Goma sous le feu : témoignage d’un pasteur pris au cœur du chaos

Bloqué à Goma en raison du conflit, le Dr Fiston Mumbere Ngesera, pasteur et enseignant, livre un témoignage bouleversant sur l’entrée du mouvement AFC/M23 dans la ville. Entre panique, coupures d’électricité, pénurie d’eau et combats meurtriers, il raconte la détresse d’une population prise au piège des violences. Un appel à la solidarité a été lancé le 5 février dernier par Solidarité Protestante.

Appel à la solidarité RDC
Appel à la solidarité lancé par Solidarité Protestante

« L’entrée du mouvement AFC/M23 dans la ville de Goma a fait naître une grande panique et de la psychose au sein de la population. Notons d’abord que la ville se trouvait dans un contexte très sensible à cause de l’intensité de sa population. Près de deux millions d’habitants sur une superficie d’environ 75,72 Km², logeant en plus, dans des camps en banches ; plus de 650 000 personnes déplacées de guerre à cause des combats, venant des zones périphériques. De plus, la ville était très militarisée, hébergeant le commandement général et le gouverneur militaire comme capital de la Province.

Tout a commencé le samedi 25 janvier 2025 où, au rapprochement de la guerre, toutes les institutions de formation scolaires et universitaires ont été obligées de renvoyer les apprenants à leurs domiciles, les marchés de fermer afin de permettre à chacun de rester près de sa famille. Personnellement, j’ai été appelé pour récupérer mon fils d’urgence et, étant de service à la paroisse, j’ai été obligé de libérer urgemment les fidèles afin de leur permettre de rejoindre leurs familles. Entretemps, un mouvement accru de militaires s’est ressenti dans la ville et la pression de la guerre a visiblement été manifeste. Le même jour, sous les tirs des armes lourdes et légères, le courant a été coupé et déjà, les familles ont eu du mal à suivre de près ce qui se passait. Le dimanche 26 janvier, ma famille et moi nous sommes rendus au culte et, comme je devais voyager juste après, il n’a plus été possible d’accéder à l’aéroport à cause des opérations militaires qui y étaient déjà en cours.

Pendant quatre jours, la ville a connu la réalité des détonations des armes lourdes et légères, l’électricité et la connexion internet ont totalement été coupées durant toute une semaine, ce qui a déconnecté toute la population du reste du monde, puisqu’il était impossible de communiquer ou d’utiliser des appareils électroniques. Dans ma famille, nous avons passé quatre jours sans sortir de la maison, nous abritant au rez-de-chaussée par peur de prendre une balle perdue. Pire encore, l’eau aussi a été coupée, augmentant la situation chaotique dans la ville, si bien que plusieurs personnes ont été obligées de sortir pour aller en chercher. L’eau du lac Kivu a été le secours le plus proche jusqu’à ce jour.

Pendant cette guerre qui a eu lieu en pleine ville, plusieurs personnes ont perdu la vie, environ sept cent septante trois, selon certaines sources locales. Les morgues ont été submergées et, sans électricité, certains enterrements ont été faits sans que les personnes soient correctement identifiées. Les blessés sont estimés à environ deux mille deux cent quatre-vingt dans les zones de santé de Karisimbi, Goma et Nyiragongo. Ceux qui sont morts sont des éléments de l’armée, des populations victimes de balles perdues les ayant trouvées dans leurs maisons ainsi que certaines personnes à la recherche de la vie, même en pleine guerre. Des pillages ont été signalés à plusieurs endroits, ciblant des commerces, des dépôts de vivres et médicaments prévus pour les déplacés par les organismes humanitaires. Des armes abandonnées dans les rues par certains militaires en fuite ont été récupérées par des ennemis de la paix, augmentant ainsi la psychose au sein de la population jusqu’à ce jour. Les écoles et universités restent encore fermées et la vie reprend encore lentement dans la ville.

Ayant prêché dans ma paroisse ce dimanche 2 février, j’ai lu, sur les visages de plusieurs membres, le besoin de recevoir de l’Église du réconfort : c’est une responsabilité urgente.

Fait à Goma, le 2 février 2025

Rev. Dr Fiston Mumbere Ngesera, Pasteur et enseignant à l’Université »

 

L’appel à la solidarité de Solidarité Protestante

Pour réagir face à cette crise humanitaire au Kivu, la Fondation du Protestantisme, via Solidarité Protestante, lance un appel urgent. Les Églises locales sont en première ligne pour aider la population et œuvrer pour la paix. Vous pouvez les soutenir en faisant un don.

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Cinq projets solidaires à soutenir en 2025

Chaque année, le Défap soutient des projets divers à l’international, permettant de répondre aux besoins locaux des communautés des Églises sœurs. Voici cinq projets qui s’inscrivent dans le cadre de cet engagement : renforcer les liens avec les partenaires et lutter pour la justice climatique et le respect de la dignité humaine. De l’acquisition d’un minibus pour le transport sécurisé des enfants, au renforcement de la formation théologique, en passant par le soutien à l’agroécologie, ces projets témoignent de l’importance ces actions de solidarité. Vous aussi vous pouvez soutenir ces initiatives pour contribuer à leur succès et à la transformation des vies dans ces communautés.

5 projets à soutenir en 2025 - Défap

1. Sénégal : soutien à la paroisse de Mbettite, un projet pour un avenir durable

Soutien à la paroisse de Mbetitte au Sénégal - Défap
Un champ au Sénégal © Photo de José Carlos Alexandre

Au cœur du Sénégal rural, la paroisse de Mbettite fait face à des défis économiques et environnementaux majeurs. Dans ce pays où l’agriculture dépend de trois mois de pluies annuelles, les rendements sont limités, fragilisant les conditions de vie des habitants.

Pour répondre à ces enjeux, la paroisse a initié un projet ambitieux visant à renforcer l’autosuffisance alimentaire et à générer des revenus durables. Concrètement, il s’agit de sécuriser un champ communautaire, d’y développer des pratiques agricoles durables (agroforesterie, maraîchage, élevage) et d’installer un mini-forage.

Ce projet ne se limite pas à l’agriculture : il contribue aussi à la cohésion sociale en rassemblant différentes confessions autour d’un objectif commun. Il lutte contre l’exode rural et l’immigration clandestine en offrant aux jeunes des perspectives locales. Grâce à l’engagement des agriculteurs et éleveurs de la région et à l’ouverture de la population aux initiatives de développement, ce projet pourrait bénéficier à environ 1100 habitants, soit toute la population du village.

En soutenant la paroisse de Mbettite, vous participez à un projet porteur d’espoir, d’autonomie et de résilience pour toute une communauté.

 

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2. RDC : préserver l’environnement et créer des opportunités, un projet pour les jeunes de Goma

RDC : Formation des jeunes à la création d'activités génératrices de revenus - Défap
Parc National des Virunga © Wikimedia Commons

Aux portes du Parc National des Virunga, la ville de Goma et ses environs sont confrontés à une déforestation massive. Face au chômage, de nombreux jeunes n’ont d’autre choix que de couper du bois dans le parc pour en faire du charbon destiné à la vente, mettant en péril cet écosystème unique. Cette surexploitation accentue les dérèglements climatiques, bouleverse les saisons agricoles et fragilise encore plus les populations locales.

Pour répondre à cette urgence, la Communauté Baptiste au Centre de l’Afrique (CBCA) – paroisse Ndosho a lancé un projet innovant alliant formation et entrepreneuriat. L’objectif est double : sensibiliser les jeunes aux enjeux environnementaux et leur offrir des alternatives économiques durables. À travers des formations à la fabrication de foyers à cuisson améliorés (qui réduisent la consommation de bois), en pâtisserie et en entrepreneuriat, le projet permet à ces jeunes de développer des compétences et de créer leurs propres entreprises.

Grâce à un système de crédits rotatifs, les bénéficiaires reçoivent un soutien matériel et financier pour démarrer leur activité, avec un impact positif qui se propage bien au-delà des seuls participants : réduction de la pression sur les forêts, économie de bois pour les familles, et création d’emplois locaux.

Ce projet est une véritable solution d’avenir : il protège l’environnement tout en luttant contre la pauvreté et le chômage. Soutenir cette initiative, c’est contribuer à préserver l’un des joyaux naturels de l’Afrique et à offrir de nouvelles perspectives aux jeunes de Goma.

 

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3. RDC : achat d’un minibus pour le transport sécurisé des enfants de la crèche « La Graine »

Soutien à l'achat d'un minibus pour le transport sécurisé des enfants
La crèche « La Graine » © Paroisse Ndosho – ECC Nord-Kivu

À Goma, en RDC, l’insécurité croissante et la criminalité mettent en péril le quotidien des familles, en particulier celui des jeunes enfants. Le kidnapping est devenu une menace constante, obligeant les parents à redoubler de vigilance. Dans ce contexte, la crèche « La Graine » s’impose comme un refuge sûr, offrant un accueil sécurisé et éducatif aux enfants de 2 mois à 5 ans, tout en permettant aux mères de conserver leur emploi.

Mais un problème majeur subsiste : le transport des enfants. De nombreux parents doivent parcourir de longues distances pour amener leurs enfants à la crèche, souvent à pied ou sur des taxis-motos, exposant les plus petits à des risques d’accidents ou d’enlèvements. Face à cette réalité, l’acquisition d’un minibus devient une solution essentielle.

Ce projet vise à financer l’achat d’un minibus sécurisé pour :

  • protéger les enfants en leur évitant des trajets dangereux
  • faciliter la vie des parents, qui arriveront à l’heure au travail
  • faciliter l’accès à la crèche aux familles éloignées
  • renforcer la visibilité de la crèche, encourageant ainsi plus de parents à y inscrire leurs enfants.

Grâce à ce transport scolaire, les enfants pourront se rendre en toute sécurité à « La Graine » chaque jour, bénéficiant d’un cadre bienveillant et éducatif.

Soutenir ce projet, c’est offrir un avenir plus sûr aux enfants et soulager les familles de Goma.

 

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4. Togo : agroécologie et séchage solaire, une initiative durable du Secaar

 Togo : Compensation carbone - Promotion de pratiques agroécologiques durables - Défap
© Secaar

Le Secaar (Service Chrétien d’Appui à l’Animation Rurale), acteur majeur du développement rural, met en œuvre des solutions innovantes pour encourager une agriculture durable en Afrique. Face à l’usage intensif d’engrais chimiques et de pesticides, le Secaar lance un projet innovant à destination des agriculteurs et agricultrices pour :

  • Remplacer les produits chimiques de synthèse par des alternatives naturelles (biopesticides et compost)
  • Former les agriculteurs et agricultrices aux pratiques agroécologiques et au séchage solaire de légumes produits localement
  • Réduire l’empreinte écologique des exploitations agricoles en diminuant leurs émissions de gaz à effet de serre.

Grâce à cette initiative, le Secaar ne se contente pas de sensibiliser : il offre des solutions concrètes aux agriculteurs pour une production plus responsable et plus durable !

 

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5. RDC : renforcer l’enseignement théologique à l’UAC de Boma grâce à l’échange de professeurs

© UAC

L’Université de l’Alliance Chrétienne (UAC) de Boma, leader dans la formation des théologiens au Kongo Central (RDC), s’engage à offrir une éducation de qualité, alliant excellence académique et profondeur spirituelle.

Dans cette optique, un programme d’échange de professeurs avec l’Université Protestante au Congo (UPC) de Kinshasa a été mis en place. Depuis plusieurs années, huit enseignants de l’UPC viennent dispenser des cours essentiels en Théologie Systématique, Ancien Testament, Nouveau Testament, Théologie Pratique, Histoire et Missiologie.

Ce projet vise à renforcer ces échanges, en garantissant aux étudiants :

  • un enseignement de qualité
  • un accès aux dernières recherches et publications théologiques
  • une formation plus complète et plus rigoureuse, préparant efficacement les futurs pasteurs et théologiens.

S’inscrivant dans la dynamique des associations ASTHEOL (Association de formation théologique d’Afrique Centrale) dont I’UAC fait partie, ATIEA (Association des Institutions de formation théologique d’Afrique orientale) et ATISCA (Association des Institutions de formation d’Afrique australe et centrale), ce projet contribue également à la coopération entre les institutions théologiques africaines pour améliorer la qualité de la formation et favoriser le développement des enseignants et chercheurs.

Soutenir ce projet, c’est investir dans l’avenir de la formation théologique en RDC !

 

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RDC : l’Université Évangélique en Afrique face à la crise, un appel urgent à la solidarité

La République Démocratique du Congo (RDC) est de plus en plus confrontée à une situation sécuritaire préoccupante, notamment dans l’est du pays. Les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, ont intensifié leurs attaques, menaçant des villes clés telles que Goma et Sake. Le Défap soutien plusieurs projets en RDC, il y est en relation l’Église du Christ au Congo et différentes universités. Le Professeur Benoît Amina Lwikitcha, doyen de la Faculté de Théologie protestante de l’Université Evangélique en Afrique, nous partage les inquiétudes des étudiants depuis l’aggravation des conflits et appelle à la solidarité internationale.

Vue d’une rue à Kinshasa © Défap

« L’Université Evangélique en Afrique (UEA), située à Bukavu, province du Sud-Kivu en République Démocratique du Congo, sous la direction de la Rectrice, Professeure Ngongo Kilongo Fatuma, est aujourd’hui confrontée à une crise sans précédent, conséquence de la situation politique et sécuritaire dramatique qui secoue l’est du pays. La prise de la ville de Goma par les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, et leur avancée vers Bukavu ont plongé notre institution et nos étudiants dans une situation de détresse extrême.

Un impact désastreux sur les étudiants en théologie 

Avant même le début de cette crise, les étudiants et étudiantes de la Faculté de Théologie protestante à Bukavu faisaient déjà face à des difficultés socio-économiques importantes. Aujourd’hui, la situation s’est aggravée de manière alarmante. Nombre d’entre eux ont laissé leurs familles à Goma et dans d’autres villages sous occupation rebelle. Leurs paroisses, leurs champs et leurs bétails, qui constituaient leur principale source de revenus pour financer leurs études, sont aujourd’hui inaccessibles. Non seulement ils se retrouvent dans l’impossibilité de poursuivre normalement leurs études, mais aussi dans l’angoisse permanente de ne plus revoir leurs proches et leurs communautés ecclésiales.

Un soutien local mais insuffisant

Face à cette urgence, les enseignants de la Faculté de Théologie de l’UEA, sous l’initiative de son Doyen, le Révérend Professeur Benoît Amina Lwikitcha, s’efforcent, avec leurs propres moyens, de venir en aide aux familles de ces étudiants. Ils consacrent une partie de leurs salaires à cette assistance. Par ailleurs, plusieurs églises et paroisses protestantes locales à Bukavu ont également manifesté leur solidarité. Cependant, cette aide demeure largement insuffisante face à l’ampleur des besoins.

Une faculté unique dans la sous-région

Il est important de rappeler que la Faculté de Théologie protestante de l’UEA est la seule institution de formation théologique protestante dans la sous-région, accueillant des étudiants de RDC, du Rwanda et du Burundi. Elle forme des cadres ecclésiaux issus des Églises protestantes, pentecôtistes, évangéliques et réformées, qui jouent un rôle crucial dans la formation spirituelle et la stabilité communautaire dans ces pays. Aujourd’hui, avec la progression annoncée des rebelles du M23 vers Bukavu, l’enseignement au sein de la faculté est gravement perturbé par une psychose généralisée parmi la population.

Appel à la solidarité internationale

Face à cette situation critique, nous lançons un appel pressant à la communauté protestante, évangélique et pentecôtiste, ainsi qu’aux partenaires internationaux engagés dans la formation théologique dans les pays du Sud. Nous sollicitons également les institutions théologiques sœurs à travers le monde pour qu’elles nous aident à soutenir ces pasteurs étudiants et leurs familles en cette période de guerre.

Voyage en France pour mobiliser du soutien

Dans le cadre de cette mobilisation, grâce à l’appui du Défap et de ses partenaires, le Doyen de la Faculté de Théologie de l’UEA effectuera un voyage en France au mois de mars. Ce voyage aura un double objectif :

  1. Sensibiliser et mobiliser les Églises, institutions théologiques, organisations protestantes et autres partenaires pour soutenir notre Faculté et ses étudiants en détresse.
  2. Poursuivre ses recherches postdoctorales au sein de l’Institut Protestant de Paris.

Nous encourageons toute institution ou individu souhaitant apporter un soutien à contacter la Fondation du Protestantisme qui a lancé un appel à don d’urgence pour cela.

La situation en RDC, et particulièrement dans l’est du pays, est critique. La guerre imposée par le M23 et ses partenaires étrangers a des conséquences dramatiques sur les populations civiles et sur les étudiants en théologie. Pourtant, la mission de formation de leaders ecclésiaux et communautaires ne peut pas s’arrêter. Nous avons besoin de votre soutien pour continuer notre mission. »

 

Le Défap en RDC

Le Défap entretient des relations avec plusieurs partenaires en République démocratique du Congo parmi lesquelles une Église soeur, plusieurs universités protestantes (l’Université protestante au Congo à Kinshasa ; l’Université libre des Pays des grands lacs à Goma et à Bukavu ; l’Université évangélique en Afrique à Bukavu ; l’Université de l’Alliance chrétienne à Boma ; l’Université presbytérienne du Congo à Kananga). Il y envoie des professeurs et accueille des chercheurs, finance des bourses pour des étudiantes dans le but d’aider à promouvoir la place de la femme, etc. Le Défap y soutient également différents projets tels que le projet de santé communautaire autour de la culture de plantes médicinales à Bukavu, des micro-crédits pour aider des femmes dans leurs petits commerces, l’électrification de bâtiments universitaires, etc. En 2023, pour venir en aide aux déplacés fuyant les violences des rebelles du M23, le Défap a pu apporter son soutien, avec Solidarité protestante, pour des distributions de vivres et de produits d’hygiène dans le camp de Kanyaruchinya.

Nous appelons à la prière et au soutien spirituel des Églises et institutions ecclésiales du Nord Kivu.

 

 




Alexis de retour de Madagascar : « rentrer en France avec un tout nouvel état d’esprit »

Après une première en mission en Equateur qui lui a donné l’envie d’en réaliser une autre à Madagascar, Alexis est de retour et nous partage son expérience en tant qu’éducateur dans un orphelinat.

Retour d'Alexis de Madagascar

Alexis de retour de Madagascar : « rentrer en France avec un tout nouvel état d’esprit »

 

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Visite d’un groupe de prière sud-africain au Défap : reconnaissance et héritage spirituel

Le 24 septembre dernier, le Défap a accueilli un groupe de prière sud-africain venu exprimer sa gratitude envers la Société des Missions Évangéliques de Paris pour « l’héritage spirituel et l’Évangile reçu des nations européennes », et (r)établir un lien entre le Lesotho et le Défap.

 

Les présentations se sont faites à la chapelle du Défap

 

La Société des Missions Évangéliques de Paris (SMEP), ancêtre du Défap, a été active de 1822 à 1971, avec ses premières missions au Lesotho, alors nommé Lessouto, en Afrique du Sud. C’est cette mission, toujours porteuse de fruits aujourd’hui, qui a marqué durablement le peuple Sotho.

« Lors de deux séminaires en Afrique du Sud en 2022, Dieu nous a parlé de mobiliser des croyants de différentes tribus africaines pour exprimer notre reconnaissance pour l’héritage spirituel reçu grâce aux missions européennes. En septembre prochain, nous viendrons en France avec une équipe composée de trois représentants Basotho et deux Afrikaners, afin de remercier les Français pour l’Évangile, et plus particulièrement les missionnaires de la SMEP qui ont marqué le Lesotho », a expliqué le fondateur de UPFSA.

Sous la direction du Révérend Leon Coetzee, plusieurs membres d’Unlimited Prayer Frontiers South Africa (UPFSA) ont visité la maison des missions. Leur objectif : remercier la nation française pour son rôle dans l’évangélisation du Lesotho et l’encourager à poursuivre cet engagement.

La visite a suivi trois temps forts : une rencontre entre les six représentants du groupe (Basothos et Afrikaners) et l’équipe du Défap, une consultation des archives de la SMEP au Lesotho, et enfin un temps de prière accompagné d’échanges de cadeaux pour clore cette rencontre.

Consultation des archives dans la Bibliothèque du Défap

Unlimited Prayer Frontiers : une organisation interconfessionnelle au service de la prière

Fondée en 2012, Unlimited Prayer Frontiers (UPF) est une organisation interconfessionnelle sud-africaine, engagée dans des projets de prière stratégique pour la France. D’abord connue sous le nom de United Prayer for France, UPF a élargi sa mission au fil des années. Son objectif actuel est d’impacter la France par la prière, tout en partageant cette expertise avec d’autres pays pour contribuer à la moisson mondiale d’âmes pour le royaume de Dieu.

Convaincue que la prière est une condition essentielle à l’avancée de l’Évangile, l’organisation s’inspire du passage de Luc 10, qui encourage à prier avant d’envoyer des ouvriers dans les champs. UPF s’efforce de préparer le terrain pour les évangélistes et missionnaires, en unissant les croyants autour d’une même vision pour la propagation de la foi.

Dans un article paru le 1er octobre dernier, la Bibliothèque du Défap retrace plus en détail l’histoire du passage de la SMEP au Lesotho.




«PM» lance sa newsletter sur l’actualité de la missiologie

Perspectives Missionnaires, qui publie depuis 2022 les « Cahiers d’études missiologiques et interculturelles » de Foi & Vie, vise à diffuser quatre fois par an des nouvelles sur tout ce qui fait l’actualité de la missiologie : rencontres, colloques, cours, publications…

Il ne suffit pas de vouloir témoigner ; encore faut-il savoir à qui l’on s’adresse. Et comment entamer un dialogue. C’est l’un des grands défis de la mission aujourd’hui, dans un monde changeant, travaillé par une mondialisation qui érige souvent plus de murs qu’elle n’abat de frontières. Quels mots pour la mission au XXIème siècle ? Quelles relations entre mission, évangélisation, action sociale ? Comment tenir compte du contexte de chacun, de sa culture et de son histoire ? La mission est-elle la même au loin et au près ? Quel rôle pour les Églises et quelle place pour les organismes missionnaires ? Peut-on être en mission ensemble, ou les Églises sont-elles condamnées à la concurrence ? Comment intégrer des thématiques comme la sauvegarde de la création, la place des femmes, les discriminations, la parole des Églises dans l’espace public ?

La mission a besoin de lieux de débats et d’espaces de réflexion. C’est le rôle que joue depuis plus de quarante ans Perspectives missionnaires.

Retrouvez la première newsletter de PM

À l’origine, c’était une revue, née en 1981 dans la mouvance évangélique, à une époque de remise en question des modèles missionnaires. Elle s’est ensuite élargie aux différents acteurs francophones de la mission dans le monde protestant et avec une ouverture œcuménique. Longtemps, elle est restée la seule et unique revue de missiologie protestante dans l’espace francophone. Elle est gérée depuis des années par une association indépendante qui s’appuie sur plusieurs organismes de mission de Suisse et de France (DM-échange et mission, et le Défap, avec lesquels elle entretient des partenariats étroits), ainsi que, depuis fin 2017, la Cevaa. Son président, Jean-François Zorn, est un ancien du Défap ; Claire-Lise Lombard, qui en est vice-présidente, est responsable de la bibliothèque du Défap ; son trésorier, Étienne Roulet, est l’ancien président de DM, l’équivalent suisse du Défap pour la Suisse romande.

Avis aux chercheurs, spécialistes ou curieux

De 1981 à 2022, « PM » a publié de manière indépendante. Au bout d’une quarantaine d’années et après plus de quatre-vingt-deux numéros parus, elle a rejoint Foi & Vie dont elle publie désormais les « Cahiers d’études missiologiques et interculturelles ». Deux premiers cahiers sont disponibles sur le site de Foi & Vie :

  • « Prosélytismes … au pluriel ! »
  • « Chrétiens d’Orient : entre précarité et espérance »

Mais « PM » poursuit par ailleurs ses activités, comme en témoigne sa participation à un colloque qui aura lieu du 26 au 29 juin au Défap et à l’IPT (Institut protestant de théologie) sur le thème « Mission : le sens des mots », et réunit de nombreux partenaires dont l’AFOM (Association francophone œcuménique de missiologie), l’ICP (Institut catholique de Paris), Foi & Vie… Elle a également lancé une newsletter spécialisée sur la missiologie qui doit faire le point quatre fois par an sur l’actualité des rencontres, colloques, cours ou publications dans ce domaine.

Vous pouvez retrouver ici la première newsletter. Au menu : colloque de l’IPT et du Défap, les prochaines rencontres de Pomeyrol et les Jeudis du Défap, l’Action Commune de la Cevaa et la prochaine session de formation à la théologie interculturelle qui se prépare à l’Institut de Bossey…




De l’Alsace à Tananarive, l’odyssée des jeunes de la paroisse de Goxwiller

Entre Goxwiller et les villages d’Andranovelona et d’Ilafy, il y a près de 8500 km de distance. Mais déjà une histoire commune, celle qui unit un groupe de jeunes d’une paroisse du Bas-Rhin, entre la plaine rhénane et les forêts vosgiennes, et des enfants de la grande banlieue de Tananarive, la capitale malgache. Ils ne se sont jamais rencontrés. Et pourtant, les jeunes de la paroisse UEPAL de Goxwiller ont récolté des fonds, monté des dossiers afin de trouver des soutiens institutionnels pour se rendre à Madagascar, et ils ont déjà aidé à créer sur place une cantine et à mettre en chantier un dispensaire. De leur côté, les habitants d’Andranovelona et d’Ilafy ont lancé eux-mêmes les travaux pour créer les fondations et les murs du bâtiment, se sont groupés pour porter le sable destiné au mortier depuis la rivière la plus proche : c’est toute la population qui s’est mobilisée et qui se prépare à accueillir les jeunes Alsaciens. Le voyage aura lieu en juillet prochain, avec le soutien du Défap. Présentation par Lalie Robson-Randrianarisoa, pasteure de la paroisse de Goxwiller.

Les jeunes de la paroisse de Goxwiller lors d’une de leurs opérations destinées à financer leur projet © UEPAL, paroisse de Goxwiller

Comment est né ce projet ?

Lalie Robson-Randrianarisoa : À l’origine, on trouve une association créée dans la banlieue de Tananarive par des membres de la FJKM, l’Église réformée malgache : Akany Tia Zaza, « le foyer qui aime les enfants ». C’était en 2018 : la nouvelle équipe de moniteurs de l’école du dimanche de la paroisse d’Andranovelona-Ilafy constatait depuis quelque temps des absences inexpliquées parmi les enfants fréquentant l’école du dimanche. Leur groupe était passé de près de 300 à environ 200, ce qui était très inhabituel. Les moniteurs décidaient de lancer une enquête auprès de leurs familles. Et que leur disaient alors les parents ? « On ne peut plus vous envoyer nos enfants. Ils ont trop faim, ils n’ont pas d’habits, ils sont malades ».

Très touchée par cette situation qu’elle découvrait, l’équipe des moniteurs de l’école du dimanche décidait de constituer une association pour aider ces familles. Avec une idée simple, qui est aussi d’origine biblique : pas la peine d’essayer d’inculquer quoi que ce soit aux enfants si on ne les nourrit pas ; la foi sans les œuvres, ça n’a pas de sens. Et sitôt l’association créée, ses membres ont commencé à chercher des soutiens à Madagascar, mais aussi auprès d’Églises sœurs à l’étranger, jusqu’en Europe.

Comment s’est fait le contact avec la paroisse de Goxwiller ?

Par l’intermédiaire d’une de mes connaissances, qui m’a contactée en 2018 : je viens moi-même de Madagascar, et je connais une ancienne professeure de français très engagée dans de nombreux projets humanitaires, qui s’est déjà investie auprès d’enfants dans le Sud de Madagascar, et qui habite dans ce village. Elle a fait partie de l’équipe des moniteurs de l’école du dimanche d’Andranovelona-Ilafy. Comme elle fait de fréquents voyages en France, elle a pu venir nous présenter l’action de l’association Akany Tia Zaza. Et les jeunes de la paroisse ont décidé de s’impliquer. Ils ont voulu s’appeler « Les Baobabs » (1), avec l’idée d’aider, mais aussi d’aller sur place pour se rendre compte par eux-mêmes.

Le premier but d’Akany Tia Zaza était de fournir une meilleure alimentation aux enfants. Puis, l’association s’est mise à faire du soutien scolaire, a mis en place une mutuelle pour les familles : car dans les hôpitaux malgaches, les patients doivent tout payer de leur poche, depuis les analyses jusqu’aux médicaments. Mais bientôt, il y a eu un drame : une mort dans le village, par manque d’infrastructures de santé. Quand il y a besoin de soins, il faut se rendre à Tananarive même. Le village n’est qu’à 18 km de la capitale, mais l’état des routes est tel, et les embouteillages si importants, qu’il faut parfois plus de 3 heures pour rejoindre l’hôpital le plus proche. C’est ainsi qu’est née l’idée de construire un dispensaire. Pendant que, parallèlement, le besoin de s’organiser pour nourrir les enfants débouchait sur l’idée d’une véritable cantine scolaire.

Où en est le projet des « Baobabs » ?

Les jeunes de Goxwiller se sont très tôt impliqués pour chercher des subventions, organiser leur voyage : ils avaient prévu de récolter des fonds pour pouvoir se rendre à Madagascar à l’été 2021. Entretemps, il y a eu la pandémie de Covid-19 qui a tout retardé. Mais ils sont très motivés et ne se sont pas découragés. Ils ont multiplié les opérations : organisation de repas, ventes sur les marchés de Noël… Par leurs propres initiatives, ils ont récolté 14.000 euros pour leur voyage. Ils ont trouvé des soutiens. Dont celui du Défap, que je tiens à remercier pour sa confiance. Entretemps, ils ont continué à soutenir Akany Tia Zaza, qui a aujourd’hui l’appui de trois associations en Europe. Et le travail sur place commence à porter ses fruits : il y a désormais une cantine scolaire provisoire qui nourrit 360 enfants à raison de trois jours par semaine. Pour la plupart des enfants qui la fréquentent, c’est leur seul repas de la journée. Il y a aussi un soutien scolaire le samedi pour les enfants qui ont des examens. Mieux pris en charge et mieux nourris, les enfants sont plus concentrés en classe et apprennent mieux.

De leur côté, les habitants des villages ont été très touchés de cet intérêt que leur portaient des jeunes Européens, si loin de leur propre pays. Ils se sont impliqués collectivement pour aider à concrétiser le projet de dispensaire, qui sera la seule structure de santé pour tous les villages environnants. Ils ont uni leurs efforts pour couler les fondations, construire les murs… Grâce aux dons qui leur sont envoyés, ils ont pu commencer à s’équiper en matériel.

Le chantier du dispensaire © UEPAL, paroisse de Goxwiller

Quand est prévu le voyage ?

Du 7 au 22 juillet. Le principal objectif sera d’achever la création du dispensaire. Il s’agira aussi d’améliorer la cantine, qui est encore provisoire et qui a besoin de meubles. Mais au-delà, les jeunes de Goxwiller espèrent beaucoup apprendre de ce voyage. Échanger avec les Malgaches. Vivre avec eux. Ils comptent par exemple animer sur place un centre aéré éphémère, qui servira pour des moments ludiques mais aussi pour des formations, et dont le but sera surtout de créer du lien. Je les accompagnerai sur place et je ne leur ai rien caché de l’inconfort d’un tel séjour, mais ça ne les effraie pas : ils sont passés par l’étape du scoutisme et ils savent se débrouiller ! Ils ont déjà prévu de se partager en équipes entre le dispensaire, la cantine, le centre aéré…

Quand ils se sont lancés dans ce projet en créant « Les Baobabs », ces jeunes avaient pour la plupart autour de 14-15 ans. Aujourd’hui, ils sont adultes, ils ont pris des chemins différents : certains sont en fac ou dans une grande école, d’autres sont en apprentissage… Ils se préparent à devenir ingénieur, préparatrice en pharmacie, assistante sociale… Et pourtant, ce projet les unit toujours. Chacun s’y implique avec ses propres compétences. C’est un engagement fort pour eux tous qui va se concrétiser cet été. Ils espèrent, et j’espère avec eux, que ce projet ne s’arrêtera pas là, qu’il en sortira quelque chose de pérenne.

Quelles pourraient être les suites ?

Continuer à financer le projet, et revenir, peut-être d’ici deux ans, pour voir les résultats. Et au-delà de l’école, aider aussi à former les jeunes adultes. Akany Tia Zaza a déjà financé les études d’une jeune Malgache qui se destine à devenir sage-femme/infirmière. Elle achève sa formation l’année prochaine et a signé un contrat de 5 ans avec l’association pour travailler dans le dispensaire. Il y a aussi d’autres besoins sur lesquels nous voudrions intervenir. Par exemple, il y a des enfants du village qui sont obligés de travailler dans des carrières de pierres. Et leurs familles aussi… C’est un travail pénible et ces familles manquent de tout, de matériel, de vêtements, elles grelottent l’hiver… On ne peut pas forcément mettre fin à toutes les misères, mais on voudrait alléger leur fardeau : on a déjà prévu de leur apporter des vêtements lors de notre voyage de juillet.

Mais l’idée centrale, c’est vraiment de créer du lien, et notamment autour de ce qui nous rapproche le plus : l’évangile. Grâce au lien qui nous unit en Christ, la distance physique qui nous sépare est considérablement réduite. Il ne s’agit pas simplement d’aller faire de l’humanitaire, mais de vivre quelque chose ensemble. Comme il est dit dans Matthieu 25 : « toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites ». Nous voulons, à notre échelle, être des témoins de l’Église universelle. Je me souviens encore, en tant que pasteure, de ce qui m’a été dit le jour de mon ordination : « Vous aurez la tête dans le ciel, mais les pieds dans la boue ». Il y a une connexion directe entre le ciel et la terre. On ne peut pas se cantonner à la théologie en négligeant l’action ; et l’action sans la foi n’a plus de fondement.

Les habitants d’Andranovelona allant chercher du sable à la rivière pour le mortier destiné aux fondations du dispensaire © UEPAL, paroisse de Goxwiller

(1) Pourquoi ce nom ? « C’est parce que nous souhaitons nous rendre utiles à autrui que nous avons choisi de nous appeler les Baobabs », expliquent les jeunes de Goxwiller : « cet arbre à la silhouette très reconnaissable est aussi appelé « arbre de vie », car ses fruits comme ses feuilles sont comestibles et connus pour leurs propriétés médicinales, et son tronc absorbe l’eau et lui sert de réservoir ; un symbole de durabilité pour les humains et la biodiversité qui nous plaisait particulièrement ! »




26 juin : une nuit de prière pour les victimes de la torture

Chaque année, l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT) propose aux chrétiens de toutes confessions de devenir veilleurs, au cours d’une nuit de prières à l’intention de ceux qui, partout dans le monde, sont torturés. Cette chaîne de prière mondiale est un événement œcuménique unique, une action tout à la fois individuelle et collective. Depuis 2006, plus de 180 victimes ont été soutenues au cours de cet événement.

Illustration pour la nuit des veilleurs 2024

L’Assemblée générale des Nations unies a proclamé la date du 26 juin Journée internationale de soutien aux victimes de la torture, afin d’assurer l’application de la Convention des Nations unies contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. Il s’agit donc d’une date clé pour le mouvement international de l’ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture). L’idée de la Nuit des Veilleurs, lancée en 2006, est de créer une chaîne internationale de personnes se recueillant pour les victimes. Lors d’événements organisés près de chez eux, ou seuls en tout autre lieu, ils accompagnent les actions de plaidoyer et les relaient jusqu’au cœur de Dieu, dans une nuit où la prière se fait cri. Un cri mobilisateur.

Cette 19ème édition, qui marque également l’anniversaire des 50 ans de l’ACAT, rassemble chrétiens du monde entier et sympathisants de toutes générations, engagés dans la défense des droits humains. Pour cette nouvelle Nuit des Veilleurs, l’ACAT propose le thème suivant : « Grâce au Christ, la vie a vaincu la mort » en s’appuyant sur le message de l’apôtre Paul « ô mort, où est ta victoire ? » (I Corinthiens 15. 55)

Depuis 2006, ce sont plus de 180 défenseurs et défenseures des droits qui ont été mis en valeur et soutenus par les membres ou des sympathisants de l’ACAT-France. Plusieurs types d’actions sont possibles, mais les plus fréquentes consistent à organiser ou participer à des veillées le 26 juin dans des lieux de cultes, ou en plein air, à toute heure de la journée, à le faire savoir en inscrivant cette action dans un formulaire disponible sur le site www.nuitdesveilleurs.fr ; à allumer une bougie virtuelle avec votre prénom et la ville où vous habitez ; à écrire un message de soutien sur carte postale qui parviendra aux défenseurs et défenseures des droits soutenus.

La torture fait partie des pires manifestations du mal

Celui qui est engagé dans le combat contre la pratique de la torture se sent parfois dans le doute et déboussolé. Une force en lui le pousse cependant à persévérer : il sait que Dieu sera avec lui dans le combat difficile qu’il doit mener contre les puissants, afin d’arracher la victime injustement condamnée à ses bourreaux et lui rendre le plein respect de sa dignité.

Quelques-unes des victimes de torture soutenues par l’ACAT

Pour cette année, les victimes d’injustices et de tortures que l’ACAT-France soutient sont Floriane Irangabiye, Jean-Rémy Yama, Kenia Hernandez, Yonny Ronay, Prageeth Eknaligoda, Nguy Thi Khanh, Jalal,Abdullah, Yousef, Hassan, Ali Jaffar,Jawad, Ali Hassan, Mahdi, Mohamed Ramadan et Hussein Ali Moosa.

Elles sont menacées, battues, emprisonnées, mises au secret, pour leurs engagements politiques, leurs convictions, leur volonté de défendre les plus démunis, au péril de leur vie.

Le 26 juin, soutenez les, dites-leur qu’on ne les oublie pas, priez pour elles et pour eux, et écrivez-leur.




Nord Kivu : l’école reste un droit, malgré les combats

Alors que les combats en République démocratique du Congo ont forcé des millions de personnes à fuir, notamment dans l’Est du pays, l’ampleur de la crise humanitaire reste méconnue, et les moyens insuffisants devant la multiplicité des besoins. Au-delà du manque de vivres, l’un des domaines où les manques sont les plus criants, c’est celui de l’éducation. Or les enfants déplacés et déscolarisés courent le risque d’être recrutés par des groupes armés pour devenir des enfants soldats. Dans la banlieue de Goma, l’ECC Nord-Kivu, branche locale de l’Église du Christ au Congo, s’efforce d’organiser des sessions de rattrapage pour des élèves du principal camp de déplacés, celui de Kanyaruchinya. Ce projet a obtenu un soutien financier via le Défap et Solidarité protestante.

Des tentes de déplacés ayant fui les combats, dans la banlieue de Goma © Défap

Près de 7 millions de déplacés à l’intérieur du même pays. C’est le bilan, terrible, établi en octobre 2023 par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui tentait alors d’évaluer l’impact sur la population civile des conflits en République démocratique du Congo (RDC). C’est aussi la dernière évaluation chiffrée dont on dispose à ce jour, mais elle est certainement déjà dépassée par la poursuite des violences dans l’Est du pays. Ce bilan est à mettre en rapport avec les dimensions de l’État : plus grand pays d’Afrique francophone, la RDC a une superficie comparable à celle de l’Europe occidentale. C’est aussi un pays richement doté en ressources naturelles exceptionnelles : cobalt, cuivre, diamants et « terres rares » comme le coltan, crucial pour produire des smartphones ; sans compter une faune et une flore exceptionnelles, la RDC comptant sur son sol la deuxième plus grande forêt tropicale du monde. Mais toutes ces ressources profitent peu à la population, et elles sont même une malédiction : elles sont les enjeux de tous les conflits. En dépit – ou à cause – de toutes ces richesses, la RDC figure parmi les cinq nations les plus pauvres du monde. En 2023, environ 74,6% des Congolais vivaient avec moins de 2,15 dollars par jour. Environ une personne sur six vivant dans une extrême pauvreté en Afrique subsaharienne habite en RDC.

L’Est du pays fait partie des régions les plus instables. Depuis fin 2021, la situation sécuritaire s’est gravement détériorée dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri, où des milliers de personnes ont dû fuir les affrontements entre l’armée congolaise et des groupes armés. Régulièrement, les combats entre les rebelles du M23 et des groupes armés pro-gouvernementaux se rapprochent de Goma, ville de plus d’un million d’habitants située tout près de la frontière rwandaise. C’est là que se trouvent rassemblés une grande partie des déplacés fuyant les violences, dans des camps dont les plus anciens sont devenus de vraies villes de tentes, comme celui de Kanyaruchinya.

L’éducation, grande oubliée de la crise humanitaire

Les besoins y sont immenses, et les ressources apportées par les institutions internationales insuffisantes : la crise humanitaire de RDC est largement ignorée sur la scène internationale. Les Églises sur place tentent de pallier le manque de moyens. C’est le cas de l’ECC (Église du Christ au Congo), principale dénomination protestante du pays, très présente sur l’ensemble du territoire de RDC et très structurée. Au cours de l’été 2023, le Défap, avec la plateforme Solidarité protestante, avait déjà apporté son soutien à l’ECC pour des distributions de vivres et de produits d’hygiène dans le camp de Kanyaruchinya. À présent, l’ECC s’efforce de répondre à d’autres besoins : ceux des élèves déscolarisés.

Car même quand l’aide internationale arrive, même quand des distributions alimentaires peuvent être organisées, ce soutien va difficilement au-delà. Dans les camps autour de Goma, les enfants se retrouvent sans prise en charge éducative. Les écoles manquent (beaucoup sont occupées par des rebelles) et les parents, qui ont tout perdu, n’ont plus de quoi payer les frais de scolarité. Or l’éducation est un droit, comme le rappelle l’Unicef : elle figure à l’article 28 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. Et en RDC, l’absence de prise en charge scolaire des enfants déplacés de guerre les expose au risque d’être recrutés par l’un ou l’autre groupe armé et de devenir des enfants soldats.

Voilà pourquoi la branche locale de l’Église du Christ au Congo, l’ECC Nord-Kivu, a décidé d’organiser des sessions de rattrapage. Elle a choisi de se concentrer sur des groupes de lycéens de Terminale, pour leur permettre d’aller jusqu’au bout de leur scolarité et de se présenter aux épreuves du Baccalauréat. Un projet qui a obtenu un soutien financier via le Défap et Solidarité protestante. Pour le mener à bien, il s’agit tout d’abord d’apporter une aide alimentaire aux élèves ; ensuite, d’assurer une session de rattrapage scolaire de qualité. Les jeunes participants de ce programme d’aide seront ainsi rassemblés quotidiennement en trois groupes, en fonction des trois filières les plus suivies : « Pédagogie générale », « Techniques sociales » et
« Agronomie / Biochimie ». Et ils pourront étudier, sous la responsabilité d’une équipe de neuf enseignants constituée pour l’occasion, soit dans une chapelle, soit dans des salles de classe d’écoles proches du camp de Kanyaruchinya.

Des élèves en RDC © Défap

 

Solidarité Protestante : être solidaire dans les situations d’urgence

Solidarité Protestante est une plateforme au sein de la Fondation du Protestantisme sollicitée pour mobiliser, sensibiliser et récolter des fonds afin de manifester l’action solidaire du monde protestant dans des situations d’urgence ou de crises internationales. Le comité de cette plateforme est piloté par la Fondation du Protestantisme et la Fédération protestante de France qui s’entourent d’ONG et d’institutions chrétiennes expertes dans l’aide humanitaire d’urgence et de crise. Le Défap fait partie de ces institutions. Pour chaque situation, les opérateurs sont choisis par l’ensemble du comité en fonction de l’analyse faite et des demandes parvenues au comité.



Retour en RDC

Basile Zouma, Secrétaire général du Défap et Jean-Pierre Anzala, Responsable de l’Échange théologique, se sont rendus au cours du mois de février 2024 en République Démocratique du Congo, pour rencontrer les partenaires sur place, après trois ans sans visite du Défap. Des partenaires nombreux (pas moins de six universités protestantes) et une Église qui est un poids lourd du protestantisme francophone : l’Église du Christ au Congo (ECC). Ils racontent.

Olivier Abel, professeur de théologie, lors d’un séjour en RDC avec le Défap, visitant à Bukavu l’un des projets soutenus par le Service protestant de mission : des cultures de plantes médicinales © Défap

Nous sommes arrivés en République démocratique du Congo le 7 février 2024, exactement à la date où les médias annonçaient l’offensive du M23 vers Goma. Même si l’armée congolaise et ses alliés tentaient de contenir cette avancée sur la capitale provinciale, les nouvelles étaient alarmantes. Nos collègues, parents et amis nous envoyaient des messages préoccupés et affolés concernant notre déplacement en RDC.

À notre arrivée, force était de constater que la capitale était calme et que la vie quotidienne poursuivait son cours avec les embouteillages habituels et réputés de Kinshasa. Il nous a semblé qu’au lendemain des élections, la population s’intéressait davantage aux futures nominations provinciales et nationales qu’elle ne vivait dans la crainte d’une invasion militaire.

Vue d’une rue à Kinshasa © Défap

Ces rencontres nous ont permis de nous rendre compte de réalités concrètes sans l’interférence médiatique.

Les facultés de théologie font face à de réelles difficultés. Le matériel et l’immobilier se dégradent, parfois le nombre d’inscrits diminue. La réalité économique et sociale du pays dans son ensemble est difficile mais il y a un véritable dynamisme de la population pour l’initiative économique, les initiatives sociales et pour la formation sous toutes ses formes.

Un avenir en commun

La RDC, un géant du christianisme francophone : vue d’un culte dans une Église de l’ECC © ECC

Pour ce dernier point, le Défap se révèle être un partenaire ancien, reconnu et recherché pour ses expertises par les partenaires que nous avons visités.

Ces expertises identifiées permettent d’orienter les relations de l’économique et du financier vers une vraie réciprocité dans la formation théologique, vers une réciprocité en matière de recherche et de partage des connaissances et des mobilités. Il s’agit maintenant davantage de s’enrichir mutuellement des approches contextuelles des Écritures.

Il s’agit surtout de mettre ensemble les richesses de la recherche théologique du Sud et du Nord pour produire plus de richesse et une richesse commune.

Le Défap ne peut qu’encourager le dynamisme que nous avons constaté pour une formation de qualité, pour un renouvellement du corps professoral hautement formé. La formation théologique des femmes est particulièrement mise en avant par le Défap. Elle est vectrice de transformation ecclésiale, sociale et personnelle.

Nos déplacements et rencontres nous servent à inventer ensemble un avenir commun.

Basile Zouma, Secrétaire général du Défap
et Jean-Pierre Anzala, Responsable de l’Échange théologique

 

Vue du campus de l’UPC © Défap

 

Le Défap en RDC

Le Défap travaille en lien avec ces universités protestantes, qui toutes comportent une faculté de théologie :

  • L’Université protestante au Congo (UPC) à Kinshasa ;
  • L’Université libre des Pays des grands lacs (ULPGL) à Goma et à Bukavu ;
  • L’Université évangélique en Afrique (UEA) à Bukavu;
  • L’Université de l’Alliance chrétienne (UAC) à Boma ;
  • L’Université presbytérienne du Congo (UPRECO) à Kananga.

Le Défap échange avec les facultés de théologie partenaires en République démocratique du Congo notamment par l’envoi de professeurs et l’accueil de chercheurs en congé-recherche. Il finance par ailleurs des bourses pour des étudiantes dans plusieurs universités, pour aider à promouvoir la place de la femme.

À Bukavu, il soutient un projet de santé communautaire autour de la culture de plantes médicinales (photo d’ouverture)– des plantes aux vertus traditionnellement reconnues, oubliées ces dernières années, mais que ce projet contribue à réhabiliter.

À Bukavu et à Goma

Remise des diplômes en décembre 2021 aux participants à la formation continue sur « Église et leadership » à l’ULPGL © ULPGL

Le Défap propose des bourses pour permettre à des jeunes femmes de poursuivre des études supérieures en théologie à l’Université libre du Pays des grands lacs, de manière à former de futures cadres de l’Église du Christ au Congo (ECC), principale dénomination protestante en RDC. Il soutient aussi un projet de l’ULPGL visant à promouvoir l’usage des plantes, à la fois pour l’alimentation et pour leurs vertus médicinales. Le Défap a également soutenu ces dernières années un projet de l’Église 5e CELPA UZIMA : des micro-crédits pour aider des femmes dans leurs petits commerces, nécessaires à la survie de leur famille.

À Kananga

Un des bâtiments de l’UPRECO équipé de panneaux photovoltaïque – projet soutenu par le Défap © Défap

Le Défap s’efforce d’améliorer les conditions de travail des étudiants de l’UPRECO. Il a aidé à financer l’électrification de bâtiments universitaires, notamment d’un amphithéâtre ; et sa bibliothèque a reçu un soutien via la Centrale de littérature chrétienne francophone.

Parallèlement, le Défap est engagé de longue date dans un programme de bourses pour des étudiantes : car dans cette province défavorisée du Kasaï-Occidental, lorsque les ressources manquent dans une famille pour permettre aux enfants de poursuivre des études, ce sont le plus souvent les garçons qui sont choisis, au détriment des filles.

Dans le territoire de Nyiragongo (nord de Goma)

Au cours de l’été 2023, la branche locale de l’ECC Nord-Kivu a dû venir en aide aux déplacés fuyant les violences des rebelles du M23. Le Défap a pu apporter son soutien, avec Solidarité protestante, pour des distributions de vivres et de produits d’hygiène dans le camp de Kanyaruchinya.




Prier avec les Églises en Israël – Palestine

En cette veille de Pâques, l’Église protestante unie de France prie avec les Églises chrétiennes en Israël et Palestine.

Elle entend et relaie leurs cris de désespoir, leur dénonciation des massacres commis. Elle porte leurs appels à l’arrêt des combats, à l’envoi d’aide humanitaire immédiate dans la bande de Gaza, à la libération des otages, à l’accès au soin des personnes blessées et à la protection des populations civiles.

L’Église protestante unie de France prie pour les Églises en Israël et Palestine. Elles sont ouvrières de paix, voix inlassables de protestation pour la justice et la reconnaissance de la dignité de toutes les personnes qui vivent dans cette région du monde.

Qu’elles soient toujours ferments de fraternité, de pardon et de réconciliation. Qu’à la suite du Christ la force de leur engagement soit dans l’action non-violente.

Leur foi témoigne de la présence de Dieu au cœur des épreuves les plus dures.

En cette veille de Pâques, avec ces Églises, l’Église protestante unie de France croit que dans le désastre, la vie peut naître à nouveau.

Elle croit que la paix s’établira sur la justice, la reconnaissance mutuelle, et qu’un avenir sûr naîtra et stoppera la spirale infernale de la violence et de la destruction. Cette promesse de vie est le message du Christ, mort et ressuscité pour l’humanité et le monde.

Que Dieu éclaire les dirigeants des peuples afin que leur seule motivation soit la paix et la protection de toutes les personnes… pour la vie.




Les responsables religieux chrétiens de France appellent au cessez-le-feu

Se disant « solidaires de toutes les victimes de la guerre entre Israël et le Hamas », les responsables religieux membres du CECEF, le Conseil d’Églises chrétiennes en France, appellent au cessez-le-feu et à la libération des otages.

A Paris, le 05/03/2024

Nous, responsables religieux chrétiens de France, sommes solidaires de toutes les victimes de la guerre entre Israël et le Hamas et appelons au cessez le feu. Porteurs des valeurs de l’Évangile, nous souffrons de la désespérante situation que connaissent plus de deux millions de personnes vivant dans la bande de Gaza. Nous tenons à affirmer que la restriction d’accès à des ressources essentielles telles que les soins médicaux, la nourriture et l’eau est fondamentalement inhumaine.

Nous nous sentons solidaires de toutes les victimes de cette guerre, particulièrement des populations civiles mais aussi des soldats ou des combattants qui portent et porteront les conséquences des actions qu’ils doivent mener. Nous avons exprimé notre solidarité au lendemain de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023. Nous la redisons, comme c’est notre devoir, après la tuerie de plus d’une centaine de gazaouis affamés qui a eu lieu le jeudi 29 février 2024, et oblige à voir ce qu’il y a d’inhumain dans la situation présente.

Les objectifs militaires et les intérêts politiques poursuivis par cette guerre ne peuvent négliger la priorité que revêt la sauvegarde de toute vie humaine. Nous réprouvons les actes de violence qui exacerbent la souffrance humaine et empêchent l’émergence d’une paix durable. Nous exhortons les parties prenantes de cette guerre à faire de la protection de la vie humaine et de la dignité des civils leur plus haute priorité.

Dans cet esprit, nous demandons instamment à tous les responsables politiques et religieux d’intensifier leur action pour mettre fin à cette violence et de prendre les mesures essentielles dans le cadre d’un processus visant à instaurer une paix durable entre Israéliens et Palestiniens.

Nous demandons notamment :

  • Un cessez-le-feu immédiat, pour assurer l’acheminement d’une aide humanitaire indispensable, en premier lieu les soins médicaux, la nourriture et l’eau.
  • La libération immédiate de tous les otages conformément au droit international humanitaire et aux droits humains.
  • Des efforts internationaux pour ouvrir par le dialogue une nouvelle voie politique vers une paix durable, relancer le débat sur une solution viable à deux États, et entamer le travail sur la guérison des mémoires de tous les habitants de la région.

En ce temps de carême, nous invitons les chrétiens de toutes les confessions à continuer de porter instamment la situation du Proche-Orient dans leur prière, à ne pas s’habituer à cette situation de guerre et de violence, à être facilitateurs de dialogue et de rencontre là où les sensibilités des uns et des autres s’opposent, à prier et travailler sans relâche pour que tous puisent dans leur religion des raisons de servir la paix et dépasser les peurs et les colères.

Pasteur Christian Krieger,
Président de la Fédération protestante de France

Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort,
Président de la Conférence des évêques de France

Monseigneur Dimitrios,
Président de l’Assemblée des évêques orthodoxe de France