Service civique : partez en mission d’éducation avec l’ACO en Égypte

Égypte

Mission de service civique de 9 à 10 mois

 

Postulez !

Contexte

Le Défap est partenaire de l’ACO (Action Chrétienne en Orient) pour envoyer des volontaires en mission de service civique au sein d’une école internationale : le New Ramses College, au Caire. Les langues d’enseignement sont l’arabe et l’anglais mais le français est encouragé dans cet établissement soutenu par l’Église protestante. La mission est double : contribuer à l’enseignement du français au sein du NRC en permettant aux élèves de développer leur maîtrise de langue à l’oral, et participer à l’aide aux devoirs pour les jeunes résidentes de Fowler, un foyer d’accueil de jeunes filles défavorisées qui suivent leur scolarité dans une école francophone.

Mission : promouvoir les échanges interculturels et linguistiques

  • Soutenir l’apprentissage du français par une approche participative (pratique orale de la langue)
  • Aider aux devoirs (français et autres matières, selon ses compétences)
  • Accompagner des activités extrascolaires

 

Nb : Le cahier des charges et l’emploi du temps sont établis avec le tuteur local, en fonction des compétences et centres d’intérêt du volontaire, et peuvent être évolutifs tout au long de la mission.

Les bonnes raisons de s’engager pour cette mission

  • Explorer en totale immersion le domaine de l’éducation et expérimenter l’échange interculturel
  • Développer une écoute active, votre empathie et votre rigueur
  • Renforcer vos compétences en planification et au déploiement d’outils pédagogiques ou de formation
  • Acquérir ou développer des compétences en accompagnement et suivi

En candidatant, merci de préciser l’intitulé de la mission et le pays concerné.

 

Je postule !

« Au terme de cette année, qui a le plus appris ? Qui aura le plus enseigné à l’autre ? L’enseignante française ou les élèves égyptiens ? Si mes élèves sont aussi instruits que moi à la fin de cette année, je crois qu’il serait de bon ton de s’écrier « Al-Hamdoulillah » ! »
Eloïse




Nomena et le volontariat : une nouvelle aventure !

De Madagascar à Paris, Nomena s’engage dans une mission de Volontariat de Solidarité Internationale avec le Défap. Entre communication, découverte culturelle et adaptation au monde du travail, il partage ses premiers pas dans cette aventure unique, faite d’apprentissage et d’ouverture.

Nomena et le volontariat : une nouvelle aventure ! Nomena

 

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Bonjour, je suis Nomena, j’ai 23 ans, je viens de Madagascar, et j’ai fait des études en Sciences Sociales Appliquées au Développement que j’ai terminées récemment.

Volontariat. Ceci est ma première expérience en tant que Volontaire de Solidarité Internationale. Envoyé par le Défap, ma mission consiste à aider la partie communication de la paroisse luthérienne de la Rédemption ainsi que celle du Défap pour une durée de 12 mois. L’objectif de ma mission est d’assister à la communication des deux structures, de gérer les contenus à publier : des podcasts, des annonces d’événements, des flyers, des illustrations.

Pendant ma mission, je ne suis pas que dans une, mais deux structures. Chacun a son style et sa stratégie de communication, mais les techniques sont presque similaires en ce qui concerne l’utilisation de logiciels de conception, d’illustration et de montage vidéo. De plus, cette mission m’a permis d’élargir les outils de conception illustrative qui sont à ma disposition. Ça peut paraître simple, mais c’est bien plus complexe que ça en a l’air. Le rôle de la communication ne se limite pas à créer des contenus de qualité et de quantité sur une page. La question de couverture médiatique est sujet à plusieurs critères tels que les tendances, les centres d’intérêt des internautes, les stratégies et domaines que la structure vise ainsi que les objectifs à court, moyen et long terme. Il y a tout un processus de réflexion et de prises de décision qu’il faut faire avant de pouvoir se lancer dans la création et la publication de contenus.

Les structures de mission sont toutes sympathiques, que ce soit du côté de La Rédemption ou celui du Défap. Leur accueil est très sympa. J’ai pu m’intégrer sans grande difficulté dans les deux structures. La seule difficulté est peut-être pour moi de faire la transition entre la fin des études et l’entrée dans le monde du travail. J’ai pu apprendre deux logiciels de création que sont Canva et Affinity Publisher (je m’actualise en tant qu’un habitué des suites Office et Adobe).

Il faut aussi savoir que pour pleinement profiter de mon volontariat, il est intéressant de bien pouvoir profiter de ces années ici en France. Comme il s’agit d’une mission de réciprocité et de solidarité internationale, il est intéressant de voir l’aspect multiculturel que je peux constater auprès de La Rédemption ainsi que du Défap. Je découvre la culture même de mes structures de mission, et en parallèle, la culture française. Aussi, je partage ma culture avec les autres (art culinaire, traditions, langues, etc).

Ma phase d’adaptation s’est déroulée de manière simple. Je n’ai pas vraiment éprouvé un très grand choc culturel, que ce soit sur les achats, les transports, les horaires, mis à part le fait qu’ici en France, tout est numérisé, même les paiements. C’était la seule difficulté que j’ai pu ressentir puisque je suis habitué à toujours payer en espèce. Les moyens de transports sont nombreux et ont chacun leurs points forts et points faibles (trajets, temps d’attente,…).

Mes premiers réflexes en arrivant à Paris étaient de me fixer des repères. Ces repères me servent à mieux m’orienter lorsque je veux faire des balades dans la ville. Une fois les repères fixés, mes déplacements à Paris sont moins frustrants. En théorie, je n’ai pas vraiment eu de souci pour me déplacer, mais le premier mois était compliqué en raison de l’achat cumulatif de tickets de transport que je prenais au fur et à mesure. Mais après des semaines d’attente et quelques petits sacrifices, j’ai fini par avoir un « pass Navigo » et je pouvais alors me déplacer librement et sans encombre (enfin, sauf pendant les contrôles).

Ce que je peux retenir de ce début de mission en tant que volontaire, c’est de pouvoir saisir toutes les possibilités qui peuvent nous arriver, ainsi que de développer une meilleure version de soi. La réciprocité et le statut de Volontariat de Solidarité Internationale, c’est aussi l’occasion de s’ouvrir au monde et à une nouvelle culture, de marcher dans l’inconnu et d’élargir ses horizons. C’est pourquoi ce volontariat, pour moi, est le début d’une nouvelle aventure.

Et pourquoi pas vous aussi, vouloir tenter cette aventure ?

Nomena

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Éléonore au Caire : du chaos à la sérénité

Passer d’une vie paisible à une mégalopole débordante comme Le Caire peut sembler un pari insensé. Mais pour Éléonore, volontaire au foyer Fowler, ce défi se transforme de plus en plus en une aventure humaine et culturelle extraordinaire. Un témoignage entre désorientation et émerveillement.

Eléonore, pendant la formation des envoyés 2024 © Défap

 

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Il faut être fou pour vouloir vivre au Caire, sincèrement. Si j’avais vraiment su à quoi m’attendre, je n’aurais probablement jamais choisi de vivre ici, parmi tout ce bruit, cette circulation qui ne cesse jamais, cette pollution ambiante, cette poussière…

Voici les pensées qui tournaient en boucle dans ma tête lors de mon installation et des semaines qui ont suivi. Jusqu’à ce que je prenne conscience début octobre, soit un mois après mon arrivée, que c’est une chance inouïe pour moi d’être ici pour un an, dans un environnement si différent de tout ce que j’ai toujours connu.

Moi qui n’ai jamais vécu dans une capitale et qui affectionne tant la nature et le calme des espaces verts. Qui eût cru que je puisse m’acclimater à une mégalopole trois fois plus peuplée que Paris ? J’aurais été la dernière à croire que ce soit possible. Et pourtant, voilà où j’en suis aujourd’hui : non seulement habituée désormais à ce nouveau train de vie, mais surtout heureuse d’être de la partie, heureuse d’être ici, heureuse d’être une petite fourmi parmi toutes les fourmis qui font de cette ville un lieu si vivant et si vibrant.

Vivant et vibrant, c’est également ainsi qu’on pourrait qualifier le foyer Fowler dans lequel je suis volontaire. Accueillant plus de 60 jeunes filles le temps de leur année scolaire, ce foyer est débordant de vie, d’amour et d’humanité. Mes débuts à Fowler sont à l’image de mes premiers jours au Caire : très désorientée et déboussolée au départ. J’ai petit à petit réussi à trouver mes marques au foyer, et je m’y sens si bien intégrée maintenant que j’en oublie que je ne suis là que depuis quelques semaines. En charge d’aider en français, en mathématiques et en sciences les filles de 1ère, 2ème et 3ème primaires (équivalent du CP, CE1 et CE2) scolarisées en école francophone. J’essaye autant que possible de donner aussi des cours de soutien en anglais aux élèves de primaire scolarisées en école gouvernementale égyptienne. Mes après-midis au foyer s’avèrent donc bien remplis !

Et bien que je sois celle chargée d’enseigner, il est une chose qui ne cesse de m’émerveiller, c’est à quel point j’apprends moi-même lorsque je suis au foyer. En effet, je ne repars jamais de Fowler sans avoir appris ou compris quelque chose de nouveau. Avec mes jeunes élèves, j’apprends la patience, bien-sûr, mais j’apprends aussi à mieux parler arabe, à connaître davantage la culture égyptienne, les traditions coptes, et de manière plus générale les coutumes et les façons de vivre dans ce pays. Et plus j’en apprends, plus je réalise tout ce qu’il me reste encore à
apprendre et à comprendre !

Moi qui au début n’étais pas sûre d’être capable de tenir un an au Caire, j’ai maintenant du mal à m’imaginer ailleurs qu’ici. Je me sens désormais complètement à ma place dans cette nouvelle vie. J’espère que les mois à venir seront tout aussi extraordinaires que les premiers et que j’aurai dans la prochaine lettre de belles histoires à vous partager, Incha’Allah ! Portez-vous bien d’ici là.

Eléonore

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Marina : un rêve d\’Égypte

Fascinée par la culture orientale, Marina avait déjà eu l’occasion de s’intéresser à l’Égypte à travers un cours d’anthropologie du monde arabo-musulman. Pays vers lequel elle a finalement décidé de partir, pour une mission d’aide à l’apprentissage de la langue française dans un collège international égyptien, et de soutien scolaire dans un foyer de jeunes filles.

 J’avais longtemps émis le souhait de partir vivre quelque temps dans un pays du Moyen-Orient. C’était sans penser que l’occasion allait se présenter aussi rapidement, alors que je revenais d’une expérience bouleversante du Chili et que je terminais mes années d’études en master de philosophie. Longtemps, j’ai dansé sous les rythmes répétés des musiques orientales, longtemps j’ai contemplé les tableaux des peintres dits orientalistes. Orientalisme certes, exotisme donc, mais fascination qui a vite fait d’être éconduite vers une motivation plus sérieuse, celle où mythes et fantasmes demandaient à être déconstruits, pour appréhender la culture dans ses réalités les plus clivantes, aussi abruptes soient-elles.

Mon choix s’est tourné vers l’Égypte – pays dont le visage avait déjà croisé mon chemin au travers de rencontres, au travers d’un cours d’anthropologie du monde arabo-musulman passionnant ! C’est sans étonnement que j’avais déjà tenu ces mots, que mes proches m’ont rappelés, d’un « rêve » lointain de vivre en Égypte, pas si lointain que ça finalement… C’est d’abord en cherchant sur le site du service civique que j’ai trouvé ce volontariat proposé avec le Défap. Organisation de confession religieuse, protestante, le Défap me permettait de partir sous un statut laïque, faut-il le préciser, reconnu par l’État, avec un engagement à l’international à vocation solidaire, et dans une destination rarement proposée.

Je ressors plus confiante et plus informée

La mission qui m’attend est en lien avec mon ancien parcours d’animatrice Bafa et d’intervenante dans le soutien scolaire. Je serai en charge de l’apprentissage de la langue française dans un collège international égyptien ainsi que du soutien scolaire et de l’aide aux devoirs dans un foyer accueillant des jeunes filles en situation précaire. Un poste à double casquette donc, dont le rôle principal est la valorisation de l’éducation et de la jeunesse.

Fraîchement sortie des dix jours de la formation obligatoire organisée par le Défap, je ressors plus confiante et plus informée aussi, quant à l’expérience qui m’y attend à la rentrée prochaine, même si les doutes et les incertitudes persistent encore. Des enjeux tels que la spécificité liée à l’interculturel, la sécurité, le cadre législatif et administré par l’État qui nous accompagne en souscrivant au statut de volontaire, mais aussi le respect des lois en vigueur à appliquer et du rôle représentatif qu’il nous est tenu de remplir sous ce titre. Ces dix jours ont aussi été l’occasion de découvrir le profil des autres envoyé.es, aux parcours atypiques, et de se sentir connectée à un réseau de personnes qui toutes sont concernées par cette même trajectoire à un moment de leur vie : celle de l’expatrié.e, qui est parti.e vivre ailleurs, principalement pour la rencontre de l’autre. Un réseau que l’on n’a pas souvent l’occasion de croiser sur son chemin, mais qui rassure pour les futur.es déraciné.es que nous sommes.

Marina




Anatole au Caire : « J’ai retrouvé une ville à laquelle je me suis beaucoup attaché »

Anatole est volontaire au sein d’un foyer de jeunes filles défavorisées, dont il accompagne la scolarité. Un milieu très attachant, même si la mission est exigeante… et qu’il y fait l’expérience de toutes les failles du système d’enseignement égyptien. Il évoque aussi sa redécouverte du Caire, ville où il a déjà effectué une mission et où il a laissé des amis.

Anatole en juillet 2023 au Défap, pour la session de formation des envoyés © Défap

 

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Pour replacer dans le contexte, je suis parti l’année dernière avec l’association L’Œuvre d’Orient au Caire pendant un an, afin d’effectuer un volontariat de solidarité internationale (VSI). J’ai commencé par être professeur de français au sein du collège De La Salle, mais la mission ne me plaisait pas et j’ai donc changé de mission dans un foyer de jeunes filles. L’expérience m’a beaucoup plu et j’ai décidé de continuer une année de plus, mais cette fois ci avec le Défap et l’ACO !

Cela fait donc maintenant un an et demi que je vis au Caire, et je suis arrivé pour cette nouvelle année le 30 août 2023.

J’ai retrouvé une ville à laquelle je me suis beaucoup attaché et lieu d’innombrables souvenirs d’une année 2023 déjà exceptionnelle. Après un été de retrouvailles avec mes amis et ma famille, le retour au Caire n’a pas été facile. Heureusement, j’ai retrouvé des volontaires de ma première année toujours présents sur place à mon arrivée, qui ont beaucoup facilité mon retour. J’étais plutôt inquiet au début mais dès mon premier jour au foyer, je me suis rappelé pourquoi j’avais décidé de rester un an de plus et pourquoi cette année allait être encore une fois extraordinaire.

Le système scolaire égyptien, tel que le découvre un volontaire venu de France

La totalité de ma mission se déroule au sein d’un foyer de jeunes filles de 4 à 18 ans, en situation familiale ou sociale difficile.

Le foyer accueille environ 80 filles, réparties équitablement dans des tranches d’âge différentes. À leur arrivée au foyer, les filles sont placées à l’école française de Saint-Vincent-de-Paul, toujours tenue par des sœurs de cette même communauté. En fonction de leur niveau et au fil des années, certaines restent jusqu’au bac dans cette école, mais d’autres poursuivent leur apprentissage en école gouvernementale.

En effet, en Égypte deux systèmes différents coexistent : le système gouvernemental et les écoles en langues étrangères, en français pour nos filles (il y a également les écoles internationales mais extrêmement chères).

Les écoles gouvernementales sont d’un niveau plutôt faible, les horaires de cours sont minimes et les devoirs ou examens quasiment donnés à l’avance. Les écoles françaises ont un meilleur niveau et permettent aux filles de sortir avec la possibilité de continuer des études dans des universités publiques égyptiennes, comme en faculté de littérature, d’économie ou encore de sciences politiques. Les plus douées parviennent même à effectuer des « doubles licences » avec des universités françaises, et même pour certaines à venir travailler en France, ou bien faire un échange en volontariat dans des communautés religieuses.

Le fonctionnement de ces écoles est assez particulier en Égypte. Les cours sont dispensés du lundi au jeudi, ainsi que le samedi, généralement de 8h à 14h, puis chacun rentre chez soi.

Cependant, il existe un accord tacite entre l’État et les professeurs, qui ne touchent pas plus de 3000 livres par mois (équivalent de moins de 100 €). En raison de leur faible salaire, les professeurs décident de ne donner qu’une partie des cours pendant les horaires de classe. Si l’élève souhaite avoir le reste des cours et pouvoir valider ses examens, il devra payer cher pour assister aux cours privés de l’après-midi, dispensés par ces mêmes professeurs dans leurs salles de classe respectives. En tant que Français, cette organisation nous paraît complètement anormale et frauduleuse, mais c’est bien ainsi que fonctionne le système éducatif en Égypte.

C’est pourquoi depuis maintenant des dizaines d’années, des volontaires français se succèdent au foyer, pour permettre aux filles d’avoir les connaissances et les explications nécessaires pour valider les examens tout au long de l’année.

Cette année, je suis accompagné par Brigitte, avec qui je partage mon quotidien au foyer, mais aussi en-dehors.

« Depuis l’année dernière, j’ai vu beaucoup de progrès… »

Brigitte s’occupe des classes de la petite section jusqu’au CM1 en français, écriture et lecture, et en maths ; et je m’occupe des filles de la sixième jusqu’à la terminale en français, maths, sciences et anglais. Chaque classe compte deux à six élèves, j’accompagne donc chaque semaine une vingtaine de filles. Il n’y a pas d’emploi du temps fixe, lorsque j’arrive l’après-midi, je demande aux filles lesquelles ont un examen ou bien des devoirs, et c’est moi qui choisis (en fonction de la matière, du niveau des filles, etc.). J’essaie d’avoir une répartition horaire assez équitable sur une semaine, mais je préfère une répartition juste, à savoir d’aider plus longtemps les filles qui sont le plus en difficulté.

Carte de l’Égypte © ministère des Affaires étrangeres

Depuis l’année dernière, j’ai vu beaucoup de progrès chez certaines filles, pas seulement sur le niveau niveau scolaire, mais aussi en maturité et en autonomie. Ce sont deux notions sur lesquelles j’essaie d’axer au maximum mon enseignement. Dans beaucoup de classes, certaines filles ont changé leur attitude et motivation au travail. C’est une satisfaction immense pour moi, cela veut dire que j’arrive à leur enseigner des notions, qu’elles s’y intéressent, ou au moins qu’elles comprennent que leur travail a un but.

Je suis satisfait des notes obtenues par mes élèves pour ce premier semestre mais des progrès restent à faire, cela prend du temps (et une énergie folle !).

Une des grandes difficultés auxquelles je fais face, est le flou laissé, de manière volontaire par les professeurs concernant les évaluations et leur contenu pour les élèves qui n’assistent pas aux cours privés. De plus, il arrive parfois que les filles reçoivent une quantité colossale de devoirs à 19h30 pour le lendemain, ou bien des informations cruciales pour l’examen qu’elles auront le lendemain.

« La tâche est plus difficile mais je m’y plais énormément »

Par rapport à l’année dernière, j’ai l’impression d’avoir beaucoup plus de travail et plus d’élèves. En effet, nous étions environ cinq volontaires à être chaque jour au foyer, ce qui permettait à chacun d’avoir des classes précises, dans des matières spécifiques et d’avoir alors un meilleur suivi des filles et plus de temps pour enseigner et expliquer des notions parfois beaucoup trop compliquées pour leur âge (comme l’introduction à la physique nucléaire en classe de seconde, et le tout en français !)

Cette année, nous sommes seulement deux. La tâche est donc plus difficile mais je m’y plais énormément. J’ai même trouvé certains bons côtés : je peux donner des cours à des niveaux beaucoup plus variés, ce qui rend le travail d’enseignement plus intéressant et cela me permet également de connaître beaucoup plus de filles et de me sentir plus intégré au foyer.

Une nouvelle volontaire arrive au mois de janvier ce qui devrait nous laisser un peu respirer avec Brigitte !




Anatole : aider à la pratique du français dans un foyer du Caire

Anatole connaît déjà l’Égypte, où il a été en mission dans un foyer de jeunes filles. Une expérience qui lui a donné envie de poursuivre son engagement, à la fois au sein de ce même foyer, et auprès d’une association organisant des activités ludiques et pédagogiques pour des enfants défavorisés.

Anatole en juillet 2023 au Défap, pour la session de formation des envoyés © Défap

 

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Qu’est ce qui me motive à partir ?

Je suis déjà parti l’année dernière au sein du foyer où je vais de nouveau être en mission. Je comptais rentrer au mois de juillet et trouver un travail en septembre mais j’ai finalement décidé de rester une année de plus. J’ai pu prendre cette décision dans la mesure où j’ai été diplômé l’année dernière et que je n’ai rien qui me retient en France (copine, engagement pro, etc.).

Mon objectif de l’année prochaine est de pouvoir aider les filles qui ne parlent pas français et qui n’ont donc pas de volontaires pour les aider. Je suis très motivé pour consolider au plus vite mon arabe (niveau B1) afin de pouvoir dispenser les cours de sciences ou langue en arabe afin de les aider et qu’elles se sentent moins exclues que les filles parlant français.

J’ai également envie d’être au contact de la population locale afin d’en apprendre plus sur la religion de l’Islam ou du Christianisme « local » (coptes orthodoxes, coptes catholiques, etc). Enfin, ma principale motivation est de pouvoir apprendre à ces filles coupées du monde et pour la plupart sans repères sociétaux, le plus de choses possibles et pas seulement scolaires mais également culturelles, artistiques ou encore pratiques/manuelles.

Anatole en juillet 2023 au Défap, pour la session de formation des envoyés © Défap

Quelle sera ma mission ?

Pour ma mission, je serai dans un foyer pour jeunes filles.

Le foyer accueille des jeunes filles en bas âge et elles y restent jusqu’à leurs 18 ans avant de rentrer chez elles ou bien de continuer leurs études à l’université.

Je m’occuperai plutôt des filles du collège/lycée et je leur enseignerai les maths, les sciences et la physique/chimie. J’aide également les autres volontaires en anglais ou français. Je serai au foyer de 14h (ou avant si je déjeune sur place) et en général jusqu’à 20/21h. Chacun est assez libre pour les horaires, certains jours finissent à 18h. J’y serai tous les jours sauf jeudi et dimanche.

Je serai également impliqué dans une autre association, les Focolare dans le quartier de Shubra. Chaque vendredi je retrouve une équipe de jeunes Égyptiens et nous organisons des jeux, activités pédagogiques et ateliers de travail pour les enfants musulmans défavorisés de Shubra. Les mamans sont aussi présentes et sont prises en charge par des membres plus âgés des Focolare pour des sortes d’enseignements ou groupes de partage.

Anatole en juillet 2023 au Défap, pour la session de formation des envoyés © Défap

Que m’a apporté la formation ?

Avant de partir l’année dernière pour ma première année de volontariat, j’avais reçu une formation assez complète par la DCC et similaire à celle du Défap.

J’ai retrouvé cette semaine les mêmes modules que ceux de la DCC, avec quelques différences (notamment sur le module Anthropologie que j’ai trouvé très intéressant). Cette session a néanmoins été pertinente pour moi, dans le sens où la formation étant plutôt dédiée à l’Afrique (je n’inclus pas l’Égypte dans l’Afrique d’un point de vue culturel et de fonctionnement), m’a permis de découvrir de nouvelles méthodes de fonctionnement au sein des cultures et une vision différente sur l’interculturalité ou le fonctionnement administratif, comme la justice.

J’ai pu également partager mon expérience avec les autres futurs volontaires, dont certains également sont déjà partis. Le partage de nos expériences est très enrichissant. J’ai également rencontré Marion qui me rejoint l’année prochaine au foyer et j’ai pu lui expliquer le fonctionnement du foyer, la vie sur place et ainsi lui permettre de partir dans les meilleures conditions possibles et pleine de motivation !




Marion : en mission de soutien scolaire en Égypte

Très tôt, Marion a ressenti le besoin de s’engager pour les autres. La voilà désormais en mission. Direction : l’Égypte pour une double mission d’enseignement du français et d’aide aux devoirs, après avoir participé à la session de formation des envoyés du Défap.

Marion lors de la session de formation au départ © Défap

 

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Bonjour,

Je m’appelle Marion, j’ai 23 ans, et je pars en septembre en Égypte.

J’ai toujours été animée par le désir d’être utile aux autres, j’ai toujours eu pour projet de mettre à disposition mes connaissances au service d’une mission. Ma mère est bénévole aux Restos du cœur. Petite, elle m’emmenait lors des distributions de repas, et j’ai eu très vite la notion de solidarité. Plus tard, j’ai donc moi aussi été bénévole aux Restos du cœur, lors des collectes nationales et la distribution de denrées alimentaires. J’ai aussi eu la chance de voyager dans de nombreux pays. Ces voyages m’ont permis de communiquer, de vivre avec des personnes ayant des tempéraments et des cultures très variés.

Ces expériences m’ont appris à m’adapter à tous les types de personnalité et de culture. C’était donc pour moi une évidence qu’un jour, je partirais m’immerger afin d’aider les autres.

Je pars donc pour le 1er septembre avec une “double” mission. Contribuer à l’enseignement du français au sein du New Ramses College en permettant aux élèves de développer leur maîtrise de langue à l’oral, et participer à l’aideaux devoirs pour les jeunes résidentes d’un foyer d’accueil de jeunes filles défavorisées qui suivent leur scolarité dans une école francophone.

La formation que l’on a suivie cette semaine m’a apporté plusieurs choses.

Marion lors de la session de formation au départ © Défap

Dans un premier temps, de rencontrer des personnes inspirantes, avec des projets divers, plus touchant les uns que les autres. Ensuite, de pouvoir rendre mon projet concret, car à l’origine, je venais dans cette formation sans avoir encore de destination, et c’est en parlant avec chacun que j’ai pu me décider. Le rendre concret aussi en ayant des témoignages de personnes étant déjà parties. J’ai aussi pu m’armer de beaucoup d’outils afin de mieux appréhender l’inconnu, et surtout la gestion d’une vie différente sur tous les points, la langue, la culture, la religion, les coutumes, la sécurité.

J’ai hâte de partir, de découvrir ce que cette nouvelle vie va m’apporter.

À bientôt dans ma prochaine lettre.

Marion lors de la session de formation au départ © Défap




Nicola et Alain : accompagner l’Église protestante francophone en Égypte

Pasteure de l’Église protestante unie de France, Nicola est envoyée par l’ACO (Action chrétienne en Orient) et DM (l’homologue suisse du Défap), en lien avec le Défap et la Ceeefe (la Communauté des Églises protestantes francophones) pour accompagner les paroisses du Caire et d’Alexandrie.

Nicola et Alain dans le jardin du Défap © Défap

 

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Bonjour à vous toutes et tous,

Nous voici à quelques semaines avant le départ en Égypte, Nicola comme pasteur, Alain comme compagnon précieux.

Qu’est-ce qui nous motive ?

Nicola :
C’est un appel, de l’ordre de la folie de Dieu (1 Co 1, 18-25) : Mettre à disposition ce que
je pourrai apporter dans ce pays du Moyen-Orient que j’ai pu connaître à différentes étapes de ma vie. Cette fois-ci j’irai comme pasteur. Suivre l’appel de Dieu signifie de manière chaque fois plus approfondie, faire confiance en Lui, à chaque instant. Oui, je veux bien mettre au service mon expérience, pastorale, multiculturelle, œcuménique, inter-religieuse, humaine… Et il est étonnant d’observer les chemins de Dieu : Pourquoi avais-je fait, dans une ancienne vie, un Masteren Islamologie ?

Ce sera un ministère assez différent qui, à nouveau, demandera tout mon Être, et il y aura plein de choses à découvrir…

Ma motivation la plus profonde est alors de me mettre au service de Jésus-Christ, d’être un humble maillon de l’Eglise Universelle, d’être présente dans ce coin du monde.

Alain :
Nicola, mon épouse arrivait à la fin de son mandat de 12 ans de pasteure dans le poste à Perpignan et nous devions réfléchir à un autre point de chute.
A ce moment, nous étions, tous les deux, délégués au synode national d’octobre 2021 à Sète et nous avons entendu cet appel, par l’intermédiaire de la présidente du conseil presbytéral de l’église protestante de Guyane, à élargir « l’espace de notre tente » et de sortir de notre « zone de confort ».
Chez moi, cet appel a fait « tilt » et je me suis dit :« Oui, pourquoi pas ! partir vivre ma foi à l’étranger, la confronter et l’enrichir au contact d’autres expressions ». Me mettre entièrement au service du Seigneur, sans savoir encore vraiment quelle forme cela prendra. Partir et vivre de la confiance de Dieu qui me dit comme il l’a dit à Abram en Genèse 12,1 : « Quitte ton pays, ta patrie et ta famille et va dans le pays que je te montrerai ». Pour l’anecdote, Abram avait, selon les Écritures, 75 ans quand Dieu l’a appelé et moi, j’aurai fêté mes 70 ans deux semaines avant de prendre l’avion avec un billet seulement aller, le jeudi 7 septembre prochain. Le parallèle s’arrête là.

Alain dans le jardin du Défap © Défap

Quelle sera notre mission ?

Nicola:
Alors, je serai pasteur de l’Eglise Protestante Francophone en Égypte, mise à disposition par l’EPUdF, envoyée par l’ACO et DM, en lien avec le Défap et la Ceeefe.

Ce qui implique :

Accompagnement de la paroisse en Alexandrie, avec, comme composition principale, les étudiants (doctorants et plus)de l’Université de la francophonie Senghor ;travail diaconal (un projet avec des femmes en capacité réduite) ; lien avec les autres Églises, égyptiennes ou étrangères, et déjà sous le toit de notre temple, avec l’Église protestante soudanaise.

Au Caire, accompagnement de la paroisse protestante francophone qui est composée en grande majorité de migrants originaires de différents pays subsahariens. Un de nos défis sera d’accueillir une assemblée plus élargie. Accompagnement de projets diaconaux comme « Joie d’enfants » (structure d’accueil scolaire pour les enfants de migrants qui n’ont pas d’accès à l’enseignement officiel), un foyer de jeunes filles coptes… Nous serons aussi un point de chute pour les volontaires qui viennent de France, de l’ACO, du Défap ou autres.

L’autre volet de mon ministère sera le contact avec les Eglises protestantes égyptiennes (le Synode du Nil) et les partenaires des projets de l’ACO sur place (traduction de livres théologiques ; travail pour le vivre ensemble),avec les autres Eglises chrétiennes et, on verra ce qui adviendra encore.

Il faudra d’abord être présent, bien ancré, les yeux et le cœur ouvert.

Alain :

En premier lieu, comme je le faisais déjà en France : accompagner mon épouse dans son ministère pastoral. Ensuite, m’engager dans les projets diaconaux existant et qui sont à développer.

Mettre à disposition des paroisses du Caire et d’Alexandrie, en toute humilité, mes modestes compétences.

Et je suis persuadé que notre Seigneur a déjà préparé tout un plan de travail. A moi d’être ouvert à celui-ci !

Nicola et Alain lors de la formation des envoyés du Défap © Défap

Que nous a apporté la formation ?

Nicola :
C’est une belle opportunité de reprendre le temps de réflexion sur l’interculturalité et l’interreligieux, la géopolitique et la gestion de conflits, la santé et la sécurité, la mission…Merci ! J’ai bien profité de la bibliothèque du Défap et j’apprécie la longue histoire de mission et de missionnaires ainsi que toute l’évolution à travers ces deux siècles – On sent l’esprit de cette ouverture, de la rencontre et de la curiosité de l’autre, promu par l’Amour du Christ, dans tout ce lieu qu’est le 102 boulevard Arago.

Alain :
Ce temps de 10 jours de formation, même s’il n’est pas obligatoire pour les pasteurs et leur conjoint, est une opportunité et aussi un temps mis à part pour tous les futurs envoyés pour faire le point sur leur motivation, sur leur « atterrissage » dans un pays et une culture qui leur sont peut-être inconnus ou connus partiellement.

C’est l’occasion de rencontrer d’autres envoyés, de 19 à 69 ans, issus d’Églises diverses ou de pas d’Église du tout et de se questionner sur sa foi, sa relation à Dieu.




Julien, volontaire en Égypte : «Il y a des moments très précieux»

Nouvelle saison dans notre série de podcasts : retrouvez désormais des témoignages d’envoyés actuels du Défap. Ils ou elles partent en mission au Congo, au Cameroun, en Tunisie, et témoignent de leur vécu et de leurs rencontres. Aujourd’hui, témoignage de Julien : il est parti avec le Défap et l’ACO (Action Chrétienne en Orient) pour une mission d’enseignement en Égypte.

Julien, volontaire en Égypte


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« Le Caire, une ville fascinante, ambivalente… »

Premières impressions du Caire par Julien, envoyé par le Défap et l’ACO en Égypte pour une mission de service civique qui a commencé en septembre. Avec une double casquette : il doit à la fois apporter un soutien à l’enseignement du français au sein d’un établissement protestant, le New Ramses College, et aider les jeunes résidentes d’un foyer d’accueil de jeunes filles dans leurs devoirs.

Photo de repas avec les volontaires en Égypte : au premier plan à gauche Julien, et à droite Brigitte Colard, également envoyée de l’ACO. Au deuxième plan derrière Julien, Matthieu Busch, pasteur de l’Union des Églises Protestantes d’Alsace Lorraine et directeur de l’ACO. À l’arrière-plan au bout de la table, trois envoyés de l’Œuvre d’Orient © ACO/Défap

Cher Défap, chère ACO,

Je suis arrivé au Caire le 5 septembre, j’écris cette lettre de nouvelles le 5 décembre. Mon service civique au Caire a commencé depuis trois mois et je me suis bien habitué à ma nouvelle vie, à ma nouvelle ville. Le Caire est une ville fascinante, ambivalente sur bien des points, le dépaysement qui ne s’est pas encore tout à fait échappé, m’a pendant longtemps caché l’aspect extrêmement populaire de ces rues. Les bâtiments sont d’une architecture et d’une couleur inhabituelles mais ils sont aussi dégradés et bien souvent vétustes. Les rues sont vivantes et habitées mais elles sont aussi cabossées et parsemées de déchets. Le pays possède une histoire plurimillénaire, avec son lot de pharaons, d’intellectuels précurseurs, de spiritualités multiples mais est désormais en proie à un régime dictatorial subtil dont la domination ne s’exprime pas dans la vie de tous les jours mais que l’on aperçoit furtivement dès lors qu’on cherche des médias indépendants ou que l’on s’intéresse aux perspectives de carrière d’un jeune Égyptien sans réseau.

Au milieu de ces dissonances, je travaille depuis un peu plus de deux mois, d’une part au New Ramses College (NRC), et d’autre part je me mets au service d’un foyer de jeunes filles situé non loin de chez moi, à hauteur de trois ou quatre après-midis par semaine.

Au NRC, je suis un Français plus qu’un professeur de français, j’aime mes collègues qui m’enseignent la vie en Égypte et avec qui tantôt je mange du kochari, tantôt je bois du café turc ou du thé. J’aime aussi les élèves car même s’ils ne sont pas faciles, je n’ai pas connu de plus grande satisfaction qu’un cours réussi, de la même manière qu’il n’y a rien de plus déprimant qu’un cours raté. Je crois qu’ils m’apprécient aussi et je sens que même les classes les plus difficiles commencent à aimer mes cours. Enseigner est un vrai apprentissage pour moi, chaque classe, chaque individu en fait, a ses spécificités et les méthodes d’enseignement doivent être flexibles. Le jeu est ma méthode d’enseignement privilégiée, ma flexibilité est d’adapter les jeux aux tranches d’âge et de faire attention aux retours de mes élèves, qu’il s’agisse de retours directs ou indirects.

Au foyer, je suis un Égyptien qui se fait passer pour un Français, la faute à mes origines algériennes probablement. La Sœur responsable du foyer est une personne exceptionnelle comme j’en ai rencontrées peu dans ma vie. Les filles sont merveilleuses, imaginez 80 gamines de 4 à 18 ans vivant en communauté, elles sont comme des sœurs les unes pour les autres, elles s’aiment, se disputent, se font la tête, se rabibochent constamment. Je donne des leçons en français et en sciences à l’équivalent ici des CM1, CM2 et 6ème, pour un total de 11 élèves. Ici, on ne joue pas, on travaille, et on travaille beaucoup même ! Entre l’école et le soutien scolaire assurés par les volontaires, dont moi-même, les filles travaillent de 8h du matin à 8h du soir six jours sur sept. Alors même si on travaille on s’amuse aussi, on se fait des blagues, on se taquine en arabe ou en français parce que les filles sont bien meilleures en français que n’importe lequel de mes élèves au New Ramses Collège, même les plus vieux. Avec les filles, le plus attristant ce n’est pas quand elles ne vous écoutent pas ou qu’elles ne sont pas concentrées, le plus attristant c’est quand elles donnent l’impression qu’elles ne vous aiment pas. Cela donne une idée à quelle point la relation professeur/élève au foyer est différente de celle au NRC.

Sinon, je prends aussi des cours d’arabe depuis mon arrivée et je progresse bien, je dois dire que j’en suis assez fier. Je joue au foot une fois par semaine avec des amis et une petite équipe de tarot s’est également mise en place. Je fais même du théâtre d’improvisation, d’ailleurs avec la troupe nous nous sommes produits sur scène la semaine dernière. J’ai fait aussi quelques soirées depuis mon arrivée, j’ai même été au concert de Wegz une méga-star locale, mais je ne suis pas encore sorti danser et c’est bien la seule chose qui me manque !

Voilà pour les nouvelles, j’aime beaucoup ma vie au Caire. Marseille me manque un peu malgré tout, mais le week-end dernier j’étais à Alexandrie et voir la mer a rempli mon cœur de souvenirs, désormais me revoilà au Caire entre le sable fin et la poussière.

Julien




Centenaire de l’ACO : à la rencontre de deux grands témoins

À l’occasion des célébrations de son centenaire, l’ACO, organisme missionnaire proche du Défap, va faire venir entre fin septembre et début octobre, à Strasbourg d’abord, puis à Paris, des invités de divers pays représentatifs de la structure internationale qu’est aujourd’hui l’ACO-fellowship. Parmi eux, deux membres de l’Union des Églises Évangéliques Arméniennes du Proche-Orient : Talin Mardirossian, libanaise, assistante sociale à Bourj Hammoud, près de Beyrouth, et Houri Moubahiajian, théologienne et catéchète en Syrie, épouse du pasteur Bchara Moussa Oghli de l’Église du Christ à Alep.

Aide scolaire au Centre d’Action Sociale de Bourj Hammoud © ACO

L’histoire de l’Action Chrétienne en Orient est faite de rencontres fortes, de relations d’amitié, de solidarité vécue dans les circonstances les plus difficiles. Elle trouve son origine dans l’action du pasteur alsacien Paul Berron, témoin direct des souffrances des Arméniens survivants du génocide turc. De là, des relations étroites nouées dès le début avec l’Église Évangélique Arménienne. Née au XIXe siècle à Constantinople au sein de l’Église Apostolique Arménienne, Église orthodoxe orientale autocéphale, elle se caractérisa dès l’origine par une volonté de retour au texte biblique, avec un accent particulier sur la doctrine du salut par la grâce en Jésus-Christ, et par des efforts de traduction de la Bible de l’arménien classique en langue moderne, afin de la rendre accessible au plus grand nombre. Un mouvement qui fut combattu par les autorités religieuses, au point qu’en 1846, tous les partisans de la réforme furent excommuniés par le Patriarche de Constantinople. À la veille du génocide de 1915, l’Église Évangélique Arménienne comptait plus de 51.000 membres, de nombreuses églises, des écoles et des instituts de théologie. Quelques années après, en 1920, il n’en restait plus que 14.000, survivants du génocide. Ces réfugiés et exilés reconstituèrent alors des Églises dans leur pays d’accueil : en Syrie, au Liban, aux États-Unis… En France, l’ACO noua des liens forts avec ces communautés arméniennes protestantes expatriées et contribua à la création de l’Union des Églises Évangéliques Arméniennes de France. Et lorsque les missionnaires européens durent pour beaucoup quitter le Proche-Orient, c’est à l’Union des Églises Évangéliques Arméniennes au Proche-Orient que l’ACO remit ses bâtiments d’Alep.

Ces relations que l’ACO s’emploie à entretenir seront prochainement incarnées par deux témoins. Il s’agit de deux femmes venues, l’une du Liban, l’autre de Syrie : Talin Mardirossian et Houri Moubahiajian.

Talin Mardirossian et le Centre d’Action Sociale de Bourj Hammoud

Au Centre d’Action Sociale de Bourj Hammoud © ACO

Des adolescentes studieusement penchées sur leur table de travail, entre cartables et trousses : l’image que vous pouvez voir en ouverture de cet article pourrait évoquer une salle d’étude dans un collège en France. À ceci près qu’elle a été prise à Bourj Hammoud, dans la banlieue de Beyrouth ; et cette scène de vie ordinaire est déjà une victoire de la vie et de la solidarité.

Bourj Hammoud, avec ses 150.000 habitants, est en quelque sorte le « quartier arménien » de Beyrouth. C’est une banlieue qui s’est développée avec l’arrivée des premiers Arméniens survivants du génocide de 1915 ; c’était auparavant une zone de marécages. Les rescapés du génocide qui n’avaient pas disparu lors de la marche de la mort dans Deir ez-Zor ont d’abord obtenu le droit d’y construire des cabanes. Puis les cabanes sont devenues des maisons. Aujourd’hui, comme toute la capitale libanaise et ses banlieue, c’est devenu une zone urbaine densément construite et densément peuplée.

C’est à Bourj Hammoud que l’Union des Églises Évangéliques Arméniennes du Proche-Orient soutient un centre d’action sociale, le « SAC » (Social Action Committee). Son rôle est crucial dans un quartier qui reste largement défavorisé, avec de nombreux besoins sur les plans sociaux, éducatifs et sanitaires. Et qui a vécu depuis plus de dix ans les contrecoups successifs des crises que connaît la région : l’arrivée de réfugiés syriens en 2011 ; la crise économique qui a fait plonger une grande partie de la population libanaise sous le seuil de pauvreté à partir de 2019 ; les conséquences de la pandémie de Covid-19 ; l’explosion du port de Beyrouth le 4 août 2020, qui a été comme le coup de grâce pour une société libanaise à bout de souffle… Aujourd’hui, les habitants de Bourj Hammoud, ce « quartier arménien » de Beyrouth, vivent pour beaucoup dans la plus grande précarité : personnes âgées sans retraite, familles sans ressources pour financer le quotidien et les soins de santé… Et le « SAC » apporte aide sociale, soutien financier pour les soins, aide au logement, aide éducative, accueil et soutien aux réfugiés syriens.
Le SAC est directement soutenu par l’ACO Fellowship pour ses actions de solidarité. Il fonctionne grâce à des bénévoles encadrés par deux assistantes sociales : Lena Danaoghlian, la directrice, et Talin Mardirossian.

C’est cette dernière qui pourra témoigner, à Strasbourg d’abord, puis à Paris, de ce qui se vit au quotidien au Centre d’Action Sociale de Bourj Hammoud. Le « SAC » a été un des bénéficiaires des collectes spéciales menées par l’ACO après l’explosion du port de Beyrouth. Son action est également reconnue par la Fondation du Protestantisme.

Houri Moubahiajian et l’Église du Christ à Alep

Un quartier détruit par la guerre à Alep © ACO

Houri Moubahiajian est syrienne, professeure de religion à Alep. Elle est l’épouse du pasteur Bchara Moussa Oghli de l’Église du Christ, paroisse protestante arménienne d’Alep, en Syrie. Il faut savoir que cette Église est en fait directement issue du centre missionnaire de l’Action Chrétienne en Orient, qui avait été créé pour apporter un soutien tout à la fois matériel et spirituel aux Arméniens rescapés du génocide de 1915 et qui venaient s’entasser par milliers dans des camps misérables aux portes d’Alep.

Malgré la guerre civile, le pasteur Bchara Moussa Oghli a poursuivi son ministère sur place. Et en pleine guerre, l’Église du Christ a choisi de continuer à assumer son rôle d’Église, en dépit des risques encourus par tous. Avec une volonté de confiance, un amour du prochain et une spontanéité qui s’opposaient aux mécaniques de la division et de la guerre qui étaient à l’œuvre à travers la Syrie. Comme l’écrivait en mai dernier le pasteur Bchara Moussa Oghli : « D’habitude, quand les choses se passent bien dans tel ou tel domaine et après qu’une analyse et une planification ont été faites en amont, le mérite en revient à ceux qui ont fait cette analyse et cette planification. C’est tout à fait vrai dans le cas du Génocide de 1915. Le Génocide a été catastrophiquement bien planifié, brutalement exécuté et douloureusement efficace.
Quant à une société missionnaire comme l’Action Chrétienne, venue en Orient pour aider les survivants de ce Génocide, qui pourrait revendiquer un quelconque crédit pour une planification préalable ? Ce n’était dans les rêves de personne de la mission, pas seulement dans ses premiers pas, mais aussi dans les étapes précédant la vie missionnaire. Au contraire, la plupart du temps, il s’agissait de réactions spontanées de personnes engagées qui, dans des circonstances exceptionnelles, avaient pour seul but de laisser : « … l’amour chrétien et la charité… intervenir pour soigner quelque peu les blessures. »
On pourrait en dire autant de l’agression de la Syrie à la mi-mars 2011, près d’un siècle après le Génocide. Car cette agression avait aussi été catastrophiquement bien planifiée, brutalement exécutée et douloureusement efficace. Quant à l’Église du Christ à Alep, elle a réagi de façon candide et a résisté au travers des gens qui la servaient lorsque cette agression écrasante s’est installée, ils ne comptaient que sur Dieu. Il était absolument vital que l’Église du Christ à Alep n’ait aucune stratégie ou programme à long terme et puisse s’engager pleinement dans ses ministères quotidiens habituels. »

Le programme des rencontres

Talin Mardirossian et Houri Moubahiajian seront reçues par l’ACO fin septembre à Strasbourg pour prendre part à diverses rencontres : participation à un culte mission à Schillersdorf (consistoire de Pfaffenhoffen), visite du service de l’enseignement religieux et de la catéchèse, découverte de la SEMIS, de la Médiathèque Protestante, visites à Strasbourg, Colmar et autres lieux… Cet échange est réalisé dans le cadre de l’ACO Fellowship, la structure internationale de l’Action Chrétienne en Orient, et fait suite à un premier voyage qui avait vu l’accueil de la pasteure Petra Magne de la Croix et de M. Éric Faure au Liban et en Syrie en 2019. Taline et Houri rejoindront ensuite les nombreux délégués qui viendront à Strasbourg, puis à Paris, pour les rencontres du Centenaire de l’ACO.




Cent ans d’espérance : de l’ACO à l’ACO-Fellowship

1922-2022 : voilà un siècle que l’Action Chrétienne en Orient construit des ponts entre les Églises protestantes de France et du Proche-Orient. À l’occasion des célébrations organisées en ce mois d’octobre à Strasbourg et Paris, petit retour sur l’histoire de cette œuvre missionnaire créée par un pasteur alsacien témoin du génocide arménien, Paul Berron.

Les guerres ne détruisent pas seulement les vies et les villes ; elles ravagent les mémoires. Elles effacent les patrimoines, les cultures. Elles redessinent les contours de l’histoire des peuples. Parler de Syrie aujourd’hui, c’est évoquer un pays exsangue où la guerre est tout sauf finie ; parler du Liban, c’est évoquer la chute vertigineuse de toute une société, emportée dans une crise sans fin… Dans tous ces pays, les chrétiens, minoritaires, sont parmi les communautés les plus fragiles, les plus exposées. Que l’on regarde à l’est de la Méditerranée et les chrétiens semblent être, soit oubliés, soit confinés au rôle de victimes. On finirait par oublier que c’est précisément là que le christianisme est né ; que quittant le berceau de Jérusalem, il a atteint aussitôt la Syrie. C’est sur la route de Damas que Paul fut aveuglé par la révélation de Christ… Le christianisme s’est ainsi diffusé dans tout le Proche-Orient : en Égypte, au Liban, en Jordanie, en Irak.

Et si les chrétiens d’Orient ont été souvent victimes de discriminations et de violences, ils représentent encore aujourd’hui des communautés vivantes et dont la présence aide au vivre ensemble. Or au début du XXème siècle, au Moyen-Orient, un habitant sur quatre était chrétien ; ils ne sont plus désormais que 11 millions parmi 320 millions de musulmans (soit un sur 30), partout contraints de chercher la protection des pouvoirs en place pour continuer à exister. Et au sein de cette minorité, les Églises protestantes, avec lesquelles l’Action Chrétienne en Orient (ACO) est en lien, représentent elles-mêmes un tout petit nombre. « Pour autant, souligne l’ACO, les Églises protestantes que nous soutenons au Moyen-Orient rayonnent par leur témoignage vécu au nom de l’Évangile, par leurs œuvres éducatives et sociales, par leurs convictions pacifiques et critiques, par leur souci des relations œcuméniques entre Églises, par leur dialogue avec l’Islam et les minorités religieuses de la région. »

1922 – 2022 : d’une ère de crises à l’autre

Étrangement, c’est donc dans un contexte bien proche de celui qui existait lors de sa création, en 1922, qu’est célébré en cette année 2022 le centième anniversaire de l’ACO. Comme en 1922, le Proche-Orient est en ébullition, victime de crises conjuguant guerres civiles, bouleversements politiques et pandémie de Covid-19. Les réfugiés de Syrie, déjà indésirables en Europe, sont de plus en plus mal accueillis au Liban, en Turquie et en Jordanie.

Syrie : la renaissance de la paroisse de Kharaba © ACO

Il est vrai que depuis son origine, l’Action Chrétienne en Orient est marquée par l’aide d’urgence. À sa création, elle avait pour but de secourir les populations arméniennes victimes des exactions turques. Son fondateur, le pasteur Paul Berron, décrit dans « Souvenirs des jours sombres » (L’Harmattan) ce qu’il a vu et vécu à partir de 1916 au contact de ces réfugiés, tout en dénonçant la « politique d’extermination » alors mise en œuvre par les autorités turques. Alsacien, donc citoyen allemand avant la Première Guerre mondiale, il avait été envoyé comme aumônier en Syrie et dans la région pour établir et superviser des foyers du soldat. La guerre finie et l’Alsace réintégrée à la France, ce même pasteur Berron, devenu de fait citoyen français, put ainsi passer outre l’interdiction qui frappait les œuvres missionnaires allemandes et créa l’Action Chrétienne en Orient.

Elle vit officiellement le jour le 6 décembre 1922, lors d’une Assemblée Générale fondatrice qui réunissait 23 membres des Églises protestantes d’Alsace. L’ACO à peine née envoya aussitôt ses premières missionnaires, Hedwige Büll et Alice Humber-Droz, à Alep pour apporter une aide humanitaire, mais aussi spirituelle aux Arméniens survivants du génocide et réfugiés dans de vastes camps aux portes de la ville, dans cette Syrie que la Société des Nations avait confiée à la France pour la mener à l’indépendance. L’appel à l’aide d’un évangéliste arménien relayé par le premier bulletin de l’ACO donne une idée de l’ampleur de la crise humanitaire dans ces camps : « 300 familles viennent d’arriver. Il ne leur reste presque plus rien après leur long voyage. Alep et la campagne syrienne voient le spectacle émouvant de ces pauvres gens qui affluent. Nous sommes submergés de travail. » Rapidement, d’autres missionnaires rejoignirent les deux envoyées de l’ACO, qui embaucha aussi des collaborateurs locaux. Et en France même, l’ACO fut bientôt sollicitée pour venir en aide aux Arméniens réfugiés, particulièrement nombreux à Marseille et regroupés aussi dans des camps. D’où des relations tissées avec les communautés évangéliques arméniennes, qui devaient durer des années.

Le choc de la Deuxième Guerre mondiale et de la décolonisation

En 1939, l’ACO gérait ainsi douze missionnaires au Proche-Orient et finançait onze postes en France. Grâce aux paroisses protestantes alsaciennes, mais aussi grâce à des comités néerlandais et suisses, l’ACO a rapidement étendu son œuvre et touché aussi bien les personnes de culture arménienne que de langue arabe et assyrienne, en Syrie mais également au Liban puis plus tard en Iran. En conjuguant toujours action humanitaire et témoignage de l’Évangile.

Méconnu, mais actif : le synode d’Iran regroupe les différentes communautés issues de la mission presbytérienne, avec plusieurs paroisses à Téhéran, ainsi que dans plusieurs villes du Nord-Ouest comme Ourmia © Albert Huber pour l’ACO

La Deuxième Guerre mondiale, puis la décolonisation devaient marquer un changement d’ère et forcer l’ACO à s’adapter. De nombreux missionnaires durent quitter la région. L’ACO poursuivit le financement de son centre à Alep et des paroisses en Mésopotamie. Les bâtiments d’Alep furent remis entre les mains de l’Union des Églises Évangéliques Arméniennes au Proche-Orient. Les propriétés immobilières des Églises Assyriennes et Arabes en Mésopotamie furent inscrites au nom du Synode Arabe. Les missionnaires de l’ACO étaient désormais surtout présents au Liban.

Autant de changements qui annonçaient une mue plus profonde. Mais l’ACO y était préparée : à la différence de la plupart des organisations missionnaires de l’époque, l’ACO n’était pas une mission nationale, mais son organisation, ses fonds, ses partisans, les membres de son conseil d’administration et ses missionnaires provenaient de divers pays européens. Si elle était née en France, au sein des Églises protestantes alsaciennes, d’autres pays y étaient actifs comme la Suisse et les Pays-Bas ; et des soutiens et des missionnaires provenaient d’Estonie, d’Allemagne, du Royaume-Uni… Il fallut toutefois attendre 1995 pour que la mue se concrétise, et que l’ACO devienne une organisation internationale, s’inspirant en cela de l’exemple de la Cevaa (communauté d’Églises en mission, issue, comme le Défap, de la Société des Missions Évangéliques de Paris). L’ACO devint ainsi l’ACO-Fellowship, une Communion d’Églises et d’organismes missionnaires.

Aujourd’hui, grâce à de nombreux partenariats, l’ACO soutient des projets très variés dans les domaines de l’éducation, du social, de la santé, de la solidarité en contexte de crise, de la résolution des conflits, de la formation théologique, de la vie d’Église au sein de communautés locales. Et parmi ces partenariats, il y a le Défap. Au cours des dernières années, l’ACO a eu l’occasion de collaborer de manière quasi quotidienne avec le Service Protestant de Mission, notamment pour l’envoi de volontaires, au Liban, en Égypte…

Soutien à des migrants chrétiens aux Pays-Bas avec l’organisme GZB © ACO