Lettre de nouvelles : Grandir au fil de la mission

Malicka, volontaire de solidarité internationale, est chargée de la mission Wash – eau, hygiène, assainissement au Cameroun.Voilà… mon séjour touche bientôt à sa fin.

Cette année aura été pleine. Pleine de doutes, de rebondissements, de remises en question. Mais aussi pleine de rencontres, d’apprentissages et de découvertes.

À moins de deux mois de mon départ, je me surprends déjà à être nostalgique de Bafoussam. C’est drôle comme les choses fonctionnent : à peine les paysages, les rues et les marchés commencent-ils à devenir familiers qu’il est déjà temps de repartir. J’avais enfin trouvé mon rythme, aussi bien dans la ville que dans mon travail, et me voilà déjà en train de penser au retour.

Pourtant, les débuts n’ont pas été simples.

Les trois premiers mois, je ne pensais qu’à rentrer. Les délestages, les coupures d’eau, un quotidien auquel je n’étais plus habituée… Tout cela a été plus difficile que je ne l’avais imaginé. Heureusement, plusieurs collègues ont été très présents. Leur soutien a beaucoup compté et m’a permis de traverser cette période d’adaptation.

Lorsque je suis arrivée au CIPCRE, je pensais principalement faire de l’animation communautaire. J’ai vite découvert qu’ici, chacun met la main à la pâte et qu’il faut savoir sortir de sa fiche de poste. Il a donc fallu apprendre, s’adapter… et parfois transmettre à mon tour.

Les premiers mois ont été consacrés à la découverte du terrain, des écoles et des différentes communes d’intervention. Puis, progressivement, mes missions se sont diversifiées.

J’ai notamment travaillé sur le projet ASSO Filles, destiné à accompagner les jeunes filles victimes de mariages précoces, les mères mineures et leurs familles vers une réinsertion sociale, professionnelle et économique. À cette occasion, j’ai conçu une douzaine d’outils de suivi et de capitalisation afin de mieux valoriser le travail réalisé par les équipes.

À partir du mois de juin, j’ai retrouvé davantage le terrain, tout en développant une dimension plus communicationnelle de ma mission. J’ai réalisé des affiches, différents supports de communication et je travaille actuellement à la mise en forme de la Charte Genre pour la promotion d’une agriculture durable, ainsi qu’au prochain calendrier du CIPCRE consacré aux compétences de vie courante.

J’ai également eu beaucoup de plaisir à concevoir de petits outils pédagogiques pour les Clubs Ados et les Espaces Amis des Enfants : des cartes, des mini-jeux et différents supports réalisés sur Canva pour aider les enfants à mieux identifier leurs émotions, apprendre à s’autoprotéger et connaître leurs droits.

L’un des moments dont je suis sans doute la plus fière reste l’organisation des activités du projet PECPEVI à Foumbot et à Koutaba. Pour cette animation, l’équipe m’a laissé une grande liberté dans la préparation. J’ai donc voulu y mettre un peu de ma personnalité : création de cartes de jeu, mini-diplômes pour valoriser les enfants, bracelets pour identifier les équipes, panneaux de notation pour le jury, barèmes, supports pour les concours… J’avais envie que tout soit à la fois ludique, pédagogique et réutilisable pour les prochaines activités. Voir les enfants s’approprier ces outils a été une vraie satisfaction.

En prenant un peu de recul, je réalise que cette année m’aura surtout appris à sortir de ma zone de confort. J’étais venue avec une idée assez précise de ce que serait ma mission. Finalement, elle a été bien plus large que ce que j’avais imaginé.

Aujourd’hui, je chemine doucement vers la fin de cette aventure avec un sentiment de satisfaction.

Mais je ne vous cache pas que j’appréhende déjà le retour.

À l’heure où j’écris ces lignes, je n’ai pas encore de logement en France et je n’ai pas de famille qui puisse m’héberger. Je serai accueillie quelque temps chez une amie, avec l’espoir que cette année d’engagement m’ouvrira des portes dans le domaine de la coopération internationale.

En y réfléchissant, cette mission aura finalement été une succession de cycles : les doutes du départ, l’acclimatation, l’habitude qui s’installe, la nostalgie au moment de partir… puis, déjà, l’inconnu du retour.

Le voyage continue simplement sous une autre forme.

Je termine cette lettre avec beaucoup de gratitude envers le Défap et le CIPCRE, qui m’ont offert cette aventure. Une aventure qui m’aura parfois bousculée, souvent fait grandir, et que je garderai longtemps en mémoire.

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Quand la sagesse parle au féminin : rendez-vous le 17 septembre

À l’occasion des Jeudis du Défap, la Révérende Gisèle Alenge Wedianu donnera une conférence en ligne le 17 septembre intitulée : « Quand la sagesse parle au féminin : lecture sapientale et ecclésiale de la figure féminine en Afrique. Cas de l’Église du Christ au Congo ». Cette intervention proposera une réflexion originale sur les figures féminines dans les livres de sagesse de la Bible et leur portée pour les Églises africaines aujourd’hui.

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Le parcours de Gisèle Alenge Wedianu

Pasteure de la 17eme Communauté évangélique du Christ de l’Ubangi (CECU), au sein de l’Église du Christ au Congo (ECC), la Révérende Gisèle Alenge Wedianu conjugue ministère pastoral et recherche universitaire. Elle est cheffe de travaux à la Faculté de théologie de l’Université protestante au Congo, où elle enseigne l’Ancien Testament, et poursuit actuellement un doctorat consacré à « La figure féminine dans les discours sapientiaux. Des Proverbes à Qohélet ».

Son parcours est également marqué par sa collaboration avec le Défap. Boursière en 2019 puis en 2024, elle mène une partie de ses recherches à l’Institut protestant de théologie de Montpellier. Ses travaux portent notamment sur les textes sapientiaux de l’Ancien Testament, mais aussi sur des thématiques telles que la théologie de l’environnement, à travers une étude de Genèse 2–3, ou encore la traduction de concepts bibliques dans des langues congolaises.

À travers ses recherches, Gisèle Alenge Wedianu cherche à faire dialoguer l’exégèse biblique avec les réalités des Églises africaines contemporaines, en montrant combien les Écritures peuvent nourrir une réflexion sur les enjeux actuels de la vie ecclésiale.

Pourquoi parler de lecture sapientale et ecclésiale de la figure féminine en Afrique ?

Les livres sapientiaux de la Bible – notamment les Proverbes, Job et Qohélet – mettent en scène des figures féminines qui ne se limitent pas à des rôles domestiques ou symboliques. La Sagesse y est personnifiée sous les traits d’une femme qui enseigne, interpelle, conseille et guide. D’autres figures féminines incarnent le discernement, la fidélité, mais aussi les choix et les tensions qui traversent l’existence humaine.

En proposant une lecture sapientale, Gisèle Alenge Wedianu montre que ces figures bibliques constituent une ressource théologique pour penser la place des femmes dans les Églises aujourd’hui. Elles révèlent que les femmes sont aussi porteuses de parole, de sagesse et d’autorité spirituelle.

Cette réflexion prend une dimension ecclésiale lorsqu’elle est mise en regard de la réalité de l’Église du Christ au Congo. Dans cette Église, comme dans beaucoup d’autres en Afrique, les femmes sont très largement engagées dans la vie des communautés. Elles assurent des responsabilités essentielles dans l’animation, la transmission de la foi et les œuvres de l’Église. Pourtant, leur présence demeure plus discrète dans les instances décisionnelles et les fonctions de gouvernance.

À partir des textes bibliques, la conférence invite ainsi à interroger cet écart entre l’engagement concret des femmes et leur reconnaissance institutionnelle. Elle ouvre une réflexion sur les défis que les Églises sont appelées à relever pour mieux reconnaître les dons, les compétences et le leadership spirituel des femmes, dans un dialogue entre héritage biblique et réalités contemporaines.

Cette conférence des Jeudis du Défap sera l’occasion de découvrir les recherches d’une théologienne engagée et d’ouvrir un échange sur une question qui traverse aujourd’hui de nombreuses Églises : comment les figures féminines de la Bible peuvent-elles éclairer la place des femmes dans la vie ecclésiale ?

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Formation CPLR : Regards croisés entre la France et le Sénégal

Du 16 au 26 juin 2026, la Maison des Missions, à Paris, a accueilli un stage de formation pastorale organisé par la Communion protestante luthéro-réformée (CPLR), le Service protestant de mission Défap et la CEVAA. Pendant dix jours, vingt pasteures et pasteurs venus de France, de Belgique et du Sénégal se sont retrouvés pour réfléchir ensemble aux défis du témoignage chrétien dans des contextes culturels et religieux contrastés.

Aujourd’hui, de nombreux ministres des Églises protestantes françaises exercent leur ministère dans des paroisses de plus en plus multiculturelles, sans pour autant avoir eu l’occasion de vivre une expérience internationale ou de découvrir d’autres réalités ecclésiales. Face à cette évolution, la CPLR et le Défap ont souhaité proposer une formation favorisant la rencontre interculturelle et l’ouverture à la dimension missionnaire, afin d’enrichir les pratiques pastorales et le regard porté sur les mutations du christianisme contemporain.

Inscrit dans le cadre de la formation permanente des pasteurs, le stage, intitulé « Contextes minoritaires ou sécularisés : regards croisés sur le témoignage entre la France, la Belgique et le Sénégal », a réuni des ministres de l’Église protestante unie de France, de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine, de l’Église protestante unie de Belgique, de l’Église luthérienne du Sénégal et de l’Église protestante du Sénégal. Conçu comme un parcours en deux temps, il faisait suite à une première session organisée à Dakar en 2025. Cette seconde rencontre, à Paris, avait pour objectif de poursuivre les échanges, de partager les expériences pastorales et de renforcer les liens entre les Églises partenaires dans une démarche de réciprocité et d’enrichissement mutuel.

Le dialogue interreligieux et interculturels au cœur du stage

Comment témoigner de sa foi lorsque l’on appartient à une minorité religieuse ? Ou dans une société où la pratique religieuse recule ? Ces questions ont constitué le fil rouge de ce stage.

D’un côté, les pasteurs français et belges ont découvert la réalité du Sénégal, où les chrétiens représentent environ 5 % de la population dans un pays majoritairement musulman. Dans ce contexte, le témoignage chrétien se construit quotidiennement dans le dialogue, la coexistence et le respect des autres traditions religieuses. De l’autre, les pasteurs sénégalais ont été confrontés à la réalité française, marquée par la pluralité des convictions et l’éloignement d’une partie de la population des institutions religieuses.

Tout au long du stage, conférences, visites de terrain et échanges en groupes ont permis aux participants de confronter leurs expériences. Les pasteurs ont partagé leurs interrogations sur la manière d’accueillir des personnes aux parcours très divers, de dialoguer avec d’autres religions ou encore d’annoncer l’Évangile dans des sociétés profondément différentes.

Regards croisés sur des contextes culturels différent

Au-delà des questions liées au témoignage chrétien, le stage a également été l’occasion d’aborder plusieurs enjeux contemporains qui traversent aujourd’hui les Églises. Des temps de réflexion éthique ont permis aux participants de dialoguer sur des sujets parfois sensibles, comme la place des femmes dans le ministère pastoral, les questions liées à l’homosexualité ou encore l’évolution des sociétés face aux mutations culturelles.

Ces échanges ont révélé des approches souvent très différentes selon les contextes ecclésiaux et culturels. Loin de chercher à gommer ces divergences, les organisateurs ont privilégié une démarche d’écoute et de compréhension mutuelle.

Pour plusieurs participants, ces temps de dialogue ont constitué l’un des moments les plus marquants du stage. Ils ont montré qu’il est possible d’aborder des questions complexes sans renoncer au respect de l’autre, dans une démarche où la réflexion théologique se nourrit de la rencontre interculturelle.

Des liens renforcés entre Églises partenaires

L’un des temps forts du programme résidait dans l’immersion de chaque participant au sein de la paroisse de son binôme. Les pasteurs sénégalais ont été accueillis en France et en Belgique afin de partager le quotidien de leurs homologues : préparation des cultes, visites pastorales, vie communautaire et célébrations.

Cette immersion a permis de découvrir concrètement des pratiques pastorales parfois différentes. Les pasteurs sénégalais ont observé le fonctionnement de paroisses confrontées aux défis de la sécularisation, tandis que leurs collègues européens avaient auparavant découvert, au Sénégal, des communautés marquées par une présence importante des familles et des jeunes.

Cette réciprocité constitue l’un des fondements du programme porté par la CPLR et le Défap. En favorisant la rencontre de personne à personne, le stage contribue à tisser des liens durables entre les Églises partenaires et à favoriser le dialogue interculturel et une compréhension commune des défis auxquels elles sont confrontées aujourd’hui.

Au-delà des échanges théologiques et des découvertes culturelles, ce stage a surtout rappelé que la mission se nourrit de la rencontre. En confrontant leurs expériences, les pasteurs ont appris à mieux comprendre les réalités vécues par leurs partenaires et à porter un regard renouvelé sur leur propre ministère. Une expérience qui, bien au-delà de ces quelques jours de formation, ouvre la voie à une coopération durable entre les Églises et à une pratique pastorale toujours plus attentive aux défis d’un monde pluriel.




Lettre de nouvelles : Les petites aventures

De Madagascar à Paris, Nomena est engagé dans une mission de Volontariat de Solidarité Internationale avec le Défap et la Rédemption. Il partage ses petites aventures.

« Le printemps qui se lève à Paris, une bonne partie des environs se recouvre du vert des feuilles d’arbres et les fleurs s’épanouissent. Pour cette lettre de nouvelles, j’ai choisi de parler de mon temps de mars à mai.

Pour commémorer l’arrivée du printemps ici à Paris, je suis allé au Parc de Sceaux pour voir les cerisiers fleurir avec des pétales roses dignes d’une scène de manga de romance. Mis à part, j’ai pu revoir des amis de l’université qui étaient de passage ici à Paris, et comme je m’y connais un peu sur les lieux et endroits intéressants de la ville, me voilà en tant que guide touristique (mais avec un sens de l’orientation à remettre en question !).

Puis, vient le début avril et les festivités de Pâques. Malheureusement, la fête de Pâques pour moi ne s’était pas déroulée comme prévu puisque j’ai subitement attrapé un rhume. La guérison se faisait lentement mais sûrement, et avec les bons soins et bon petits remèdes traditionnels.

Côté la Rédemption, les permanences sont habituellement calmes. Cependant, depuis la seconde moitié du mois d’avril, des travaux en rapport avec les canalisations du quartier sont mis en place, et je me dois aussi, avec l’aide de la Présidente d’honneur de l’église, de surveiller leur activité et de comment est la progression des travaux. Malgré les va-et-vient des ouvriers et les bruits, je sens quand même une once de vie dans l’espace d’accueil lorsqu’il n’y a pas d’événement particulier.

En dehors du travail, je ne fais pas beaucoup de ce que j’appellerais une « grande aventure ». Pour ma part, j’aime bien faire des « petites aventures » du quotidien. Depuis que je suis en France, et notamment l’année dernière, je me suis fait une promesse, c’est de me forcer à ne pas tout le temps rester à la maison tous les week-ends pour éviter de rester à la maison. Une de mes activités favorites est de pouvoir faire des journées ou soirées jeux de société avec mes amis, on découvre de nouveaux jeux et on tisse des liens à partir de l’amusement. Aussi, j’explore des conventions sur le thème des mangas, de la culture geek que j’affectionne énormément.

Le mois de mai est probablement un mois assez bizarre pour ma part. Comme il s’agit de ma deuxième année de volontariat de solidarité internationale, la fin de ma mission approche. C’est alors qu’il y a la fameuse question autant importante que perturbante : « Et la suite, ce sera quoi ? » De ce que je retiens de ma mission, je peux constater que je suis quelqu’un qui aime bien aider à organiser des événements, à partager avec la communauté via les réseaux sociaux ou en parlant en physique. Une chose que je trouve intéressante durant ma mission, c’est la dualité entre la mission de la Rédemption ainsi que celle du Défap. Ce que j’aimerais parler dans dualité est le fait d’expérimenter une mission double dont l’un a une dimension où je travaille d’un côté, dans la permanence du midi à la Rédemption, beaucoup plus flexible, ainsi que la mission en tant qu’assistant communication au Défap, qui se rapproche plus d’une expérience dans une entreprise.

Encore quelques mois et je vois le bout de l’aventure en tant que Volontaire de Solidarité Internationale. Je ne cache pas que la fin de mission me fait peur, notamment sur la question de la suite post-volontariat. Malgré l’approche de la fin, il ne faut pas se mettre des pensées négatives et profiter de l’instant présent, de ne pas s’inquiéter de l’avenir, mais aussi, de ne pas oublier que le Seigneur veille sur nous, sur nos projets futurs, qu’ils soient encore flous ou évidents.

Pour conclure, nous entrons dans la période d’été : une saison que je n’affectionne pas beaucoup car je vais devoir affronter la canicule. Mais en contrepartie, je profiterai (sans mauvais jeu de mots) des « jours les plus longs » ici en France ! »

Nomena

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Lettre de nouvelles : Des animations, des rencontres et des retrouvailles

Tabitha, volontaire de réciprocité, effectue sa mission à Colmar au Centre Théodore Monod où elle organise des animations socioculturelles et des activités à destination des jeunes du campus.« Bonjour à toutes et à tous,

Alors que je vois approcher la fin de ma deuxième année de volontariat, j’ai eu envie de m’arrêter un instant pour partager avec vous le chemin parcouru.

Le retour aux sources

Tout a commencé en août dernier. Après avoir voyagé en Allemagne, en Pologne et en République tchèque, mon esprit avait besoin de repos. Je suis rentrée chez moi, au Togo, sur la terre de mes ancêtres. Ce retour aux racines a été mon remède. Retrouver ma mère, ma famille, et sentir la chaleur de ma terre m’a redonné une force immense. J’y ai puisé l’énergie nécessaire pour repartir, le cœur rempli de l’amour des miens.

Septembre à Colmar : un nouveau chapitre, une nouvelle personne

En septembre, je suis revenue à Colmar pour entamer ma deuxième année de mission. Mais ce retour était différent. Si la première année fut un temps de découverte, celle-ci s’est ouverte sous un éclat bien plus brillant. Je ne suis plus cette personne timide et hésitante des débuts. Aujourd’hui, je me sens ici comme dans ma propre demeure. Je ne suis plus une « invitée » dans le centre, je suis chez moi. L’aisance a remplacé le vertige, et je me sens enfin à ma place, utile et enracinée.

Ma mission d’animatrice : la magie de l’imaginaire

Ce qui donne tout son sens à mon quotidien, c’est mon rôle auprès des enfants. Ils sont ma plus belle flamme. Ce que j’adore par-dessus tout, c’est de pouvoir les faire voyager dans un monde imaginaire. Quand je crée des activités, j’aime inventer des univers, être drôle, et voir leurs yeux s’écarquiller. Leur créativité m’émerveille : ils imaginent des choses incroyables, et cet échange me rend profondément heureuse. En les aidant à s’évader, c’est mon propre cœur qui s’épanouit. L’année a repris avec une énergie folle, entre les activités de la semaine et nos moments partagés le week-end.

Taizé et la visite de mon père : la paix et l’équilibre Deux moments forts ont marqué ces derniers mois :

  • Mon séjour à Taizé : Ce fut une découverte totale. Une semaine de silence, de chants et de prière qui m’a apaisée. Je me suis sentie plus proche de Dieu, et cette paix intérieure m’aide beaucoup dans ma mission aujourd’hui.
  • La visite de mon père : Il m’avait tellement manqué ! Sa venue ici, à Colmar, a été un cadeau magnifique.

C’était comme si mes deux mondes se rejoignaient. Le voir découvrir mon environnement et ceux qui m’entourent m’a remplie de fierté. Je ne serais pas là même sans les personnes qui m’accompagnent. Mon référent, Gilles, est pour moi comme un père : il m’accueille, me guide et me protège avec une immense bienveillance. Et il y a Sophie, l’aumônière, dont la douceur et le grand cœur font que chaque journée se passe bien.

Aujourd’hui, je suis avide de nouvelles découvertes. Mon esprit reste curieux et mon cœur grand ouvert. Cette aventure humaine est, sans aucun doute, la plus belle expérience de ma vie. Je ne me contente pas de faire du volontariat, j’apprends à devenir moi-même (celle que j’ai toujours voulu être).

Merci de faire partie de ce voyage avec moi

Tabitha »

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Défap, CEVAA et DM : Renforcer la mission par la coopération

Du 18 au 20 mai 2026, le Défap accueillait à Versailles la rencontre annuelle des secrétariats du Défap, de la CEVAA et de DM. Pendant trois jours, les représentants des trois organisations missionnaires protestantes ont partagé réflexions, expériences et projets communs afin de renforcer leur coopération et de répondre ensemble aux défis actuels de la mission. Ces rencontres, organisées chaque année à tour de rôle par l’une des trois institutions, constituent un espace privilégié de dialogue et de concertation. Elles permettent d’aborder les enjeux communs, de coordonner certaines actions et de développer de nouvelles collaborations dans des domaines tels que la formation, les échanges de personnes ou encore la communication.

Une histoire commune au service de la mission

Les liens entre le Défap, la CEVAA et DM s’inscrivent dans une histoire ancienne. Nées dans le contexte des profondes transformations du mouvement missionnaire protestant des années 1960 et 1970, ces trois organisations ont accompagné l’émergence de nouvelles formes de relations entre Églises, dans un monde marqué par les indépendances et la remise en question des modèles missionnaires hérités de la période coloniale. Aujourd’hui encore, elles partagent de nombreuses préoccupations et plusieurs lieux d’engagement commun. Toutes trois sont impliquées dans les échanges internationaux de personnes, la formation théologique, le soutien aux Églises partenaires et la réflexion sur les enjeux contemporains de la mission.

De la coopération à l’action

Cette édition 2026 avait une ambition particulière : dépasser le simple partage d’informations pour construire des modes de collaboration plus efficaces et plus durables.

Accompagnés par un intervenant extérieur, les participants ont consacré une large partie de leurs travaux à identifier les domaines dans lesquels une coopération renforcée pouvait être mise en œuvre. Trois axes prioritaires ont été retenus : la formation, les échanges de personnes et la communication.

Parmi les projets évoqués figure notamment le développement d’un programme de formation en théologie interculturelle destiné à répondre aux besoins exprimés par les Églises et les institutions académiques francophones. Les équipes ont également travaillé à une meilleure coordination des programmes d’envoi et d’accueil de personnes, ainsi qu’au partage d’expériences et de ressources en matière de communication et de recherche de financements.

Afin d’assurer un suivi concret des décisions prises, plusieurs groupes de travail ont été constitués et des rendez-vous réguliers ont déjà été programmés.

Relire l’histoire pour construire l’avenir

Les échanges ont également permis d’aborder des sujets de fond qui traversent aujourd’hui les milieux ecclésiaux et missionnaires. Les participants ont notamment réfléchi à la question de la décolonisation de la mission, à la nécessité de reconnaître les blessures héritées de certaines pratiques du passé, mais aussi aux formes contemporaines d’inégalités qui continuent de marquer les relations internationales. Les enjeux liés à l’interculturalité, à la justice et à la sauvegarde de la création ont également occupé une place importante dans les discussions. Autant de thèmes qui orientent aujourd’hui les engagements des trois organisations et nourrissent leur réflexion commune.

Une rencontre marquée par la convivialité

Au-delà des séances de travail, la rencontre a également été rythmée par des temps de prière, des célébrations, des repas partagés et une découverte du vieux Versailles. Ces moments informels ont permis de renforcer les liens entre les participants et de favoriser des échanges plus personnels. Tous ont souligné l’importance de cette dimension relationnelle, essentielle pour développer des coopérations durables entre institutions engagées dans des contextes différents mais confrontées à des défis similaires. À l’issue de ces trois journées, un mot d’ordre semble avoir fait consensus : continuer à s’informer, à se parler et à avancer ensemble. La prochaine rencontre des trois secrétariats se tiendra en Suisse en 2027, à l’invitation de DM.




Les Jeudis du Défap : Modifications constitutionnelles et longues mandatures en Afrique – Le replay

Les modifications constitutionnelles destinées à prolonger les mandats présidentiels constituent aujourd’hui l’un des débats les plus sensibles en Afrique. Souvent présentées comme des instruments de stabilité politique et de continuité du développement, elles suscitent également de nombreuses critiques de la part de la société civile, des juristes et des responsables religieux. Lors de sa conférence intitulée « Un regard éthico-théologique sur la problématique des modifications constitutionnelles pour les longues mandatures en Afrique », le pasteur et docteur en théologie Benjamin Kokou Gabiam a proposé une réflexion qui dépasse le cadre strictement juridique. Son analyse interroge la légitimité morale du pouvoir à travers les enseignements bibliques et les principes éthiques de justice, de responsabilité et de bien commun.

Les révisions constitutionnelles : entre légalité et légitimité

Selon Benjamin Kokou Gabiam, la Constitution ne doit pas être considérée comme un simple instrument juridique. Elle constitue un cadre destiné à limiter l’exercice du pouvoir et à protéger les citoyens contre l’arbitraire. Si la révision constitutionnelle est un mécanisme légal prévu par les textes, elle ne devient pas automatiquement légitime sur le plan moral.

Depuis les années 2000, plusieurs pays africains ont modifié leur Constitution afin de permettre à leurs dirigeants de rester plus longtemps au pouvoir. Ces réformes sont souvent justifiées par la nécessité d’assurer la stabilité politique ou de poursuivre des programmes de développement. Cependant, elles sont fréquemment perçues comme des manœuvres destinées à préserver des intérêts particuliers plutôt qu’à servir l’intérêt général.

Le conférencier rappelle ainsi qu’une réforme constitutionnelle doit toujours être évaluée à la lumière de sa finalité. Une modification qui renforce l’État de droit et les libertés publiques peut être bénéfique. En revanche, lorsqu’elle vise principalement à maintenir un dirigeant au pouvoir, elle risque d’affaiblir la confiance des citoyens dans les institutions et de compromettre l’équilibre démocratique.

La longévité au pouvoir à l’épreuve de l’éthique biblique

La question de la longévité au pouvoir ne reçoit pas, selon l’orateur, de réponse simple ou absolue. D’un côté, un dirigeant qui reste longtemps en fonction peut assurer une certaine continuité des politiques publiques, favoriser la stabilité et conduire des réformes de long terme. Cette situation peut être particulièrement utile dans les contextes de sortie de crise ou de reconstruction nationale.

D’un autre côté, la durée excessive du pouvoir comporte des risques importants. Elle peut entraîner l’affaiblissement des contre-pouvoirs, la personnalisation du pouvoir, la corruption et la réduction des espaces démocratiques. Lorsque les institutions de contrôle deviennent dépendantes de l’exécutif, l’État de droit se fragilise progressivement.

Pour éclairer cette réflexion, Benjamin Kokou Gabiam s’appuie sur le texte de Romains 13. L’apôtre Paul y invite les croyants à reconnaître l’autorité politique comme une institution nécessaire à l’ordre social. Toutefois, cette autorité n’est pas absolue. Elle est appelée à servir le bien commun et demeure responsable devant Dieu. La Bible ne justifie donc pas l’obéissance aveugle aux gouvernants ni les abus de pouvoir.

Le conférencier rappelle également que les Écritures associent la prospérité d’une nation non à la durée d’un règne, mais à la justice. Les textes bibliques mettent en garde contre les dérives du pouvoir sans contrôle et soulignent l’importance de l’humilité, de la responsabilité et de l’écoute. Ainsi, la longévité au pouvoir n’est ni un bien ni un mal en soi : tout dépend de l’usage qui en est fait et de la solidité des institutions qui l’encadrent.

Pour une gouvernance fondée sur la justice et le bien commun

Afin d’évaluer la pertinence d’une modification constitutionnelle, le pasteur Gabiam propose trois critères éthiques fondamentaux : la justice, la vérité et l’humilité du pouvoir.

La justice exige que toute réforme soit orientée vers le bien commun et la protection des plus vulnérables. Une Constitution ne doit pas être modifiée au bénéfice d’un individu ou d’un groupe, mais dans l’intérêt de la nation.

La vérité et la transparence impliquent que les processus de révision se déroulent dans un climat de dialogue, de consultation et de participation citoyenne. Une réforme menée dans l’opacité ou sans véritable débat public perd une grande partie de sa légitimité.

Enfin, l’humilité du pouvoir constitue un principe essentiel de l’éthique biblique. Le dirigeant est appelé à se considérer comme un serviteur du peuple et non comme le propriétaire de sa fonction. Sa capacité à accepter l’alternance et à préparer sa succession est un signe de maturité démocratique.

Le conférencier souligne également le rôle important des Églises et des leaders religieux. Sans s’engager dans des logiques partisanes, ils ont pour mission de rappeler les exigences morales de la gouvernance, de défendre l’État de droit et de promouvoir la réconciliation lorsque les crises politiques divisent les sociétés.

La réflexion de Benjamin Kokou Gabiam met en lumière une idée essentielle : la légitimité du pouvoir ne dépend pas de sa durée, mais de sa capacité à servir la justice, la paix et le bien commun. Les modifications constitutionnelles ne doivent jamais être évaluées uniquement à partir de leur légalité formelle, mais aussi à partir de leur portée éthique et de leurs conséquences sur la démocratie. Pour l’Afrique, le défi consiste à construire des institutions capables de concilier stabilité politique, responsabilité des dirigeants et respect de l’État de droit. Dans cette perspective, la Constitution demeure non seulement un texte juridique, mais aussi un pacte moral destiné à protéger les peuples et à garantir une alternance pacifique du pouvoir.




Colloque de Pomeyrol 2026 : Nos ressources culturelles et spirituelles face à la crise écologique

Depuis plusieurs années, les rencontres annuelles de la Communauté de Pomeyrol explorent les relations entre le Nord et le Sud, et les multiples défis qui traversent aujourd’hui notre planète. Dans un monde marqué par les enjeux de justice, de paix et de sauvegarde de la Création, ces colloques sont devenus progressivement un espace privilégié de réflexion, de dialogue et de rencontre entre personnes, cultures et visions du monde diverses.

S’inscrire au colloque

À travers ces échanges, nous cherchons à mieux comprendre comment accueillir l’autre, vivre ensemble malgré nos différences et dépasser les barrières qui continuent de fragmenter nos sociétés : ségrégations, héritages coloniaux, nouvelles formes de domination, racismes visibles ou invisibles. Cette démarche se nourrit de la conviction que le dialogue sincère et l’écoute mutuelle peuvent contribuer à une transformation profonde de nos regards et de nos comportements.

Le thème retenu pour le colloque 2026 s’inscrit dans cette dynamique : « Nos ressources culturelles et spirituelles face à la crise écologique : regard Nord–Sud–Nord »

Plus que jamais, notre monde est confronté à une crise qui dépasse largement la seule question environnementale. Elle touche les fondements mêmes de notre civilisation, interrogeant notre compréhension de la création, notre place au sein du vivant et notre responsabilité envers Dieu, envers nos semblables et envers les générations futures.

Comme le rappelait Albert Einstein, il n’est pas possible de résoudre un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré. Face à l’urgence écologique, nous sommes appelés à une véritable conversion du regard, à une métanoïa intellectuelle, culturelle et spirituelle capable de renouveler notre relation à la création.

Dans cette perspective, le dialogue « Nord–Sud–Nord » apparaît plus nécessaire que jamais. Les sociétés du Nord comme celles du Sud portent en elles des trésors de sagesse, des traditions spirituelles, des visions du monde et des expériences communautaires susceptibles d’éclairer les défis contemporains. Les héritages philosophiques, théologiques et écospirituels du Nord peuvent rencontrer les richesses culturelles, éthiques et cosmologiques du Sud pour ouvrir des horizons nouveaux.

Cette rencontre n’efface ni les blessures de l’histoire ni les déséquilibres qui demeurent. Elle offre cependant la possibilité d’un enrichissement mutuel, où différentes conceptions de la création, du bonheur, du vivre-ensemble et du rapport au vivant peuvent dialoguer et se féconder réciproquement.

Alors que « la création tout entière soupire et souffre les douleurs de l’enfantement » (Rm 8,22), nous sommes invités à entendre cet appel à une vigilance spirituelle renouvelée et à une transformation profonde de nos modes de vie.

Le colloque 2026 se veut ainsi un lieu humble et exigeant de partage, de discernement et d’espérance. Ensemble, nous mettrons en lumière les ressources culturelles et spirituelles dont disposent nos sociétés pour affronter la crise écologique, les interrogerons avec lucidité et les confronterons dans un esprit de dialogue. Peut-être verrons-nous alors émerger, grâce à cette fécondation réciproque entre Nord et Sud, des chemins nouveaux vers un monde plus juste, plus solidaire et plus habitable.

Nous vous invitons à rejoindre cette réflexion collective et à participer à cette aventure de pensée, de foi et d’engagement au service de la Création et de l’avenir commun.

Informations pratiques

💡 Thème : « Nos ressources culturelles et spirituelles face à la crise écologique – Regard commun Nord-Sud. »

🤝 Organisateurs : Communauté de Pomeyrol, Défap Service protestant de mission 

📅 Du vendredi 3 juillet (17h) au lundi 6 juillet (15h)

📍18 Avenue d’Arles,  13105 St Etienne du Grès

🎫 Colloque ouvert à tous, inscription obligatoire

Comment s’inscrire ?

Nous vous invitons à télécharger et à compléter la fiche d’inscription, puis à nous la retourner avant le 25 juin par courrier électronique à l’une des adresses suivantes :




Conférence : La Mission de Paris avec Jean-François Zorn

Le Défap accueillera, samedi 13 juin 2026, l’historien et missiologue Jean-François Zorn pour une conférence consacrée à l’histoire de la Mission de Paris et à ses relations avec les grands bouleversements du XXe siècle. Intitulée « La Mission de Paris. Une mission protestante aux prises avec la paix mondiale, les cultures, la politique coloniale et son propre héritage », cette rencontre proposera un regard historique sur près d’un siècle et demi d’engagement missionnaire protestant, à travers les crises politiques, coloniales et ecclésiales qui ont marqué l’histoire contemporaine.

Spécialiste de l’histoire de la Société des Missions Évangéliques de Paris, plus connue sous le nom de « Mission de Paris », Jean-François Zorn a consacré plusieurs décennies de recherche à cette institution fondée en 1822. Après un premier volume publié en 1993 et réédité en 2012, couvrant la période de 1822 à 1914, il présentera ce second tome attendu, consacré aux années 1914-1971.

Au cours de son histoire, la Mission de Paris a envoyé près de 1 500 missionnaires français, suisses, italiens et européens en Afrique, à Madagascar et dans le Pacifique, ainsi qu’environ 500 Volontaires du Service national (VSN). Mais son action ne s’est pas limitée à l’envoi de personnel : elle a également participé à la fondation d’Églises locales et au développement d’institutions éducatives, sociales, médicales et économiques dans les pays du Sud.

À travers plusieurs « flashs » historiques, Jean-François Zorn reviendra sur quatre moments de crise qui ont profondément interrogé les relations entre mission, politique et société :

  • la Première Guerre mondiale, lorsque des chrétiens des Églises du Sud furent enrôlés dans le conflit de 1914-1918 ;
  • l’entre-deux-guerres et l’Exposition coloniale de 1931, où des chrétiens kanak furent scandaleusement présentés comme des « sauvages » ;
  • les indépendances africaines, notamment au Cameroun, où l’Église évangélique prit position face aux mouvements indépendantistes en 1960 ;
  • enfin, la transformation de la Mission de Paris entre 1968 et 1970, qui conduisit à la naissance de la Cevaa et du Défap.

Cette conférence sera l’occasion d’ouvrir une réflexion sur des questions toujours actuelles : les rapports entre guerre et paix, culture et domination, colonialisme et indépendance, mais aussi sur l’évolution de la mission chrétienne, passée d’un modèle à sens unique à une dynamique de « mission de partout vers partout ».

Informations pratiques

Conférence de Jean-François Zorn : La Mission de Paris : une mission protestante aux prises avec la paix mondiale, les cultures, la politique coloniale et son propre héritage

📅 Samedi 13 juin 2026 de 19h à 20h30

📍Le Défap, 102 boulevard Arago, Paris 14e

🎫 Entrée libre, dans la limite des places disponibles.




Comment l’Église joue-t-elle un rôle essentiel dans la solidarité ?

L’Église ne se limite pas à un espace spirituel. Elle agit au cœur des réalités humaines, sociales et politiques. Dans de nombreux contextes, notamment en Afrique, elle représente un acteur de proximité capable de mobiliser les communautés, défendre la dignité humaine et porter des initiatives concrètes de solidarité. À travers son engagement pour la justice sociale, l’écologie, l’égalité et le développement, l’Église devient un véritable pont entre les besoins locaux et les enjeux mondiaux.

La place de l’Église dans la société

Le rôle de l’Église auprès des communauté locales

L’Église occupe une place centrale dans la vie quotidienne de nombreuses populations. Elle accompagne les personnes dans les moments essentiels de l’existence : naissance, éducation, maladie, deuil ou crise sociale. Cette présence de proximité lui confère une autorité morale et une capacité d’action uniques.

Dans la conférence des Jeudis du Défap de Flore Badila Loupe, pasteure et docteure en théologie, sur le rôle de l’Église dans la société, il est rappelé que la mission prophétique de l’Église consiste à « dénoncer les injustices sociales, défendre le respect du droit humain, affirmer la dignité de la personne humaine, œuvrer pour la justice sociale et la sauvegarde de la création ». Cette mission dépasse largement le cadre religieux : elle engage l’Église dans la transformation de la société.

En Afrique notamment, l’Église est souvent présente là où les institutions publiques sont fragiles ou absentes. Elle soutient les populations vulnérables, favorise l’entraide et participe à la cohésion sociale. Son ancrage communautaire lui permet d’agir durablement et de construire des dynamiques collectives fondées sur la solidarité.

Un puissant levier de sensibilisation

Grâce à son implantation locale, l’Église possède également une forte capacité de sensibilisation. Elle ne transmet pas seulement des discours : elle forme des consciences, influence les comportements et encourage des pratiques solidaires.

Dans la conférence des Jeudis du Défap sur « l’Église et écologie en contexte africain », Marcel Ngirinshuti, vice Doyen à la Faculté des Technologies de l’Information et de la Communication, souligne que les Églises africaines peuvent faire de l’écologie « une pratique communautaire, intégrée à la vie quotidienne et à la spiritualité ». Par leurs écoles, leurs cultes, leurs groupes de jeunes ou leurs réseaux communautaires, elles sensibilisent à des enjeux essentiels comme la protection de l’environnement, la justice sociale ou le vivre-ensemble.

Cette capacité de mobilisation permet aussi de relier les réalités locales aux grands défis contemporains : changement climatique, pauvreté, violences sociales ou discriminations. L’Église devient alors un espace d’éducation citoyenne et de transformation sociale.

Une vision fondée sur la dignité humaine, la justice sociale et la sauvegarde de la création

Une solidarité enracinée dans la dignité humaine

L’engagement de l’Église repose sur une conviction fondamentale : chaque être humain possède une dignité inaliénable. Cette vision pousse les communautés chrétiennes à défendre les plus vulnérables et à lutter contre toutes les formes d’exclusion.

Dans la conférence des Jeudis du Défap avec Fifamé Fidèle Houssou Gandonou sur la réflexion sur les fondements éthiques du féminisme, il est affirmé que « le féminisme, bien compris, est une branche de l’éthique qui vise l’excellence humaine ». L’objectif n’est pas d’opposer les personnes entre elles, mais de restaurer une humanité réconciliée, fondée sur la réciprocité et le respect mutuel. Cette approche rejoint la mission sociale de l’Église : défendre les droits des femmes, lutter contre les violences et promouvoir une société plus juste. L’Église est ainsi appelée à questionner certaines pratiques culturelles ou interprétations religieuses qui entretiennent les inégalités.

L’écologie comme engagement spirituel et social

La solidarité portée par l’Église s’exprime également dans son engagement écologique. Face à la dégradation de l’environnement et à ses conséquences sur les populations pauvres, de nombreuses communautés chrétiennes développent des initiatives concrètes.

Marcel Ngirinshuti rappelle que « protéger l’environnement n’est pas seulement un enjeu écologique, c’est un acte de solidarité avec les plus vulnérables ». L’écologie devient alors une question de justice sociale et de foi. Des Églises participent aujourd’hui à des projets de reforestation, de gestion durable de l’eau, d’agriculture communautaire ou de sensibilisation environnementale. Elles montrent qu’il est possible de concilier protection de la création et lutte contre la pauvreté.

Cette vision s’appuie sur une compréhension biblique de la création comme un don confié à l’humanité. L’être humain n’est pas propriétaire absolu de la terre : il en est le gardien.

Une solidarité qui relie les peuples

L’Église joue aussi un rôle essentiel dans la solidarité internationale. Grâce à ses réseaux, elle relie des communautés de différents pays autour de projets communs et d’un engagement partagé pour la justice et la paix. Les Églises deviennent ainsi des espaces de dialogue interculturel, de coopération et de soutien mutuel. Elles permettent de faire entendre les réalités vécues localement dans les débats mondiaux sur le développement, les droits humains ou la justice climatique.

Le Défap, un pont entre les réalités locales et les enjeux mondiaux

Un acteur historique de la solidarité internationale

Défap joue un rôle majeur dans cette dynamique de solidarité. Service protestant de mission, il accompagne depuis de nombreuses années des Églises et des partenaires dans différents pays, notamment en Afrique.

Le Défap agit comme un pont entre les réalités locales et les enjeux internationaux. Son action repose sur l’échange, la coopération et la réciprocité entre les Églises partenaires. Il soutient des projets répondant à des besoins de communautés liés à l’éducation, à la formation théologique, à l’écologie, aux droits humains ou encore à l’autonomisation des femmes.

Par exemple, le CIPCRE porte un projet visant à améliorer l’assainissement et la protection de l’environnement dans les villages d’Agbonan et de Kpanoukpadé, au Bénin, grâce à la valorisation des déchets agricoles et ménagers. Par la production de biogaz, de compost et l’installation d’un système solaire de pompage d’eau, il encourage une gestion écologique des ressources et des pratiques énergétiques durables.

L’envoi et l’accueil de volontaires

Le Défap favorise également les échanges humains grâce à l’envoi et à l’accueil de volontaires. Ces expériences permettent la rencontre entre cultures, le partage de compétences et la construction de relations durables entre communautés de différents pays. Les volontaires participent à des projets éducatifs, sociaux ou environnementaux et découvrent d’autres réalités humaines. Cette mobilité contribue à faire vivre une solidarité concrète, fondée sur la rencontre et l’engagement réciproque.

Conclusion

L’Église joue un rôle essentiel dans la solidarité parce qu’elle agit au plus près des réalités humaines. Par son ancrage local, sa capacité de sensibilisation et son engagement pour la dignité humaine, elle contribue à construire des sociétés plus justes et plus fraternelles.

Qu’il s’agisse de justice sociale, d’écologie, d’égalité femmes-hommes ou de solidarité internationale, l’Église peut devenir un véritable acteur de transformation. À travers des organisations comme Défap, cette solidarité prend une dimension mondiale, reliant les communautés locales aux grands défis contemporains et rappelant qu’aucune société ne peut avancer durablement sans justice, sans dignité et sans fraternité.




Lettre de nouvelles : Un printemps marquant

Demiana réalise actuellement une mission de service civique au sein de la communauté des diaconesses à Strasbourg. À travers cette lettre, elle partage son expérience de vie et d’engagement auprès des sœurs, les découvertes humaines et spirituelles qu’elle vit au quotidien, ainsi que les évolutions personnelles que cette mission lui apporte depuis son arrivée en France.

Bonjour tout le monde,

J’espère que vous allez bien. Ça fait 5 mois que je fais mon service civique au sein de la communauté des diaconesses à Strasbourg.

Avec l’arrivée du printemps, les journées deviennent plus belles et ensoleillées, et cela fait vraiment du bien. Cela me rappelle aussi le chemin que je vis ici depuis cinq mois. Petit à petit, je me suis adaptée à cette nouvelle vie : le climat, la nourriture, le rythme… tout est devenu plus simple pour moi.

Ce qui me touche le plus, c’est ma mission avec les sœurs. Au début, tout était nouveau, mais aujourd’hui je me sens vraiment à ma place. Nous partageons beaucoup de moments ensemble : des sorties, des activités, des jeux… Ce sont des choses simples, mais pleines de joie. Cette mission m’apprend à être plus présente, plus patiente et plus ouverte aux autres.

J’ai aussi eu la chance de participer à des moments de partage avec d’autres personnes. Nous avons accueilli trois jeunes filles de 15 ans de l’école Lucie Berger, qui sont venues faire des activités avec les sœurs dans le cadre scolaire. J’ai participé avec elles, et c’était une très belle expérience. J’ai aussi visité cette école pendant la semaine de Pâques et j’ai parlé aux enfants de la manière dont nous fêtons Pâques en Égypte. C’était un moment simple et chouette, mais très touchant, et les enfants étaient adorables.

Sur le plan spirituel, je sens aussi un vrai changement en moi. J’aime beaucoup l’église où je vais : les messages sont simples mais profonds, ainsi que les chants. La vie avec les sœurs me fait grandir intérieurement, me fait réfléchir davantage et m’aide à voir les choses autrement.

La célébration de Pâques ici a été un moment très spécial pour moi. Le matin, nous avons fait l’aube pascale ensemble, puis nous avons participé à la messe. C’était un moment calme, profond et plein de paix.

Et voilà, j’aime bien ce que je fais et je suis contente.

Enfin, j’ai suivi deux formations qui m’ont aussi aidée à découvrir de nouvelles choses. La première, c’était en janvier, portait sur la laïcité en France et m’a permis de mieux comprendre la société ici. La deuxième, début avril, sur les médias, était intéressante et m’a appris de nouvelles choses.

Je vois un vrai changement en moi depuis mon arrivée : je me sens plus calme, plus ouverte et plus reconnaissante pour les petites choses. J’apprends chaque jour à travers les personnes que je rencontre et les expériences que je vis.

Merci.Télécharger la lettre




Courrier de mission : Le Défap, acteur de l’Église universelle

À l’heure où les Églises protestantes réfléchissent à leur avenir et à leur mission, la notion d’« Église universelle » revient avec force dans les débats. Souvent perçue comme une idée théologique abstraite, elle prend pourtant une dimension très concrète à travers des pratiques, des rencontres et des engagements. L’émission Courrier de mission diffusée sur Fréquences protestantes met en lumière le rôle du Défap dans cette dynamique : celui d’un facilitateur de relations, d’un passeur entre cultures, et d’un laboratoire vivant de l’Église universelle.

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Une Église qui dépasse les frontières

Traditionnellement, l’Église est associée à une paroisse locale, un lieu identifiable, une communauté enracinée dans un territoire. Pourtant, comme le rappelle Vincent Nême-Peyron, secrétaire général du Défap, l’Église universelle est « l’Évangile pour tous et avec tous ». Cette définition souligne une double ouverture : géographique et relationnelle. L’Église ne se limite ni à une culture ni à une langue ; elle se construit dans la rencontre entre croyants venus d’horizons différents.

Au Défap, cette réalité se vit au quotidien. Installé à Paris, le service protestant de mission accueille des personnes issues de multiples Églises et traditions. On y partage bien plus que des projets : des moments de vie, des prières, des repas, mais aussi des visions théologiques diverses. Cette cohabitation fait du Défap un microcosme de l’Église universelle, où la diversité n’est pas seulement tolérée mais activement cultivée.

Le volontariat, moteur de réciprocité

L’un des piliers de l’action du Défap réside dans le volontariat, en particulier le volontariat de réciprocité. Contrairement à une logique unidirectionnelle Nord-Sud, ce modèle repose sur des échanges croisés : des volontaires français partent à l’étranger, tandis que d’autres, venus du Sud, sont accueillis en France.

Anne-Sophie Macor, responsable du volontariat de réciprocité, insiste sur l’impact de ces échanges. Ils permettent non seulement de vivre une expérience personnelle et spirituelle forte, mais aussi de transformer les communautés d’accueil. Les volontaires apportent des idées nouvelles, des pratiques différentes, et contribuent à revitaliser les paroisses. Leur présence questionne les habitudes et stimule la créativité.

Ce processus participe également à un rééquilibrage des relations internationales. Dès sa création en 1971, le Défap a inscrit dans son ADN une volonté d’égalité entre partenaires. Le volontariat devient ainsi un levier pour repenser les rapports entre Églises, en favorisant une véritable réciprocité.

Apprendre des autres cultures

Jean-Pierre Anzala, responsable de l’échange théologique, explique la rencontre d’autres cultures transforme profondément la manière de lire la Bible et de comprendre le Christ. Elle invite à sortir d’une vision centrée sur sa propre culture pour intégrer une perspective plus globale. Dans cette optique, la mission n’est pas d’imposer une vérité, mais de découvrir ensemble une compréhension plus riche de l’Évangile.

cette ouverture n’est pas sans tensions. La rencontre de l’autre peut déranger, remettre en question des certitudes, voire provoquer des incompréhensions. Au Défap, ces « frottements » sont considérés comme nécessaires. Ils génèrent des crises, certes, mais des crises fécondes, qui permettent de grandir et d’approfondir la foi. Comme le souligne Jean-Pierre Anzala, l’Église universelle n’est pas une réalité harmonieuse et lisse ; elle est traversée par des tensions entre ce qui est et ce qui devrait être.

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