Rosin Bantsimba Sita Loussemo. Pasteur de l’Église Évangélique du Congo (Congo-Brazzaville), il est actuellement en troisième année de thèse et poursuit des recherches notamment à l’Institut Protestant de Théologie, faculté de Montpellier. Ses travaux tentent de montrer comment, à partir des écoles de l’Église et en mettant en application les valeurs protestantes, il est possible de former les jeunes à une citoyenneté responsable.

 




La mission en livres et en questions

La mission, ce sont aussi les hommes et les femmes qui l’incarnent. Avec des relations, des conceptions et des questionnements qui ont pu énormément évoluer entre le XIXème siècle, le grand siècle des missions protestantes, et l’époque actuelle. Des évolutions que viennent éclairer deux ouvrages publiés aux éditions Khartala, «Hommes et femmes en mission» et «Quel Dieu ? Quel homme ?». Ces deux livres, disponibles au Défap, reprennent les actes des colloques de 2016 et 2017 du CRÉDIC, le Centre de recherches et d’échanges sur la diffusion et l’inculturation du christianisme‎.

Jubilé de la Mission du Lesotho (1895/1908) : Missionnaires devant une maison © Bibliothèque du Défap

 

Créé en 1979 à Lyon, le CRÉDIC (Centre de recherches et d’échanges sur la diffusion et l’inculturation du christianisme‎) est un réseau universitaire international dont le but est de mener une réflexion historique sur les processus d’évangélisation Outre-mer et leurs résultats. Son travail s’inscrit dans une perspective de «laïcité ouverte», visant à respecter les impératifs de la recherche scientifique, tout en établissant un dialogue avec les diverses communautés chrétiennes. Ses membres sont des universitaires de différents pays (historiens, théologiens, anthropologues, etc.) engagés dans la recherche sur les champs de la mission, et qui trouvent à travers le CREDIC le moyen d’échanger sur leurs recherches ; mais aussi des hommes et femmes (laïcs, religieux, missionnaires, pasteurs, prêtres…) engagés sur les terrains de la mission.

Depuis l’an 2000, les éditions Karthala publient les actes des colloques annuels du CREDIC dans la collection «Histoire des mondes chrétiens» (ex «Mémoire d’Églises») dirigée par Paul Coulon. Dix-huit volumes d’actes ont ainsi déjà été publiés et un volume d’une anthologie de textes à l’occasion des 25 ans du CREDIC.

Les deux derniers livres en date,  Hommes et femmes en mission et Quel Dieu ? Quel homme ?, que l’on peut acquérir au Défap, sont sortis récemment dans la même collection.

 

Hommes et femmes en mission (XIXe-XXe siècles). Entre partage et confrontation

© Éditions Khartala

Sous la direction de
Bernadette Truchet
et Jean-François Zorn

Si le couple en mission, avec ou sans enfants, – pasteur/femme de pasteur, religieux/religieuse – est bien connu pour son travail de concert avec les autochtones, la réalité des rapports, tant individuels que collectifs, entre ces hommes et ces femmes est bien plus complexe qu’il n’y paraît. L’épreuve du temps et l’évolution des mœurs font aussi leur oeuvre.

Du côté des missionnaires, la subordination des unes aux autres se heurte à la conquête progressive d’une liberté traduite, tantôt dans les faits, quelquefois dans les institutions. Mais les relations hommes-femmes du côté missionnaire ne sont pas sans interroger les milieux autochtones. Elles bouleversent non seulement leur culture mais les missionnaires eux-mêmes, confrontés à des représentations et à des pratiques inédites telles que l’impossible célibat ou la polygamie, eux qui se pensaient porteurs d’une civilisation universelle.

Ainsi, au-delà des valeurs du christianisme que veulent apporter les missionnaires c’est tout un système de relations interculturelles qui est en jeu avec de multiples acculturations.

Grâce à l’étude de cas précis, voire de micro-histoires, tout un pan de l’histoire globale se déroule au cours des deux derniers siècles. C’est donc le but des actes du colloque organisé par le CRÉDIC à Paris en 2016 et rassemblés dans cet ouvrage, appelant à des études ultérieures.

Quel Dieu ? Quel homme ?

© Éditions Khartala

Sous la direction de
Jean Pirotte
Jean-François Zorn
et Luc Courtois

 

Si elle repose essentiellement sur une foi en un Dieu s’intéressant aux hommes, la mission est aussi une parole qui est adressée aux humains. Au coeur des théologies chrétiennes, la notion biblique d’alliance ne désigne-t-elle cette relation forte entre un Dieu et un peuple, un Dieu et l’humanité?

Dans le discours et la pratique missionnaires au cours des derniers siècles, les variations dans la présentation de Dieu aux peuples lointains occupent une place centrale. À ces variations, correspondent, d’une part, des mutations de la conception même du coeur religieux du message et, d’autre part, des changements importants dans la façon d’organiser les sociétés humaines. L’histoire de la dynamique missionnaire a souvent conjugué annonce évangélique et objectifs humanitaires, mais aussi établissement de la cité de Dieu et organisation de la cité terrestre.

C’est dans cette perspective que s’est inscrit le 38e colloque du CRÉDIC qui s’est tenu chez les bénédictines de Maredret en août 2017.