À la suite de la formation des volontaires organisée début juillet, Mamadou, 26 ans et originaire de Guinée, s’apprête à rejoindre le Bénin pour une mission de Volontariat de Solidarité Internationale. En tant que chargé de communication et du développement des ressources au CIPCRE, il mettra ses compétences au service d’une ONG engagée auprès des communautés locales. Dans cette première lettre de nouvelles, il revient avec humour et sincérité sur son parcours, ses engagements, ses motivations… et sur le chemin (parfois inattendu) qui l’a conduit jusqu’ici.

Je m’appelle Mamadou Lamarana SOW, mais tout le monde ici m’appelle Mamadou. J’ai 26 ans et je suis originaire de la Guinée dont la capitale est Conakry et non de la Guinée-Conakry comme disent certains :). Je pars pour le Bénin en tant que VSI au poste de Chargé de communication et du développement des ressources au CIPCRE : Cercle International pour la Promotion de la CRÉation. C’est une ONG internationale de droit camerounais et d’obédience protestante qui aide les populations locales, notamment les agriculteurs et artisans à s’autonomiser en leur donnant les compétences et outils nécessaires à l’amélioration de leur activité et de leurs conditions de vie.
J’ai une Licence et un Master en Communication avec une spécialisation dans le web marketing. Actuellement, je travaille à mon compte en tant que Traffic Manager et je donne des cours de français et de maths à domicile au niveau primaire et collège. Si c’est la première fois que vous entendez le mot Traffic Manager, pas de panique ! Moi-même, je ne le connaissais pas avant de commencer mon Master, c’est-à-dire il y a à peine trois ans. Pour le définir simplement, il s’agit de la publicité en ligne et de la création de contenu pour les réseaux sociaux ou sites web d’une organisation.
Par ailleurs, j’ai toujours été engagé pour des causes sociales et sans que je ne sache vraiment pourquoi, on m’a toujours nommé à des postes qui s’apparentent de près ou de loin à la communication. À 17 ans, en classe de seconde, j’ai adhéré à une association de jeunes de mon village pour la première fois. Et déjà à l’époque, j’occupais le poste de chargé à l’information parce que les gens trouvaient que je “parlais bien français”. Une nomination qui s’est révélée prémonitoire pour la suite de ma carrière. Entre septembre 2022 et aujourd’hui, j’ai successivement occupé, à titre bénévole, les postes de Secrétaire général et de chargé de communication pour l’Association des Jeunes et Étudiants Guinéens du Rhône (AJEGUIR), et de chargé de communication pour l’Association des Jeunes Guinéens de France (AJGF). Ces expériences enrichissantes ont été un tremplin pour moi afin de mettre en pratique mes compétences apprises à l’école, et surtout, de me faire un réseau d’amis personnels et professionnels.
En termes de personnalité, je me définirais comme étant quelqu’un de jovial, loyal en amitié et passionné dans ce que je fais. J’essaye toujours de mêler l’utile à l’agréable. Quand quelque chose est utile, j’essaye de le rendre agréable avec une dose d’humour comme le ton de cette lettre, et quand quelque chose est agréable, j’essaye de le rendre utile. Je suis comme ça et je ne peux m’en empêcher 🙂 Par exemple, je suis passionné par l’IA et la communication. Pour rendre cela utile, j’ai créé un pont entre ces deux passions en lançant un blog pour apprendre aux gens à utiliser l’IA pour mieux communiquer. Ça s’appelle commarketingai.com. J’espère que l’équipe Communication du Défap ne me sanctionnera pas pour cet instant commercial en refusant de publier ma lettre sur leur site web :).
Plus sérieusement, les raisons de mon engagement en tant que VSI et en particulier en Afrique, sont multiples. D’abord, je parlerai de signe divin et vous allez comprendre pourquoi. Il y a à peine trois mois, je terminais la lecture du classique de sociologie “L’Éthique protestante et l’Esprit du capitalisme » de Max Weber. Une œuvre qui m’a permis de comprendre des valeurs protestantes comme la dévotion et l’honnêteté dans le travail comme forme d’adoration de Dieu, la quête individuelle de la Grâce divine, qui peut se manifester par l’enrichissement économique comme preuve de cette grâce, la solidarité intracommunautaire qui incite à parfaire sa conduite pour préserver sa réputation, et la frugalité dans la gestion des dépenses. Des valeurs qui ont certes favorisé l’émergence du capitalisme de l’avis de ce bon vieux Max, mais surtout, des valeurs dans lesquelles je me suis reconnu, même en tant que musulman.
Quelques jours seulement après avoir fini la lecture de ce livre, je suis tombé sur une offre du Défap en tant qu’Assistant communication pour l’un de ces partenaires au Togo qui est une association d’obédience évangélique. En ce temps, je priais beaucoup Dieu pour qu’il m’aide à trouver un emploi dans mon domaine. Donc quand j’ai vu cela, j’ai directement fait le lien avec le livre que je venais de terminer. Je n’ai pas été retenu pour cette dernière, mais le Défap m’a fait une contre-proposition : une offre au Bénin à laquelle je me suis engagé.
Une autre raison qui me pousse à partir est le fait que ce soit en Afrique. En effet, depuis mon arrivée en France en 2018, je me suis juré que si j’avais l’opportunité de retourner travailler en Afrique à la fin de mes études, je le ferais sans hésiter. Je pense qu’il y a beaucoup plus de choses à faire là-bas, chez moi, qu’ici en France. En tout cas, c’est l’impression que j’ai — et tant mieux, si c’est davantage guidé par le cœur que par la raison. Car comme dirait Pascal, le cœur a ses raisons que la raison ignore. Puis, le fait que ce soit au Bénin, un pays en pleine croissance économique avec une grande richesse culturelle et un énorme potentiel touristique, est une motivation supplémentaire qui rend cette aventure encore plus intéressante. J’ai déjà hâte d’y être !
Pour clore ce chapitre sur les raisons de mon départ, je dirais que ce n’est pas moi qui ai choisi le secteur associatif, mais que c’est plutôt lui qui m’a choisi. J’ai volontairement ignoré le Master Communication Humanitaire et Solidaire à l’Université Lumière Lyon 2 après ma Licence afin de suivre un autre chemin que deux de mes trois grand-frères qui eux, travaillent dans ce secteur avec des ONG internationales. Malgré cela, quand j’ai essayé de trouver une alternance en 2ème année de Master avec l’ISCOM Lyon, la seule organisation qui a accepté de me recruter était un collectif d’ONG internationales de développement dans lequel j’ai occupé le poste de chargé de communication et plaidoyer. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir postulé à des dizaines d’offres et passé quelques entretiens. Finalement, c’était un mal pour un bien car j’ai été vraiment épanoui au sein du Groupe initiatives, c’est le nom du collectif.
Pour ce qui est de mes attentes sur le plan professionnel, je dirais que c’est de bien m’entendre avec mes futurs collègues, avoir les ressources matérielles indispensables à l’exercice de ma fonction et atteindre les objectifs pour lesquels on m’a engagé : accroître la notoriété des actions du CIPCRE, faire comprendre sa mission à la population locale et attirer de nouveaux partenaires techniques et financiers. J’espère à la fin, que cette mission m’ouvrira grandement les portes du secteur de la solidarité internationale afin d’y apporter ma modeste contribution pour rendre le monde un peu plus habitable chaque jour.
Sur le plan personnel, je dirais que c’est de voyager à travers le pays pour apprendre la culture locale. Je compte notamment visiter les Palais Royaux d’Abomey, résidence des anciens rois du Dahomey, classée patrimoine mondial de l’UNESCO. Et en tant que fils de tailleur, je souhaiterais explorer les motifs des tissus locaux pour en comprendre les significations.
S’agissant de mes craintes, je dirais qu’elles sont essentiellement liées au risque d’incompréhension sur les façons de travailler en raison de la différence culturelle, au potentiel manque de moyens matériels car je sais d’expérience que les associations n’ont pas toujours les moyens de leurs ambitions quel que soit le pays ou le continent, et la méconnaissance du pays et de la structure d’accueil.
Cependant, je reste optimiste car quand je regarde le chemin parcouru pour en être là aujourd’hui, je me dis que ça va bien se passer, que c’est le plan de Dieu et qu’il ne peut en être autrement. Comme dit le Saint Coran (3/54), “Allah est Le Meilleur des planificateurs”.


