S’entraider

Méditer

Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba aux mains de bandits qui le dépouillèrent, le rouèrent de coups et s’en allèrent en le laissant à demi-mort. Par hasard, un prêtre descendait par le même chemin ; il le vit et passa à distance. Un lévite arriva de même à cet endroit ; il le vit et passa à distance. Mais un Samaritain qui voyageait arriva près de lui et fut ému lorsqu’il le vit. Il s’approcha et banda ses plaies, en y versant de l’huile et du vin ; puis il le plaça sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie et prit soin de lui. »
Lc 10, 30-34

Prenez un temps personnel pour méditer sur cette photo et ce début d’histoire.
Quelle résonance cette histoire trouve-t-elle en vous ?
Puis, en quelques mots, exprimez ce que vous inspire ce tableau en lien avec le verbe s’entraider.
Que faisons-nous et que découvrons-nous lorsque nous nous entraidons ?

Entendre les langues de la Terre

Qui reconnaît ces différentes langues ? Où les parle-t-on ?

La notion d’aide appartient à toutes les langues humaines ; l’entraide se dit souvent en ajoutant un suffixe, comme en français, pour préciser qu’il s’agit de soin mutuel, ou un pronom, comme en anglais : to help each other.

Il s’agit de langues maternelles ou usuelles de membres de l’équipe et de personnes en relation avec le Défap. Vous pouvez vous adresser à la bibliothèque pour plus d’information : bibliotheque@defap.fr.

La dimension culturelle de l’entraide est très importante. Par exemple, dans certaines cultures l’entraide va de soi, tant est évidente l’idée que des liens de dépendance mutuelle sont essentiels pour vivre ensemble ; l’entraide est codifiée et implique la réciprocité. Dans d’autres cultures comme les cultures occidentales, le souci de la solidarité n’est pas au cœur de la vie sociale et apparaît comme un choix éthique personnel. Solidarité ou individualisme semblent alors des marqueurs culturels.

Et pour vous, que signifie s’entraider ?

Voici quelques exemples de verbes qui résonnent avec le verbe s’entraider, dans le même sens ou à l’opposé. En voyez-vous d’autres ? Que vous inspirent ces exemples ?

Et dans la Bible ?

« Vous avez de tout en abondance : foi, éloquence, connaissance et beaucoup de zèle, sans compter l’amour que nous avons pour vous. Vous aussi, donc, ayez en cette occasion la grâce d’une abondante générosité. Je ne vous dis pas cela comme un ordre – seulement, maintenant que vous connaissez le zèle des autres communautés, vous savez que vous pouvez, vous aussi, montrer la générosité de votre amour. Vous connaissez la grâce offerte par notre Seigneur Jésus le Christ : il était riche et il s’est fait pauvre pour vous. Vous êtes devenus riches de sa pauvreté. Voilà ce que je pense : l’année dernière, vous avez été les premiers à souhaiter cette collecte, et à la faire ; ce serait dommage de s’arrêter là. Allez au bout de votre idée, pour que le résultat soit à la hauteur du projet de départ, selon vos moyens. En effet, l’important en la matière c’est ce que vous pouvez faire, pas ce que vous ne pouvez pas faire. Il ne s’agit pas de vous mettre en difficulté pour pouvoir aider les autres : il s’agit d’égalité. Dans le cas présent, il s’agit d’équilibrer leur manque par votre abondance ; et leur abondance équilibrera votre manque. Prenez l’exemple de la manne dans le désert : il est écrit : « Celui qui avait beaucoup n’avait rien de trop, et celui qui avait peu ne manquait de rien ». 2 Co 8,7-15

La générosité est une grâce

Paul organise une collecte pour l’Église de Jérusalem dans les communautés qu’il a fondées. L’histoire de cette collecte est expliquée dans un autre texte de Paul (Ga 2,1-10) : Paul et Barnabas se sont mis d’accord avec Pierre et Jean sur la suite de leur mission. Pierre et Jean, qui restent dans la communauté de Jérusalem, portent l’Évangile aux Juifs ; Paul et Barnabas pourront porter l’Évangile aux païens. Cet arrangement se conclut sur une recommandation de la part de Pierre et Jean, de « ne pas oublier les pauvres ». En respectant cette recommandation, les futures communautés fondées par Paul et Barnabas feront un geste de solidarité envers la communauté de Jérusalem, l’Église mère.

Dans le contexte de l’époque, ce geste de solidarité évoque fortement l’impôt du didrachme qui était un impôt religieux : il était dû par chaque adulte juif, y compris ceux de la diaspora, et il servait à subvenir aux besoins du Temple de Jérusalem, notamment pour assurer les sacrifices (cf Ex 30,11-16). C’était un signe d’appartenance au peuple d’Israël d’une part, et d’autre part ce qui permettait de faire vivre le culte rendu au Temple pour l’ensemble du peuple. Tout le monde participait, pour le bien de tout le monde.

Paul, quand il écrit à la communauté de Corinthe, rappelle le sens premier de ce geste de solidarité : il s’agit de rendre visible le sens de la communauté qui unit l’Église d’origine (à Jérusalem) aux Églises qui en sont issues. Encore faut-il que le sens de ce geste soit compris par tous et on se doute bien que, si Paul a ressenti le besoin de l’expliquer aussi longuement, ça n’allait pas de soi pour tout le monde.

Il insiste d’abord sur le fait d’aller au bout de l’idée de générosité. Bien souvent, on se pense généreux, sans aller jusqu’à passer à l’action. Il ne suffit pas de vouloir la solidarité : c’est le geste qui compte, plus que l’intention.

Et puis, il rappelle le sens de la générosité pour ceux qui appellent Jésus-Christ leur Seigneur : Paul demande à ses lecteurs de comprendre de quelle grâce ils sont dépendants. Le Christ, de divin qu’il était, est devenu humain. Ce qu’il a perdu en divinité, il l’a gagné en humanité, se rapprochant ainsi de nous. Il s’est fait pauvre pour devenir aussi pauvre que nous. Les théologiens parlent de kénose pour dire cela : au sens premier, la kénose en grec c’est l’action d’évider un bout de bois pour en faire une flûte. On enlève de la matière, on vide (littéralement), ce qui permet de laisser surgir la musique. Un bout de bois plein ne fait pas de musique, un bout de bois évidé le peut ; de même, le Christ, évidé de sa condition divine, appartient à la musique humaine. Et puis, bien sûr, Jésus a été mis à mort et condamné alors qu’il était innocent, il a été mis à mort de façon infâme, comme un moins que rien : il est devenu, dans sa mort, encore moins qu’un humain ordinaire. Il a atteint à la plus grande pauvreté – et pourtant, c’est ainsi qu’il offre aux humains le bien le plus grand, la grâce. Il s’est dessaisi de tout et nous a donné l’essentiel. La générosité est une grâce : c’est le sens de la mort du Christ. La générosité est une grâce : c’est aussi le sens du don en Église. En se dessaisissant de biens, une communauté accepte de dire que là n’est pas le plus important, que le plus important c’est la grâce, parce que c’est de cela qu’elle vit – et pas de son argent.

Un peu plus loin, Paul explique qu’il s’agit d’équilibrer le trop-plein des uns et le manque des autres. Les uns ont besoin d’être évidés pour recevoir la grâce ; les autres ont besoin des biens nécessaires à la vie : pour chacun, recevoir de l’autre est une grâce. L’entraide est alors vue comme un échange juste pour rétablir une situation injuste et pour permettre à ceux qui possèdent de revenir à un état de manque nécessaire, ou au moins de se départir du superflu qui encombre.

L’idée de justice est importante. Jacques Ellul, dans L’homme et l’argent, peut ainsi écrire : « Celui qui a des richesses a des devoirs envers les hommes et Dieu. Job les énumère, par exemple : secourir le pauvre, tenir compte des besoins des hommes, des animaux, et aussi des choses. Celui qui est riche a justement une disponibilité qui le rend capable d’entendre et de secourir le malheureux. C’est une véritable rançon de la richesse. C’est le seul bon usage qu’il puisse en faire. L’Écriture va même plus loin et parle du droit des pauvres sur les riches. Nous ne citerons que le seul texte des Proverbes, si fort, où le roi Lemuel rappelle que le prince doit sans cesse avoir devant ses yeux le droit des victimes de la misère, des fils de la misère et doit leur faire droit (Pr 31,5). Ainsi, lorsque le riche donne, il n’acquiert point de vertu ni de mérite, mais il accomplit seulement une obligation. »

On trouve donc aussi dans la Bible l’idée que nous ne sommes que les dépositaires de nos richesses et que nous ne les possédons pas : la seule chose juste à en faire, c’est d’en faire profiter ceux qui en ont besoin. Comme c’est une obligation, il n’y a pas de quoi s’en glorifier… c’est l’idée de la main gauche qui ignore ce que fait la main droite (Mt 6,3). Il n’y a pas lieu non plus de faire peser une dette sur l’autre, pour la même raison.

Enfin, le devoir d’entraide oblige les uns comme les autres à résister à la tentation de l’entre-soi. Rien de plus dangereux qu’un compte en banque bien garni pour se croire capable de vivre seul au monde, indépendant de tout et de tous, et dans un repli mortifère sur soi-même. Une communauté qui refuse de voir autour d’elle ceux qui auraient besoin d’aide se condamne à être un club privé, indifférent à ce qui l’entoure, désireux seulement de plaire à ses membres.

Questions

Si l’on suit l’idée de Paul selon laquelle ceux qui ont doivent se départir de ce qu’ils ont pour donner à ceux qui n’ont pas, comment le vivre en pratique ?

Comment faire pour ne pas se glorifier du don fait, ni s’humilier du don reçu ?

Sommes-nous propriétaires ou dépositaires de nos richesses ?

 

Version téléchargeable :

 

« S’entraider – Réflexion » : le texte complet en pdf