Journées portes ouvertes : une rencontre exceptionnelle ce soir au Défap

À l’occasion de ses journées Portes Ouvertes, du 10 au 19 septembre, le Défap vous invite à assister à deux conférences. La première a lieu ce lundi 13 septembre, à 18h30 ; elle sera consacrée à des thématiques théologiques, et réunira Gilles Vidal, doyen de l’IPT-Montpellier (Institut protestant de théologie, faculté de Montpellier) et Pierre Diarra, anthropologue des religions africaines et théologien, responsable en France de l’Union pontificale missionnaire et enseignant à l’Institut Catholique de Paris. Le thème de cette conférence : Regards croisés sur l’Afrique et le Pacifique. Pour celles et ceux qui ne pourraient venir, retrouvez ici le lien pour y assister à distance en direct.

Gilles Vidal (droite) et Pierre Diarra (gauche) – Montage photo

Gilles Vidal et Pierre Diarra sont tous deux à la croisée des mondes ; des passeurs de frontières, qu’elles soient géographiques, culturelles ou théologiques. L’un, né à Strasbourg, est parti à la découverte du Pacifique, où il a été envoyé du Défap et a notamment enseigné au Centre de Formation Pastorale et Théologique de Béthanie, à Lifou, en Nouvelle-Calédonie. L’autre, né chez les Bwa du Mali, a fait une grande partie de ses études à Paris, dont un doctorat à la Sorbonne. Tous deux théologiens, tous deux faisant dialoguer foi et culture, Gilles Vidal le protestant et Pierre Diarra le catholique vous attendent le 13 septembre prochain pour la première des deux conférences proposées par le Défap à l’occasion de ses journées Portes Ouvertes, sur le thème : «Regards croisés sur l’Afrique et le Pacifique. Une théologie qui se vit et une théologie qui se pense (contextualisation et inculturation)».

Où et quand ?

Le 13 septembre 2021 à 18h30, au 102 boulevard Arago, 75014 Paris.
N’oubliez pas de vous inscrire pour assister à cette rencontre !
Si vous ne pouvez vous déplacer jusqu’au 102 boulevard Arago, vous pouvez aussi assister à la rencontre à distance, en direct, en vous connectant via Zoom.

Le programme

Cette conférence sera articulée comme suit :

  • contextualisation/inculturation : définition de ces notions et éventuelles différences entre une compréhension catholique et une compréhension protestante
  • émancipation/influence : historiquement le phénomène missionnaire porté par le monde occidental a formaté la foi chrétienne outre-mer, qu’en est-il aujourd’hui ?
  • préoccupations en matière de salut/ préoccupations «spéculatives» ou méthodologiques : le caractère existentiel ou non de la théologie
  • avènement du Règne/Royaume et questions d’engagement socioculturel et politique

Les intervenants

Gilles Vidal :

  • Doyen de l’IPT-Montpellier (Institut protestant de théologie, faculté de Montpellier), il y est également maître de conférence en histoire du christianisme à l’époque contemporaine.
  • Co-directeur du Centre Maurice-Lenhardt (IPT).

Pierre Diarra :

  • Docteur en théologie (Institut Catholique de Paris) et en histoire des religions et anthropologie religieuse (Sorbonne), Pierre Diarra enseigne à l’ICP.
  • Responsable en France de l’Union pontificale missionnaire, l’une des quatre Œuvres pontificales missionnaires (OPM) chargée de la formation missionnaire.
  • Consulteur du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux (Rome), membre de l’Association des théologiens africains (ATA), de l’AFOM (Association francophone œcuménique de missiologie) et d’APPLA&Co (Centre de recherche Approches pragmatiques en philosophie du langage et de la communication, à la Sorbonne Nouvelle).



Richard Macaire Lengo, un boursier du Défap distingué à Brazzaville

Venu en France avec le soutien du Défap pour un séjour de recherche durant l’année universitaire 2019-2020, Richard Macaire Lengo a soutenu sa thèse de doctorat de sociologie, consacrée aux mutations de l’Église Évangélique du Congo, le mercredi 11 août 2021, à l’auditorium de la Grande Bibliothèque universitaire de Brazzaville. Un travail qui lui a valu la mention «Très honorable», décernée par le jury présidé par le Professeur Joseph Tonda de l’Université Omar Bongo de Libreville (Gabon).

Richard Macaire Lengo lors de sa soutenance de thèse © DR

Être «dans le monde» sans être «du monde» : c’est le défi qui se pose à tout chrétien et, au-delà, à toute Église. C’est cette parole de Jésus que l’on trouve dans sa prière sacerdotale : «Je ne prie pas de les ôter du monde mais de les préserver du mal». Or en tant qu’institution humaine, aucune Église ne peut prétendre rester à l’écart des maux et des comportements du monde.

Cette incidence des soubresauts du monde sur la vie de l’Église, Richard Macaire Lengo l’étudie depuis des années. Titulaire depuis 2014 d’un DEA de sociologie, il s’était déjà distingué au cours de l’année 2013 en co-rédigeant un article publié dans la Revue congolaise de gestion et portant sur : «La motivation des jeunes pour la formation théologique : cas des étudiants externes de la faculté de théologie protestante de Brazzaville». Pour son travail de thèse, il a voulu approfondir ses recherches sur l’Église Évangélique du Congo ; non seulement en étudiant ce qu’elle est aujourd’hui, mais en observant ses évolutions dans le temps, depuis ses origines en 1961 à la suite des missions scandinaves – et même en remontant au-delà, jusqu’au réveil spirituel de 1947 qui avait pris naissance à Ngouedi. C’est dans ce cadre que le Défap lui a permis de faire un séjour de trois mois en France, de décembre 2019 à février 2020, afin de compléter sa documentation et sa bibliographie. Le résultat – une thèse de 438 pages intitulé «L’Église Évangélique du Congo : l’ethos protestant à l’épreuve des pratiques du «monde» et des mutations sociales» – lui a valu d’obtenir le titre de Docteur de l’Université Marien Ngouabi avec la mention «Très Honorable avec les félicitations du Jury», lors de sa soutenance le mercredi 11 août 2021.

«Les chrétiens vivent les mêmes réalités que les autres acteurs sociaux»

Se référant notamment aux travaux de Georges Balandier, Richard Macaire Lengo analyse dans sa thèse les forces tant externes qu’internes qui ont contribué à la mutation des conceptions et des comportements au sein de l’Église Évangélique du Congo. Une démarche qu’il a décrite au moment de sa soutenance : «Nous sommes partis du constat sur la prolifération des comportements déviants et des pratiques dites du « monde » au sein de cette organisation ecclésiale, avec comme corollaire la mutation de l’ethos protestant [un terme à ne pas rapprocher abusivement de «l’éthique», «l’ethos» recouvrant plus largement la manière d’être et l’ensemble des habitudes d’un individu au sein d’un groupe (du grec ancien signifiant «coutume»)]. Cette situation tranche avec l’ère du « kedika » aussi appelée l’époque des « Ba tata » où il y avait manifestement la matérialisation de l’ethos protestant, la mise en avant du rigorisme protestant. Eu égard à ces considérations et pour mener à bien notre recherche, nous nous sommes posé la question de savoir pourquoi l’ethos protestant, caractéristique intrinsèque des chrétiens de l’Église Évangélique du Congo, s’est-elle aujourd’hui délitée ?»

De ce questionnement, l’hypothèse de cette réflexion est formulée ainsi qu’il suit : la mutation de l’ethos protestant est imputable aussi bien aux mutations sociales affectant l’ensemble de la société congolaise, qu’aux pesanteurs économiques conduisant à la conversion de l’ethos de vocation en un éthos de professionnalisation ou de fonctionnariat au sein de l’Église Évangélique du Congo. Une hypothèse que Richard Macaire Lengo s’est efforcé de vérifier notamment à travers une enquête portant sur un échantillon de 261 personnes.

Richard Macaire Lengo lors de sa soutenance de thèse © DR

Au bout du compte, entre le rigorisme des origines et les comportements actuels observables au sein de l’EEC, les origines de la mutation sont multiples : «les chrétiens, souligne ainsi Richard Macaire Lengo, vivent les mêmes réalités que les autres acteurs sociaux et subissent les effets pervers des mutations sociales contemporaines par le jeu des interactions qu’ils entretiennent, aussi bien avec l’environnement social qu’avec les autres individus en proie parfois à des logiques contraires aux principes religieux.» Vivant, par force, les mêmes réalités que leurs voisins d’autres Églises ou d’autres religions, les membres de l’EEC sont aussi témoins des profondes transformations de la vie sociale et de ses normes : «La multiplicité des instances de socialisation et le polycentrisme culturel qui caractérisent l’environnement social actuel, mettent à rude épreuve les instances classiques qui, jadis, avaient le monopole de la socialisation et qui étaient essentiellement fondées sur des principes traditionnels promouvant les valeurs morales et éthiques.»

Des mutations qui pourraient provoquer un éloignement de l’Église… à ceci près que «le chômage qui perdure depuis des décennies au Congo, a progressivement fini par faire du ministère pastoral un «emploi par défaut» dans l’imaginaire collectif des chrétiens, particulièrement chez certains jeunes désireux de s’insérer socio-professionnellement et d’avoir une certaine ascension sociale. Cette situation a du reste été amplifiée par l’encastrement, avec notamment l’influence des liens sociaux dans le choix des futurs « hommes de Dieu ».»

Crise économique, politique, délitement des instances de socialisation et de régulation : ces maux touchant le pays depuis son indépendance ont nécessairement eu un impact sur l’Église. «Ces différentes logiques du monde profane, a souligné Richard Macaire Lengo, ont donc graduellement pris place dans le milieu religieux au détriment de ses principes.»

Retrouvez ci-dessous en vidéo un extrait de la soutenance la thèse de Richard Macaire Lengo :




Vivez un été solidaire avec Hope 360

En attendant le grand rendez-vous du 9 octobre à Valence, vous pouvez participer cet été aux divers défis proposés par Hope 360, course solidaire et connectée mise en place par Asah, le collectif des acteurs chrétiens de la solidarité internationale. Vous pouvez courir ou marcher et accumuler les kilomètres pour aider tous les «hopeurs» à atteindre collectivement les 40.000 kilomètres, soit le tour de la Terre ; et vous pouvez aussi participer au concours de photos lancé en partenariat avec A Rocha, pour faire profiter tous les participants des paysages que vous aurez traversés au fil des kilomètres ! Alors, en piste !

Le concours photo lancé par les organisateurs de Hope 360 en partenariat avec A Rocha © Hope 360

Hope 360 : vous connaissez, bien sûr ! Ce rendez-vous à la fois sportif, ludique et solidaire en est à sa deuxième édition. Coordonné par Asah, collectif des acteurs chrétiens de la solidarité internationale, il rassemble désormais une bonne quinzaine d’associations participantes, toutes porteuses d’un projet qu’elles présentent sur le site dédié à l’événement. Le concept est simple : pour les participants, il s’agit de choisir la cause que l’on veut défendre, puis de courir afin de récolter des fonds. Comme l’indiquent les organisateurs dans leur présentation du projet, «les «hopeurs» sont tous ceux qui, touchés par la situation des démunis, décident de se mettre en mouvement pour leur rendre l’espoir. Chaque hopeur relève un défi sportif et mobilise son réseau pour soutenir le projet humanitaire qui lui tient à cœur.» Parmi les membres de cette plateforme, on trouve des organismes comme Adra, Medair, A Rocha, Portes Ouvertes ou le Défap : des représentants de toutes les facettes de l’engagement humanitaire chrétien.

Le rendez-vous principal est prévu pour le 9 octobre à Valence, au parc de l’Épervière, pour une journée de défis sportifs à pied ou à pédales… et surtout de rencontres et de festivités. Mais d’ici là, vous pouvez déjà mettre à profit l’été, non seulement pour vous préparer… mais aussi pour accumuler des kilomètres lors de la course connectée, et participer aux divers défis et concours proposés par Hope 360 !

Courez, marchez… photographiez !

Actuellement, plus d’une centaine de coureurs sont engagés dans ce défi collectif : qu’ils soient à pied ou à vélo, qu’ils marchent ou joggent, qu’ils participent de manière quotidienne ou plus épisodique, tous ont enregistré, via l’appli sportive de leur smartphone, un total de plus de 7000 km ! On est encore loin des 40.000 km, objectif symbolique fixé par ce défi (soit l’équivalent du tour de la Terre) : alors, venez apporter votre contribution ! Vous pourrez faire de vos balades, randonnées ou de vos courses de cet été un événement solidaire en participant à ce défi collectif… et vous pourrez soutenir un projet dans la perspective du grand rendez-vous du 9 octobre…

L’équipe du Défap dans les rues de Paris, lors de son parcours connecté du 12 juin © Défap

Celui du Défap concerne des micro-crédits à Bukavu, en République Démocratique du Congo. Ils sont destinés à des femmes qui, par de petites activités commerciales, s’efforcent de faire vivre leur famille au quotidien. Des activités aujourd’hui très menacées par la pandémie de Covid-19 : les mesures de confinement sans accompagnement décrétées par les autorités risquent de les priver de tout moyen de subsistance. Actuellement, les coureurs engagés pour soutenir ce projet du Défap totalisent 419 km. Un classement honorable au sein de l’ensemble des associations participantes ; mais d’autres ont fait bien mieux, comme Mercy Ships avec 867 km parcourus… ou La Gerbe, qui caracole loin devant avec la distance impressionnante de 3190 km engrangés par ses 42 coureurs ! Alors, venez nous aider à porter le projet du Défap !

Et les organisateurs de Hope 360, jamais à court d’idées, ont choisi ce jeudi 19 août, qui marque tout à la fois la date de la journée mondiale de l’aide humanitaire et celle de la photographie, pour lancer un concours destiné aux participants de ce défi connecté : il s’agit de photographier toute la diversité des paysages de la faune et de la flore que vous pourrez observer au fil de vos kilomètres parcourus. Une idée lancée en partenariat avec A Rocha France. La seule condition pour participer : être inscrit à Hope 360… Alors, inscrivez-vous et envoyez dès à présent vos photos à l’adresse suivante : elena@collectif-asah.org. Fin du concours et remise du prix : le 9 octobre 2021, lors de la course de Valence.

La première édition en 2019 avait réuni 1600 personnes dans le Parc de l’Épervière. Pour cette édition, les organisateurs espèrent atteindre les 2000 participants, à la fois sur les quatre mois de course connectée et lors de l’événement de Valence.

Retrouvez la présentation de cette deuxième édition de Hope 360 ici :

Venez participer avec nous ! Inscrivez-vous pour la deuxième édition de Hope 360 ; et vous pouvez aussi donner directement pour soutenir le projet du Défap.




Haïti : aider après le séisme

Plus de 1400 morts et plus de 6900 blessés : après le tremblement de terre qui a frappé le sud d’Haïti le samedi 14 août, le nombre des victimes augmente d’heure en heure. On manque d’eau, de nourriture, d’abris : plus de 75.000 familles sinistrées ont besoin d’une aide d’urgence, alors que de nombreuses infrastructures sont détruites ou fragilisées, et que la tempête Grace menace d’aggraver les dégâts. Les membres de la Plateforme Haïti se mobilisent, avec leurs partenaires haïtiens. Un appel aux dons a été lancé par Solidarité Protestante.

Membres d’ADRA Haïti dans la zone frappée par le séisme – ADRA Haïti

Haïti a besoin de vous : apportez votre aide par un don à Solidarité Protestante

 

Depuis le samedi 14 août, la terre tremble dans le sud d’Haïti. Rien de comparable avec le séisme qui a frappé l’île ce jour-là – 7,2 sur l’échelle de Richter, soit une magnitude équivalente à celle du tremblement de terre dévastateur de 2010 ; mais ces répliques qui se succèdent accroissent les dégâts, fragilisent les immeubles lézardés et réduisent l’espoir de trouver des survivants dans les décombres. Le nombre des victimes recensées augmente d’heure en heure : la protection civile haïtienne fait état ce mardi 17 août de 1419 morts et de plus de 6900 blessés. Seuls 18 rescapés ont été extraits des gravats au cours des dernières 48 heures. Les dégâts matériels, eux, sont colossaux : plus de 37.000 maisons détruites, près de 47.000 autres endommagées, à quoi il faut ajouter les dommages subis par de nombreux bâtiments publics. La situation des hôpitaux est tout particulièrement préoccupante : en tout, vingt-cinq structures sanitaires ont été affectées. Et les équipes médicales doivent faire face à l’arrivée des blessés alors même qu’elles peinaient à accueillir les malades du Covid-19.

Des bâtiments entiers ont été transformés en gravats – ADRA Haïti

Contrairement au séisme de 2010, celui de ce mois d’août 2021 n’a pas frappé directement la capitale Port-au-Prince ; mais la secousse qui a été enregistrée à 13 km au sud-sud-est de Petit-Trou-de-Nippes, dans le département des Nippes, à 10 kilomètres de profondeur, a fortement impacté une zone répartie sur trois départements (Sud, Grand’Anse et Nippes), où vivent deux millions de personnes. Et les besoins sont immenses : il faut de l’eau, de la nourriture, et des abris pour plus de 75.000 familles sinistrées. Quant aux habitants qui ont encore un toit, ils redoutent de dormir dans des bâtiments endommagés. La tempête Grace qui menace, et dont l’approche se traduit déjà par des pluies diluviennes, rend leur choix d’autant plus difficile.

L’appel aux dons de Solidarité Protestante

Diverses agences humanitaires chrétiennes coordonnées par ACT Alliance et qui ont déjà une présence sur l’île (comme Global ministres, Church World Service, la fédération luthérienne mondiale-Amérique centrale ou l’Église méthodiste unie) ont d’ores et déjà lancé une récolte de fonds et prévoient d’envoyer du matériel via la République dominicaine. Le protestantisme français n’est pas en reste : la Plateforme Haïti, qui fait le lien entre les organisations protestantes de France et d’Haïti sous l’égide de la Fédération Protestante de France, s’est réunie ce mardi 17 août pour coordonner les efforts des organisations protestantes françaises et haïtiennes ; un appel aux dons a été lancé par Solidarité Protestante.

Les zones touchées par le séisme – Carte établie par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU

Facteur aggravant, de nombreuses ONG ont dû déserter Haïti du fait de la violence des gangs. Une insécurité qui risque aujourd’hui de mettre en péril l’acheminement de l’aide d’urgence : si le gouvernement a envoyé des vivres et des médicaments vers la zone touchée par le séisme, la route menant vers le sud depuis Port-au-Prince passe par le quartier Martissant, qui est précisément contrôlé par un groupe armé. En attendant les fournitures d’urgence, ainsi que l’aide humanitaire et les personnels promis par de nombreux pays – dont les États-Unis, la Républicaine dominicaine, le Mexique ou l’Équateur – ce sont les organisations présentes sur place qui font face aux besoins les plus pressants.

Réunion de crise des membres d’ADRA – ADRA Haïti

Divers partenaires de la Plateforme Haïti sont précisément dans ce cas. Comme ADRA-Haïti, active dès à présent dans la zone du sinistre, où elle s’occupe de rechercher les victimes et de distribuer des vivres. Elle travaille aussi en lien avec l’hôpital adventiste de Diquini pour la prise en charge des blessés – les cas les plus graves étant évacués vers Port-au-Prince. Le siège national de cette organisation étant installé au-delà de Martissant permet à ADRA Haïti de mieux acheminer les aides dans la région touchée par le séisme. Autre membre de la Plateforme Haïti, la Mission Biblique est en lien étroit avec l’UEBH (l’Union Évangélique Baptiste d’Haïti) qui représente un réseau de plus de 200 Églises locales et permet d’avoir une vue globale des besoins sur place. Le SEL est pour sa part en lien avec Compassion Haïti, ainsi qu’avec le RIHPED (Réseau Intégral Haïtien pour le Plaidoyer et l’Environnement Durable) qui rassemble des acteurs comme la FEPH (la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti, qui regroupe quelque 3000 établissements), l’UEBH et le CEEH (Concile des Églises Évangéliques d’Haïti).

Ces divers intervenants agissent pour l’heure dans l’urgence, en évaluant les besoins et en parant au plus pressé. Tous évoquent la nécessité de faire parvenir au plus vite de l’eau, de la nourriture, des tentes dans les zones sinistrées. Mais aussi de tirer les leçons de la réponse humanitaire face au séisme de 2010, dans un contexte rendu plus difficile aujourd’hui du fait de l’instabilité politique, de la menace des groupes armés et de la situation de crise sanitaire due au Covid-19.

Ci-dessous, retrouvez les dernières images fournies par des organisations chrétiennes en Haïti :

 

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Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




Robert Louinor : «Rester en prière avec les Églises haïtiennes»

Robert Louinor, ancien boursier du Défap, est venu d’Haïti pour faire un master 2 Recherche à l’Institut Protestant de Théologie, qu’il a achevé en 2017. Au moment de l’assassinat du président Jovenel Moïse, il était sur le sol français, et s’est retrouvé dans l’incapacité de rejoindre sa famille.

Robert Louinor – DR

Quelles sont les nouvelles que vous avez reçues d’Haïti depuis la mort du président ?

Robert Louinor : La situation y est très compliquée, avec beaucoup d’inquiétudes et beaucoup de tensions chez les Haïtiens. Les troubles sont allés croissant depuis le 7 février, date qui aurait dû marquer la fin du mandat de Jovenel Moïse, selon ses opposants qui le jugeaient depuis lors illégitime. Il y a eu de plus en plus d’assassinats, de plus en plus d’enlèvements, une très grave insécurité… Aujourd’hui, on ne sait pas vraiment ce qu’on pourrait faire.

Avez-vous des nouvelles de votre famille ?

Robert Louinor : Ma famille est dans le Nord, et pour le moment, tout va bien. Mais je m’inquiète beaucoup pour mon épouse, qui est seule, et mon fils de 7 mois, que je n’ai toujours pas pu voir. D’après ce que m’a dit mon épouse au téléphone, dans la région où elle se trouve, tout fonctionne au ralenti, les gens redoutent de sortir dans la rue et d’y tomber dans un guet-apens. Ils restent chez eux, ne vont plus au marché, redoutent les réactions de l’armée, de possibles représailles après l’assassinat du président.

Depuis combien de temps êtes-vous séparé de votre famille ?

Robert Louinor : Je n’ai pas pu être présent à la naissance de mon fils, en novembre, pour cause de restrictions dues au Covid-19, et depuis, il m’a été impossible de me rendre en Haïti. J’ai tenté de programmer un voyage en février, mais j’ai dû le reporter une première fois car Haïti connaissait alors une période de très grave insécurité, avec de très nombreux cas d’enlèvements contre rançon. Il y a quelques jours à peine, je devais enfin partir rejoindre ma famille, mais un pasteur avec lequel je suis en contact en Haïti m’en a dissuadé : il m’a raconté qu’un groupe armé avait fait irruption en plein culte pour contraindre les fidèles à rentrer chez eux. Il m’avait conseillé d’attendre encore avant de venir, m’assurant qu’il me donnerait des nouvelles lorsque la situation serait quelque peu stabilisée. Et depuis, le président Moïse a été tué, les frontières avec la République dominicaine ont été fermées… Je n’ai pas pu voir ma famille depuis des mois et je ne sais pas quand je pourrai retrouver mon épouse et mon fils.

Face à la situation d’Haïti, que peut-on faire ?

Robert Louinor : Je pense que la première chose, c’est de rester en prière avec les Églises haïtiennes, pour qu’elles puissent retrouver la paix de l’esprit et du cœur. En ce qui concerne la société haïtienne, elle est remplie de peurs, et elle a besoin d’un message de paix. Il faut maintenir le contact, rester solidaire avec le protestantisme haïtien qui est en train de traverser une période très difficile.

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Haïti : après l’assassinat du président, la crise humanitaire?

La mort du président haïtien est survenue alors que la violence des gangs va croissant depuis un mois à Port-au-Prince. Conséquence directe : les actions d’aide en faveur des Haïtiens les plus vulnérables risquent d’être bloquées.

Vue de Port-au-Prince – DR

Haïti est un pays où la crise est permanente et multiforme : crise politique, crise économique, crise sécuritaire, crise sanitaire… crise humanitaire. Depuis le départ de la Minustah, la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti, le pouvoir effectif dans la rue a été peu à peu conquis par des gangs (on en recense près de 200) qui se livrent une guerre sans merci, sous le regard d’une police impuissante, au point que des quartiers entiers de Port-au-Prince sont sous leur contrôle et que l’on parle désormais de «déplacés», comme dans un pays en guerre, pour désigner les milliers d’habitants qui ont dû fuir les violences, laissant tout derrière eux, et sont contraints de survivre sans toit. Une recrudescence des affrontements entre groupes armés a laissé certains quartiers en ruines, avec des centaines de maisons incendiées ou endommagées ; plus de 15.000 femmes et enfants ont été contraints de fuir leur foyer ; 80% de ces déplacés se sont retrouvés sans logement suite aux combats des quatre dernières semaines. Mais avec la mort du président Jovenel Moïse, abattu dans sa résidence privée par un groupe lourdement armé au cours d’une véritable opération commando qui a duré près de deux heures, sans intervention de la police (un commissariat est pourtant présent dans le quartier) ni de l’armée, le niveau d’instabilité atteint par le pays menace désormais de bloquer des aides cruciales pour des millions d’habitants parmi les plus vulnérables. Depuis cet assassinat, la police a arrêté 18 Colombiens et trois Haïtiens-Américains, dont un médecin vivant en Floride et récemment revenu sur le sol haïtien, Christian Emmanuel Sanon, accusé d’avoir recruté des mercenaires pour faire chuter la présidence.

«Il s’agit de la pire crise humanitaire que le pays ait connue au cours des dernières années, et elle s’aggrave de semaine en semaine», selon Bruno Maes, représentant en Haïti de l’Unicef (Fonds des Nations unies pour l’enfance). On estime que pas moins de 4,4 millions d’Haïtiens risquent de se retrouver privés d’une aide d’urgence cruciale du fait de l’insécurité et des fermetures de frontières. Les plus fragiles étant souvent les enfants et les mères célibataires. «La vie de nombreux enfants dépend de l’aide humanitaire et d’articles essentiels comme les vaccins, les seringues, les médicaments et les aliments thérapeutiques, détaille Bruno Maes. Mais quand les gangs se battent dans la rue et que les balles sifflent, il est difficile d’atteindre les familles les plus vulnérables avec ces fournitures vitales. À moins que les organisations humanitaires n’obtiennent un passage sûr, des milliers d’enfants continueront de recevoir peu ou pas d’assistance.»

Violences, crise sanitaire et crise humanitaire se cumulent

L’Unicef s’alarme de la situation humanitaire désastreuse que connaissent les enfants et de nombreuses familles en Haïti, et qui se détériore rapidement depuis le début de l’année. Au cours des trois premiers mois de 2021, le nombre d’admissions d’enfants souffrant de malnutrition aiguë dans les établissements de santé à travers Haïti a augmenté de 26% par rapport à l’année précédente. Il faut ajouter à cela le piètre état des infrastructures (qu’il s’agisse d’approvisionnement en électricité, en eau, d’évacuation des déchets, ou des voies de circulation) responsable à lui seul d’une véritable catastrophe sanitaire, en provoquant une épidémie de maladies diarrhéiques fatales pour de nombreux enfants, ainsi qu’une forte hausse de la mortalité infantile et maternelle. Et parallèlement à cette vague de violence qui va croissant depuis juin, et a culminé récemment avec l’assassinat du président Jovenel Moïse, la pandémie de Covid-19 se développe elle aussi dans le pays : fin juin, plus de 18.500 cas confirmés et 425 décès avaient été signalés. Les principaux hôpitaux dédiés au Covid-19 sont saturés et font face à une pénurie d’oxygène. Certains patients meurent parce que la violence des gangs empêche les ambulances de les atteindre avec de l’oxygène et des soins d’urgence. «Haïti est le seul pays de l’hémisphère occidental où aucune dose du vaccin COVID-19 n’a été distribuée. C’est inacceptable», s’indigne Bruno Maes. «La violence des gangs à Port-au-Prince et dans ses environs est susceptible de retarder encore davantage l’arrivée des vaccins contre le Covid-19 et de compliquer leur distribution à travers le pays.»

Qu’en est-il des partenaires du protestantisme français en Haïti ? Ils survivent au jour le jour, comme le souligne le pasteur Philippe Verseils, appelant à «mettre en place des formes d’aide» adaptées à cette situation d’urgence. Bon connaisseur d’Haïti, où il a passé deux ans comme envoyé du Défap, et où il entretient encore de nombreux liens, il estime qu’aujourd’hui, «les partenaires haïtiens du protestantisme français ont besoin d’un soutien financier sortant du cadre trop strict des dispositifs d’aide habituels, qui impliquent la fixation d’objectifs, des règles précises de contrôle (…) On ne peut pas parler d’objectifs et de budget quand se pose la question de la survie immédiate.» Il appelle tout particulièrement à aider les orphelinats soutenus par La Cause, dont les enfants «sont dans des situations terribles». Sylvain Cuzent, qui lui a succédé en 2013, appelle pour sa part à «ne pas se laver les mains de ce qui se passe en Haïti».

La Fédération Protestante de France a déjà fait parvenir, la semaine dernière, un message de soutien à la Fédération Protestante d’Haïti ; et la Plateforme Haïti, qui dépend de la FPF et que coordonne le Défap, devrait se réunir prochainement.

Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




Hope 360 : des images du projet du Défap

Trois mois pile avant les courses du parc de l’Épervière, à Valence, et alors que la course connectée est lancée depuis un peu plus d’un mois, gros plan en images sur le projet porté par le Défap lors de cette course solidaire organisée par Asah : des microcrédits pour Bukavu.

Participantes du projet porté par le Défap lors de la deuxième édition de Hope 360 © Défap

Le grand rendez-vous de Hope 360, c’est dans trois mois tout juste. Ce jour-là, le 9 octobre, tous les «hopeurs» ont rendez-vous à Valence, au parc de l’Épervière, pour prendre part à diverses courses, à pied ou en véhicule non motorisé. Objectif : participer à une journée ludique tout en donnant de son temps et en recueillant des fonds au profit de projets solidaires. Un concept imaginé par Asah, le collectif des acteurs chrétiens de la solidarité internationale, qui en est à sa deuxième édition : pour cette année 2021, une quinzaine d’associations et autant de projets sont représentés… dont celui du Défap. Entre 1600 et 2000 marcheurs, coureurs ou rouleurs sont attendus ce jour-là de toute la France.

Mais d’ici-là, vous pouvez déjà participer : notamment en vous mobilisant pour faire connaître les projets pour lesquels vous voulez vous engager… et en vous inscrivant à la «course connectée», qui est lancée depuis le 3 juin. Une innovation imaginée pour cause de crise sanitaire… mais qui a désormais vocation à se pérenniser, de la même manière que Hope 360 a vocation à se développer dans d’autres villes au cours de ses prochaines éditions : il s’agit tout simplement de se lancer des défis sportifs, seul ou en équipe… et d’enregistrer les performances réalisées à partir d’une appli de sport téléchargée sur votre smartphone. Exemple : je me lance pour défi de parcourir 300 km à vélo d’ici octobre ; ou alors, nous décidons, en équipe, de nous fixer pour objectif de parcourir un total de 50 km à pied… Grâce à l’appli sur votre smartphone, il sera possible d’enregistrer chaque progrès et de le faire valider par le site de Hope 360. Avec l’objectif global de dépasser les 40.000 km d’ici octobre, tous projets confondus – soit plus que la circonférence de la Terre ! Les coureurs, marcheurs ou rouleurs engagés pour soutenir le projet du Défap se sont ainsi fixés, pour l’instant, un objectif de 550 km, et en ont déjà parcouru 295. Rejoignez l’équipe, où que vous soyez ! Pour cela, il suffit d’utiliser votre appli de sport favorite, ou d’en télécharger une ici :

Pourquoi choisir le projet du Défap ?

Pour cette édition 2021, le Défap présente un projet de microcrédits à Bukavu. Construite sur la rive sud-ouest du lac Kivu, cette ville est située dans l’est de la République Démocratique du Congo – un des pays présentant le plus fort taux de pauvreté de l’Afrique. De très nombreuses familles y survivent de manière très précaire, grâce à de petits commerces ou de petites activités d’artisanat le plus souvent lancées par des femmes. Or la pandémie de Covid-19, en poussant les autorités à prendre des mesures strictes pour limiter la contagion, s’est traduite par un arrêt total de ces petites activités dont dépendaient la vie de familles modestes – avec le risque que ces familles perdent tout moyen de subsistance. D’où cette idée de soutenir ces petites activités grâce à des microcrédits, qui a été lancée par une Église locale membre de l’Église du Christ au Congo, avec laquelle le Défap est en lien. Ainsi, comme tous les projets du Défap, celui-ci a été co-construit avec et à la demande d’un de ses partenaires, de manière à répondre au mieux aux besoins sur place ; et sa mise en œuvre est réalisée par ce même partenaire.

Vous pouvez voir ci-dessous quelques aperçus des activités ainsi soutenues, et dont chacune permet la survie d’une famille de Bukavu : petits commerces, travaux de couture… Pour permettre à chacune de ces activités de redémarrer et de passer le cap de la crise sanitaire, il ne faut pas plus de 60 euros. Ces 60 euros représentent le montant d’un crédit ; et chaque participante s’engageant à rembourser régulièrement une partie du prêt, le projet recevra ainsi des financements réguliers qui permettront de soutenir d’autres participantes. Avec l’objectif de responsabiliser et de permettre l’accès à l’autonomie de chacune d’entre elles : ainsi, une formation à la gestion de leur activité est également prévue, et toutes les bénéficiaires pourront, collectivement, au fil des remboursements alimentant la «caisse» du projet, d’en faire bénéficier de nouvelles participantes.

 

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Alors, venez participer avec nous ! Inscrivez-vous pour la deuxième édition de Hope 360 ; et vous pouvez aussi donner directement pour soutenir le projet du Défap.




Sylvain Cuzent : «On ne peut pas se laver les mains de ce qui se passe en Haïti»

Sylvain Cuzent a pris la suite du pasteur Verseils en Haïti à partir de 2013. Il plaide aujourd’hui pour que l’on continue à parler d’Haïti, en dépit de circonstances qui pourraient inciter à baisser les bras, et rappelle l’histoire commune, bien que douloureuse, qui unit la République française et la République d’Haïti.

Les abords de la résidence du président Jovenel Moïse après son assassinat – DR

Quelle est votre réaction après l’annonce de la mort du président Jovenel Moïse ?

Sylvain Cuzent : Avec cet assassinat, Haïti plonge dans l’inconnu. Tout semble prêt pour l’arrivée d’un nouveau dictateur. C’est tout simplement dramatique et je suis bouleversé par cette situation, tout comme les amis haïtiens avec lesquels j’ai été en contact ; mais on sentait que la situation du pays pouvait déboucher sur un tel drame. Voilà des années qu’elle se dégrade, on a assisté dernièrement à une multiplication des enlèvements, des demandes de rançon, à la répression des manifestations, à la hausse de la corruption au sein de la police… Sur le plan politique, plus aucune règle démocratique n’était respectée et le président, après avoir réduit à l’impuissance le Parlement, aurait vu son pouvoir encore conforté par le référendum annoncé pour septembre. On avait là un dirigeant qui considérait que le pays était sa propriété personnelle. En fait, quand la Minustah, la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti, a plié bagages en 2017, le pays s’est retrouvé livré aux ex-Tontons Macoute [milices paramilitaires mises en place par le président Duvalier et qui avaient servi à terroriser toute opposition] ou aux gangs que le président Jean-Bertrand Aristide avait mis en place pour asseoir son pouvoir. L’armée est impuissante, la police de même, la corruption est partout et il y a des armes qui circulent à ne savoir qu’en faire. Au sein de la population, la misère est telle que les gens sont prêts à tout pour s’en sortir.

Y a-t-il des pistes pour agir ?

Sylvain Cuzent : La situation est devenue telle qu’aujourd’hui, les Haïtiens eux-mêmes ne savent plus par quel bout la prendre. Même ceux qui voudraient proposer des solutions ne savent pas comment se faire entendre. C’est ce qu’on a vu lors de la dernière élection présidentielle : il y avait 72 candidats – un véritable émiettement politique, chacun prétendant apporter sa solution…

Je me souviens qu’en 2013, lorsque j’étais arrivé en Haïti pour la première fois, j’avais demandé à un pasteur membre de la FPH, la Fédération Protestante d’Haïti : que faudrait-il faire pour sortir Haïti du marasme ? Il m’avait dit : il faudrait un pouvoir fort. Je lui avais fait remarquer qu’un pouvoir fort, Haïti en avait déjà eu et n’allait pas mieux ; qu’il faudrait surtout une éducation à la démocratie… Dès lors, j’avais été chargé de faire de l’éducation à la démocratie auprès des étudiants en théologie. Mais aujourd’hui, c’est toute la population qui aurait besoin d’une telle éducation, alors même que le système éducatif est défaillant…

En France aussi, il faudrait mobiliser pour Haïti. Depuis quelques mois, je rêve de créer un comité pour le remboursement de la véritable rançon qu’on a imposée à Haïti pour son indépendance, et dont le paiement s’est étalé de 1825 à 1950, afin de soi-disant indemniser les propriétaires français qui y avaient perdu leurs exploitations. L’économiste Thomas Piketty a chiffré précisément le montant de ce que la France devrait à la République d’Haïti : 30 milliards d’euros. Bien sûr, un tel remboursement aujourd’hui serait impossible à envisager – pas avant d’avoir reconstruit l’État haïtien, faute de quoi l’argent se perdrait ; mais un comité de ce genre serait un bon moyen de faire parler d’Haïti.

Est-ce important aujourd’hui de parler d’Haïti ?

Sylvain Cuzent : C’est très important. Il est très important de parler de la responsabilité de la France vis-à-vis d’Haïti : car la France reste dans ce pays une référence. L’histoire d’Haïti est liée à celle de la France, depuis la révolte contre Napoléon et la lutte contre les armées napoléonienne pour obtenir l’abolition effective de l’esclavage, jusqu’à aujourd’hui. La France n’a jamais aidé Haïti à dépasser ses divisions entre descendants d’esclaves, de métis ; et pourtant, il ne faut pas oublier que la devise de la République haïtienne, c’est : «Liberté, égalité, fraternité» ; et pas davantage que les couleurs du drapeau haïtien sont le bleu, le blanc et le rouge… Ce n’est pas un hasard si l’un des plus grands auteurs haïtiens, Dany Laferrière, est membre de l’Académie française. On ne peut pas se laver les mains de ce qui se passe en Haïti. Malgré toutes ses difficultés, c’est un pays qui reste riche de potentialités, courageux ; et malgré la dureté du quotidien, on ne voit pratiquement personne mendier dans les rues…




Philippe Verseils : «Il faut aider nos partenaires haïtiens à survivre»

Le pasteur Philippe Verseils, qui fait partie de la commission animation théologique et spirituelle de la Mission populaire évangélique de France, après en avoir été le secrétaire général, connaît bien Haïti… et le Défap. Il a travaillé une dizaine d’années au sein du Service Protestant de mission entre les années 90 et 2000, avant d’être envoyé du Défap en Haïti deux ans à partir de 2010. Une expérience et des rencontres qui l’ont durablement marqué, et un engagement pour ce pays qui, depuis lors, ne se dément pas.

Une rue de Port-au-Prince, septembre 2015 © Défap

Quelle est votre réaction après l’annonce de la mort du président Jovenel Moïse ?

Philippe Verseils : J’y vois en premier lieu le signe de l’enlisement complet d’Haïti dans une guerre des gangs soutenue et orchestrée au plus haut niveau, dont aujourd’hui le président haïtien est victime, mais dont auparavant il a été acteur. Il avait plus ou moins dit la semaine dernière qu’il ne laisserait pas les gangs prendre le dessus : sa mort me semble le signe que justement, les gangs disposent aujourd’hui du pouvoir effectif. Ils n’hésitent pas à attaquer des commissariats, le Parlement a été empêché de se réunir dans ses propres locaux… Et c’est dans la police, dans l’armée, dans la classe politique qu’ils ont leurs appuis. On assiste à mon sens à la mise en place d’une véritable guerre civile.

Mais il y a une deuxième chose que je voudrais dire : la France n’a pas assez réagi. On peut toujours déplorer officiellement la mort d’un président ; mais il y a bien longtemps que les autorités françaises auraient dû avoir des prises de parole et des prises de position beaucoup plus claires vis-à-vis de la dégradation de la situation politique en Haïti. Bien sûr, avec l’état de siège, il est très difficile de savoir ce qui va se mettre en place ; mais cela faisait déjà plus d’une année que les institutions politiques ne fonctionnaient plus.

Quelles réactions peut-on attendre en Haïti même pour sortir de cette crise ?

Philippe Verseils : Il faudrait que les chrétiens [qui sont largement majoritaires en Haïti, protestants et catholiques confondus] réussissent à trouver un consensus, en l’absence de toute perspective d’un consensus politique. C’est ce qui avait été tenté en avril dernier, lorsqu’un groupe de religieux, dont des Français, avaient été enlevés. Il faudrait que toutes les Églises, côté protestant et côté catholique, parviennent à parler d’une seule voix. Et côté français, il faut continuer à faire vivre les liens et manifester notre solidarité vis-à-vis d’Haïti.

Que faire, concrètement ?

Philippe Verseils : Les partenaires haïtiens du protestantisme français ont besoin d’un soutien financier sortant du cadre trop strict des dispositifs d’aide habituels, qui impliquent la fixation d’objectifs, des règles précises de contrôle… Il faut les aider à survivre. Il y a besoin d’argent rapidement pour faire vivre des institutions comme la FPH (la Fédération Protestante d’Haïti), la FEPH (la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti), les orphelinats qui sont soutenus par La Cause… Les enfants de ces orphelinats, par exemple, sont dans des situations terribles. On ne peut pas parler d’objectifs et de budget quand se pose la question de la survie immédiate.

Je me souviens qu’en septembre-octobre 2010, quand j’étais arrivé en Haïti, c’est justement la question qui avait été posée par un journaliste au directeur d’un orphelinat avec lequel un partenariat débutait – cette question du budget… Le directeur avait très finement répondu : je ne comprends pas cette question. Et il avait aussitôt détaillé : si vous me demandez de quoi j’ai besoin demain pour faire vivre les 45 enfants qui sont sous ce toit, il me faut 600 dollars. Aujourd’hui, j’ai sur mon compte 350 dollars ; et je viens de donner 120 dollars à l’un des jeunes pour qu’il puisse s’inscrire au collège. J’espère que demain, j’arriverai à réunir les dollars manquants pour nourrir ces enfants.

Dans les situations d’ultra-précarité, comme c’était le cas en 2010, et comme ça l’est de nouveau aujourd’hui, on ne peut pas établir un budget, on peut pas monter un projet : il faut vivre au jour le jour. Tout peut changer d’un jour sur l’autre parce qu’un enfant est malade, parce qu’il faut acheter plus de riz : tout est imprévisible. Il faut mettre en place des formes d’aide qui en tiennent compte.




Rodrigue Valentin : «Les efforts pour Haïti ne sont pas vains»

Le nouveau coup qui frappe Haïti ne risque-t-il pas de décourager ceux qui soutiennent ce pays ? Pour le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, les efforts sur le long terme sont utiles et ne doivent pas être abandonnés. Le pasteur Valentin préside la Plateforme Haïti, mise en place par la Fédération Protestante de France et dont la coordination administrative est assurée par le Défap, qui rassemble divers acteurs du monde protestant engagés en faveur d’Haïti.

 

Quelle est votre réaction après l’annonce de la mort du président Jovenel Moïse ?

Rodrigue Valentin : Nous sommes tous choqués. On parle là de l’assassinat d’un président. Et qu’on soit ou non d’accord avec lui, la mort d’un homme, c’est toujours la mort d’un homme. En tant que chrétien, et en tant que pasteur, j’ai toujours considéré que j’avais pour mission de prier pour mon pays, de même que pour le reste du monde ; et c’est en tant que chrétien et pasteur que j’appelle aujourd’hui à prier pour ce pays qui s’enfonce toujours plus dans une situation des plus difficiles.

Car cette mort survient dans un contexte précis : un président qui était accusé par l’opposition politique de continuer à diriger le pays alors même que son mandat aurait dû s’achever le 7 février dernier ; une société haïtienne divisée, de même que l’opposition… Des kidnappings, des gangs faisant la loi, des quartiers entiers rendus inaccessibles, des gens déplacés obligés de vivre à ciel ouvert… Personne ne pouvait se prétendre à l’abri. Pas même le président.

Que peut-on faire pour soutenir les protestants d’Haïti ? Face à une situation aussi incertaine, le risque n’est-il pas de se décourager et de baisser les bras ?

Rodrigue Valentin : On peut toujours faire quelque chose. Ce que les protestants de France ont fait au fil des années, et continuent à faire à travers la Plateforme Haïti, à travers les actions de la Fédération Protestante de France, du Défap, ce n’est pas un coup d’épée dans l’eau. Je préside cette Plateforme depuis 2008 ; mais bien avant cela, j’avais déjà appris à travailler pour trouver des solutions afin d’aider mon pays natal. Comme je suis également coordinateur international de la FPH (la Fédération Protestante d’Haïti), je suis en contact permanent à la fois avec le protestantisme français et avec les instances représentatives du protestantisme haïtien ; et je peux voir toutes les actions qui sont lancées ces jours-ci par la Plateforme et par ses membres. Nous avons eu il y a peu plusieurs rencontres en distanciel, parfois présidées par le pasteur François Clavairoly, président de la Fédération Protestante de France.

Quelles sont les pistes pour aider ?

Rodrigue Valentin : Pour être à la fois témoin de ce que vit Haïti, et acteur aux côtés de la FPF et de la FPH, je dirais : Haïti a d’abord besoin d’un accompagnement spirituel. Ensuite, au-delà du spirituel, il y a des besoins profonds auxquels il faut pourvoir : l’homme ne vivra pas de pain seulement… mais du pain, il en faut aussi. Récemment, nous étions justement en train de voir avec le pasteur Clavairoly comment accompagner Haïti dans sa traversée du désert. Des pistes sont déjà sur la table ; une demande a été faite officiellement par la FPH, et une assistance financière vient juste d’être débloquée. Il ne s’agit pas seulement d’une assistance ponctuelle ; c’est un soutien qui tient compte des besoins et de la conjoncture que connaît actuellement le pays. Tout cela, ce sont des efforts qui ne sont pas vains.




La mort de Jovenel Moïse, saut dans l’inconnu pour Haïti

Le pays est en état de siège depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, attaqué par un commando dans sa résidence de Pétionville. Le Premier ministre démissionnaire est toujours à la tête du gouvernement et son successeur nommé l’appelle au dialogue. Les institutions politiques sont bloquées et la société haïtienne fonctionne au ralenti, dans un contexte d’insécurité accrue. Une période incertaine aussi pour les partenaires haïtiens du protestantisme français, qui ont plus que jamais besoin de soutien…

Policiers déployés à Port-au-Prince après l’assassinat de Jovenel Moïse – DR

Des rues désertées, des habitants qui redoutent de sortir de chez eux pour aller au marché, une présence policière renforcée dans la ville : au lendemain de l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, la capitale Port-au-Prince a des aspects de ville morte. L’état de siège a été déclaré par Claude Joseph, Premier ministre intérimaire ; et pendant que les réactions internationales se multiplient, condamnant l’assassinat, le futur de tout le pays – un pays aux rouages bloqués, livré à une meurtrière guerre des gangs – apparaît toujours plus incertain.

La mort du chef de l’État haïtien a été annoncée par Claude Joseph dans un communiqué au matin du mercredi 7 juillet : «Le président a été assassiné chez lui par des étrangers qui parlaient l’anglais et l’espagnol. Ils ont attaqué la résidence du président de la République», a-t-il affirmé. Le commando qui a pris d’assaut, dans la nuit de mardi à mercredi vers les 1 heure du matin, la résidence privée de Jovenel Moïse dans le quartier Pèlerin 5 à Pétionville, disposait d’armes de guerre et a échangé des tirs avec les forces spéciales de police chargées d’assurer la sécurité du président. Divers témoignages d’habitants du quartier ont évoqué une très longue fusillade, jusqu’à deux heures de coups de feu, ajoutant qu’un des membres du commando aurait pris un mégaphone pour crier à «tout le monde de rester à couvert» et pour affirmer, en anglais et en espagnol, qu’une «opération de la DEA» était en cours, faisant référence à l’agence fédérale américaine chargée de la lutte contre les trafics de drogue. Après les combats, le président a été retrouvé le corps criblé d’une douzaine d’impacts de balles ; son épouse, blessée, a été évacuée vers un hôpital de Floride. Des combats sporadiques se sont poursuivis dans le quartier entre les membres du commando et la police. Peu après l’annonce de la mort de Jovenel Moïse, le directeur général de la police nationale d’Haïti, Léon Charles, a fait état de la mort de quatre des assaillants, identifiés comme des «mercenaires», et de l’arrestation de deux autres. Le ministre de la Culture et de la Communication, Pradel Henriquez, a évoqué la présence d’Haïtiens au sein du commando.

Les incertitudes de l’après-Jovenel Moïse

Si Jovenel Moïse était de plus en plus contesté, accusé de dérives dictatoriales et d’encourager le chaos, sa mort n’en représente pas moins pour tout le pays un saut dans l’inconnu.

Inconnu sur le plan politique : les institutions sont bloquées, muselées, et le chef de l’État, dont le mandat aurait dû s’achever le 7 février dernier selon l’opposition politique, gouvernait par décrets sans passer par le Parlement, après avoir laissé passer la date du scrutin censé permettre le renouvellement de la Chambre des députés et de deux tiers des sénateurs. Un référendum constitutionnel annoncé pour le 26 septembre prochain, en même temps que le premier tour de l’élection présidentielle, et déjà reporté à deux reprises pour cause de crise politique, devait renforcer encore les prérogatives de l’exécutif. Accusé, au mieux, de passivité face au pouvoir croissant des gangs contrôlant des quartiers entiers de Port-au-Prince, Jovenel Moïse avait changé trois fois de Premier ministre au cours des quatre dernières années. À l’avant-veille de son assassinat, il avait d’ailleurs choisi un nouveau chef du gouvernement, un médecin neurologue, le Dr Ariel Henry, nommé le lundi 5 juillet. Un Premier ministre nommé mais qui n’avait pas encore eu le temps de former son gouvernement ; or avec la mort du chef de l’État, c’est son prédécesseur assurant l’intérim, Claude Joseph, qui a pris les rênes du gouvernement et décrété l’état de siège. Une mesure contestée par le Premier ministre nommé, Ariel Henry, lequel a appelé son prédécesseur au dialogue «pour arriver à un accord qui nous permettra d’aller dans un meilleur climat aux élections».

Inconnu pour la société haïtienne : depuis l’annonce de la mort du chef de l’État, tout fonctionne au ralenti. Le simple fin de sortir dans la rue apparaît comme dangereux. Que peut-il arriver pendant cette période de l’état de siège, alors que l’insécurité n’a fait que croître tout au long de l’année écoulée, avec une emprise croissante des gangs, une multiplication des kidnappings et rackets, une corruption galopante dans tous les secteurs ? Alors même que le quotidien est fait de pénuries, que les coupures d’eau, d’électricité se multiplient, que les denrées de base ont vu leur prix s’envoler avec l’inflation ? Alors que la société haïtienne est toujours plus inégalitaire et que les lacunes en matière d’éducation condamnent 4 Haïtiens sur 10 à ne pas savoir lire ? Avec un produit intérieur brut par habitant de 1149,50 dollars et un indice de développement humain de 170 sur une liste de 189 pays, Haïti reste le pays le plus pauvre de la région de l’Amérique latine et des Caraïbes et parmi les pays les plus pauvres du monde… Et la pandémie de Covid-19, face à laquelle les autorités sanitaires semblent démunies (le pays n’a toujours pas commencé de campagne de vaccination) n’a fait qu’aggraver les inégalités et la pauvreté.

Inconnu, enfin, pour les partenaires du Défap et du protestantisme français : si Haïti est considérée depuis longtemps comme «zone rouge» par le ministère français des Affaires étrangères, ce qui y limite les voyages aux seuls cas de nécessité absolue, les Églises tentent sur place de pallier les carences de l’État en matière d’action sociale, d’éducation, de protection de l’environnement : autant d’actions cruciales pour le pays. À travers la Plateforme Haïti, mise en place par la Fédération protestante de France en lien avec celle d’Haïti, et coordonnée par le Défap, les protestants de France peuvent les soutenir : c’est ainsi que la Mission Biblique développe sur place des projets sociaux, d’enseignement et de santé en partenariat avec l’UEBH (l’Union Évangélique Baptiste d’Haïti). De même, avec le soutien du Défap, la Fédération des Écoles Protestantes d’Haïti (la FEPH), à travers son réseau de 3000 écoles protestantes, revendique la scolarisation de 300.000 enfants. La Fondation La Cause soutient des orphelinats… Pour toutes ces actions en Haïti, le soutien des partenaires étrangers demeure crucial en dépit des circonstances – et il l’est d’autant plus en cette période d’incertitude.

Le Défap et la Plateforme Haïti
Des liens privilégiés existent de longue date entre la Fédération protestante de France (FPF) et la Fédération protestante d’Haïti (FPH). Le passage de quatre tempêtes dévastatrices sur le territoire haïtien en 2008 (Fay, Gustav, Hanna et Ike) s’était traduit par la création de la Plateforme Haïti, regroupant divers acteurs du monde protestant sous l’égide de la FPF. En 2010, au moment du tremblement de terre qui devait faire plus de 230.000 morts, les réseaux protestants étaient donc bien en place, et la solidarité avait trouvé rapidement des canaux pour s’exprimer. Le président actuel de la Plateforme Haïti est le pasteur Rodrigue Valentin, de l’Église du Nazaréen, et sa coordination administrative est assurée par le Défap. La Plateforme rassemble les acteurs suivants :

 




Formation des envoyés : le monde s’ouvre

Après les confinements successifs et les quarantaines imposées aux voyageurs internationaux, la possibilité d’envoyer des volontaires pour des missions hors Europe est de nouveau ouverte… avec toutefois des restrictions qui perdurent. Le Défap a pu relancer les recrutements ; les candidats au départ sont une vingtaine à assister cette année à la session de formation.
Ouverture de la session 2021 de la formation des envoyés du Défap : échanges dans le jardin au soir du premier jour… © Défap

 

Une année très particulière… Après de nombreux mois d’incertitude et malgré des contraintes encore lourdes, les futurs envoyés du Défap se préparent. Ils vont partir en Asie du Sud, en Égypte, en Afrique centrale, à Madagascar… Leur processus de recrutement s’est étalé sur plusieurs mois, scandés par une série d’entretiens successifs avec la CEP, la Commission Échange de Personnes ; un temps nécessaire pour s’interroger sur leurs motivations au départ, sur les missions qu’ils et elles seront amenés à accomplir ; les voilà désormais sur le point de participer à la session de formation du Défap. Une période brève, mais dense, répartie sur deux semaines début juillet ; pour cette année 2021, elle se déroulera du lundi 5 au vendredi 16.

Après une année d’interruption, cette nouvelle formation au départ marque, sinon le retour à la normale, du moins un appel d’air très attendu. Les restrictions sanitaires liées à la pandémie de Covid-19 ont non seulement empêché les nouveaux départs au cours de l’année écoulée, mais ont aussi bloqué sur place soit des envoyés partis en mission, soit des boursiers venus étudier en France. Les uns comme les autres ont témoigné, sur le site du Défap, de cette période si particulière passée en confinement loin de chez eux.

L’aboutissement d’un processus long

Sur la vingtaine de candidats au départ qui assistent à cette session de formation 2021, beaucoup de diversité : à la fois dans les statuts (5 services civiques et 14 VSI – Volontaire de Solidarité Internationale), dans les âges et dans l’expérience à l’international (si certains partent pour la première fois, plusieurs ont déjà de longues années d’expérience et connaissent bien les contraintes liées à l’expatriation) ; beaucoup partent seuls, certains en couple, et plusieurs ont déjà eu l’occasion de participer à des formations sur des thématiques liées à l’international et à l’interculturel.

Pour toutes et pour tous, cette session de formation 2021 va marquer l’aboutissement d’un processus long, à la fois pour eux et pour le Défap : on ne part pas à la légère. En outre, pour cette année, sont venues s’ajouter des contraintes spécifiques pour les définitions des missions et les montages de dossiers, liées à des restrictions qui perdurent : tous les pays ne sont pas encore ouverts pour des missions de volontaires internationaux, et les autorités diplomatiques ont rajouté plusieurs étapes de validation qui complexifient d’autant les procédures. Et comme tous les organismes qui s’occupent d’envois de volontaires, le Défap a dû s’adapter à ce cadre nouveau et mettre à jour ses protocoles de sécurité en y intégrant la gestion des crises sanitaires.

La formation : ce qui s’y dit… et ce qu’on y vit

Au cours de cette dizaine de jours de formation et de vie en commun, les futurs envoyés du Défap vont participer à des sessions denses organisées autour des questions pratiques, techniques, administratives de leur mission ; ils vont être sensibilisés aux questions de sécurité, mais également participer à des modules centrés sur les questions liées à la rencontre de l’autre : interculturalité, interreligieux, gestion des conflits… Une étape qui constitue une obligation légale, notamment au vu des enjeux de sécurité, mais qui représente surtout pour le Défap le moyen de leur fournir des outils pour pouvoir s’adapter aux enjeux d’un autre pays, d’une autre société, d’autres manières de vivre où le confort peut être des plus rudimentaires ; et les préparer à vivre une expérience qui les obligera à sortir de tous leurs cadres. Une tranche de vie irremplaçable, mais qui nécessite des bases bien établies. Pour cette formation, outre les permanents de son équipe, le Défap fait régulièrement appel à des intervenants extérieurs, ce qui inclut d’anciens volontaires ayant gardé le contact avec le Service Protestant de Mission et qui collaborent sur certains modules.

Mais au-delà de la formation elle-même, cette dizaine de jours va surtout représenter pour tous l’occasion de vivre ensemble et d’apprendre à se connaître ; de confronter leurs visions et leurs engagements ; de mûrir une ultime fois leurs motivations… Ce n’est pas un hasard si les derniers entretiens ont lieu au cours de ces quelques jours. Et cette période passée ensemble sera aussi un sas avant de partir – probablement en septembre, si les conditions qui ont permis la réouverture des missions sont confirmées – pour une expérience destinée à changer radicalement leur perception du monde, et à influer durablement sur leur vie. Car on sort toujours changé de l’expérience du volontariat.

Et comme chaque année, cette session de formation des envoyés 2021 se clôturera par un culte d’envoi, célébré dans la chapelle du Défap, et ouvert à tous.