De gauche à droite : les pasteurs Jean-Luc Blanc (Défap) et Bessala Mbesse (EPC) ; le docteur Perrot © Défap

Comme beaucoup de projets missionnaires, tout a commencé par une aventure individuelle et un rêve : l’aventure et le rêve de Célin Nzambé, réhabilitateur reconnu d’hôpitaux au Cameroun. Ce pays qu’il a découvert comme envoyé de la Cevaa, Célin Nzambé y est resté avec le projet bien arrêté et un peu fou de rendre à la vie des établissements appartenant à l’Église Presbytérienne Camerounaise (EPC), jusqu’alors abandonnés par tous, où plus personne ne voulait ou n’osait se faire soigner. «Il est arrivé sans rien de plus que ses valises, animé d’un véritable esprit missionnaire», témoigne le docteur Jean-Pierre Perrot, cardiologue de la région rochelaise qui vient régulièrement lui prêter main-forte. «Les hôpitaux qu’il a repris en main connaissaient une véritable spirale descendante : des difficultés économiques entraînant une baisse de la qualité des soins, donc une méfiance des patients, donc moins de monde à soigner et encore moins de moyens… Et au bout du compte un défaut général d’entretien, à quoi s’ajoutaient des dettes fiscales…  Célin Nzambé a réussi à inverser la tendance. Grâce à son abnégation, y compris salariale, et grâce à la qualité de ses soins, un peu d’oxygène arrive petit à petit dans ces hôpitaux.» Un projet au long cours qu’il mène avec le soutien du Défap et de plusieurs paroisses françaises, notamment de La Rochelle.

Il faut dire qu’être chirurgien en hôpital, dans de nombreuses régions du Cameroun, c’est déjà plus qu’une aventure, c’est un sacerdoce. Bâtiments vétustes, matériel inexistant, médicaments manquants, personnel mal payé et peu motivé… Comme pour beaucoup de pays de la région, le système de santé camerounais est en piteux état et l’un des premiers problèmes qui se pose au patient au moment d’entrer à l’hôpital, c’est… le paiement des soins. Alors que dans le passé avait été mis en place un système reposant sur la gratuité des soins pour les malades, de nombreux pays ont inversé la logique au cours des années 80 en mettant en place de nouveaux systèmes reposant sur le paiement direct des prestations par le patient. Avec des résultats catastrophiques aussi bien pour la santé publique que pour le financement des hôpitaux.

«Célin Nzambé a pu rendre les hôpitaux rentables»

Pour aller plus loin :
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A l’impossible, nul n’est tenu : entretien avec Célin Nzambé

Même si la tendance a commencé à s’inverser à partir des années 2000 avec l’instauration par divers gouvernements de soins gratuits (le Sénégal a d’abord rendu gratuits les soins aux personnes âgées, avant d’étendre en 2013 la gratuité aux enfants de moins de 5 ans, suivant en cela l’exemple du Niger), le Cameroun reste à la traîne et les dégâts sont colossaux : on compte en moyenne 2 médecins pour 10.000 habitants et les hôpitaux généraux ne sont tout simplement pas accessibles au plus grand nombre. Dans un tel contexte, les hôpitaux privés, notamment ceux fondés par des Églises, ont un rôle nécessaire auprès de la population.

Les missions américaines – et en particulier la mission presbytérienne, présente dans le pays dès 1871 – avaient précisément créé un réseau d’hôpitaux à la qualité reconnue ; mais victimes de mauvaise gestion et de la dégradation générale du système de santé camerounais, nombre de ces établissements ont tout simplement été abandonnés. D’où le projet dans lequel s’est lancé le docteur Célin Nzambé : rendre à leur usage initial ces bâtiments dans lesquels le personnel, faute d’être payé, s’était tout simplement installé pour y vivre avec femmes et enfants ; former ou reformer des équipes médicales, acquérir matériel et médicaments, vaincre les réticences de la population locale (quitte pour cela à faire de la publicité sur les marchés)… Un projet missionnaire autant que médical, porté par un homme qui se définit autant comme pasteur que comme médecin… Son premier projet de réhabilitation d’hôpital, il l’a lancé pour l’Union des Églises Baptistes du Cameroun (UEBC). Désormais, il travaille pour l’EPC. La tâche est immense : une quinzaine d’hôpitaux à réhabiliter. Le travail est en bonne voie pour quatre d’entre eux.

Au-delà des hôpitaux, d’autres projets

Célin Nzambé © DR

Et depuis un peu plus d’un an, Célin Nzambé peut compter sur le soutien du docteur Jean-Pierre Perrot. Il fait des séjours d’un mois au Cameroun, trois fois dans l’année, pour consolider le fonctionnement des premiers hôpitaux réhabilités. Une manière de rendre plus concret le soutien des paroisses françaises. «Célin Nzambé a pu rendre les hôpitaux rentables, ce qui a permis de payer le personnel qui avait accepté de travailler sans salaire ou presque, d’améliorer le matériel, de fidéliser les patients… Pour ma part, je viens en appui de l’équipe médicale : je fais des consultations en cardiologie, de la formation, et j’essaie de développer un partenariat entre ces hôpitaux et la France, via le Défap», témoigne-t-il.

Outre l’engagement de La Rochelle, des fonds ont été collectés pour l’œuvre de santé de l’EPC dans les paroisses de Valence, Villeneuve-Saint-Georges ; une infirmière de Valence pourrait aussi venir appuyer les docteurs Nzambé et Perrot… Et au-delà de ces engagements personnels, le projet permet aussi de renforcer les liens entre les Églises de France et l’EPC. Lors de la dernière visite du docteur Perrot au siège du Défap, à Paris, en novembre 2017, était aussi présent le pasteur Bessala Mbesse, Secrétaire Général AG/EPC depuis janvier 2017. «C’est, pour notre Église, une manière d’officialiser cette démarche», a souligné ce dernier. Les collaborations avec le Défap se développent désormais aussi sur le plan de la formation théologique, avec des échanges de professeurs entre les facultés de Foulassi et d’Aix-en-Provence, ainsi qu’une bourse pour un étudiant en théologie de l’EPC.

Quant à Célin Nzambé, il rêve déjà d’aller plus loin. Par exemple en mettant sur pied une mutuelle de santé, à laquelle pourraient participer tous les hôpitaux de l’EPC. Après avoir amélioré l’offre de soins, il pourrait ainsi en diminuer significativement le coût pour les patients.

Franck Lefebvre-Billiez