Méditation du jeudi 7 octobre : nous rejoignons Marie Madeleine, Marie mère de Jacques et Salomé devant le tombeau vide. Que nous apprend cette absence du Christ ressuscité ?

Jan et Hubert van Eyck, Les trois Marie devant le tombeau vide © Wikimedia Commons

« Après la fin du sabbat, Marie Madeleine, Marie mère de Jacques, et Salomé achètent des aromates pour embaumer le corps de Jésus. Tôt le matin, en ce premier jour de la semaine, au lever du soleil, elles viennent au tombeau. Elles discutent et se disent : Qui roulera la pierre pour nous, de devant l’entrée du tombeau ? Alors, levant les yeux, elles constatent que la pierre a déjà été roulée, pourtant elle était très grande. Elles entrent dans le tombeau et voient un jeune homme, assis à droite, vêtu d’un vêtement blanc. Elles sont saisies de stupeur. Il leur dit : N’ayez pas peur. Vous cherchez Jésus, celui qui vient de Nazareth, le crucifié. Mais il n’est pas là, il s’est réveillé. Regardez, voici où il avait été déposé. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée. C’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit. Elles sortent en courant du tombeau, terrifiées et stupéfaites, et ne disent rien à personne, parce qu’elles ont peur. » (Marc 16,1-8)

Nous sommes convoqués par un Christ absent. La pierre a été roulée et cette nouvelle incroyable est parvenue jusqu’à nous : il n’est plus là. Il vous attend. Ce serait tellement plus simple de se recroqueviller sur l’absence, et pourtant ce n’est pas ce qui nous est confié. Il ne veut pas de nous attroupés autour du tombeau vide, il nous veut sur les routes. Il nous veut en chemin. Il nous veut prenant des décisions.

On appelle ça l’espérance… Or, chose curieuse, pas une seule fois, dans aucun des quatre évangiles, Jésus ne prononce le mot « espérance », pas une seule fois il ne nous dit d’espérer.

Pour quelle raison ? Je risquerai cette idée : il ne s’agit pas d’espérer, parce que notre espérance s’est déjà réalisée. Avec Jésus, le Royaume de Dieu s’est déjà rendu proche. L’espérance, ce n’est pas un devoir, une obligation morale, un but à atteindre. Il s’agit plutôt de se laisser travailler par quelque chose qui s’appelle l’espérance… et qui nous vient d’ailleurs, qui nous est donnée. En un mot, l’espérance est ce qui vient nous ressusciter. Il serait absurde que Jésus nous ordonne « ressuscitez-vous ! » : il est évident que personne ne peut « se » ressusciter. Il est tout aussi absurde, au fond, de penser que nous pourrions, par nous-mêmes, espérer…

❝ Le cadeau partagé de l’espérance

L’espérance reste et restera un combat mené pour nous, un cadeau, un travail de la grâce en nous, contre tout ce qui nous dit « à quoi bon ? » Le monde tel qu’il est, toujours sur le point de finir, et nos vies telles qu’elles sont, toujours encombrées de peurs et d’angoisses plus ou moins avouées, nous disent en permanence : « à quoi bon ? » Et c’est pourtant bien dans ce monde-là, dans nos vies telles qu’elles sont, que le Seigneur ressuscité nous envoie. Malgré ce « à quoi bon », une espérance nous est donnée.

Il s’agit d’être vivants, vivants d’une autre vie. Une autre vie que celle proposée par la logique du monde tel qu’il est. Dans la logique du monde qui est le nôtre, pour se sentir vivant, il faut consommer, il faut profiter, il faut avoir, voire se gaver, de tout, de nourriture, de possessions, de connaissances, et surtout d’expériences, et d’oripeaux multiples qui font que nous nous sentons être quelque chose. Le mot d’ordre c’est « profiter ». Profiter de la vie tant qu’elle dure, pour oublier peut-être qu’elle ne durera pas. Ce n’est pas la logique du Royaume de Dieu.

Être vivant, dans le Royaume de Dieu, c’est laisser se creuser en soi un espace pour qu’advienne autre chose. Ce creux, cette béance, ne relève pas de notre contrôle ni même de notre volonté. « Vivant » signifie ouvert, disponible. « Vivant » désigne cette part de nous où niche ce qui n’est pas là, et qui pourtant nous fait vivre… C’est ça, la résurrection. Ce n’est rien d’autre qu’une vie nouvelle qui vient se nicher en nous. Ça ne relève pas de la volonté. Ça relève d’un cadeau.

Nous sommes appelés à vivre, ressuscités comme le Christ. Vivants d’une véritable vie… Il est passé pour nous à travers la mort, et il nous attend de l’autre côté, et voilà comment on vit de l’autre côté, et voilà comment nous pouvons nous aussi vivre, dès maintenant, déjà citoyens de cet autre monde où il nous attend : en aimant Dieu, en aimant notre prochain, en étant ressuscités par un autre que nous.

Partager cette nouvelle-là ne consistera pas à imposer aux autres des manières de faire (elles sont forcément toujours relatives), mais à offrir une fraternité rendue possible, non par des affinités ou des points communs, mais par le cadeau partagé de l’espérance.