Alors que la COP26, la 26ème conférence internationale sur le climat qui réunit chaque année les pays signataires de la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique, se tient ce week-end à Glasgow, les initiatives se multiplient au sein des Églises pour appeler à la sauvegarde de la création.

Dans notre perception du monde, les faits matériels et objectifs tiennent une place somme toute assez réduite. Ils sont toujours passés au crible de notre expérience, de nos convictions, de notre foi. Ils peuvent être niés ou réinterprétés. Devant un tribunal, des preuves matérielles pourront être utilisées dans des sens très différents par l’accusation et par la défense. Dans la Bible même, Jésus, mis au défi par des pharisiens de fournir un miracle en guise de preuve, refuse purement et simplement : « Une génération méchante et adultère demande un miracle ; il ne lui sera donné d’autre miracle que celui du prophète Jonas » (Matthieu 12, verset 39).

Non seulement les preuves du réchauffement climatique sont légion, non seulement un consensus international d’experts écrasant affirme sans l’ombre d’un doute que ce réchauffement est d’origine humaine, mais nous assistons déjà à l’emballement du processus, avec des effets inédits dans l’histoire de l’humanité : des tempêtes tropicales violentes dont la fréquence et l’intensité s’accroissent, des épisodes caniculaires au-delà du cercle polaire, des inondations catastrophiques en Europe, des effets dramatiques d’une mousson inédite en Inde… Soyons honnêtes : pour celles et ceux qui sont nés avant les années 80, qui aurait pu imaginer qu’un jour – et surtout de leur vivant – seraient enregistrées des températures frôlant les 50°C au Canada, au-delà du 50° de latitude nord ? Qui aurait pu imaginer qu’en Sibérie, une ville entière de 300.000 habitants bâtie sur le permafrost, Iakoutsk, fondée en 1632, puisse voir ses bâtiments se fissurer et menacer de s’effondrer du fait de la fonte du sous-sol ? Mais si les faits sont têtus, l’être humain l’est plus encore.

En août dernier, le GIEC, groupe composé de scientifiques indépendants de tous les pays, a sorti son dernier rapport. Ses conclusions sont sans appel. Tous les scénarios prévoient que la planète connaîtra un réchauffement de minimum 1,5°C. Et sans des décisions drastiques, bien au-delà des engagements pris jusqu’alors par les principaux pays représentés lors des diverses Conférences des Parties, l’hypothèse plausible est celle d’un réchauffement de 2,7°C. Avec des effets prévisibles qui iraient de la fonte d’une portion comprise entre un tiers et une moitié du permafrost, libérant dans l’atmosphère des quantités monstrueuses de méthane, gaz à effet de serre doté d’un potentiel de réchauffement 30 à 40 fois plus important que le CO2 ; des événements climatiques extrêmes, des incendies de forêt à répétition, un effondrement de la biodiversité, une montée des océans provoquant l’exode de centaines de millions de réfugiés climatiques… Face à ces prévisions et surtout aux recommandations du GIEC, divers États ont avant tout tenté de minimiser : le ministère saoudien du Pétrole a tenté de faire disparaître l’appel à des actions « urgentes et accélérées » en faveur de l’abandon des énergies fossiles. L’Australie, exportatrice de houille, a contesté que « la fermeture des centrales à charbon (soit) nécessaire ». Argentine et Brésil, gros producteurs de viande, voulaient enlever un passage soulignant qu’un régime végétarien pourrait réduire les émissions de gaz à effet de serre de moitié.

L’engagement œcuménique en faveur de la création

Il n’est pas trop tard pour agir. Mais l’urgence climatique appelle chacun de nous à l’action. Politiques, ONG, mais aussi Églises et théologiens : il existe aujourd’hui toute une théologie de la sauvegarde de la création, et la thématique de l’écologie est bien présente parmi les protestants. Cette implication des Églises a connu un développement spectaculaire à partir de la COP 21, organisée à Paris. Aujourd’hui, c’est devenu l’un des principaux engagements œcuméniques.

Ce vendredi 29 octobre, le pape François a appelé les dirigeants mondiaux qui se réuniront à la COP26 d’apporter « d’urgence » des « réponses efficaces à la crise écologique ». Avant cela, et pour la première fois, les dirigeants de l’Église catholique romaine, de l’Église orthodoxe orientale et de la Communion anglicane (le pape François, le patriarche œcuménique Bartholomée et l’archevêque Justin Welby) avaient signé une déclaration commune estimant que le changement climatique n’est pas seulement un défi futur, mais « une question immédiate et urgente de survie ». Le Conseil d’Églises chrétiennes en France (CECEF), se disant « profondément préoccupé pour l’avenir de notre maison commune, la biosphère, dans laquelle vivent plus de 7 milliards d’êtres humains et 8 millions d’espèces d’êtres vivants », a lancé « un appel aux dirigeants du monde entier et à la France en particulier » pour qu’ils prennent des mesures urgentes. Dans le même esprit, Église verte propose un temps de prière en ligne, afin de soutenir spirituellement l’engagement des personnes de bonne volonté et de prier ensemble pour des engagements forts et justes, à la hauteur des enjeux climatiques. Quant à l’Église protestante unie de France, elle a placé son Synode national 2021 sous le thème : « Écologie : quelle(s) conversions » et a diffusé, à la suite de la rencontre de ses 230 délégués à Sète, un communiqué marquant une prise de parole publique adressée non seulement aux paroisses, mais aussi à la société dans son ensemble et notamment aux décideurs, « sur la lenteur, l’insuffisance voire les contradictions délibérées des discours et des actions mises en oeuvre face à l’urgence du dérèglement climatique et du recul grandissant de la biodiversité de la planète ».