Méditation du jeudi 30 avril 2020. Nous poursuivons notre lecture de Qohelet, et, autour de la fête du travail du 1er mai, nous prions pour que toute femme et tout homme soit reconnu(e) dans sa vocation et sa mission au cœur du monde, que chacun soit honoré pour ce qu’il est et ce qu’il fait, aidé et soutenu quand il est dans la difficulté et l’incapacité.

Paroles de l’Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem.

« J’ai dit en mon cœur : Allons ! je t’éprouverai par la joie, et tu goûteras le bonheur. Et voici, c’est encore là une vanité.

J’ai dit du rire : Insensé ! et de la joie : A quoi sert-elle ?

Je résolus en mon cœur de livrer ma chair au vin, tandis que mon cœur me conduirait avec sagesse, et de m’attacher à la folie jusqu’à ce que je visse ce qu’il est bon pour les fils de l’homme de faire sous les cieux pendant le nombre des jours de leur vie.

J’exécutai de grands ouvrages : je me bâtis des maisons; je me plantai des vignes; je me fis des jardins et des vergers, et j’y plantai des arbres à fruit de toute espèce; je me créai des étangs, pour arroser la forêt où croissaient les arbres. J’achetai des serviteurs et des servantes, et j’eus leurs enfants nés dans la maison; je possédai des troupeaux de bœufs et de brebis, plus que tous ceux qui étaient avant moi dans Jérusalem. Je m’amassai de l’argent et de l’or, et les richesses des rois et des provinces. Je me procurai des chanteurs et des chanteuses, et les délices des fils de l’homme, des femmes en grand nombre.

Je devins grand, plus grand que tous ceux qui étaient avant moi dans Jérusalem. Et même ma sagesse demeura avec moi. Tout ce que mes yeux avaient désiré, je ne les en ai point privés; je n’ai refusé à mon cœur aucune joie; car mon cœur prenait plaisir à tout mon travail, et c’est la part qui m’en est revenue. Puis, j’ai considéré tous les ouvrages que mes mains avaient faits, et la peine que j’avais prise à les exécuter; et voici, tout est vanité et poursuite du vent, et il n’y a aucun avantage à tirer de ce qu’on fait sous le soleil.

Alors j’ai tourné mes regards vers la sagesse, et vers la sottise et la folie. -Car que fera l’homme qui succédera au roi ? Ce qu’on a déjà fait. Et j’ai vu que la sagesse a de l’avantage sur la folie, comme la lumière a de l’avantage sur les ténèbres; le sage a ses yeux à la tête, et l’insensé marche dans les ténèbres. Mais j’ai reconnu aussi qu’ils ont l’un et l’autre un même sort. Et j’ai dit en mon cœur : J’aurai le même sort que l’insensé; pourquoi donc ai-je été plus sage ? Et j’ai dit en mon cœur que c’est encore là une vanité. Car la mémoire du sage n’est pas plus éternelle que celle de l’insensé, puisque déjà les jours qui suivent, tout est oublié. Eh quoi ! le sage meurt aussi bien que l’insensé! Et j’ai haï la vie, car ce qui se fait sous le soleil m’a déplu, car tout est vanité et poursuite du vent.

J’ai haï tout le travail que j’ai fait sous le soleil, et dont je dois laisser la jouissance à l’homme qui me succédera. Et qui sait s’il sera sage ou insensé ? Cependant il sera maître de tout mon travail, de tout le fruit de ma sagesse sous le soleil. C’est encore là une vanité. Et j’en suis venu à livrer mon cœur au désespoir, à cause de tout le travail que j’ai fait sous le soleil. Car tel homme a travaillé avec sagesse et science et avec succès, et il laisse le produit de son travail à un homme qui ne s’en est point occupé. C’est encore là une vanité et un grand mal. Que revient-il, en effet, à l’homme de tout son travail et de la préoccupation de son cœur, objet de ses fatigues sous le soleil? Tous ses jours ne sont que douleur, et son partage n’est que chagrin ; même la nuit son cœur ne repose pas. C’est encore là une vanité.

Il n’y a de bonheur pour l’homme qu’à manger et à boire, et à faire jouir son âme du bien-être, au milieu de son travail ; mais j’ai vu que cela aussi vient de la main de Dieu. Qui, en effet, peut manger et jouir, si ce n’est moi ? Car il donne à l’homme qui lui est agréable la sagesse, la science et la joie ; mais il donne au pécheur le soin de recueillir et d’amasser, afin de donner à celui qui est agréable à Dieu. C’est encore là une vanité et la poursuite du vent. »

Poursuivant sa méditation-confession, le fils de David, roi de Jérusalem, nous livre ses pensées les plus intimes. Il fait état de ses désirs et de ses ambitions, de ses réalisations, de l’étendue de ses réussites dans tous les domaines. Pourtant il ne s’agit pas de la parade orgueilleuse d’un tyran s’assurant qu’il a tous les pouvoirs et qu’il est presque l’égal d’un dieu pour son peuple, mais de l’analyse lucide d’un homme placé par le destin ou par la vocation à la place unique qui est la sienne. Sans aucun cynisme ni mauvaise conscience, cet homme revendique son amour de la vie et des plaisirs, car il ne l’oppose en rien, bien au contraire, à sa quête de la sagesse.

Alors il se montre capable d’une sincérité sans concession : s’interrogeant sur le juste et l’injuste, il se lamente que le sage et l’insensé connaisse un sort semblable. Et il témoigne d’une rancœur désespérée, quand il réalise que tout ce qu’il a aimé, élaboré, construit, tombera aux mains d’un autre que lui : « Et qui sait s’il sera sage ou insensé ?» Pourtant il trouve la paix, car il se laisse pénétrer par l’assurance que tout vient de Dieu.

Il y a dans les paroles de l’Ecclésiaste, un modèle d’introspection dont nous pouvons nous inspirer. Notre grandeur a partie liée avec la juste reconnaissance de ce que nous sommes, de ce que nous faisons, de ce que nous ressentons. Et si parfois la reconnaissance de notre petitesse nous fait honte, il est bon que le même mot nous permette de nous tourner vers Dieu qui nous pardonne, nous accepte dans notre humanité, et nous abreuve de ses biens. Alors la joie de cette reconnaissance est si forte qu’elle nous libère pour la confiance, et même pour l’acceptation que notre Père, qui sait ce qu’il fait, fasse pleuvoir sur les justes comme sur les injustes.

Seigneur, nous te rendons grâce de nous avoir créés actifs et serviteurs dans ta création.

Nous te rendons grâce pour le labeur des femmes et des hommes qui

Jour après jour

Produisent les services et les biens nécessaires à la vie.

Nous te rendons grâce pour les relations et les liens

Que le travail permet de tisser

Pour la participation à une œuvre commune

Qui transforme et humanise le monde.

Pour les richesses qu’il permet de produire et de partager.

Garde-nous de faire du travail une idole ou une drogue

De nous laisser emporter par les sirènes du profit et du pouvoir.

Nous te prions pour les femmes et les hommes sans emploi

Ou qui souffrent de leurs conditions de travail.

En ce jour du 1er mai et ce temps du confinement

Donne-nous les forces nécessaires

Pour nous engager avec les autres

Dans les défis que posent l’économie, la justice sociale, l’urgence écologique.

Dans l’espérance et la joie du monde qui vient

Envoie-nous comme initiateurs des changements nécessaires.

Amen

D’après Jean-Paul Hoppstädter.