C’est la troisième année qu’elle collabore avec le Défap. De mère occitane et de père allemand, Evelyne Engel s’est depuis toujours intéressée à la question de l’interculturalité. Ancienne responsable d’un centre d’hébergement pour réfugiés politiques, elle est aujourd’hui consultante sur les questions d’aménagements et d’interculturalité. Durant la formation des envoyés, elle animait une série de conférences. Face à nos questions, elle livre aujourd’hui sa vision de l’altérité et du vivre ensemble.

Comment peut-on définir l’interculturalité ?

Je ne pourrais pas donner de définition précise car en réalité il n’en existe pas. L’interculturalité c’est l’alchimie précieuse de la rencontre de l’autre dans toutes ses différences.

Qu’est-ce qui dans celui que je vais rencontrer m’interroge, me ravit, me questionne, me dérange ou me trouble ? Et au-delà de ce que je ressens, quelles sont les logiques qui sont en œuvre de son côté et du mien ? Pourquoi je pense cela à ce moment-là ? Qu’est-ce qui se passe dans ce rapport à l’autre qui m’est inconnu et qui suscite toutes ces palettes d’émotions ?

Voilà sur quoi nous pouvons nous interroger lorsque l’on parle d’interculturalité.

 

Evelyne Engel, DR

 

En quoi ce thème est-il essentiel durant la formation des envoyés du Défap ? 

Il est nécessaire de faire réfléchir à la richesse et à la complexité de la rencontre avec l’autre.
Ces personnes vont partir à la rencontre d’autres cultures et d’autres populations. Lorsqu’un envoyé séjourne dans un autre pays, il tente de trouver une place dans un univers culturel qui n’est pas le sien. Comment alors comprendre les réalités qui nous entourent et comment être en dynamique d’échange ? Chaque individu a déjà sa propre identité, une culture et une origine géographique. Et il doit composer avec celui qu’il rencontre. Mais comment faire pour rencontrer celui qui est différent de nous ? L’interculturalité c’est justement ça : l’interaction de toutes ces cultures.
La découverte de l’autre est toujours d’une grande richesse mais naturellement l’être humain a des réticences pour s’intéresser à l’autre. Entre le désir de bien faire et la rencontre elle-même, qui n’est pas évidente, il faut réussir à tisser une relation de confiance en soi et en l’autre. Car il ne faut pas non plus l’oublier, celui qui est en face de nous n’attend pas forcément la même chose.
A travers ces conférences, je ne cherche pas à donner de mode d’emploi, qui n’existe pas d’ailleurs. Je ne suis pas là pour parler des pays ou des continents. Je ne propose pas un modèle gravé dans le marbre. Il s’agit plutôt d’une façon d’observer le monde. Cette vision incite à se poser des questions et à s’intéresser à l’autre. Je donne donc une sorte d’outillage intellectuel qui permet d’ouvrir des portes et qui donne des clés de compréhension.
La solidarité qui est présente chez les envoyés est indispensable. Leurs parcours sont tous différents, tout comme leurs aspirations. Cela peut être la découverte, le partage, un élan de fraicheur ou de générosité. Mais ce désir d’aller vers l’autre est commun à tous.

 

Conférence sur l’interculturalité, juin 2016, DR

 

Durant cette formation, quel est votre objectif ?

Eveiller les curiosités : c’est ça l’objectif principal.
Une journée de formation c’est court. Si à la fin de cette journée, les candidats ont moins de certitudes et se disent : « tiens je n’avais pas vu ça ainsi », c’est déjà une belle réussite.

Je suis issue d’un métissage culturel.  Mon expérience c’est avant tout du terrain. Si j’arrive à transmettre le questionnement qui a jalonné mon parcours et ma vie, j’aurai réussi quelque chose.

 

L’intervention d’Evelyne Engel s’intègre au dispositif global de la formation des envoyés. Laura Casorio, responsable des envoyés du Défap, nous explique, elle aussi, pourquoi le service protestant de mission s’adresse à des professionnels (sociologues, formateurs ou chercheurs) pour enrichir le contenu de la formation de ses envoyés.


Pourquoi un tel enseignement, consacré à l’interculturalité, a-t-il sa place dans une formation comme celle des envoyés du Défap ?

Depuis des années, le Défap collabore avec des professionnels pour offrir aux envoyés une formation au départ au sens large du terme. La formation n’est pas construite pour répondre aux besoins de renseignement sur un pays ou sur les enjeux d’un métier. Bien-sûr, les envoyés reçoivent les renseignements nécessaires à leur mission avant leur départ.

Il s’agit d’outiller les envoyés à pouvoir interagir avec l’environnement, la société civile et la communauté locale avec laquelle ils vont passer un temps de leur vie plus ou moins long.
L’expérience du Défap d’envoi de personnes sur plusieurs dizaines d’années montre bien qu’ en mission le savoir-être prime sur le savoir-faire ce qui n’est pas évident pour des Français qui se lancent dans l’aventure d’une mission à l’étranger.

Dans cette optique, le choix fait dans le passé de donner de clés de lecture qui peuvent être ensuite utilisées, déclinées et personnalisées par chaque envoyé nous paraît toujours d’actualité.