Le jeudi 05 février 2026, les Jeudis du Défap ont proposé une réflexion autour du thème «Église et écologie en contexte africain : Opportunités, difficultés et orientations pratiques.». Cette conférence a été donnée par Marcel Ngirinshuti, universitaire rwandais, Professeur (Maître de conférences) et enseignant-chercheur en écothéologie. Ses travaux portent principalement sur les relations entre foi chrétienne, écologie, éducation et enjeux sociétaux contemporains. Vous pouvez (re)voir la conférence ci-dessous.
Église et écologie en contexte africain : opportunités, défis et chemins d’action
Quand la terre ne produit plus, quand l’eau se fait rare, quand la faim s’installe, la crise écologique cesse d’être un concept abstrait. En Afrique, elle touche directement la vie quotidienne des populations. C’est à partir de cette réalité concrète qu’a été pensée la conférence « Église et écologie en contexte africain : opportunités, difficultés et orientations pratiques ».
L’intervention a rappelé une conviction forte : l’engagement écologique de l’Église n’est ni optionnel ni importé de l’extérieur. Il s’inscrit au cœur de la foi chrétienne, dont la première responsabilité confiée à l’être humain est de « cultiver et garder le jardin » (Genèse 2,15). Face à la dégradation des sols, à la déforestation, au stress hydrique et à l’insécurité alimentaire, la question écologique devient une question de justice, de dignité humaine et de fidélité à l’Évangile.
Des opportunités propres au contexte africain
Une vision du monde favorable à l’écologie
Les sociétés africaines traditionnelles portent une anthropologie relationnelle, où l’être humain se comprend toujours en lien avec la nature, la communauté, les ancêtres et le divin. La terre y est un bien commun, reçu des générations passées et transmis à celles à venir.Les interdits, les tabous, la protection des forêts, des sources d’eau ou des périodes de repos des sols témoignent d’une sagesse de la limite, aujourd’hui fragilisée mais profondément compatible avec la théologie biblique de la création.
Dans ce contexte, la mission de l’Église n’est pas d’imposer un discours écologique extérieur, mais de relire la foi chrétienne à partir de cette vision du monde, afin de reconstruire une relation juste à la création.
Un ancrage communautaire fort des Églises
En Afrique, l’Église est bien plus qu’une institution : elle est un lieu de vie, présent là où l’État est parfois absent. Son implantation durable dans les villages, les quartiers populaires et les zones rurales lui confère une autorité morale et relationnelle unique.Cette proximité permet d’inscrire l’écologie dans la durée, en la reliant aux pratiques quotidiennes : gestion communautaire des déchets, protection de l’eau, agriculture de subsistance, éco-construction, éducation des jeunes.
Grâce à ses écoles, centres de formation et espaces de catéchèse, l’Église dispose d’un levier majeur pour former des consciences et transformer les comportements.
Une convergence avec les enjeux globaux
La crise écologique est mondiale, mais ses effets sont particulièrement violents en Afrique. L’Église africaine occupe ainsi une position stratégique : acteur local de proximité et porteuse d’un discours éthique universel. Des partenariats existent déjà, associant Églises, universités, ONG et bailleurs internationaux autour de la gestion des déchets, de l’eau ou de l’agroécologie communautaire. Ces initiatives montrent que l’Église peut devenir un pont entre les enjeux globaux et les réalités locales, à condition de structurer son action.
Des difficultés réelles et des tensions à affronter
La tension entre pauvreté et écologie
Pour de nombreuses communautés, la priorité reste la survie quotidienne. Les choix écologiques peuvent alors sembler inaccessibles ou secondaires. Pourtant, des expériences montrent qu’il est possible de concilier écologie et lutte contre la pauvreté : reforestation associée à la micro-agriculture, compostage, jardins communautaires, solutions locales à faible coût. L’écologie devient alors non pas un luxe, mais un outil de protection de la vie et de la dignité.
L’inadéquation des cadres institutionnels
Les projets écologiques reposent souvent sur l’expérimentation et l’adaptation, alors que les cadres administratifs exigent planification rigide et résultats prévisibles. Cette tension complique l’accès aux financements. Des solutions émergent néanmoins, comme des fonds flexibles ou des partenariats locaux qui reconnaissent l’expérimentation comme une méthode légitime.
La dispersion des initiatives
De nombreuses actions écologiques existent, mais elles sont souvent isolées, peu documentées et mal coordonnées. Cette dispersion limite leur impact, leur visibilité et leur durabilité. La mutualisation des expériences et la création de réseaux apparaissent donc comme un enjeu majeur.
Orientations pratiques pour l’action de l’Église
La conférence a proposé plusieurs pistes concrètes :
- Intégrer l’écothéologie dans la formation théologique et pastorale, comme discipline stratégique.
- Relier foi, savoirs scientifiques et savoirs locaux, pour des actions réalistes et durables.
- Former et mobiliser les acteurs de terrain : pasteurs, enseignants, jeunes, leaders communautaires.
- Expérimenter, documenter et capitaliser les solutions locales.
- Construire des réseaux ecclésiaux écologiques, afin de coordonner les initiatives et renforcer leur impact.


