Shékina, volontaire en service civique, a entamé sa mission en septembre au sein de l’orphelinat Akanisoa, à Antsirabe, Madagascar. À travers cette lettre de nouvelles, elle partage la richesse de son engagement ainsi que les découvertes humaines et culturelles qui jalonnent son quotidien.
Je vous écris depuis Antsirabe, où j’ai commencé ma mission au sein de l’orphelinat Akanisoa. Les premiers jours ont été riches en émotions. J’ai été accueillie avec beaucoup de douceur et de simplicité, comme si je faisais déjà partie de la famille. Ici, chacun prend soin de l’autre, et cette attention quotidienne m’impressionne beaucoup. La vie à l’orphelinat est rythmée par la foi et la communauté. Chaque matin, nous commençons la journée par un culte suivi de cantiques. Le soir, nous terminons aussi la journée par des cantiques et une prière autour du repas. Ce moment, partagé comme un rituel, crée un lien très fort entre tous. Ce n’est pas seulement une habitude, c’est un vrai temps de gratitude et d’unité. J’apprends énormément en observant cette manière naturelle qu’ils ont de remercier pour chaque chose, même la plus simple.
Quand les enfants rentrent de l’école, je les aide pour les devoirs. Certains viennent me chercher spontanément pour me montrer leurs cahiers, d’autres s’assoient près de moi sans rien dire mais avec un grand sourire. On sent qu’ils sont heureux qu’on prenne du temps pour eux, individuellement.
Ensuite vient le moment des jeux. J’ai découvert le jeu des billes, extrêmement populaire ici. Les enfants y jouent tous les jours, avec une concentration et un enthousiasme incroyable. Ils m’apprennent leurs techniques, et je dois avouer que j’en perds souvent… mais l’important, c’est ce moment de complicité qui se crée. Quand ils rient aux éclats parce que je tire “à côté”, j’ai l’impression de partager bien plus qu’un jeu. Ce qui me touche le plus, c’est cette joie qui ne dépend pas du matériel, mais du lien humain. Ils possèdent très peu, mais ils offrent énormément : des sourires, de la tendresse, de la confiance. Je sens déjà que cette expérience va profondément me marquer.
Dans cette région, le quotidien est marqué par des habitudes très ancrées dans la culture locale. Par exemple, le transport ici est un véritable défi en soi. Les taxi-brousse, des minibus souvent bondés, sont le moyen de transport le plus courant, reliant les villes entre elles, mais aussi les villages aux villes. C’est une expérience à part entière : on y trouve une diversité incroyable de passagers, de marchandises, et souvent de musique malgache qui réchauffe l’atmosphère. Côté nourriture, je découvre avec émerveillement la richesse des plats malgaches. Le riz est omniprésent, toujours accompagné de viande, de poisson ou de légumes. Le romazava fait partie de mes découvertes préférées, tout comme les fruits locaux, savoureux et abondants.
Pendant plusieurs semaines, le pays a traversé une période agitée. À Antananarivo et dans plusieurs grandes villes, dont Antsirabe, des manifestations menées par de nombreux jeunes ont éclaté pour dénoncer les difficultés du quotidien, les coupures d’eau et d’électricité et pour réclamer des changements politiques. Ces rassemblements ont parfois dégénéré, entraînant des tensions avec la police et l’armée. Ces événements rappellent combien la population aspire à une vie meilleure, plus juste, et à un avenir stable pour les enfants comme ceux que j’accompagne chaque jour.
Malgré ce contexte, j’ai pu observer la force tranquille d’un peuple qui, malgré les difficultés, garde l’espérance et le sourire.
Mandra-pihaona
Shékina






