Yoann Deguilhaume avec les enfants accueillis par les Sœurs de Mamré © Défap

 

 

 

 

 

 

 

Dans quel contexte êtes-vous partis à Madagascar ?

Coralie Deguilhaume : Nous sommes partis à Tananarive, la capitale, comme envoyés du Défap, avec le statut de VSI (Volontaires de Solidarité Internationale). Nous avons été accueillis par la communauté protestante des Sœurs de Mamré, qui sont engagées auprès des enfants les plus démunis. J’avais une mission d’enseignement du français dans trois écoles. Il s’agit d’établissements de la FJKM (Fiangonan’i Jesoa Kristy Eto Madagasikara, ou Église de Jésus-Christ à Madagascar, de tradition réformée).

Yoann Deguilhaume : Pour ma part, je travaillais dans la cantine solidaire des Sœurs de Mamré. Elles y distribuent des repas pour les enfants les plus défavorisés de l’école primaire publique du quartier – un projet financé par la fondation La Cause. J’intervenais en soutien éducatif à l’animateur qui se trouvait déjà sur place. La cantine accueillait à peu près 80 enfants lors du repas de midi les jours d’école, avec des temps d’activité prévus avant ou après – sachant que les enfants n’arrivent pas tous à la même heure, vu que les enseignants, qui ont des classes surchargées, ne peuvent pas accueillir tout le monde en même temps…

Qu’est-ce qui vous a poussés à partir avec le Défap ?

Coralie : Nous étions déjà engagés au niveau local, et régional, à plusieurs niveaux : au sein des Éclaireurs et Éclaireuses Unionistes de France, au sein de l’Équipe Jeunesse Régionale Centre-Rhône-Alpes… J’étais aussi partie en Inde avec les Éclaireurs… J’avais envie de repartir, mais sur un temps plus long ; et nous avions tous les deux envie de nous engager dans quelque chose de plus universel. Le Défap ne nous était pas étranger, puisque diverses personnes dans notre entourage étaient déjà parties avec cet organisme.

Yoann : C’était vraiment un projet de couple, que nous avons mûri à deux. C’était un moment de notre vie – à la fin de nos études – où nous pouvions choisir de mettre un temps à part pour vivre autre chose. Nous avions tous les deux envie de nous confronter à d’autres manières de vivre, et de faire de nouvelles rencontres. Élargir notre horizon… et peut-être aussi nous prouver qu’il est possible de vivre ensemble malgré les différences culturelles. C’est un défi dont on parle souvent en France ; nous voulions le relever en partant au loin, en étant nous-mêmes les étrangers, pour réussir à vivre ensemble dans un autre contexte et malgré les différences.

Comment s’est passée votre installation ?

Coralie : Nous sommes arrivés en octobre 2017 et nous avons été accueillis dès l’aéroport par une délégation de la FJKM. On nous a fait visiter la capitale, on nous a aidés dans nos démarches administratives… Nous avons ensuite été reçus par les Sœurs de Mamré. Nous logions tout près, dans le même quartier. Les Malgaches sont réputés accueillants et chaleureux : tout au long de l’année, nous avons pu le vérifier.

Yoann : Comme je travaillais avec les enfants du quartier où nous étions logés, je les croisais régulièrement dans la rue, je rencontrais leurs parents… Si la vie à Tananarive est très dense, notamment le long des principaux axes, nous avions la chance d’être dans un endroit qui n’était pas accessible aux voitures, plutôt calme, ce qui facilitait les rencontres. Nous y avons pris nos marques, petit à petit. Nous avons appris quelques mots de malgache pour pouvoir nous débrouiller dans la vie quotidienne, sur les marchés, négocier avec les marchands…

Florence Taubmann (au fond, à gauche) avec les envoyés du Défap à Madagascar, en novembre 2017 © Défap

Quel bilan tirez-vous de votre séjour et de votre mission ?

Coralie : Sur le plan du travail, j’ai l’impression d’avoir réussi quelque chose. L’apprentissage du français est difficile pour les élèves à Madagascar ; j’avais une mission de soutien à l’expression orale, et mon but était surtout de leur donner confiance. Leur permettre de dépasser la peur de s’exprimer, pour qu’ils puissent vraiment progresser. Sur ce plan-là, c’était réussi. J’ai pu monter divers projets qui les ont motivés, tournant autour de l’expression théâtrale, du chant, et même d’un journal : c’était, pour moi comme pour eux, une année riche de réalisations, qui leur a permis d’expérimenter des choses différentes. À la fin de l’année, ils s’exprimaient en français avec beaucoup plus d’aisance qu’au début. J’ai bien conscience que rester seulement une année sur place, c’est un peu court ; et que sur un délai plus long, nous aurions pu nouer davantage de liens avec les familles… Mais les retours que nous avons pu avoir sont déjà très positifs.

Et sur le plan personnel, cette année a été très riche. Au-delà du travail proprement dit, nous avons vite noué des liens avec la paroisse locale de la FJKM, nous avons assisté aux cultes en malgache ; et nous avons proposé nos services. Nous sommes musiciens tous deux, et la musique est une part importante de la vie communautaire à Madagascar : nous nous sommes beaucoup investis, notamment dans la chorale, et nous avons pu nous faire de vrais amis. Les cultes sont très vivants Madagascar, si bien que la différence de langue n’est pas vraiment un obstacle pour y vivre des moments forts. Nous avons pu nouer là-bas de vraies amitiés, et nous avons pu le mesurer pleinement la dernière semaine, juste avant notre départ : il y avait toujours du monde à la maison, qui passait pour nous dire au-revoir. Ces amitiés, cette chaleur dans les échanges et les partages, c’est aussi ce que nous allions chercher à Madagascar ; c’est ce dont nous voudrions témoigner autour de nous, maintenant que nous sommes rentrés en France.

Yoann : Le plus important à dire, c’est que nous avons été heureux à Madagascar, en dépit de toutes les difficultés, qui sont réelles. Nous avons fait beaucoup de rencontres ; nous avons pu trouver tous deux notre place dans notre mission, dans le contexte de notre travail… Nous avons pu nous investir beaucoup auprès des enfants, ce que nous avons fait a été apprécié, et cet accomplissement dans notre travail a représenté pour nous un véritable épanouissement. Sur le plan personnel, nous gardons des souvenirs inoubliables, nous avons découvert les chants malgaches, la musique malgache, nous nous sommes fait des amis… Et nous nous sommes découvert là-bas une famille. Il y a quelque chose qui transcende les frontières, qui nous rassemble, même si on n’exprime pas les choses de la même manière. C’est aussi ça, ce que nous espérions trouver.

 

Retrouvez dans la vidéo ci-dessous une présentation de Madagascar, des liens existant aujourd’hui avec les Églises protestantes de France, et des actions du Défap.